L’aurore d’une vie neuve… un poème d’Annie Perreault

30 mai 2017

L’aurore d’une vie neuve…

cours cours pieds d’enfants

maman

papa

cache-toi au fond
des trous noirs
à la puanteur exilée
d’espoirs de suie

respire

attends

la terre s’ébrouealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
brouette de terreurs
la terre éclate
cataclysme de sang

rivières de peaux
s’écoulent en cris de pleurs
oreille disséquée éteinte
ventre troué tripes vomies
bras déchiqueté

miettes d’amour dissoutes
aux lèvres mouillées d’eau sanguine

silence
rien

l’aurore d’une vie neuve
d’enfant aux souvenirs féroces

un couteau de cent ans
à la lame rouillée
tombe
dans une petite main
de pierres tristes

l’âme martelée
d’être rien
un vide de rien du tout
aux yeux des grands

brûle cette peine
de cristaux de lave

enfonce la pointe
dans le ventre
ru carmin de montagne
s’écoule sur la peau de l’enfant
dessine la rage du loup

peur de mourir
couteau lancé rejeté
comme elle
dans le tiroir
dans la vie
fermé(e)
verrouillé(e)

oublié(e)

Notice biographique alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les formes du dialogue : les tirets et les incises, par Annie Perreault…

7 juin 2016

Les tirets et les incisesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Comment doit-on utiliser les incises ? Faut-il en écrire après chaque réplique des personnages ? Doivent-elles être longues ou courtes ? Comment les introduire dans un dialogue sans en interrompre le rythme ?
Voilà des questions auxquelles cet article tentera de répondre.
D’abord, allons-y avec un extrait de Sous la surface de Martin Michaud. Passage tiré des pages 148-149. (Les Éditions Goélette, 2013)

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe m’imaginais, à l’autre bout du fil, l’incompréhension, puis la surprise se peignant sur le visage de Gene.
― Oh, mon Dieu… Qu’est-ce qui te fait croire ça ?
J’ai esquivé la question.
― Réfléchis… Ils n’ont pas à le prouver. Ils vont simplement propager la rumeur… Et il y a plus…
― Quoi ?
― Il manque des pièces dans le dossier d’enquête…
Gene a marqué une longue pause avant de poursuivre :
― Quel dossier d’enquête ?
― Le dossier d’enquête sur l’accident qui a coûté la vie à Amanda Phillips et à Chase.
― Comment le sais-tu ?
J’ai hésité, dégluti avec peine.
― Je le sais, c’est tout.
― As-tu été à la police, Lee ?

Dans ce dialogue, l’auteur n’utilise aucune incise. Et pourtant, on sait parfaitement qui parle. Quelle technique narrative est mise en évidence, ici ? C’est simple. La réplique du personnage est introduite par une phrase narrative qui montre une action de ce personnage. Relisez le dialogue précédent et vous verrez.
Cette technique permet d’augmenter le rythme du dialogue : les répliques s’enchaînent dans un mouvement naturel et rapide. C’est ce qu’il faut, quand on écrit des romans policiers ou des thrillers.
Il existe des auteurs de romans policiers qui utilisent quelques incises, sans ralentir le rythme du dialogue. Voyons maintenant un extrait de L’armée furieuse de Fred Vargas, tiré des pages 206-207. (Éditions Viviane Hamy, 2011)

Dans l’auberge, Danglard, manches relevées, était en train de cuisiner enalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec discourant, sous le regard attentif de Zerk.
― C’est très rare, disait Danglard, que le petit doigt du pied soit réussi. Il est généralement contrefait, tordu, recroquevillé, sans parler de l’ongle, qui est très amoindri. À présent que ça a doré sur une face, tu peux retourner les morceaux.
Adamsberg s’appuya au chambranle de la porte et regarda son fils exécuter les consignes du commandant.
― C’est les chaussures qui font cela ? demandait Zerk.
― C’est l’évolution. L’homme marche moins. Le dernier doigt s’atrophie, il est en voie de disparition. Un jour, dans quelques centaines de milliers d’années, il n’en restera qu’un fragment d’ongle attaché au côté de notre pied. Comme chez le cheval. Les chaussures n’arrangent rien, bien sûr.
― C’est la même chose que nos dents de sagesse. Elles n’ont plus de place pour pousser.
― C’est cela. Le petit doigt est un peu la dent de sagesse du pied, si tu veux.
― Ou la dent de sagesse est le petit doigt de la bouche.
― Oui, mais dit comme cela, on comprend moins bien.
Adamsberg entra, se servit une tasse de café.
― Comment était-ce ? demanda Danglard.
― Elle m’a irradié.

Ce dialogue compte trois incises (en rouge). Elles viennent préciser l’identité du personnage qui a pris la parole. Parce que, dans cet extrait, la phrase narrative qui précède la réplique du personnage ne montre pas nécessairement une action de ce personnage. Et si on enlevait ces incises, on serait confus, on se demanderait lequel parmi eux vient de répliquer. Aussi ces incises, dans ce cas-ci, sont-elles indispensables à la clarté du dialogue.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecPour terminer, je vous parlerai d’une auteure qui utilise beaucoup d’incises. Le rythme en est légèrement ralenti, mais ça fonctionne ! Je vous présente J.K. Rowling (que tout le monde connaît) et son fameux Harry Potter. L’extrait sur lequel nous nous pencherons est tiré de son premier livre, Harry Potter, À l’école des sorciers, aux pages 224 à 226. (Éditions Gallimard Jeunesse, 1998)

Un jour qu’ils étudiaient dans la bibliothèque, Harry, Ron et Hermione virent apparaître Hagrid qui cachait quelque chose derrière son dos. Avec son gros manteau en poil de taupe, il paraissait déplacé dans un tel lieu.
― Je suis simplement venu jeter un coup d’œil, dit-il d’une voix qui ne paraissait pas très naturelle. Et vous, qu’est-ce que vous faites ? ajouta-t-il d’un air soupçonneux. J’espère que vous avez arrêté de vous intéresser à Nicolas Flamel ?
― Oh, il y a longtemps que nous avons trouvé ce que nous cherchions, dit Ron d’un ton assuré. Et nous savons ce que garde ce chien. Il s’agit de la pierre philo…
― Chut ! l’interrompit Hagrid en lançant des regards autour de lui pour voir si quelqu’un écoutait. Parle moins fort, qu’est-ce qui te prend ?
― Nous voulions justement vous poser quelques petites questions, intervint Harry. On se demandait ce qui a été prévu pour garder la pierre, en dehors de Touffu.
― Chut ! répéta Hagrid. Vous n’avez qu’à venir me voir un peu plus tard. Je ne vous promets rien, mais arrêtez de jacasser à ce sujet, les élèves ne sont pas censés savoir. On va penser que c’est moi qui vous ai tout raconté.
― Alors, à tout à l’heure, dit Harry.

Les répliques comptent toutes au moins une incise. Avez-vous eu l’impression, en le lisant, qu’elles ralentissaient le rythme ? À peine, n’est-ce pas ? Pourquoi, selon vous ? Selon moi, c’est parce qu’elles apportent des précisions sur les personnages, qui nous permettent de mieux les imager. Cette auteure à une écriture visuelle.
Le verbe déclaratif « dire » est utilisé trois fois, mais l’on ne s’en aperçoit même pas. Il arrive au bon moment, en alternance avec d’autres verbes déclaratifs, et ne semble pas de trop. Quand on lit ce dialogue à voix haute, ça coule, on ne s’accroche pas avec les mots. Tout est à sa place !
Je vous demanderais de relire les trois dialogues et de porter une attention particulière à la ponctuation. Avez-vous vu une majuscule au verbe de l’incise ? Moi, non. Dans tous les dialogues, le verbe de l’incise est écrit avec une minuscule (même si le logiciel Antidote nous fait remarquer que c’est une erreur ; il ne comprend pas tout, lui ; c’est à nous de faire preuve de discernement). À la fin d’une réplique « déclarative », on met une virgule. Mais on ne la met pas après un point d’interrogation ni après le point d’exclamation.
Vous avez sûrement constaté la position du tiret, n’est-ce pas ? On le trouve devant chacune des répliques. Dès qu’un nouveau personnage prend la parole, on met le tiret. Et lequel doit-on mettre ? Le tiret numérique, le tiret cadratin, le tiret demi-cadratin, la barre horizontale, le filet horizontal fin ? Dans mes écrits, j’utilise habituellement le tiret cadratin. C’est celui que me suggère Marie-Pierre Laens de l’agence littéraire Laens. Alors, je suis son conseil.
Voilà.
Je vous reviendrai bientôt avec deux autres formes de dialogue : l’indirect et l’indirect libre.
Merci de me lire.

Annie xxx…

Notice biographique alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.

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Les formes du dialogue – Les chevrons et les tirets, un texte d’Annie Perreault…

22 mai 2016

Les formes du dialogue – Les chevrons et les tirets

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Les dialogues font partie intégrante de tout texte de fiction. Les dialogues, tout le monde le sait, c’est quand les personnages parlent entre eux. Il existe plusieurs façons de les écrire ; chaque auteur choisit la forme qui lui convient, qui convient à son style d’écriture, mais aussi à l’histoire. Est-ce qu’une histoire peut contenir différentes formes de dialogue ? Pourquoi pas ? En création, tout est possible !

Cet article est le premier d’une série où je vous montrerai les différentes formes que peut prendre le dialogue dans un texte de fiction. Pour vous illustrer ces formes, je puiserai dans le roman que je suis en train de réécrire (Les Sémolines), mais aussi, et surtout, dans des romans d’auteurs chevronnés.

Les chevrons et les tirets. (C’est la forme que j’utilise dans mes textes, c’est celle qui convient le mieux à ma façon d’écrire.) Voici un extrait tiré de mon roman. (J’utilise un narrateur qui est dans le point de vue de Sahale, mon personnage principal.)

Une mouche vola au-dessus de sa tête. La lumière du néon vacillait. Megan resta debout près de la porte, le regard braqué sur lui. Gabrielle prit place sur la chaise d’en face, déposa un paquet de dossiers, et tritura de nouveau son crayon : « Où étais-tu jeudi soir dernier ? »
Sahale la dévisagea, incrédule : « Non, mais… vous n’croyez quand même pas que…
— On explore toutes les pistes. »
Il se frotta le menton. « Euh… Après l’boulot, vers cinq heures trente, j’suis allé m’changer pis j’suis allé m’défouler sur mon vélo dans l’parc d’la rivière Gentilly jusqu’à ce qu’il commence à faire noir. Ensuite, j’ai appelé Joëlle. Il était aux alentours de dix-neuf heures trente. On s’est fixé un rendez-vous pour vingt-deux heures. Entre-temps, j’suis resté à la maison, j’ai bouffé des pâtes, j’ai pris soin d’mes bêtes, je m’suis lavé, j’ai regardé la télé. Pis j’suis allé voir Joëlle. On a discuté dans mon auto pendant une demi-heure. Et j’suis rentré me coucher.
— Donc, personne ne t’a vu ni ne t’a parlé le reste de la nuit.
— C’est ça.
— Tu comprends que tu es un suspect…
— Tabarnak ! » Sahale bondit sur ses pieds : « Vous n’croyez ben pas que j’ai fait ça ? La vue d’une femme tabassée, ça m’met hors de moi !
— Rassis-toi. » La voix de Gabrielle était cinglante.
Il obéit : « Quand même ! Y a des limites aux conneries.
— On explore toutes les pistes, répéta Megan, qui s’était placée derrière Gabrielle. On ignore jusqu’où ta colère peut te mener. Tu as des antécédents judiciaires…
— Et ce weekend, reprit Gabrielle, tu as fait quoi ?
— Samedi, j’ai tondu la pelouse, je m’suis entraîné, et j’ai… »
Il se tut : devait-il leur confier son secret ?
« Et tu as… quoi ? s’impatienta Gabrielle.
— J’ai visionné mes vidéos d’surveillance, dit-il en fixant la table. Depuis que l’corps de mon père n’a pas été r’trouvé, j’surveille ma mère, au cas où il reviendrait. Et là, j’le surveille, lui, pour pas qu’il recommence…
— Il me faudra une copie de ces vidéos, déclara Gabrielle. » Sa voix avait monté d’un cran.
« Euh, oui, sans problèmes.
— Et dimanche ?
— J’suis allé pique-niquer avec Joëlle, son fils et Meredith au Moulin Michel.
— Nous vérifierons auprès de Joëlle.
— J’n’ai rien à cacher. Et cet Alexandre Mariosi n’aurait-il pas quelque chose à voir avec le meurtre de Suzie ?
— Megan est allée lui poser des questions à son bar de danseuses. Mariosi a joué l’innocent et l’a repoussée en disant que si elle voulait revenir, elle devrait avoir un mandat. Il connaît la loi.
— Je suis aussi allée voir le gars qui purge une peine de prison à la place de Mariosi, ajouta Megan. Lui non plus n’a rien voulu dire. Ces deux-là nous cachent des trucs. Mais tant qu’on n’a pas de preuves, on a les mains liées, et ils le savent. »

J’aime cette forme de dialogue : elle permet d’éliminer la répétition infinie (presque obsessionnelle) des « dit-il », « argumenta-t-il », « répliqua-t-il »…, comme l’illustre le court passage suivant.

Sahale bondit sur ses pieds : « Vous n’croyez ben pas que j’ai fait ça ? La vue d’une femme tabassée, ça m’met hors de moi !
— Rassis-toi. » La voix de Gabrielle était cinglante.
Il obéit : « Quand même ! Y a des limites aux conneries…

Après une phrase de narration, écrite du point de vue du personnage, je mets les deux points, ce qui indique au lecteur que la réplique suivante sera du personnage en question. J’élimine ainsi le « dit-il » en question ; le texte s’en trouve plus aéré, plus fluide, et le rythme, plus accéléré.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCette forme de dialogue permet entre autres d’inclure des répliques dans le paragraphe, et ça, j’aime beaucoup : je trouve que ça fait un peu plus littéraire, et ça me convient pour le moment. Comme dans l’extrait suivant, toujours tiré de mon roman :

Joëlle avala une gorgée de café, puis, le regard fixé sur son amie, elle lui expliqua : « Si tu l’avais vu… Ses yeux, son visage… On aurait dit qu’il… » Elle s’interrompit à l’évocation de cette vision qui lui donna le vertige. Elle déposa sa tasse brûlante sur la table. « Mais pour lui, dit-elle en pointant son fils qui maniait la manette de Xbox dans tous les sens, je dois agir. Il a besoin de son père. C’est un peu pour ça que je vous ai invitées, Meredith et toi. J’ai besoin de savoir si je peux à nouveau faire confiance à Sahale. » D’un geste nerveux, elle tira vers elle le pot de bégonias posé au centre de la table et supprima les fleurs fanées qu’elle laissa tomber dans l’assiette de son dessert. Avec l’extrémité de son index, elle gratta un bout de crémage séché qu’elle porta à sa bouche. Le goût chocolaté la réconforta à peine : « Comment est-il ? Est-ce qu’il a changé ? Est-il encore aux prises avec ses… » Elle planta ses yeux dans ceux de son amie : « J’ai fait mes recherches. Je sais qu’il travaille pour ton ex au garage La Taule, qu’il fréquente le bistro La Trinquée, qu’il rend souvent visite à sa mère, qu’il s’occupe de sa grand-mère, qu’il n’a plus eu affaire à la police depuis sa peine de prison, qu’on lui demande chaque année de faire partie de l’équipe technique pour le Carnaval, qu’il…
— Calme-toi, Joëlle, fit Suzie en posant une main ferme sur la sienne. »

Pour conclure, voici un dernier extrait d’un auteur que j’affectionne beaucoup, et qui utilise cette forme de dialogue. L’extrait est tiré d’Une vérité délicate de John le Carré, p.73.

« Alors, dis-moi tout, Matti, parce que personne ne veut rien me dire. Qu’est-ce qui a mal tourné à la Défense quand mon patron était en place ?
― Euh, oui, bon, je ne peux pas te dire grand-chose, commence Matti, l’air contrarié, en hochant sa longue tête caprine. En gros, voilà : ton homme a joué les francs-tireurs, nos services lui ont sauvé la peau et il ne nous l’a jamais pardonné, ce sale con.
― Vous lui avez sauvé la peau ? Ça veut dire quoi ?
― Il a essayé de faire cavalier seul, crache Matti.
― Pour faire quoi ? À qui ?
― Euh, oui, bon, répète Matti en grattant son crâne chauve. Je ne suis pas directement concerné, tu comprends. Ce n’est pas mon rayon.
― J’en ai conscience, Matti, et je le comprends très bien. Ce n’est pas mon rayon non plus. Mais je dois pouvoir veiller sur lui, quand même.
― Tous ces pourris de lobbyistes et de marchands d’armes qui s’attaquent aux lignes de faille entre l’industrie de défense et le complexe militaro-industriel… », se plaint Matti, comme si Tobby connaissait bien le problème.
Mais Tobby ne le connaît pas, aussi attend-il la suite.

Voilà. Comme vous avez pu le constater, on utilise le chevron ouvrant pour introduire la première réplique ; ensuite, si les répliques se suivent dans le dialogue, on met des tirets ; et l’on met un chevron fermant à la fin de la dernière réplique.
Dans le prochain billet, je vous parlerai de la forme la plus connue du dialogue : les tirets.

(Tiré du blogue Créer la vie d’Annie Perreault.)

Notice biographique alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.


J’ai tué Maigret, une nouvelle d’Annie Perreault…

2 mai 2014

061Son regard tombe sur moi, lourd, pesant, vitreux. Elle n’est plus elle-même. Elle est devenue la dame aux grosses jambes pas rasées, celle qui sue à en jaunir les manches de ses blouses blanches, celle qui ne se mouche plus, qui ne se lave plus, celle qui a toujours envie de boire et de s’évader dans un délire de fumée de cigarette. Pauvre Démie… Si elle savait comme je l’aime! Moi, ce trou du cul, maigre comme un clou, qui n’arrive même pas à transpirer une seule goutte de sueur lors des journées chaudes d’été : un coton sec, plus sec que le désert de Gobi, que le désert du Sahara et que tous les autres déserts de la planète, même ceux qui ne sont pas encore nés. Vous savez, ceux-là qui naîtront suite au déboisement de l’Amazonie ou de toute autre grande forêt de la Terre !

Et elle, ma Démie d’amour, qui me lance ce regard pesant, elle me déteste… C’est pathétique. Je suis pathétique, vraiment, un con de première, le pire des abrutis de la Terre. Elle me hait parce que j’ai tué son chat. Eh oui… Un accident…

Je vous raconte.

La semaine dernière, un mardi matin, j’étais en retard et je courrais pour me rendre au boulot. Je suis livreur de téléchargementpizza chez Mama La Bonne, et mon boss, un grognon d’Italien, n’aime pas trop me voir arriver après dix heures. Alors, je galopais à toute allure, j’avais chaud en cette matinée du 15 juillet 2015. Mais… je ne transpirais pas. Ne l’oubliez pas, je suis tout de même aussi sec qu’un désert ! Perdu dans mes pensées à la recherche d’une excuse plausible, je n’ai pas remarqué le chat gris étendu sur le trottoir. Alors, pauvre minet, il a reçu un violent coup de pied dans le ventre. Un cri a surgi, non… une plainte. Un horrible geignement. On aurait dit que j’étranglais une fillette. Vraiment. J’en avais les quelques poils de mon crâne hérissés. Puis le visage inquiet de Démie a jailli d’une fenêtre du deuxième étage de l’immeuble crasseux où elle demeure. J’ai tout de suite pensé à un clown qui sort de sa boîte à surprise. Mais contrairement au clown qui affiche un air joyeux permanent, Démie arborait un visage affolé. Puis j’ai vu le chat détaler vers la rue alors qu’un gros camion blanc roulait à grande vitesse. Et je ne vous décris pas le son qu’il a fait quand les roues ont passé dessus. Vraiment. L’horreur a été telle que Démie s’est mise à hurler comme une folle avant de descendre à pas lourds, mais étonnamment rapides, pour se jeter sur la carcasse inerte de son chat. J’avais tué Maigret, son vieux chat gris, celui qui partageait sa vie depuis déjà 15 ans. Pauvre Démie. Elle est restée là des heures durant. Les agents de la sécurité ont déposé des cônes orangés autour d’elle et ont fait dévier la circulation. Tout le monde, ici, sait à quel point Maigret était précieux pour Démie. Son chat, son unique chat, avait été tué par… moi. J’étais devenu mort à ses yeux, une fois pour toutes. Moi qui, depuis des mois, espérais quelques regards doux de sa part ; là, mon chat était mort, c’était le cas de le dire !

Démie est habituellement une gentille fille, de bonne humeur, qui, tous les midis, mange des montagnes de pâtes et trois ou quatre beignets aux chocolats comme dessert. Ses beignets, qu’elle vend à la tonne, chaque jour. Démie est pâtissière chez Les Pâtisseries Lavoine. Une fille adorable et souriante, d’habitude. Mais quand elle vit un coup dur, et tout le monde le sait dans le coin, un coup dur dans ses émotions, bien entendu, eh bien, elle se transforme, elle devient la dame aux grosses jambes pas rasées, celle qui sue à en jaunir les manches de ses blouses blanches, qui ne se mouche plus, qui ne se lave plus, celle qui a toujours envie de boire et de s’évader dans un délire de fumée de cigarette. Pauvre Démie… Si elle savait comme je l’aime !

Et comme je suis désolé pour son chat.

dieterli8Et là, assise dans le bar où je vais tous les vendredis soirs, Démie pose sur moi un regard pesant, lourd, vitreux. Elle m’en veut. Je la vois se lever péniblement, et, chancelante, avec son dixième verre à la main, elle se dirige vers moi. Mon Dieu, elle va m’étriper, c’est certain ! J’ai tué son chat, son Maigret. J’engloutis ma bière d’un trait, prêt à l’affronter, à soutenir son regard, à lui dire oh combien ! je suis désolé et, si j’en suis capable, que je suis amoureux fou d’elle. Je suis prêt.

— Jules !

Elle s’affale sur le banc en face de moi. Sa voix est grave et rauque, presque celle d’un homme. Elle dégage une puanteur de femme pas lavée depuis une semaine. Je l’aime… Elle lève soudain son verre en ma direction. Elle va me verser le contenu sur la tête, c’est certain. Je m’attends au pire.

— Mmmm… erci, dit-elle.

Je fige, étonné ; je ne comprends pas.

— Mer… merci pourquoi ? je lui demande.

— Maigrrret était me… lade, très me… lade et j’n’arrivais pas à m’décider à l’faire piquer par le vet. Alors… Mmmm… erci. L-ll… ev… vons notre vvver… re à Maigrrrrr… et, mon chat gris adorrrrr… é, mignon, que j’aimais à la fôôô… lie.

— À Maigret, dis-je, soulagé.

Notice biographique

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.


Une nouvelle d’Annie Perreault…

15 juillet 2012

Une plume de trop

 

Une plume glisse sur le parquet parfaitement ciré. Au même moment, un sifflement retentit : le vent fait chanter les murs fissurés de cette maison de campagne. Le plancher craque sous les pas lourds de Joshua, un fermier à la retraite. Une main sur ses reins, il s’incline avec peine vers l’avant. Puis avec son autre main, qui ne cesse de trembler, il s’empare de la délicate plume, la porte à son nez, la hume. À sa grande déception, elle sent le poulailler.

– Janette ! dit-il en soupirant. Marcus a encore égorgé une poule.

Découragé, Joshua se redresse et se traîne difficilement vers le vaisselier de la cuisine. Dans une énorme tasse noire, il dépose la plume près des onze autres. Il entend les pas rapides et énergiques de Janette qui s’amène dans le couloir. Une petite femme ronde, toute en sueur, le chignon relevé et visage rougi par l’effort, entre dans la pièce.

– Allez, montre-la-moi, ordonne-t-elle. Je veux la voir…

Hésitant, il pointe la tasse noire de son doigt amputé à moitié.

– C’est la plus grande, celle avec des taches brunes.

Janette se jette sur la tasse, sort la plume et l’observe attentivement avant de se tourner vers son mari, le regard en furie.

– Il a tué Gigi, s’affole-t-elle, il a tué ma préférée…

Le désir de vengeance brille dans les pupilles de Janette. Paniqué, le retraité s’approche de sa femme, l’entoure de ses bras et enfouit son nez dans son chignon.

– Gigi était vieille… susurre-t-il à son oreille. Elle ne pondait plus depuis des mois.

Janette le repousse brusquement.

– Ne me touche pas.

Les yeux de l’homme s’assombrissent.

– Il t’en reste toujours treize, non ? insiste-t-il d’une voix qui se veut convaincante. Des œufs, tu vas encore en avoir !

Elle le dévisage, parfaitement consciente de ce qu’il tente de faire avec elle. Mal à l’aise, Joshua évite son regard accusateur et va s’asseoir à la table de bois et croise les doigts. Exaspérée, Janette s’avance en s’essuyant le front.

– Treize sur vingt-cinq, Joshua ! Marcus a tué douze de mes poules ! Tu ne trouves pas que c’est assez ? Je t’ai demandé de le corriger, mais apparemment, mon vieux mollasse de mari a eu peur de porter ses culottes, hein ? Je vais le faire, moi, à ta place…

Sa femme disparaît soudain dans la cave et revient.  Dans ses mains, une carabine.

– Une balle dans la tête, décide-t-elle, et on n’aura plus de problème.

Joshua soupire, sachant qu’il ne peut rien faire contre elle. Janette, lorsqu’elle est hautement contrariée, peut faire preuve d’une grande cruauté. Mais d’un côté, elle a raison en ce qui le concerne, il s’est conduit comme un lâche. Il n’a jamais eu le cœur de corriger Marcus. Il déteste punir, il déteste donner des coups de bâton, il déteste encager et entendre l’autre gémir ! Joshua est un mou, un tendre. Contrairement à Janette, qui a parfois le sang aussi froid qu’un mort et qui est capable des pires atrocités, si elle croit que c’est ce qu’il faut faire pour éduquer.

Depuis dix ans, tous les automnes, Marcus et Joshua vont chasser le canard près du fleuve. Chaque matin, les deux amis se retrouvent pour aller marcher dans la forêt de conifères. Et combien de soirs ont-ils passés ensemble à contempler les étoiles pendant des heures ? Joshua a vécu tant de beaux moments avec Marcus ! Son ami lui a toujours été fidèle. Jamais Joshua n’aurait levé la main sur lui. Jamais…

Depuis quelques mois, cependant, Marcus a eu la peu brillante idée de manger les poules de Janette.

La porte claque. Sa femme est sortie. Rien ne peut l’arrêter. Joshua tend l’oreille. D’interminables minutes s’écoulent. Puis un coup de feu retentit, sec, suivi d’un long et sinistre hurlement qui fend le cœur de Joshua.

Notice biographique

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.


Une nouvelle d’Annie Perreault…

5 mai 2011

Les ancêtres de Ranfoll

 Maïté jouait de la guitare assise sur un immense rocher plat, au sommet de la falaise, le regard vers la mer qui se fondait dans le soleil couchant.

Annie Perreault

Quand l’ennui l’accablait, elle sortait sa vieille douze cordes, sa Gambie, comme elle l’appelait, de sous son lit et venait se réfugier à cet endroit, loin de tout, de la ville, de sa vie trépidante, de son travail… À sa droite, elle pouvait distinguer le phare rouge à côté de la maison de Jee, son ami de toujours, le gardien de lumière. Cette lumière qu’il projetait tous les soirs sur l’océan, une lueur joyeuse qui parlait, qui riait et qui dansait avec les vagues, qui disait bonjour et au revoir aux bateaux qui passaient. Cette lumière qu’elle aimait tant contempler avec Jasmin.

Jasmin…

Que t’est-il arrivé ?

À sa gauche s’étirait une longue plage de sable fin et doré, ornée de grosses pierres blanches, les ancêtres de Ranfoll, disaient les villageois. Ces fabuleux cailloux étaient alignés à égale distance. 121 mètres exactement les séparaient. Comme si une intelligence supérieure, issue d’un autre temps, d’une autre Terre, celle d’avant, et munie d’une main géante, les avait placés là, dans une intention précise, en guise de signe ou de message que les yeux du ciel pouvaient lire les soirs de pleine lune. Les gens en racontaient des trucs sur ces superbes roches qui attiraient les touristes du monde entier. Jasmin et Maïté avaient souvent ri de ces légendes quelque peu farfelues. Pour eux, les pierres étaient un lieu idéal pour faire l’amour, surtout durant les soirées d’août où le firmament étincelait d’étoiles et que la lune, ronde et pleine, inondait les ancêtres de Ranfoll, qui se mettaient alors à briller. De la poussière d’or et d’argent séduisait irrémédiablement les amoureux.

Il n’était pas le seul couple à y faire l’amour… Mais eux avaient choisi la pierre la plus éloignée, la dernière, celle située complètement à gauche. Celle que Maïté percevait comme un petit point noir depuis la falaise.

Jasmin…

Où es-tu ?

Jasmin avait disparu, n’avait plus donné signe de vie, depuis deux ans, déjà. Mais Maïté le savait toujours vivant. Même si tous avaient perdu espoir, avaient tourné la page et commencé une nouvelle vie sans Jasmin, elle, elle le ressentait au plus profond de son être, il respirait encore, quelque part, ailleurs. Elle ignorait pourquoi elle avait cette certitude en dépit de toutes les vaines recherches.

Ils se retrouveraient…

Cette composition qu’elle interprétait sur sa guitare, elle l’avait découverte en rêve, un rêve où Jasmin lui présentait un ange. L’ange avait soufflé sur son visage et Maïté avait entendu les notes, l’une à la suite de l’autre, la série d’accords, harmonieux et lyriques, et les paroles, que lui, Jasmin, lui avaient chantées avec une voix si douce et juste qu’elle n’en croyait pas ses oreilles, lui, qui ne savait pas chanter ! Lui…

Ce rêve, elle l’avait fait un an, jour pour jour, après sa disparition. Et depuis, quand l’ennui la rongeait, elle se rendait sur la falaise surplombant la plage et les ancêtres de Ranfoll, et elle jouait. Cette chanson. Elle chantait. Ces paroles. Pour le faire revenir, pour le sentir encore plus près d’elle, pour l’aimer, encore et encore. Oui, elle l’aimait et ne cesserait jamais de l’aimer. Il était son amour. L’unique. Et il était vivant, toujours, quelque part, ailleurs.

Ce soir-là, sa mélodie n’attira pas Jasmin, mais Jee, son ami rouquin aux yeux bleus, au sourire enjôleur, homme de mer, de phare, mordant dans la vie à pleines dents.

Hey, Darling, how are you ? I heard your song.

– Salut Jee, joue-moi une chanson, s’il te plaît.

No… no ! I’m not so good.

– C’est faux ! Tu joues admirablement bien. Je t’ai vu, l’autre jour, avec ton banjo, sur ta galerie. Je t’ai écouté. Ta musique est vraiment belle…

Maïté lui fit un clin d’œil complice et il s’assit à côté d’elle. Jee lui prit la guitare des mains et commença à jouer sa chanson, celle qu’elle interprétait avant qu’il arrive. Sa voix, douce et juste, comme la voix entendue dans son rêve, chanta les paroles, ses paroles. Maïté l’observa, bouche bée. Son cœur trembla, se fendit, se déchira. Elle éclata en sanglots.

Jee arrêta.

– Maïté…

Il la serra contre lui et la berça, comme s’il consolait une enfant.

– I love you.

Il l’aimait, ça, elle le savait déjà depuis longtemps, mais elle n’avait jamais voulu se l’admettre, car Jee était son fidèle ami, son confident, son

Penny Parker

phare, celui qui avait toujours été là pour elle, sa lumière, pour l’éclairer, la soutenir dans les pires moments de sa vie, celui qui était là, tout simplement. Pourquoi tout gâcher en lui dévoilant son amour ? C’était la première fois.

Et sa voix. Elle ressemblait étrangement à celle de son rêve. Serait-ce que… Non…

Elle s’essuya les yeux puis observa son ami. Il souriait bêtement. Puis Jee lui effleura le visage du bout de son doigt qu’il descendit vers son cou, son sein… Il afficha un air si grave que Maïté frémit.

I love you, darling…

Une émotion empourpra les joues de Jee. Il retira aussitôt sa main, reprit la guitare et continua sa chanson. Sa voix résonna, vibrante,  intense, et parfois rauque, brisant l’une à la suite de l’autre les chaînes qui enserraient le cœur de Maïté depuis si longtemps. Les yeux clos, elle se laissa bercer par ce timbre velouté. Un bien-être l’envahit, une paix qu’elle n’avait pas ressentie depuis des années, un moment d’espoir, comme si elle entrait dans un jour neuf, qui sent bon le matin, l’herbe et la rosée, un jour rempli de promesses, de nouvelles joies et de chocolats chauds qu’on déguste face à la mer sur une galerie en bois… la galerie de Jee.

Elle releva ses paupières, il la contemplait tout en chantant. Elle esquissa un sourire. Il s’arrêta et retint sa respiration. Un silence les enveloppa. Trouble. Serait-elle capable de l’aimer d’amour ? Puis le bruit des vagues au loin en bas se ficha entre eux. Jee déposa sa guitare, se mit debout et lui fit signe de le suivre. Ils descendirent la falaise par le sentier et se rendirent sur la plage. Ils longèrent les ancêtres de Ranfoll et se dirigèrent vers le dernier rocher, celui situé complètement à gauche. Celui que Maïté observait avec perplexité, son cœur s’emballant de plus en plus. Le corps de Jee, tout près, la frôlant, son odeur, saline comme la mer, tout de lui l’attira soudain. Oui, elle devinait ses intentions, oui elle se laisserait faire, oui elle avait envie de s’abandonner, oui, oui…

Mais pourquoi ?

Jasmin…

Ils escaladèrent l’ancêtre et s’assirent face à la mer, alors que le soleil s’éclipsait derrière la ligne d’horizon, laissant une frange orangée inviter la lune. L’astre fit son apparition et monta doucement dans le ciel rejoindre ses sœurs.

Ils gardèrent le silence pendant un long moment, hypnotisés par l’océan, par la pierre, par les rayons lunaires qui faisaient briller la surface du rocher. L’ancêtre de Ranfoll se réchauffa puis Maïté sentit sa chaleur et aussi celle de Jasmin contre sa cuisse, son bras, son épaule. Plus que jamais, elle avait envie de lui. Elle s’en voulait de ressentir cette passion qui la consumait. Elle maudissait Jasmin d’avoir disparu. S’il avait été là, s’il était là, elle ne serait pas là, sur leur rocher, à désirer le corps d’un autre, ce corps dont l’odeur l’enivrait, avec ces bras ne demandant qu’à l’envelopper, la serrer, la protéger. Elle se tourna vers lui.

– Jee…

Il la caressa du bleu affectueux de ses iris.

I know.

Il prit sa main et embrassa ses doigts.

He has gone, darling, murmura-t-il. We are alone, just you and me, here, with the sea and the moon and your song in me, in you…

Sa voix… Jee ne lui avait jamais parlé comme ça, comme s’il était une nouvelle personne. Des yeux tendres l’aimaient, la désiraient.

Jasmin…

Elle était envoûtée par ses lèvres légèrement bombées, son sourire enjôleur, sa force, sa bienveillance. Son ami. Son futur amant.

Jasmin…

Où es-tu ? Je vais à jamais te perdre. Là, maintenant, dans les bras de notre ami, Jee. Est-ce ce que tu veux ? Que je t’oublie ?

– I love you.

Jee posa ses lèvres sur les siennes puis recula pour mieux l’admirer. De ses doigts assoiffés, il frôla sa nuque, son cou, sa bouche… Maïté succomba à ses sens. Elle se jeta sur lui, lui arracha sa chemise, l’embrassa, se déshabilla à grande vitesse et, nue, s’étendit sur son corps, prête à se donner toute entière à lui, prête à tourner la page, à refaire sa vie sans Jasmin.

Cette nuit-là, ils firent l’amour, plusieurs fois, jusqu’à épuisement.

Au petit matin, une brise se leva, effleurant les deux corps ensommeillés, entrelacés sur la pierre qui scintillait. Tous les ancêtres de Ranfoll s’embrasaient sous la poussière d’or et d’argent. L’un d’eux, silencieusement, se fendit. Et un homme en sortit. Nu. Il se dirigea vers la dernière pierre, l’escalada puis contempla Maïté avec tendresse. Il se pencha et lui caressa les cheveux.

– Sois heureuse, ma chérie. Jee est bon, il saura te combler.

Maïté entrouvrit les yeux, un ange soufflait des mots sur son visage. Elle sourit et se rendormit.

L’individu retourna dans le rocher fendu qui se referma, ne laissant aucune trace de fission, comme si rien ne s’était passé.

Au loin, le soleil pointait ses rayons sur un jour neuf, qui sent bon le matin, l’herbe et la rosée, un jour rempli de promesses, de nouvelles joies, de chocolats chauds…

Notice biographique

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.


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