La magie des mots, par Francesca Tremblay…

13 juin 2015

Le balcon des lucioleschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Il y a longtemps, je jugeais durement ces artistes que le feu consumait intérieurement. Je pensais que les tragédies n’appartenaient qu’à ces poètes maudits dont les mots s’enflammaient devant la seule présence de l’amour. Mais lorsqu’à mon tour, je faillis être consumée par l’amour, j’ai appris à me méfier de la lumière, si belle soit-elle…
Les papillons de nuit sur l’ampoule de verre brûlent leurs rêves sur la paroi ardente. Leurs battements d’ailes frénétiques les font tressauter et soudain, leurs pattes refroidies, ils reviennent se coller au plancher de verre comme si c’était leur seule raison d’être. Comme s’ils voulaient s’enfuir avec une partie de cette boule de soleil miniature. Faut-il à ce point vénérer la lumière pour en être soudainement aveuglé et croire que c’est une façon de vivre convenable. Ce soir, ils font des jeux d’ombre sur ma galerie et certains, tombés sur les lattes, sont complètement grillés. Je les balaierai demain, avec les morceaux de peinture séchée, dénudant encore plus le vieux bois. Cette maison est vieille et son âme est la mienne. Elle vit là depuis toujours, exclue du village et entourée des lucioles en plein bal qui n’ont rien à envier aux papillons de nuit. Elles sont la lumière.
Le fond de l’air est doux et l’alcool est fort. Je pense à lui. Lui qui est cette lumière pour laquelle je brûle. J’ai une vision chaotique de l’amour et il sait comment la peindre. Il dessine des nus de moi sur des toiles blanches et peint en couleur la vie telle qu’il la voit. Les cafés deviennent froids lorsqu’il est inspiré et je ne bouge plus. Tandis qu’il frotte les pinceaux sur le tableau, je rêve les yeux ouverts. Il perçoit des sensations que je ne saurais relater. J’ai en moi des réminiscences lointaines qui s’évadent par les miroirs de mon âme. Lorsque je le regarde, il en est submergé. Et parfois, dans la position de mon choix, je lui raconte une histoire sans utiliser les mots. La mienne, toujours, mais différemment. Je suis un peu comme ces papillons pour qui la brillance est si attirante. Elle reste un mystère et elle s’écoule de ses sourires en coin. S’écoule de cette bouche qui parle de passion. Baignés dans les nuages de fumée des cigarettes qu’il n’éteint jamais, nous flottons en pleine énigme, ne dissociant plus le réel de ce qui ne l’est pas. Je ne vois que ses yeux qui étudient, même encore à ce jour, les expressions de mon visage et de mon corps. Qui dessine toujours avec cette même ardeur le pourtour de mes seins et le galbe d’une hanche. La sueur qui perle sur son front n’est pas due qu’aux chaudes journées d’été, j’aime à le penser.
Mes semaines ne comprennent qu’un jour depuis lui : le samedi. Le reste du temps, je suis comme ces papillons de nuit à confondre la lumière du jour avec cette ampoule. Tel un rituel, chaque fois, il apporte son attirail de peintre. Du papier et des sanguines pour esquisser brièvement, ainsi que des pinceaux dont je ne saurais me servir pour teinter de couleurs les grandes toiles qu’il apporte. Les odeurs de l’huile et des diluants me font tourner la tête, mais c’est si bon de le savoir là. Je ne sais pas ce qu’il me trouve, mais il a dû chercher longtemps quelqu’un comme moi pour ainsi nous perdre des heures dans des moments de silence.
Au tout début, je lui ai demandé ce qui l’avait poussé à devenir peintre. Il m’a souri et m’a répondu que c’était parce qu’il cherchait à comprendre. Il ne m’a jamais dit quoi. Et je ne lui ai jamais demandé. Je n’ai pas besoin de savoir, ou qu’il me réponde quelque idiotie déjà réfléchie. Ce soir, il est venu peindre une histoire de moi que je n’ai pas osé raconter à personne, ni même à mes filles. J’ai pleuré, et il a, je crois, immortalisé cette larme sur ma bouche. Je ne regarde jamais le portrait lorsqu’il n’a pas terminé alors, je suppose, simplement. Si j’étais peintre, c’est ce que j’aurais fait.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieEt cette nuit, le temps est doux et l’alcool est fort. Sous ce croissant de lune qui me regarde d’un seul œil, les grillons chantent dans les hautes herbes qui remuent au gré du vent. Accoudée sur le garde en fer forgé du balcon, j’observe les lucioles qui scintillent comme les étoiles dans le ciel. Il ne me manque que les ailes pour les rejoindre. Être la muse de cet homme a fait de moi plus qu’un papillon de nuit. Je deviens cette lumière qui éclaire et qui brûle. Même si j’ai appris à me méfier des lumières trop magnifiques, je veux continuer à poser pour lui sur ce balcon parmi les lucioles qui dansent.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

16 mai 2015

La cape blanche

Pieds nus sur le carrelage de la cuisine, j’entends maman pleurer. Visage dans leschat qui louche maykan alain gagnon francophonie mains, elle cache les rides qui lui strient le malheur. Son maquillage balayé par les pluies forme des taches noires sous ses yeux. Pourquoi maman est-elle toujours aussi triste ? Mes jeux ne l’intéressent pas. Elle n’aime pas faire rouler les autos sur le tapis. Il y a des routes qu’elle prend qui ne mènent pas vers des fins heureuses. Moi, mes héros se battent et triomphent toujours. Pourquoi ne choisit-elle pas de gagner ? Ma mère, c’est la demoiselle en détresse que j’ai promis de sauver. Toujours.

Quand il vient chez nous, celui qui n’est pas mon père, j’attache à mon cou ma cape rouge. Je suis un superhéros. J’ai le pouvoir de la sauver. De me rendre invisible. Il ne m’entend jamais. Ne me voit jamais. Ce n’est pas pour de faux ! J’ai appris à ne pas faire de bruit. C’est un méchant, un monstre qui lui fait du mal.
Un jour que nous fêtions mon anniversaire, il l’a frappée tellement fort que maman ne s’est pas réveillée. Moi aussi, il m’a giflé. Plusieurs fois, même. Mais cette fois, je n’ai pas pleuré ! J’étais trop en colère. Les monstres comme ça, il faut les prendre par surprise. Alors j’ai pris le couteau dans le tiroir de la cuisine et je l’ai menacé. Je lui ai dit que s’il faisait encore du mal à ma mère… Un héros ne tue pas sans raison. Il doit avertir d’abord, c’est le code d’honneur qui oblige. Mais après le coup qu’il m’a asséné, je ne me suis pas relevé non plus. La table du salon s’est évanouie comme un pont centenaire sur mes autos. Quand il est reparti, il a fallu que je trouve un autre endroit plus sécuritaire où abriter les voyageurs. Personne n’est à l’abri si je ne les protège pas.
Quand il est là, j’attache à mon cou ma cape rouge et je rassure maman. « Tout ira bien, je peux nous rendre invisibles pour deux, si tu y crois avec moi. » Mais ce jour-là, maman n’avait pas envie de croire. Elle m’a rendu invisible en refermant la porte de la garde-robe de sa chambre. Elle m’a demandé de garder le silence et je lui ai dit que je la protégerais. Mais elle a insisté en retenant ses sanglots. Sa panique lui enlevait tout courage. Elle le suppliait. Je n’ai pas compris pourquoi je pleurais aussi, dans le silence. Ne pas faire de bruit.
Tandis qu’il la frappait encore, je suis sorti du noir en criant de toutes mes forces. Je pensais que je le surprendrais, mais il était tellement grand… Il m’a pris par la gorge et m’a lancé dans les escaliers. La dernière chose que j’ai vue, c’est maman qui gémissait au-dessus de moi.

Je ne me souviens plus des moments après. C’est très flou. Je vois maman qui boit et qui pleure, le visage enfoui dans ma cape rouge. Mais quand il reviendra, je serai là. Je suis maintenant invisible pour toujours. Elle pleure encore et quand elle sent ma présence, elle regarde vers moi, sans me voir et, elle cesse de sangloter. « Je vais te protéger », que je lui dis. « J’ai à présent une cape blanche, maman. »

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

2 mai 2015

L’arbre à bulles

Il y a ce lac, cet arbre d’eau, et moi. Il donne l’impression de flotter au-dessus des chat qui louche maykan alain gagnon francophonievagues, mais en fait, ce sont ses larges racines qui le maintiennent au niveau de l’eau. Le sentier d’aigues-marines, qui apaisent les eaux de ce lac, me donne accès à ce refuge. Chaque fois que j’arpente cette voie de pierres fines, je fredonne un air vieux comme le soleil pour rendre légères les pensées qui défilent. Je suspends aux branches de cet arbre mes plus belles. C’est ce que font toutes les fées. J’y accroche des bulles qui tournoient autour de moi et dont la lumière vrille les fragiles prunelles des animaux curieux. Elles font miroiter des souvenirs et font éclore des sourires sur le visage de mes sœurs.

Jadis, les arbres d’eau aussi appelés arbre à bulles avaient la noble tâche d’aider les navigateurs et de les préserver du danger par temps de brouillards. C’est quand les hommes ont cessé d’avoir des pensées heureuses et lumineuses à suspendre à leurs branches qu’ils ont arrêté de les cultiver. Ils ont semé des phares qui eux aussi mourront.

Toutes les fées n’ont pas d’ailes. En fait, mes pieds doivent encore fouler le sol pour m’imprégner de la Terre. De son énergie. Gravir les rocs pour sentir sa force et nager parmi les poissons pour m’imprégner de sa sensibilité, de son inspiration.

Le lac qui héberge mon arbre d’eau se meut lorsque j’y agite ma main, car aussitôt voilà que les koïs attirés par le bruit arrivent en grand nombre. Ces poissons gigantesques sont pleins de douceur ; ils dessinent des taches orange et blanches derrière les pupilles de ce lac qui voit grand. Je me glisse auprès d’eux et ils m’accueillent comme si j’étais l’une des leurs. Ils m’invitent à les suivre. Je m’agrippe à la nageoire dorsale d’un de ces géants tandis que ses nageoires pectorales balaient l’eau comme les ailes des grands oiseaux.

La Lune éclaire ce grand ballet silencieux de doux rayons beiges. Le poisson me fait entrevoir ce monde qui l’entoure. Nous nageons entre les ronces des arbres d’eau, glissant dans les trous noirs comme l’animal au fond d’un terrier. Et soudain, nous ressortons sous le regard d’une Lune médusée. Nous rencontrons au passage des loutres colossales, aux dents longues comme des sabres. Leurs jeux me laissent perplexe et je suis heureuse que mon compagnon déjoue aussi facilement leurs ruses afin de semer ce clan aux dents redoutables.   Nous atteignons enfin l’autre rive.

Je le remercie d’un baiser et le laisse s’en aller.

Je quitte ce lac pour atteindre le rivage où le désert de vertes landes ondoie au gré d’une brise éternelle. Devant moi, une silhouette lumineuse me tend la main. Je la reconnais. La Lune me fait grâce d’un merveilleux sourire. Son visage ne me semble plus aussi rond, alors que tout son corps est devenu cette magnifique femme. C’est exactement la même chose avec les étoiles. Lorsqu’elles atterrissent sur la terre ferme, elles n’ont plus cette allure sphérique et commune. Mais la Lune demeure la plus particulière et, à mon avis, la plus gracieuse de toutes. Elle est beaucoup plus près de nous et, en l’occurrence, à l’écoute de nos confidences.

Elle me tend un présent. Ce sont des ailes. Des ailes légères, mais prêtes pour les grands voyages. Comme celle des papillons de nuit. C’est pour lui rendre visite qu’elle me souffle à l’oreille. Quand une fée a des ailes, c’est que la Lune lui en a fait cadeau, afin qu’elle la visite à son tour au-delà des nuages. Sa lumière est attirante pour celles qui, comme moi, aiment tout ce qui brille. Par contre, avec ces ailes viennent de grandes responsabilités. Je dois veiller sur ceux et celles qui n’ont pas cette chance.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieGrâce à mes ailes, je suis revenue à mon arbre d’eau par la voie des airs, cette fois. Et dans une bulle rose, j’ai protégé ce souvenir. Accrochée à la plus haute branche, la bulle tournoyait et brillait si fort que mon arbre s’est mis à ballotter comme par jour de grand vent. À la surface de l’eau éclataient de gros bouillons qui firent déguerpir mes amis les koïs. Et j’entendis des craquements qui me firent penser au pire. Mais en fait, c’étaient les racines de mon arbre qui se détachaient du sol vaseux et que je voyais apparaître à la surface de l’eau. Puis tout à coup, les bouillons et les tremblements s’apaisèrent. Doucement, mon arbre s’éloignait de moi et dérivait vers le large, emportant mes lumières avec lui. Mes bulles. Mes souvenirs…

D’un battement d’ailes, j’aurais pu le rattraper ! Mais je compris qu’il ne m’avait jamais appartenu. Tandis qu’il allait partager à d’autres les bonheurs que j’avais vécus, j’arpenterais à mon tour cette Terre pour découvrir que je ne sais rien, avant d’aller rejoindre au-delà du ciel, mon amie la Lune.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

17 avril 2015

La vie avait un goût de fraise et chocolat…

Nous n’avions pas pensé qu’elle irait aussi loin. Du fin fond des retranchements de son âme, elle s’était extirpée. Elle avaitchat qui louche maykan alain gagnon francophonie
refait surface et nous faisait grâce d’un sourire énigmatique. La jeune silencieuse avait mille secrets à dévoiler, mais commençait, ce matin-là, par le secret qui nous attirait le plus. Qui nous tourmentait. Elle avait emprunté à la Mona Lisa, sur le livre d’art de la bibliothèque de l’école, cet air de femme mystérieuse. Elle, qui ne levait jamais les yeux sur l’univers qui l’entourait, portait maintenant son regard sur nous quatre qui épiions le moindre de ses gestes.

Il faut se le dire, la jeune femme ne nous laissait pas beaucoup de chances. Nous étions quatre petits bourdons s’agglomérant autour de cette fleur prête à être cueillie et du haut de nos treize ans, gamins que nous étions, nous ne savions comment attirer sur nous ne serait-ce qu’un de ses regards de velours. Juchés sur les tabourets du comptoir, commandant notre deuxième milkshake, nous lancions des œillades enamourées vers la belle Lolita qui portait bien la queue de cheval. En sirotant notre récompense des chauds jours d’été, nous nous lancions des défis à relever et nos arguments bidon étaient accentués de bonnes tapes dans le dos pour exciter notre jeune testostérone. Des défis du genre : le premier à lui adresser la parole. Le premier à la raccompagner jusqu’à chez-elle. Et la crème de la crème, le premier à l’inviter à danser un slow chez Bigband Bar. Même si nous ne pouvions pas aller dans ce club, rêver ne nous coûtait pas la peau des fesses ! Mais chaque fois, nous nous dégonflions et, lorsque nous terminions notre dernier milkshake à la fraise ou au chocolat, nous détalions sur nos bécanes, avec le regret de ne pas avoir osé et la poussière du gravier qui dissimulait l’enseigne de notre resto préféré que nous quittions.

Et un jour, une chose étrange se produisit. Elle nous regarda avec ce sourire énigmatique et un peu coquin qui commençait à poindre sur son visage couleur fleur de vanille. Des quatre intrépides que nous étions, nous nous transformâmes en statues de sel, qui, de surcroit, auraient été dévastées par la vague. Moment fatidique. Lequel de nous quatre elle allait choisir ?

Jean était le plus grand et le chef de notre bande. Un beau prospect pour une fille qui cherche un garçon pour sa beauté, mais pas pour une vie de famille.

Peter était le plus grassouillet, mais le plus charitable. On pouvait compter sur lui pour nous sortir du pétrin, et Dieu savait comment nous savions nous y enliser. Maman disait même que nous avions beaucoup de talent.

Timmy était roux à cause de sa mère irlandaise et de son père écossais ! Les plus vieux de l’école le tabassaient à cause de cette couleur et il se faisait appeler « Poils de Carottes ». Il était un peu espiègle et tourmenté…

Moi, je me prénommais Philippe. Pas trop petit, mais pas très grand non plus. Cheveux bruns, yeux bruns. J’aimais faire des coups, je tirais bien de la fronde et je gagnais souvent aux billes.

Chacun pourrait faire un bon parti.

Alors qu’elle se dirigeait vers nous, notre cœur cessa de battre. Nous étions devenus, en l’espace de quelques instants, de dangereux adversaires. Je me voyais étrangler Peter avec une clé de bras que mon père m’avait enseignée.   Ou encore, casser le nez à Jean, si grand et si beau, pour le dévisager. Je me suis même imaginé ridiculiser Timmy en le traitant de tache de rouille et en lui baissant son pantalon devant elle. Je voulais triompher de mes rivaux pour qu’elle me choisisse !

D’un coup de pied, je fis pivoter le tabouret pour faire face au comptoir, fuir ce regard. Je faisais l’indépendant. Alors que j’entendais le son de ses pas dans mon dos, je sus qu’elle se dirigeait toujours vers nous quand, soudain, je n’entendis plus rien. Du coin de l’œil, je la vis sauter au cou de Jimmy qui venait d’entrer dans le resto. Lui, c’était le chef d’une vraie bande de motards avec blouson de cuir et sourire fendant. Elle ne riait plus, il l’embrassait à pleine bouche ! Il faut dire que Marilyne avait 19 ans et qu’elle était le fantasme de tous les gars de notre âge…

Et là, mes potes ont respiré de nouveau.

— Ça a passé à un cheveu ! s’exclama Peter. Je crois que mon cœur s’est emballé parce que j’ai entendu une sorte de grondement sourd !

— Gros balourd ! lança, Timmy. C’est ton estomac qui a fait ce boucan…

— Ouais, c’était près. Si Jimmy n’était pas arrivé, je suis certain qu’elle venait vers moi, affirma Jean en peignant ses cheveux saturés de brillantine volée à son père. Comment as-tu pu te retourner si vite, Phil ?

En soupirant, je répondis :

— Si elle s’était adressée à nous, les gars, ça aurait pu être dangereux !

— Et pourquoi ? me demandèrent-ils à l’unisson.

— Pour rien… dis-je en faisant pivoter de nouveau mon tabouret pour appuyer mes coudes sur la surface du comptoir et balancer mes pieds paresseusement.

Derrière la vitrine du restaurant, je vis la belle Marilyne chevaucher la superbe moto de ce Jimmy à la noix. Ils partirent tous deux dans un raffut terrible. Et seulement là, je compris qu’une fille ne valait pas la peine que je me brouille avec mes potes.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieCet été-là fut le dernier de nos étés à nous amuser. L’école avait recommencé si vite et les années ont passé. J’ai rencontré une merveilleuse femme qui est devenue la mienne et j’ai eu trois beaux enfants. Mais parfois, nostalgique, il m’arrive de retourner à ce petit resto et y commander un lait frappé au comptoir. Dès les premières saveurs, je me souviens de la belle Marilyne et de mes potes. Combien la vie était bonne quand elle avait un goût de fraise ou de chocolat.

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3 avril 2015

Avant de n’être que cendres

Il y a de ces mondes turbulents qui nous entourent.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Tandis que les fresques du ciel s’émiettent, tes bras forment autour de mon corps un refuge inespéré.  Les ciels malheureux ont un goût de poussière.  Un goût de cendre noire couchée sur les lacs qui bordent les feux de brousse.

Il y a de ces amours que l’on ne rencontre qu’une seule fois et qui nous bénissent de cette eau que versent les yeux quand la joie les réchauffe.  On s’imagine alors devenir quelqu’un de meilleur.  Un regard qui nous pousse à nous élever.  Qui nous pousse à faire de nos choix des réponses pour l’avenir.  Une voix à laquelle s’accrocher.  Un silence dans lequel on rêve.  Dans lequel on rêve à deux. Il y a cette personne que tu es.  Qui chérit la femme que je suis.  Qui la protège et l’aime au-delà de sa propre vie ?  Et qui la connaît bien plus qu’elle ne se connaîtra jamais.  Parce qu’elle ne voit pas comme ton cœur a vu tout ce qui se cache au fond de ses propres pupilles.

Tes mains sur mes hanches et c’est tout mon monde qui bascule.  S’effondrent les assises et les boucliers que j’avais érigés.

Et si c’était nous qui avions raison ?  Qui savions réellement ce que c’est que le bonheur ?  Nous dessinons de nos amours, de nouvelles teintes que les yeux ne peuvent percevoir.  Des couleurs trop vives pour ceux perdus dans le noir qu’ils broient comme des mortiers acharnés.  Et lorsque la pluie ruisselle, les feuilles des arbres sous lesquels nous faisons l’amour sont tachées des arcs-en-ciel qui glissent sur leur derme lustré.  Et qui tombent sur nos corps étreints.

À trop nous aimer, nous nous faisons des ennemis.  Des regards lourds de mépris scrutent le moindre de nos baisers.  Envient la moindre de nos caresses.  Et mon corps répond à tes souffles chauds.  Toi qui m’emportes comme les grandes marées d’automne qui ensevelissent les dangereux écueils.  Tes mains sur mes hanches et c’est toute ma vie qui balance.

Il y a de ces moments où l’on croit pouvoir changer le monde.  Où l’amour nous rapproche d’un paradis perdu.  Paradis oublié quelque part entre les rôties que l’on graisse au petit-déjeuner et le livre qu’on dépose sur la table de chevet quand les nuits sont blanches.  Et dans ces moments, je prends la voûte qui mène là où les morosités ne sont que des brumes qui se dispersent lorsque le soleil se lève.  C’est plus qu’une question d’attirance.  C’est bien différent de la plupart des relations que j’ai entreprises auparavant.  C’est toi qui sauves une partie de moi.  Celle qui ne croyait plus en l’amour avec un grand « A ».  Qui pensait réellement que les petits « a » amoncelés les uns sur les autres pouvaient en bâtir un grand.

Mais à un certain âge, on se rend compte que se mentir à soi-même, c’est se refuser le droit au bonheur.  Et tout ce qu’on a collectionné jusqu’à présent, ce sont les amours mortelles au goût de cendre.  Un peu comme ces ciels miséreux que j’ai connus et dont j’efface la trace doucement à chaque baiser que tu m’offres.  Je sais aussi que tout meurt et que nous ne serons jamais à l’abri de l’invisible.  Mais avant de n’être que cendres à notre tour, tes mains sur mes hanches, étendus l’un près de l’autre et les yeux dans les yeux, nous sommes si près du bonheur.

Et si c’était nous qui avions raison…

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Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

21 mars 2015

Blessures de l’enfance

Je te déteste.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Je veux faire sortir cette boule dans la gorge, mais je ne réussis pas.  Les hommes ne versent pas de larmes.  Elle grossit à mesure que je retiens mes sanglots.  Je me noierai si je continue et pourtant, je persiste à me la fermer.  Je m’en veux de ne pas réussir.  Je t’en veux de me retenir.

Je te déteste.

Toutes ces fois où tes silences ont fait saigner mes attentes.  Où tes mains ont volé vers mes joues si tendres.  Ces mains qui se resserraient sur mon poignet comme un étau.  Toutes ces fois, je m’en souviens parce que tu les écrivais sur les murs à coup de point final.  Tu écrasais mon ombre trop petite pour me défendre.

Les genoux meurtris par des prières silencieuses pour un Bon Dieu quelque part au-delà du plafond de ma chambre.  Au-delà des tuiles mille fois comptées.  Les camisoles blanches tachées de sueur.  Mes draps, souillés de peur.  Je me cachais sous le lit pour être protégé parmi les monstres.  Tu criais après le chien que j’étais et je cédais.  Ma saleté rebutait mes amis et leurs regards lourds de mépris me faisaient mal.  Ma différence, je la payais cher.  Les bancs d’école ont connu mes tremblements, mes soubresauts lorsque l’enseignant m’appelait et mes retards ont servi plus que de raison à faire de moi le cancre de la classe.  J’y ai cru longtemps.  Mais ce n’était rien.  Tout était moins mauvais que ce qui m’attendait, le reste du temps.  Je débarquais de l’autobus où j’avais peiné à me frayer un chemin à travers les jambettes et les surnoms.  Et j’empruntais le sentier de gravelle qui menait jusqu’à chez moi.  Je jetais un coup d’œil à cette vieille automobile rouillée dans le champ et je l’enviais.  Elle pouvait survivre dehors et pas moi.

Je me souviens encore des larmes versées en vain, des « Je t’aime » criés dans le noir de ma chambre.  Je voulais que tu meures.  Je voulais que tu m’aimes.  « Tu ne seras jamais un homme ! » que tu crachais entre tes dents avant de me frapper derrière la tête.  Un bruit sec sur mes cheveux en bataille.  J’enfouissais cette tête lourde dans mes épaules et je retenais mes gémissements.  Et jamais je ne le suis devenu, cet homme.  Je mouille encore mon lit quand je fais ces rêves qui me ramènent à la maison.  Je suis pris entre ces murs barbouillés par la pauvreté.  La fenêtre de ma chambre ne s’ouvre pas et je t’entends en sourdine railler au rez-de-chaussée.  Maman ne parle pas.  Elle n’a jamais pu dire quoi que ce soit.  Je sais que c’est le tonnerre qui gronde au loin, mais que la tempête approche.  Et là, j’entends tes hurlements poussés par l’alcool qui te grise.  Qui te dévore le foie.  Mon nom est un blasphème pour moi.  Je veux mourir !  Je ne peux même pas fuir.  Je n’ai nulle part où aller.  Ni refuge pour me réconforter.  Je vois ton ombre sous la porte et je me recroqueville dans un coin, les bras autour de mes genoux.  Je tremble comme une feuille.  Je suis foutu.  Tu vas me foutre une sale raclée.  La porte s’ouvre toute seule parce qu’elle n’a jamais eu de poignée et ta silhouette noire se découpe dans la lumière du couloir.

Arrête !  Ne fais pas ça.  Je t’aime, papa !

Et je me réveille couvert de sueur.  De l’air !

Je ne serai jamais assez fort pour me battre contre ce souvenir de toi.  Je crie dans l’oreiller pour étouffer ma peine.  Je suffoque presque.  Ce sanglot m’étrangle.  Même éveillé, je cherche l’air pour respirer.  Tu m’as brisé, papa.  Tu m’as brisé.  Mais être un homme, ce n’est pas être quelqu’un comme toi.  Être un homme c’est serrer dans ses bras l’enfant que j’étais et le rassurer que les éclairs pendant la tempête ne lui feront pas de mal.  C’est aussi de trouver à la vie une raison de dire merci et d’aider cet enfant à en faire autant.  J’aurais tellement aimé que tu sois cet homme, papa.  Mais même le temps ne peut pas tout effacer.  Les blessures s’ouvrent et chaque fois, se déversent sur les fragments de mes souvenirs comme des coulées de lave en fusion, effaçant les espoirs d’une vie qui aurait pu être autrement

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

7 mars 2015

La passeuse d’âmeschat qui louche maykan alain gagnon francophonie

J’avais envie de pleurer.

La vraie créativité part des tripes et aboutit dans un cri.  Le cri peut être silencieux.  Il peut déchirer la nuit.  Il peut se perdre dans l’huile d’une peinture ou dans le sang d’encre d’une histoire, mais l’important, c’est qu’il parte des tripes.  Après, tout n’est que mascarade, car il faut sans cesse créer pour se sentir exister.

Je lui dis qu’elle est normale et qu’elle réussira à s’exprimer librement, si elle s’en donne la chance.  Derrière le glacis de ses larmes, elle me considère d’une étrange façon.  Dans un sourire, je lui dis que sa coquille explosera enfin et qu’elle s’envolera comme le papillon bleu que, jeune, elle rêvait de saisir.  Mais pendant que ces mots se fraient un chemin jusqu’à son cœur, j’ai tellement peur de mon ombre.  Je ne suis pas capable de trouver le courage de mes convictions parce que je n’en ai aucune.  Je suis là, à la rassurer, alors que mon potentiel s’envole en une nuée d’insectes noirs.  Et je demeure là, à écrire plutôt qu’agir.  Peu m’importe si je porte le même pyjama depuis des semaines, car l’héroïne du roman que j’écris ne le saura jamais.

Elle pense, pense, pense.  Elle me dit qu’elle a un problème, mais c’est moi qui en ai un.  Je n’éprouve aucune émotion parce que mon cœur a été enfermé dans une cage de verre et se montre à peine le bout du nez sur la mezzanine de mon cerveau.  Il voit à travers mes grandes fenêtres couleur noisette, la vie qui s’écoule et il se sent loin de tout, comme l’enfant malade qui regarde les autres enfants jouer dehors du haut de sa chambre.  Mon cœur porte une camisole de force pour éviter qu’il ne se blesse quand il en aura assez.  Quand il voudra se fracasser sur les parois de ma cellule grise.  Petit oiseau à qui j’ai coupé les ailes.  Il saigne à chaque pulsation et cavale après sa mort.

Je sais que le lépidoptère s’envolera un jour, et qu’elle trouvera enfin le chemin vers sa liberté.  Mais moi, je suis la passeuse d’âmes.  Je resterai là pour aider d’autres papillons à s’envoler, parce que c’est plus facile de vivre dans le fardeau de cette mission que de goûter à la vraie liberté qui a un prix que je ne veux pas payer.  Mon visage change soudain pour prendre les traits de la nuit qui borde mes pensées.  Au fond de leurs yeux scintillent les étoiles.  Ils ne savent pas qu’elles brillent en eux et je suis celle qui les aide à prendre conscience de cette existence.

Elle pleure maintenant sur mon épaule qu’elle éprouve des désirs pulsionnels, des désirs charnels et qu’elle ne peut pas comprendre pourquoi.  Elle me raconte toutes les fois où elle s’est sentie à côté de ses pompes, traversant les miroirs dont les reflets mensongers trahissent ses angoisses.  Et je pleure en silence que je n’ai pas de désir et que j’aimerais cent fois plus être à sa place qu’à la mienne.  Même si je lui disais, le papillon ne me croirait pas.  Ça n’existe pas quelqu’un comme moi.  Des larmes qui coulent par en dedans, ça fait d’immenses étendues amères qui noient les bouteilles à la mer.

Elle bat des ailes et je lui crie de ne pas y aller trop fort.  D’y aller doucement, étape par étape.  Que les oiseaux les plus fous parcourent des milliers de kilomètres, mais qu’ils débutent toujours par le premier battement d’ailes.  Que d’autres se fracassent le bec dans les miroirs des villes, ces immeubles qui grattent le ciel.  Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça…  Je vois sa moue inquiète et pour me faire pardonner, je lui fais un cadeau inestimable.  Je crois en elle.  J’embrasse ses fantaisies et la pousse à s’accomplir.  Je l’aime d’un amour inconditionnel, parce que l’amour donne des ailes.  Mais je ne veux pas qu’elle s’envole.  En fait, pas tout de suite.  Sa compagnie me rassure.  Des sourires se dessinent sur mes bras lorsqu’ils l’étreignent !

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMais un beau matin, j’ai vu par terre une coquille cassée.  J’ai regardé vers le ciel et j’y ai vu le soleil.  Éblouie, j’ai caché du revers de ma main, mes yeux peu habitués à l’éclat de lumière.  Elle avait été attirée vers la liberté parce qu’elle avait du courage.  Et je me retournai.  Je pris dans ma main la ficelle qui entourait mon petit corps et je vérifiai si elle était toujours aussi solidement attachée.  Je ne m’envolerai pas, j’avais tout fait pour que ça n’arrive pas.  J’avais coupé mes ailes d’oiseau bleu pour ne jamais être attirée par la soyeuse lumière de la vérité.

Après tout, je ne suis que l’élan qui pousse les autres à franchir la ligne.

Et je ne suis que la voix qui leur demande de rêver.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

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