Un rustre en philo, un texte de Chantale Potvin…

4 juin 2017

Un rustre en philo ou l’art de trouver rapidement sa voie

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Les mains enfoncées profondément, comme collées dans le fond des poches de ses pantalons trop grands, le petit enseignant, presque masqué avec des lunettes noires, s’est approché pour lui expliquer calmement – avec l’intonation basse et grave des animateurs d’émissions de télé ennuyantes à mourir –, que le mot philosophie provenait du grec ancien et que son sens littéral signifiait : « l’amour de la sagesse ». Après cette phrase incompréhensible et la reproduction grecque φιλοσοφία tracée au tableau, le jeune homme ébranlé devant la noirceur abyssale des propos a doucement dodeliné de la tête pour faire bonne figure devant ses copains de classe. Tout en croisant ses gros bras musclés, en jouant au gars qui aurait été aussi confortable que dans son fauteuil préféré, il soupira d’aise, dessinant un léger sourire de satisfaction sur les lèvres.
Or, même s’il affichait la gueule de l’étudiant parfait qui avait tout compris, tout en mâchant lentement sa gomme, il était carrément perdu, abandonné comme Le Petit Prince dans un interminable désert de connaissances inutiles.

Ses pensées à lui étaient bien éloignées de toute activité intellectuelle aussi intense. Dans son esprit, avant l’intervention impromptue du prof intello qui l’avait interpellé personnellement, et il ne s’y attendait absolument pas, il avait la tête sous le capot d’une rutilante Mustang rouge. Avec une grosse bière froide sur l’établi, au rythme des sons tonitruants d’une vieille radio décorée maladroitement de découpures de calendriers de femmes nues, en écoutant ACDC qui hurlait Highway To Hell, il nettoyait le moteur, dévissait les bougies, les astiquait…
— Vous savez, monsieur Privé, cette discipline existe depuis l’Antiquité en Occident, lui expliqua le professeur, toujours les poings dans les poches, comme s’il avait parlé à un enfant de cinq ans.
Antiquité. Occident. Les définitions de ces concepts étaient des labyrinthes impénétrables, des pyramides égyptiennes d’où il ne sortirait jamais. Pour antiquité, ses souvenirs le ramenèrent aussitôt à un vieux « crisse » de meuble chez sa « grand-mère ». Et pour le mot Occident, comme sous un capot de Mustang, il était dans le néant. Le noir total. Il misa que l’Occident devait sûrement être un pays d’Afrique. « Occident, ça sonne comme Soudan ! », se rassura-t-il, fier de s’être rappelé un nom de pays si loin de son village natal : Sainte-Hedwidge !
— Vous comprenez tous que la philosophie est un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l’existence humaine, ou encore comme un savoir systématique ?
Le tenace professeur attendait une réponse de l’auditoire.
— Vous comprenez ce qu’est un savoir systématique, monsieur Privé ?
Il lui en posait une autre. Le salaud. Et où avait-il appris son nom qu’il répétait comme une comptine ?
Comme s’il venait de recevoir un coup de bâton de baseball derrière la tête, il chuinta un puissant « Oui, j’comprends ! ». Bon acteur, l’inflexion du oui de monsieur Privé fut perçue dans la classe comme un oui qui aurait été propulsé par une indéfectible certitude. D’ailleurs, ce oui herculéen permit à monsieur Privé d’avoir la paix quelques instants. Le prof marcha dans une autre direction. « Y va aller en écœurer un autre », chuchota-t-il.
Plus les minutes du cours s’écoulaient, plus le professeur énumérait les enjeux de la philosophie et plus les étudiants s’égaraient dans la recherche de la vérité, de la méditation sur le bien, le beau et le bonheur.
— Et du sens de la vie !, hurla pratiquement l’enseignant avec un doigt dans les airs. C’était d’ailleurs la première fois qu’il sortait une main de sa poche.
Ce cri éveilla quelques étudiants qui, de toute évidence, rêvassaient à autre chose. L’une lâcha son texto, l’autre cessa de dessiner le derrière d’un cochon qui avançait maladroitement dans un pré, la queue en tire-bouchon.
— La philosophie consiste plus largement dans l’exercice systématique de la pensée, de la réflexion. En fait, c’est un moyen de se défaire des illusions pour atteindre une plus grande liberté.
Monsieur Privé sacrait allègrement dans sa tête. Sans qu’il puisse les empêcher, les termes d’Église se succédaient. Oui, il se questionnait, mais rien ne concernait la philo. Pas un pouce ! Tout en fixant ses ongles noircis d’huile à moteur, il se demandait plutôt pourquoi il était là, ce que ce cours inutile allait lui rapporter. Il se disait qu’il ne réussirait jamais, même en seize générations, à comprendre ce que racontait ce mec. Et les explications du prof, seul dans sa bulle, pétaradaient à feu roulant. Pendant près d’une heure, monsieur Privé entendit parler des origines de « l’activité d’analyse, de définition, de création ou de méditation sur des concepts ».
Pendant trois interminables heures, les concepts de logique, d’éthique, de métaphysique, de philosophie politique, de théorie de la connaissance et d’esthétique ont failli le faire périr d’ennui. Il bouillait comme si une bombe à retardement s’apprêtait à exploser dans ses neurones.
Pour se calmer et apaiser le climat qui devenait de plus en plus insoutenable, le fin stratège qu’il était retournait dans son garage intérieur. Il en était capable. Dans un tout petit effort de méditation, il admirait des Ford anciennes, des gros « pick-up » et des Buick luxueuses. Toutes les scènes de bris mécaniques imaginables se déroulaient dans son rêve éveillé. Parfois, le prof le surprenait à sourire, croyant que l’étudiant était subjugué, voire ensorcelé par le tsunami de connaissances qui inondait le local de classe.
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe coup fatal fut donné vers 15 heures, environ 15 minutes avant la fin du cours. En fait, c’est lorsque le prof l’a interpellé une autre fois, le questionnant sur sa conception personnelle de l’anthropologie philosophique, que la fin du cirque collégien est survenue.
— Parlant d’anthropologie philosophique, si je cite le sociologue allemand, Max Scheler, quand il dit que « Jamais dans l’histoire telle que nous la connaissons, l’homme n’a été autant qu’aujourd’hui un problème pour lui-même », cela vous dit quoi, monsieur Privé ?
Comme un menuisier, l’étudiant installa son crayon derrière son oreille, se leva de son banc de torture scolaire et jeta violemment le cahier de notes et l’ouvrage Le Banquet de Platon, celui-là même qu’il avait dû acheter à la librairie du Cégep, au même prix qu’une caisse de douze.
Comme Archimède, qui beuglait Eurêka ! en courant nu à travers les rues de sa ville, juste avant de claquer définitivement la porte de la classe, le jeune monsieur Privé déclara, comme un prophète illuminé par des lumières divines :
— J’m’en contrecrisse de ton ostie d’sociologue à marde. Pis là, l’homme, ben y’a décidé de câlisser son camp pour fére d’la mécanique. Bye ! Ciao !

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


Cours d’éducation textuelle, par Sophie Torris…

10 février 2016

Balbutiements chroniques…

Cher Chat,

Voilà que depuis quelques jours, tout le monde se revendique bête de texte. Même ceux et celles qui avouent alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec pratiquer des activités textuelles contre leur gré ont pris la position du missionnaire. C’est que l’orthographe est devenue subitement zone érogène quand les éditeurs ont fait savoir qu’ils en appliqueraient les nouvelles règles dans les manuels scolaires de la prochaine rentrée. Beaucoup ont alors pris pour du harcèlement textuel, une réforme qui date pourtant de 1990 et qui n’a, par ailleurs, jamais condamné la bitextualité. C’est ainsi que sans faire fi de ces préliminaires, le doute a pénétré les consciences et toutes les langues se sont mises, dans un grand élan de masturbation de l’esprit, à se chatouiller le nénufar.

Puisque je jouis d’une certaine expertise en matière de proximité textuelle, permettez-moi, le Chat, de juguler ici cet excès de textostérone précoce. En effet, il y a une couille dans le potage! Si aujourd’hui, on invite bien les noms composés à copuler jusqu’à ne faire plus qu’un, le circonflexe, quant à lui, reste ce text toy indispensable et celles qui pensaient se faire un petit jeûne sans qu’il ne sorte couvert vont être bien déçues. Il va falloir faire abstinence.

Les faveurs textuelles accordées sont, en fait, assez minimes*. On déflore l’hymen de quelques traits d’union et on croquemonsieur dorénavant d’une seule bouchée. On corrige certains abus textuels qui visaient par exemple, à circoncire le cure-dent de son pluriel alors que le cure-ongles n’avait pas à subir l’opération. De ce fait, en uniformisant cette règle, on s’assure non seulement d’une cohérence grammaticale, mais également d’une meilleure hygiène dentaire. Ceci dit, le S ne supplante pas pour autant l’univers du X. Mesdames, vous pourrez continuer à monter régulièrement sur vos grands chevaux et en tirer tout le plaisir textuel habituel. Ces chevals de bataille ne sont donc que contrebande et, malgré l’excitation textuelle liée à la nouveauté, vous ne devriez pas avaler n’importe quoi.

Quant à l’ognon, même si les avis divergent là-dessus, on peut comprendre qu’il tienne à soulager le i de son priapisme originel. Certains prennent ainsi position en sa faveur en optant pour une simplification des pratiques textuelles, d’autres s’attachent à perpétuer un certain sado-masochisme en menottant la langue dès qu’elle devient libertine et en lui infligeant une correction instantanée.

Je suis désolée pour ceux qui pensent que la langue française est vierge. Elle n’est heureusement pas si chaste. On la caresse depuis la nuit des temps. Ses lettres sont passées par tout un Kamasutra de positions. Elle est adepte de l’échangisme et a souvent répondu aux avances d’amours étrangères. Elle s’est d’ailleurs laissée féconder régulièrement jusqu’en 1935 sans que jamais personne n’ait crié à la déviance. Alors, pourquoi, aujourd’hui, voudrait-on en faire une langue figée, alors que son identité textuelle a toujours été mouvante, alors qu’on n’a jamais eu autant besoin d’écrire?

La nouvelle orthographe ne joue pas au strip-poker avec la langue. La réforme ne s’amuse pas à déshabiller les mots pour offrir une relation textuelle dénudée de difficultés à des jeunes qui paniquent parce qu’ils ne savent plus écrire. Elle ne cherche pas à simplifier bêtement et à régler le problème de l’échec scolaire. Pensez-vous vraiment qu’en laissant la place à l’accent grave, la crise sera moins aigüe? Ce serait tout un évènement!

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCes nouvelles pratiques textuelles ne sont donc pas très exhibitionnistes et ceux qui ont cru à l’avènement de l’écriture phonétique peuvent aller se rhabiller. La nouvelle orthographe ne défigurera pas la langue. Elle se contente tout simplement d’en gommer quelques bizarreries.

Il serait donc absurde de ne pas apprendre l’orthographe rectifiée aux nouvelles générations, mais sachez toutefois, le Chat, que l’enseignante de français que je suis et qui se fait un devoir d’appliquer cette réforme simule ce désir textuel. Que voulez-vous, je suis, tout comme vous, d’une autre époque, celle où l’érotisme de la langue se cachait dans l’exception et dans l’ambiguïté de certaines règles.

Sophîe

*http://www.gqmnf.org/NouvelleOrthographe_NouvellesRegles.html

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Du bonheur en contrebande, par Sophie Torris…

27 janvier 2016

Balbutiements chroniques

Cher Chat,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

En nous faisant croire que le seul chemin qui mène à Rome est l’austérité, on renvoie le bonheur aux calendes grecques, comme s’il n’avait plus le droit de cité. J’ai conscience que mon pays n’est plus de cocagne; je n’ai pas les portugaises ensablées. Mais pourquoi devrais-je m’empêcher de construire des châteaux en Espagne ?
Tonnerre de Brest, on dirait que, pour être crédible aujourd’hui, il faut avoir l’air grave, préoccupé, voire même tragique ! Le bonheur est devenu suspect.
Si vous souriez un peu trop, on risque de vous prendre pour un Béotien.
Si vous partagez quelques montagnes russes d’émotion, on vous taxera de faiblesse.
Si vous ne vous plaignez pas, c’est sans doute que vous cachez quelque chose. On ne peut décemment, de nos jours, être content de son sort sans que le téléphone arabe se mette à faire courir des rumeurs.
Bref, si vous voulez pouvoir afficher un peu d’ivresse, la seule raison acceptable est d’être saoul comme un Polonais.
Avec autant de si, ce n’est pas seulement Paris que l’on met en bouteille. C’est aussi la joie que l’on consigne. Car voilà, pour être un bon cru aujourd’hui, il faut être mal embouché, ruminer les plaisirs d’antan et porter le poids de la conjoncture.
Et bien, je préfère passer pour une cruche plutôt que de me plier à ce genre d’étiquette. Je ne veux pas vieillir en fût, le présent a bien plus de cuisse et de velours que le passé, aussi millésimé soit-il.
Et puis, franchement, ce n’est pas en faisant la gueule qu’on nous rendra l’Alsace et la Lorraine !

Prenons donc un petit quart d’heure bordelais, le Chat, afin de remettre les pendules à l’heure. La morosité s’est donc introduite, ces dernières années, tel un cheval de Troie, en ville, au bureau, jusque dans les foyers, et ce, même chez mon oncle d’Amérique. Je ne suis pas de Marseille, c’est hélas la triste vérité. Personne n’est plus à l’abri d’un coup de Jarnac. Et pour preuve, on m’a déjà limogée, virée, lourdée sans qu’on ait rien à me reprocher. Certes, ce fut une douche écossaise qui aurait pu noyer ma bonne humeur, mais j’ai préféré filer à l’anglaise. Il y a de ces revers de fortune contre lesquels on ne peut rien : deuil, maladie, séparation, perte d’emploi. À quoi bon alors se couronner soi-même tête de Turc en ressassant ce qui ne peut être changé ? Si le chagrin, qui, lui, est tout à fait légitime, ne s’accompagne pas d’un lâcher-prise, c’est la joie qu’on risque d’envoyer bouler à Pétaouchnok pour de bon.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecEt il en est de même pour ces petites chinoiseries qui font ruminer certaines personnes pendant des jours. Que mes enfants transforment ma maison en capharnaüm, ce n’est pas le Pérou ! Qu’il pleuve sans cesse sur Brest ce jour-là, ne m’empêchera pas d’y faire la java. Perdre mon chemin ne m’enverra pas dans la gueule du loup et pleurer après le temps perdu ne me le rendra pas. Pourquoi faire d’un événement qui est, de toute manière, irréversible, un supplice chinois ? Pourquoi s’empoisonner la vie d’une macédoine de soucis irrévocables et s’imposer ce genre de régime spartiate ?

C’est ainsi qu’on finit par croire que la vie de bohème se trouve à Tataouine, loin de la routine et de ses poupées russes de tracas. Et on se trompe en confondant plaisir et bonheur. Évidemment, le plaisir, c’est Byzance ! Il se boit cul sec et l’ivresse est immédiate. Mais il est éphémère parce que lié à la satisfaction d’un désir qui n’en est plus un quand il est consommé. Et nous revoilà à faire la manche indéfiniment entre chaque trou normand, parce que cette quête ne finit jamais. On ne se contente pas de voir Naples et mourir une seule fois. Le plaisir habite en Frénésie, c’est bien connu. Et c’est toujours la même histoire. Il y était une fois un prince que l’on veut charmant et que l’on pare de toutes les qualités existant sur le marché afin que le bonheur à deux puisse naître dans l’idée magnifiée que l’on a de l’autre. Ainsi, on se berce de joies formidablement illusoires et on croit à ses propres promesses de Gascon jusqu’à ce que la réalité nous rattrape et que l’on se remette à ronchonner sur ce qu’on a perdu.

Et si le bonheur n’était tout simplement pas lié à une cause extérieure ? On n’aurait plus besoin de s’échapper dans le plaisir comme si la seule solution était de s’oublier. Et s’il était, tout au contraire, cette cabane au Canada, blottie au fond de soi ? Et s’il suffisait d’en ouvrir la porte pour que la joie s’y invite ? Et s’il était cette auberge espagnole où chacun contribue à nourrir l’autre ? Et s’il était dans le don plutôt que dans la réception, dans l’instant plutôt que dans la projection ? On n’aurait peut-être plus le mal du pays.

Il paraît que le bonheur est contagieux. Alors que ceux et celles qui l’ont trouvé ne le boivent pas en suisse, il pourrait trinquer !

Sophie

Cette chronique est fortement inspirée du dernier ouvrage de Frédéric Lenoir, La puissance de la joiealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

La joie, c’est la vie, la plénitude.
La joie est profonde. Je n’ai pas joie de boire mon café.
Émotion amoureuse, esthétique, spirituelle, collective. La joie touche esprit, cœur, corps, sens, imaginaire.
Elle ne se décrète pas. On ne décide pas d’être en joie, mais on peut cultiver un climat favorable qui permet à la joie d’advenir. La joie s’invite.
On ne court pas après le bonheur. Il est à l’intérieur. (Enlever les obstacles qui ont bouché la source : égo, peur, mental). Se libérer de tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes. Se libérer des faux-moi. Tout ce que l’égo et le mental ont construit comme mensonge pour nous aider à survivre. Il faut avoir de l’égo pour survivre. On ne tue pas l’égo, mais ne pas être mû par le personnage qui s’est identifié à l’égo. Lâcher l’égo : moments d’éveil. On ne s’identifie plus au personnage qui a besoin de reconnaissances, de compliments, qui vit dans le regard de l’autre.
La joie peut accompagner le chagrin.
Lâcher le mental, logiciel de survie, qui a enregistré ce qui nous fait du bien et du mal pour aller vers les choses plus profondes. Renoncer aux biens immédiats pour un bien plus profond.

Comment : être attentif sinon la joie n’intervient pas. Il faut être présent. La joie vient quand on est présent. Si je pense à autre chose, je rumine, je perds ma disponibilité. Lorsqu’on est attentif, le cerveau secrète de la dopamine qui nous met de bonne humeur.

Plus on se sent vivant, plus on ressent la joie.
Le mental et l’égo nous aident à survivre, pas à vivre. Peur de ne plus être aimé, de décevoir, de perdre.

Le bonheur n’est pas une émotion passagère. C’est être dans un plaisir qui dure, non tributaire des choses extérieures.

Le bonheur se construit, fruit d’un équilibre.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Sur la route des épices, par Sophie Torris…

13 janvier 2016

Le poivre et sel me guette…

Cher Chat,

Sous le safran de mes cheveux, il y a 50 ans d’aveux. Le poivre et sel me guette. Je suis sur terre depuis perpette.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Mes enfants me trouvent has been et pourtant leur mère n’est pas d’huile. Voyez, le Chat, combien ma saison compte d’épisodes, même si certains sont passés de mode :

J’ai fumé dans un avion sans me faire engueuler par une hôtesse. J’ai bronzé sans protection sans que le soleil ne me blesse. J’ai roulé en Renault 5 sans ceinture. À Berlin, j’ai connu le Mur. J’ai payé en francs ma baguette, j’ai jamais porté de casque sur ma mobylette. J’ai dansé des slows en discothèque. Sur la face A d’Hotel California. Mes amours juvéniles ont vu le jour sur des vinyles. J’ai fait l’amour sans condom, à l’époque le Sida ne faisait pas chier Cupidon. L’or noir n’était pas encore une arme et nos territoires vierges de certains drames. Pas de contrôle de sécurité à l’embarquement, j’ai voté Coluche président. J’ai connu Mickael Jackson avant qu’il ne soit blanc et sur les pare-brise, des disques de stationnement. Mon téléphone avait un fil et ne se regardait pas le nombril. J’ai lu l’Amant de Duras avant qu’il n’obtienne un prix littéraire et j’ai suivi Dallas et l’abominable JR. J’ai connu Meg Ryan sans chirurgie et Paul Newman sans cheveux gris.*

Je suis une femme mature, ça se voit sur ma figure. L’âge, c’est pas comme l’anxiété ou le diabète, ça ne peut pas jouer à la cachette. Je ne vous raconterai pas de salades, le Chat, je me passerais bien de cette débandade. Je ne suis pas tout sucre tout miel à l’idée de perdre du potentiel. À cumuler autant d’années, l’addition devient salée. Mais n’est-ce pas le prix à payer, pour se pimenter une vie longue durée ? Certes, ma jeunesse est révolue, mais pourquoi la mayonnaise ne prendrait-elle plus ?

Je préfère manger des p’tits pots de crème que de m’en tartiner l’épiderme. Je veux que le temps me profite et non en déplorer la fuite. Laissez-moi prendre la route des épices, je veux vieillir sans artifice, me rouler dans les fines herbes avant que mon corps ne s’exacerbe.

J’apprends à m’aimer dans tous les regards, j’apprends à m’aimer dans mon miroir avec tous les sillons de mon histoire. Car, après tout, n’est-ce pas dans le creux de chaque pli que transpire le sel de la vie ? Le sel conserve la viande. Voilà pourquoi j’en fais la propagande !

C’est un privilège que d’être vintage et je me fous de n’être Vénus si ça peut reculer mon terminus. Si le poivre et sel me guette, c’est que je suis vivante en ciboulette !

Ça ne tournera pas au vinaigre, il suffit de rester intègre. Et si vous aussi, le Chat, vous voulez lutter contre le vieillissement, voici le bon assaisonnement :

Se souvenir des heures exquises et penser aux futures extases.
Ne pas renoncer à la cerise que vos désirs toisent.
Mettre votre grain de sel à tout ce qui vous interpelle.
Jouir sans remords de tout votre capital, jouir de votre corps jusqu’au bout du bal.
Et rêver d’un bonus pour conduite sans rictus.

Sophie
* Je ne peux récolter tous les lauriers de ce bouquet garni d’une autre époque. J’ai volé quelques condiments à l’humoriste Florence Foresti.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Cinquante nuances de cris…, un balbutiement de Sophie Torris…

17 novembre 2015

Cinquante nuances de cris

Cher chat,

J’ai toujours été fille de joie et, pourtant, je n’avais jamais fait le trottoir. Cette semaine, je suis descendue dans lachat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec rue pour la première fois avec l’idée d’arrondir mes fins de mois. Je viens donc de passer deux jours sur l’asphalte : une petite halte pour prévenir mes arrières. Après tout, je fais le plus vieux métier du monde. Je suis travailleuse textuelle.
Mais entrez donc dans mon bordel, le Chat. J’en suis la tenancière. C’est là que je déflore les esprits. Je tente de les mener à ces jouissances horizontales que sont l’écriture et la lecture. L’enseignement est une histoire de cul…te. Alors, même si le gel des salaires n’est pas le meilleur des lubrifiants, je continue de besogner en prenant soin d’élargir mon répertoire de pratiques textuelles. Vous le savez, je ne suis pas du genre à glander.
Toutefois, je ne suis ni pute ni soumise, et quand le gouvernement veut jouer à la renverse, je me mobilise. Voilà pourquoi je sors de ma maison d’impasse pour une partie de jambes à l’air. Je me mets à nu sur les avenues. Je me consume sur le bitume. Sur les grandes artères, je dénonce le cul-de-sac. Je bénévole, je racole au secours de mon école.
Ça m’aura coûté deux journées de salaire, mais c’est là que je veux investir. Je ne finirai pas statut précaire, car j’ai le droit à un autre avenir !
Alors, je lutte, je vocalise contre tous ceux qui amputent et vandalisent l’éducation à grands coups de compression. J’arpente la chaussée en dilettante avec d’autres travailleurs du texte et ensemble nous réécrivons cinquante nuances de cris :
« On fait la grève pour la survie de l’école publique, pour pas qu’on en fasse des maisons closes. On fait la grève parce que le gouvernement nous nique, toutes ces coupures qu’on nous impose !
On fait la grève pour nos classes de 50 élèves, on fait la grève sans trêve pour nous et pour la relève. On fait la grève pour une retraite moins brève avant qu’on ne crève !
On fait le trottoir pour quelques dollars parce qu’on en a marre de ce manque de vision idéologique. On fait la grève pour dénoncer le manque de soutien pédagogique ! »
Je ne suis pas une fille facile et pourtant j’arpente la ville. Je fais le tapin, la pancarte à la main, j’ai le slogan assassin : « J’enseigne, on me saigne ! » De quoi sera fait demain ?
Je ne suis pas femme de petite vertu, mais je pratique le coït interrompu. Quels sont ces rapports non protégés qu’on veut m’infliger ?
Je ne suis pas une cocotte, pourtant on m’encourage à des pratiques textuelles avec menottes. L’école est une maison de tolérance où le décrochage n’a plus d’importance.
Je ne suis pas escort, pourtant ce n’est pas la première cohorte que j’attise. Combien sont-ils à jouir de mon expertise ?
Je ne suis pas péripatéticienne, mais, quand leur enfant fait des siennes, j’offre mes services pour zéro cent. Mon déficit est explicite.
Je ne suis pas une fille à soldats et, pourtant, ce texte est mon combat. Je ne suis pas une femme légère, et j’espère faire le poids. Je ne me prostitue pas, mais je me tue si je ne proteste pas.
Tout cela est beaucoup plus qu’une histoire de sexe. Arpenter la chaussée n’est qu’un prétexte. C’est beaucoup plus qu’une histoire de baise, la grève n’est pas qu’une parenthèse.
Je ne suis pas femme volage, pourtant je racole le long des lignes de piquetage. Bientôt, j’entamerai ma troisième ronde de débrayage.
Je ne fais pas la belle. J’ai troqué mes dentelles contre des crécelles, mes bobettes contre des trompettes. Mon lupanar n’a rien d’égrillard. Je fais l’amour à l’éducation, ma pancarte en érection.

Sophie

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

4 novembre 2015

La quadrature du cœur

 

Cher Chat,

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Embarquement pour Cythère, Watteau

Et si nous parlions d’amour…
Lui, c’est Adonis. Corps d’éphèbe, il n’a qu’à brandir sa corne d’abondance pour que s’offre à lui le mont Olympechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec de toutes les Messaline, mais l’Amour est son talon d’Achille. Sur son lit de Procuste, seul Morphée réussit à bercer ses chimères.
Elle, c’est Ariane. Elle aimerait prendre l’Amour par les cornes. Il la voit, il rougit, il pâlit à sa vue. Enfin, il cède à ses chants de sirène, mais après quelques bacchanales charnelles, Ariane se prend la tête, finit par perdre le fil et l’odyssée se termine dans des dédales de doutes.
Adonis, Ariane restent seuls, incapables de franchir le Rubicon. Il est des pléiades de solitudes qui rament sans atteindre jamais les rivages de l’Amour. Il est des pléiades de solitudes pour qui l’Amour est un cheval de Troie et qui, craignant l’invasion, deviennent forteresses inviolables.
Permettez, le Chat, que j’enfourche Pégase. Nous partons pour Cythère* y taquiner la muse.
Le mariage a longtemps été une affaire d’alliances entre familles, de transmission de pactole. Cupidon n’étant pas convié, on faisait alors flèche de tout bois pour trouver le meilleur parti et parfois, avec de la chance, le hasard laissait l’Amour pénétrer les cœurs, en contrebande.
Aujourd’hui, alors que la priorité n’est plus de sauvegarder le patrimoine, les plus beaux mariages sont ceux qui se célèbrent sous l’égide de l’Amour. Nous voilà donc délivrés du cerbère paternel et livrés à nous-mêmes. Nous partons, seuls, à la chasse à la Panacée. La quête est herculéenne, le choix draconien, mais on n’en attend pas moins de nous. On nous le clame partout, haut et fort : pour avoir une vie qui vaille d’être vécue, il faut être amoureux. C’est d’ailleurs un refrain que la chanson, mais aussi la littérature et le cinéma entonnent à l’unisson, celui de l’amour qui rime avec toujours.
Alors, que faire ? Comment tomber amoureux pour la vie ? Quels sont les meilleurs auspices ? Les plus belles histoires d’Amour naissent-elles au premier instant ou au fil d’une rencontre ? Le nœud est gordien : doit-on croire à la chimie du désir ou à sa culture ?
Certains prendront le parti de se reposer sur leurs lauriers, persuadés que l’Amour saura les reconnaître parmi des milliards d’élus. Ils attendent, béotiens, de croiser les yeux d’une Gorgone qui saura les méduser. Et le temps passe et se gausse d’un grand rire homérique qui laisse le Narcisse sans Écho.
Pensez-vous être pour quelqu’un l’évidence contre laquelle il ne pourra pas lutter ? Est-on quelque part tout entier dans la peau d’un autre ? Comme une mère reconnaît l’odeur de son enfant, est-ce avec le nez que Mars s’entiche de Vénus ? Si l’attirance est olfactive, si votre cœur danse le sirtaki, vos phéromones, telles cinquante harpies, ne vous privent-elles pas de ce bon sens garant d’une lune de miel durable ? J’ai été, à une époque, un vrai paratonnerre. J’en ai reçu de ces coups de foudre qui, l’orage chimique passé, m’ont dévastée alors qu’aujourd’hui ils me laissent de glace. La passion est souvent épée de Damoclès.
C’est ainsi que certains préfèrent sciemment s’adonner aux délices de Capoue plutôt que d’arracher une victoire à la Pyrrhus. Tel Sisyphe, ils roulent leur désir sur le flanc montagneux d’un corps jusqu’à son point culminant où impuissants à le retenir, ils le regardent dévaler inexorablement. Ils entreprennent ainsi éternellement une autre ascension, ne s’attardant souvent qu’à la géographie des peaux.
La quête de l’Amour prend souvent des allures de supplice de Tantale. Si certains perdent leur calme olympien et remettent leur ambition de trouver l’élu aux calendes grecques, d’autres s’évertuent à ouvrir toutes les boites de Pandore. Je ne jouerai pas les Cassandres. On dit que l’espoir est au fond. Mais Tonnerre de Zeus, la jarre est profonde ! Il y a de quoi finir en disciple invétéré de Bacchus au fond d’une taverne sans jamais en comprendre l’allégorie.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecPeut-être suffit-il alors d’être là, au bon moment. Avec tout son être, sa tête, son cœur, ses couilles. Je ne parle pas ici de bonne étoile, mais de ce que les Grecs nomment le Kairos, l’art de saisir l’occasion au moment opportun. Nous ne sommes pas sortis de la cuisse de Jupiter et, pourtant, nous nous rêvons tous en demi-dieux transfigurés par l’Amour. Je ne suis ni Phèdre, ni Cendrillon, ni Pretty Woman. Et celui que j’ai appris à aimer n’est ni Hippolyte, ni le prince charmant, ni Richard Gere. Alors, peut-être est-il plus facile de repérer l’Amour quand on réalise qu’il n’a pas besoin d’être tragique. Pas besoin d’être parfait. Pas besoin d’être hollywoodien. Peut-être est-il plus facile de repérer l’Amour quand, au contraire, on est prêt à se laisser révéler nos manques. L’élu n’est-il pas tout simplement celui ou celle qui comble ces manques ?
On a tendance à imaginer la quête d’Amour comme une entreprise prométhéenne alors que la réalité est loin d’être épique. En fait, il n’y a rien de plus banal que la rencontre d’un homme et d’une femme, même si nombre de couples taquinent la muse afin de faire de cet instant fragile sur lequel va se construire toute une vie à deux, un moment romanesque et unique. Ne devenez-vous pas un peu poète, le Chat, quand il s’agit de le raconter aux autres ? Et si le secret de la longévité d’un couple tenait justement dans cette capacité à se réinventer, à se revisiter. On peut aussi tomber en amour avec sa propre histoire, non ?
Sur ce, je me retire sur l’Aventin. Cette discussion byzantine a assez duré.
Sophie
*Partir pour Cythère : L’île de Cythère, en Grèce, est le symbole des plaisirs amoureux.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

22 octobre 2015

Niqabotinage

Cher Chat,

Si je démarre sur les chapeaux de roue, c’est qu’il fait tempête sous mon crâne. Nous sommes à la veille deschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec élections et ça me prend la tête ! J’en bave des ronds de chapeaux à l’idée de devoir choisir une tête d’affiche parmi tant d’autres. C’est que, voyez-vous, je ne peux qu’en parler à travers mon chapeau* et, pourtant, je tiens à voter demain à visage découvert.
Je ne suis pas du genre à voter à la tête du client, mais j’aurais aimé que nos candidats se découvrent un peu plus. J’ai comme l’impression qu’ils se sont trouvé une tête de Turc pour pouvoir garder leur couvre-chef sans mettre toutes voiles dehors.
Et si nos hommes politiques, ces sombres héros n’étaient que des illusionnistes ? Voyez comment le gouvernement conservateur, alors qu’il perdait la face sur tous les fronts, a tiré, comme par magie, le foulard du chapeau. Ça ne fait palombe d’un doute, on nous prend pour des pigeons !
Je sais bien que la politique est un monstre à plusieurs têtes. Bien sûr, la place de la religion dans l’univers civique mérite sa tête de chapitre ! Bien sûr, j’ai les cheveux qui se dressent sur la tête à l’idée que l’on puisse porter le niqab lors de cérémonies de citoyenneté, mais faut-il travailler du chapeau* pour s’évertuer à y chercher des poux quand 99 % des femmes votent à visage découvert, et surtout quand l’environnement, l’économie, les inégalités de revenu, le mépris de la culture, le déni des premières nations sont des enjeux qui s’imposent bille en tête ?
Je n’ai pas l’habitude d’avoir la tête près du bonnet*, mais je vous avoue que j’en ai plein mon casque de ces campagnes électorales qui deviennent des joutes idéologiques où des faces de carême s’occupent du chapeau de la gamine* quand ils devraient défendre tout un programme et surtout s’y tenir sans faire volte-face. Car n’est-il pas là, le problème ? Tous les candidats semblent adeptes du ruban adhésif double face, histoire que ça colle à gauche comme à droite. La tête me tourne d’entendre dire une chose puis son contraire comme si l’on jouait à pile ou face. Ne trouvez-vous pas, le Chat, qu’il est de plus en plus difficile de se faire une opinion ? Sous mon béret hier, sous ma tuque en poil de caribou aujourd’hui, plusieurs fois, j’ai mangé mon chapeau*. Alors quand mes chères têtes blondes me demandent qui aura ma voix, je ne leur dis pas pour qui, mais contre qui je vais voter. C’est un peu triste de ne pas croire en quelqu’un, d’attendre l’élu de son cœur. Mais je ne désespère pas. Je veux penser qu’un jour, je pourrai crier à tue-tête : « chapeau, l’artiste ! ».
En attendant, je vote pour le moins pire. Parce qu’ici, au moins, on a la chance de pouvoir le faire. Je vote pour ces têtes brûlées qui le représentent en région et pour qui j’ai néanmoins beaucoup d’estime.
Demain, si l’on en croit les médias, 8000 têtes de pipe feront la guerre des tuques bien enfoncées jusqu’au cou pour faire la tête au carré au voile intégral. Je peux concevoir que cet exercice de défoulement pacifique puisse souligner par l’absurdité la décision de la Cour d’appel, mais on ne dira pas que le ridicule m’a tuée… J’aurais la mienne nue, bien campée sur mes épaules. J’irais voter en femme de tête pour qu’un homme tire enfin sa révérence. Il ne va quand même pas nous faire le coup du chapeau !
Sophie
*Parler à travers son chapeau : parler d’un sujet que l’on ne connait pas.
*Travailler du chapeau : ne pas avoir toute sa tête.
*Avoir la tête près du bonnet : se mettre facilement en colère.
*Manger son chapeau : convenir de s’être trompé.
*Ne pas s’occuper du chapeau de la gamine : ne pas s’en faire.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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