Écrire, c’est éprouver l’étreinte… Jean-Pierre-Vidal

19 juin 2017

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Rodin

 

291. — Si être toi-même n’est pour toi qu’une évidence et une facilité, c’est que tu es n’importe

qui.

292. — Écrire, c’est éprouver l’étreinte (et l’empreinte) de l’Autre. Commercer, c’est ne sentir que sa mauvaise haleine.

293. — L’affabilité, indéniable, des Américains, vient de leur conviction profonde que tout le monde peut devenir riche. S’ils savaient que celui à qui ils parlent ne le deviendra jamais ou, pire encore, n’a pas l’intention de tenter d’y parvenir, ils lui voueraient le même mépris de fer que celui dont ils poursuivent les intellectuels, les artistes et tous ceux qui sont revenus du rêve américain.

294. — Nous sommes tous plus ou moins des Shéhérazade au petit pied, qui payons notre traversée avec des histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Nous appelons ça la vie. Et les histoires les plus folles, celles que nous n’osons raconter qu’à nous-mêmes, nous avons la faiblesse de croire qu’elles disent notre vie.

295. — Les vrais photographes sont ceux qui savent mettre un regard à un visage. Parfois, il est vrai, l’entreprise est désespérée.

296. — Le cerveau, c’est comme les muscles, ça s’entretient. À condition d’en avoir.

297. — L’évidence est la science des faibles et la religion des pressés.

298. — C’est le destin des fils de toujours rater leur père. Et quand il est trop tard, ils retrouvent un beau matin, en se rasant, ses traits étonnés dans leur visage vieilli.

299. — La médiocrité n’est presque jamais une faiblesse ou une démission individuelles, c’est le plus souvent une complaisance collective. Mais pour nous désormais, c’est devenu une exigence. La seule qui nous reste. Parce que c’est, au fond, une exigence commerciale.

300. — De nos jours, l’âme est un tic nerveux. Chez certains, ce n’est même qu’une démangeaison.

301. — L’idéal de la Renaissance était l’homme universel, ouvert sur le monde et attentif aux autres, toujours soucieux d’ajouter à ses connaissances et visant, même s’il savait ne pas pouvoir l’atteindre, la totalité du savoir humain. Le projet avéré de notre société du néant humain dans la pléthore quasi infinie des choses, c’est l’homme particule, poussière de masse qui n’est même plus ce qu’on appelait autrefois un « particulier » et qui de l’universel, comme d’ailleurs de l’univers, ne veut strictement plus rien savoir.

302. — Quand on a réussi à surmonter un dégoût, il risque fort de devenir une manie. C’est peut-être le secret de l’érotisme. Et c’est aussi, à l’inverse, ce qui nous dit que toute profanation est un acte d’amour.

303. — Comment diable éviter le « meuh » des « je t’aime » chantés ? En ne les plaçant jamais en fin de vers, bien sûr. Toute relation amoureuse devrait se souvenir de cette leçon phonétique qui fait des paroles qui traînent un soupir de bovin. Il faut dire « je t’aime » en ouverture et broder une variation ou passer à autre chose. Sous peine de traite et d’abattoir à plus ou moins long terme.

304. — Le peuple autrefois était un peu plus qu’une classe sociale, l’idée de sa puissance. Ce n’est désormais qu’une cote d’écoute ou une mesure de masse. Avec une panoplie maniaque de droits, pour faire bonne mesure et forcer l’écoute des réticents attardés.

305. — Le pire dans l’enfer ou le paradis, ce n’est pas la souffrance ou la béatitude, c’est l’éternité. La brièveté de la vie est, somme toute, un bienfait, car tout ce qui dure vraiment finit par indisposer.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le laJbyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette ChroJnique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Musique et égalitarisme… par Jean-Pierre Vidal

9 juin 2017

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec281. — Dans sa forme ultime, la musique est certainement une prière, mais qui ne demande rien, qui donne. Sans attente de retour. Et plus gratuitement encore que Dieu.

282. — La rapidité n’est parfois que l’autre nom de la bêtise.

283. — Les vieux vivent repliés. Sur leur passé comme sur ce corps qui leur échappe de jour en jour. C’est leur façon de couver leur mort.

284. — L’homme de la rue, avec son ignorance obligatoire et son manque d’éducation supposé, est ce qui permet à des universitaires bardés de diplômes et lardés de science de clouer le bec à d’autres universitaires et de sortir ainsi indemnes du cercueil de la tour d’ivoire. L’homme de la rue est l’alibi des subventionnés populistes.

285. — L’obsession de l’ordinaire manifestée avec véhémence sur tous les écrans de télévision a au moins cet effet pervers de rendre incompréhensible, au point que parfois l’on s’en fâche, la célébrité médiatique accordée à celui ou celle qui, sous mes yeux, s’efforce tant de paraître aussi médiocre que moi.

286. — La responsabilité de définir le mal incombe à chacun. Car le mal est toujours notre mal propre et quiconque attend d’autrui qu’il l’incarne contribue à sa propagation.

287. — Nous vivons l’ère de l’égocentrisme de masse : chacun veut à toute force tout ramener à soi, un soi qui, par ailleurs, n’est plus qu’un naturel sans apprêt, comme si en se laissant aller à toutes les facilités qui composent les habitudes de perception et de réaction dont est fait le quotidien, on trouvait autre chose qu’un conditionnement social en forme de lieu commun.

288. — C’est le même sacré qui inspire et anime les religions et les arts : les religions sont concernées par ce qui dépasse l’homme, les arts par ce qui à la fois le résume et l’agrandit. Les religions bornent l’homme, les arts le prolongent dans tous les sens, de l’individu au groupe et du passé au futur.

289. — Savoir être vulgaire à point nommé n’est pas donné à tout le monde. Les gens vraiment vulgaires en sont parfaitement incapables.

290. — Dans un monde où la religion n’est plus qu’accessoire ou décorative et où nul sens du bien commun ne vient tempérer des appétits outranciers, l’éthique n’est plus que la bonne conscience des esclaves. Les puissants s’en passent fort bien. Le succès leur suffit.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le laJbyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette ChroJnique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Sentimentalisme niais et millionnaires à l’aise, par Jean-Pierre Vidal…

6 mai 2017

Apopthegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec271. — Il faut avoir mené une vie bien terne, bien reculée, bien triste, pour croire que tous les êtres se valent.

272. — Nous avons inventé le multiple pauvre et même la multiplication qui soustrait : multipliez les échanges commerciaux et vous perdez des emplois, multipliez les moyens de communication et les échanges verbaux se réduisent à des borborygmes. Et à force de vouloir se mettre à la place de tout le monde, plus personne n’est à la sienne.

273. — La crédulité, l’ignorance et le sentimentalisme niais de l’Occidental moyen permettent à quelques Américains sans scrupules (la race n’en est pas rare) de faire des fortunes avec les lieux communs les plus éculés et la pesante sagesse des nations transformée en bouillon de gallinacé pour l’âme.

274. — Savoir se débarrasser de soi-même, ce serait sortir enfin de l’adolescence. Combien n’y parviennent que dans la mort !

275. — Si les chats se frôlent à nous souvent, ce n’est pas pour nous flatter, c’est pour s’assurer à nouveau de notre existence : nous leur apparaissons de si improbables créatures avec notre inélégance et cette étrange insomnie qui nous tient perpétuellement éveillés quand eux, souverainement, nous dorment au nez.

276. — Les poètes sont des gens rares qui savent faire des crocs-en-jambe au réel en faisant trébucher la langue. En ces temps où la langue de bois dur des médias fait marcher le réel au pas de l’oie, ou plutôt de la dinde, c’est un rappel précieux qu’il est d’autres réalités que celle qui nous troue le regard.

277. — Jeune, moins on a de choses dans la tête, plus on devrait se sentir vieux. L’ignorance et l’incuriosité sont des condamnations à la sénilité. Qui de nos jours frappe de plus en plus tôt.

278. — Les médias forment une gigantesque chambre d’écho dans laquelle la réverbération est telle que toute profération, toute apparition y deviennent aussitôt parole d’évangile et épiphanie divine. Confortablement perdus dans ce monde de répercussions, ceux qui en vivent renvoient aussitôt en toute bonne foi leurs adversaires à l’horreur de la répétition dont on se débarrasse d’un haussement d’épaules lassé (« on connaît la chanson ») qui permet de faire l’économie non même d’une réfutation mais simplement d’une réponse. Ainsi toute vérité n’est-elle que médiatique, par définition. Tout ce qui campe en dehors de l’espace enchanté des médias est préjugé, erreur, survivance, nostalgie, voire cette suave « résistance au changement » qui permet de se débarrasser vite fait de tout ce qui n’est pas « tendance ».

279. — Les menteurs dignes de ce nom sont des illusionnistes de la conscience : ils finissent par se convaincre eux-mêmes de la vérité de ce qu’ils avancent.

280. — On reconnaît les millionnaires à l’aise (il y en a des coincés, beaucoup), au fait qu’ils ne portent plus de cravate. Seuls les aspirants et les subalternes se soumettent à la prise de col.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le laJbyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette ChroJnique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Tutoiement et convivialité… par Jean-Pierre Vidal…

6 avril 2017

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

261. — Certains artistes semblent toujours s’excuser des applaudissements qu’ils suscitent. À la télé, au contraire, des professionnels de l’adulation — qui n’ont d’artiste que l’appellation incontrôlée — commandent des hurlements de joie et des exclamations enthousiastes au moment opportun, c’est-à-dire pour placer une pub. Rires préenregistrés et applaudissements sur commande sont les pires injures qu’on n’ait jamais faites à la liberté du spectateur. Mais qui vous parle de spectateur et de liberté ? Il ne s’agit que de consommateurs captifs et de segments d’auditoire.

262. — S’il est vrai que notre cerveau est mémoire et calcul et que sa taille a un rapport avec sa performance, maintenant que nous avons de monstrueux ordinateurs pour faire tout cela mieux que nous, notre tête va-t-elle, à sa suite et à la mesure de sa désaffectation, diminuer ?

263. — Marchands frénétiques, commerçants hallucinés, riches en pure perte, nous sommes cependant nus de l’indigence de nos pensers.

264. — Le propre de Dieu, c’est d’être le figuré de l’homme. Et de cette saleté de relation, le Diable n’est que la métaphore ironique.

265. — On appelle « vedette » quiconque peut faire des insignifiances de sa vie des affaires d’État et « politicien » quiconque fait des affaires de l’État des insignifiances.

266. — La vérité de l’homme, c’est que c’est un prédateur qui a longtemps essayé de s’en montrer honteux — on appelle ça la civilisation —, mais qui vient, avec un soulagement partout manifeste, d’y renoncer.

267. — Les vrais voyageurs savent que l’on n’arrive jamais nulle part. Et c’est pour ça qu’ils voyagent.

268. — Les gens ont des petitesses qui parfois ne correspondent pas à leurs grandeurs. Et qui dès lors finissent par devenir bien plus visibles, à cause de la démesure qu’on voit tout de suite entre elles.

269. — Quand les médias parlent de chaleur humaine, on entend le froid du métal qui tombe dans leur tiroir-caisse.

270. — Lorsqu’elle est imposée, la convivialité est la pire des agressions. Comme le tutoiement, elle rabaisse celui à qui on la fait subir.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le laJbyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette ChroJnique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Maître d’école, foule et bêtise… par Jean-Pierre Vidal…

20 mars 2017

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Le maître d’école, Patrice Butel

 

251. — Du maître au professeur, du professeur à l’enseignant, de l’enseignant à l’aide-apprenant, le déclin de l’éducation occidentale se marque dans ce passage du substantif à ces verbes immobiles, ces quasi adjectifs que sont les participes présents, et s’opère dans l’oubli et même l’interdiction du dialogue. Seul, en effet, le maître permet le dialogue parce qu’il est une position, le lieu de rencontre entre le multiple et l’un, la convergence provisoire des directions d’un rapport. Pour cette raison, de son public il fait un anti et un anté-maître, et non une jambe en attente de béquille.

252. — La complexité non seulement revendiquée, mais poursuivie est la seule chance qui reste à notre liberté dans un monde où l’on veut sans cesse nous réduire à la masse, nous simplifier dans l’indistinct du collectif.

253. — La société médiatique commande de rapprocher l’art du public. Comme si tout art ne consistait pas au contraire à éloigner le public de lui-même, ce qui, malgré les apparences, est tout le contraire de la distraction.

254. — La charité n’a jamais rien réglé d’autre que la conscience de ceux qui la font… ou croient la faire.

255. — Bêtise est le nom propre de la foule, et bestialité celui du nombre. Les humains ne sont supportables qu’en petit comité ; encore ne faut-il pas qu’il se soit lui-même baptisé « de salut public », ne serait-ce que parce que ces deux termes sont incompatibles. J’ai dit « les humains », mais il faudrait dans ce cas-là revenir à la vieille appellation sexiste et dire « les hommes », car qui donc peut prétendre avoir déjà vu une foule de femmes ? Même quand elles manifestent pour une des causes qui leur sont propres, elles ne se fondent jamais en ce monstre incontrôlable que l’on appelle une foule.

256. — Quand la vie se retire, on prend plaisir à la voir passer. C’est pourquoi les vieux adorent le spectacle de la rue. Mais les vaches regardant les trains ? Voient-elles passer l’abattoir ?

257. — Pourquoi l’homme contemporain s’embarrasserait-il d’art ? Il n’a déjà plus le temps de laisser venir à lui la beauté et il n’aura bientôt plus l’envie de faire l’effort de la reconnaître.

258. — Le terrorisme est la version sanglante des sondages. Aveugle, sourd, sans nuances, impitoyable, comme eux. Il en est aussi, bien sûr, le contraire absolu.

259. — Imaginer le pire ne suffit pas à se prémunir contre lui. Mais imaginer le meilleur, c’est d’avance le rendre surfait ou même inutile.

260. — Entre une idée simplette et un coup de génie, il n’y a, bien souvent, que l’espace d’un consensus inattendu.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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La masse que nous produisons désormais à pleines écoles… Jean-Pierre Vidal

25 février 2017

Apophtegmes

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

231. — La simplicité des uns fait la complexité des autres.

232. — Peut-être, comme le prétendait Heiner Müller, un certain élitisme intellectuel conduit-il à Auschwitz ; mais, d’une part, on aurait pu lui faire remarquer qu’effectivement il y a conduit massivement nombre d’intellectuels et, d’autre part, la masse que nous produisons désormais à pleines écoles couvrira, on peut en être sûr, les futurs Auschwitz de son silence unanime et de son assentiment veule. Il suffira de lui montrer du doigt, comme on le fait déjà, quiconque ne pense pas conforme.

233. — Vous avez envie d’une liqueur, on vous tend en prime un gratteux. Vous voulez un hot-dog, on vous propose une participation au tirage d’une Cadillac. Vous croyez élire un premier ministre et vous vous retrouvez avec un voyageur de commerce.

234. — L’indignation n’a que faire de la nuance. Si elle se tempère, c’est qu’elle n’a plus lieu d’être.

235. — On excuse peut-être, à l’occasion, les travers, parfois extravagants, du grand homme, mais on loue toujours avec enthousiasme la banalité des vices de la vedette ou la vulgarité de ses goûts. Le grand homme nous dérange, la vedette nous accommode et nous conforte. Voilà pourquoi notre âge, obsédé d’accommodements en tous genres, ne connaît plus que des vedettes. Pensez donc, même les artistes sont des gens ordinaires qui vous ouvrent leur atelier pour vous montrer les petites déjections quotidiennes que sont devenues, bien souvent, leurs œuvres, comme on ouvre son frigo pour offrir une p’tite bière.

236. — Nos écrans sont pleins de chocs cosmiques entre le bien et le mal, chacun d’ailleurs sponsorisé par une marque de biscuits ou de dentifrice, mais la seule lutte qui nous reste vraiment c’est celle qui se fait entre le vide de nos âmes et l’ennui de nos cœurs.

237. — Certains ont du cœur au ventre, d’autres du ventre au cœur ; et qui leur étouffe l’âme.

238. — Il existe une jovialité défensive qu’il ne faut surtout pas prendre pour de l’amitié ; en vérité, celui qui vous la brandit sous le nez vous oubliera dès qu’il n’aura plus peur de vous.

239. — Faire la pute est peut-être un métier de femme, mais c’est incontestablement une vocation d’homme.

240. — Quand votre femme vous dit qu’elle n’a pas de fantasmes, c’est qu’elle ne veut plus les vivre avec vous.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Pulsion, étreinte et traitement de texte… par Jean-Pierre Vidal

28 janvier 2017

Apophtegmes

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Le baiser, Rodin

221. – Toute fonction vitale doit être travaillée pour devenir autre chose qu’une simple pulsion, même si la psychanalyse nous dit que, justement, la pulsion est ce travail. Mais une fonction naturelle peut même faire l’économie de la pulsion. Voilà pourquoi le sexe a besoin de déguisement et de fantaisie. N’est-ce pas, en effet, la plus vitale de nos fonctions ?

222. – Les religions traitent toujours la science comme une métaphore : voilà pourquoi elles ne s’effondrent pas, mais renaissent, toujours plus folles, toujours plus molles, de leurs cendres. Mais le projet de la science est une apocalypse et c’est ce qui la fera, accomplie, coïncider, en cette toute fin hypothétique, avec la religion, toute religion.

223. – Où donc vont se finir les histoires des rêves qui s’interrompent ? Dans les cauchemars des générations suivantes.

224. – L’euphorie du traitement de texte nous aura valu une pléthore d’épais romans que l’écriture manuscrite nous aurait épargnés. La crampe de l’écrivain assainissait alors la littérature. L’informatique aujourd’hui l’assassine.

225. – L’œuvre d’art est une douleur sans corps. Mais la critique désormais est un analgésique en quête d’un estomac à faire digérer mieux.

226. – Toute étreinte un peu passionnée est une émeute intime.

227. – L’idée que nous nous faisons de Dieu est toujours le révélateur le plus impitoyable de nos faiblesses intimes.

228. – Si l’on ne peut pas rire de tout, alors le rire n’est qu’une faiblesse comme les autres.

229. – Faute sans doute d’avoir intégré l’art à notre quotidien, nous tentons désespérément d’écraser notre quotidien dans ce que nous appelons l’art : le terre à terre, le banal, le simplissime sont désormais nos muses.

230. – Il y a parfois sur le visage des suppliciés d’État, au-delà de l’évidence de la douleur et de l’indignation rageuse, de la pitié, oui, de la pitié. Pour nous.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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André Carpentier & Hélène Masson

Sophie-Luce Morin

Auteure, conférencière, idéatrice

Vivre

« Écoute le monde entier appelé à l’intérieur de nous. » Valère Novarina

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