L’alphabet des roseaux, Claude-Andrée L’Espérance…

22 décembre 2016

Ma traversée du pays fantôme

 

 

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Courbes, boucles, arabesques
lettres liées ou déliées
énigmatiques
formant des mots
pour raconter
le vent
la pluie
la turbulence des eaux …
et bientôt disparaître
aux premières neiges de novembre

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La légende du tiroir, un texte de Catherine Baumer…

16 décembre 2016

La légende du tiroiralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Je tourne seule au milieu d’une foule bigarrée, brassée, pressée, bousculée, renversée, tourneboulée, plus de repère, où est-elle ? Où est-elle passée ? Je ne la vois plus, je ne la sens plus, pourtant, tout à l’heure encore, nous étions ensemble, attendant le moment où notre maîtresse déciderait de nous sortir de l’obscurité odorante dans laquelle nous mijotions tranquillement côte à côte.

Même lorsque nous étions accidentellement séparées par un jeté maladroit, je savais qu’elle était là, et que nos retrouvailles, imbriquées l’une dans l’autre après de plus ou moins longs séjours au soleil ou au coin du feu, seraient merveilleusement douillettes. Nous ne nous perdions jamais de vue, sauf, peut-être, la fois où un étranger nous avait confondues et associées à d’autres partenaires un peu semblables à nous. Un expert aurait su que la forme et la matière n’étaient pas tout à fait les mêmes, mais il n’y a que les imbéciles qui… Nous nous étions retrouvées sans tarder et avions continué de vieillir ensemble à côté de nos sœurs.

Bien sûr, j’étais toujours un peu inquiète quand de petites nouvelles débarquaient, toutes neuves, toutes belles, sans trous, toutes fiérotes, mais nous avions sur elles l’avantage de l’expérience, la faculté de nous adapter parfaitement, comme une seconde peau, à l’épiderme délicat de notre propriétaire.
Ne pas paniquer. Je vais attendre qu’on me sorte de là et sûrement la retrouver. Je ne veux pas penser à ces légendes entendues au coin des tiroirs où l’on parle de disparitions mystérieuses, de sœurs séparées et jamais réunies, je suis sûre que c’est pour nous faire peur, pour qu’on ne s’éloigne pas trop l’une de l’autre, mon Dieu, faites que…
Pourtant, à la sortie, je ne la vois toujours pas. Elle s’est peut-être trompée de tournée, je la retrouverai la semaine prochaine, ce n’est pas possible, je pleure toutes les larmes de mes fibres, il faut pourtant que je sèche si je veux espérer la retrouver un jour.

Elle ne reviendra pas, engloutie par je ne sais quel tour de magie appelé le mystère de la chaussette perdue.

À supposer qu’on me demande ici de parler d’anniversaire, j’en serais bien incapable, puisque ma jumelle a disparu et que je vais finir ma vie solitaire dans la corbeille des chaussettes uniques avant d’échouer à la poubelle.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieCatherine Baumer est née et vit en région parisienne où elle exerce depuis peu et avec bonheur le métier de bibliothécaire. Elle participe à des ateliers d’écriture, des concours de nouvelles (lauréate du prix de l’AFAL en 2012), et contribue régulièrement au blogue des 807 : http://les807.blogspot.fr/, quand elle ne publie pas des photos et des textes sur son propre blogue : http://catiminiplume.wordpress.com/  Dans le cadre de son travail, elle anime également des ateliers d’écriture pour adultes et enfants.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Montréal, Rome et Henri IV, par Alain Gagnon…

10 décembre 2016

Actuelles et inactuelles

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Tallemant Des Réaux

 

Montréal et Rome… — Ce n’est pas aujourd’hui que l’on craint l’autre, l’immigration, le multiculturalisme et les métissages. À preuve, cet extrait d’Appien. « Depuis bien longtemps, dit Appien à cette occasion, le peuple romain n’était plus qu’un mélange de toutes les nations. Les affranchis étaient confondus avec les citoyens, l’esclave n’avait plus rien qui le distinguât de son maître. Enfin les distributions de blé qu’on faisait à Rome y attiraient les mendiants, les paresseux, les scélérats de toute l’Italie. » Cette population cosmopolite sans passé, sans tradition, n’était plus le peuple romain. Le mal était ancien, et les esprits clairvoyants auraient dû depuis longtemps le découvrir. (Gaston Boissier, Brutus d’après les lettres de Cicéron.)

Anecdote sur Henri IV — Tirée des Historiettes de Tallemant Des Réaux.
Ce roi traversait la France. Il s’arrête avec sa cour à une auberge de village. Aussitôt à table, il demande :

« — Quel est l’homme de ce village qui a le plus d’esprit ?
— Gaillard, reprennent les curieux.
— Alors, allez me chercher ce dénommé Gaillard !
L’homme arrive, s’installe. Le Roi lui demande :
— Dites-moi, mon ami. Quelle différence y a-t-il entre gaillard et paillard ?
— Sire, répond le paysan, il n’y a que la table entre deux.
— Ventre-saint-gris ! j’en tiens, dit le Roi en riant. Je ne croyais pas trouver un si grand esprit dans un si petit village. »
Pour en savoir plus sur Des Réaux : http://urlz.fr/4c4v

Dans le même ouvrage, Des Réaux souligne un trait plutôt bizarre de la Reine alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Marguerite de Valois :
Elle portait un grand vertugadin (jupon), qui avait des pochettes tout autour, en chacune desquelles elle mettait une boîte où était le cœur d’un de ses amants trépassés ; car elle était soigneuse, à mesure qu’ils mouraient, d’en faire embaumer le cœur. Ce vertugadin se pendait tous les soirs à un crochet qui fermait à cadenas, derrière le dossier de son lit.

Vive la France !

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).


Quand l’automne… un texte de Luc Lavoie…

3 décembre 2016

Quand l’automne

(Crédit photos : Luc Lavoie)

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Feuilles en sursis.
Nées d’une trop courte saison.
Elles tombent. Elles chutent légères des arbres mûrs qui partagent à nouveau ce qu’ils ont reçu de la terre.

C’est le début d’une longue léthargie. La nature qui composera bientôt avec la musique de la décomposition. Un prélude à une lente liturgie. Le temps fera son œuvre. Spectacle symphonique. Aux forts vents de l’orchestre dans un grand désarroi d’épinettes pareilles à des archets agités ; vibrations des cordes de Vivaldi. Sous la pluie drue qui martèle la rythmique. Mélodie d’une morne lenteur. D’où la lumière s’estompe. Au froid qui s’installe et qui glace le sang sève.

Peu à peu.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCe sera le début du bain des fragrances. Portées par les courants d’air ; ces bouquets, qui exhalent dans les bruissements et les colorations, exciteront encore mes narines. Sous un soleil fade. La saison se commettra. Une fois de plus. Comme l’assassin revient sur la scène de son crime. On dira : C’est l’automne qui assassine l’été, puisqu’il rougit. Jusqu’à se pâlir jour après jour. Jusqu’à se tiédir dans l’aurore. Dans un quasi-évanouissement mortuaire.
La nuit, les cristaux de gel ; frimas et glaçons miroirs et fragments, multitudes de solitudes, auront paré de diamants tout le couvert forestier.

À la surface des étangs. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
Dans les sous–bois.
Aux grèves des lacs tranquilles.
Seul, sur les chemins de lots.
Derrière mes pas…

Ne nous froissons point surtout.
Les longs jours d’hiver suivront.
À nouveau…

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’assassin sans nom, un texte de Chantale Potvin…

28 novembre 2016

L’assassin sans nom

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(Extrait du roman Le génocide culturel camouflé des Indiens. Ce roman raconte l’histoire d’un homme qui a fréquenté les pensionnats indiens, soit des institutions fédérales qui avaient pour mission de « tuer l’indien » dans l’enfant.)

— Aujourd’hui, monsieur, les autorités canadiennes vous accordent la chance de profiter d’une libération conditionnelle. Je suis là pour dresser votre évaluation psychologique et le rapport précédant votre nouvelle sentence.
— Je le sais.
— Cela ne vous réjouit-il pas de pouvoir sortir ?
— Si. J’en suis heureux. Cela indique que je fais preuve d’un comportement exemplaire, j’imagine.
— Que direz-vous au juge pour le convaincre, après que j’aurai déposé un rapport favorable sur vous ?
— Je ne lui dirai rien de précis. Peut-être lui lirai-je des bouts du Petit Prince ! Je lui dirai que j’ai raconté mon histoire et que je l’ai écrite en écoutant le Requiem de Mozart, sa dernière œuvre, celle qu’il a composée avant sa mort, celle dont les voix et le chœur de la basse aux consonances chrétiennes m’ont inspiré l’âme pour que je puisse revivre les tourments de mon passé. Je murmurerai un des passages du Requiem à votre juge et ses sons humains qui soufflent des airs chrétiens teintés de mystère et de mort. Je lui chanterai de beaux airs, à votre juge, si vous voulez.
— Vous aimez la musique classique ?
— Durant mes années de prison, elle fut ma meilleure amie.
— Vous souhaitez demeurer ici, si je comprends bien ?
— Oui.
— Vous avez pourtant démontré tout ce qu’il faut pour bénéficier d’une libération conditionnelle. Vous pouvez être libre ! Comprenez-vous ?
— Oui, je comprends très bien, mais je ne veux pas sortir d’ici. J’y suis bien, c’est ma maison, c’est mon bonheur.
— Vous n’avez pas envie de liberté ? Vous n’aspirez pas à refaire votre vie ?
— Refaire ma vie ? Liberté ? Vous parlez de choses que je ne connais pas, monsieur. Je n’ai jamais connu la liberté, si ce n’est après avoir assassiné ce prêtre.
— Vous regrettez de l’avoir tué ?
— Absolument pas ! Jamais je n’éprouverai une once de regret pour avoir tué cet homme ; et, si j’en éprouvais un jour, je me tuerais moi-même, car je saurais que je suis gravement atteint.
— Vous n’avez pas envie de connaître une femme ? D’avoir une maison ? Des buts ? Un travail ?
— J’ai cinquante-trois ans et je veux finir ma vie ici. C’est ici que je suis heureux.
— J’ai lu votre histoire à quelques reprises. Elle m’a réellement beaucoup touché. Est-ce que vous me permettez de vous poser quelques questions ?
— Allez-y.
— Pourquoi ne vous plaignez-vous jamais ?
— Je me contente de raconter. Les plaintes atténuent la vérité.
— Avez-vous vraiment vécu toutes ces atrocités ou quelques-unes sont le fruit de votre imagination ou ont été vécues par d’autres ?
— Il est difficile d’inventer de pareilles agressions et encore plus difficile de se donner un rôle principal aussi humiliant. J’en ai par contre beaucoup caché.
— Comme ?
— Je préfère ne pas tout raconter, par souci de garder une partie de mon jardin secret, peut-être. Sans pouvoir vous expliquer pourquoi, je crois qu’il est préférable de taire certaines blessures et de les garder pour soi. Je ne pense pas qu’il serait utile, à moi ou à qui que ce soit, que je dresse la liste de tout, de vraiment tout ce que j’ai vu et vécu dans ces pensionnats. Je crois que vous en avez assez pour comprendre.
— Vous ne regrettez vraiment rien du geste que vous avez posé ?
— Non, j’ai été clair là-dessus. Si je le pouvais, je le referais et je m’arrangerais pour me sauver de cette église où je l’ai étranglé pour en tuer d’autres. À bien y penser, ce n’est pas assez d’un seul ! C’est là que se trouve mon seul regret, je crois. Pas assez ! Pas assez pour tout ce qu’ils m’ont fait subir. Pas assez pour Eruoma, pour Lily, pour mon autre sœur. Pas assez pour mes parents qui n’ont pas eu le droit de me voir grandir au rythme de leur amour et en conformité de leurs valeurs. Pas assez pour ces cent cinquante mille enfants autochtones. Pas assez, monsieur. Non, pas assez !
— Vous m’avouez carrément que vous tueriez à nouveau et de façon massive ? Je dois le noter dans mon rapport.
— Notez, monsieur, notez ! Allez ! Comme moi, utilisez votre plume vitriolique, vraie et sans détour. Notez, monsieur !

Je me levai.

— Attendez, monsieur, attendez, ne partez pas tout de suite. S’il vous plaît, me permettez-vous de vous poser une toute dernière question, juste par curiosité ?

Je regardai fixement l’homme en face de moi, lui signifiant par un léger signe de tête qu’il pouvait poser sa question.

— Pourquoi ne mentionnez-vous jamais, au grand jamais, votre nom ni même votre prénom, au fil de toutes les pages de ce long et généreux témoignage ?

Je l’observai longuement, plus d’une minute, il me semble. Je préparais ma réponse, je cherchais la formule lapidaire capable de caractériser exactement ma vie. Enfin, je lui répondis :

— Parce qu’on m’a volé mon identité. Je ne l’ai jamais retrouvée et ne la retrouverai sans doute jamais.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe n’ai plus prononcé un mot. J’ai marché lentement dans le couloir de la prison. Je me suis arrêté deux secondes pour larguer dans la poubelle toute la pile des documents canadiens qui auraient pu me donner la chance d’une libération conditionnelle. J’ai d’abord déchiré le haut d’une feuille que j’avais roulé en une petite boule. D’une pichenette, je l’ai projetée dans la direction de l’homme. Debout devant la poubelle, je me suis penché un peu et j’ai craché, comme si je me débarrassais d’un poison qui me brûlait la gorge. Après, je me suis redressé avec vigueur et j’ai continué ma route.

Avant de tourner l’angle du corridor menant à mon trou, j’ai vu l’homme ramasser la boule de papier au milieu du couloir et la dérouler. C’est alors qu’il a dû reconnaître la célèbre feuille d’érable rouge, emblème du Canada.

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


Paroles du souffle, par Frédéric Gagnon…

18 novembre 2016

Paroles du souffle

 

traces sur la plagealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
de la lucidité de tes pas
fous engoulevents criaient
les chants funèbres de mon être

mon cœur
qu’obligeait la mer inutilement
en vain pour toi se dévoilait

tu n’avais jamais été là

*

jusqu’à toi
j’aurai parcouru l’agonique chemin

sur ma cuisse traces de sang
l’être véritable
de naître commençait

*

bernaches aux quiets marais
s’envolent dans ta paume
tracent les lignes de ma main

tes yeux me voient moi
dans tes yeux je m’attends
plus tout à fait masculin

*

l’ange véritable se détourne de dieu
mais divin oui le miracle que tu sois
des outardes si chère traversent ton regard
dieu lui préfère ce qui ploie

femme parfaite dans un temple de chair
ta chair du réel le mystère suprême
tu m’auras appris toi visage de mes lèvres
qu’adulte seulement
l’homme naîtra

la mort elle que les mâles tous craignent
toi non ne te vaincra point
érodée splendeur jusqu’en tes os
à mes yeux toi tu seras toujours même

mon cœur belle mille fois te l’aurai donné
notre père donc exister ne peut pas

*

lumière des algues à l’orient de tes lèvres
ta chevelure fluviale émeut les oiseaux
d’entre tes reins l’aurore se lève
mes blancs soupirs coulent
sur les sables de ta main

*

s’éteignent des dieux désuets
nous devenons libres d’aimer

absolue sans cesse
notre présence s’évanouit et renaît

disparition d’inutiles dieux
advient en nous autour de qui nous sommes
le monde

passe l’oiseau si bleu
le ciel et l’oiseau confondus

toujours même mort
dissous dans la terre mes os
toujours toi j’aimerai

l’homme qui t’aime reconnaît
l’infinité sans paradoxe du cercle

*

amour écoute la nuit palpite
vois ce soleil pâle
l’obscur règne des chouettes
philosophes illuminer

moi belle ne le sais-tu pas ?
sur le chant rauque du sang
j’aurai tout misé

*

chaque moment le monde disparaît
l’homme lui prévoit sa fin

terre ventre tu m’accueilleras
d’omphalos ma langue percera les secrets

moi seul dans la cavité de chair vive
je t’entends corneille ton vol tu déploies

*

jamais des arbres les racines
n’épuiseront les sources de tesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
charmes de blanches mains

dans tes mains ondoient de calmes fruits
m’enchante la mort d’un bleu serein

*

vert ton regard m’a traversé
j’en oubliai femme de mourir
lune tu égares dans tes blancs
sentiers le trépas noir des poètes

essentiel savoir resplendit
l’admirable marbre du tombeau
ivre lune ta flamme pure prête
sa passion à nos érotiques débats

*

mystère sans fin ton souffle domine
les plus obscurs secrets de mon être

souveraine tu t’ouvres
lors mes mains voient
la tendre chair d’une rose sacrée

*

dans le lointain ne l’entends-tu pas
en vain le père blême sans cesse pleurer ?

enfin lucide mon esprit enfante
l’être qui non dieu mais divin
sans arrêt nous conçoit

*

rien
vierge vers dont les écumes chantent
les ébats héroïques de deux amants
sur le vélin spectral te déploies
sans jamais exprimer rien
seul silence bruissant où
vide miroir du monde tu dis
l’absence nue d’amoureux qui
éblouis ne sauront
plus jamais rien

*

la mer s’éveillant au son de ses refrains
femme tu suis sans détours la voie
contre ton sein éclatent mes écumes
dans l’orient absolu belle tu m’attends

*

combien de meurtres derrière ce baiser ?Albrecht Altdorfer
vois-tu la sarcelle qui s’envole ?
dans ton regard reviennent les oies blanches
le jour dans son or apparaît

*

sous le rosier aux fleurs rouge sang
les amants enlacés
à l’être donnent voix

vérité d’une clairière

ce matin le huard dans l’eau plongea

*

instant

morts pourtant ne mourrons point

amour

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


La Voyante, un texte de Chantale Potvin…

10 novembre 2016

La voyante

Voyante. Personne du sexe féminin capable de voir ce qui est invisible pour son alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecclient, à savoir qu’il est un imbécile.
Ambroise Bierce, journaliste américain (1842-1913)

La boule de cristal était astiquée comme un soleil. Tel un éventail chinois, les cartes étaient étendues sur une nappe en velours vert, faisant ressortir les « cœur, pique, carreau, trèfle ». Quatre dés rouge feu remplissaient un petit bol de verre où le célèbre squelette du gouffre de la mort, tranchant deux têtes avec une faux, était peint. Un peu partout sur les murs de la vieille maison, des cadres plus ou moins lugubres alourdissaient l’ambiance de la minuscule pièce qui empestait l’encens bon marché. Un vieux tableau où une licorne diabolique fixait tout le monde du regard était digne d’apparaître dans les pires scénarios de films d’horreur.

Sur une table, près de celle de la voyante, plusieurs objets hétéroclites étaient déposés : un panier de fruits où une pomme pourrie et une pointe de pizza séchée attiraient les mouches, de vieilles cartes de joueurs de hockey et de basket-ball trépassés depuis des siècles, des feuilles odorantes que je pris d’ailleurs entre mes doigts pour les émietter.
— C’est du tilleul. Ces plantes servent à calmer les esprits !, m’expliqua-t-elle, en me signifiant de m’asseoir. Bienvenue ! a ajouté la vieillarde rouleuse de R qui me faisait un signe avec sa main interminable et garnie d’ongles barbouillés ridiculement longs.

Avant d’entrer dans l’antre de la voyante, j’avais pris la résolution ferme de ne pas lui parler, de ne pas répondre à ses questions indirectes qui lui serviraient à me sonder. Avec ces parcelles d’indices sur ma vie et sur mes rêves, elle aurait surfé sur mes confidences afin de plonger à fond pour y aller avec la suite normale des choses. Si je lui avais avoué que j’étais triste parce qu’untel m’avait quittée, comme un tigre affamé, elle se serait emparée de cette confidence dans ses cartes en jurant que le valet de trèfle est un brun qui est parti.
— Pourquoi êtes-vous ici ? Que voulez-vous savoir de l’auguste Sarah ? Quelles sont les parties de votre avenir que je dois vous dévoiler ?

Sans répondre, je fixais l’horloge rococo qui tictaquait en fendant le silence.

Tout en observant bêtement une toile qui représentait des plantes et des animaux coupés qui gisaient sur le sol ou qui émergeaient de la terre, je gardai fortement les yeux ouverts pour provoquer une larme qui finit par naître dans mon œil asséché. Comme dans un mélodrame, la gouttelette salée se mit à rouler subtilement sur ma joue. Je possédais un talent si fou pour jouer la tristesse que je regrettais parfois de ne pas m’être faite comédienne comme ma sœur.

— Je vois que vous êtes née un 13…

— Un 13 ?, questionnai-je, feignant l’intérêt.

— Attendez !, s’offusqua-t-elle de mon inquisition crépusculaire et inopportune.

— Un 13 mai. Oui ! Vous êtes née un 13 mai ! Vous savez comme moi que ce chiffre est au centre de nombreuses superstitions fantasmagoriques, me catapulta-t-elle de sa voix aux inflexions sinistres qui annonçait qu’un ciel allait nous tomber sur la tête.

— Vous n’avez pas eu la chance de naître un 12. Vous savez, le chiffre 12 symbolise l’arcane du Pendu et ça signifie un nouveau départ…

Au son des âneries qui se succédaient à feu roulant, je perdis légèrement ma concentration et me sentis soudainement comme si j’avais été à la pêche, sur un lac, presque hypnotisée par la douceur du vrombissement du moteur de chaloupe ronronnant comme un chat.

— Êtes-vous bien née un 13 mai ? m’implora-t-elle comme si elle avait été une psychologue.

Je n’étais pas facile pour elle. Je ne répondis rien et fis semblant d’être apeurée comme si elle venait de me révéler le quatrième secret de Fatima. Ma moue horrifiée la rassura. Elle avait deviné ma date de naissance !

— Je ne vous dis rien, madame, parce que je suis sidérée, complètement sonnée, lui marmottai-je pour l’encourager à poursuivre sa déblatération.

Plus les minutes avançaient, plus elle me dévoilait qui j’étais. C’est comme si un petit génie invisible lui avait transmis les informations sur ma vie, enfin ce qu’elle croyait qui était ma vie.

Elle me fixait dans les yeux comme Iris, le magicien égyptien dans Les douze travaux d’Astérix. Les lumières clignotantes en moins dans les yeux, la « voyante » me rappelait en tout point le célèbre Gaulois qui soutenait, avec une curiosité choquante, le regard du magicien qui voulait le transformer en sanglier. Tout en me remémorant les paroles du dessin animé, je réprimai un rire en toussotant et en tournant la tête vers le cadre de la lugubre licorne.

Plus tard, avec une aiguille qui pendait au bout d’un fil, elle me prédisait que j’aurais quatre enfants, mais que l’un d’eux, une fille, mourrait à la naissance dans de grandes souffrances. Elle n’y allait pas avec le dos de la cuillère en plus. Elle avait même ajouté que je ne passais pas ma première vie avec une tache de naissance sur mon visage, que j’avais combattu avec des guerriers au Moyen Âge et qu’une épouvantable blessure m’avait défigurée alors que j’étais un homme.

Les folies déroulaient. On me l’avait dit, elle était forte et maligne, la vieille… Pour faire tourner la roue de l’imagination dans les têtes, surtout ! Elle touchait à tout : le passé, le présent, l’avenir, les chiffres, les planètes, mon signe du zodiaque, mes amours. Vraiment, son corpus de balourdises ésotériques était plein à fendre la baraque.

Oui, elle touchait à tout : mon adresse, mes amis, mon amoureux, mes parents, mes études. Tout ! Avec mon Facebook, mon nom, le numéro d’immatriculation de la voiture qui était garée devant chez elle, mon identité, elle devinait tout. Grâce à un minuscule écouteur caché sous son turban et ayant trafiqué les données des bureaux d’immatriculation, elle recueillait les informations transmises par une employée branchée qui lui dévoilait tout de moi, enfin de mon amie qui avait bien voulu se prêter à mon jeu en me refilant son nom et sa voiture pour visiter la voyante ! Bien sûr, mon amie était née le 13 mai.

Quel article j’allais écrire !

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


Dominique Blondeau nous parle de Dominique Fortier…

8 novembre 2016

Une bibliothèque, quatre jardins ****

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G. s’exclame, et nous fait rire : « J’ai changé d’ordinateur, d’amant et d’éditeur ! » On convient qu’elle a raison de dépoussiérer la face insolite de son existence, celle contenant deux onces de rébellion, plus une touche de défi enfantin. Ne venons-nous pas d’entrer dans une saison nouvelle ? De quitter l’été pour tendre une main à la fois prometteuse et gourmande vers l’automne ? On parle du récent roman de Dominique Fortier, Au péril de la mer.

Ces dernières semaines, on a lu et analysé plusieurs romans réalistes, écrits au masculin. L’alcool, le sexe, le langage défloré, serti d’humour noir, parfois de cynisme. En ouvrant le roman de cette écrivaine talentueuse reconnue, dont l’œuvre nous impressionne, on s’est laissée charmer par une histoire qui n’appartient pas à notre siècle mais à un temps où les hommes se cherchaient encore. En eux ou à travers les livres si peu nombreux, Gutenberg n’intervenant qu’à la fin de l’histoire d’Éloi Leroux. Peintre réfugié dans l’une des abbayes du Mont-Saint-Michel, il y est venu pour noyer un désespéré chagrin d’amour. Dans ce lieu de prières, de sérénité, Éloi édifiera un récit autour de la construction de la prestigieuse bâtisse. Cela se passe au XVe siècle, Dieu faisait partie de la vie des hommes, de leurs joies, de leurs tracas. Du clair et de l’obscur. Dieu, mais surtout la foi traquée par les ombres vénéneuses de l’analphabétisme, soutenant quelques certitudes erronées, celle, par exemple, de prétendre que le Soleil tournait autour de la planète Terre. L’écrivaine mentionne qu’il n’est pas simple de se reporter au passé pour dépeindre le futur. Il faut regarder devant et non derrière. Être dérangé par des écrits subversifs, comme le sera Robert de Torigni, ami d’enfance d’Éloi, moine en partie responsable de l’abbaye et de ses livres. Empruntant le discours parabolique digne de celui de Jésus, il élude les péjorations qui pourraient nuire à quelques-unes des personnes complices qui l’entourent. Ne pas savoir lire ne signifie-t-il pas entretenir une naïveté amère qu’il est impossible de fracasser, le monde se restreignant à des frontières symboliques nécessaires, évitant ainsi d’élever son regard au-delà de soi-même, les assertions des érudits ne pouvant être remises en cause.

Pendant que la vie reprend ses droits au XVe siècle sous la plume réflexive, élégante, de Dominique Fortier, une narratrice promène le lecteur dans le quartier Outremont, en compagnie de sa petite fille. Narratrice-écrivaine ne pouvant ôter de son esprit le choc qu’elle a ressenti quand, adolescente, elle a contemplé le Mont, à ses débuts appelé Mont-Tombe. Plus tard, elle apprendra qu’il était désigné comme étant la Cité des livres, une bibliothèque de quatre cents livres enrichissait ses murs, plutôt ses pierres. Dans la solidité vaine du présent, nous frappe d’étonnement la friabilité illusoire du siècle des découvertes — flottent les silhouettes de Vinci, Gutenberg, Colomb, présences immortelles glissant entre les murailles du Mont, pour les consolider, les protéger des éléments naturels ou des incendies qui, tant de fois, ont dévasté ces lieux de plénitude. La prière est la vertu primordiale qui domine l’atmosphère monacale, parfois oppressante, drainant une prudence recueillie mais aussi une sagesse salutaire entre les moines et les pères. Frère Clément, modeste moine, tait son savoir en se consacrant aux quatre jardins, qui font l’admiration et l’envie du frère Adelphe, de passage au cloître. Frôlements des regards, silences amorcés, sourires perceptibles, le récit se teinte de ces allusions, camouflant la vanité d’hommes plus puissants. Même s’il est dit que les moines ne doivent laisser aucune trace d’eux-mêmes, surtout de leurs œuvres.

Dominique Fortier éblouit le lecteur en décrivant l’histoire et la légende de la bâtisse, entrecoupées d’une recherche élaborée plus intime, constamment insufflée de l’abbaye. L’écrivaine nous rappelle ce que signifient, dérivés du latin, le vocable « cloître », le verbe « croire ». Le sens du mot « miniature ». Elle dépeint, à travers gestes et paroles de Robert, l’éclat ornemental des enluminures, rondit les heures riches du Haut Moyen-Âge. Fusionnant entre un siècle révolu et celui dans lequel nous devons témoigner de tant de merveilles, nous ne savons plus, semble-t-il, apprécier la qualité des silences, écouter le vacarme des vagues, contempler le tourbillon de grains de sable. Ce sont des enfants d’autrefois qui auront le dernier mot quand l’un d’eux, au risque de sa vie, retirant de l’eau glaciale des feuillets rejetés par la mer, annoncera à Éloi qu’il a trouvé un trésor. Il s’agit de livres qui jamais ne mourront, contrairement à nous.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMagnifique fiction et témoignage d’une écrivaine exigeante qui, d’un roman à l’autre, se renouvelle, fait preuve d’une inventivité agrémentée d’un savoir remarquable, d’une intelligence passionnée et subtile. Ici, Dominique Fortier s’est confondue aux pierres d’un monument qui ne sera jamais terminé, affirmation prophétique du frère Robert de Torigni, farouchement opposé au conservatisme mais qui n’en dit mot. Le frère Clément, en sa profonde humilité, pétrissant la terre, nourrissant les plantes, en compagnie de son chat, dévoilera à Robert et à Éloi que les livres parlent entre eux avant que les humains les confisquent. Il suffit d’un tissu de lin les recouvrant pour dérouler le fil ténu de l’avenir, les retrouver en quelque bibliothèque contemporaine, alors que le Mont-Saint-Michel « à la barre du jour, est redevenu une île. » Et ceci, depuis le début de l’ère chrétienne, au péril de la mer…

Au péril de la mer, Dominique Fortier
Éditions Alto, Québec, 2015, 176 pages.

(Semblable à tous les articles publiés dans le blogue Ma page littéraire, ce texte est interdit de reproduction par la loi sur les droits d’auteur et sans l’autorisation de l’auteure, Dominique Blondeau.)

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensongeAlice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)


Yvon Paré nous parle de Lise Tremblay…

6 novembre 2016

Un vrai bonheur signé Lise Tremblay

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Pour connaître un peu Lise Tremblay, j’ai eu l’impression tout au long de ma lecture de l’entendre rire, raconter ses histoires avec l’humour qui lui est propre. Difficile de ne pas confondre la narratrice avec la romancière qui nous ramène à Chicoutimi-Nord, rue Mésy, à la fin des années soixante.

Son héroïne, une jeune fille de douze ans, voit sa vie basculer pendant ce qui devait être l’été de tous les enchantements.

Claire, la sœur de Judith, sa meilleure amie, la plus belle fille de la ville, doit rencontrer Bruce des Sultans et l’accompagner lors de sa grande tournée d’adieu. La danseuse à gogo est victime d’un accident d’auto et les rêves s’effritent. Même son mariage n’est plus possible avec le fils des Blackburn, un futur médecin. Marius, le garçon qui capte tous les regards, trahit en épousant une fille ordinaire en délaissant son uniforme de joueur de baseball. Le monde s’effrite.

Surtout, la fillette prend la relève de sa mère pour « faire le ménage », surveiller ses frères et garder chez des voisins pour amasser un peu d’argent. Elle confronte la violence, la mort, la folie, la sexualité et s’éloigne peu à peu de Judith. À Chicoutimi-Nord, comme partout au Québec, l’époque est incertaine en ce début de Révolution tranquille. Comme si tous les secrets de famille sortaient sur la galerie pour se promener au grand jour.

Fillette inoubliable

Des personnages fascinants. Une mère qui a sacrifié ses rêves en se mariant, mais qui est demeurée rétive, ne jurant que par l’éducation, refusant les chimères qui font soupirer les adolescentes et bomber le torse aux garçons. La politique la fascine et elle n’hésite surtout pas à faire connaître ses idées.

« Ça fait deux semaines que l’école est finie. Je ne peux pas beaucoup sortir parce que ma mère est toujours partie le soir. Elle fait du porte-à-porte dans le quartier pour faire élire un nouveau maire parce que l’autre, celui qui est là depuis vingt ans, est un vrai voleur et c’est le temps que les choses changent. Je n’aime pas qu’elle se mêle de cela, même monsieur Bolduc l’a dit à mon père, il ne laisserait pas madame Bolduc faire de la politique ainsi. Ce n’est pas la place des femmes. » (p.37)

Peu à peu le lecteur surprend des drames, des obsessions et des vies ratées dans ce quartier pourtant bien tranquille. La rue Mésy est un champ d’initiation qui glisse vers l’avenir et défait le passé. Il y a aussi cette passion pour les livres et des découvertes qui font espérer un monde autre. Tout peut être différent, peut-être…

Thèmes marquants

On retrouve dans « La sœur de Judith », une fascination pour la nourriture, l’obésité et les livres. Des thèmes qui marquent tous les ouvrages de Lise Tremblay.
« Le bonhomme Soucy n’était toujours pas réapparu. J’ai écouté ce que ma mère disait au téléphone à madame Bolduc. Après, elle a explosé : elle m’a dit d’arrêter de l’espionner comme ça. Je ne sais pas ce qui m’a pris mais j’ai explosé moi aussi. Ça m’arrive parfois, je ne peux pas m’en empêcher. Je lui ai crié qu’elle ne voulait jamais que je sorte, qu’elle trouvait toujours des défauts à mes amies. Je me demandais bien où je pouvais aller, je ne pouvais pas disparaître. Je ne voulais pas, mais je me suis mise à pleurer. Je suis partie dans ma chambre. J’ai pris un « Brigitte » et comme toujours, quand je commence à lire, j’oublie et je cesse de pleurer. » (p.80)

Un portrait saisissant ! Qui sait, la rue Mésy à Chicoutimi-Nord deviendra peut-être aussi connue que la rue Fabre de Michel Tremblay un jour. Sans doute à cause de la mère qui subjugue malgré ses sautes d’humeur, du père si compréhensif qui doit s’exiler dans la forêt et tous les malmenées qui viennent se confier dans cette cuisine qui fait honte à la narratrice. Un véritable éloge du quotidien et de la vie dans ce qu’elle a de plus simple.

Cette fois, plus que jamais, l’écriture de Lise Tremblay laisse la place aux personnages et ne cherche jamais à compliquer les choses. Un pur bonheur.

La sœur de Judith de Lise Tremblay est paru chez Boréal Éditeur.
http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/auteurs/lise-tremblay-1586.html

Yvon Paré

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJournaliste, écrivain et essayiste, Yvon Paré a publié une douzaine d’ouvrages, un essai, des romans, de la poésie et des récits.  Signalons Les plus belles années, LeRéflexe d’Adam, Les Oiseaux de glace etLe souffleur de mots.  Les récits de voyageUn été en Provence, Le tour du lac en 21 jours et Le Bonheur est dans le Fjord ont été écrits en collaboration avec Danielle Dubé.

Lecteur attentif, il a rédigé de nombreux articles portant sur les œuvres des écrivains du Québec dans Le Quotidien et Progrès-Dimanche où il œuvré comme journaliste.  Il collabore à Lettres québécoises depuis une quinzaine d’années en plus d’être l’auteur d’un blogue fort fréquenté.

Le voyage d’Ulysse, un roman où il suit les traces du célèbre personnage d’Homère, en l’invitant au Lac-Saint-Jean et en inventant un monde possible et imaginaire.  Il a remporté le prix Ringuet du roman de l’Académie des lettres du Québec avec ce roman en 2013 en plus du prix fiction du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  Son dernier ouvrage, L’enfant qui ne voulait plus dormir, un carnet fort louangé, explore les chemins de la création.

On peut retrouver l’ensemble de ses chroniques surhttp://yvonpare.blogspot.com/.


Les autres, un texte d’Hélène Bard…

4 novembre 2016

Les autres

« Les autres, que je déteste tant aujourd’hui. » C’est ce que tu avais dit. La phrase alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec roule en boucle dans ma tête. Jour après jour. Play, rewind, play, à l’ancienne, avec nos cassettes TDK et nos magnétoscopes VHS. « Les autres, que je déteste tant aujourd’hui. » Play, rewind, play : « Les autres, que je déteste tant aujourd’hui. » Depuis des années. Des milliards de fois.
Je sais, maintenant. Je comprends. Je suis l’autre. Et tu me détestes.
Moi, les autres, je ne les déteste pas. Je ne suis pas faite de haine et d’animosité. Je suis faite de questions, d’observations et de mains tendues. Mais malgré cela, les autres, je ne les comprends pas. Je pourrais donc t’écrire : « Les autres, que je ne perce pas. » Et ce serait de toi aussi qu’il est question, de toi, que je n’ai jamais mis au jour. Qui ne s’est pas laissé découvrir. Qui s’est défilé.

Les autres, dont tu fais partie, avec leurs phrases toutes faites, leurs mensonges sociaux, leurs odeurs sociales, leurs peignures sociales, leur allure sociale, leur « oui, oui, t’as raison », caché derrière un visage menteur. Les autres, avec leur belle image léchée, leurs beaux enfants bien peignés, bien habillés, silencieux, en photo, qui ne rouspètent pas, fixés dans l’instant, sourire aux lèvres, ballon de soccer à la main, méritas à la main, année scolaire terminée. Les « papa, je t’aime », les premiers mots, les premiers pas. C’est beau, c’est émouvant. C’est ostentatoire, c’est frustrant. C’est faux.
Hier, au salon de coiffure, parce qu’il faut bien sortir de son « antre », parce qu’il faut bien sortir de sa « caverne », croiser les autres, j’ai croisé Linda. Onze heures trente, déjà saoule, avec son odeur de scotch qui se dégage à des mètres à la ronde. Avec sa sacoche ouverte pleine de pots de pilules. Qui s’est trompée d’heure de rendez-vous. Qui me fait attendre. Elle se lève de la chaise de coiffeuse, penchée par en avant, perchée sur ses talons trop hauts, elle a du mal à se tenir droite, comme si elle allait planter au moindre coup de vent. Mais tout le monde fait semblant qu’elle est à jeun. Personne ne lui dit « va te coucher », « va te faire soigner ».
Linda, dont la coiffeuse séchait les cheveux avec une grosse brosse ronde. Linda, qui a dit, malgré sa bouche empâtée : « C’est pas qu’elle est une mauvaise mère, mais les détails, a l’a pas. » Sûre d’elle. Sur le ton de la condamnation.

C’est ce matin qu’elle lance sa millième pierre. Elle est sans péché, personne n’a remarqué son état. Elle pointe encore l’autre du doigt pour ne pas être vue. Pour passer inaperçue. Pour que tous les autres regardent ailleurs, mais ne voient pas qu’elle a trop bu. Elle peut dérober le mensonge au présent pendant que les autres cherchent une chimère. J’ai envie de lui dire : « vous êtes nue et tout le monde fait semblant que vous êtes habillée ». Mais elle ne veut pas le savoir. Elle a beurré son image. Elle a fait coiffer ses cheveux. Elle a maquillé ses paupières, ses joues, ses lèvres. Elle sort ses clés de son sac à main griffé, elle conduira sa voiture de luxe dans le quartier où grandissent mes enfants, à l’heure où ils sortent de l’école, et personne ne parlera. Les autres ne diront rien.
Je baisse les yeux. J’ai appris à garder le silence. À coups de rejets et d’exclusion. À coups d’incompréhension et d’intolérance. Je n’ai pas de pierre à lancer. Je n’ai pas de jugement à porter. Je ne suis pas une mère au détail. Je suis une mère qui laisse ses enfants jouer dans la boue. Une mère qui ne se soucie pas de ce que les autres pensent. Une mère erreur, une Linda qui a déjà bu au réveil. Une femme qui aurait dû en finir là, en entendant cette phrase, cette phrase qui roule en boucle dans ma tête depuis des années : « Les autres, que je déteste tant aujourd’hui. » J’aurais dû comprendre à ce moment-là que toi aussi, comme eux, tu savais mentir.

Copyright © Hélène Bard. Tous droits réservés.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecHélène Bard est née en 1975 à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. Elle détient un baccalauréat en littérature française et une maîtrise en création littéraire de l’Université Laval. Elle a publié La portée du printemps, Les mécomptes et Hystéro.
Passionnée des chiens depuis toujours, elle écrit également des chroniques qui traitent de la conciliation meute-famille dans la revuePattes libres, diffusée sur le Web.
Hélène Bard est aussi maman de deux jeunes garçons, en plus d’être réviseure linguistique et stylistique, et d’enseigner la création littéraire.
Vous pouvez la suivre sur son site personnel.

(Tiré du Huffington Post.)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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