Les choix et le destin du Québec… un texte d’Alain Gagnon

23 mars 2017

Actuelles et inactuellesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Le choix dans le temps —. L’obligation que nous avons de faire constamment des choix dans notre quotidien m’incite à publier ce poème en brève prose :

Cercle des dix mille portes. Autour du cavalier perdu. Choisir la bonne sans cesse. Car, si par-devant l’avenir est multiple et cajoleur, dans l’instant, il est unique et cruel. Le dur choix s’ordonne. Granit, il se dresse au cœur de ma rivière, du monde mien. Incontournable, l’instant exige, bien arrimé à la machine du temps.

Le Québec —. Parler du temps et parler de choix mènent à parler du destin. Celui de notre pays, géant d’espace et minuscule de géographie, nous apparaît dans le moment trouble, incertain. Certains cherchent, tâtonnent, à gauche, à droite du spectre politique ; d’autres haussent les épaules et abandonnent, prêts à céder à tous les appels du pied. Et une proportion de plus en plus grande a décidé de faire comme si la politique n’existait pas, n’existait plus. Et cette dernière catégorie ira en augmentant. Le Québec n’a plus d’âme. Il n’a que des sursauts nostalgiques, ici et là.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
Nous ne chantons plus que dans d’autres langues. Nos créateurs littéraires parlent en majorité d’une vie calfeutrée et, parfois, ont des outrances qui font bien rire, mais ne rallient plus personne, sauf le temps d’un rire.
La détestation de soi a tout balayé. Spirituellement, culturellement, historiquement, nous étions riches, et nous sommes maintenant pauvres. Et heureux de l’être, car personne ne se souvient de cette richesse.
À Ottawa, rien à attendre d’un fédéralisme fermé, pour lequel nous sommes déjà acadienisés, louisianisés. À Québec, partis sans envergure qui n’enthousiasment plus, et auraient à peine l’énergie, la clairvoyance et l’audace de gérer un dépanneur.

Souvent, toutefois, c’est dans ces conditions historiques apparemment bouchées que surgissent des remèdes efficaces… mais amers à avaler.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’église de campagne, une esquisse de Washington Irving…

17 mars 2017

(C’est avec plaisir que je vous présente l’un des premiers écrivains américains,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec Washington Irving [1783-1859]. Il est surtout connu pour sa nouvelle La légende de Sleepy Hollow, dont on a tiré un film mettant en vedette Johnny Depp. Dans le texte ci-dessous, rédigé lors d’un voyage en Angleterre, sa plume alerte esquisse quelques particularités de la société campagnarde de l’époque. Un tableau parlant, aux traits acérés, véridiques et facilement transposables à d’autres époques et à d’autres décors. A.G.)

L’église de campagne…

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Il est peu d’endroits qui soient plus favorables aux études de caractère qu’une église de campagne en Angleterre. Je fus une fois passer quelques semaines chez un ami qui résidait dans le voisinage d’une église de ce genre, dont l’aspect frappa vivement mon imagination. C’était un de ces ravissants échantillons de la vieille, vieille manière qui répandent un charme si particulier sur le paysage anglais. Debout au milieu d’un pays rempli d’anciennes familles, elle contenait, sous ses ailes froides et silencieuses, la cendre amoncelée de je ne sais combien de nobles générations. […] La lumière ruisselait obscurcie à travers les fenêtres, couvertes d’armoiries richement blasonnées sur vitraux peints. Dans plusieurs parties de l’église se voyaient des tombes de chevaliers et de dames de haut parage […] De tous côtés l’œil était frappé par quelque indice d’ambition jusque dans la mort, […].

La congrégation se composait des personnes de marque du voisinage, assises dans des stalles somptueusement recouvertes et garnies de coussins, pourvues de livres de prières aux riches dorures, et décorées de leurs armes, gravées sur les battants ; des habitants du village et des campagnes environnantes, qui remplissaient les sièges de derrière ainsi que la petite galerie près de l’orgue, et des pauvres de la paroisse, rangés sur des bancs le long des ailes.
[…] je m’occupai à faire des observations sur mes voisins.

Je ne connaissais pas encore l’Angleterre, et j’étais curieux d’étudier les mœurs de ses classes élégantes. Je remarquai, comme toujours, que les prétentions étaient d’autant moins grandes que les titres au respect étaient moins contestés. Par exemple, mon attention se fixa particulièrement sur la famille d’un gentilhomme du plus haut rang, composée de plusieurs fils et filles. Rien de plus simple, de moins arrogant que leur extérieur. Ils se rendaient ordinairement à l’église dans l’équipage le plus modeste et souvent à pied. Les jeunes demoiselles s’arrêtaient pour converser de la manière la plus amicale avec les paysannes, caressaient les enfants, et prêtaient l’oreille aux histoires des humbles villageois. Leurs figures étaient ouvertes et pleinement belles. […] Leurs frères étaient grands et bien faits. Leurs vêtements étaient à la mode, mais simples ; ils étaient rigoureusement élégants et convenables, mais n’avaient rien de maniéré, rien qui fît penser au dandy. Tous leurs mouvements étaient aisés et naturels ; ils avaient cette grâce imposante et cette noble franchise qui annoncent des âmes nées libres qui n’ont jamais été arrêtées dans leur essor par le sentiment de l’infériorité. La dignité réelle respire une hardiesse vigoureuse qui ne craint jamais le contact des hommes, quelque chétifs que soient ceux auxquels elle se mêle ; […] J’étais heureux de les voir s’entretenir avec les paysans ; ils causaient agriculture, chasse, pêche, toutes choses auxquelles se complaît si fort la noblesse de la contrée. Dans ces entretiens il n’y avait ni hauteur d’une part ni servilité de l’autre ; et le respect habituel, du paysan vous rappelait seul la différence des positions.

Une famille contrastait beaucoup avec celle-ci : c’était celle d’un riche bourgeois, lequel avait amassé une fortune immense et, ayant acheté les terres et le château d’un noble ruiné du voisinage, s’efforçait de revêtir les manières et toute la dignité d’un maître héréditaire du sol. La famille arrivait toujours à l’église en princes. Ils s’y faisaient majestueusement traîner dans une voiture couverte d’armoiries. Le cimier dardait ses rayons argentés de tous les points du harnais où il avait été possible de placer un cimier. […] Deux laquais, en livrées magnifiques, avec d’énormes bouquets et des cannes à pommes d’or, s’appuyaient nonchalamment derrière. La voiture s’élevait et s’abaissait sur ses longs ressorts avec une singulière dignité de mouvements. […]

Je ne pus m’empêcher d’admirer la façon dont ce pompeux équipage fut amené jusqu’à l’entrée du cimetière. […] Les chevaux, tour à tour poussés et retenus, écumaient de fureur. […]
Alors ce fut au laquais à descendre en toute hâte pour baisser le marchepied, ouvrir la portière, et tout préparer pour la descente à terre de cette auguste famille. Le vieux bourgeois fut le premier à présenter à la portière sa grosse figure rougeaude, regardant autour de lui de l’air superbe d’un roi du change, d’un homme habitué à trôner à la Bourse. Sa compagne, une avenante, très grasse, très confortable dame, le suivit. L’orgueil, je dois l’avouer, ne paraissait pas entrer pour beaucoup dans sa composition. C’était la peinture des grosses, des honnêtes, des vulgaires jouissances. […]
Deux filles succédèrent à cet heureux couple. Certainement elles étaient jolies, mais elles avaient un air impérieux qui glaçait l’admiration et disposait le spectateur à la critique. Dans leur toilette, elles étaient ultra- fashionables ; et bien que personne ne pût nier la richesse de leur parure, cependant on pouvait douter qu’elle fût parfaitement en harmonie avec la simplicité d’une église de campagne. Elles descendirent de voiture d’un air hautain, et remontèrent le cordon de paysans d’un pas qui semblait dédaigneux du sol qu’elles foulaient. […]

Je ne dois pas oublier les deux fils de cet ambitieux bourgeois, qui vinrent à l’église dans un cabriolet retentissant précédé de valets à cheval. Il était impossible que leurs vêtements fussent plus à la mode, mais ils avaient cette pédanterie du costume qui décèle l’homme dont les prétentions au bon goût sont très discutables. Ils restèrent entièrement à l’écart, jetant un regard oblique sur tous ceux qui s’approchaient d’eux, comme s’ils eussent mesuré leurs titres à l’estime ; […] Leurs mouvements mêmes étaient artificiels, car leur corps, docile au caprice du jour, avait été façonné à l’absence de toute liberté, de toute aisance. Ils étaient vulgairement construits, comme des hommes formés pour les fins triviales de la vie, et ils avaient cet air impérieux et arrogant qui ne se voit jamais dans un véritable gentilhomme.

J’ai peut-être été jusqu’à la minutie en traçant les portraits de ces deux familles ; mais je les considérais comme des échantillons de ce qui se rencontre souvent dans ce pays — la grandeur sans prétention et la petitesse arrogante. Je n’ai nul respect pour le rang et les titres à moins qu’ils ne marchent de front avec la véritable noblesse, celle de l’âme ; mais j’ai remarqué que dans tous les pays où il existe des distinctions artificielles, ce sont précisément les classes les plus élevées qui sont toujours les plus affables et les plus modestes. Ceux qui ne craignent point pour leur place ne sont pas le moins du monde enclins à empiéter sur celle des autres ; tandis qu’il n’est rien d’agressif comme l’ambition de la bassesse : elle s’imagine qu’elle s’élève en humiliant ses voisins.

[…] je dois mentionner leur manière d’être à l’église. La famille du gentilhomme était calme, sérieuse, attentive ; non qu’ils parussent avoir une dévotion bien ardente, mais plutôt un respect pour les choses sacrées et les lieux sacrés, inséparable d’une bonne éducation. Les autres, au contraire, ne cessaient de se trémousser et de chuchoter ; on voyait que la conscience de leur toilette ne les abandonnait pas un instant, et qu’ils étaient tristement ambitieux de faire l’admiration d’une congrégation de campagne.

Le vieux monsieur était réellement le seul qui fût attentif au service. […] Il est évident que c’était un de ces hommes qui crient toujours : « L’Église et le Roi » ; qui ne séparent pas les idées de dévotion et de loyauté ; qui considèrent la divinité, de façon ou d’autre, comme du parti du gouvernement, et la religion comme « une excellente sorte de chose qui doit être soutenue et conservée ».

Quand il se joignait si bruyamment au service, il semblait que ce fût surtout pour montrer l’exemple aux classes inférieures, leur faire voir que si grand, si riche qu’il fût, il ne dédaignait pas d’avoir de la religion ; comme je vis un jour un alderman, qui se nourrissait de tourterelles, avaler en public un bol de soupe de charité, passer sa langue sur ses lèvres à chaque bouchée, et la déclarer « une excellente nourriture pour les pauvres ».

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Washington Irving

Quand le service fut terminé, je fus curieux d’assister aux différentes sorties de mes groupes. Les jeunes nobles et leurs sœurs, comme le temps était beau, préférèrent prendre à travers champs, rentrer lentement à la maison, et causer, tout en cheminant, avec les gens de la campagne. Les autres s’en furent comme ils étaient venus, en grande pompe. Les équipages roulèrent de nouveau jusqu’à l’entrée. Et le fouet de claquer, les sabots des chevaux de retentir, les harnais d’étinceler. Les chevaux partirent comme d’un bond ; les villageois se rangèrent encore précipitamment à droite et à gauche ; les roues soulevèrent un nuage de poussière, et l’ambitieuse famille disparut à tous les yeux dans un tourbillon. (a)
(a) W. Irving, Esquisses ; traduction Théodore Lefebvre.


En souvenir d’Hubert Aquin…

15 mars 2017

Hubert Aquin…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Hubert Aquin naît le 24 octobre 1929, au 4037 rue St-André, à Montréal. Fils d’un commerçant montréalais d’articles de sports, Hubert Aquin reçoit un diplôme de l’Université de Montréal en philosophie en 1951, à 21 ans, et part étudier à l’Institut d’études politiques de Paris de 1951 à 1954. À son retour à Montréal en 1955, il est embauché comme réalisateur et scénariste pour la télévision de Radio-Canada (de 1955 à 1959). Puis, de 1959 à 1963, il est réalisateur et producteur à l’Office national du film.
Militant pour l’indépendance du Québec, il est membre exécutif du Rassemblement pour l’indépendance nationale (de 1960 à 1968)3.
En 1964, il annonce publiquement dans une lettre au journal Le Devoir qu’il prend « le maquis » et se fait « commandant de l’Organisation spéciale » dans le but de joindre ses forces à celles du Front de libération du Québec. Un mois plus tard, il est arrêté, à bord d’une voiture volée, en possession d’une arme à feu. Sur les conseils de son avocat, il plaide la folie passagère (lâcheté qu’il se reprochera plus tard) et est interné quatre mois dans un hôpital psychiatrique2. C’est lors de ce séjour qu’il commence l’écriture de son roman le plus connu, Prochain Épisode2, (publié en 1965 à Montréal, puis en 1966 à Paris et traduit en anglais en 1967 à Toronto), qui raconte l’histoire d’un révolutionnaire emprisonné.
Ses premiers textes paraissent dans diverses revues, dès 1959, entre autres dans Parti pris, Le Magazine Maclean, Voix et images du pays et la revue littéraire Liberté, dont il est directeur de 1961 à 19714. Durant les années 1970, il enseigne dans diverses universités nord-américaines, dont l’Université du Québec à Montréal. En 1975, il est embauché en tant que directeur littéraire aux Éditions La Presse. Il perd son poste un an plus tard.
Le 15 mars 1977, il se suicide dans les jardins du collège Villa Maria à Montréal, en laissant à sa compagne une dernière note :
« Aujourd’hui, le 15 mars 1977, je n’ai plus aucune réserve en moi. Je me sens détruit. Je n’arrive pas à me reconstruire et je ne veux pas me reconstruire. C’est un choix. Je me sens paisible, mon acte est positif, c’est l’acte d’un vivant. N’oublie pas en plus que j’ai toujours su que c’est moi qui choisirais le moment, ma vie a atteint son terme. J’ai vécu intensément, c’en est fini. »
— Hubert Aquin
Il eut trois fils : Philippe et Stéphane, avec son épouse Thérèse Larouche, et Emmanuel Aquin avec sa deuxième conjointe, Andrée Yanacopoulo.
Le pavillon Hubert-Aquin de l’Université du Québec à Montréal (construit de 1975 à 1979) est nommé en son honneur (posthume).
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe fonds d’archives d’Hubert Aquin est conservé au centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec4.
L’écrivain et cinéaste québécois Jacques Godbout a réalisé en 1979 un documentaire sous le titre Deux épisodes dans la vie d’Hubert Aquin.

Honneurs
• 1968 : Prix du Gouverneur général du Canada — que l’écrivain Hubert Aquin refuse pour des raisons politiques
• 1970 : Prix de la province de Québec
• 1972 : Prix Athanase-David
• 1974 : Prix littéraire de La Presse
• 1975 : Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal

Œuvres
Prochain Épisode, roman; [Montréal] : le Cercle du livre de France, 1965, 174 p.
L’Antiphonaire, roman, Montréal : Cercle du livre de France, 1969, 250 p.
Point de fuite, essais, Montréal : Cercle du livre de France, 1971, 159 p. 20
Neige noire, roman, Montréal : La Presse, Collection « Écrivains des deux mondes », 1974, 254 p.
Blocs erratiques, textes divers, 1948-1977 (publication posthume; rassemblés et présentés par René Lapierre), Montréal : Quinze, 1977, 332 p.
L’Invention de la mort, roman posthume (écrit en 1959), Montréal : Leméac, 1991, 152

(Source : Wikipédia)


Dominique Blondeau nous parle d’Alain Gagnon…

10 mars 2017

Croire en Dieu sans aucun doute *** 1/2

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecQue dire des nouvelles mondiales qui prennent possession du peu de temps dont nous disposons. Les journaux et la télé nous informent du pire ; rarement, le bien auquel contribuent des hommes et des femmes ne fait l’objet d’une mention spéciale. Est-ce utile de nous rebattre les oreilles des méfaits de nos semblables ? Depuis longtemps, grandes et petites guerres se perpétuent sans que nous en tirions une leçon. Dieu nous aurait-il oubliés ? Allons voir ce qu’il en est dans l’essai d’Alain Gagnon, Propos pour Jacob.

En introduction, un narrateur confie à son petit-fils ce qu’il lui léguera à sa mort : des réflexions personnelles, des questionnements spirituels traitant de l’existence de Dieu. Ce même narrateur prévient Jacob qu’il s’avancera « à pas prudents de loup » dans « l’ampleur du sujet » qu’il prétend connaître. Celui du monde tel qu’il est, mais aussi dans l’univers d’un dieu qui sommeillerait en nous, soit le sacré qui nous différencie du règne minéral, végétal, animal. Tout d’abord, Alain Gagnon affirme que l’Esprit est « un, sans temps ni lieu. » Impérieux, il souffle, se réverbère au centre de toutes les philosophies. Dépourvues de cet esprit universel, nombre d’œuvres auraient avorté : poésie, littérature, peinture, architecture, la nature s’appliquant à nous démontrer la perfection de la fleur la plus humble. Faut-il responsabiliser Dieu d’un semblable et grandiose dessein ? Ne nourrit-on pas aujourd’hui un brin de lassitude, quand rabâchant à souhait les causes de malheurs superposés les uns sur les autres, nos oreilles et nos yeux se ferment ? Dieu n’est-il pas désespéré de devoir tout reconstruire, contemplant le monde usé plutôt qu’existant mal, comme le suggère l’auteur.

On admire Alain Gagnon d’attester sans faillir l’existence de Dieu. Les exemples théoriques ou concrets se multiplient que nous ne pouvons mettre en doute. Pourtant, n’appartient-il pas à chacun d’interpréter « l’aspiration vers l’infini » tel un phénomène scientifique, logique et intelligent, une volonté naturelle complexe et moins crédule ? N’est-ce point devenir l’égal de Dieu en se faisant complice de ses créations ? En soi, ne sommes-nous pas des dieux par le fait même de combattre dans un maelström essoufflant une destinée qui nous a été transmise, pour que nous la menions du mieux possible ? Ne sommes-nous pas, à l’image de Dieu, le « Sacakoua » du début de l’univers ? En quoi Dieu et ses créatures ont-ils changé ? Plusieurs mythes nous apprennent que des rebellions se sont produites avant que Dieu entreprenne sa tâche ; on pense aux faux prophètes qui, en leur temps, ont juré être les sauveurs de l’humanité avant que Jésus se sacrifie pour elle. Que de brumes idéalistes et fascinantes suggérées par Alain Gagnon ; tant de légendes préhistoriques sont ancrées dans nos consciences, imprégnant l’innommable en nous, défiant nos peurs, nos forces. Notre conscience propre au règne hominal, celle qui nous est étrangère, peut-elle être gouvernée par des anges ou des démons, exilés que nous sommes dans un « univers auquel nous nous adaptons de par notre nature animale […] » ? Que penser des atrocités que l’homme a mis sur pied pour exterminer ses frères ? Où intervient le divin cosmique quand il s’agit d’exploiter la misère des innocents, ceux et celles qui ne savent se défendre contre des hommes de mauvaise volonté ? Peut-on demander aux démunis de vaincre la souffrance et la peur pour devenir Dieu ? L’Être divin serait-il sélectif ? Le péché originel nous aurait-il départagés ? Les martyrs s’abandonnant au dogme chrétien — et l’ignorant — lors de spectacles sanguinaires se présentaient-ils déjà comme des hommes nouveaux, une vision béatifique exaltant leur indéfectible croyance ? Le christianisme n’est-il pas né de ces affres, d’un enivrement céleste, répliqueront les irréductibles de la Foi.

Le livre, car c’en est un où l’amour du divin l’emporte sur la pauvreté morale, intellectuelle de l’homme, foisonne de références qui ont guidé Alain Gagnon vers des ancrages resplendissants. Nos interrogations tumultueuses sont prises en main par l’auteur, serein et grave. La Joie de croire en Dieu s’avère la force suprême de l’ouvrage, louant « l’homme intérieur » que nous devons chercher au détriment du « vieil homme ». On a aimé que Gagnon multiplie ses approches, citant Nicodème, Paul de Tarse, Maître Eckhart, Sri Aurobindo, l’empereur Marc-Aurèle, définissant ainsi nos diverses consciences à travers des paraboles de Jésus. Mais Dieu est-il accessible à tous, sa parole à Lui se répercutant « par images et impressions […] » indicibles. Il serait impossible de répertorier les axiomes philosophiques que propose l’auteur, l’œuvre se révélant riche, extrêmement réfléchie. Il suffit de s’acheminer intérieurement vers une éthique embellie d’une « vraie » liberté, ce que recommande l’auteur à son petit-fils. L’humain ne se révèle-t-il pas le véritable sujet et mystère de cet essai érudit, inclassable ?

Pour clore ces éloquents propos, 99 bouts de papier, sous forme d’aphorismes, vagabondent spontanément d’une pensée à une autre. Ils sont là, témoignant d’une angoissante lucidité, nous obligeant parfois à nous interroger sur la nécessité de vivre, de parcourir en trébuchant une courte distance heurtant nos certitudes, nos hésitations. Il n’empêche qu’en fermant ce livre, et malgré la beauté spirituelle du texte, la sincérité absolue de l’auteur, nous ne sommes sûrs de rien, surtout pas de l’existence d’une entité désincarnée, pétrissant, telle la glaise, la chair périssable de l’humain. Le génie de l’homme, selon Nietzsche, n’est-il pas d’être « humain, trop humain », donc imparfait. À défaut de croire en Dieu, croyons en la parole persuasive d’Alain Gagnon, lui aussi, trop humain !

Propos pour Jacob, Alain Gagnon
Les Éditions de la grenouille bleue, Montréal, 2010, 122 pages

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Embouchure et langue, par Alain Gagnon…

3 mars 2017

Actuelles et inactuelles

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Embouchure —. Endroit où se termine un fleuve ; endroit où un fleuve ou une rivière se jette dans la mer, dans un lac. Mot magnifique et évocateur. Mais parlerait-il faux pour les cours d’eau ? L’embouchure (parent du mot   « bouche ») fait référence à l’endroit où débute un processus : l’ingestion, l’assimilation des aliments. En géographie, on lui fait désigner la fin d’un phénomène, là où un cours d’eau se termine, comme la magnifique embouchure de la rivière Ashuapmushuan qui se jette dans le Piékouagami. On propose delta et estuaire comme synonymes. Un peu pompeux. J’en cherche un autre. Si vous avez des suggestions, chers lecteurs, je les recevrai avec plaisir.

Par contre, et pour me contredire moi-même, si on délaisse la géographie physique pour une vision plus anthropomorphique des choses, l’embouchure peut alors désigner le début d’un processus, celui du voyage vers la source d’un cours d’eau, à rebours de courant.

Voilà comment on tergiverse pour montrer la photo d’une rivière qu’on adore…

La langue —. Deux phrases qui ont des pieds et des mains. « La carte n’estalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec pas le territoire. Les limites de votre langage sont les limites de votre monde. » (James Sallis, Papillon de nuit.) Cet auteur de polar soulève un problème trop connu et jamais assez ressassé chez nous. Les humains possèdent une ou des langues comme principaux moyens d’expression. Lorsque celle-ci est pauvre, lorsqu’on ne peut s’exprimer que par onomatopées ou à coups de « chose… » ou « t’sais j’veux dire… », on jouit d’un langage très restreint, donc on évolue dans un monde très pauvre : on peut le ressentir, mais on ne peut le concevoir, ni l’exprimer, ni s’expliquer correctement à soi-même ou aux autres, faute d’un vocabulaire adéquat.

Par où commencer ? Dans les écoles, faire lire aux jeunes des auteurs qui ont du vocabulaire et savent écrire autre chose qu’une série de dialogues mal ficelés. Les bons auteurs abondent dans nos deux langues officielles, qu’on y puise. Mais encore faut-il que les enseignants les connaissent, les fréquentent…

Un enseignant qui arrivait sur le marché du travail me déclarait : « J’ai fini d’étudier. Je vais enfin pouvoir me débarrasser des maudits livres pour faire un peu de place dans le salon de ma femme. » Quelle matière enseignait-il ? Le français. Vous trouvez cela incroyable ? Moi, également. Si je ne l’avais pas entendu de mes propres oreilles et ne m’étais pas assuré qu’il ne plaisantait pas, je ne le croirais pas.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Cumberland, York et Botticelli, un texte de Pierre Raphaël Pelletier…

2 mars 2017

Je reprends l’écriture…

Je reprends l’écriture de mon récit depuis le début. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
Je retrouve l’énergie de mes vingt ans, sans la fièvre des concours de médailles et des gratifications monétaires.

L’écriture ne m’est pas plus facile. Ne s’écrit plus rien qui n’est passé au tamis du doute, ce qui m’astreint à un travail sans cesse à refaire.
Par-delà l’effort, ne vaut dans mon écriture seulement ce qu’elle aura bien voulu me céder de ses secrets. À me désâmer, je surchauffe souvent sous la calotte. Les meilleurs alcools m’épargnaient cela.

« Hé, popo jojo ! » me dis-je.
« Assez tataouiné. Sors. Va t’éventer ! »

Par grand soleil, je gagne le centre-ville au pas de course.
Endiablé, je traverse d’un bond les rues du marché. Promenade Sussex, j’escalade un large escalier à l’enjambée et gagne le parc Major d’où je peux voir, de son promontoire, les chutes Chaudière qui se jettent dans les eaux de la rivière des Outaouais.
À regret, mais par respect pour le lecteur, je dois dire que je suis incapable d’un tel sprint. En effet, j’ai mis plus d’une heure avant d’atteindre le parc, en passant par Murray, Cumberland et York, rue qui coupe tout droit au cœur du marché pour s’arrêter à Sussex. Une fois là, j’ai dû m’arrêter une dizaine de minutes pour récupérer en posant mes tartelettes sur les rebords d’une fontaine en plein centre de laquelle on a, comme tout ornement, planté un lampadaire à tête frisée.
Beau monument de bad art !

Je me promène dans le parc en empruntant les sentiers qui sillonnent un espace riche en reliefs. Habilement agencés, conifères et arbres divers varient agréablement le parcours. Ici et là déferlent des milliers de fleurs sur les grandes plages vertes du parc. Autour, les enfants éparpillent rires, pleurs et caravanes de gestes. Les écureuils fourragent dans les plates-bandes sous les regards de promeneurs amusés.

Je m’allonge sous un érable. Les corneilles clament leur présence. Tout est bien. Je somnole.

Je reviens au marché. Mon joueur de guitare joue de l’harmonica tout près de l’édifice du marché, du côté de la rue George.

Avec quelle superbe ! Musiciens, mimes, jongleurs, gymnastes, dessinateurs et peintres ont repris leurs activités au marché. Mon fils François travaille à son site de la rue piétonnière William. Il est en voie de reproduire, sur le pavé, le Bacchus du peintre Caravaggio.

Malgré la dureté des surfaces sur lesquelles il s’est échiné au cours des ans, François, par un choix judicieux de la qualité des pigments et de la texture des pastels utilisés, a réussi une « manière de faire » dans la reproduction des grands maîtres.

Dans la première moitié du 15e siècle, Filippo Lippi de Spolète, qui a eu comme élève Botticelli, a été le premier à faire valoir son « coup de pinceau » en défendant son statut d’artiste.

(Extraits de : Pierre Raphaël Pelletier, Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés, Éditions David, 2012.)

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

À la fois poète, romancier, essayiste et artiste visuel,Pierre Raphaël Pelletier a publié une vingtaine de livres touchant différents genres et réalisé plus d’une trentaine d’expositions (solos ou en groupe) de sculptures, de peintures ou de dessins. Il s’est aussi fait connaître par son implication dans un éventail d’organismes artistiques et culturels de la Francophonie canadienne comme l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, dont il est l’un des membres fondateurs.

Vers la fin des années 1970, Pierre Raphaël, après une maîtrise en philosophie, tient diverses chroniques sur les arts visuels à la radio de Radio-Canada et pour le journal Le Droit. Entre 1977 et 1982, il est responsable des secteurs de l’animation culturelle et du Centre des femmes et Étudiant-e-s étrangers-ères de l’Université d’Ottawa. C’est à partir de cette époque qu’il réalise plusieurs études et recherches sur la situation des arts et de la culture en Ontario, notamment Étude sur les arts visuels en Ontario français (1976) et Étude des centres culturels en Ontario (1979). Jusqu’à la fin des années 1990, il aura aussi écrit des articles parus dans des revues, comme Le Sabord, Éducation et francophonie et Liaison.

Parmi ses publications, notons le recueil de poésie L’œil de la lumière(L’Interligne, 2007) pour lequel il remporte, en 2008, le Prix Trillium, le roman Il faut crier l’injure (Le Nordir, 1998), qui lui permet de gagner le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen et le Prix du livre d’Ottawa-Carleton en 1999. Il est également l’auteur du récit Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés (David, 2012) et de l’essai Pour une culture de l’injure (Le Nordir, 1999) écrit en collaboration avec Herménégilde Chiasson. (Éd. David)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Géographies intimes, une publication d’Alain Gagnon à la Taverne Bleue…

19 février 2017

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En ligne et gratuit pour un temps… http://urlz.fr/4P7x

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Présentation : Les humains, comme les chiens, les chats et les mustélidés, marquent leurs espaces, leurs territoires extérieurs et intérieurs.
Sur les landes, les toundras, les steppes, et sur les places urbaines, on retrouve des cairns, inuksuks, stûpas, stèles, bornes… Dans l’univers intérieur de chacun se dressent des poèmes, des nœuds de sensibilité, de repère et d’accord à soi qu’occultent les mystères du sujet.
Amérindianité par les chants, nordicité par les paysages, monde urbain par les bars, ruelles et terrains vagues aux cœurs des villes… tous ces éléments se mélangent pour donner au lyrisme unique de ce recueil de brèves proses une touche essentiellement québécoise et contemporaine.

Extrait de Stûpa quatrième : les femmes :
« Une Autre vient, qui est musique. Toute musique émane d’elle. Elle résume le monde par sa musique. Sa mélodie est la seule qui apaise et accorde plénitude. Hors sa présence, le monde s’englue dans un silence où se réverbèrent les appels du néant. »

Et cet extrait des Poèmes de la pluie lente :
« Un dimanche, avant la nuit. Les poèmes choient de haut, l’un sur l’autre, pour apaiser l’ardoise des toits.
Pluie lente sur les halles et les saules du port. Gris des allées où tintent les cloches aigres dans la brume longue à confondre les rues.
La bruine ride les bassins de rires. »

Qui pourrait oublier la danse de Markita, au point focal de son chant blanc où des oiseaux l’assaillent :
« Lorsqu’elle danse, Markita voit des oiseaux muets. Effilés, ils giclent du noir, becs en dard, pour voler vers elle — cris stridents. De derrière la foule, d’entre les têtes blondes, grises ou noires, qui fixent leurs yeux givrés sur sa danse, ses membres, son corps. Des oiseaux gris, fous, célères, dont les plumes aigües balafrent l’espace de la musique. »

Et cet extrait de Retailles en marge de l’écrit…
« L’Atlas — page ou écran. Géographie du gagner ou du perdre. Géopoétique. Mots. Combien décatissent en dérive sur les mémoires mers. Ou deviennent îles. Îles boréales, îles australes, îlots rocheux qu’écrasent les sables — contre l’abîme dessous, les mots s’égrènent. Les mots marquent de bleu, de blanc, de noir l’étal que ravinent les vagues. »

Puis celui tiré des Enfants de Kije-Manitou :
« Un ululement coule sur la forêt. Au faîte, des yeux jaunes et ronds le fixent. Un grand hibou. Celui qui sait, flaire la vérité, qu’on ne peut tromper. Il a prêté sa voix au pin. Un autre appel passe sur le frimas des branches : « Auen tshin ? (Qui es-tu ? Quelle est ta nature ?) »

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction romanalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2.


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