Dominique Blondeau nous parle de Jean-Pierre April…

22 février 2017

Histoires insolites mais véridiques *** 1/2 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

On lui envoie des courriels, des cartes virtuelles auxquels elle ne répond que si on lui téléphone pour lui signaler nos marques d’amitié. Elle craint la révolte des machines si nos messages traversent trop rapidement l’espace. La poste est pour elle l’apanage d’une lettre enfermée dans une enveloppe, timbrée, oblitérée humainement. On se moque gentiment d’elle, on l’accuse d’outrages au modernisme, elle éclate d’un rire éraillé, elle a quatre-vingt-huit ans. On a lu les contes de Jean-Pierre April, Méchantes menteries et vérités vraies.

Si les contes, qui ont enchanté l’enfance de plusieurs lecteurs et lectrices, sont remis en question à cause de leur soi-disant manque d’innocence, ceux que propose ici l’écrivain, sont sans équivoque. Ils ont été rédigés pour des adultes avisés. Ces histoires mi-burlesques, mi-pathétiques, se déroulent de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours ; elles se situent dans des villages québécois dont plusieurs n’existent plus. Il n’est pas nécessaire de respecter la chronologie du temps pour savourer ces contes à leur juste mesure. Parfois, à leur grinçante démesure. Si on a choisi d’accompagner l’écrivain-conteur dans ses déambulations bien souvent hivernales, c’est pour mieux se réjouir, ou se désoler, d’une époque où cochons et maîtres mangeaient, dormaient ensemble pour se tenir chaud. « Les animaux restaient avec le monde », affirme le narrateur, presque jubilatoire. Jusqu’au ménage, décrète une grand-mère, qui « vire les planches de bord », tellement la saleté envahit la pièce. Et puis, la « marmaille » s’amuse « ben » avec la « cochonnaille », nous convainc-t-elle. Il faut s’attendre à quelque animosité pointue dirigée contre le boss anglais, toutefois enrobée d’une ironie maligne et cinglante. Les femmes, maîtresses consacrées au royaume de diverses maisonnées, les mères et les bébés, suspendus aux branches, prostituées et religieuses tiennent les hommes en laisse, la folie en place. Les incendies, symboliques, ou brasiers ravageurs, enflamment les cœurs et la chair. Il y a aussi les silences complices, ceux qui protègent les pécheurs coupables d’actes réprouvés, absouts par le curé, qui font que la mémoire entasse des anecdotes savoureuses, pour concocter des légendes plus ou moins vraisemblables. Nous savons que le temps augure mal lorsque les témoins sont morts, que les langues se délient maladroitement. Exagérément.

On théorise sur des événements qu’on décrit à peine, ne désirant pas à notre tour leur apporter matière à menteries, les lieux se livrant moindrement quand on les imagine enneigés pendant trois hivers d’affilée, sans qu’un printemps se montre pour décrotter les villageois de Saint-Julien, la neige les ensevelissant jusqu’au renouveau saisonnier. Menterie improbable ? À grands pas, ne pouvant parler de tous ces récits captivants, on a enjambé des années, franchi des espaces trop glacés, trop engourdis de frustrations pour s’y attarder. On pense à la petite bonne femme à grosse tête, prisonnière de religieuses malveillantes, parce qu’elle s’évade de l’hôpital pour respirer les fleurs dans un jardin environnant. La haine vaincra l’innocence, la poésie, enfermée dans cette grosse tête. Pour oublier tant de méchanceté abusive, si cela est possible, et si cela est vrai, cette histoire de pouvoir tyrannique, on se dirige vers les maisons de perdition, comme se dénommaient les maisons closes, les maisons de débauche. À Saint-Paul-de-Chester, il y en avait cinq. Elles ont eu un destin digne et grivois, de connivence avec les « filles » qui s’y adonnaient sans grand plaisir, avec les « gars [ qui ] y buvaient, fêtaient et baisaient. » Le conte, La vraie vérité sur le but refusé d’Alain Côté, peu importe la véracité de ce texte hilarant, reflète la passion d’un peuple envers son sport national. On est spectatrice d’une poignée d’hommes pour qui la vie ordinaire est un enjeu expiatoire. La dernière menterie ou vérité vraie, bien que bellement séduisante, nous laisse perplexe. Le garde-manger sans fond, unissant les mains de Karine et de Samuel, un 16 août 2015, dérange nos principes de lectrice avertie. Pas le garde-manger mais les aliments qui disparaissent sans laisser la trace d’une souris vagabonde…

Ces récits aux façades tristes ou souriantes, qui ont ravi notre regard étranger, limitent alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec cependant notre perception d’une culture différente de la nôtre. Leur quête symbolisant un émouvant et saisissant passé, on est persuadée que ces écrits ne doivent pas disparaître. Ils témoignent de petites joies, de grandes misères, sur lesquelles s’est bâti un pays où il fait bon vivre. La mémoire s’avère un sceau indélébile quand elle verbalise de bouche insinuante à oreille malicieuse ce qui, avant nous, se révélait nécessaire pour se souvenir que la vie n’est ni tout à fait méchante menterie ni tout à fait vérité vraie. Moralité, s’il y en a une à tirer de ce recueil divertissant, nous trichons tous et toutes un peu, et c’est bien ainsi.

Méchantes menteries et vérités vraies, Jean-Pierre April
Éditions du Septentrion, collection Hamac,
Québec, 2015, 165 pages

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Kassauan, un roman d’Alain Gagnon à la Taverne Bleue…

2 février 2017

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En ligne… http://urlz.fr/4Kws

Vous pouvez télécharger gratuitement l’application de lecture Amazon pour vos PC, tablettes… à l’adresse suivante : http://urlz.fr/45dj

Saint-Euxème. La peur règne sur la communauté. Olaf Bégon, ancien directeur de la Sûreté municipale, sort de sa retraite pour mener l’enquête, mais sa bonhomie, sa connaissance des lieux et de gens, son expérience et les techniques policières ne suffiront pas. Pour contrer les forces maléfiques de la forêt, il aura besoin des savoirs et pouvoirs d’une jeune chamane autochtone, Kassauan – Neige Humide du Printemps… Commence alors un troublant voyage dans le monde chamanique : lieux fantastiques et êtres de cauchemar. Par Kassauan et Olaf, par de brefs tableaux décrivant des scènes du quotidien, par des dialogues familiers en début de chapitre qui rappellent parfois les chœurs des tragédies antiques, le romancier nous fait vivre les péripéties de l’enquête et, surtout, ressentir l’atmosphère accablante qui prévaut en Euxémie. Polar et roman métaphysico-fantastique, les oiseaux nocturnes et les monstres de la taïga et de la toundra planent sur cet ouvrage qui vaut par la juxtaposition constante du quotidien banal et du mystérieux.
« Alain Gagnon a toujours été fasciné par ces présences qui hantent des territoires que nous croyons connaître. Il se plaît à nous rappeler que nous vivons dans un pays au passé méconnu que nous refusons d’envisager. Comme si l’homme de maintenant écrivait sur des pages déjà écrites sans qu’il ne le sache. Tout un espace et un temps échappent à l’Amérique contemporaine qui fait trembler la planète.
« Heureusement qu’il y a des écrivains comme Alain Gagnon. Parce que même s’ils sillonnaient ce continent depuis des millénaires, les Autochtones n’ont laissé aucune ruine comparable à celles des Grecs ou des Romains pour nous rappeler leur existence et leur ingéniosité. Bien sûr, l’architecture des Incas ou des Aztèques impressionne, mais en Amérique du Nord, « les signes » se sont vite évanouis et on a tout fait pour les effacer. » […]
« Alain Gagnon jongle avec ce puzzle avec beaucoup d’habileté. Il le faut pour plonger dans cette histoire où plus rien n’est certain. Comme Olaf, le lecteur écoute la rumeur publique qui permet de suivre des personnages qui vivent des aventures qui sortent de l’ordinaire.
« L’auteur de Sud et du Gardien des glaces démontre sa grande maîtrise. Il possède le don de raconter la plus invraisemblable des histoires et de la rendre plausible. Il nous emberlificote. Et même s’il rôde dans des territoires que nous commençons à mieux connaître depuis Le truc de l’oncle Henry, la magie opère encore. Un plaisir, une écriture, un monde étrange et familier. Alain Gagnon construit son pays imaginaire et nous entraîne dans une autre dimension, pour notre plus grand plaisir. » (Yvon Paré)

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre dunouvelle-image-1 Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).


Dominique Blondeau nous parle de Paul Mainville…

25 janvier 2017

Un cirque en déroute *** alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Un être jeune, qui nous procure une joie profonde, devrait être regardé comme nous admirons un ciel constellé de myriades d’étoiles. Avec ferveur. Le reste, les vicissitudes de la vie, n’a plus d’importance. Demeurent les mots, qu’on n’attendait pas, prononcés une fois pour toutes. Entropie du songe ? Il se peut. À l’heure fuligineuse, on ne sait encore sous quelle latitude se définit l’horizon. On parle du roman de Paul Mainville, Hangar no 7.

Au fur et à mesure qu’on rédige des critiques, nos goûts de lecture se diversifient. On est de moins en moins intéressée par les histoires amoureuses et leurs états d’âme, trop souvent uniformes d’un livre à l’autre. Ce premier roman s’avérant opportun, malgré quelques maladresses coutumières, satisfait notre curiosité de lectrice exigeante. Nous sommes en 1980, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, des querelles intestines minent la bonne entente entre deux pays frontaliers en Europe de l’Est. Des frontières, redessinées artificiellement par des puissances victorieuses, déclencheront une guerre ethnique, haineuse comme il se doit. La peur s’est installée, les deux camps s’alléguant des territoires où n’existe aucun champ de bataille. Hostilités sournoises, incontrôlables. Fuir, aller au-devant d’un invisible ennemi ? Rester, au risque de se faire massacrer ? s’interroge Albert Sapieja, acrobate et fondateur du Cirque des montagnes Bleues. Finalement, après le viol d’Elena, l’une des artistes de la troupe, il prend la décision de partir avec sa femme enceinte et ses compagnons, mais l’ennemi arrivé sur les lieux plus tôt que prévu déjouera ses plans.

Reprenons le début de l’histoire. Quelques décennies plus tard, à Montréal, une journaliste trentenaire, Mélaine Blondin, s’avise de faire un reportage sur Albert Sapieja, initiateur du spectacle à succès, « Le Cirque des ombres » qui doit se produire en tournée internationale. Âgé d’une cinquantaine d’années, cet homme est une victime désenchantée et un témoin révolté des conséquences de cette guerre ethnique, qui lui a ouvert les yeux sur les capacités de ses semblables, incités par une sourde agressivité vengeresse, à détruire des amours, des amitiés. Des vies. Au-delà des frontières, n’existent plus que des hommes prêts à tuer, à violer, à humilier. Albert raconte, ne se doutant pas que la journaliste a des comptes à régler avec un passé encombré de fantômes, jaillis de zones meurtrières dont elle ne connait que les discours empruntés à l’histoire officielle. Un père abattu par erreur, la mère décédée de mort naturelle, une adoption inévitable. La fille d’Albert Sapieja n’est-elle pas née dans le baraquement où étaient enfermés l’artiste et sa troupe, et de qui Mélaine fera connaissance, aux dépens du père de la jeune fille ? La faim, le froid, les travaux forcés, la prostitution, la maladie, la mort, ne sont-ils pas le lot de ces hommes et de ces femmes qui, pour satisfaire les exigences des officiers du camp ennemi, ont reçu l’ordre de monter des spectacles dans un hangar avec les moyens du bord ? Ce régime intolérable, jusqu’à une improbable évasion que plusieurs d’entre eux paieront de leur vie.

Au présent, Mélaine Blondin intrigue Albert Sapieja, en lui posant d’étranges questions qui ont trait à son père. Ce reportage, Sapieja le devine, n’est pas innocent. S’il pénètre avec méfiance dans le jeu de la journaliste, il s’attend à une terrible révélation, comme les suscitent la plupart des guerres. Bien souvent, le trajet entre la fin des conflits et la paix se veut long et douloureux. Les dérives attisées par les représailles sont aveugles. Quand Mélaine révélera à Albert Sapieja le patronyme de son père, elle ravivera en lui les refoulements, le déni, qu’il avait enterrés au plus profond de son âme, abîmée par trop d’atrocités dont lui-même est en partie responsable. Réaction foudroyante de Sapieja qui refuse de continuer l’entrevue. Les stigmates de la guerre aussi emprisonnent, dégorgent leur fringale de toutes sortes, autres frontières instituées entre l’humain et la bête, ce que reconnaîtra Albert Sepieja. On met fin à l’action romanesque en l’abandonnant au lecteur…

Récit émouvant, qui nous a touchée pour son humanisme et sa lucidité, son questionnement sur

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Paul Mainville

la valeur des hommes quand ils doivent se défendre contre la mort, occasionnée par des tragédies desquelles ils ne sont plus les maîtres. La survie, seule, leur sert de défouloir, d’où une plongée consciente mais désespérée dans la barbarie. Cependant, on regrette que Miljenka, la fille d’Albert Sapieja, devenue à son tour trapéziste, ne soit pas plus longuement évoquée dans ce rappel aux vivants qu’inaugure le nouveau spectacle conçu par son père. De sa naissance à son état de jeune adulte, nous la percevons telle une flamme clignotante plutôt que telle une lumière rédemptrice. On regrette aussi que l’art, sinon l’artiste, symbolisé ici par le cirque, ne soit développé davantage, l’inhumanité des guerres ne manquant pas aux interrogations morales de Paul Mainville. Les bienfaits de l’art contrant la cruauté de l’homme en cas d’insubordination, apportent matière inépuisable à réflexion.

Roman à lire indulgemment, pour le sujet toujours d’actualité, aucune atrocité ne servant d’exemple, ni de leçon.

Hangar no 7, Paul Mainville
Éditions Triptyque, Montréal, 2015, 210 pages.

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Almazar dans la Cité, un roman d’Alain Gagnon…

10 mai 2015

En vente à un prix dérisoire en format numérique sur Amazon :

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Description

Digne fils spirituel de Don Quichotte de la Manche, Almazar Trudeau a gagné au poker son fidèle écuyer et chat qui louche maykan alain gagnon francophoniechauffeur, Sancho. Comme le héros espagnol originel, il vient au secours des gentes dames et se choisit une Dulcinée qu’il appellera Douce et à laquelle succédera une Douce II. Cinq cents ans ont passé, les mœurs ont évolué, mais le même esprit chevaleresque demeure. On l’aura compris, Almazar Trudeau voue une admiration sans bornes à ce chevalier légendaire auquel il s’identifie malgré le poids des années.

Almazar dans la cité est un « roman sur le roman », un livre d’écrivain avant tout. Ne manquant ni d’audace ni d’érudition, Alain Gagnon nous transporte, à travers une multitude d’intrigues, à l’intérieur de différents imaginaires où se rencontrent des personnages colorés, capables de réflexions profondes comme de délires amusants. Autour de thèmes classiques, l’auteur a su créer un univers baroque où se mélangent agréablement différents types de regards sur le monde actuel… Un récit à lire pour les défis qu’il propose et pour cet éclairage nouveau qu’il jette sur la capacité d’émerveillement des uns et la lucidité sans issue des autres.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livrechat qui louche maykan alain gagnon francophonie du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque :  Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire :  Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

 

 

 


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

15 octobre 2014

Le chien de Dieu (carnets 2000-2004) d’Alain Gagnon

 

        Ça fait trois fois que je lis Le chien de Dieu et je suis toujours aussi enthousiaste. Il s’agit d’un ouvragechat qui louche maykan alain gagnon francophonie mené de main de maître dans lequel l’auteur exprime librement ses idées.

            Il faut d’abord parler du style de Gagnon et de sa poétique puisqu’il s’est d’abord et avant tout fait connaître par ses fictions. Ce livre est fort bien écrit ; on reconnaît ici l’écrivain qui s’est formé au contact d’auteurs aussi exigeants que Maupassant et Hemingway. Il y a d’ailleurs des expressions que j’ai soulignées tellement je les trouvais belles, dont celle-ci : « le rut des vagues ». Il y a également de très beaux passages que devrait méditer tout écrivain et, a fortiori, tout écrivain en devenir. Ainsi, la description du manoir seigneurial de Saint-Roch-des-Aulnaies (p. 234-235) est un modèle du genre. En outre, les propos que tient Alain Gagnon sur la littérature et plus spécialement la poésie sont révélateurs d’une sensibilité et d’une pensée qui détermine l’évolution de son œuvre. Gagnon fuit comme la peste tout ce qui ressemble à de la sensiblerie. À la page 416, il explique très bien ce qu’il entend faire en poésie : « Surprendre la conscience dans son acte de perception… » Et un peu plus loin, à la page suivante, il ajoute ce qui suit : « Ce que je recherche, c’est la tangente entre ma conscience et le monde ; là où l’on s’émerveille du geste même de percevoir – non pas la recherche de ce qui est perçu, mais la recherche de « ce qui perçoit ». »

            Gagnon, par ailleurs, se débrouille très bien dans le monde des idées. Ses carnets sont le fruit de longues réflexions nourries d’auteurs illustres et de première importance (Marc-Aurèle, Hegel, Nietzsche, Teilhard, Bernanos, Popper, etc.). Plusieurs de ses affirmations trouvèrent chez moi un acquiescement enthousiaste, dont ces pensées sur le suicide que vous retrouverez à la page 355 : « De ceux qu’on exhorte à refuser le suicide, mon regard se tourne vers tous ceux, travailleurs sociaux ou parents, qui tentent de les dissuader. Qu’ont-ils de si enthousiasmant à proposer ? La pensée laïque et postmoderne ennuie mortellement, dès les premières explications. Ce qui pourrait enthousiasmer dans l’existence – les valeurs spirituelles, le sacré, le transcendant… – notre génération l’a saccagé, tourné en dérision ou a honte d’en parler. Reste notre avachissement d’hommes roses, reste ce monde criard, hédoniste et cyniquement cruel qu’illustrent à merveille Loft Story et la toute-puissante Loto. » (Ici j’ai envie de dire : Bravo !) Je dois ajouter que l’auteur a le courage d’éviter le confort intellectuel : il ne choisit pas son camp quand tous les camps semblent déshumanisants. S’il tape fort sur un hyperlibéralisme qui voudrait tout réduire à l’état de marchandise, il se montre également très critique envers les tendances étatistes de la gauche. En fait, Alain Gagnon ne semble avoir qu’un parti, celui de ces auteurs qui défendent des valeurs spirituelles vers lesquelles il faut toujours revenir. Gagnon ne craint pas de se dire croyant et il ose, chose rare dans une époque de spécialistes obtus, s’adonner à la spéculation métaphysique.

 Frédéric Gagnon

Alain Gagnon, Le chien de Dieu : carnets 2000-2004, Montréal, Éditions du CRAM, 2009.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Chronique des idées et des livres par Frédéric Gagnon…

1 octobre 2014

 Un après-midi de septembre de Gilles Archambault

             Au début des années 90, Gilles Archambault publiait un superbe récit sur ses relations avec sa mère : chat qui louche maykan maykan2 alain gagnon francophonieUn après-midi de septembre. Avec le style qu’on lui connaît, classique, tout en nuances, l’auteur faisait un portrait très touchant de celle qui lui donna le jour.

            Au début du texte, Archambault nous dit qu’il perdit sa mère l’automne dernier, et il écrit ceci, qui est sans doute très vrai : « Quand une personne meurt, elle emporte avec elle tant de secrets qu’elle apparaît avec le temps de plus en plus impénétrable. »

            L’un des aspects les plus réussis de ce récit est la façon dont l’auteur joue avec le temps, entremêlant les souvenirs d’une époque lointaine où sa mère était jeune, tendre et belle, ceux d’une époque plus récente où elle devint femme d’âge mûr et enfin la période de l’agonie. Autre chose que j’admire, la façon qu’a l’auteur de parler de son désespoir sans véhémence, avec une retenue qui a pour figure principale la litote. Ainsi, Archambault nous apprend qu’il fut conçu avant le mariage de ses parents. Apeurée, la mère de l’écrivain, qui n’avait alors que dix-huit ans, tenta de se débarrasser de l’enfant de façons diverses (elle voulut se faire avorter à trois reprises, elle s’adonna à des exercices violents afin que meure son bébé). Or devant les aveux tardifs de sa mère, Archambault ne pousse pas de hauts cris et ne s’épanche point en récriminations ; devant la mort possible (et souhaité par sa jeune mère) du fœtus qu’il était, il nous dit laconiquement : « Je n’étais pas sûr du tout que cette éventualité aurait été tragique. » Voilà, le désespoir et la qualité d’un esprit nous sont livrés en une seule phrase.

            chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonMais il en est d’autres, des phrases, qu’il vaut la peine de citer tant elles révèlent la qualité du style et la pensée de l’auteur. Page 32, celui-ci nous dit : « On ne s’habitue pas plus à soi qu’on s’habitue à la vie. On essaie tant bien que mal de donner forme à un être qu’on est chargé de représenter. » Un peu plus loin (p. 45), Archambault écrit : « La vie ne se construit que dans la construction. »

            Enfin, parmi tous les textes d’Archambault que j’ai lus, Un après-midi de septembre est l’un de mes préférés et je ne puis que vous en conseiller la lecture.

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Toutes les citations sont tirées de l’ouvrage suivant : Gilles Archambault, Un après-midi en septembre, Montréal, Boréal (coll. Boréal Compact), 1994.

 

 Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)

 


Panne d’écriture et Wittgenstein, par Alain Gagnon…

31 août 2014

Panne

chat qui louche maykan alain gagnonÀ cet auteur en panne qui m’écrit : « Chaque matin, la seule pensée d’ouvrir mon ordinateur et de me retrouver devant l’écran blanc me terrorise. Mon roman est bloqué. Je cherche, cherche, sue, réfléchis, fais de longues promenades… Rien ! Le texte m’apparaît irrémédiablement dans une impasse. »

Tu prends tout à l’envers, camarade. Cesse de réfléchir ! Ce qui écrit en toi est beaucoup plus intelligent et créatif que toutes tes réflexions. C’est le fait même de t’asseoir devant l’écran et de faire aller très concrètement tes doigts sur le clavier qui résoudra tes problèmes d’écriture. Attendre d’avoir découvert « la solution » par des marches ou des méditations tourmentées est une ineptie. Ce sont les mots écrits pour vrai qui attirent les autres mots, ce sont les phrases qui attirent les phrases, les paragraphes qui engendrent les paragraphes, les chapitres, etc.

C’est en écrivant qu’on dénoue les problèmes d’écriture.

(Le chien de Dieu. Éd. du CRAM)

Wittgenstein

 Insomnie. Une bonne partie de la nuit à tourner et à retourner dans ma tête quelques passages des Remarques mêlées de Wittgenstein.

Notamment :

Si quelque chose est bon, alors c’est également divin. Voilà qui, étrangement, résume mon éthique.

Seul quelque chose de surnaturel peut exprimer le surnaturel.

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Je pourrais dire : Si le lieu auquel je veux parvenir ne pouvait être atteint qu’en montant sur une échelle, j’y renoncerais. Car là où je dois véritablement aller, là il faut qu’à proprement parler je sois.

Ce qui peut s’atteindre avec l’aide d’une échelle ne m’intéresse pas.

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C’est une grande tentation que de vouloir rendre l’esprit explicite.

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Le rapport entre un film d’aujourd’hui et un film d’autrefois est comme celui d’une automobile d’aujourd’hui avec une automobile d’il y a vingt-cinq ans. L’impression qu’il donne est tout aussi ridicule et inélégante, et l’amélioration du film correspond à une amélioration technique, comme celle de l’automobile. Elle ne correspond pas à l’amélioration – si l’on ose employer ce terme dans ce cas – d’un style d’art. Il doit en être tout à fait de même dans la musique de danse moderne. Une danse de jazz devrait donc se laisser améliorer comme un film. Ce qui distingue tous ces développements du devenir d’un style, c’est que l’esprit n’y a point part.

Opinion que je ne partage pas – je viens de revoir Atlantic City de Louis Malle… Mais opinions qui ouvrentVR_13_2_p10_Wittgenstein-Book-Cover_web tout de même des perspectives à la réflexion. Malgré les fulgurances de Wittgenstein, j’abandonne la lecture de ce livre pour la deuxième fois – je devrais écrire la seconde, car il n’y en aura pas de troisième. Je comprends ce qui ne va pas chez lui : il ne respire pas, donc il ne fait pas place à la musique – ni à la sienne ni à celle du lecteur. Pas d’atmosphère, pas d’empathie par où communiquer. Tout comme chez Agatha Christie dont je n’ai jamais pu terminer un seul roman.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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