Moi, l’orgueilleux… un texte de Jean-Marc Ouellet

26 septembre 2016

Moi, l’orgueilleux…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

̶  Tiens, tiens. Un orgueilleux !!
Voilà ce que, d’un ton narquois, elle me lance, ma nouvelle copine.
Orgueilleux, moi ! Elle est bonne, celle-là. Pour qui me prend-elle ?

Bon, O.K. J’ai du mal à accepter l’erreur et à reconnaître mes torts. L’échec m’horripile. Que voulez-vous ? J’ai une haute opinion de moi-même. Tout me réussit. Je prospère en affaires, je plais aux femmes, je reçois des prix, on me cite en exemple. Vous serez d’accord avec moi, sans une estime minimale de soi et sans amour-propre, comment réussir sa vie ?

Je suis fier, ça, c’est certain. La critique me fait mal. Parce qu’injuste. Certains ne me comprennent pas. Ils devraient me faire confiance. J’ai souvent raison. Mon opinion de moi-même est justifiée. Ce n’est pas de la vanité. Pas de l’arrogance non plus. Ce que je suis, je le suis, et, si d’autres en sont conscients, c’est que c’est réel. Une juste confiance en soi. C’est tout. Ce n’est pas moi qui l’invente. Les louanges sont nombreuses, et sincères. Mes talents les certifient. Par ailleurs, j’aime bien qu’on m’encense.

Je n’en reviens pas encore ! Moi, orgueilleux ?! Ben voyons donc ! L’orgueil, ce n’est pas pour moi. C’est l’affaire des faibles, des médiocres. Moi, je n’ai pas besoin de briller parmi le monde pour me satisfaire. Si je brille, c’est tout simplement de manière naturelle. Je suis ainsi. Intelligent. Habile. Le mérite est en moi. Si j’étais si orgueilleux, on me mépriserait, ce qui n’est pas le cas, évidemment. D’ailleurs, c’est quoi au juste, l’orgueil ? Une enflure du cœur ? Un refuge pour ne pas se voir tel qu’on est, comme un mensonge à soi-même ? C’est voir les autres comme inférieurs ? Moi, je me connais. Je suis humble, j’aime les autres, j’ai conscience de mes vices, que je cache, bien sûr. Comme mes combats. D’ailleurs, pour paraphraser de Rivarol, si je confessais les plus flatteurs de mes péchés, je ferais preuve d’orgueil. Alors, je m’abstiens. Et j’exhibe mes victoires.

Bon, je* dois me calmer. J’étais déjà hors de moi et voilà que ma douce nouvelle amoureuse se moque de moi, et me traite d’orgueilleux. C’est sûr que je n’aurais pas dû réagir ainsi. M’impatienter et m’emporter de la sorte. Au fond, mon échec n’est pas si grave.
Ma nouvelle copine me regarde, réalise sans doute mon état. Elle sourit.
̶ Tu sais, mon amour. Tu en feras d’autres, des gâteaux.

* Le je du texte n’a aucun lien direct avec l’auteur et toute ressemblance n’est que le fruit du hasard. Ou presque.

© Jean-Marc Ouellet, 2016

Notice biographique

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Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dominique Blondeau nous parle de Patrick Modiano…

24 septembre 2016

Les fantômes de Nice ****

Écrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture. Jean Cocteau (lundi 21 décembre 2015)

Avec ou sans visage pour s’y mirer, nos séjours parisiens sont de grâce. Théâtres etalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec concerts. Musées, librairies, éditeurs, n’ont pas leur pareil au monde. Montmartre, la place du Tertre, le cabaret Au Lapin Agile et ses poètes. La place Furstenberg, ses paulownias, Delacroix. Montparnasse, les bistrots, les avenues, les rues animées, les ruelles resserrées, qui mènent nos pas vers Prévert et Brel. Brassens et Ferré. Barbara et Gréco. Paris, magique flânerie entre la lumière et ses ombres. On a lu Dimanches d’août, roman signé Patrick Modiano.

L’œuvre de ce remarquable écrivain enrichit l’une de nos bibliothèques, prenant ses aises entre les livres d’Alberto Manguel et ceux de Nina Berberova. Ce roman, que exceptionnellement on mentionne, fait ressurgir les thèmes chers à Modiano, soit les esquisses et les reliefs de personnages et de lieux. Les dérobades. D’interminables et d’étourdissantes promenades soutiennent le récit. Des silhouettes se diluent sous la pluie, se déploient sous un ciel bleu de chaleur ; les nuits, étoilées et tièdes, adoucissent les éléments perturbateurs, les métamorphosent, tel un masque recouvrant un visage, en de complices feutrés. L’œuvre détient les incertitudes que nous attendons de l’être humain, les interrogations que suscitent des incidents obscurs, toujours distillés au compte-gouttes. Il n’y a ni commencement ni fin, nous suivons des êtres égarés entre rêves et réalité. La leur, bien sûr. Celle qui fait qu’une aventure humaine s’avère fascinante, chaque page nous entretenant, avec minutie, de détails subtils, imperceptibles. L’écrivain nous surprend à parcourir des villes, souvent les mêmes, arpentant des rues grouillantes de quidams désemparés, agités de gestes mécaniques. Des avenues parsemées d’indices, atténués par le vacillement des rayons de soleil ou par le crépitement des averses. Paysage urbain voilé de ses stupeurs, qui envoûte le lecteur, l’incite à imaginer, sinon créer, un univers microscopique en compagnie d’un narrateur obsédé par un passé trouble, la mémoire ne retenant que des agissements brumeux, qui, peu à peu, se condensent en un ensemble de faits finissant par s’emboiter.

Ainsi Dimanches d’août qu’on a relu avec l’impression agréable de faire à nouveau la connaissance de Patrick Modiano, l’opus démêlant une énigme survenue bien des années plus tôt. À Nice où s’enlisent des souvenirs que l’écrivain essaie de relater, solitaire et nostalgique. Lentement, les morceaux du puzzle s’ajustent : le narrateur, Jean, ancien photographe, recherche Sylvia, prétendument mariée à Frédéric Villecourt, aperçue un matin d’été, au Beach de La Varenne. Cela est arrivé d’une manière banale, quand Jean envisageait de faire un album photos sur les plages fluviales de la région parisienne. Sylvia l’invite à dîner chez sa belle-mère et son mari, ce qu’il accepte. L’eau vaseuse de la Marne et un diamant que Frédéric affirme être unique, seront les pierres angulaires que Jean retiendra de cet inopiné rendez-vous. Nous saurons bientôt que Sylvia rejoint Jean dans la chambre qu’il a louée pour une quinzaine de jours. Plus tard, nous retrouverons le couple à Nice, occupant un minuscule appartement dans l’ancien hôtel Majestic. Un secret pèse sur eux, jamais divulgué, leur fuite les plombant dans une torpeur indolente. Dans ce même état d’esprit nébuleux, ils rencontreront les Neal, couple américain, énigmatique et flottant. Jean s’interrogera quand, de leur part, il soupçonnera des mensonges, contredisant ses conversations avec Virgil Neal. Ne se sont-ils pas glissés dans leur vie sans la moindre résistance, que s’est-il passé au juste ? Questionnement qui viendra trop tard, quand, une nuit d’été, Virgil Neal demandera à Jean d’aller acheter des cigarettes pour Barbara, son épouse.

La fin de l’histoire rebondit comme la  » chute  » d’une nouvelle. Déconcertante. Mais que réservent les images du passé, qui s’enchevêtrent dans un constant cheminement d’un endroit à l’autre ? D’un personnage à l’autre ? Les énigmes s’entrecroisent, évasives ; nous vagabondons, nous lecteurs, dans des suppositions irrésolues, soudainement sans importance, aux dires du narrateur. Que vaut une tacite connivence liant un homme et une femme lorsque l’un d’eux disparait ? Oublions-nous des pans entiers d’une époque encombrante, ou finissons-nous par nous persuader que certains événements n’ont jamais eu lieu ? Pendant plusieurs mois, le visage aimé de Sylvia a calqué une telle sérénité dans l’âme de Jean, que ressassant cet amour, ce dernier insère les êtres et les lieux dans une dimension représentative de sa propre réalité. Points de repères inventés pour survivre.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCe roman de Patrick Modiano est l’un de son œuvre prolifique qui, avec Villa triste, nous a bouleversée. Les ambiances feutrées, les mots échangés entre les amants, bien souvent murmurés à l’oreille, ont captivé nos perceptions de lectrice. Des silences évocateurs dépeignant une chambre ou la salle à manger d’un hôtel. En parallèle, l’écrivain nous fait part de sa nostalgie pour les anciennes villas niçoises, la plupart abandonnées, témoins métaphoriques d’un passé révolu, rachetées et détruites par des promoteurs sans état d’âme. Ces demeures ne s’inscrivent-elles pas dans le prolongement des choses condamnées à mourir ? Le narrateur, épris de ces pierres fantomatiques, exacerbant une matérialité à saveur fabulatrice, renouant avec des personnes disparues, mortes ou vivantes, ne se complait-il pas dans un monde de revenants, comme le souligne un ambassadeur américain à la veille de rentrer définitivement aux États-Unis ?

Dimanches d’août pendant lesquels, dans des lieux anonymes, Jean et Sylvia se dissimulaient, persuadés que personne ne les rejoindrait. Il aura suffi d’une triviale rencontre et d’un rare diamant pour que la fatalité les chasse de leur retraite aléatoire, tout dans ce roman aux apparences inoffensives réveillant les fantômes.

Dimanches d’août, Patrick Modiano
Éditions Gallimard, Paris, 1986, 163 pages

(La critique est un art, tout comme les formes d’art qui sont ses objets.  Elle exige culture et empathie intelligente de la part de ceux et celles qui le pratiquent.  Ce n’est pas à la portée de tous.  On les compte sur les doigts d’une main au Québec.  Dominique Blondeau s’y livre avec pertinence et originalité.  Plusieurs de ses articles sont des morceaux d’anthologie.  Le Chat Qui Louche en a choisi et vous les offre avec l’émotion que l’on ressent à présenter quelque chose de rare.  AG)

(Semblable à tous les articles publiés dans le blogue Ma page littéraire, ce texte est interdit de reproduction par la loi sur les droits d’auteur et sans l’autorisation de l’auteure, Dominique Blondeau.)

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)


Eaux turbides, Q pour « qu » et Franck Liszt, par Alain Gagnon…

22 septembre 2016

Actuelles et inactuelles

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— Eaux turbides. Les grandes religions sont des torrents que brouillent les matières en suspension. Le promeneur veut-il y boire ? Il puise à l’aide d’un seau, puis laisse reposer le liquide, jusqu’à ce que toutes les scories amoncelées de l’histoire – préjugés, coutumes, superstitions, traits culturels tribaux… – reposent au fond. Alors, il pourra boire à l’essentiel, étancher sa soif.
« Laisse l’eau décanter », disait mon grand-père.

Souvenir d’enfance. — Un extrait de l’ouvrage d’Alain Gaudey, 1001 petites choses que vous ignoriez sur la sexualité, me ramène en mémoire un souvenir significatif et cocasse : « La pudibonderie, qui sévissait dans les écoles de la République française, touchait l’absurde. Jusqu’en 1924, lorsque les jeunes filles apprenaient l’alphabet, elles ne devaient pas prononcer la lettre Q jugée obscène. »
J’ai connu ce régime pudibond au Québec. Encore aujourd’hui, je me surprends à dire « que » au lieu de « qu ».

Franz Liszt, propos sur l’art et le divin —
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec« La vie terrestre n’est qu’une maladie de l’âme, une excitation que les passions entretiennent. L’état naturel de l’âme, c’est la quiétude. »
[À rapprocher de cet extrait sur l’âme de la Bhâgavata Gîta : « 25. Invisible, ineffable, immuable, voilà ses attributs ; puisque tu la sais telle, ne la pleure donc pas. 26. Quand tu la croirais éternellement soumise à la naissance et à la mort, tu ne devrais pas même alors pleurer sur elle. »]
« L’art pour l’art est une absurdité. Le perfectionnement de l’être dont il manifeste le progrès en est le but. »
« Le plus haut devoir de l’artiste est de fournir au divin des modes d’expression perpétuellement nouveaux. »
« S’il était constaté que toutes les preuves métaphysiques à l’appui de l’existence de Dieu sont réduites à néant par les arguments de la philosophie, il en resterait toujours une, absolument invincible : l’affirmation de Dieu par nos gémissements, le besoin que nous avons de Lui, l’aspiration de nos âmes vers son amour. Cela me suffit et je n’en demande pas plus long pour rester croyant jusqu’au dernier souffle de ma vie. »
(Tirés de La vie de Franz Liszt, par Guy de Pourtalès.)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les calories… un texte d’Hélène Bard…

20 septembre 2016

Les calories alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Les calories, c’est le nouveau péché des femmes ! Avant, on refusait de s’adonner à la gourmandise pour éviter l’enfer, astheure, c’est pour éviter d’engraisser ! Si ça pouvait être comme l’argent. Si difficile à ramasser pis si facile à dépenser. Si c’était possible de claquer trois mille calories en une demi-heure, alors que ça a pris la semaine pour en accumuler à peine mille à cause du Régime minimum ! Ce serait le bonheur ! Être endettée de calories. La carte Kilojoule ben full. Le jour du remboursement, t’avales une grosse poutine avec ben de la mayo, une rangée de biscuits pis une crème glacée. Tu t’en gardes un peu pour le soir : deux coupes de vin, un burger au brie double-crème pis des frites salées, un morceau de gâteau au fromage pis un café Cognac. T’as tellement mangé que tu jures que tu dépenseras pus jamais autant de calories en si peu de temps. T’as peur de vomir, tellement le remboursement a été pénible.

Au lieu de ça, t’avales cinq cents calories en moins de dix minutes, mais ça te prend plus d’une heure de marche rapide pour les dépenser. Tu te sens coupable au moins deux semaines de t’être empiffrée. Tu t’en repends au dieu de la minceur en suant. T’as des ampoules aux pieds, des stigmates musculaires, mais tu continues pareil. Pis le pire, c’est que ça donne rien. Tu t’essouffles à monter des côtes, mais t’as quand même les fesses molles, pis du gras de bras. Pis ta garde-robe est à changer pareil. L’hiver a été dur, t’as trop bouffé de beignes à Noël. T’as pas fait assez de raquettes. T’as été vache, t’as pas fait ta musculation. T’as le ventre ben mou, pus d’abdos ; y sont comme morts. Tu vas pus à la piscine parce que t’as trop honte. T’es pas loin de baiser la lumière fermée pour éviter la débandade.

Un matin, tu dis « fuck la balance ». Tu veux pus la voir. Tu la caches. Tu veux pus te peser ni te regarder dans le miroir. Si tu maigris, ça s’améliorera pas, anaway, tu vas avoir trop de peau, ça va descendre de partout.

Mais tu rêves quand même d’être moins grosse. T’essayes de te faire à croire que c’est pour ta santé, ton bien-être, ton estime de soi pis toute. Mais t’sais, les filles, dans les pubs, tu les vois. Même si tu le sais qu’elles sont refaites pis photoshopées, tu te compares pareil, pis ta silhouette poire t’écœure ben raide. T’arrêtes pas de te dire que tu pourrais faire mieux. Faire plus. Couper un peu plus dans le gras. Manger plus de tofu pis plus de légumes. T’as ben beau éviter les casse-croûtes pis les beigneries, ça suffit pas. T’as juste envie de te saouler pour oublier ton surplus de poids. Mais tu sais que le lendemain, tu vas devoir te confesser en joggant trois quarts d’heure.

Ça en prend, de la motivation, pour refuser les biscuits pis les cornets de crème glacée jour, après jour, après jour. Pis les chips. Pour pas snacker le soir, quand t’as ben faim. Tu marches, tu montes les escaliers, tu fais ton ménage, tu pilasses dans la maison sans arrêt. Tu ranges le linge, tu fais le souper, tu ramasses la vaisselle, tu vides les poubelles. Quand t’es rendu que t’ajoutes des poids à tes chevilles pour te dépenser encore plus en faisant manger tes enfants, tu peux pus dire que t’es modérée. T’es rendue extrémiste. C’est le bagne, avec les boulets au pied. T’es carrément obsédée par les calories. Celles qui entrent pis celles qui sortent. T’as fait comme un genre de budget énergétique. Tu peux te permettre un petit écart le samedi soir seulement, mais pas les autres jours. C’est pas la carte Kilojoule, qui est trop pleine, c’est tes cuisses qui vont exploser.

Les calories, c’est le nouveau control freak des femmes. Un control freak pis des règles qu’elles s’imposent. Une idéologie totalitaire, un régime militaire, sans pardon. Un beigne : trente minutes de jogging. Deux coupes de vin : une heure trente de vélo sur le planche. Pendant que tu t’automutiles mentalement parce que t’as flanché pis que tu t’acceptes pas comme t’es, ben t’es pas libre. T’es enchaînée par les préceptes de la religion de la minceur. Obéissant aux lois du ventre plat. Condamnée à l’enfer de l’obsession. Les carottes goûtent carrément la résignation pis la docilité. Le sucre, la damnation.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecFinalement, t’es une vraie femme : soumise aux diktats de la mode, les mains liées par une idéation inatteignable de la beauté. Prête à te repentir au moindre écart. L’esprit dominé par le besoin de tout contrôler, le besoin que tout soit parfait.

Copyright © Hélène Bard. Tous droits réservés. 2016

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecHélène Bard est née en 1975 à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. Elle détient un baccalauréat en littérature française et une maîtrise en création littéraire de l’Université Laval. Elle a publié La portée du printemps, Les mécomptes et Hystéro.
Passionnée des chiens depuis toujours, elle écrit également des chroniques qui traitent de la conciliation meute-famille dans la revuePattes libres, diffusée sur le Web.
Hélène Bard est aussi maman de deux jeunes garçons, en plus d’être réviseure linguistique et stylistique, et d’enseigner la création littéraire.
Vous pouvez la suivre sur son site personnel.

(Tiré du Huffington Post.)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les cheveux d’Érika, une nouvelle fantastique d’Alain Gagnon en numérique…

19 septembre 2016

Pour tous les passionnés de mystère et de suspense.

 

Érika possède une chevelure qui séduit. Thomas en tombe follement amoureux.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Mais le jeune homme doit s’exiler à la Baie-James pour y gagner sa vie et amasser un pécule. Érika l’attendra.

Pendant leur dernière nuit d’amour, la jeune fille lui remet un gage, une part intime d’elle-même. Elle tranche ses longs cheveux, en fait une tresse et la lui remet. Thomas la range avec soin dans ses bagages. Tout comme il la rangera dans un des tiroirs de cette commode qui meuble sa chambrette au chantier.
Le mal du pays le ronge. Et le mal d’Érika. Il se console bien un peu avec la chevelure, mais ce ne sont là que des souvenirs.

Le Poker lui offre un dérivatif. Il s’y plonge et y perd beaucoup d’argent. Il signe alors plusieurs IOUs (reconnaissances de dettes) à des shylocks. Il ne pourra payer le plus âpre : Marc Saint-Louis. Mélange de petit pégreux et de magicien noir, il exigera la chevelure d’Érika en guise de caution et il l’utilisera pour envoûter la belle.

Une tragédie que tentera de solutionner Thomas. Le tout se terminera de façon tout à fait inattendue.

On peut se procurer ce texte à prix plus que modique (1,68 $) sur Amazon : http://urlz.fr/3Y7R

Vous pouvez télécharger gratuitement l’application de lecture Amazon pour vos PC, tablettes… à l’adresse suivante : https://www.amazon.ca/gp/digital/fiona/kcp-landing-page/ref=sv_kinc_1

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur . On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).


Rate fiscale et Ezra Pound, par Alain Gagnon…

18 septembre 2016

Actuelles et inactuelles

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLa rate fiscale — L’empereur romain Julien comparait le fisc à la rate, qui se gonfle de l’épuisement des autres membres. (Aurelius Victor, Des Césars) Je suis très en faveur d’aider ceux qui sont dans le besoin et de payer pour ceux qui ont moins de ressources que moi (pour un écrivain, il n’y en a pas tellement…). Par contre, j’ai de nombreux griefs relativement à ces mesures « mur à mur » qui, sous prétexte d’ingénierie sociale, imposent à tous – et à quels coûts ! – des programmes qui font enfler la rate du corps social, l’affaiblissant et réduisant l’autonomie, l’esprit d’entreprise et la créativité de la majorité, qu’on habitue ainsi à la sujétion – on se tourne sans cesse, pour tout projet communautaire ou privé, vers l’État qui, grâce à une fiscalité paralysante, s’est fait dispensateur universel.
Tout un ménage à faire du côté de la Santé, de l’Éducation et des Affaires sociales.

Ezra Pound — À la fin de sa vie, l’immense poète et mystique ne parle presque

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Photo : Alvin Langdon Coburn

plus, il écrira tout de même :

Le Paradis, voilà pourquoi j’ai tenté d’écrire
Ne bougez pas.
Laissez parler le vent
Le paradis est là.
Que les dieux pardonnent ce que j’ai fait.
Que ceux que j’aime tentent de pardonner ce que j’ai fait.

Et il ajoute :
— Il est difficile d’écrire un paradis, quand tout semble vous pousser à écrire une apocalypse. (Ils se croyaient illustres et immortels, Michel Ragon.)
Il mourra à Venise en novembre 1972, dans cette ville qui pour lui signifiait civilisation, culture et spiritualité.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).


Désamour, texte et photos de Claude-Andrée L’Espérance….

17 septembre 2016

Ma traversée du pays fantôme…

Désamour

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Rivages flous
horizons incertains
quelque part dans un boisé
le chant d’une tourterelle triste

Émerger

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En apesanteur
effleurer le ciel
ébloui
chercher un lieu
où poser le regard

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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Poesie visuelle

Un blog experimental qui s'efforce de saisir la poesie dans le quotidien des images, des choses, des moments .... et plus encore

Stéphane Berthomet - Articles, notes et analyses

Analyste en affaires policières, terrorisme et de sécurité intérieure.

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Alchimaer Art

Alchimaer Art,collectif artistique et humaniste, un sujet d’étude les symboles des parcours initiatiques dans l’art. Contemporain, alchimique, textile, peinture, street art, contes vidéo, design … Si l’interprétation des symboles est immortelle et universelle, leurs représentations n’ont pas de limite!

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André Carpentier & Hélène Masson

Sophie-Luce Morin

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Vivre

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Les amours de livres de Falbalapat

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Climat, science et société

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JosieCoccinelle

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