Bonne Saint-Jean, et à bientôt !

23 juin 2015

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Je voudrais d’abord souhaiter une Bonne Fête nationale à toutes les Québécoises et à tous les Québécois, ainsi qu’à tous les francophones d’Amérique.

Et y aller d’une petite annonce :

Le Chat Qui Louche 1 prend un temps d’arrêt, d’aujourd’hui jusqu’au dimanche 23 août.

Je profite de l’occasion pour remercier les lectrices et lecteurs qui nous honorent de leur assiduité.  Je tiens aussi à souligner le formidable travail de nos chroniqueuses et chroniqueurs ; ils sont la vie du Chat.  Sans leur diligence et leur talent le Chat n’existerait pas.

Le Chat Qui Louche 2 continuera tout l’été à publier des reprises de vos chroniques favorites.

À tous, le plus chaud et le plus beau des étés !

Alain G. chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie


Jacob et l’Ange, par Alain Gagnon…

21 juin 2015

Actuelles et inactuelles : la lutte avec l’Ange…

Dans la Genèse, on retrouve ce récit d’un affrontement. L’un des combattants estchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie Jacob, fils d’Isaac et petit-fils d’Abraham. Son adversaire est sans nom.
Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Il leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu’il possédait. Et Jacob resta seul.
Un étranger survint et lutta avec lui jusqu’à l’aurore. Voyant qu’il ne le maîtrisait pas, l’inconnu frappa Jacob à l’emboîture de la hanche, et sa hanche se démit.
L’étranger lui dit alors :
— Cessons ! Le jour est levé.
Mais Jacob répondit :
— Je ne te laisserai pas aller avant que tu ne m’aies béni.
L’inconnu lui demanda :
— Quel est ton nom ?
— Jacob.
L’étranger reprit :
— On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes, et tu l’as emporté.
Jacob réitéra sa demande :
— Révèle-moi ton nom, je t’en prie.
L’inconnu répondit :
— Et pourquoi veux-tu donc savoir mon nom ?
Et il bénit Jacob, qui donna à cet endroit le nom de Penuel. « Car, dit-il, ici j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve. »
Au lever du soleil, il avait passé Penuel, et il boitait à cause de sa hanche. (Genèse, 32, 22-32)

Nous n’avons toujours pas la réponse. Avec qui Jacob a-t-il lutté ? Avec un ange ? Avec un dieu ou avec Dieu ?
La pensée ésotérique, d’inspiration judéo-chrétienne, nous propose un quaternaire explicatif. Quatre représentations symboliques décrivent les différentes parties de ce qui constitue la personne humaine. Tout d’abord, il y a le Bœuf (Gouph) – l’élément Terre : le corps physique, les instincts primaires, la patience de la vie qui dure et se perpétue. Puis on trouve le Lion (Nephesh) – l’élément Eau : lieu de l’astral qui vibre, des émotions, des passions, des sentiments, de l’action. En troisième, l’Aigle (Ruach) – l’élément Air : la raison claire, qui géométrise l’espace, le possède et s’adonne à la dialectique. Enfin, l’Ange (Neshamah) – la dimension spirituelle : le lieu de l’âme, de la spiritualisation, de la rencontre de l’âme mortelle et du divin qui nous habite tous ; pont vers l’infini, domaine de la Raison et de l’Intuition supérieure.
Avec qui, et dans lequel des mondes, Jacob s’est-il battu pour en arriver à reconnaître le visage de Dieu ? Il a lutté avec lui-même et en lui-même.
Nous ne pouvons pas vaincre ; l’Ange ne veut pas vaincre : il s’agit d’un duel amoureux.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

20 juin 2015

Métier de bouche

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Le corps de l’auteur est, à l’instar de celui du roi, une drôle d’entité. Il est souvent pensé que l’auteur se résume à sa tête, son esprit, son cerveau, que son corps finalement pourrait se réduire à ses mains, ses doigts qui courent désespérément sur le clavier comme ils le feraient sur le monde.
L’immobilité quasi totale de l’auteur lorsqu’il écrit participe à l’échafaudage de cette idée. Le cul sur une chaise, le dos droit ou voûté, la tête penchée vers le clavier, l’écran, le carnet, seules ses mains en effet se meuvent, autant pour écrire que pour s’adonner à quelque diversion. Tapoter sur la table, se gratter le front, l’oreille, le genou, suspendre un index en l’air comme si on voulait sentir le sens du vent alors que rien ne souffle : lorsqu’il écrit, le corps de l’auteur s’efface, pris totalement par l’abyssal travail. Il pourrait ne pas avoir de corps. Il pourrait n’être qu’une tête, reliée par des fils à des mains et cela, semble-t-il, pourrait suffire. Il en serait heureux. Mais le corps fait partie de ces éléments difficiles à nier, impossibles à faire disparaître sans y laisser sa peau.
L’auteur a donc un corps, et cet organisme, qui continue de vivre lorsque seules la tête et les mains s’agitent, ce corps comme un poids mort éprouve un curieux besoin. Il veut dériver. Il ne peut se contenter de respirer, battre du cœur, fonctionner normalement. Il VEUT des échappatoires à la statique torture de celui qui écrit. Les mains ont soif d’évasion, la bouche veut plus que de l’air.

Rester assis pendant des heures alors que les jambes pourraient courir dans des champs, alors que les bras pourraient se livrer à une danse autre que celle, tarentelle pourtant endiablée, qui se joue sur le clavier, demeurer dans l’immobilité alors qu’à l’intérieur tout bout, tout s’agite, tout VEUT vivre : la chose est difficile, impossible, parfois insupportable. Alors les dérivatifs se présentent sous différentes formes, prenant le plus souvent le séduisant visage de l’addiction.
L’auteur fume. L’auteur boit. Tant qu’il s’agit de cigarettes et d’eau, le mal est moindre. Il arrive cependant que les cigarettes soient chargées de substances, que l’eau devienne café ou alcool. La bouche comme unique évasion. La bouche avide de téter autre chose que le monde inexistant que l’auteur s’acharne à faire exister.
Alors le cendrier se gonfle de noirceur. Alors les verres ou les bouteilles ou les tasses s’accumulent. On voit l’auteur se lever d’un coup, aller faire chauffer de l’eau, se servir un énième café ou thé ou autre, le siroter, le laisser refroidir, le boire, oublier qu’il l’a bu, regarder sa tasse vide d’un air interdit (mon roman vient de boire, ce n’est pas possible autrement !) et continuer le manège infernal de l’homme presque immobile qui a besoin d’action. La bouche se pose sur tout ce qui peut se boire, se fumer, tout ce qui dévie la respiration. La bouche veut du chaud, du feu, du glacé, elle veut juste, le temps d’une gorgée ou d’une bouffée de tabac, vivre tout en gardant le silence, parler autrement que par les doigts. Il est ainsi fréquent que l’auteur développe une addiction ou plusieurs, à la manière du peintre qui, le pinceau dans une main et le mégot dans l’autre, s’absente tellement du monde qu’il n’y est relié que par ses pauvres doigts. La cigarette souvent se fume toute seule, oubliée dans une réalité que le rêve recouvre, devenue autonome par la grâce de l’auteur qui, peut-être, cherche à se foutre le feu. Comme si cette fumée extérieure pouvait compenser les nombreux incendies qui se jouent en lui lorsqu’il écrit, lorsqu’il crée un monde noir sur blanc plus inflammable que tout.
Ainsi la corporalité de l’auteur en action se résume en une bouche, d’incendie.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les trésors du Chat : Les mouettes du lac Salé…

19 juin 2015

Une légende étasunienne…

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  Cette histoire arrivée il y a bien longtemps…
En ce temps-là, des caravanes de pionniers quittaient les côtes de l’Atlantique pour traverser le Mississippi et les grandes plaines de l’Amérique du Nord. Ils cheminaient dans des chariots couverts, traînés par des chevaux. Après bien des misères, ils parvenaient au sommet des montagnes Rocheuses et descendaient dans les vallées. Ils cheminaient encore longtemps et finissaient par atteindre une grande vallée. C’était en fait une plaine de sable blanc, où la pluie ne tombait presque jamais. Mais, des cimes, les neiges éternelles laissaient s’écouler de nombreux ruisseaux qui dévalaient les pentes et se jetaient dans un lac bleu, au milieu de la plaine – une petite mer intérieure, salée comme la grande mer.
Un jour, certains pionniers s’arrêtèrent à ce lac et y bâtirent des cabanes pour y passer l’hiver. Au cours de leur pénible voyage, la fatigue et le froid en avaient fait périr plusieurs. Une fois sur place, beaucoup d’autres allaient encore succomber. Leurs provisions étaient presque épuisées ; leur vie dépendait de la récolte qui allait mûrir.
À force de courage et de travail, ils avaient rendu le pays fertile. Entre autres, ils avaient creusé des canaux pour abreuver leur bétail et irriguer les semis de maïs, de blé et de légumes verts. Il ne leur restait plus qu’à attendre la moisson, les fruits de leur travail.
Le blé poussa, le maïs poussa aussi, et tous les légumes. La terre riche de la plaine se recouvrait de tiges vertes et tendres, qui grandissaient à vue d’œil. La joie était dans tous les cœurs ; les efforts des pionniers allaient être récompensés. Une vie nouvelle et prospère s’ouvrait devant eux. Quand, soudain, une chose terrible se produisit.
Un matin, les hommes, qui veillaient à l’irrigation, virent un immense nuage noir passer sur la colline et s’avancer vers la plaine. D’abord, ils craignirent que la grêle ne détruise leurs récoltes. Mais aussitôt, ils entendirent un fort grondement dans le ciel et ils réalisèrent qu’ils avaient affaire à des criquets. Ceux-ci s’abattirent sur les champs et se mirent à tout dévorer. Les hommes tentèrent de les exterminer, mais, plus ils en tuaient, plus il en venait ! Ils allumèrent des feux, creusèrent des fossés… Rien n’y faisait. De nouvelles armées de criquets arrivaient pour remplacer ceux qu’on avait éliminés ! Épuisés, malheureux, les gens tombèrent à genoux et prièrent pour leur salut.
C’est alors qu’on entendit au loin un bruit d’ailes et de petits cris sauvages. Et ce bruit devint de plus en plus fort… Les gens levèrent la tête. D’autres criquets ? Non. Un bataillon de mouettes arrivait. Rapides, battant l’air de leurs ailes blanches, les mouettes surgissaient par centaines, par milliers.
— Les mouettes ! Les mouettes ! crièrent les gens.
Les oiseaux marins planaient au-dessus des têtes et lançaient des cris aigus. Et, tout ensemble, comme un merveilleux nuage blanc, ils s’abattirent au sol.
— Malheur ! malheur ! crièrent les pionniers. Nous sommes perdus ! Tout ce que les criquets ont laissé, les mouettes vont le manger !
Mais quelqu’un s’écria :
— Regardez ! Les mouettes s’en prennent aux criquets !
Et c’était vrai. Les mouettes dévoraient les criquets par milliers. Elles s’en gorgeaient, puis s’envolaient, alourdies, vers le lac ; d’autres venaient les remplacer avec ardeur.
Lorsqu’elles repartirent, il ne restait plus un seul criquet dans les champs.
Depuis ce jour, au lac Salé, on apprend aux enfants à respecter ce palmipède. Lorsque les écoliers apprennent à dessiner, leur tout premier modèle est une mouette.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

(Tiré du site : Contes et légendes de différents pays)


Silence, ça pousse !…, par Sophie Torris…

17 juin 2015

Un balbutiement au jardin…

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Cher Chat,
J’ai beau être une vieille branche, je n’ai pas la main verte. J’ai beau être cultivée, je suis une empotée. Je ne bine ni ne sarcle. Tailler mes haies, ça me rase. Tondre mon gazon, ça me barbe. Mon jardin est donc en jachère. Mais même si ma pelouse ébouriffée m’a valu quelques démêlés avec ma voisine, j’ai la friche légère. J’assume parfaitement tous mes glissements de terrain.
Car voilà… Il paraît que nos aménagements paysagers reflètent, comme un prolongement de nous-mêmes, nos jardins secrets, voire nos racines. Et bien, nom d’un bulbe ! mon jardin à la française a bel et bien pris la clé des champs. Il est facile de constater à quel point j’ai le gazon un brin bordélique. Que voulez-vous, Chat, je n’ai jamais aimé ni les platebandes ni l’effet de serre. Le monde entier est un cactus et, moi, j’ai choisi de vivre en Bucolie.
Donc, je vous disais que je venais de récolter quelques massifs reproches de ma voisine côté cour, se plaignant de mon côté jardin. Je l’ai invitée à venir croquer la pomme dans mon jardin d’Eden, histoire de clôturer nos différends, mais je me suis pris un râteau. Il semblerait qu’elle souffre d’un terrain allergique à mes débordements champêtres. Il faut dire que madame n’a pas son pareil pour domestiquer ses parterres qu’elle élague à la moindre insurrection. Il paraît que son mari l’a semée, car elle était psychorigide. Je l’ai donc laissée ruminer mes trèfles et mes pissenlits pour aller cueillir la rose qui, ce matin, avait déclose et tant mieux si, à l’image de mon écrin de verdure, je passe pour une exubérante. À chacun son goût du Terroir.
En face de chez moi habite un retraité. Il arrose à grande eau chacun de ses graviers blancs pourtant déjà immaculés, passe des heures à manucurer ses haies en espérant que sa pelouse pousse rapidement pour pouvoir jouer au tracteur. Figurez-vous qu’il était comptable. Je bêche peut-être dans le vide, mais avouez, le Chat, qu’il est amusant de poser des hypothèses sur ses voisins, et ce, en fonction de l’organisation de leur cour.
Certes, je me planterais sans aucun doute si je ne voyais dans le jardinage qu’un triste exutoire. Je connais quelques artistes qui, à l’image de Monnet, mettent toute leur sensibilité dans des gazons qui n’ont plus rien d’artificiel et, chez qui, le nez et les yeux déjeunent sur l’herbe. Ha ! Ce petit vin blanc, fleuri, qu’on boit sous leur tonnelle…
Je vous invite donc, mon Chat, à vous aventurer sur ce terrain d’expression que sont nos dépendances à ciel ouvert. Il faut dire que l’été bourgeonnant, on installe encore plus sa maison dans son jardin. Il devient donc facile de tâter le terrain. Tandis que flottent au vent chaud, drapeaux tibétains, bobettes de coton, ou draps de satin, tandis que du barbecue s’élèvent les effluves de côte à l’os, de ouananiche, de blé d’Inde ou de guimauve, tandis que le système de son s’époumone en concerts de rock, fugues classiques ou publicités de radio locale, tandis que hautes palissades, haies de cèdres ou barbelés clôturent l’intimité, tandis que s’éclairent les pergolas aux spots design, à la lampe de poche ou à la bougie, tandis que dorment, sous l’abri auto, une coccinelle, une vieille familiale, un pickup ou une décapotable, tandis qu’une balançoire, un grand canapé de cuir, des chaises de paille, un hamac ou un vieux banc de bois accueillent l’invité, tandis que des boules de pétanque, des journaux, des nains de jardin ou des canettes vides jonchent le sol, les propriétaires sèment des indices sur leurs habitudes, leurs travers, leurs idéaux, leur statut social.
Jardins d’enfants, jardins suspendus, jardins secrets, en devenant publics, témoignent de leurs saisons. Le comble du jardinier n’est-il pas de se mettre tout nu devant ses tomates pour les faire rougir ? C’est ainsi que nos vies se débroussaillent à ciel ouvert dans la rosée de chaque matin. Elles s’écrivent sur nos cordes à linge entre deux charmes ou deux saules pleureurs. Elles bourgeonnent et éclosent en plantes vivaces ou en fruits défendus, en soucis ou en pensées, à l’étroit dans des pots, ou libres, à même le terreau.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieC’est donc en se frottant au terrain qu’on en apprend sur la condition humaine. Il m’est ainsi arrivé de trouver que l’herbe était plus verte chez le voisin, mais jamais cela n’a fauché mes convictions. J’ai choisi d’être une herbe folle pour pousser rapidement et partout, et personne ne viendra me couper l’herbe sous le pied.
Et vous, le Chat, comment cultivez-vous votre jardin ?
Sophie

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Ballon-chasseur, un texte de Denis Ramsay…

16 juin 2015

Ballon-chasseur : extrait de mon autofiction…chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Midi de ma première journée d’école. Je trouve deux tranches de pain, du lait et du sucre, tout ce qu’il faut pour notre recette la plus banale. Tu mets du lait dans une soucoupe, tu imbibes généreusement une tranche de pain des deux cotés et tu saupoudres d’une cuillerée de sucre. Tu plies la tranche en deux et tu la manges telle quelle. C’est tout gluant dans les mains et c’est mou dans la bouche… Mais c’était la seule chose qu’on me permettait de me faire moi-même. Il n’était surtout pas question d’allumer un rond du poêle ! J’aurais pu l’oublier.

Bizarre comme un stress, pour un gamin, peut devenir un plaisir pour un autre. J’ai toujours adoré les débuts d’année scolaire. Nouveau prof, nouveaux élèves, nouvelles connaissances scolaires. J’aimais toutes les matières et je les maîtrisais toutes. Mais là, j’en étais à ma première rentrée scolaire à vie !

Il fallait que je retourne à l’école pour l’après-midi. J’ai mis du linge sec et propre et je suis retourné à l’école avec mon cahier et mon crayon dans un sac de papier. En arrivant en classe, j’en ai profité pour aiguiser mon crayon au gros aiguisoir rotatif en métal à côté du tableau. Le cours commença. J’étais une éponge qui absorbait la connaissance distillée par ma maîtresse… d’école. Récréation. La cloche sonna et les élèves se lancèrent dans la cour, comme si entendre la voix du savoir était une activité pénible. Moi, la cour d’école… Je pris le temps de ranger mon cahier et mon crayon dans mon bureau. Puis je me dirigeai où les autres élèves de ma classe s’étaient réunis sur un terrain de ballon-chasseur. Il y avait deux capitaines, les deux plus grands, dont Tonio, le plus jeune des Rodriguez, qui avait un peu la responsabilité de me protéger. L’autre capitaine était moins grand, mais avait l’air plus méchant. Les autres élèves l’appelaient Tarzan, car il avait le teint foncé. Il était en fait un Huron-Wendat, un Amérindien de la ville. Il allait devenir mon deuxième meilleur ami et, à l’adolescence, il allait faire un enfant à une de mes cousines…

On allait nous choisir à tour de rôle, surtout selon notre gabarit et notre capacité à aider notre équipe à gagner. Étant petit, je fus choisi en dernier chez les gars, juste avant les filles qui ne faisaient pas long feu. Elles étaient de la chair à ballon, étant éliminées rapidement. Est-il besoin d’expliquer le ballon-chasseur ? À Sherbrooke, on appelait ce sport « ballon prisonnier ». Deux groupes, dans des carrés clairement dessinés au sol, se faisaient face. Il fallait toucher un adversaire en lançant le ballon sans qu’il ne l’attrape. En général, les joueurs visaient les jambes, les fesses et le dos, loin des mains. Quand un joueur était touché, il s’en allait derrière l’équipe adverse et pouvait faire « combine », faire une passe par-dessus les autres joueurs, ou lancer directement sur l’adversaire. Il y avait aussi plein de stratégies… Au début du jeu on visait dans le tas en espérant que le ballon dévie et touche deux adversaires d’un coup. Puis quand il ne restait qu’un adversaire (souvent le plus fort), on s’organisait pour l’essouffler, avant de le prendre à revers.

Au début, je restais au milieu du groupe. À la fin, je restais au milieu du terrain. En cette première partie, je ne pus me déplacer rapidement parce que d’autres joueurs de mon équipe ne bougeaient pas assez vite. Je me suis retrouvé à un mètre à peine du capitaine de l’autre équipe, le plus fort, celui qui devait justement jouer mon protecteur. À ce moment, il n’était pas dans mon équipe.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieIl lança le ballon de toutes ses forces. Je l’ai attrapé de peur, par réflexe. Je ne peux compter sur ma force ; je n’en ai pas, pas autant que ce colosse sympa. J’ai feinté vers le haut puis j’ai laissé tomber le ballon rouge sur un pied… tout doucement. Il était touché. On disait plutôt : « T’es mort ! » J’avais maintenant son respect. L’intelligence peut triompher de la force, même au ballon-chasseur. Les parties suivantes, j’étais choisi plus tôt, car on me connaissait maintenant. J’étais le bolé de l’école, mais j’étais également très physique, malgré ma petite taille. Et comme j’expliquais à un adolescent brillant, beaucoup plus tard dans ma vie : « Même dans le sport, sers-toi de ton intelligence, de ton sens de la stratégie… » même pour courir, où j’excellais. Courir est naturel ; c’est le réflexe de fuite. Sauf, qu’il est possible d’appliquer de la méthode à ce mécanisme de survie.

« Y é pas grand ! Y é pas gros ! Mais y court vite ! »

Notice biographique :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieL’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

15 juin 2015

La douleur, c’est comme un p’tit yop…chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

La douleur, c’est comme un p’tit yop au goûter, une cachette dans la forêt, un plaisir solitaire sous les draps, ça ne se partage pas. Et si dans les films elle fait souvent envie, parce que la meuf est bonasse même quand elle chiale toutes les larmes de son corps, parce que le brun ténébreux qui descend la bouteille de whisky ne finit jamais la nuit au-dessus de la cuvette des waters ; dans les coulisses de la vie, qui manque d’éclairagistes et de metteurs en scène, la douleur, c’est pas vraiment joli, joli. Ça sent le renfermé, le tabac froid et la bière Amsterdam. Les volets sont fermés et l’ampoule du salon grésille. Il y a des taches de vin sur le plancher et de la moisissure sur le papier peint déchiré. Le frigo est vide et la vaisselle sale déborde dans l’évier. Les cadres photo sont cassés et le courrier s’entasse sous la poussière et l’ennui. Et quand la porte claque, les murs se mettent à trembler, les flûtes à champagne éclatent, le sang gicle sur le plafond moulé, la bouilloire siffle, le micro-ondes fait ding, les miroirs se fissurent et l’eau déborde de la baignoire, au rythme d’un requiem. Et personne ne mériterait de voir ça.
Et personne ne devrait se démonter l’épaule en défonçant les portes fermées, constater les dégâts, prendre une photo juste pour pouvoir dire « j’y étais ». Parce qu’au fond, personne ne peut jamais rien faire de plus qu’être juste là, même si c’est pas le moment.

C’est fou, le vacarme qu’un silence peut faire. C’est fou, comme ce qui se cache derrière une porte fermée ça nous excite. Le problème, c’est que le monde nous donne tellement à voir qu’on a fini par croire qu’on était des petites souris, et qu’on avait le droit de se faufiler n’importe où sans carton d’invitation. On a vu des paires de nibards avant de savoir tenir un biberon. On a vu du sang sur les murs avant de savoir lire. On a vu le loup avant d’avoir foutu un pied dans une forêt. On a vu des copains partir avant qu’on ait eu le temps de leur dire au revoir. On a vu des types crever de froid sous un panneau publicitaire où une meuf montrait son cul. On a vu des poilus dans les livres d’histoire et des hommes nous parler d’un devoir de mémoire. On n’a pas fait la guerre, mais des horreurs on en a vu à chaque coin de rue. Les images, on n’en peut plus et certaines nuits, sous les draps, on dirait qu’on est aveugle. On passe notre vie à zapper pour ne plus croiser l’intimité que tous ces types, qu’on ne connaît pas, exhibent sans pudeur. On éteint la télé, on ferme les magazines, on jette toutes ces publicités qui encombrent nos boîtes aux lettres. On éteint la lumière, on ferme nos yeux, on jette par-dessus la couverture toutes ces images qui encombrent nos rêves. Mais on n’arrive pas à trouver le sommeil quand le silence fait trop de bruit et que la porte d’en face reste fermée.
Et quand l’épaule nous démange, qu’elle se la joue masochiste qu’elle fonce droit contre cette putain de porte fermée et qu’elle se retrouve face à deux yeux trop secs à force d’avoir pleurés, on est tous les mêmes grands blonds qui se pointent en retard avec leur boîte de kleenex et leur chaussure noire sous le bras.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieEt qu’on ait une licence en psychologie ou que nos coudes soient usés à force de s’être frottés contre les comptoirs, qu’on porte dans notre cabas un paquet de lieux communs parce qu’il y avait une promo dessus le week-end dernier, qu’on soit les meilleurs peintres du monde que notre vert pomme et nos bonnes intentions cacheront tellement bien la moisissure sur les murs, que nos dents bien rangées ne laissent aucun mot passer et que nos yeux fixent sans sourciller une tache de vin sur le plancher, comme si on pouvait se liquéfier et disparaître en elle, comme si une fleur pouvait soudain y pousser ; on ne sera jamais de la partie dans cette traversée en solitaire. La douleur a besoin de temps, de vaisselle cassée, de cris, de larmes, de nuits blanches et d’idées noires. La douleur a besoin de se perdre dans la forêt avant d’en trouver la sortie, de toucher le fond de l’océan avant de remonter à la surface et pouvoir saisir les mains tendues. Dans des bras en coton qui lui collent une cuillère en argent dans le bec, la douleur s’entretient et ne meurt jamais.
Cette nuit, j’ai claqué la porte alors que tu crevais de douleur sous les draps, mais, si tu as besoin de moi, je suis dans les bois, juste derrière la maison, et, moi non plus, je ne dors pas, mon Amour.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


A l'horizon des mots

Notes d'une bookworm débutante

Alchimaer Art

Alchimaer Art,collectif artistique et humaniste, un sujet d’étude les symboles des parcours initiatiques dans l’art. Contemporain, alchimique, textile, peinture, street art, contes vidéo, design … Si l’interprétation des symboles est immortelle et universelle, leurs représentations n’ont pas de limite!

LE CHAT QUI LOUCHE 2

Arts et littératures de la Francophonie...

Arts et littératures de la Francophonie...

Vous êtes ici... et là-bas

André Carpentier & Hélène Masson

Poesie visuelle

Un blog qui s'efforce d'ecouter la poesie dans le quotidien des images, des choses, des moments .... et plus encore

Sophie-Luce Morin

Auteure, conférencière, idéatrice

Vivre

« Écoute le monde entier appelé à l’intérieur de nous. » Valère Novarina

Les amours de livres de Falbalapat

Grignoteuse de livres... Des petits partages de lecture entre nous, un peu de musique et quelques artistes en images...

Maillage Exquis

Quand les mots s'enchaînent comme dans un maillage exquis

Le blogue de Reynald Du Berger

Climat, science et société

Karine Gelais

L'usine qui crochissait les bananes, Nouvelle Baieriveraine sous ma plume rafraichissante p'tite vie, p'tite misère...

Sexinthecountry2's Blog

Just another WordPress.com site

JosieCoccinelle

Coups de coeur, Inspiration, Création...

Le blogue de Joanne Marcotte

La politique québécoise... autrement

je les entends me scruter

ça l’en nul à pich

in absentia

...une nouvelle correspondance

Lunatic Extraordinaire

I'm a lunatic. Hear me stumble.

Ombres et sérénité

Écriture et dissolution du soi, ici et maintenant...

Suivre

Recevez les nouvelles publications par courriel.

Joignez-vous à 155 autres abonnés

%d blogueurs aiment ce contenu :