Le violon enchanté, un conte de Karine St-Gelais

29 mai 2017

Le violon enchanté

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Chez moi un vieux violon fait encore jaser les visiteurs. Il ornait autrefois l’entrée principale du grand théâtre de mon village. Les habitants le surnommaient le violon d’amour. Il perlait au milieu du hall de son vernis rouge laqué. Une élégante boite de verre le protégeait des pillards. Il reflétait les visages des hôtes comme un miroir. Dès le premier regard, il vous imprégnait de mystère. C’est d’ailleurs pourquoi il attira mon attention…
Le violon est un instrument de musique à cordes frottées. Il se constitue de 71 éléments tirés, entre autres, de l’érable, du buis et de l’ébène. Ses matériaux naturels sont collés ou assemblés les uns aux autres.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
Une légende rapporte qu’un instrument de musique fabriqué à l’aide du bois d’un édifice important s’appropriera son énergie, développera une personnalité qui lui sera propre. Ses sérénades vous posséderont au premier pincement de corde. L’œuvre déchargera sur vous une fougue dont vous ne soupçonnez pas l’existence. L’instrumentiste vous envoûtera de son art en frottant ses quatre notes : sol, ré, la et mi. Même, s’il est considéré comme l’un des plus petits instruments de la musique classique, les émotions qui s’en dégagent risquent de vous faire violence et de griser vos cœurs cupides. Sa création remonte à il y a plus de cinq siècles. Ses courbes sont voluptueuses, gracieuses et féminines, comme les dames de l’époque…
Ceci nous amène tout doucement à une jeune femme talentueuse, Marie-Louise Deschamps. Une jeune violoniste qui a vécu au milieu du XVIIIe. Elle était une virtuose et portait fièrement une crinière flamboyante qui animait les foules de l’allée principale. Elle avait une beauté racée et des yeux de chat, imitant les pépites d’or des mineurs. Dès qu’elle empoignait son infernal instrument, la frénésie s’emparait d’elle. Dès que le bas de son visage atteignait la mentonnière, elle s’exaltait. Selon cette légende, le luthier avait fabriqué l’instrument à partir d’une vieille poutre de la chapelle de notre petite localité, lors de sa reconstruction, après un terrible incendie.
On offrit ce violon en cadeau à Marie-Louise lors de ses huit ans. Le jeu de la belle était si endiablé, si sensuel que certaines commères répandirent qu’elle était sorcière et aurait signé un vilain pacte avec le Diable.
— On a déjà brûlé des femmes au bûcher pour moins que ça, il y a quelque temps, marmonnaient-elles.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Mais, il y avait un je ne sais quoi qui sommeillait au fond des yeux de la jeune musicienne. Et je crois que c’était Ézéchiel Lamoureux, mon arrière, arrière-grand-père, vous l’aurez deviné. Un homme étonnant et de bonne famille. Mais il était déjà promis à une cousine de Marie-Louise, Caroline de Montpassant. Il avait un air irréprochable, surtout lorsqu’il soulevait son chapeau pour saluer la gent féminine. Toujours élégant et arborant un large sourire. Il lançait un regard soutenu à la jeune femme lorsqu’elle jouait sur la place publique. Comme si quelque chose l’attirait désespérément vers elle à cet unique instant. Il enlevait alors son grand chapeau noir, le plaçait entre ses grandes mains et restait sur place, ensorcelé. L’archet qui enflammait les cordes du violon semblait lui raconter une histoire, un récit que lui seul comprenait.

Le jour du mariage d’Ézéchiel et Caroline, les invités furent étonnés de voir la rousse enthousiaste monter sur la scène de la jolie chapelle. Ézéquiel, complètement charmé par son talent bohème, voulait profiter de l’écho que lui procurerait le splendide plafond en arche de la petite église et ainsi bénéficier pleinement de la prestation. Peu après le délicieux repas, place au spectacle ! La belle Marie-Louise était habillée de velours noir orné d’une somptueuse retombée. Son cou se parait d’une rangée de diamants qui sublimaient son teint de lune. Elle s’installa d’un mouvement théâtral et débuta son aubade. Tous restèrent immobiles, comme envoutés par le récital de la concertiste. Marie-Louise s’exécutait comme jamais, et comme par magie, seul l’élu de son cœur lui apparaissait au bout de l’allée, tous les autres convives avaient disparu. Il n’y avait plus qu’eux, d’âme à âme. Ils flottaient dans l’encens nuptial. Elle faisait résonner les notes autant de ses doigts de fée que de son archet qui s’embrasait au contact du corps de l’instrument.
Les yeux d’Ézéquiel ne clignaient plus, il était de nouveau sous le charme et en oubliait même sa douce moitié. Caroline essayait tant bien que mal d’éveiller son futur époux. Hélas, ce fut impossible. Il était trop tard ! La belle rousse l’avait séduit dès le premier jour. Elle s’avança, descendit les deux longues marches de pierres qui la séparaient des bancs des prieurs et risqua une composition personnelle à l’oreille de son soupirant. Elle semblait flottée tout le long de l’allée centrale. Cette romance relatait toute sa passion ainsi que les larmes de désespoir qu’elle avait versées à ses fiançailles l’an dernier. Ézéquiel en fut très ému. Il était complètement captivé. La belle en sueur martelait les cordes pour les dernières mesures d’un élan assuré. Elle monta d’une octave sa dernière note. Sa clavicule était en feu, elle relâcha la tension et dans un geste cérémonial l’homme de ses rêves se leva.

Il ramena d’une caresse sa chevelure sauvage, saisit sa nuque et l’embrassa passionnément. L’assemblée prise de panique demanda à ce que l’on fasse venir le médecin. Ézéquiel, inerte sur sa chaise, ne respirait plus. Caroline s’effondra en larme et damna Marie-Louise de lui avoir volé son amant.
— Voilà, tu es satisfaite, sorcière ! lui cria-t-elle.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
La salle resta silencieuse, regardant le docteur Bernard réanimer le pauvre Ézéquiel avec les méthodes archaïques du temps. Le violon avait repris ce qui lui revenait, une âme. Il emprisonna celui-ci à jamais. Les yeux d’or de Marie-Louise s’éteignirent à jamais avec lui. Si vous passez un jour chez moi, il vous est strictement interdit d’admirer de trop près l’artéfact rouge qui y siège, car vous pourriez en tomber éperdument amoureux.
Karine

Notice biographique

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous aimons ses textes pleins de fraîcheurchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon

blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Homère et Marion Le Pen… par Alain Gagnon

28 mai 2017

Actuelles et inactuellesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Littérature. — De Homère aux histoires outrées de Pierre Bellemare en passant par Rimbaud, les textes littéraires et/ou historiques nous permettent de partager ce que les humains ont pensé, ressenti, imaginé, fait, inventé… Pauvreté d’une éducation qui se prive de cette richesse !

Désir d’approbation. — Ce besoin répandu, chez les individus et les groupes, suscite, comme effet bénéfique, une certaine discipline sociale. Mais il comporte ses effets négatifs : conformisme et mimétisme, mépris de soi-même – donc des autres –, ressentiments et haines accumulées, passivité fataliste, crainte maladive de la critique, autocensure apeurée. Tout ce que l’on retrouve à l’intérieur des cliques soumises aux diktats des tendances. À haute intensité dans les milieux intellectuels et médiatiques de gauche.

Lacune en histoire. — On peut faire croire n’importe quoi à celui qui n’a aucune idée des faits politiques ou climatiques du passé. Tour devient « fin du monde » ou « fin d’un monde ». On les entend qui répètent : « On est tout de même en 2017 ! » Formule magique. Comme si, depuis des siècles, les ignorants n’avaient pas ânonné la date où le calendrier les avait poussés.
Index. — J’ai vécu l’Index catholique au Québec. Ces temps où l’Église condamnait des auteurs aussi inoffensifs que Mauriac, entre autres. Où on censurait éditeurs et libraires. (L’Imprimatur !) Où nous lisions des classiques expurgés.
Malgré tout (ou grâce à cela…), on lisait plus et, surtout, mieux qu’aujourd’hui. On désire ce qui est plus ou moins inaccessible. Et le livre n’était pas facile d’accès. Nous les désirions, les cachions et les dévorions.
En nos temps du livre partout, des liseuses, d’Amazon, on ne lit plus et, si on lit, ce sont des traductions bâclées de bestsellers américains. Et les quelques lectures obligatoires paraissent des pensums très lourds et inutiles aux étudiants. Il faut dire que les enseignants choisissent souvent des auteurs qui font dur.
Heureux temps, celui où je lisais à l’étude Malraux ou Nietzsche sur mes genoux, tout en laissant croire au surveillant (complice ?) que je faisais une rédaction anglaise, dictionnaire bien en vue.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMarion Le Pen et la culture. — J’ai toujours cueilli mes pierres précieuses là où elle se trouvait, sans m’occuper du lit du cours d’eau.
Dans une entrevue à un magazine, on retrouve ces deux idées-forces sur la culture que je fais miennes : 1. La culture est le seul bien que l’on peut partager sans s’appauvrir ; 2. La culture, c’est ce qui sert de ciment à des individus pour constituer un peuple. Définitions qui ont des pieds et des mains.
Formulations à la fois non élitistes et non réductionnistes.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiaJit un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Yvon Paré nous parle de Marie-France Bazzo et al., et du Québec…

27 mai 2017

Les Québécois ne connaissent pas leur paysalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Bonne idée que de questionner des hommes (une seule femme?) de différents horizons et de leur demander de quoi le Québec a besoin pour s’affirmer dans le concert des nations, sortir d’une morosité qui le paralyse depuis des décennies. Les participants, malgré des vies différentes et des parcours singuliers, en arrivent à un même constat. Les Québécois connaissent peu ou mal leur pays, ses frontières floues et son histoire.

«Voici un livre écrit en chaussures de marche, le nez dans le vent, avec boussole et GPS. Un livre pour rouler, survoler, connaître. Un incitatif à s’enfoncer dans les villes ou les épinettes noires. Parce que la géographie, c’est le berceau d’un pays», explique Marie-France Bazzo dans une courte préface. Les Québécois sont vraiment en manque de connaissances géographiques. Leurs lacunes cognitives en ce qui concerne le territoire ne cessent de s’accumuler.
Le Nord, l’exemple le plus frappant. Les trois quarts du territoire du Québec restent inconnus et mystérieux. Cet espace mythique, sauvage, propice aux fantasmes miniers et hydro-électriques, devient un lieu d’exil temporaire, le temps de faire «la passe» et d’accumuler un pactole avant de revenir vers la civilisation.
«Les Canadiens et les Québécois ont bien évolué dans le sens de peupler les régions les plus tempérées, les plus au Sud, les plus liées à la richesse du sol et aux réseaux de communications, mais ces réseaux ne sont jamais allés, jamais, vers le Nord. Ils vont vers le Sud, ou vers l’Europe.» (p.18)
Une grande majorité de la population québécoise vit dans la vallée du Saint-Laurent et les territoires bordant certains affluents. Après Chibougamau, c’est l’inconnu, les vents, les épinettes, la toundra qui attire les plus braves…
«Non. Je pense que nous n’avons jamais eu conscience du territoire. Le Nord, pour nous, est une absence. Fondamentalement et historiquement, ce sont les Autochtones qui l’habitent.» (p.94)
Pourtant, ceux qui ont arpenté ce pays sont devenus des amoureux du Nord. Pensons à Jean Désy, Louis-Edmond Hamelin et Serge Bouchard. On pourrait aussi s’attarder au territoire fantasmé d’Yves Thériault qui en a fait le lieu de toutes les sauvageries et des pulsions.

Passé

Les Québécois ignorent leur histoire, encore plus celle des autochtones, leur mythologie, leur conception du pays, les rapports avec la nature et la vie. Nous sommes affligés d’une amnésie qui nous empêche de prendre les bonnes décisions.
«On l’a bradé, notre territoire. On l’a donné. On l’a mauvaisement prêté à des gens. Loué, vendu même: le fond des rivières, certains droits de coupe, le sous-sol, le pétrole, certains métaux. Toujours uniquement sous des auspices et des justifications économiques. Parce que malheureusement c’est seulement là, dans l’économique, que l’on dresse des bilans.» (p.130)
Les gouvernements ressassent des idées peu adaptées à l’époque contemporaine et à sa géographie. L’idée même des régions ressources empêche le développement intelligent des territoires périphériques et du Nord. Un concept venu du colonialisme peut-être qui fait que l’on pille les ressources de ces contrées au profit des habitants du Sud et des villes. Cette vision bancale ne peut que donner des interventions néfastes. L’exploitation de la forêt, des mines dans les régions est un véritable gâchis que beaucoup refusent de voir. L’erreur boréale de Richard Desjardins, par exemple, a montré une réalité que nombre de décideurs et de commentateurs ont refusé d’accepter. Ils ont préféré pourfendre «le poète».
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecDe quoi le territoire du Québec a-t-il besoin? amorce une réflexion qui mérite d’être poursuivie et étoffée. Ces témoignages font prendre conscience des lacunes, des trous de mémoire qui peuvent expliquer nos flous identitaires, notre incapacité à se définir et à s’affirmer. Ce brouillard on le retrouverait autant du côté de la culture, de la littérature en particulier, que l’on ne fréquente guère, que l’on ne diffuse pas et que l’on oublie d’enseigner.
Les politiciens devraient lire et relire ce collectif, les enseignants devraient le mettre dans les mains de leurs étudiants dans les cégeps et les universités. Un incontournable pour ceux et celles qui s’intéressent à la vie d’ici, au territoire immense du Québec réel et à inventer.
Enfin des textes qui font appel à la lucidité et à l’intelligence. C’est quand même rare dans une époque où être, c’est devenir consommateur. Une entreprise nécessaire.

De quoi le territoire du Québec a-t-il besoin? de Marie-France Bazzo, Camil Bouchard, René-Daniel Dubois et Vincent Marissal est paru aux Éditions Leméac.

Yvon Paré

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJournaliste, écrivain et essayiste, Yvon Paré a publié une douzaine d’ouvrages, un essai, des romans, de la poésie et des récits.  Signalons Les plus belles années, Le Réflexe d’Adam, Les Oiseaux de glace et Le souffleur de mots.  Les récits de voyage Un été en Provence, Le tour du lac en 21 jours et Le Bonheur est dans le Fjord ont été écrits en collaboration avec Danielle Dubé.

Lecteur attentif, il a rédigé de nombreux articles portant sur les œuvres des écrivains du Québec dans Le Quotidien et Progrès-Dimanche où il œuvré comme journaliste.  Il collabore à Lettres québécoises depuis une quinzaine d’années en plus d’être l’auteur d’un blogue fort fréquenté.

Le voyage d’Ulysse, un roman où il suit les traces du célèbre personnage d’Homère, en l’invitant au Lac-Saint-Jean et en inventant un monde possible et imaginaire.  Il a remporté le prix Ringuet du roman de l’Académie des lettres du Québec avec ce roman en 2013 en plus du prix fiction du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  Son dernier ouvrage, L’enfant qui ne voulait plus dormir, un carnet fort louangé, explore les chemins de la création.

On peut retrouver l’ensemble de ses chroniques sur http://yvonpare.blogspot.com/.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Chroniques de l’Ombre, une nouvelle parution d’Alain Gagnon

26 mai 2017

 

En ligne… : http://urlz.fr/5ghe

ATTENTION !  Gratuit les 27 et 28 mai

Vous pouvez télécharger gratuitement l’application de lecture Amazon pour vos PC, tablettes… à l’adresse suivante : http://urlz.fr/45dj

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 Topophilie : l’amour des lieux. Les écrivains qui se vouent au fantastique sont en général de grands amoureux de lieux très précis. Je me suis souvent demandé si la cosmogonie et les intrigues parfois alambiquées de Lovecraft n’étaient pas, chez lui, simples prétextes à arpenter les paysages écartés de la Nouvelle-Angleterre. Il décrit les gorges obscures, les torrents dévaleurs d’à-pic, les chemins ombrés et les vielles fermes au toit défoncé, avec un tel luxe de détails, une telle insistance, que l’on peut se demander si la poésie des lieux perdus de l’hinterland n’est pas son motif inavoué — un poète qui s’obligerait à faire de la prose pour rejoindre des lecteurs). Même phénomène chez Jean Ray. Dans des décors différents, plus urbains, ou alors franchement maritimes. Ray se complaisait dans la description de rues anciennes, de vieilles demeures, de ces tavernes rances où matelots et voyageurs viennent s’emplir et déverser leur trop-plein depuis des siècles.

En toute franchise, je crois avoir écrit La langue des Abeilles, Le ruban de la Louve, Le truc de l’oncle Henry, Kassauan et ces Chroniques de l’Ombre pour me promener, par l’imaginaire, dans mes paysages premiers.

Photo de la page couverture : Clémence Tombereau.

Saint-Euxème : ville médio-nordique — 27 842 habitants ; chef-lieu de l’Euxémie : région qui englobe Saint-Euxème et ses environs — 78 547 habitants. Qui dévoilera, sans rien en occulter, tous leurs secrets ? Et les Euxémois me pardonneront-ils un jour d’avoir exposé la complexité de leurs alentours qui, plus qu’ailleurs, ne sont que décors, dissimulant davantage le réel qu’ils ne le divulguent ? D’avoir brouillé la paix et la discrétion de leurs vies de mortels, qui s’écoulent entre les lenteurs muettes des rivières Louve et Calouna ?
Car, en Euxémie, sachez-le, on parle beaucoup — et on parle peu. En ce lieu, on parle météo. On évite de parler de soi. On écoute des histoires. On se raconte des histoires, et on répète les histoires qui parlent de soi, tout en n’en parlant pas. J’en ai cueilli. Surtout lorsque l’automne s’installe. Dans les lieux où l’on boit, dans les lieux où l’on se rassemble pour jaspiner. Discrètement, il va sans dire. De façon à ne mettre en fuite ni les acteurs ni les narrateurs à qui nous devons ces récits et bien d’autres.

Table des matières
Avant-propos
Le dévot d’Is
Barbershop Quartet
Édouard Le-Danubien
Le delta
La grippe
Sig

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).


Long is the Road… un texte de Clémence Tombereau

26 mai 2017

Long is the Road…

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Photo : AL

Il se produit un curieux phénomène chez beaucoup d’immigrés, ces étrangers ici et étrangers là-bas : à peine franchissent-ils la frontière qui les mène à leur pays de sang, de chair, de vie, que quelque chose en eux se met à circuler plus vite, plus fluidement ; sous leur peau habituée à être ailleurs que là, une espèce de force vive, d’instinct, de sixième sens, se met à grouiller, à bondir, à réclamer sa liberté, ses origines. Un hurlement au fond de l’être, un cri de joie presque animal. Un instinct doublé d’une certitude que cette terre est la nôtre, profondément, malheureusement peut-être, fatalité stupide puisque le lieu de naissance nous choisit plus que l’inverse.

Cela passe par autre chose que la végétation qui change sensiblement. Par autre chose que le ciel dont les nuances se font plus vives. Par autre chose aussi que les parfums, fenêtres ouvertes, qui enlacent tous les sens. Par autre chose que les goûts des mets, pourtant basiques, qu’on bouffe à la va-vite sur une aire d’autoroute.

Cela passe par le sang. Ça trépigne. Ainsi, lors des premiers kilomètres roulés en Italie, le père comme la fille s’arrêtaient de parler : il n’y avait rien à dire et tout à retrouver.

Alphabêta

 Alphabet : n. m. ; liste des lettres d’une langue dans un ordre précis, d’après l’alphabet grec dont les deux premières lettres étaient Alpha et Bêta. Un autre ordre cependant eût été plus amusant et exotique, rappelant vaguement une chanson de Carlos ou d’Annie Cordy : Bêtagamme, Thêtaiô, Êtathête, etc. Ex : «Cela peut sembler un peu bêta, mais l’alphabet est le b.a.-ba d’une langue.»

Arbitre : n. m. : homme payé une fortune pour surveiller des sportifs et se faire insulter. S’il est libre, c’est pire : il peut nous faire faire n’importe quoi. Ex : «Il pleut, c’est ce connard d’arbitre encore.»

Abruti, abrutie : nom con ; n’a rien à voir avec un film de Sergio Leone, bien que l’abruti puisse être bon ou truand — il arrive que l’abruti creuse sa propre tombe. Difficile à décrire, sachez que vous en croiserez beaucoup sur votre route (au travail, à la maison, en famille, à la piscine, au restaurant : l’abruti se répand avec la grâce d’une fiente de pigeon sur le macadam), sous différentes formes, mais toujours caractérisés par une sidérante stupidité. Il demeure une notion totalement subjective, en fonction du libre arbitre (cf. plus haut) de chacun. Ex : «Elle veut écrire un nouveau dictionnaire, c’est vraiment une abrutie.»

Abscons : adjectif ; se dit d’une chose, remarque, raisonnement, discours, qui vous donne un air absent et un peu con. Ex : «Quand tu parles, tout devient abscons.»

Absurde : adjectif ; peut résumer tout ce que vous venez de lire — vous comprendrez donc qu’un exemple serait superflu, mais bon : l’ordre de ce début d’alphabet est complètement absurde.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Maudite mort !… un texte de Pierre Raphaël Pelletier

25 mai 2017

Maudite mort !…

 

Tout près du désolant bunker servant d’ambassade américaine sur la promenade Sussex, j’aperçois Johny Jack Louis Jobb qui se dirige vers la rue Murray. Vacillant, il avance difficilement sur le trottoir, sa guitare sous le bras. Où peut-il bien aller à cette heure tardive un dimanche soir, alors que tout est fermé au centre-ville d’Ottawa ?

(Une tombe !)

Visiblement, Johny Jack Louis Jobb dépérit rapidement et, hélas, nul d’entre nous ne peut l’aider, encore moins comprendre la force destructrice que lui a concoctée sa vie d’homme déraciné, bafoué, humilié, battu, et dont la violence lui bousille l’esprit. Cette même violence qui crucifie des millions d’hommes, de femmes et d’enfants de par le monde. Toute cette violence qui, à voir croître les saloperies de nos entrepreneurs planétaires qui détruisent tout, aboutira ultimement à la crucifixion de l’humanité que nous portons tous et toutes en nous.

J’ai reçu un appel de mon frère ce matin. Sylvia, sa compagne des vingt-quatre dernières années, vient de le quitter à huit heures dix minutes exactement, en ce lundi de l’Immaculée Conception, me précise-t-il, lui fervent et fiévreux, croyant, à la foi maintes fois éprouvée. C’est tout ce qu’il a réussi à me dire avant de raccrocher.

« Maudite mort », me dis-je. Non seulement la mort nous ravit-elle amours, espoirs, amis, mères, sœurs, frères, pères, elle s’amuse en plus à nous tuer plusieurs fois de notre vivant.
Tourneboulé, ni d’un ni de deux, j’enfile mon veston et je quitte mon arche de Noé. Je n’ai qu’une envie, celle de crier comme un dément, un possédé, pour tout vomir, tout rejeter, tout casser.

J’en tremble. J’arrête de marcher. Je reprends mon souffle et je repars. Deux bonnes heures de marche.

Emportés, comme toute jeunesse, par le verbe joyeux de nos parcours respectifs, mon frère Jean et moi, nous sommes éloignés l’un de l’autre. À longueur d’année, s’inscrivirent dans nos vies amours, travail, séparation et divorce. Nous connûmes rapidement notre lot d’échecs et de souffrances qui, plutôt que de nous rapprocher, nous éloigna encore davantage.

C’est Sylvia qui, par son amour pour mon frère et tous les membres de notre famille, et aussi par sa sereine croyance aux forces harmonieuses de l’esprit, réconcilia nos voies depuis trop longtemps séparées. Cruelles et scandaleuses furent à mes yeux, sa maladie, sa souffrance et sa mort.
J’entre au café Le Hibou rue Beechwood.

J’y reste peu de temps. Je me débarrasse de mes chauves-souris. Je reviens à mon cagibi. J’ouvre une petite lumière à la cuisine. J’abandonne ma carcasse dans les bras d’un fauteuil désœuvré.
Douce, toute douce, la veille de l’esprit qui s’ensuit…

Seul en cette présence à soi.

À l’aube, je me verse un verre d’eau et j’avale trois comprimés d’un somnifère qui a, au réveil, la bonne grâce de ne pas me laisser dans les méandres d’une désagréable léthargie.

(Extraits de : Pierre Raphaël Pelletier, Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés, Éditions David, 2012.)

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

À la fois poète, romancier, essayiste et artiste visuel,Pierre Raphaël Pelletier a publié une vingtaine de livres touchant différents genres et réalisé plus d’une trentaine d’expositions (solos ou en groupe) de sculptures, de peintures ou de dessins. Il s’est aussi fait connaître par son implication dans un éventail d’organismes artistiques et culturels de la Francophonie canadienne comme l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, dont il est l’un des membres fondateurs.

Vers la fin des années 1970, Pierre Raphaël, après une maîtrise en philosophie, tient diverses chroniques sur les arts visuels à la radio de Radio-Canada et pour le journal Le Droit. Entre 1977 et 1982, il est responsable des secteurs de l’animation culturelle et du Centre des femmes et Étudiant-e-s étrangers-ères de l’Université d’Ottawa. C’est à partir de cette époque qu’il réalise plusieurs études et recherches sur la situation des arts et de la culture en Ontario, notamment Étude sur les arts visuels en Ontario français (1976) et Étude des centres culturels en Ontario (1979). Jusqu’à la fin des années 1990, il aura aussi écrit des articles parus dans des revues, comme Le Sabord, Éducation et francophonie et Liaison.

Parmi ses publications, notons le recueil de poésie L’œil de la lumière(L’Interligne, 2007) pour lequel il remporte, en 2008, le Prix Trillium, le roman Il faut crier l’injure (Le Nordir, 1998), qui lui permet de gagner le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen et le Prix du livre d’Ottawa-Carleton en 1999. Il est également l’auteur du récit Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés (David, 2012) et de l’essai Pour une culture de l’injure (Le Nordir, 1999) écrit en collaboration avec Herménégilde Chiasson. (Éd. David)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La naissance des étoiles… — conte apache…

24 mai 2017

La naissance des étoiles

 

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

C’était il y a longtemps… lorsque les hommes avaient un gros problème ; le ciel était trop bas.

Il était si bas qu’il n’y avait pas de place pour les nuages. Il était si bas que les arbres ne pouvaient pas pousser. Il était si bas que les oiseaux ne pouvaient pas voler. S’ils essayaient, ils se heurtaient aux arbres et aux nuages.

Mais ce qui était plus pénible encore, c’était que les adultes ne pouvaient pas se tenir debout, bien droits, comme leur corps le leur demandait. Ils devaient marcher tout penchés, en regardant leurs pieds, et ne voyaient pas où ils allaient.

Les enfants ne connaissaient pas ce problème. Ils étaient petits. Ils pouvaient se lever aussi droit qu’ils le souhaitaient. Ils ne marchaient pas en regardant leurs pieds et pouvaient voir où ils allaient.

Ils savaient par contre qu’un jour, ils deviendraient des adultes et qu’ils devraient marcher tout penchés, en regardant leurs pieds à moins que quelque chose ne se passe.

Un soir, tous les enfants se sont réunis et ils ont décidé de relever le ciel. Les quelques adultes qui les écoutaient riaient sous cape, lorsque, soudain, ils ont vu les enfants lever de longs poteaux vers le ciel. Un, deux, trois, quatre… un cri énorme retentit — unnn-uhhhhhh.

Mais rien ne se passe. Le ciel reste comme il a toujours été. Les arbres ne peuvent toujours pas grandir. Les oiseaux ne peuvent toujours pas voler. Il n’y a toujours pas de place pour les nuages, et les adultes marchent toujours courbés en regardant leurs pieds, sans voir où ils vont.

Le lendemain, les enfants recommencent en utilisant des poteaux plus longs. Un, deux, trois, quatre… un cri énorme retentit — unnn-uhhhhhh. Mais rien ne se passe.

Le soir suivant, les enfants, qui sont persévérants, essayent encore. Ils prennent des poteaux encore plus longs. Un, deux, trois, quatre… un cri énorme retentit — unnn-uhhhhhh. Mais rien ne se passe.

Le quatrième soir, ils ont trouvé de très, très, très longs poteaux, les plus longs qu’ils pouvaient trouver, et ils se sont mis à compter : un, deux, trois, quatre… un cri énorme a retenti — unnn-uhhhhhh, et le ciel s’est soulevé.

Depuis ce jour, le ciel est à sa place. Les arbres peuvent pousser, les oiseaux peuvent voler sans se heurter aux troncs et aux branches. Les nuages ont de la place pour aller et venir et les humains peuvent se tenir droits en regardant le ciel.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMais le plus extraordinaire, c’est que lorsque le soleil s’est couché la nuit suivante, et qu’il a commencé à faire sombre, le ciel troué par les poteaux des enfants s’est mis à scintiller. Dans chaque trou, il y avait une étoile.

La prochaine fois que vous regarderez le ciel, vous saurez que c’est grâce aux enfants que vous pouvez admirer un tel spectacle. Vous repenserez à cette histoire et vous saurez que c’était vrai.


Ainsi parle l'Éternel

L'écriture de la Sainte Bible se continue -- publiée par Guylaine Roy (GROY)

rujia

artiste peintre

La bibliothèque de Sev

Chroniques livresques et élucubrations littéraires

sillage

la trace fluide du chemin parcouru

iLOLGO 411

Bonjour, Souriez et allez-y | Hello, smile and go

Ninannet's Blog

Just another WordPress.com site

Moonath - l'Univers des mots

une plume troubadour et lunaire qui chante la vie, l’âme, l’amour et l’infini…

Poesie visuelle

Un blog experimental qui s'efforce de saisir la poesie dans le quotidien des images, des choses, des moments .... et plus encore

Stéphane Berthomet - Articles, notes et analyses

Analyste en affaires policières, terrorisme et de sécurité intérieure.

A l'horizon des mots

Notes d'une bookworm débutante

Alchimaer Art

Alchimaer Art,collectif artistique et humaniste, un sujet d’étude les symboles des parcours initiatiques dans l’art. Contemporain, alchimique, textile, peinture, street art, contes vidéo, design … Si l’interprétation des symboles est immortelle et universelle, leurs représentations n’ont pas de limite!

LE CHAT QUI LOUCHE 2

Arts et littératures de la Francophonie...

maykan.wordpress.com/

Arts et littératures de la Francophonie...

Vous êtes ici... et là-bas

André Carpentier & Hélène Masson

Sophie-Luce Morin

Auteure, conférencière, idéatrice

Vivre

« Écoute le monde entier appelé à l’intérieur de nous. » Valère Novarina

%d blogueurs aiment ce contenu :