Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

4 mars 2015

Trois poèmes

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Nuit à Naples de Shchedrin

 I – Nocturne

 Dans ce lit de désastres, tu déposes tes armes pour ne retrouver que le bruit de ton souffle haletant.  Tu n’es rien pour elle comme tu n’es rien pour personne.

Nous ne vivons plus de rapports que de contiguïté, et les mots anciens ne désignent que des réalités mortes.

Dans un lit tel un cercueil en déroute sur une mer boréale, tu glisses en involontaires reptations dans cette peau reptilienne qui suinte de tes angoisses les sanglots ataviques.

Tu fumes, une femme passe et onze mille chiens s’arrachent à tes reins… mais ton âme demeure seule, ton corps reste vide — et tu t’éteins.

Tu fermes la lampe et te glisses sous tes draps, et c’est la mort virtuelle qu’indéfiniment tu réitères, plus douloureuse de n’avoir de terme contrairement à celle, qui naturelle, te délivrera enfin.

Tu joues les tombeurs avec les cyberland babes, et de ton moi déréalisé se repaît la Machine.  La Loi, le Fric, la Carte et ça clique : un ordre de simulacres qui jouent des rôles surannés.  Et tu poursuis ta course vers le néant de rêves suggérés, homme aliéné que l’on tient aux abois par les sortilèges d’orgasmes informatisés.

***

II – Jazz

Introït

Il désirait atteindre le son parfait, long trait bleuté que tracerait son esprit dans le ciel, une droite qui se perdrait indéfinie à l’horizon.  Chaque jour il pratiquait dans la chambre de son hôtel, et la nuit donnait au public tout ce qu’il avait au ventre, son âme, un instant, tout accordé au Minuit qui ne sonne jamais ; mais il rentrait brisé, déçu, et recherchait en des nuits plus obscures le son parfait, ligne bleutée dont ses meilleures improvisations n’étaient que des calques maladroits.

 III – In Memoriam

Artiste absolument improbable, il devinait l’arrière-pensée d’un dieu mélodique.  Plus grand que ses prédécesseurs, il découvrait la voix de prophéties américaines et argumentait contre le néant dans la pénombre des cafés.  Il savait la note qui ébranle l’univers et la jouait parfaitement, point d’ancrage, en pleine vacuité, de particules jusqu’alors fantomatiques.  Son génie était si grand que jamais les hommes n’oublieront le son de sa trompette, une compagne magnifique que l’on appelait Maggy.

 

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Actuelles et inactuelles, par Alain Gagnon…

3 mars 2015

Elvis et le couvre-feu…

 L’indigence verbale des hits à la mode ou des classiques du pop déconcerte parfois.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  On vient de faire tourner à la radio Blues Suedes Shoes, l’un des premiers succès d’Elvis Presley, en commémoration de sa mort.  Vaut mieux l’écouter et danser sans l’entendre.  Pendant plusieurs minutes, un jeune adulte (Elvis) s’extasie sur ses souliers bleus et répète inlassablement à sa blonde qu’elle peut lui faire toutes les vacheries possibles, à condition de ne pas marcher sur ses souliers bleus…

Well, it’s one for the money,
Two for the show,
Three to get ready,
Now go, cat, go. But don’t you step on my blue suede shoes.
You can do anything but lay off of my blue suede shoes. Well, you can knock me down,
Step in my face,
Slander my name
All over the place.

Do anything that you want to do, but uh-uh,
Honey, lay off of my shoes
Don’t you step on my blue suede shoes.
You can do anything but lay off of my blue suede shoes.

You can burn my house,
Steal my car,
Drink my liquor
From an old fruitjar.

[…]

Well, it’s one for the money,
Two for the show,
Three to get ready,
Now go, cat, go.

But don’t you step on my blue suede shoes.
You can do anything but lay off of my blue suede shoes.

(Paroles et musique, Carl Perkins)

 

*

Les Québécois n’ont tellement plus de respect de ce qu’ils sont qu’ils ne veulent plus se transmettre, ni physiologiquement ni culturellement.

Les professeurs de désespoir ont triomphé ici.

*

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieChaque soir se répète pour moi le drame du pensionnat.

J’avais 13 ans peut-être.  Nous dormions entassées dans un dortoir.  Si je me souviens bien, nous montions à 20 h 30, et on fermait les lumières à 21 h 30.  Pendant cette heure libre, après une toilette pour laquelle le terme sommaire constituerait une exagération, je lisais.  N’importe quoi.  Sports Illustrated en traduction, moi qui n’étais pas féru de sports, encore moins de hockey.  Mais j’aurais lu n’importe quoi, et dans ce lieu, il n’y avait rien d’autre à lire — ou s’il y en avait, cela m’était bien caché.

Je lisais donc un œil sur le texte, l’autre sur ma montre, guettant l’heure fatidique de l’extinction des feux et de la plongée vers la solitude et l’ennui.

C’est ce que je fais encore.  Même si c’est moi qui décide du couvre-feu, maintenant.  Il y en a un : le lendemain et ses exigences existent.  Et c’est à regret encore que j’éteins, avant de me confier au sommeil et de faire taire les mots.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Mort, etc., une nouvelle de Richard Desgagné…  

1 mars 2015

Mort, etc.

           chat qui louche maykan alain gagnon francophonieUne bonne pichenotte sur du verre : l’homme est mort, à ce point mort que son assassin a eu la tremblote pendant quelques minutes et a tourné en rond à la façon d’un chat qui cherche le point idéal d’un coussin avant de s’étendre.

           À qui nous intéresserons-nous maintenant ?

         À ce mort qui n’a plus rien à offrir, sinon son cadavre figé.

        Au tueur et voleur qui prendra la poudre d’escampette sans demander son reste ?  Il va sans dire que celui-là, à cause du crime, pousse l’écrivain à chercher l’origine de son impulsion, le mobile de son acte et la suite de l’événement.  L’assassin est un beau sujet ; il l’a toujours été depuis Caïn.

            Il faut parler de la situation ci-haut présentée.

            Le disparu méritait-il sa mort ?  Si vous demandiez au tueur pourquoi il a occis un homme, il trouverait sûrement de bonnes raisons.  « Un maudit avare.  J’ai rendu service à la société. » « J’avais besoin d’argent, je suis pauvre, moi, et j’ai des dettes. » « Il n’avait qu’à pas être là ! »

            Que répondrait la victime à la question s’il était possible qu’elle puisse y répondre ?  Qu’elle ne connaît pas les raisons de sa disparition dans le Royaume des morts ?  Qu’elle avait reçu des menaces ?  Qu’elle se trouvait chez elle au mauvais moment face à un tueur avide de son bien ?

            Paul A est mort de s’être trouvé là où il n’avait que faire, même s’il était chez lui et en droit d’y être, vous en conviendrez.  Son assassin ne s’attendait pas à le trouver dans cet appartement qui contenait tout ce qui intéresse un voleur.

            Maintenant, le tueur doit faire vite, abandonner appareils coûteux, bijoux cachés, billets oubliés dans un livre ; plus il s’éternise, plus il risque sa vie ou la possibilité de disparaître sans laisser de trace.  Une femme peut apparaître qui viendrait rejoindre le locataire pour passer une bonne nuit ; un voisin peut sonner pour emprunter du sucre ou rendre une simple visite.  Il doit partir avec discrétion, si cela est encore possible après ce coup de feu qui a claqué dans l’air.  Il se presse, cherche une sortie sûre qui ne le mettrait en contact avec aucune personne, ni même aucune bête.

            Là, au fond du salon, cette grande baie au travers de laquelle il voit la ville qui s’allume pour la nuit. Il s’approche et regarde dehors : le balcon, tout en bas, la rue.  C’est trop haut, il pourrait se blesser en sautant.  Que faire ?  Sortir tout simplement par la porte de l’appartement qui donne sur le palier, appeler l’ascenseur, s’y engouffrer et quitter l’édifice en sifflant tout doucement.

            Il y est, il marche, il regarde les maisons de ce quartier paisible.  Il dépasse un homme qui promène un affreux petit chien au bout d’une laisse, il siffle tout doucement et bifurque vers la première rue perpendiculaire.

            Il ne se soucie plus d’avoir été repéré ou entendu ou poursuivi.  Il s’apaise et rentre à pied chez lui.

            C’est une douce nuit de printemps quand tout s’annonce encore, quand tout l’été commence à bouger dans les corps.  Il se demande s’il pourra encore connaître le bonheur après ce qu’il a fait.  Pourra-t-il ?  Il voudrait répondre mais il oublie.  Il passe à autre chose, à regarder le ciel étoilé, à fixer parfois un bruit.

 (Ce texte de Richard Desgagné a remporté le troisième prix ex æquo au concours 2014 du Chat Qui Louche. Félicitations !)

  Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieRichard Desgagné est écrivain et comédien depuis plus de trente ans. Il a interprété des personnages de Molière, Ionesco, Dubé, Chaurette, Vian, Shakespeare, Pinter, etc., pour différentes troupes (Les Têtes heureuses, La Rubrique) et a participé à des tournages de publicités, de vidéos d’entreprise et de films ; il a été également lecteur, scénariste et auteur pour Télé-Québec (Les Pays du Québec) et Radio-Canada (émissions dramatiques).  Jouer est pour lui une passion, que ce soit sur scène, devant une caméra ou un micro.  Il a écrit une trentaine de pièces de théâtre, quatre recueils de nouvelles, quatre de poésie, deux romans, une soixantaine de chroniques dans Lubie, défunt mensuel culturel du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  En 1994, il a remporté le premier prix du concours La Plume saguenéenne et, en 1998, les deux premiers prix du concours  de La Bonante de l’UQAC. Il a publié, pendant cinq ans, des textes dans le collectif Un Lac, un Fjord de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). Il est membre du Centre des auteurs dramatiques. Il a été boursier du ministère de la Culture du Québec et de la fondation TIMI.  Pour des raisons qui vous convaincront, tout comme elles m’ont convaincu, je tiens à partager avec vous cette nouvelle qu’il a la gentillesse de nous offrir.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/ )


Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

28 février 2015

Venin vénitien

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L’onde de jade, calme, berce de ses bras verts la cité assoupie.
La peau des palazzi, ocre, n’en finit pas de dorer sous les ardeurs solaires.
Sous les multiples ponts pareils à des sutures coule le venin léger, le doute mordoré et la moiteur languide qui s’immisceront en douce dans le cœur des amants.

À l’ombre des statues non loin du mouvement, sous les arches inquiétées par la nuit, dans les alcôves qui se prennent pour des bouches, prêtes à vous embrasser, prêtes à vous dévorer, le subtil sortilège continuera son œuvre.  Et l’amant le plus fou oubliera sa maîtresse, remplacera sa peau par les pavés usés, se perdra dans les rues aguicheuses et traîtresses pour que naisse entre lui et la Sérénissime une vaine passion.
Venise la Serpentine s’enroule autour du cœur, le caresse, l’embrasse jusqu’à l’étouffement.
Un voluptueux soupir.

La ville vous a eu !

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

27 février 2015

Jeu de société 

Cher Chat,

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie On dit que la vérité sort de la bouche des enfants.  En effet, mes enfants ne me mentent jamais.  Ils bullshitent*.

D’entrée de jeu, laissez-moi étaler leurs cartes sur table.  J’ai un brelan d’as en la matière, même si mon dernier-né me dame le pion avec encore plus d’adresse que ses deux aînés.

Pour bien comprendre l’enjeu de la chronique du jour, passons tous par la case départ afin d’en saisir le jeu de clés.  Ça vous prend donc un faux jeton qui soit apte à piper les dés avec efficacité.  La pige est chanceuse chez moi.  Dans le jeu de cette famille, demandez le benjamin !  Il touche sa bille pour obtenir presque tout ce qu’il veut.  Voici donc comment, dernièrement, mon fils a mis tous les atouts dans sa game pour se faire offrir un nouveau bâton de hockey.

Certes, le filou peut toujours jouer franc-jeu, sa bille de clown suffisant parfois à me mettre échec et mat, mais quand il tient vraiment à gagner, il choisit la feinte.  Il sait qu’il ne mise pas bien haut avec un mensonge repérable de ce type : « mon bâton est cassé ! » et préfère alors abattre, sans préambule, son joker : « j’ai été désigné capitaine de mon équipe, il me faut un nouveau bâton ».  Bingo !  Je me couche.  Et pourtant, ça, c’est de l’argument bullshit.

Le mensonge n’est qu’une partie de cache-cache.  Il s’agit de planquer la vérité.  C’est un jeu de piste élémentaire puisque le menteur est limité par ce point de référence qu’il doit respecter pour pouvoir en dire le contraire.  Les règles sont simples et il est facile de voir clair dans ce p’tit jeu-là.  C’est le jeu de dames par excellence quand, par coquetterie, elles disent « non », mais pensent « oui ».  Il n’y a que les as de pique pour croire au jeu de l’oie blanche.

La bullshit* est plus insidieuse, car le joueur ne se soucie pas de la vérité.  Il ne s’évertue pas à dire ce qui est faux.  Il tire, il pointe, mais ne cherche pas à dégommer le cochonnet, il veut juste foutre la merde dans le champ de boules.  Bullshit !  Les jeux sont faits quand rien ne va plus.  Ce que je veux dire par là, le Chat, c’est que le bullshiteur  avance n’importe quel pion qui puisse manipuler l’opinion ou l’attitude de ceux à qui il s’adresse, en jouant sur un tas de croyances qui ne sont pas forcément fausses, mais qui ne servent en rien la thèse défendue.  Mon fils est bien capitaine de son équipe, mais pourquoi diable un nouveau capitaine aurait-il besoin d’un nouveau bâton ?  La bullshit est donc un jeu d’esprit qui biaise la réalité en misant sur des sous-entendus pour arriver à ses fins.  Il faut donc beaucoup plus de créativité pour bullshiter que pour mentir.  La bullshit n’est vraiment pas un jeu d’enfant.  Alors, pourquoi mon fils ne joue-t-il pas à des jeux de son âge ?

Tout simplement parce qu’on est plus tolérant avec le bullshiteur qu’avec le menteur qui, quand il est débusqué, se retrouve automatiquement hors-jeu.  Le jeu du mensonge n’en vaut plus la chandelle et c’est risquer une sanction que de perpétuer ce manège quand l’époque est complètement vendue à la bullshit.  En effet, la bullshit, omniprésente, autant dans le monde de la politique que du marketing, est aujourd’hui un jeu de société qui, bien que s’élaborant sans accorder la moindre attention à la vérité, a carte blanche et permet, sans même qu’on demande à voir le dessous de la carte, de promouvoir une image, une idée ou un produit.

Eh oui, ça fout les jetons, mais on continue sciemment de perdre nos billes dans ces jeux de hasard.  Pourtant, la recherche de la vérité est le fondement de la société.  Nous n’avons jamais autant su qu’aujourd’hui et le savoir collectif s’accroit de façon exponentielle.  Se peut-il qu’on se mette à bullshiter parce que, plus informés que jamais, on ne veuille pas passer pour un p’tit joueur qui n’est pas capable de miser à la hauteur du pot ?  La bullshit est-elle née de cette conviction propre aux démocraties qu’il est de la responsabilité du citoyen d’avoir une opinion sur tout ?

C’est ainsi qu’on préfère sauver la mise en jouant à la roulette russe.  Beaucoup se piquent ainsi au jeu, et ces spécialistes de tout et de rien qui font monter leurs enchères sur le net en bluffant et dont les avis sont lus et partagés, sont de véritables bombes intellectuelles.  On ne les élimine pas du jeu pour autant.

Alors qu’on devrait chercher à comprendre, à essayer d’avoir toutes les cartes bien en main, pourquoi se laisse-t-on bluffer par un programme politique, par une crème antirides, par une automobile écoénergétique ?  Et pourquoi bullshitons-nous en retour ?  Vous, le Chat, n’avez-vous jamais donné votre avis sur une question à laquelle vous ne connaissiez rien ou peu ?

Plutôt que de construire des châteaux de cartes en Espagne, la société a pris l’habitudechat qui louche maykan alain gagnon francophonie d’éviter les casse-tête quotidiens en bullshitant.  Pas étonnant que nos enfants abusent des mêmes jeux de stratégie et y excellent.  Belote, rebelote et dix de der, mon fils a 5 bâtons de hockey !

Sophie

*Bullshit : anglicisme dont la traduction littérale est merde de taureau.  L’équivalent français pourrait être baratin, foutaise, pipeau, salades.

* De l’art de dire des conneries (titre original : On bullshit) est un essai très sérieux écrit par le philosophe américain Harry Frankfurt et qui a nourri cette chronique.

  Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Le gilet, une nouvelle de Catherine Baumer…

26 février 2015

 Le gilet

 Mardi, 7 h 45, comme tous les jours Agathe passe le portique, salue le gardien, pointechat qui louche maykan alain gagnon francophonie et prend l’ascenseur, troisième étage, service des contentieux.  Elle va à son vestiaire, ouvre la porte métallique, retire son manteau et le dépose soigneusement sur un cintre.  Elle récupère une bouteille d’eau, un gilet, son sac, et se dirige vers le plateau encore désert à cette heure matinale.

Elle dépose la bouteille et le sac sur le bureau, le gilet sur le dossier de sa chaise, ouvre le tiroir de son caisson mobile, en sort stylos et agrafeuse marqués à son nom, allume son ordinateur en maugréant « Il va encore mettre un quart d’heure à démarrer, même aujourd’hui ».  Elle met de l’eau à chauffer dans la bouilloire électrique et prépare un sucre et un sachet de thé dans la tasse fleurie prise dans son tiroir.

Des collègues plus ou moins réveillés commencent à arriver et la saluent en passant, certains s’approchent et tentent d’échanger quelques mots avec elle « Alors Agathe, c’est le grand jour ? ».  Elle esquive, préférant parler des ordinateurs trop lents et de la femme de ménage qui a encore déplacé ses affaires sur le bureau, dix ans qu’elle lui laisse des mots rageurs sur un post-it à celle-là, rien n’y fait.  Quarante ans qu’elle bosse dans ce service poussiéreux sans n’avoir jamais songé à en changer.  Un peu comme une seconde famille, voire sa seule famille.  Elle s’interroge : comment affronter les jours à venir ?

9 h 30, Coralie arrive précipitamment et après un bref salut se plonge dans son travail.  Elle se demande si elle va pouvoir supporter Agathe une journée de plus et pense qu’elle a bien fait d’arriver en retard, même si l’autre garce de chef de service va sûrement lui balancer une réflexion.  Au moins cela lui a évité d’entendre l’autre râler après les ordinateurs trop lents et la femme de ménage.  Elle la guette du coin de l’œil, ça y est, c’est l’heure du gilet.  Trois ans qu’elle le subit tous les jours ouvrés, ce truc infâme, informe, bleu et blanc, bouloché et tout poché aux coudes.

Agathe se lève pour laver sa tasse, Coralie en profite pour lever la tête.  Elle ose à peine la regarder de peur qu’elle ne lui parle.  Personne n’a jamais voulu prendre la place de Coralie, juste en face d’elle, et supporter ses manies de vieille fille.  Elle se la coltine depuis trois ans, la vieille, avec sa voix nasillarde et ses histoires de chats, de neveux, de cantine et de météo.  Elle se donne du courage : il n’y en a plus pour longtemps.

La journée se déroule presque comme les autres.  À 11 h 30 pile, Agathe va déjeuner, à l’ouverture de la cantine.  À 12 h 15, quand elle remonte, Coralie s’en va et prolonge sa pause.  Croiser l’autre le moins possible.  Le reste du temps, elle feint d’être absorbée par le travail, relance des clients pour la forme, va prendre un café.  Agathe boit du thé et expédie les affaires courantes.  À 15 h 30 elle cesse de travailler et commence à vider son caisson dans un carton, sans rien dire à personne.  Coralie se sent vaguement mal à l’aise, elle se demande s’ils n’auraient pas dû organiser un pot, offrir un cadeau, mais les autres n’ont rien proposé.  Elle devrait peut-être l’aider.

16 h 30, Agathe va rendre son badge au secrétariat, retire son gilet, le pose sur le dossier, et enfile son manteau.  Quelques collègues viennent la saluer.  Coralie se sent obligée de lui dire quelques mots maladroits et convenus.  C’est à ce moment-là qu’Agathe verse quelques larmes.  Coralie, gênée, émue, lui serre brièvement l’épaule.

La vieille se reprend vite, attrape son sac et passe la porte pour la dernière fois.  Sa carrière est finie.  Et sa vie ?  Le gilet pend sur la chaise, ultime témoin d’une défaite.

(Ce texte de Catherine Baumer a remporté le troisième prix ex æquo au concours 2014 du Chat Qui Louche.  Félicitations à la récipiendaire !)

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieCatherine Baumer est née et vit en région parisienne où elle exerce depuis peu et avec bonheur le métier de bibliothécaire. Elle participe à des ateliers d’écriture, des concours de nouvelles (lauréate du prix de l’AFAL en 2012), et contribue régulièrement au blogue des 807 : http://les807.blogspot.fr/, quand elle ne publie pas des photos et des textes sur son propre blogue : http://catiminiplume.wordpress.com/ Elle anime également de temps en temps des ateliers d’écriture pour enfants.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le chapelet en famille, par Denis Ramsay…

25 février 2015

 Petit extrait de mon autofiction…

Je me rappelle le chapelet à la radio que nous récitions en famille.  C’était l’heure platechat qui louche maykan alain gagnon francophonie de notre semaine, le dimanche, en remplacement de la messe.  Certains d’entre vous ne savent peut-être pas ce qu’est un chapelet.  D’abord le mot désigne l’objet qui sert, en égrenant des billes, à compter les « Je vous salue Marie ! » On en récitait cinq dizaines, entrecoupées du « Notre Père » et du « Je crois en Dieu ».  Le chapelet désigne également la prière elle-même.  Cette corvée imposée par notre père était vite expédiée et la diction tournait aux marmonnages.  Même notre père n’y mettait pas une grande ferveur.

Il avait déjà fait du délire mystique.  Dans le garage où je suis né, mais je n’étais pas là.

— Envoyez les petits gars, pissez dans le chaudron.

— Voyons, Alcide !  Pourquoi tu demandes ça ?  T’es-tu encore allé voir la sorcière ?

— Questionne pas, ma femme.  Mais je peux te le dire quand même : c’est pour chasser les mauvais esprits.

Une fois qu’ils avaient tous uriné dans le chaudron, sauf ma mère parce que l’urine de femelle ne convenait pas, mon père mit le chaudron sur le poêle à bois bien chaud.  L’urine s’évapora et la puanteur se répandit dans toute la petite demeure.  Quand ma mère voulut aérer la place, son mari l’en empêcha.

— Maintenant qu’ils sont sortis, il faut pas les laisser entrer.

Ma mère se demandait ce que son mari pouvait bien avoir en tête, sachant très bien qu’il était beaucoup plus fort qu’elle et qu’elle ne pouvait s’opposer à ses projets.  Mon père revint avec des planches, des clous et un marteau.

  — Es-tu viré fou, Alcide ?

Son regard haineux et agressif la repoussa d’un pas.  Il cloua une première planche en travers de la porte, regarda son œuvre et la trouva insuffisante, en cloua une deuxième, un gros 2 X 4 (deux pouces par quatre pouces) de quatre pieds de long, avec des gros clous de six pouces qui entraient en trois coups.  Il venait de bloquer la seule sortie.  Cette fois-ci satisfait de son travail, il lança sur la porte ce qui restait de l’urine bouillie.

— Restez dehors ! dit-il d’une voix très forte.  Il parlait aux esprits qu’il venait de chasser !

Et dire que j’ai manqué tout ça, alors que j’habitais chez mon parrain à Ste-Hélène…

Notice biographique :

L’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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