En silence, par Claude-Andrée L’Espérance…

24 mai 2016

Ma traversée du pays fantôme

 

 

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Observer aux battures

l’arrivée des outardes

et au flanc des coteaux

les premiers tussilages

voir s’étirer le jour

au ciel un peu plus bleu

jusqu’à en oublier

la lourdeur de nos pas

à traîner la fatigue

de nos hivers en trop

 

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Les formes du dialogue – Les chevrons et les tirets, un texte d’Annie Perreault…

22 mai 2016

Les formes du dialogue – Les chevrons et les tirets

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Les dialogues font partie intégrante de tout texte de fiction. Les dialogues, tout le monde le sait, c’est quand les personnages parlent entre eux. Il existe plusieurs façons de les écrire ; chaque auteur choisit la forme qui lui convient, qui convient à son style d’écriture, mais aussi à l’histoire. Est-ce qu’une histoire peut contenir différentes formes de dialogue ? Pourquoi pas ? En création, tout est possible !

Cet article est le premier d’une série où je vous montrerai les différentes formes que peut prendre le dialogue dans un texte de fiction. Pour vous illustrer ces formes, je puiserai dans le roman que je suis en train de réécrire (Les Sémolines), mais aussi, et surtout, dans des romans d’auteurs chevronnés.

Les chevrons et les tirets. (C’est la forme que j’utilise dans mes textes, c’est celle qui convient le mieux à ma façon d’écrire.) Voici un extrait tiré de mon roman. (J’utilise un narrateur qui est dans le point de vue de Sahale, mon personnage principal.)

Une mouche vola au-dessus de sa tête. La lumière du néon vacillait. Megan resta debout près de la porte, le regard braqué sur lui. Gabrielle prit place sur la chaise d’en face, déposa un paquet de dossiers, et tritura de nouveau son crayon : « Où étais-tu jeudi soir dernier ? »
Sahale la dévisagea, incrédule : « Non, mais… vous n’croyez quand même pas que…
— On explore toutes les pistes. »
Il se frotta le menton. « Euh… Après l’boulot, vers cinq heures trente, j’suis allé m’changer pis j’suis allé m’défouler sur mon vélo dans l’parc d’la rivière Gentilly jusqu’à ce qu’il commence à faire noir. Ensuite, j’ai appelé Joëlle. Il était aux alentours de dix-neuf heures trente. On s’est fixé un rendez-vous pour vingt-deux heures. Entre-temps, j’suis resté à la maison, j’ai bouffé des pâtes, j’ai pris soin d’mes bêtes, je m’suis lavé, j’ai regardé la télé. Pis j’suis allé voir Joëlle. On a discuté dans mon auto pendant une demi-heure. Et j’suis rentré me coucher.
— Donc, personne ne t’a vu ni ne t’a parlé le reste de la nuit.
— C’est ça.
— Tu comprends que tu es un suspect…
— Tabarnak ! » Sahale bondit sur ses pieds : « Vous n’croyez ben pas que j’ai fait ça ? La vue d’une femme tabassée, ça m’met hors de moi !
— Rassis-toi. » La voix de Gabrielle était cinglante.
Il obéit : « Quand même ! Y a des limites aux conneries.
— On explore toutes les pistes, répéta Megan, qui s’était placée derrière Gabrielle. On ignore jusqu’où ta colère peut te mener. Tu as des antécédents judiciaires…
— Et ce weekend, reprit Gabrielle, tu as fait quoi ?
— Samedi, j’ai tondu la pelouse, je m’suis entraîné, et j’ai… »
Il se tut : devait-il leur confier son secret ?
« Et tu as… quoi ? s’impatienta Gabrielle.
— J’ai visionné mes vidéos d’surveillance, dit-il en fixant la table. Depuis que l’corps de mon père n’a pas été r’trouvé, j’surveille ma mère, au cas où il reviendrait. Et là, j’le surveille, lui, pour pas qu’il recommence…
— Il me faudra une copie de ces vidéos, déclara Gabrielle. » Sa voix avait monté d’un cran.
« Euh, oui, sans problèmes.
— Et dimanche ?
— J’suis allé pique-niquer avec Joëlle, son fils et Meredith au Moulin Michel.
— Nous vérifierons auprès de Joëlle.
— J’n’ai rien à cacher. Et cet Alexandre Mariosi n’aurait-il pas quelque chose à voir avec le meurtre de Suzie ?
— Megan est allée lui poser des questions à son bar de danseuses. Mariosi a joué l’innocent et l’a repoussée en disant que si elle voulait revenir, elle devrait avoir un mandat. Il connaît la loi.
— Je suis aussi allée voir le gars qui purge une peine de prison à la place de Mariosi, ajouta Megan. Lui non plus n’a rien voulu dire. Ces deux-là nous cachent des trucs. Mais tant qu’on n’a pas de preuves, on a les mains liées, et ils le savent. »

J’aime cette forme de dialogue : elle permet d’éliminer la répétition infinie (presque obsessionnelle) des « dit-il », « argumenta-t-il », « répliqua-t-il »…, comme l’illustre le court passage suivant.

Sahale bondit sur ses pieds : « Vous n’croyez ben pas que j’ai fait ça ? La vue d’une femme tabassée, ça m’met hors de moi !
— Rassis-toi. » La voix de Gabrielle était cinglante.
Il obéit : « Quand même ! Y a des limites aux conneries…

Après une phrase de narration, écrite du point de vue du personnage, je mets les deux points, ce qui indique au lecteur que la réplique suivante sera du personnage en question. J’élimine ainsi le « dit-il » en question ; le texte s’en trouve plus aéré, plus fluide, et le rythme, plus accéléré.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCette forme de dialogue permet entre autres d’inclure des répliques dans le paragraphe, et ça, j’aime beaucoup : je trouve que ça fait un peu plus littéraire, et ça me convient pour le moment. Comme dans l’extrait suivant, toujours tiré de mon roman :

Joëlle avala une gorgée de café, puis, le regard fixé sur son amie, elle lui expliqua : « Si tu l’avais vu… Ses yeux, son visage… On aurait dit qu’il… » Elle s’interrompit à l’évocation de cette vision qui lui donna le vertige. Elle déposa sa tasse brûlante sur la table. « Mais pour lui, dit-elle en pointant son fils qui maniait la manette de Xbox dans tous les sens, je dois agir. Il a besoin de son père. C’est un peu pour ça que je vous ai invitées, Meredith et toi. J’ai besoin de savoir si je peux à nouveau faire confiance à Sahale. » D’un geste nerveux, elle tira vers elle le pot de bégonias posé au centre de la table et supprima les fleurs fanées qu’elle laissa tomber dans l’assiette de son dessert. Avec l’extrémité de son index, elle gratta un bout de crémage séché qu’elle porta à sa bouche. Le goût chocolaté la réconforta à peine : « Comment est-il ? Est-ce qu’il a changé ? Est-il encore aux prises avec ses… » Elle planta ses yeux dans ceux de son amie : « J’ai fait mes recherches. Je sais qu’il travaille pour ton ex au garage La Taule, qu’il fréquente le bistro La Trinquée, qu’il rend souvent visite à sa mère, qu’il s’occupe de sa grand-mère, qu’il n’a plus eu affaire à la police depuis sa peine de prison, qu’on lui demande chaque année de faire partie de l’équipe technique pour le Carnaval, qu’il…
— Calme-toi, Joëlle, fit Suzie en posant une main ferme sur la sienne. »

Pour conclure, voici un dernier extrait d’un auteur que j’affectionne beaucoup, et qui utilise cette forme de dialogue. L’extrait est tiré d’Une vérité délicate de John le Carré, p.73.

« Alors, dis-moi tout, Matti, parce que personne ne veut rien me dire. Qu’est-ce qui a mal tourné à la Défense quand mon patron était en place ?
― Euh, oui, bon, je ne peux pas te dire grand-chose, commence Matti, l’air contrarié, en hochant sa longue tête caprine. En gros, voilà : ton homme a joué les francs-tireurs, nos services lui ont sauvé la peau et il ne nous l’a jamais pardonné, ce sale con.
― Vous lui avez sauvé la peau ? Ça veut dire quoi ?
― Il a essayé de faire cavalier seul, crache Matti.
― Pour faire quoi ? À qui ?
― Euh, oui, bon, répète Matti en grattant son crâne chauve. Je ne suis pas directement concerné, tu comprends. Ce n’est pas mon rayon.
― J’en ai conscience, Matti, et je le comprends très bien. Ce n’est pas mon rayon non plus. Mais je dois pouvoir veiller sur lui, quand même.
― Tous ces pourris de lobbyistes et de marchands d’armes qui s’attaquent aux lignes de faille entre l’industrie de défense et le complexe militaro-industriel… », se plaint Matti, comme si Tobby connaissait bien le problème.
Mais Tobby ne le connaît pas, aussi attend-il la suite.

Voilà. Comme vous avez pu le constater, on utilise le chevron ouvrant pour introduire la première réplique ; ensuite, si les répliques se suivent dans le dialogue, on met des tirets ; et l’on met un chevron fermant à la fin de la dernière réplique.
Dans le prochain billet, je vous parlerai de la forme la plus connue du dialogue : les tirets.

(Tiré du blogue Créer la vie d’Annie Perreault.)

Notice biographique alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Annie Perreault est née le 24 mai 1968 à Châteauguay. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans la campagne enchanteresse de Tingwick, petit village des Cantons de l’Est. Mère de deux adolescents, enseignante en mathématiques de formation (métier qu’elle a exercé pendant une dizaine d’années), amoureuse du même homme depuis 24 ans, Annie est avant tout une écrivaine dans l’âme. Elle écrit pour être une meilleure mère et une meilleure conjointe. Son premier roman, Adeline, porteuse de l’améthyste, a paru aux éditions Pierre Tisseyre, dans la collection Conquête, en 2008.


Is this Desire ? un texte de Clémence Tombereau…

20 mai 2016

Is This Desire ?

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Ces curieuses périodes la prenaient en flagrant délit d’existence : elle vivait, comme tout le monde, humaine parmi les humains, contrite quelquefois dans le carcan de toutes les choses qu’un être humain se doit de faire – ou de ne surtout pas faire, savoir-vivre oblige – quand l’animal en elle surgissait.

Cela s’engouffrait jusque dans sa physionomie : son corps se déliait, se rapprochant du mieux qu’il pouvait d’une nature liquide, mouvante, fourbe et insaisissable, ne pesait plus grand-chose, se creusait jusqu’à devenir un abîme qui n’était que désir. Un puits sans fond. Des abysses s’étendant jusqu’aux racines obliques de l’humanité, à cet âge où les besoins de l’homme relevaient de la survie : instinctivement perpétuer la race et éviter la mort. Elle n’était alors que cela – désir crucial.

Son visage, quant à lui, puisait dans ces méandres une étrange lueur : elle s’étoilait. Ses yeux se faisaient phares dans l’obscur quotidien, brillants comme pris de chagrin, de fièvre, d’extase ou bien de drogue, regard capable de parcourir alors le cosmos d’un seul battement de cils – fardés.

Sa bouche se paraît d’un renflement sensuel : purpurine, irriguée de plus belle par un sang devenu lave folle, ces lèvres n’étaient alors qu’une terre féconde où le monde et bien plus promettaient de fleurir.

Une imperceptible mutation se faufilait sous ses pores, sous sa peau, naviguait dans ses veines : sous la carapace du si banal humain, le désir prenait ses aises, se personnifiait, hydre affolante, goulue d’espaces, de corps et d’infinies jouissances.
Oh ! Il fallait la voir ces jours-là ! Certains d’ailleurs n’étaient pas dupes, peut-être connectés comme elle à une forme primitive de l’humain. Certains, oui, semblaient deviner l’infime différence, la serpentine sensualité qui ne demandait qu’à être assouvie, caressée et domptée pour, enfin, si possible, se rapprocher du vide, de la mort, de la vie, de tout ce qui finalement se ressemble beaucoup trop.

(Titre : PJ Harvey)

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Comme le disait Monsieur de Tocqueville… par Alain Gagnon…

19 mai 2016

Dires de Tocquevillealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Tocqueville et nous — Lire nourrit l’intelligence et l’imagination, mène à la réflexion ; lire mène surtout à comprendre les situations sociopolitiques de notre époque par comparaison avec ce que vivaient, ressentaient où conjecturaient des philosophes d’une société ou d’un temps autres.  Ci-dessous, quelques notes glanées dans l’ouvrage d’Antoine Redier, Comme disait Monsieur de Tocqueville Nous les partageons.

Sur l’individualisme :  Il est banal d’affirmer que l’individualisme conduit à la servitude.  Mais on envisage ordinairement la question sous un seul aspect.  Tout le monde sait que, dans une société où chaque individu s’est isolé des autres, la foule des citoyens ne forme plus un corps puissant, mais un innombrable troupeau, dont chaque tête est sans force vis-à-vis du pouvoir.

Sur la démocratie et la culture, lors de son voyage en Amérique au 19e siècle :  L’inquisition n’a jamais pu empêcher qu’il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre.  L’empire de la majorité fait mieux aux États-Unis :  elle a ôté jusqu’à la pensée d’en publier.  (Faut dire que les Américains se sont bien repris au XX e en donnant à la littérature mondiale Hemingway, Faulkner, Caldwell, London, Kerouac, Capote…  AG)

Décentralisation judiciaire à l’américaine :  Français accoutumés à la centralisation, c’est-à-dire à la servitude, c’est toujours un objet de surprise et d’admiration que d’apprendre qu’un juge américain peut ne pas appliquer la loi si la loi lui semble injuste ou mal fabriquée.

La liberté :  Il y a d’ailleurs deux sortes de liberté.  Celles que concède ou refuse le pouvoir et celles qu’on prend sur soi-même en s’affranchissant, par vertu civique, de la paresse, de la peur, de toutes les bassesses humaines.

Jugement sur les Américains :  Nous avions affaire, avec les Anglais, à des gentlemen ; avec les Américains, à de grands enfants aux gestes encore gauches, à d’honnêtes enfants, mais qui n’auraient pas eu de parents pour les élever.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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La bouche de Julia Roberts, les fesses de Jennifer Lopez…, un texte de Myriam Ould-Hamouda

17 mai 2016

La bouche de Julia Roberts… julia-roberts-allure-october-2015-03

Il y a celles qui veulent la bouche de Julia Roberts et celles qui réclament les fesses de Jennifer Lopez. Il y a celles qui préfèrent se refaire les seins pour mettre toutes les chances de leur côté, et celles qui aimeraient bien elles aussi s’autoriser à préférer ; mais dont le porte-monnaie, pas plus gonflé que leur poitrine, leur permet juste de feuilleter les pages des magazines féminins en enviant tous ces corps parfaits. La chirurgie esthétique ne m’a jamais fait du pied, comme ça fait longtemps que je désinvestis ce corps qui ne sait pas marcher droit et de toute façon ne va jamais nulle part.

Moi, je voulais juste avoir les yeux qui brillent, qu’ils aient toujours assez d’histoires à te raconter pour tu veuilles bien y plonger et oublier cinq minutes toutes ces bouches, toutes ces fesses, toutes ces poitrines de toutes ces vraies femmes qui ne titubent jamais, même du haut de leurs talons aiguilles. Moi, je voulais juste avoir les yeux qui brillent, qu’ils aient toujours assez de pays à te faire voir pour que tu ne te sentes jamais à l’étroit dans mes bras et que t’oublies cinq minutes ces envies de cavale qu’on porte tous en nous, comme des bras qui étreignent ne sont en fait rien d’autre qu’un étau qui se resserre ; comme des yeux, aussi brillants soient-ils, n’éclairent jamais dans la nuit. Les cinq minutes sont passées, la nuit est tombée, et je n’ai même pas une prothèse à laquelle me raccrocher depuis que mes yeux ne savent plus briller.

Moi, je voulais juste avoir les yeux qui brillent, mais dis-moi de quoi j’ai l’air maintenant que je n’ai plus aucune histoire à te raconter, aucun pays à te faire voir, et que ce ventre que j’ai oublié de nourrir te fait si peur chaque matin que tu préfères rejoindre toutes ces bouches, toutes ces fesses, toutes ces poitrines plus en vie que mon corps déserté.

Il y a celles qui veulent ressembler à Barbie et celles qui ne supportent plus d’avoir alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecle nez de maman. Il y a celles qui préfèrent remplir leur solitude de botox et coller du plastique tout autour de leur désir ; et celles qui se moquent d’elles mais se charcutent quand même, peut-être un peu plus et c’est bigrement moins joli, à chaque fois que leur solitude et leur désir font trop de bruit.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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L’adorable Ludovic, un texte de Karine St-Gelais…

15 mai 2016

Pour toi, cher Chat, un petit clin d’œil qui ne louche pas…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

On dit que le chat vit entre deux mondes. Pas tout à fait ici et un peu là-bas. Un œil sur nous et l’esprit de l’autre côté. Il captive les amoureux des félins et nos ancêtres depuis toujours. Il était un dieu chez les Égyptiens, la déesse Bastet. Soit qu’on les adore, ou qu’on les déteste, d’autres en ont peur tandis que certains en ont trop. Peu importe ce qu’on en pense, nous sommes tous d’accord sur quelque chose, ils inspirent le mystère, la perfection et le charme. Créature du dieu soleil ou enfant d’Amon, fils du diable, il est certain que le chat est connu pour son tempérament à deux visages. Son antagonisme fascine ou terrifie. Il arbore fièrement au quotidien son indépendance et par la suite se laisse trahir par ses ronronnements affectueux. Le chat est et restera aux yeux des hommes, un symbole de l’au-delà.

L’Égypte lui vouait un culte, stimulant ainsi l’amour et l’énergie charnelle pour assurer leur dynastie. Il protège encore farouchement la Vallée des reines à travers le temps et son côté sacré n’échappa pas au Moyen âge, à l’Inde, ni au Japon, et il conquerra toute l’Europe. On plaisante souvent en disant qu’il a 9 vies, qu’il retombe toujours sur ses pattes, qu’il se purge de nos ondes négatives absorbées durant la nuit en dormant une bonne partie de la journée et que malgré sa domestication, il est resté un chasseur hors pair. Dans le passé, il était le familier des sorcières chassant les mauvais esprits des chaumières, tout en restant un mauvais présage pour les superstitieux lorsqu’il naissait avec un pelage noir corbeau. L’humain a dompté son côté tendre, mais nous n’aurons jamais le contrôle de son instinct sauvage…

Ludovic est un magnifique matou qui est entré dans ma vie, un jour, comme un « chat dans un jeu de quilles ». Des récits rappellent que si un chat choisit votre demeure, c’est que vous aviez besoin de lui, à ce moment précis de votre existence. Il faut l’accueillir, le nourrir, lui apporter chaleur et réconfort, car il risque de vous retourner la pareille. Il était là, tout penaud, un lundi matin de mai, me disant bonjour d’un miaulement long et rauque au seuil de ma porte. Il portait un joli collier noir avec une médaille en argent. Son nom y était gravé. « Il appartient surement à quelqu’un », me dis-je. Je fis des recherches, je passai son annonce plusieurs fois sur les réseaux sociaux, j’ai même appelé la SPCA de ma municipalité, mais rien, toujours rien, même après plusieurs mois. Il n’a jamais essayé de s’enfuir ; même à l’extérieur, il restait tout près de moi. Je me souviens, je me disais : mais qui a eu l’audace d’abandonner un tel chat !

Mon conjoint et moi essayions à cette époque d’avoir des enfants. Je venais tout juste de me remettre d’une fausse couche. J’étais encore sur les hormones de grossesse et Ludo, de son surnom, m’était d’un incroyable réconfort avec ses ronrons. Il y avait quelque chose d’étonnant dans ses yeux vert émeraude. Un regard profond et rempli de sagesse. Quel âge pouvait-il bien avoir ? Poils au vent, il surveillait son nouveau territoire comme un roi. Il dormait sur mon ventre, sa chaleur me faisait le plus grand bien. Jusqu’au jour, où, surprise, j’appris que j’étais de nouveau enceinte. Ayant eu quelques fausses couches, dont la dernière qui fut très douloureuse, j’étais très anxieuse. Ludovic passa les neuf mois suivants lover contre mon ventre. Le jour J arriva… Nous revenions avec le petit Gabriel, Ludo nous attendait de pied ferme, comme s’il voulait savoir si tout allait bien. Je couchai le bébé dans son landau, il dormait à poings fermés. Ludovic le veillait de son iris, porte ouverte vers un autre monde. Soudain, il se leva, se retourna et se dirigea vers la porte d’entrée. Un miaulement aigu retentit, je compris qu’il voulait aller dehors, mais sans moi.

Après coup, je me dis aujourd’hui que jamais je n’aurais dû ouvrir la porte ce jour-là. Il fit ce qu’il n’avait jamais fait au paravent : comme un automate, il prit le chemin de l’entrée asphaltée vers un avenir incertain. Il se dirigea tout droit vers la route principale. Je criais son nom par-delà mon balcon. Il se retourna une dernière fois, me regarda longuement et reprit son chemin, sans jamais revenir. Les yeux baignés de larmes, je le vis disparaitre au loin. Il semblait savoir où il allait, comme soudainement chargé d’une mission.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe songe à lui comme un vagabond à l’âme charitable. Je fis des recherches, je passai son annonce plusieurs fois sur les réseaux sociaux, j’ai même appelé la SPCA de ma municipalité, mais rien, toujours rien, même après plusieurs années, je n’ai jamais eu la moindre nouvelle de lui. J’aime aujourd’hui l’imaginer éternel. J’aime rêvasser qu’il est dans les bras d’un autre être dans le besoin, ronronnant. Mon Ludo, comment pourrais-je t’oublier ? Depuis, chaque matin que dieu fait, j’ai peur de te retrouver sur la chaussée, ensanglanté, agonisant ! Je me rappelle ton pelage noir et blanc, le bien et le mal qui s’entrelacent dans la douceur, le yin et le yang se rencontrant en parfaite harmonie. Mon Ludovic, mon ami, mon messager. Le chat vient peut-être d’un autre monde, doté de pouvoirs qui lui appartiennent, il semble en effet immortel. Je comprends maintenant les Égyptiens de les avoir tant vénérés.

Karine

Notice biographique

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous aimons ses textes pleins de fraîcheurchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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Mensonges et vérités, par Alain Gagnon…

13 mai 2016

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecActuelles et inactuelles

 

Mensonges et vérités — « Dans les coulisses de notre univers multidimensionnel, dans ce que les auteurs de science-fiction se plaisent à nommer l’hyperespace, voyageraient, rôderaient une multitude d’êtres que nos sens ne peuvent percevoir, sauf en de rares occasions[1].  Pour prendre un raccourci, Jacob, situons-les quelque part entre l’homme et Dieu.

On y retrouve des alliés, des gardiens bienfaisants, mais aussi des bourreaux et des trompeurs.  Plusieurs influent sur le destin de la Terre, sur notre histoire.  Lorsque tu lis les textes sacrés, lorsque tu étudies les diverses traditions religieuses, demande-toi, toujours :  Qui parlait ?  Qui transmettait ces messages[2] ?  Certains veulent conserver leur cheptel – nous.  D’autres souhaitent contrecarrer le plan de la Providence.  D’autres veulent nous libérer de cette prison, de ce parc d’élevage, et nous faire prendre conscience de notre vraie nature comme personnes humaines, afin que l’histoire de notre planète réintègre le grand dessein cosmique.

Ces êtres ne sont pas des dieux, à peine des demi-dieux, même si certains se sont fait adorer et ont fondé des religions.  Ils nous ont abusés et nous abusent encore par leurs prouesses techniques[3].  (Propos pour Jacob, La Grenouille Bleue) »

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecToutefois, souviens-toi toujours que sur ce semblant de chaos cosmique veille, crée et soutient le Dieu d’amour et de perfection, inconnu, inconnaissable et innommable.

[1] Les  phénomènes insolites relèvent parfois de ces rares occasions.
[2] Qui parlait avec Moïse sur le mont Sinaï ?  Incitait au meurtre les Hébreux ?
[3] Peut-être aurions-nous dû demeurer inconscients, donc innocents, un temps plus long : le temps de notre développement physiologique et moral.  Par leurs manipulations hétérodoxes, des créateurs rebelles ont peut-être accordé trop hâtivement liberté et conscience éthique à des embryons d’êtres, qui baignaient encore dans les nécessités par trop contraignantes, pour des êtres moraux, de l’animalité – nécessité de tuer constamment pour survivre.  Ce serait là la faute originelle, où nous n’avons eu aucune part. Peut-être auraient-ils dû attendre que, tout comme les plantes, l’évolution nous ait dotés d’organes permettant la captation directe des énergies, solaire ou autres, nécessaires à la vie, sans avoir besoin de recourir au meurtre, à la destruction d’animaux ou de plantes ?  L’impatience plus que l’orgueil aurait été le péché des anges déchus ?

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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