Ma traversée du pays fantôme, Claude-Andrée L’Espérance…

23 février 2017

Paysage d’hiver

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Trébucher, s’enfoncer, se perdre
rafales, bourrasques et giboulées
pays sans horizon
chutes d’étoiles
à n’en plus voir le ciel

il a neigé, il neige, il neigera…

nous oublierons

dans la montagne
au garde-à-vous
veillent les épinettes

 

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dominique Blondeau nous parle de Jean-Pierre April…

22 février 2017

Histoires insolites mais véridiques *** 1/2 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

On lui envoie des courriels, des cartes virtuelles auxquels elle ne répond que si on lui téléphone pour lui signaler nos marques d’amitié. Elle craint la révolte des machines si nos messages traversent trop rapidement l’espace. La poste est pour elle l’apanage d’une lettre enfermée dans une enveloppe, timbrée, oblitérée humainement. On se moque gentiment d’elle, on l’accuse d’outrages au modernisme, elle éclate d’un rire éraillé, elle a quatre-vingt-huit ans. On a lu les contes de Jean-Pierre April, Méchantes menteries et vérités vraies.

Si les contes, qui ont enchanté l’enfance de plusieurs lecteurs et lectrices, sont remis en question à cause de leur soi-disant manque d’innocence, ceux que propose ici l’écrivain, sont sans équivoque. Ils ont été rédigés pour des adultes avisés. Ces histoires mi-burlesques, mi-pathétiques, se déroulent de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours ; elles se situent dans des villages québécois dont plusieurs n’existent plus. Il n’est pas nécessaire de respecter la chronologie du temps pour savourer ces contes à leur juste mesure. Parfois, à leur grinçante démesure. Si on a choisi d’accompagner l’écrivain-conteur dans ses déambulations bien souvent hivernales, c’est pour mieux se réjouir, ou se désoler, d’une époque où cochons et maîtres mangeaient, dormaient ensemble pour se tenir chaud. « Les animaux restaient avec le monde », affirme le narrateur, presque jubilatoire. Jusqu’au ménage, décrète une grand-mère, qui « vire les planches de bord », tellement la saleté envahit la pièce. Et puis, la « marmaille » s’amuse « ben » avec la « cochonnaille », nous convainc-t-elle. Il faut s’attendre à quelque animosité pointue dirigée contre le boss anglais, toutefois enrobée d’une ironie maligne et cinglante. Les femmes, maîtresses consacrées au royaume de diverses maisonnées, les mères et les bébés, suspendus aux branches, prostituées et religieuses tiennent les hommes en laisse, la folie en place. Les incendies, symboliques, ou brasiers ravageurs, enflamment les cœurs et la chair. Il y a aussi les silences complices, ceux qui protègent les pécheurs coupables d’actes réprouvés, absouts par le curé, qui font que la mémoire entasse des anecdotes savoureuses, pour concocter des légendes plus ou moins vraisemblables. Nous savons que le temps augure mal lorsque les témoins sont morts, que les langues se délient maladroitement. Exagérément.

On théorise sur des événements qu’on décrit à peine, ne désirant pas à notre tour leur apporter matière à menteries, les lieux se livrant moindrement quand on les imagine enneigés pendant trois hivers d’affilée, sans qu’un printemps se montre pour décrotter les villageois de Saint-Julien, la neige les ensevelissant jusqu’au renouveau saisonnier. Menterie improbable ? À grands pas, ne pouvant parler de tous ces récits captivants, on a enjambé des années, franchi des espaces trop glacés, trop engourdis de frustrations pour s’y attarder. On pense à la petite bonne femme à grosse tête, prisonnière de religieuses malveillantes, parce qu’elle s’évade de l’hôpital pour respirer les fleurs dans un jardin environnant. La haine vaincra l’innocence, la poésie, enfermée dans cette grosse tête. Pour oublier tant de méchanceté abusive, si cela est possible, et si cela est vrai, cette histoire de pouvoir tyrannique, on se dirige vers les maisons de perdition, comme se dénommaient les maisons closes, les maisons de débauche. À Saint-Paul-de-Chester, il y en avait cinq. Elles ont eu un destin digne et grivois, de connivence avec les « filles » qui s’y adonnaient sans grand plaisir, avec les « gars [ qui ] y buvaient, fêtaient et baisaient. » Le conte, La vraie vérité sur le but refusé d’Alain Côté, peu importe la véracité de ce texte hilarant, reflète la passion d’un peuple envers son sport national. On est spectatrice d’une poignée d’hommes pour qui la vie ordinaire est un enjeu expiatoire. La dernière menterie ou vérité vraie, bien que bellement séduisante, nous laisse perplexe. Le garde-manger sans fond, unissant les mains de Karine et de Samuel, un 16 août 2015, dérange nos principes de lectrice avertie. Pas le garde-manger mais les aliments qui disparaissent sans laisser la trace d’une souris vagabonde…

Ces récits aux façades tristes ou souriantes, qui ont ravi notre regard étranger, limitent alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec cependant notre perception d’une culture différente de la nôtre. Leur quête symbolisant un émouvant et saisissant passé, on est persuadée que ces écrits ne doivent pas disparaître. Ils témoignent de petites joies, de grandes misères, sur lesquelles s’est bâti un pays où il fait bon vivre. La mémoire s’avère un sceau indélébile quand elle verbalise de bouche insinuante à oreille malicieuse ce qui, avant nous, se révélait nécessaire pour se souvenir que la vie n’est ni tout à fait méchante menterie ni tout à fait vérité vraie. Moralité, s’il y en a une à tirer de ce recueil divertissant, nous trichons tous et toutes un peu, et c’est bien ainsi.

Méchantes menteries et vérités vraies, Jean-Pierre April
Éditions du Septentrion, collection Hamac,
Québec, 2015, 165 pages

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’inconnue de la Cité, un texte de Carine Lejeail…

21 février 2017

L’inconnue de la Cité

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Je suis rentrée dans la rame bondée en poussant légèrement les gens devant moi. Je n’aime pas faire ça, mais les passagers bloquaient l’entrée alors qu’il restait de l’espace derrière eux. J’étais chargée. Mon œil a accroché une place assise étonnamment vide. Laborieusement, j’ai mis le cap sur le siège libre et, à mesure que les gens se décalaient sur mon passage, je te découvrais, fièrement assise sur le siège d’à côté. Maquillée de frais, l’attention dans les détails. Ta robe noire aurait certainement préféré une fraîche soirée d’été à un après-midi étouffant dans les transports, mais ta candeur faisait oublier ce choix un peu décalé. Tu m’as vue arriver maladroitement, tanguant au rythme de mon fardeau. Tu m’as lancé un regard rayonnant, un sourire chaleureux, un message de bienvenue comme on devrait en croiser plus souvent. J’ai répondu à ton sourire et je me suis posée lourdement à tes côtés, mon sac plein de la fatigue des jours passés. Au premier regard, j’avais compris. L’âme d’une femme emprisonnée dans un corps d’homme. Et bataillant ferme. Je laissais couler mon regard de côté, aussi léger qu’une caresse, pour ne pas te déranger. Un regard aérien, empreint de curiosité. Pas comme ces œillades que je voyais peser sur toi, lourdes et grasses, jetées à la dérobée, la moquerie aux coins des yeux. Non. J’avais envie de te parler, de te dire mon admiration, de connaître ton histoire. Dans ma tête, tout résonnait de l’écho de la maladresse. Alors je n’ai rien dit et j’ai perdu mes pensées sur les visages qui nous entouraient.

« Cité », le cœur de Paris. Tu t’es levée pour descendre et te perdre dans la ligne de foule en fuite du quai bondé. C’est là que j’ai vu. Vraiment vu. Devant moi, une femme et un homme. Des amis. Leurs yeux complices se sont rencontrés au rendez-vous de ton départ. Sur la bouche de la femme s’est posée une moue dubitative, tandis que ses sourcils s’arquaient d’un étonnement blasé sur des yeux mi-méprisants, mi-sceptiques. Dans cet échange silencieux, tout était dit. Nous, les gens normés, les gens comme tout le monde, indétectables dans la foule des pareils. Nous, les gens biens, avec une assurance crâne et une poussière de condescendance, on te considère de haut, toi, le personnage étrange. On ne te comprend pas. On ne sait rien de tes choix, de ta vie, de tes joies, de tes souffrances, mais c’est quand même pas joli-joli.

Mesdames et messieurs les gens normés, je vous souhaite un jour d’avoir ne serait-ce que la moitié du courage de cette femme. La force de vous lever le matin, d’endosser votre vraie personnalité, et de partir tête haute affronter un monde où la violence se cache à la croisée des regards, où le jugement est un préambule à chaque interaction de la vie quotidienne : pour acheter le pain, prendre le métro, aller travailler. Le cran d’affronter une vie où vous n’êtes plus un homme, une femme, mais où vous êtes la différence qu’on pointe des yeux.

Et toi, chère inconnue à qui je n’ai pas osé parler, merci de m’avoir rappelé l’importance de la fierté.

 L’auteurealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Fille du nord, née à Arras en 1976, elle étudie d’abord les arts puis l’histoire moderne. A 25 ans elle devient professeur des écoles à Berck sur Mer, se spécialise dans l’enseignement du Français Langue Étrangère et passe trois ans à travailler avec les enfants en demande d’asile. En 2007, elle quitte tout pour vivre à Madrid où elle intègre le centre international de services d’IBM. C’est au cœur de la capitale espagnole que naît son envie d’écrire. Un projet d’écriture à long terme commence à se former.  De retour en France, en région parisienne, elle s’inscrit aux ateliers d’écriture « En roue libre »qu’elle suit jusqu’en 2016. Elle participe également aux ateliers d’écriture du Prix du Jeune Écrivain sous la direction de Christiane Baroche. En 2017, elle publiera son premier roman: Shana, fille du ventaux éditions Phénix d’Azur.

Publications :
Le poids de la poussière accumulée (Recueil « Les femmes nous parlent »)
Éditions Phénix d’Azur – septembre 2016 – Recueil de nouvelles

Fers d’encre et de papier‏ (Recueil « Le chant du monde‏ »)
Éditions Rhubarbe – avril 2015 – Recueil de poèmes et de nouvelles

Jeux d’ombres et de lumière (Recueil « Derrière la porte… »)
Opéra Éditions – 14 novembre 2014 – Prix littéraire 2014

Suivez-la sur sa page


Yvon Paré nous parle de Dany Tremblay…

20 février 2017

Dany Tremblay explore Baie-Sainte-Catherine

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecUn second recueil de nouvelles pour Dany Tremblay en quelques mois. «Le musée des choses» est constitué de onze textes, dont plusieurs ont été publiés auparavant dans «Miroir aux alouettes». La nouvellière avait fait la même chose, l’automne dernier, dans «Tous les chemins mènent à l’ombre». Un travail d’orfèvre et de retouches qui pousse chacun de ses écrits dans leurs derniers retranchements.

Dany Tremblay explore un univers qui tourne autour de Baie-Sainte-Catherine, à la rencontre du Saguenay et du grand fleuve qui vogue jusqu’à l’océan. Un pays d’arrivées et de départs, un lieu d’excès et d’empoignades. Un monde dur et âpre, giflé par les vents, chargé par la pluie, la neige et le froid. Il y germe la tendresse, parfois l’amour, le drame qui vient par certains gestes irréfléchis.

Les personnages, le lecteur a appris à les détester ou à les aimer lors des parutions précédentes. Marie s’enfuit après avoir mis fin à la violence. Raymond, Clara, Ruth et Monsieur Santoni sont là, au centre de leur vie, en attente ou sur le point de commettre l’irréparable.
Les personnages de Dany Tremblay sont souvent des éclopés et des marginaux. Coq-L’œil, le souffre-douleur, est foudroyé en croisant une fille qu’il a connue à la petite école. Clara a survécu en longeant la rive de sa vie.

«Si tu savais mon trouble, Raymond, l’agitation en moi, les serrements, l’angoisse, tout ce qui va avec. Tu te trouvais à Lévis, moi dans l’autobus. Il s’agissait une fois encore d’un mauvais timing. Je me suis demandé s’il fallait me précipiter à l’avant pour ordonner au chauffeur de s’arrêter, de me laisser descendre. Je n’arrivais pas à me décider et, petit à petit, la distance s’est élargie.» (p.47)
Rien n’arrivera comme de raison.

Pays

Les objets se patinent de souvenirs, de drames et de tempêtes qui ébranlent toutes les vies. Il suffit d’un regard, d’une circonstance pour que tout revive.

«J’étais trempée, inquiète. Une goutte d’eau a dégouliné dans l’échancrure de ma jaquette. Il n’a pas été facile de me convaincre de l’improbabilité que quelqu’un se trouve dehors sous cette pluie, de l’impossibilité de percevoir la moindre plainte avec ce vent. Je me suis raisonnée. Mais le sifflement du vent, c’était à s’y méprendre, croyez-moi. Je campais sur le site trente et un, la dernière parcelle de terre que cette femme avait foulée avant de sauter sur la glace.» (p.89)

Des lieux risquent d’emporter les personnages, de les pousser hors de soi. Les protagonistes sont hésitants et maladroits avec Raymond et Clara, calcul avec Monsieur Santoni. Rita berce son enfance dans la grande chaise héritée de ses parents pendant que Ruth tente de survivre après un viol.

Araignée

Dany Tremblay a un formidable talent pour broder des intrigues. L’écrivaine travaille à la manière d’une araignée qui tisse sa toile, attire sa victime avec lenteur et précision.

«Il y a des trucs que je m’explique mal, des histoires dont on n’a jamais soufflé mot, Comme alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec lorsque nos regards se sont croisés. C’était dans une soirée à la fin du cégep. Je t’ai entendu dire salut, j’ai relevé la tête, je t’ai vu sourire à quelqu’un. Je me suis trouvée bête, tellement bête, j’avais cru un instant que tu me parlais. Je suis rentrée pas longtemps après. Je ne voulais pas être dans les parages, au cas où tu ne partirais pas seul. Souvent, la fuite reste la seule solution.» (p.96)

La nouvellière a le grand art des petits riens qui meublent la vie de tous les jours. Tout est important dans la construction de ses nouvelles.

Une écriture sans bavure, le don de ramasser une vie autour d’une chaise berçante, d’une rencontre à l’épicerie, du saut qui fait glisser dans une autre dimension. L’art du drame qui mijote tout doucement dans un monde en attente, lisse et d’aspect inoffensif.

Il vaut mieux peut-être avoir lu «Tous les chemins mènent à l’ombre» avant de s’aventurer dans «Le musée des choses». Le lecteur qui découvrirait cette écrivaine par son dernier ouvrage risque de ne pas trop saisir ce qui emporte certains personnages. Des sonates lentes qui inventent un monde et ne vous laissent jamais en paix.

Le musée des choses de Dany Tremblay a été publié à La grenouille bleue.

Auteur

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJournaliste, écrivain et essayiste, Yvon Paré a publié une douzaine d’ouvrages, un essai, des romans, de la poésie et des récits.  Signalons Les plus belles années, Le Réflexe d’Adam, Les Oiseaux de glace et Le souffleur de mots.  Les récits de voyage Un été en Provence, Le tour du lac en 21 jours et Le Bonheur est dans le Fjord ont été écrits en collaboration avec Danielle Dubé.

Lecteur attentif, il a rédigé de nombreux articles portant sur les œuvres des écrivains du Québec dans Le Quotidien et Progrès-Dimanche où il œuvré comme journaliste.  Il collabore à Lettres québécoises depuis une quinzaine d’années en plus d’être l’auteur d’un blogue fort fréquenté.

Le voyage d’Ulysse, un roman où il suit les traces du célèbre personnage d’Homère, en l’invitant au Lac-Saint-Jean et en inventant un monde possible et imaginaire.  Il a remporté le prix Ringuet du roman de l’Académie des lettres du Québec avec ce roman en 2013 en plus du prix fiction du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  Son dernier ouvrage, L’enfant qui ne voulait plus dormir, un carnet fort louangé, explore les chemins de la création.

On peut retrouver l’ensemble de ses chroniques sur http://yvonpare.blogspot.com/.


Que sera la vie ? Un texte de Jean-Marc Ouellet…

19 février 2017

Que sera la vie ? alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Que sera la vie quand la vie ne sera plus la même ? Que sera la vie quand l’identité génétique d’une espèce entière sera modifiée ? * Que sera la vie quand des animaux ne produiront que des mâles ; quand pour sauver une espèce, une autre sera modifiée ? Que sera la vie quand on aura altéré les gènes sans connaître l’irréversibilité des impacts sur les créatures et les écosystèmes ? Que sera la vie quand des gènes génocidaires seront relâchés dans la nature ?
Que sera la vie quand on choisira le beau, le fort, l’intelligent, alors que le laid, le faible et le défavorisé se retrouveront parmi les immondices ; quand les créatures qui, naguère, étaient des hommes, ne seront plus des hommes, mais des machines ? Que sera la vie quand l’homme, après avoir tué le Créateur, se prendra pour Dieu et créera la créature ; quand, horrifié, il constatera le monstre qu’il aura créé, sans pouvoir lui échapper, son chef-d’œuvre l’annihilant à son tour ?
Que sera la vie quand les ondes électromagnétiques mueront les cellules en cancers et brouilleront les ondes cérébrales, l’homme ne reconnaissant plus l’homme et emportant l’humanité ? Que sera la vie quand les bombes cracheront leurs protons et anéantiront les masses ; quand la sécheresse desséchera jusqu’aux racines ; quand l’océan ne sera plus que purée de plastiques et que les créatures aquatiques engraisseront les rivages et les alluvions des résidus toxiques ingurgités ? Que sera la vie quand les poumons noircis de suie et d’acide peineront à vivre et à faire vivre ?
Que sera la vie quand la fraction de seconde de notre éphémère passage sur Terre ne sera plus qu’un fait divers dans l’univers et que notre absence attendrira peut-être la poussière d’étoiles ?
Que sera la vie quand elle aura renversé les barrières, qu’elle aura traversé les champs de cadavres et de ruines, qu’elle aura trouvé refuge dans les profondeurs de la Terre-Mère et que, résiliente, elle aura triomphé des dangers et de l’incurie pour prendre son envol vers de nouveaux horizons ?
Que sera l’âme de la vie après la mort ?
Que sera la vie ?

*http://urlz.fr/4NBB

© Jean-Marc Ouellet 2017

Notice biographique

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Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Géographies intimes, une publication d’Alain Gagnon à la Taverne Bleue…

19 février 2017

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

En ligne et gratuit pour un temps… http://urlz.fr/4P7x

Vous pouvez télécharger gratuitement l’application de lecture Amazon pour vos PC, tablettes… à l’adresse suivante : http://urlz.fr/45dj

Présentation : Les humains, comme les chiens, les chats et les mustélidés, marquent leurs espaces, leurs territoires extérieurs et intérieurs.
Sur les landes, les toundras, les steppes, et sur les places urbaines, on retrouve des cairns, inuksuks, stûpas, stèles, bornes… Dans l’univers intérieur de chacun se dressent des poèmes, des nœuds de sensibilité, de repère et d’accord à soi qu’occultent les mystères du sujet.
Amérindianité par les chants, nordicité par les paysages, monde urbain par les bars, ruelles et terrains vagues aux cœurs des villes… tous ces éléments se mélangent pour donner au lyrisme unique de ce recueil de brèves proses une touche essentiellement québécoise et contemporaine.

Extrait de Stûpa quatrième : les femmes :
« Une Autre vient, qui est musique. Toute musique émane d’elle. Elle résume le monde par sa musique. Sa mélodie est la seule qui apaise et accorde plénitude. Hors sa présence, le monde s’englue dans un silence où se réverbèrent les appels du néant. »

Et cet extrait des Poèmes de la pluie lente :
« Un dimanche, avant la nuit. Les poèmes choient de haut, l’un sur l’autre, pour apaiser l’ardoise des toits.
Pluie lente sur les halles et les saules du port. Gris des allées où tintent les cloches aigres dans la brume longue à confondre les rues.
La bruine ride les bassins de rires. »

Qui pourrait oublier la danse de Markita, au point focal de son chant blanc où des oiseaux l’assaillent :
« Lorsqu’elle danse, Markita voit des oiseaux muets. Effilés, ils giclent du noir, becs en dard, pour voler vers elle — cris stridents. De derrière la foule, d’entre les têtes blondes, grises ou noires, qui fixent leurs yeux givrés sur sa danse, ses membres, son corps. Des oiseaux gris, fous, célères, dont les plumes aigües balafrent l’espace de la musique. »

Et cet extrait de Retailles en marge de l’écrit…
« L’Atlas — page ou écran. Géographie du gagner ou du perdre. Géopoétique. Mots. Combien décatissent en dérive sur les mémoires mers. Ou deviennent îles. Îles boréales, îles australes, îlots rocheux qu’écrasent les sables — contre l’abîme dessous, les mots s’égrènent. Les mots marquent de bleu, de blanc, de noir l’étal que ravinent les vagues. »

Puis celui tiré des Enfants de Kije-Manitou :
« Un ululement coule sur la forêt. Au faîte, des yeux jaunes et ronds le fixent. Un grand hibou. Celui qui sait, flaire la vérité, qu’on ne peut tromper. Il a prêté sa voix au pin. Un autre appel passe sur le frimas des branches : « Auen tshin ? (Qui es-tu ? Quelle est ta nature ?) »

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction romanalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2.


Histoire, éducation, sondages… Alain Gagnon

17 février 2017

Actuelles et inactuelles alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Finalité de l’histoire — La pensée néolibérale m’horripile. L’humain n’est pas une ressource parmi d’autres, dont peuvent disposer les organisations, fussent-elles publiques ou privées. Il est la fin de l’économie et de l’histoire. C’est pour lui que banques, industries et toutes institutions existent — ou devraient exister.

Éducation — On a permis à une bureaucratie centralisatrice de spolier les parents et les instances locales de leurs droits de regard sur l’éducation ; et on a laissé des apprentis sorciers à diplômes, inféodés à des idéologies plus ou moins confuses, effectuer réforme après réforme et, par ce faire, abrutir trois générations de Québécois. On a privé les jeunes des richesses éthico-culturelles de leur passé et on les a laissés nus, sans habiletés ni goût pour la réflexion, dans une société où 50 % des citoyens sont des analphabètes fonctionnels, malgré les milliards que les contribuables y engouffrent.
Nous, les baby-boomers, sommes coupables de ce crime culturel.

Perte de monopole — Les communautés intello-médiatiques des métropoles sont bouche bée. Leurs sondages, prévisions et prédictions en période électorale ne fonctionnent plus. Québec, Canada, France, USA… les mêmes ébahissements de leur part. On y nage dans la confusion.
Les médias officiels et traditionnels (télé, radio, papier…) ont perdu le monopole qu’ils exerçaient sur les masses votantes. Les blogues, bulletins électroniques, Facebook, Twitter et autres rejetons d’Internet, s’adressent aux électeurs avec une intermédiarité restreinte. Journalistes d’opinion et autres commentateurs patentés sont devenus des influenceurs de second ordre, même s’ils s’essaient à reproduire leurs écrits orthodoxes sur les plateformes numériques.
Dans le même ordre d’idée, les téléphones mobiles ont rendu incrédibles et caducs nos rassurants, mais dépassés, sondages d’opinion.

Marche en hiver — Les skieurs glissent, les marcheurs se parlent, gesticulent et se regardent. Tous se hâtent sous les conifères chargés de blanc.
Qui prendra la peine de s’arrêter, de se pencher pour lire cette neige où s’inscrivent les événements, parfois les drames, de la nuit ? Fuites, captures ou balades pour fins de nutrition.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).


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Un blog experimental qui s'efforce de saisir la poesie dans le quotidien des images, des choses, des moments .... et plus encore

Stéphane Berthomet - Articles, notes et analyses

Analyste en affaires policières, terrorisme et de sécurité intérieure.

A l'horizon des mots

Notes d'une bookworm débutante

Alchimaer Art

Alchimaer Art,collectif artistique et humaniste, un sujet d’étude les symboles des parcours initiatiques dans l’art. Contemporain, alchimique, textile, peinture, street art, contes vidéo, design … Si l’interprétation des symboles est immortelle et universelle, leurs représentations n’ont pas de limite!

LE CHAT QUI LOUCHE 2

Arts et littératures de la Francophonie...

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André Carpentier & Hélène Masson

Sophie-Luce Morin

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Vivre

« Écoute le monde entier appelé à l’intérieur de nous. » Valère Novarina

Les amours de livres de Falbalapat

Grignoteuse de livres... Des petits partages de lecture entre nous, un peu de musique et quelques artistes en images...

Maillage Exquis

Quand les mots s'enchaînent comme dans un maillage exquis

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