L’autre en lui, une nouvelle de Dany Tremblay…

24 mai 2015

L’autre en lui

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 Il se tient sur le trottoir. En retrait du lampadaire. Contre la bâtisse de briques. Comme s’il faisait corps avec elle. Il regarde les gens qui entrent dans le bar de l’autre côté de la rue. Ils sont nombreux à s’y engouffrer. D’où il se trouve, il entend les blagues du portier. Tantôt, elles s’adresseront à lui. Depuis le temps, le portier et lui sont de vieux amis en quelque sorte. Pour l’instant, personne ne prend garde à lui. Le portier moins que les autres, trop occupé à ouvrir le passage aux dames, à blaguer avec les hommes. Il se veut de toute façon anonyme. Dissimulé dans l’ombre d’un porche. Lui-même ombre. Tassé sur lui. Col de veste relevé, cou dans les épaules, regard de chien battu. Il attend.

Il attend de la voir, elle. Après, seulement après qu’elle soit entrée dans le bar, il avalera la pilule rose, de forme ovale, qui laisse un goût de métal sur la langue. Il lui en reste huit. Huit pilules. C’est bien peu. Elles sont dans un contenant de plastique transparent qu’il promène avec lui en permanence. Elles coûtent une fortune, c’est un véritable casse-tête, son fournisseur lui refuse le crédit. Il est vendeur de souliers, gagne un salaire de crève-la-faim. Avant de l’avaler, il s’assure toujours d’avoir assez de salive dans la bouche. Ainsi, moins de risque qu’elle se coince dans la gorge. Ça lui est arrivé. Elle avait fini par passer, mais la sensation… Il n’avait pas aimé la sensation.

Chaque soir, terré contre la bâtisse de briques, il surveille son arrivée. C’est pour elle qu’il prend ces pilules roses. Sans pilule, elle le trouverait insipide, niais, plat, insignifiant, bon à rien. Elle ne se présente jamais seule au bar. Ils sont quelques-uns à l’escorter. À courir derrière. À faire des courbettes. Elle marche la tête haute, elle rit de ce qu’ils racontent. Ses cheveux sont platine. Elle porte des talons d’une hauteur vertigineuse. Impossible de ne pas la voir, de ne pas l’entendre venir.

Avant sa rencontre avec elle, il ne sortait que le samedi. Il avalait une pilule rose avant de quitter son appartement, histoire de s’éclater un peu, d’oublier les clientes grincheuses devant lesquelles il s’agenouillait la semaine entière. Un samedi soir, il l’a remarquée, elle. Elle était entourée de copains. Sans la quitter des yeux, il s’était approché. Elle avait soutenu son regard. Ils avaient dansé ensemble. Il avait effleuré sa main, sa hanche du bout des doigts. Avant qu’elle quitte la piste, il s’était penché à son oreille, lui avait murmuré qu’elle bougeait bien. L’effet de la pilule rose lui permettait toutes les audaces. À la fermeture, elle était repartie, escortée de sa ribambelle d’admirateurs. Avant de tourner le coin de la rue, elle lui avait envoyé la main. Il avait passé la semaine à rêver d’elle, à anticiper le samedi suivant. Il avait contacté son fournisseur de pilules roses. Hors de question d’en manquer, maintenant qu’il l’avait vue, elle.

Le samedi d’après, puis tous les autres, finalement chaque soir de la semaine, il y est retourné. Pour elle. Si drôle, si gentille, toujours prête pour la fête. Un soir, ils ont fait l’amour dans la salle de bains des femmes. Ils ont joui en silence, yeux dans les yeux. L’occasion se répétera, il en est sûr. La patience, il connaît.

Il est un habitué, maintenant. Le portier l’appelle par son prénom, lui conte des blagues, des salées même. Chaque soir, environ à la même heure, il avale sa première pilule rose. Grâce à elles, il est libre, totalement, sans complexes, débarrassé de son bégaiement qui amusait les filles à la petite école.

Chaque soir, il se place en retrait de ce lampadaire, dans l’ombre de ce porche. Lorsqu’elle surgit au coin de la rue, il sort chat qui louche maykan alain gagnon francophonie le contenant de plastique de sa poche. Il est tiède, parfois moite, faute de l’avoir tenu au creux de sa paume. Alors qu’elle marche vers le portier, il l’ouvre, fait glisser une capsule dans sa main, veille à ne pas en échapper. Il se retient d’avaler sa salive, l’accumule contre les dents d’en avant. Lorsqu’elle disparait à l’intérieur du bar, il la porte à sa bouche, l’avale d’un coup sec. Il ferme les yeux, chaque fois. Il enfouit le menton dans son veston, chaque fois. Lorsqu’il les rouvre, il est quelqu’un d’autre. C’est cet autre qui regarde en direction du bar, qui rabat le col de sa veste d’un geste assuré, qui dénoue le premier bouton, entreprend de traverser la rue, sourire aux lèvres, épaules dégagées. Sur le trottoir d’en face, le portier l’aperçoit, lui envoie la main. Lui répond à son salut, libre de toutes contraintes, en homme heureux, bien dans sa peau.

À son tour, il entre dans la place. Elle est au bar. Avec ses cheveux oxygénés, elle se démarque. Il l’admire de loin, remercie l’inventeur de la pilule rose, son laissez-passer pour le bonheur. De la main, il tâte le flacon transparent dans sa poche, puis marche vers elle.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

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Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

23 mai 2015

Les romans comme des rêves

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Van Gogh: La liseuse de romans

On les oublie parfois lorsqu’on les dévore mais certains détails demeurent en nous, comme des coups portés sur la peau de l’âme, y laissant des bleus fabuleux qu’on se plaît, plus tard, à venir caresser.

On referme le livre. On se réveille, triste d’avoir fini ou soulagé d’en sortir, on part se recoller au réel mais nous sommes encore sous l’emprise de ses sensations, empesés dans des réflexions, des idées. L’ambiance reste accrochée à notre peau comme si cette vie-là, celle qui coule dans les pages, nous avait accueillis en son sein, nous avait baignés de mots, de sentiments, de caresses, nous avait fait la promesse absolue qu’un autre monde est possible, plus beau ou plus pourri, différent en tout cas et forcément fascinant.

La peur, la joie profonde, les chamboulements puissants font désormais partie de nous comme si tout cela avait vraiment eu lieu. Les forêts sombres, les huis clos anthropophages, la folle liberté, ce vent glacial sur la peau, ce soleil ardent qui nous pousse à tuer un homme, ces autres qui vivaient au cœur des lignes, inconnus ou connus, fantomatiques ou bien palpables, paraissaient plus vivants que nous-mêmes. On les quitte à regret, on se sent orphelin, seul au monde et ravi d’avoir pu partager, le temps de mille pages, une existence folle qui frôle le sublime. Notre main sur la quatrième de couverture a du mal à faire autre chose que la caresser. On aurait tant aimé que l’éternité s’empare de ce moment, comme dans ces rares rêves qu’on fait dans une vie, de ceux qui donnent envie de ne jamais sortir du sommeil salvateur.

Nos cinq sens sont intimement convaincus d’avoir vécu là des choses possibles, voire nécessaires, vitales. Les parfums, les saveurs, les cris ou les chants entendus, les caresses ou les coups ressentis, ces couleurs aperçues, devinées, éclatantes et tellement rares, on a du mal à croire que ça n’existait pas ailleurs que noir sur blanc. On ferme le roman comme on ouvrirait les yeux.

Tout cela semblait tellement vrai…

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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L’histoire des filles, une nouvelle de Richard Desgagné…  

22 mai 2015

L’histoire des filles

Tu peux pas dire que t’es heureuse quand t’arrêtes pas de pleurer comme unechat qui louche maykan alain gagnon francophonie Madeleine, sans cesse en essuyant tes larmes. Ça suffit, tu te prends en main, tu vas le voir directement, en pleine lumière. Peut-être qu’il te contera des bêtises mais tu sauras à quoi t’en tenir. Célimène, ma pauvre fille ! Tu me fiches la paix si je sais pas me conduire dans la vie. Quelle idée de m’engueuler comme du poisson pourri et de m’envoyer promener. La question n’est pas là. Ma réponse, tu veux dire ! Colette aimerait bien prendre un verre et se l’enfiler d’un coup dans le gorgoton et remettre, une fois de plus, Célimène à sa place. Pas de sa faute si elle est amoureuse d’un fou qui se pavane en faisant son numéro de coq. Il fait pas grand mal à personne au fond, il est beau, ça c’est vrai, riche à n’en plus finir et puis il a déjà couché avec nous toutes : Colette, Célimène, Claudine, Chantale, Céline.

Il était dans son bar, prenait sa coca, buvait ses rhums fins, conduisait sa voiture sport longue et basse. C’est pas une raison pour piquer les nerfs chaque fois qu’il oublie d’appeler ou qu’il se déniche une poupée dans un restaurant à la mode. Rien ne changera. Moi, j’ai tenu bon pendant deux ans à me pomponner, à l’accompagner sans trop parler, à le sucer quand il en avait besoin avant de s’élancer sur le chemin des combats de nuit. Je lui ai jamais fait la cuisine, j’ai jamais lavé ses vêtements, pas folle, c’était clair dès le début, et il avait pas rouspété.

Célimène a été son esclave. Elle a tout accepté, son jeu à elle pour le garder. Ç’a pas marché pour autant. Il a trouvé Claudine, il est resté avec Claudine. Alors elle pleure sans arrêt. Je peux plus l’entendre, elle me donne des nostalgies, je mets la musique plus fort, je chante, je ferme la porte de ma chambre, je mets des ouates dans mes oreilles et je dors quelques heures. Pourquoi je l’imagine en train de se suicider ? J’ai pas à m’occuper de ses états d’âme. C’est permis de rêver.

Célimène, ce soir, on ira au Baalbek, on dansera, on achètera de la coca, plein le nez, ce sera la joie. Elle me regarde comme si j’avais dit une insignifiance, arrête de me regarder, t’es pas morte, y a d’autres hommes, plein d’autres hommes qui n’attendent que ça : te faire jouir ! Elle apprécie quand je parle ainsi, une façon de la sortir d’elle-même. Moi, je me rappelle ce passé et j’ai pas un pli sur la peau. Chacun son tour, après tout. Moi, j’attends pas après les désirs des autres, je prends ma part, je cueille le fruit, je choisis, je cherche, dans l’ordre que vous voulez. Quand je suis au Baalbek, j’ai les yeux ouverts, je souris, j’aime sourire, je suis belle, je danse toute seule si c’est nécessaire, je m’arrange. Je suis pas si pressée d’avoir un ami qui m’attend à la table parce qu’il aime pas danser de peur de casser sa chevelure ou du ridicule. C’est pas si important d’avoir l’air. Après tout, on est pas grand-chose. Des corps, rien que des corps et des caprices, des envies.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieChère Célimène, tu t’habilles en jeans avec une chemise de toile, en robe de soie, quelle importance ? Elle se maquille, elle se regarde dans le miroir en faisant des moues, les lèvres brunes et brillantes, mouillées, elle joue avec ses cheveux roux, elle sourit enfin, elle oublie de pleurer, elle sera heureuse ce soir. C’est petit, des fois, le bonheur et ça tourne jamais rond, y a toujours des secrets qui ressortent quand on s’y attend pas. Moi, j’essaie de pas voir, d’oublier les choses pas jolies, on vit pas quand on les garde en dedans, on se souvient, on vit pas, je veux vivre vieille, entière et secrète.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieRichard Desgagné est écrivain et comédien depuis plus de trente ans. Il a interprété des personnages de Molière, Ionesco, Dubé, Chaurette, Vian, Shakespeare, Pinter, etc., pour différentes troupes (Les Têtes heureuses, La Rubrique) et a participé à des tournages de publicités, de vidéos d’entreprise et de films ; il a été également lecteur, scénariste et auteur pour Télé-Québec (Les Pays du Québec) et Radio-Canada (émissions dramatiques).  Jouer est pour lui une passion, que ce soit sur scène, devant une caméra ou un micro.  Il a écrit une trentaine de pièces de théâtre, quatre recueils de nouvelles, quatre de poésie, deux romans, une soixantaine de chroniques dans Lubie, défunt mensuel culturel du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  En 1994, il a remporté le premier prix du concours La Plume saguenéenne et, en 1998, les deux premiers prix du concours  de La Bonante de l’UQAC. Il a publié, pendant cinq ans, des textes dans le collectif Un Lac, un Fjord de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). Il est membre du Centre des auteurs dramatiques. Il a été boursier du ministère de la Culture du Québec et de la fondation TIMI.  Pour des raisons qui vous convaincront, tout comme elles m’ont convaincu, je tiens à partager avec vous cette nouvelle qu’il a la gentillesse de nous offrir.

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Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

20 mai 2015

La voix de son maître

Cher Chat,

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Tiré du site : Gluqq Studio

Le seul animal de compagnie que j’ai, c’est vous. Vous m’avez tendu la patte et je vous ai donné ma langue. Vous avez eu du flair puisqu’il semble que j’aie du mordant. Mais depuis, plus moyen de fourrer le chien. C’est un truc de wouf, mais je suis devenue la bête de somme de mon Chat.

Depuis que je vous ai adopté, je vous nourris, vous flatte, vous suis fidèle. Je suis en manque de vous quand je m’absente. Vous êtes mon Chat, mais c’est moi qui vous suis attachée. La discrétion et l’élégance félines incitent, paraît-il, l’écrivain à la réflexion. Vous êtes mon pense-bête. Vous me rappelez qui je suis.

En effet, l’animal de compagnie est, selon Boris Cyrulnik*, un délégué narcissique, un faire-valoir pour soi, mais aussi aux yeux des autres. Tous les chiens, les chats ne sont donc pas gris, même la nuit. C’est une légende. Ils ont la couleur du maître dont ils épousent le quotidien. Les chiens ne font pas des chats et comme je suis bête et disciplinée, j’userai de ces clichés dont on a tous été un jour spectateur et qui réunissent la belle et la bête, la femme fatale et son persan blanc, le baba-cool et son corniaud, l’adolescent rebelle et son pitbull, le citadin qui rêve de grands espaces et son husky, le Français et son labrador, élégant, tendre, doux, fidèle.

Le choix de la race permettrait-il ainsi au maître de se distinguer ? L’animal porte-t-il en collier une étiquette sociale ? Les présidents français n’ont en effet du chien que s’ils s’affichent avec leur labrador noir. Tout le monde se souvient de Baltique, seul, sur le parvis d’une chapelle, tandis que son maître, François Mitterrand, recevait son dernier hommage.

Si « un jour Dieu reconnait les chiens » *, l’homme quant à lui, n’a pas attendu son absolution pour faire de l’animal, un compagnon, un frère, un enfant. La dépendance est affective parfois jusque dans le lit. J’avoue qu’il m’est parfois arrivé, Chat, de vous balbutier, la nuit, des caresses d’oreiller, histoire de me coucher moins bête, mon homme en beau chien de fusil sur l’autre taie. S’il a toujours gagné la bataille de polochons, c’est quand même vous qui profitez de ma plume.

Le chien aboie, la caravane ne passe pas. Elle s’arrête. Alors, pourquoi le papa devient poule avec son animal familier même quand il joue le chien dans son jeu de quilles ? Entre chien et loup, Chanel s’est fait les griffes sur les moustiquaires, Camarade Kochkovitch a fêté son anniversaire et il a eu droit à une double ration de pâtée, Bebert est allé faire la bête à deux dos dans les bois, Maggie, soprano, a pratiqué ses gammes et le voisinage en a fait les frais, Betty a éventré le canapé et il a fallu aider Vizuri pour qu’elle puisse mourir dans la dignité. Chienne de vie !

Pourquoi accorder tant d’importance à un tas de poils ? La p’tite bête qui monte, qui monte, qui monte, finira-t-elle par tous nous attraper ? Dans un monde où, pour être reconnu, il faut être bête de sexe, bête de scène, bête curieuse, dans un monde où l’homme corrompu devient la bête noire de la société, on ne peut plus devenir frères qu’en animalité, non ?

L’homme ne cherche plus à comprendre son semblable quand l’animal comprend un tas de choses, même s’il ne comprend pas qu’il comprend. Une truffe humide n’est pas un pif gadget. Il s’y loge un amour inconditionnel, un flair-play apte à ronger l’os d’un chagrin momentané ou d’une existence solitaire. Que je sois d’une humeur de chien ou que j’aie la chienne, mon chat me fait toujours la fête et je reprends du poil de la bête. Je sais que vous m’aimez, mon Chat, que vous avez besoin de moi et qu’à l’inverse, j’ai besoin de vous. C’est bête comme chou.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieCependant, on peut se demander s’il est aussi déstabilisant pour un chien d’être traité comme un humain, que pour l’humain d’être traité comme un chien. L’animal à qui l’on permet tout, ne finira-t-il pas par défendre son rang et le simple fait qu’il sente tout le pouvoir qu’il a sur vous ne le poussera-t-il pas à vous dominer et à vous réserver un jour, un chien de sa chienne ?

S’il ne fait pas bon devenir l’ombre de sa main, il ne fait peut-être pas bon non plus devenir l’ombre de son chien. Ceci dit, en invitant l’animal à quitter le monde du gibier et de l’outil, l’homme l’a fait entrer dans le monde de la parole et du signifiant. C’est dans le souci des droits de chacun que se niche sans doute la moins ambivalente des relations d’amour, celle qui unit l’homme à son animal de compagnie.

Sophie, votre bête à bon Dieu.

* Boris Cyrulnik, La fabuleuse histoire des hommes et des animaux

* Renaud chante Baltique, et l’amour inconditionnel d’un chien pour son maître. http://www.dailymotion.com/video/x26tdi_renaud-chante-baltique-chez-drucker_music&fr=moz35

 Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

19 mai 2015

Souris et canapé Ikea…

Que celui qui lit les conditions d’utilisation et les règles de confidentialité avant de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniecliquer sur « accepter », me jette la souris sans fil qui traîne sous son canapé Ikea. Si la vie est un cadeau, on a oublié de lire les petites lignes du contrat, on n’a pas vu que l’offre était soumise à conditions. Et pendant que tu te vautres sur ton canapé, faute d’avoir retrouvé cette putain de souris qui était encore dessous ce matin, que t’allumes la TV et une Marlboro après avoir fait l’amour à ta femme, que tu lui gueules de te ramener un paquet de chips et une bière. Pendant que tu te vautres sur ton canapé, un môme meurt de faim dans un pays voisin, un type meurt de froid sur un trottoir du quartier, une meuf meurt sous les coups d’un mec qui n’aura pas fait que gueuler dans l’appartement d’à côté. Pendant que tu te vautres sur ton canapé, le ciel bleu peut s’effondrer, et la terre peut bien s’écrouler, tu t’en fous. Je ne t’accable pas, ni toi ni ton canapé, nous faisons partie de la même meute d’autruches qui savent si bien fermer les yeux (mais en gardant la plume soyeuse). Je ne t’accable pas, même si je me flagelle souvent quand je me vautre sur ton canapé.

Il y a qu’à peine le col de l’utérus passé, on nous a collé des chaînes aux pieds et un marteau entre les mains pour réparer les conneries que des types ont cachées sous leur moustache dans les manuels d’histoire. On nous a donné la vie, qu’on ne vienne pas nous demander de payer une dette dont on aurait hérité au passage. De payer les mensualités d’une assurance à laquelle on n’a jamais souscrit, de porter le poids d’une culpabilité que des meufs en cavale ont laissé derrière elles à la maternité. On nous a donné la vie, qu’on ne vienne pas nous reprocher notre mâchoire qui craque et notre émail qui s’effrite à force de croquer dedans à pleines dents. Il y n’a que dans les polars où l’intrigue prend des raccourcis, c’est le monde qui porte le taser et qui nous laisse sur le macadam, la toile cirée ou la moquette molletonnée avec nos angoisses, nos regrets et sa putain de culpabilité. Il y a que, parfois, les méchants ont un bon fond et que, souvent, les gentils sont de gros cons, mais qu’ils savent mieux poser le carrelage, et que ça fera la blague. La blague ne nous fait plus sourire, la soupe ne nous fait plus grandir, et la colle a pris avant qu’on ait pu retirer notre doigt.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieL’enfance reste souvent sur le premier carreau quand des bouches trop rouges et des rides, qui se cachent sous le botox, lui collent un revolver sur la tempe et des baisers trop mouillés sur la joue. Qu’on se le dise, les grands ont la tête cabossée à force de se prendre les lustres de ce monde bas de plafond, et aucun môme ne prend plus son pied en s’imaginant footballeur, acteur ou miss France qu’en sautant dans une flaque d’eau avec son innocence et ses trois pommes qui ne demandent rien à personne. Tant que personne ne vient le sermonner avec ses bonnes intentions, son enfer et ses ongles incarnés. Aucun môme ne devrait se prendre une fessée parce qu’un grand a mal au crâne, aucun grand ne devrait s’empêcher de sauter dans les flaques d’eau, de se rouler dans la neige, de faire l’amour dans la boue parce qu’il a peur de salir son costume trois-pièces et de se faire gronder par maman. Certains jours, tu sais, je m’en veux vraiment d’être cette sale môme qui ne sait pas sauver tous ces morts autour d’elle ; et d’autres soirs, mon mètre soixante-dix qui se vautre dans tes bras et sur le canapé Ikea arrête de culpabiliser : au fond, il fait de son mieux.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

17 mai 2015

La télé : l’avenir passe par le « streaming »

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Grant Wood

Depuis ma dernière chronique, de grands changements se sont produits dans ma vie. Le plus considérable d’entre eux est que nous sommes devenus, ma copine et moi, propriétaires de notre première maison. C’est terriblement excitant, et, au final, beaucoup moins effrayant que je ne l’aurais cru. Disons que les craintes étaient surtout présentes avant le déménagement. Depuis, on profite au quotidien de cette nouvelle liberté trouvée après tant d’années en appartements.
Un autre changement à être survenu, certainement moins important pour plusieurs, mais qui s’avère tout de même non négligeable à mes yeux, est le fait que j’ai coupé la télé. J’ai annulé mon abonnement au câble.
Pour vous donner une idée de l’importance de ce changement, je dévore la télé depuis mon tout jeune âge. Lorsque j’ai quitté le nid familial au début de la vingtaine, et que je me suis donc retrouvé à payer pour le câble par moi-même (alors que je n’avais toujours pas trouvé d’emploi digne de ce nom), j’ai dû vendre des CDs et autres biens personnels qui me tenaient à cœur pour payer le premier mois de câble. J’étais accro à ma télé à ce point. Et je l’ai été pratiquement toute ma vie.
Mais avec les nouvelles et différentes plateformes de diffusion que l’on retrouve aujourd’hui, ma copine et moi avons conclu, il y a plusieurs mois de cela, que nous ne regardions plus la télé de manière à justifier son coût. Une émission, par-ci par-là, sur des dizaines de chaînes inutiles, et tout le reste en ligne (Tou.tv, YouTube, Netflix, etc.) ou sur support physique (DVD, Blu-Ray, etc.).
Donc, nous avons profité du déménagement pour annuler notre abonnement. Nous avons toutefois gardé l’Internet (bien sûr !!) et, après des semaines à étudier les différents choix, j’ai opté pour l’achat d’une Roku 3. Mais qu’est-ce que cette chose ?
La Roku 3 est un petit appareil qui se branche à la télé, et à Internet via un câble ou votre réseau wi-fi. Cet appareil vous permet d’avoir accès à du contenu web à profusion. Netflix, YouTube, Tou.tv, l’ONF, etc. L’offre canadienne est moins grande et diversifiée que celle à laquelle ont droit les Américains, mais j’ose croire que les choses iront en s’améliorant, et que les grands réseaux d’ici s’ouvriront les yeux pour s’apercevoir que ceci est la voie de l’avenir.
Au cours des premiers jours à jouer avec mon nouveau petit bidule, je me suis rendu compte que je cherchais instinctivement dans le réseau de chaînes disponibles (pensez davantage à des « apps » que l’on installe) une alternative à mes chaînes télé préférées. Je cherchais du contenu diffusé en continu. Mais j’ai dû recalibrer mon cerveau en fonction du fait que, dorénavant, j’accède au contenu que je désire, lorsque je le désire. Je ne regarde plus une chaîne télé en me laissant gaver de trucs insipides.
Le côté ennuyeux est qu’il faut savoir un peu ce que l’on veut voir. On a le choix : on peut explorer pendant des heures parmi les offres des différentes chaînes disponibles, et ainsi passer plus de temps à chercher qu’à regarder des trucs, ou sinon on peut faire une recherche directe pour la chose (film, émission, etc.) précise que l’on cherche.
L’appareil permet également de consulter le contenu multimédia qui se trouve sur votre ordinateur (musique, photos, films, etc.) et de le regarder sur la télé, en passant par votre réseau wi-fi.
J’aime beaucoup ma Roku 3. Sa télécommande est simple et pratique, son design est épuré et l’appareil ne prend pas de place. Il me faudra encore un certain temps pour me défaire totalement de mes instincts de « téléphage », mais, plus j’explore cet appareil, plus je l’aime. Pouvoir regarder YouTube sur ma télé, ainsi que tout le reste du contenu web, me plaît énormément. Je n’ai jamais aimé regarder quoi que ce soit sur un écran d’ordinateur.
chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  Le contenu francophone est très pauvre. Si ce n’est de l’ONF, de Tou.tv et de quelques autres rares trucs, il y a un cruel manque de français dans l’offre de la Roku 3. C’est d’ailleurs la même chose, d’après ce que j’entends à leur sujet, pour l’Apple Tv, le Chrome Cast et tous les autres appareils de « streaming » disponibles sur le marché. Il faudra que les grandes chaînes commencent à se rendre compte que de plus en plus de gens se tournent vers ce genre de service, et qu’il s’agît de toute évidence de la télé de l’avenir.
Toutefois, en ce qui me concerne, je suis amplement satisfait de mon achat, et de mon choix de me couper définitivement de la télé traditionnelle et désuète.

Notice biographiquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

16 mai 2015

La cape blanche

Pieds nus sur le carrelage de la cuisine, j’entends maman pleurer. Visage dans leschat qui louche maykan alain gagnon francophonie mains, elle cache les rides qui lui strient le malheur. Son maquillage balayé par les pluies forme des taches noires sous ses yeux. Pourquoi maman est-elle toujours aussi triste ? Mes jeux ne l’intéressent pas. Elle n’aime pas faire rouler les autos sur le tapis. Il y a des routes qu’elle prend qui ne mènent pas vers des fins heureuses. Moi, mes héros se battent et triomphent toujours. Pourquoi ne choisit-elle pas de gagner ? Ma mère, c’est la demoiselle en détresse que j’ai promis de sauver. Toujours.

Quand il vient chez nous, celui qui n’est pas mon père, j’attache à mon cou ma cape rouge. Je suis un superhéros. J’ai le pouvoir de la sauver. De me rendre invisible. Il ne m’entend jamais. Ne me voit jamais. Ce n’est pas pour de faux ! J’ai appris à ne pas faire de bruit. C’est un méchant, un monstre qui lui fait du mal.
Un jour que nous fêtions mon anniversaire, il l’a frappée tellement fort que maman ne s’est pas réveillée. Moi aussi, il m’a giflé. Plusieurs fois, même. Mais cette fois, je n’ai pas pleuré ! J’étais trop en colère. Les monstres comme ça, il faut les prendre par surprise. Alors j’ai pris le couteau dans le tiroir de la cuisine et je l’ai menacé. Je lui ai dit que s’il faisait encore du mal à ma mère… Un héros ne tue pas sans raison. Il doit avertir d’abord, c’est le code d’honneur qui oblige. Mais après le coup qu’il m’a asséné, je ne me suis pas relevé non plus. La table du salon s’est évanouie comme un pont centenaire sur mes autos. Quand il est reparti, il a fallu que je trouve un autre endroit plus sécuritaire où abriter les voyageurs. Personne n’est à l’abri si je ne les protège pas.
Quand il est là, j’attache à mon cou ma cape rouge et je rassure maman. « Tout ira bien, je peux nous rendre invisibles pour deux, si tu y crois avec moi. » Mais ce jour-là, maman n’avait pas envie de croire. Elle m’a rendu invisible en refermant la porte de la garde-robe de sa chambre. Elle m’a demandé de garder le silence et je lui ai dit que je la protégerais. Mais elle a insisté en retenant ses sanglots. Sa panique lui enlevait tout courage. Elle le suppliait. Je n’ai pas compris pourquoi je pleurais aussi, dans le silence. Ne pas faire de bruit.
Tandis qu’il la frappait encore, je suis sorti du noir en criant de toutes mes forces. Je pensais que je le surprendrais, mais il était tellement grand… Il m’a pris par la gorge et m’a lancé dans les escaliers. La dernière chose que j’ai vue, c’est maman qui gémissait au-dessus de moi.

Je ne me souviens plus des moments après. C’est très flou. Je vois maman qui boit et qui pleure, le visage enfoui dans ma cape rouge. Mais quand il reviendra, je serai là. Je suis maintenant invisible pour toujours. Elle pleure encore et quand elle sent ma présence, elle regarde vers moi, sans me voir et, elle cesse de sangloter. « Je vais te protéger », que je lui dis. « J’ai à présent une cape blanche, maman. »

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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