Écrire, c’est éprouver l’étreinte… Jean-Pierre-Vidal

19 juin 2017

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Rodin

 

291. — Si être toi-même n’est pour toi qu’une évidence et une facilité, c’est que tu es n’importe

qui.

292. — Écrire, c’est éprouver l’étreinte (et l’empreinte) de l’Autre. Commercer, c’est ne sentir que sa mauvaise haleine.

293. — L’affabilité, indéniable, des Américains, vient de leur conviction profonde que tout le monde peut devenir riche. S’ils savaient que celui à qui ils parlent ne le deviendra jamais ou, pire encore, n’a pas l’intention de tenter d’y parvenir, ils lui voueraient le même mépris de fer que celui dont ils poursuivent les intellectuels, les artistes et tous ceux qui sont revenus du rêve américain.

294. — Nous sommes tous plus ou moins des Shéhérazade au petit pied, qui payons notre traversée avec des histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Nous appelons ça la vie. Et les histoires les plus folles, celles que nous n’osons raconter qu’à nous-mêmes, nous avons la faiblesse de croire qu’elles disent notre vie.

295. — Les vrais photographes sont ceux qui savent mettre un regard à un visage. Parfois, il est vrai, l’entreprise est désespérée.

296. — Le cerveau, c’est comme les muscles, ça s’entretient. À condition d’en avoir.

297. — L’évidence est la science des faibles et la religion des pressés.

298. — C’est le destin des fils de toujours rater leur père. Et quand il est trop tard, ils retrouvent un beau matin, en se rasant, ses traits étonnés dans leur visage vieilli.

299. — La médiocrité n’est presque jamais une faiblesse ou une démission individuelles, c’est le plus souvent une complaisance collective. Mais pour nous désormais, c’est devenu une exigence. La seule qui nous reste. Parce que c’est, au fond, une exigence commerciale.

300. — De nos jours, l’âme est un tic nerveux. Chez certains, ce n’est même qu’une démangeaison.

301. — L’idéal de la Renaissance était l’homme universel, ouvert sur le monde et attentif aux autres, toujours soucieux d’ajouter à ses connaissances et visant, même s’il savait ne pas pouvoir l’atteindre, la totalité du savoir humain. Le projet avéré de notre société du néant humain dans la pléthore quasi infinie des choses, c’est l’homme particule, poussière de masse qui n’est même plus ce qu’on appelait autrefois un « particulier » et qui de l’universel, comme d’ailleurs de l’univers, ne veut strictement plus rien savoir.

302. — Quand on a réussi à surmonter un dégoût, il risque fort de devenir une manie. C’est peut-être le secret de l’érotisme. Et c’est aussi, à l’inverse, ce qui nous dit que toute profanation est un acte d’amour.

303. — Comment diable éviter le « meuh » des « je t’aime » chantés ? En ne les plaçant jamais en fin de vers, bien sûr. Toute relation amoureuse devrait se souvenir de cette leçon phonétique qui fait des paroles qui traînent un soupir de bovin. Il faut dire « je t’aime » en ouverture et broder une variation ou passer à autre chose. Sous peine de traite et d’abattoir à plus ou moins long terme.

304. — Le peuple autrefois était un peu plus qu’une classe sociale, l’idée de sa puissance. Ce n’est désormais qu’une cote d’écoute ou une mesure de masse. Avec une panoplie maniaque de droits, pour faire bonne mesure et forcer l’écoute des réticents attardés.

305. — Le pire dans l’enfer ou le paradis, ce n’est pas la souffrance ou la béatitude, c’est l’éternité. La brièveté de la vie est, somme toute, un bienfait, car tout ce qui dure vraiment finit par indisposer.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le laJbyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette ChroJnique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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La tortue d’Achille, apophtegmes de Jean-Pierre Vidal…

20 décembre 2016

Apophtegmesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

211. — Non seulement je me prends pour un autre mais même pour plusieurs : c’est la seule façon que j’aie de m’en tirer avec mon identité.

212. — Certains arborent des profils en forme de profondeur de champ. D’autres ne sont perceptibles qu’en gros plan. Mais la vaste majorité des gens n’est désormais cadrée qu’en plan américain : coupé à l’âme.

213. — Les avatars de la ponctuation masculine : quand le point d’exclamation s’interroge, il finit en virgule. Un point, c’est tout.

214. — Quand on vous manifeste un respect dont vous ne voyez pas la raison, c’est que vous êtes devenu vieux.

215. — La morale sociale la plus répandue repose généralement sur cette maxime implicite : ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils vous fassent. Les affaires, comme la guerre, c’est l’inverse ; il s’agit expressément de faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils vous fassent : payer le plus tard possible et se faire payer le plus tôt possible, acheter au plus bas, vendre au plus haut, tuer, assommer, sortir du marché, réduire à la mort économique, liquider ou contraindre à la liquidation, etc. Et l’on voudrait que l’on s’enthousiasme pour ça ?

216. — Il faut s’aimer terriblement pour accepter de se sacrifier à quelqu’un d’autre. Tous les martyres sont des arrogants qui cachent leur jeu. Jésus est l’arrogance incarnée. Plus arrogant que ça, tu meurs en fils de Dieu !

217. — J’ai toujours su qu’il y avait des cons. Mais je n’aurais jamais cru qu’ils étaient si nombreux. Ni que je finirais moi-même trop souvent par être l’un d’eux.

218. — Certains mettent à rater leur vie la même obstination que d’autres à rester dans les ordres ou dans l’erreur. Mais si le temps rend un peu rêveuse l’obstination de ceux qui ont pris la règle de Dieu pour une règle de vie, il ne fait qu’exacerber jusqu’à la rage l’entêtement de ceux qui ont choisi de gâcher leur vie comme on revendique l’erreur.

219. — Dans un salon funéraire, les hommes ont toujours l’air un peu puni. Les femmes, elles, retrouvent avec naturel et aisance leur rôle ancestral de gardiennes des aires.

220. — Ce n’est pas la tortue qu’Achille ne rattrapera jamais mais son propre talon. Et pourtant, combien se lancent d’un pied léger dans cette course folle !

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Déclaration d’amour anonyme…, par Jean-Pierre Vidal…

12 septembre 2016

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Crédit photo : DR

181. — Les effets faciles sont comme les femmes faciles : il leur arrive même, malgré tout, de donner parfois du plaisir.

182. — Si votre chat vous lèche quand vous le caressez, ce n’est pas qu’il vous aime ; c’est pour que vous le laviez en même temps. Les humains, eux, n’ont même pas de tels soucis d’hygiène quand ils vous lichottent et vous tètent.

183. — L’Amérique, c’est aussi l’impitoyable répression de qui n’est pas conforme : les Arabes l’ont récemment constaté à leurs dépens.

184. — La haute technologie ne sert bien souvent que de fort bas intérêts.

185. — La pensée commence où s’effritent les évidences.

186. — Écrire, c’est toujours un peu lancer un défi en forme de déclaration d’amour anonyme : je te mets au défi de reconnaître, d’accepter et même d’aimer ma différence parce que la tienne m’importe. Si je ne te prenais que pour un consommateur, je t’écrirais ce que tu veux et nous nous abîmerions tous deux dans l’indistinction mortifère du commerce.

187. — Au XXe siècle, à mesure que l’art se développait, se complexifiait, se subtilisait, l’homme s’amincissait (et pas seulement physiquement, pas seulement au propre), se simplifiait, se réduisait à sa plus indigente expression. Quand l’art s’en est aperçu, il était devenu média, c’est-à-dire simple condiment pour obèse de l’âme ou anorexique de la pensée.

188. — Le malheur rend laid, le bonheur rend bête. L’état commun, qui ne connaît vraiment ni l’un ni l’autre, rend bête et laid.

189. — Un paroxysme permanent, comme celui qu’on nous vend systématiquement aujourd’hui, revient à une asthénie totale. Les grouillants parmi nous sont, socialement, les plus parfaits assis qui soient.

190. — Toute œuvre est une multiplicité non pas unifiée, encore moins unitaire, mais en équilibre, en équilibre instable. Et l’instabilité de cet équilibre est la voie où viennent échouer l’interprétation et la passion de l’œuvre.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Nomades et conformistes : la dérive programmée, un texte de Jean-Pierre Vidal…

2 juin 2016

Signe des temps…

« Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis. »
Corneille, Sertorius

 

En art, comme en industrie et commerce, comme dans la vie de bien des jeunes, du moins ceux qui en ont lesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec moyens intellectuels ou financiers, l’heure est au nomadisme. Un grand dérangement naît de la globalisation, glorifiée par les uns, dénoncée par les autres, mais subie par tous si ce n’est l’infime minorité d’hyperriches, sans foi ni loi ni patrie particulière qui se trouve à dominer la planète, tout en laissant — mais jusqu’à quand ? — les gouvernements faire semblant de mener la barque de l’état pour la plus grande illusion des populations qu’ils abusent sur leurs pouvoirs réduits à presque rien.

Le nomadisme est le mode de vie chic de ceux qui règnent sur les impuissants sédentaires. Ses adeptes se pensent plus ouverts que les simples touristes dont ils ne sont pourtant que la version magnifiée. Le monde n’est pour eux qu’un terrain de chasse dont la faune leur est parfaitement indifférente : tout au plus doivent-ils parfois s’en accommoder quand des lois locales le leur imposent. Quant à ceux qui, sans être riches, sont nomades par vocation quasi religieuse, ceux qui vont aider ou simplement s’imprégner de la culture et du mode de vie des autres, les jeunes, les travailleurs humanitaires, les aventuriers, lorsqu’ils n’oublient pas purement et simplement l’expérience, ils se sédentarisent dans leur nouveau pays ou sont à jamais partagés entre deux sédentarisations. Je ne parle pas ici, il va de soi, des sédentaires de culture, souvent depuis des millénaires, mais de ceux – nous, Occidentaux – pour qui le « nomadisme » n’est qu’une mode. Au même titre que l’interactivité ou l’immersion, notions jumelles qui commandent nos loisirs et la prétendue créativité de nos vies.

Quoi qu’il en soit, la formule célèbre de Corneille, qui référait contextuellement à un épisode de guerre civile, a fini par signifier avant tout la chute de l’Empire, son explosion en myriades de principautés impuissantes, quand bien même un ego surdimensionné prétendrait occuper à lui seul le centre perdu qu’il transporte dès lors partout avec lui, qu’il incarne sans effort et qu’il fait coïncider parfaitement avec sa propre vie.

Nous sommes désormais tous des Sertorius. L’individualisme de masse est notre « paradoxe de Sertorius ».

Une socialité mobile et aléatoire

Comme animées d’un gigantesque mouvement centrifuge, nos sociétés se parcellisent, éclatent et se recomposent au gré des rencontres, des affinités, des humeurs. Ce que l’on appelle la « société civile » est faite en grande partie de ces ruches provisoires et des alliances qu’elles forment ça et là, presque d’un jour à l’autre et très certainement selon le problème envisagé ou le refus partagé.

Le retour de la famille, qu’on observe chez les jeunes générations et qui semble bien l’antidote à ce mal de nos sociétés, est lui aussi pourtant traversé des mêmes courants stochastiques et presque browniens dans leur imprévisibilité. Nos liens avec l’autre sont provisoires et leur date de péremption précipitée.

Dans une telle agitation, les frontières du moi sont devenues si poreuses que nous ne savons plus ni qui nous sommes ni en quel lieu gîte encore cet animal étrange, moi, que la communication essaime à tout vent. La science peut bien nous prédire un avenir de bactéries, notre présent nous donne déjà des contours de vibrions excités, acharnés à dire leur trépidation comme des phalènes brûlées à la lumière de la communication, clignotant dans les réseaux comme des lucioles sans dessein.

Mais rien ne luit dans la nuit de notre indistinction. C’est paradoxalement un autisme absolu qui nous attend au détour de la grande dérive de l’immersion totale où nous nous perdons complaisamment. Et au moment de notre plus grand enfermement, nous tuons le monde où nous nous sommes déchiquetés nous-mêmes, tel un Orphée fou épargnant ce travail aux Ménades. Obsédés d’altérité jusqu’à monter en épingle la plus infime différence, nous avons jeté tout Autre possible avec l’eau du bain communicationnel.

Et rien ne le dit plus clairement que cet art qui se proclame « actuel », justement pour refuser la notion trop générale, pas assez présentiste, de contemporanéité.

Un art tautologique

Cet art, donc, de notre présent le plus immédiat, abandonnant les prétentions millénaires de cette étonnante activité humaine qui s’attachait, depuis au moins les peintures rupestres, à dire le présent d’une société et d’un individu, mais en ouvrant une fenêtre sur l’autre et sur l’éternité, cet art s’est voué à n’être qu’un calque le plus fidèle possible, une réplique, une présentation répétée plutôt qu’une représentation de ce qu’il appelle la réalité en postulant simplement, naïvement, stupidement, qu’elle est irréfutable et facilement dite. C’est ça qui est ça est devenu le fin mot de l’art actuel ; c’est ça qui est ça reprennent en cœur toutes ses manifestations, toutes ses disciplines, ces disciplines qui sont elles aussi devenues à la fois poreuses et incernables, disséminées non seulement les unes dans les autres, mais dans les insignifiances « nomades » de la vie quotidienne.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMais rencontrant le kitsch et le banal, ce tissu de nos vies médiatisées non plus même « à l’os », mais au-delà, à la cellule et même au pixel qui compose notre vie socialement exhibitionniste, l’art, comme nous, perd toute identité. Car le kitsch est déjà une resucée « populaire » et même populiste du grand art qu’il singe et profane. Prétendre, comme le font si souvent les jeunes artistes, se déprendre du kitsch rien qu’à l’utiliser, c’est tomber dans son jeu : on ne critique pas impunément le kitsch, on en fait et c’est lui qui vous capture.

Dans cet univers de la répétition indépassable, de la mise à distance impossible, un conformisme proprement hallucinant habite toutes les pratiques de l’art fièrement dit « actuel » et singulièrement celles qui telles l’installation, la performance et, dans une moindre mesure, les arts médiatiques sont nés de l’abandon de la facture, de ce rapport à une matière, quelle qu’elle soit, travaillée artisanalement de telle façon qu’en retour c’est l’artiste lui-même qui s’en trouve travaillé. Ce conformisme qui saute aux yeux de tout observateur lucide et objectif va bien au-delà des traits communs qu’impose nécessairement l’appartenance à une même époque. Il naît de cette série de cercles vicieux qui nous enferment dans la tautologie de l’assimilation sans reste : l’art est la vie, la vie est l’art et, pour pouvoir garder son statut, l’artiste doit être reconnu par l’artiste, lui-même reconnu par l’artiste dans une rengaine enfantine : « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », mais aucun des deux ne rit. C’est sérieux de faire ce qui se subventionne et de subventionner ce qui se fait : dans cette valse sans fin, on feint de sortir de l’institution honnie – l’art, son histoire, ses discours, ses organes – pour mieux se faire son institution à soi, comme un cocon opaque.

Étrangers

Cette institution, elle est constituée de connivence, d’affinités, de complaisance, tout ce qui constitue un consensus sans débat, tout ce qui produit du même, du semblable, de l’identique. De la masse en un mot.

Notre système économique et commercial, si peut-être il ne l’impulse pas, du moins en profite. Et les nomades qui nous gouvernent vraiment ne s’en portent que mieux. La mobilité des fonds individuels ou institutionnels, libres de se placer où bon leur semble et de jouer une fiscalité contre une autre, à la limite le plus souvent de la légalité, prive les états de ressources. L’idéologie néolibérale s’engouffre dans la brèche et prône l’amaigrissement continu d’un état déjà exsangue. Pour le plus grand bien de ceux qui sont déjà exagérément nantis.

Et tous ceux qui ne parviennent pas à atteindre l’exil doré du nomadisme transnational et financier finissent en réfugiés, parfois de l’intérieur, dans ce qui n’est plus leur propre pays que pour la forme.

Où, comme moi, ils se sentent irrémédiablement étrangers. Comme si, loin des échanges, ils étaient déjà morts.

Jean-Pierre Vidal

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Théories mortes et économie des fourmis, par Jean-Pierre Vidal…

9 avril 2016

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

151. — Quiconque n’a pas le sens de l’humour n’a jamais mesuré les limites de sa propre pensée. Mais c’est parce qu’il n’en a pas, de pensée. Car quiconque pense un peu rit bientôt beaucoup.

152. — Génération X, génération Y… À Z, on arrête ?

153. — L’intelligence est une responsabilité collective dont la garde semble bien désormais nous avoir été retirée.

154. — Combien d’œuvres contemporaines, qui insistent lourdement sur la « démarche » en déroulant un laborieux exposé scolaire tissé des mêmes fadaises sur la communication et la participation du public, gagneraient à ne s’accompagner d’aucun mode d’emploi : on pourrait ainsi attribuer l’indigence de la « pensée » qui leur donne naissance au mystère et aux indéterminations de l’œuvre, et la veulerie de leur attention complaisante au public décidément bien « client » à un amour éperdu de l’humanité. Mais ces explications trop empressées ne sont jamais, au fond, qu’un argument de vente. Dommage qu’il n’y ait rien à vendre. Et qu’il n’y ait plus guère d’acheteurs.

155. — Les Américains ont les délires boursouflés et grotesques des gens pratiques.

156. — Bien des gens meurent d’étonnement. L’étonnement de constater que c’est irrémédiable et qu’ils n’en avaient qu’une.

157. — Comme des astres éteints, il existe des théories mortes. Celles qu’une méthodologie omnipotente a ossifiées en pédagogie immobile. Notre utilitarisme forcené et immédiat a liquidé la théorie. Et, par le fait même, l’imaginaire.

158. — Autrefois nous étions, paraît-il, à l’image de Dieu, et nous avions une âme. Nous sommes désormais – qui ne le voit à regarder nos pubs et nos humoristes ? — à la semblance du singe et nous avons une bedaine, gracieuseté de nos commanditaires. Notre livre de chevet ? Ainsi parlait Orang-Outang.

159. — Les fourmis aussi ont une économie. Elles n’ont même que cela. Comme nous demain.

160. — Les ordinateurs nous ont fait perdre la mémoire, du moins celle qui s’attache à autre chose que des faits biographiques individuels. Comme si la mémoire humaine pouvait, à l’instar de celle des machines informatiques, se saturer, elle qui, au contraire, s’enrichit encore de tout ce qu’elle accumule et des rapports inouïs qui naissent de cette accumulation. C’est sans doute une des leçons de Proust, mais l’œuvre de Proust est impossible au temps d’IBM et la pomme de Silicon Valley n’aura jamais le goût de la madeleine.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Élite, éternité et désespoir des chats…, par Jean-Pierre Vidal…

14 février 2016

Apophtegmesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

131. — Le seul domaine de l’activité humaine où le mot « élite » ne soit pas péjoratif, de nos jours, c’est cette grande dérision du corps et de l’économie que l’on appelle le sport professionnel.

132. — Le monde se divise en deux : ceux qui croient que la réalité est indépassable et ceux qui pensent qu’elle est inatteignable.

133. — L’éternité, au fond, c’est très surfait. Regardez Dieu : pour tromper son ennui, il a fallu qu’il crée le monde ! Le résultat s’en est ressenti.

134. — La télé est un énorme tube digestif qui avale tout, grâce à ses énormes moyens financiers et à ses innombrables recherchistes, sans parler des délateurs ordinaires de faits divers qui désormais l’alimentent à l’envi. Et ce qu’elle ingère, elle le dégorge en merde.

135. — Les petites filles promènent parfois d’un air important des seins trop vieux pour elles.

136. — L’enseignement aujourd’hui : gérer le rudimentaire, enseigner l’insignifiant, évaluer l’accessoire.

137. — On donne hypocritement une dignité démesurée à l’argent, au nom de ceux qui n’en ont pas, pour mieux cacher, par envie ou soumission adoratrice, ceux qui en ont trop. De la même façon, on fustige ceux qui ont quelque culture, même s’ils ne l’étalent pas, au nom de ceux qui n’en ont aucune pour mieux cacher le lugubre fric qu’engrangent les fourgueurs d’inculture qui possèdent, entre autres choses, les médias.

138. — Un écrivain devrait être, dans la langue, et jusqu’à la douleur, heureux comme un poisson dans l’on. Combien, de nos jours, n’y trempent qu’un doigt frileux ! Combien d’autres, encore, se noient dans un verre de jememoi.

139. — L’homme est transitoire, sans doute, cela console. Mais sa connerie semble décidément bien près d’être éternelle.

140. — On a présenté aux Québécois des personnages grotesques, dans un contexte ironique, et dans le but manifeste d’en faire la satire. Mais voilà, ces personnages ont plu au point que, tout en en riant encore (jusqu’à quand ?), tout le monde s’est mis à les imiter et bientôt à se comporter naturellement comme ces caricatures, les animateurs de lignes ouvertes en premier, puis les gens de télévision, et enfin les hommes politiques. Et l’humour est désormais mort au pays du grotesque.

141. — Quand bien même il parviendrait, dans son imbécillité croissante, à détruire sa planète, l’homme n’aura jamais été qu’une estafilade évanescente à la surface des choses.

142. — À vingt ans, une manie est un charme, à quarante un agacement, à soixante un ridicule. Après, on ne la voit même plus.

143. — Dieu n’est rien que la question devenue trop tôt réponse. Il n’y a donc pas de faux dieux, il n’y a que la fausseté mortifère de Dieu, ce leurre pour vieillard rendu au bout de ses étonnements et perclus de refus.

144. — Peut-être que deux têtes valent mieux qu’une mais vingt -mille certainement pas. Plus il y a de monde, moins ça pense. Ça ne fait que grouiller.

145. — Penser que tout ce qui me dépasse mène à Dieu, c’est encore une façon de m’instaurer au centre de l’univers.

146. — Qui n’a jamais eu mal aux dents ne sait pas ce que c’est que l’obstination des choses et l’indiscipline des corps.

147. — Le métissage des cultures n’est qu’un slogan popmédiatique ou un vœu pieux d’intellectuel qui se donne bonne conscience. En fait, les cultures vers lesquelles, toujours au bord de la condescendance, l’intello antiraciste ou l’animateur radiophonique se penchent sont des cultures qui, parce qu’elles sont menacées chez elles et plus encore dans leurs terres d’exil, se barricadent au point qu’aucun métissage jamais ne saurait les ouvrir.

148. — Les enfants, tous les enfants, sont aussi méchants qu’ils sont bons. Mais comme leur méchanceté est aussi naïve que leur bonté, nous la considérons avec une tolérance attendrie. Mais donnez à un enfant la puissance qu’il n’a pas, et vous avez un terroriste. Et un terroriste qui n’a même pas besoin d’une cause.

149. — J’essaie, toujours, d’être à la hauteur de la franchise de mes colères.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec150. — Les chats sont des sages sereinement désespérés : c’est pour oublier la vie de la façon la plus élégante possible qu’ils dorment tant, le jour aussi, le jour surtout. C’est aussi que leurs rêves ont sans doute des couleurs bien séduisantes : celles de la liberté retrouvée, loin des humains qui, croyant être leurs maîtres, sont en fait leurs parasites.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Conformisme, médias et arts, par Jean-Pierre Vidal…

5 février 2016

Apophtegmes…

111. — Le conformisme est une forme de mort dans laquelle nous trouvons, paradoxalement, tous nos émoischat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec d’être. Et de plus en plus. Car rien n’est pire, maintenant, pour nous, qu’une parole seule qui claque, nue et injustifiée. Pour qui vous prenez-vous ? demande l’imbécile médiatique de service à celui ou celle qui ose la risquer. Pour une voix.

112. — Quand tous les possibles de l’art ne dépendent plus que des capacités de la machine ou de la patience et de l’ouverture d’esprit du public, l’éthique, sans laquelle cet art n’est que cosmétique, disparaît dans l’euphorie enfantine d’un fonctionnement trop aisé.

113. — L’amertume ? Un ciel couvert qui ne s’entrouvre que sur un souvenir maussade.

114. — On lutte toute sa vie, surtout contre soi-même, contre sa timidité, sa lâcheté, pour être soi-même (est-ce le même que celui contre qui on lutte ?), pour être naturel en toutes circonstances, et quand on y parvient enfin, quand on jouit de l’aisance désormais de sa propre présence au monde, on est mort.

115. — L’Europe a la passion de la distinction, l’Amérique, celle de l’ordinaire, malgré les superlatifs qui lui collent au discours. Le cauchemar de l’une est le snobisme, celui de l’autre la vulgarité. Mais cela n’exclut pas, bien entendu, les Américains hypersnob et les Européens d’une vulgarité absolue.

116. — Toute élégance se ramène à une question de rythme. Rythme de port et de pose, rythme tendu, rythme tenu, tonus et danse.

117. — L’hédonisme simplet qui court les rues et les ondes a laissé le grand corps social à l’abandon, livré à des minoritaires de toutes obédiences, mais plus encore à deux catégories de gloutons, l’homme d’affaires et le politicien qui, tous deux, par les temps qui courent, finiront par avoir de plus en plus de liens avec le pouvoir mafieux mondial en train de se mettre en place. Si même ils n’en deviennent pas l’émanation pure et simple. Car l’appétit vient en mangeant l’autre et rien ne se bouffe mieux que le corps social massifié.

118. — Comme nous avons sacralisé le bien-être individuel, nos religions ne sont plus que des commodités : sectes fumeuses, métaphysiques aérobies, rites gymniques, morales cosmétiques. Notre âme elle-même est une lotion à l’odeur vaguement écœurante. Et notre pensée une masturbation machinale et flasque.

119. — Mon orgueil aura été d’être assez cher pour pouvoir parfois être gratuit. C’est le plaisir des bénévoles quand ils ne sont pas des assistés sociaux déguisés ou forcés.

120. — La vulgarité n’est affaire ni de langue parlée, ni de culture, ni même de classe sociale, c’est une question de vue : quiconque ne voit pas plus loin que le bout de sa bedaine appartient à la confrérie sans cesse grandissante du vulgaire et de l’épais, même s’il manie l’imparfait du subjonctif comme un jésuite du XVIIe siècle.

121. — Peut-être divorce-t-on à un âge avancé, après toute une vie passée avec la même personne, comme cela arrive parfois, parce que, brusquement, l’autre a pris le visage de votre mort et que c’est son propre cadavre que l’on voit, glacé d’horreur, dans ses yeux innocents.

122. — Le malheur rend laid, le bonheur rend bête. Et l’indifférence rend invisible.

123. — La clé du bonheur de l’humanité est toujours enfouie, par définition, dans un livre perdu d’une bibliothèque détruite : c’est ainsi que s’équilibre un peu le fameux débat sur la valeur comparée du plus grand des livres et de la plus insignifiante des vies humaines. Il est vrai qu’on pourra toujours rétorquer que cette clé du bonheur de l’humanité tout entière se trouvait peut-être en germe dans la tête de cet enfant qui passait justement devant la bibliothèque de Dresde quand les bombes alliées l’anéantirent.

124. — Dans nos sociétés démocratiques, les riches entretiennent encore parfois des maîtresses et les pauvres toujours des illusions.

125. — Je n’aime les tripes ni au propre ni au figuré que d’ailleurs leur étalement éventré nie. Peut-être ma réticence à l’endroit de la psychanalyse vient-elle de ce dégoût.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec126. — Les hommes ne disent jamais tout à fait la vérité qui les concerne, par calcul ou par amitié, pour ne pas blesser ou pour ne rien risquer. La vérité est ainsi l’envers du social.

127. — L’école et les médias ânonnent et bêtifient. La famille ? Elle n’est plus qu’un tube cathodique. Où diable voulez-vous qu’on apprenne l’humain ?

128. — L’œuvre d’art, cet accident concerté, est une évidence imprévisible et imparable.

129. — La simplicité est une vertu quand elle est un élagage, pas quand elle est le nom poli de l’indigence.

130. — La jeunesse n’est jamais ridicule ; c’est toujours un regard rétrospectif qui la juge telle. Et c’est un regard de vieux. Mais vient toujours une autre génération qui, contre ses pères, coule sa propre jeunesse dans les oripeaux d’une jeunesse évanouie. La jeunesse est ainsi un phénix dont les plumes — et les plumes seules — se transmettent d’une génération à une autre.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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