Maître d’école, foule et bêtise… par Jean-Pierre Vidal…

20 mars 2017

Apophtegmes

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Le maître d’école, Patrice Butel

 

251. — Du maître au professeur, du professeur à l’enseignant, de l’enseignant à l’aide-apprenant, le déclin de l’éducation occidentale se marque dans ce passage du substantif à ces verbes immobiles, ces quasi adjectifs que sont les participes présents, et s’opère dans l’oubli et même l’interdiction du dialogue. Seul, en effet, le maître permet le dialogue parce qu’il est une position, le lieu de rencontre entre le multiple et l’un, la convergence provisoire des directions d’un rapport. Pour cette raison, de son public il fait un anti et un anté-maître, et non une jambe en attente de béquille.

252. — La complexité non seulement revendiquée, mais poursuivie est la seule chance qui reste à notre liberté dans un monde où l’on veut sans cesse nous réduire à la masse, nous simplifier dans l’indistinct du collectif.

253. — La société médiatique commande de rapprocher l’art du public. Comme si tout art ne consistait pas au contraire à éloigner le public de lui-même, ce qui, malgré les apparences, est tout le contraire de la distraction.

254. — La charité n’a jamais rien réglé d’autre que la conscience de ceux qui la font… ou croient la faire.

255. — Bêtise est le nom propre de la foule, et bestialité celui du nombre. Les humains ne sont supportables qu’en petit comité ; encore ne faut-il pas qu’il se soit lui-même baptisé « de salut public », ne serait-ce que parce que ces deux termes sont incompatibles. J’ai dit « les humains », mais il faudrait dans ce cas-là revenir à la vieille appellation sexiste et dire « les hommes », car qui donc peut prétendre avoir déjà vu une foule de femmes ? Même quand elles manifestent pour une des causes qui leur sont propres, elles ne se fondent jamais en ce monstre incontrôlable que l’on appelle une foule.

256. — Quand la vie se retire, on prend plaisir à la voir passer. C’est pourquoi les vieux adorent le spectacle de la rue. Mais les vaches regardant les trains ? Voient-elles passer l’abattoir ?

257. — Pourquoi l’homme contemporain s’embarrasserait-il d’art ? Il n’a déjà plus le temps de laisser venir à lui la beauté et il n’aura bientôt plus l’envie de faire l’effort de la reconnaître.

258. — Le terrorisme est la version sanglante des sondages. Aveugle, sourd, sans nuances, impitoyable, comme eux. Il en est aussi, bien sûr, le contraire absolu.

259. — Imaginer le pire ne suffit pas à se prémunir contre lui. Mais imaginer le meilleur, c’est d’avance le rendre surfait ou même inutile.

260. — Entre une idée simplette et un coup de génie, il n’y a, bien souvent, que l’espace d’un consensus inattendu.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le métissage, comme l’amour, se fait à deux… Jean-Pierre Vidal…

8 mars 2017

Apophtegmesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

241. — Reconnaître l’intelligence n’est pas à la portée du premier imbécile venu ; de nos jours, c’est même plutôt à sa merci.

242. — Les médias de masse exigent « de l’émotion » comme on demande du sang ou de la viande. C’est leur seul critère esthétique et éthique. Mais les masses n’ont d’autre émotion que la jouissance narcissique du nombre et l’obsession de l’unanimité tranquille. Ou au contraire la singularité quand elle semble absolue : le tueur monstrueux, les destins extravagants, les salaires fabuleux, les chiffres faramineux, l’exploit tout bête, tout nu, tout nul. Ce n’est, bien entendu, pas de cette singularité-là que vit l’art.

243. — Le métissage, comme l’amour, se fait à deux. Quand on se contorsionne à cinquante autour du feu de camp, cela n’est plus de l’amour, c’est une partouze ; cela n’est plus du métissage, c’est une identité. Multipliez les origines de mes gènes et cette pluralité me fait plus singulier que métis.

244. — L’intelligence devrait toujours être un grand écart, pas une appropriation tranquille du monde, mesurée et mesquine comme un compte d’épargne à intérêt quotidien.

245. — Chaque fois qu’un être humain en tue un autre, il le fait à cause de l’animal en lui. Mais quand un état exécute et assassine légalement, il le fait au nom de la civilisation. Voilà pourquoi la peine de mort est inacceptable aussi d’un point de vue rationnel : elle est une contradiction dans les termes. Car si la civilisation est peut-être, comme l’a prétendu Freud et comme semblent le dire tous les mythes, fondée sur le meurtre, tout son projet n’en consiste pas moins à tenter de se débarrasser de ce qui est, somme toute, son péché originel. Plus une civilisation est évoluée, moins elle tue.

246. — De nos jours, la seule différence entre la guerre et le commerce, c’est que le commerce tue plus proprement. En général.

247. — Les tièdes sont toujours ceux dont le couvercle saute toujours le plus haut quand toutes les marmites bouillent.

248. — Quand on s’abaisse une fois, fût-ce pour conquérir, comme dans la comédie de Goldsmith, on prend tout de suite le pli et on finit par rester courbé en permanence. Aucune conquête ne vaut l’honneur de rester droit.

249. — Dieu nous déborde et nous pénètre de toutes parts. Il est pour nous l’incommensurable même. Mais c’est de cet incommensurable que nous tenons notre mesure, c’est-à-dire l’ombre pas toujours claire que nous reconnaissons porter sur le monde.

250. — Le vendeur est encore plus esclave que celui qu’il pourchasse de son insistance.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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La masse que nous produisons désormais à pleines écoles… Jean-Pierre Vidal

25 février 2017

Apophtegmes

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

231. — La simplicité des uns fait la complexité des autres.

232. — Peut-être, comme le prétendait Heiner Müller, un certain élitisme intellectuel conduit-il à Auschwitz ; mais, d’une part, on aurait pu lui faire remarquer qu’effectivement il y a conduit massivement nombre d’intellectuels et, d’autre part, la masse que nous produisons désormais à pleines écoles couvrira, on peut en être sûr, les futurs Auschwitz de son silence unanime et de son assentiment veule. Il suffira de lui montrer du doigt, comme on le fait déjà, quiconque ne pense pas conforme.

233. — Vous avez envie d’une liqueur, on vous tend en prime un gratteux. Vous voulez un hot-dog, on vous propose une participation au tirage d’une Cadillac. Vous croyez élire un premier ministre et vous vous retrouvez avec un voyageur de commerce.

234. — L’indignation n’a que faire de la nuance. Si elle se tempère, c’est qu’elle n’a plus lieu d’être.

235. — On excuse peut-être, à l’occasion, les travers, parfois extravagants, du grand homme, mais on loue toujours avec enthousiasme la banalité des vices de la vedette ou la vulgarité de ses goûts. Le grand homme nous dérange, la vedette nous accommode et nous conforte. Voilà pourquoi notre âge, obsédé d’accommodements en tous genres, ne connaît plus que des vedettes. Pensez donc, même les artistes sont des gens ordinaires qui vous ouvrent leur atelier pour vous montrer les petites déjections quotidiennes que sont devenues, bien souvent, leurs œuvres, comme on ouvre son frigo pour offrir une p’tite bière.

236. — Nos écrans sont pleins de chocs cosmiques entre le bien et le mal, chacun d’ailleurs sponsorisé par une marque de biscuits ou de dentifrice, mais la seule lutte qui nous reste vraiment c’est celle qui se fait entre le vide de nos âmes et l’ennui de nos cœurs.

237. — Certains ont du cœur au ventre, d’autres du ventre au cœur ; et qui leur étouffe l’âme.

238. — Il existe une jovialité défensive qu’il ne faut surtout pas prendre pour de l’amitié ; en vérité, celui qui vous la brandit sous le nez vous oubliera dès qu’il n’aura plus peur de vous.

239. — Faire la pute est peut-être un métier de femme, mais c’est incontestablement une vocation d’homme.

240. — Quand votre femme vous dit qu’elle n’a pas de fantasmes, c’est qu’elle ne veut plus les vivre avec vous.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Pulsion, étreinte et traitement de texte… par Jean-Pierre Vidal

28 janvier 2017

Apophtegmes

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Le baiser, Rodin

221. – Toute fonction vitale doit être travaillée pour devenir autre chose qu’une simple pulsion, même si la psychanalyse nous dit que, justement, la pulsion est ce travail. Mais une fonction naturelle peut même faire l’économie de la pulsion. Voilà pourquoi le sexe a besoin de déguisement et de fantaisie. N’est-ce pas, en effet, la plus vitale de nos fonctions ?

222. – Les religions traitent toujours la science comme une métaphore : voilà pourquoi elles ne s’effondrent pas, mais renaissent, toujours plus folles, toujours plus molles, de leurs cendres. Mais le projet de la science est une apocalypse et c’est ce qui la fera, accomplie, coïncider, en cette toute fin hypothétique, avec la religion, toute religion.

223. – Où donc vont se finir les histoires des rêves qui s’interrompent ? Dans les cauchemars des générations suivantes.

224. – L’euphorie du traitement de texte nous aura valu une pléthore d’épais romans que l’écriture manuscrite nous aurait épargnés. La crampe de l’écrivain assainissait alors la littérature. L’informatique aujourd’hui l’assassine.

225. – L’œuvre d’art est une douleur sans corps. Mais la critique désormais est un analgésique en quête d’un estomac à faire digérer mieux.

226. – Toute étreinte un peu passionnée est une émeute intime.

227. – L’idée que nous nous faisons de Dieu est toujours le révélateur le plus impitoyable de nos faiblesses intimes.

228. – Si l’on ne peut pas rire de tout, alors le rire n’est qu’une faiblesse comme les autres.

229. – Faute sans doute d’avoir intégré l’art à notre quotidien, nous tentons désespérément d’écraser notre quotidien dans ce que nous appelons l’art : le terre à terre, le banal, le simplissime sont désormais nos muses.

230. – Il y a parfois sur le visage des suppliciés d’État, au-delà de l’évidence de la douleur et de l’indignation rageuse, de la pitié, oui, de la pitié. Pour nous.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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La tortue d’Achille, apophtegmes de Jean-Pierre Vidal…

20 décembre 2016

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211. — Non seulement je me prends pour un autre mais même pour plusieurs : c’est la seule façon que j’aie de m’en tirer avec mon identité.

212. — Certains arborent des profils en forme de profondeur de champ. D’autres ne sont perceptibles qu’en gros plan. Mais la vaste majorité des gens n’est désormais cadrée qu’en plan américain : coupé à l’âme.

213. — Les avatars de la ponctuation masculine : quand le point d’exclamation s’interroge, il finit en virgule. Un point, c’est tout.

214. — Quand on vous manifeste un respect dont vous ne voyez pas la raison, c’est que vous êtes devenu vieux.

215. — La morale sociale la plus répandue repose généralement sur cette maxime implicite : ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils vous fassent. Les affaires, comme la guerre, c’est l’inverse ; il s’agit expressément de faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils vous fassent : payer le plus tard possible et se faire payer le plus tôt possible, acheter au plus bas, vendre au plus haut, tuer, assommer, sortir du marché, réduire à la mort économique, liquider ou contraindre à la liquidation, etc. Et l’on voudrait que l’on s’enthousiasme pour ça ?

216. — Il faut s’aimer terriblement pour accepter de se sacrifier à quelqu’un d’autre. Tous les martyres sont des arrogants qui cachent leur jeu. Jésus est l’arrogance incarnée. Plus arrogant que ça, tu meurs en fils de Dieu !

217. — J’ai toujours su qu’il y avait des cons. Mais je n’aurais jamais cru qu’ils étaient si nombreux. Ni que je finirais moi-même trop souvent par être l’un d’eux.

218. — Certains mettent à rater leur vie la même obstination que d’autres à rester dans les ordres ou dans l’erreur. Mais si le temps rend un peu rêveuse l’obstination de ceux qui ont pris la règle de Dieu pour une règle de vie, il ne fait qu’exacerber jusqu’à la rage l’entêtement de ceux qui ont choisi de gâcher leur vie comme on revendique l’erreur.

219. — Dans un salon funéraire, les hommes ont toujours l’air un peu puni. Les femmes, elles, retrouvent avec naturel et aisance leur rôle ancestral de gardiennes des aires.

220. — Ce n’est pas la tortue qu’Achille ne rattrapera jamais mais son propre talon. Et pourtant, combien se lancent d’un pied léger dans cette course folle !

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Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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La propreté est le luxe des pauvres… par Jean-Pierre Vidal…

28 octobre 2016

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201. — La propreté est le luxe des pauvres. Elle les obsède et les contraint autant que l’argent les riches.

202. — Dans le miroir, c’est le regard qui fait le reflet. Triste, vous voilà décavé. Mais s’il s’allume d’une lueur, ironique ou complice, c’est votre jeunesse encore qui vient vous sourire jusqu’au fond du grand âge.

203. — L’homme a rêvé qu’il était un animal un peu plus intelligent que les autres. Au réveil, il s’est aperçu qu’il n’était qu’une bête un peu plus rusée et infiniment plus prétentieuse. Alors, il a inventé le commerce.

204. — Des poussières de minorités visibles finissent par former une majorité risible.

205. — Les droits de l’homme en notre début de millénaire ? Autant en emporte la vente.

206. — Si le chat parvient à être, plus encore que la chouette d’Athéna, l’animal philosophique par excellence, ce n’est pas parce qu’il se montre penser : il ne pense pas. Mais il nous dit, de toute sa présence et par son comportement quotidien, notre transitoire et notre dépossession, native et future : ni notre temps, ni notre espace, ni même notre corps ne nous appartiennent. Ils deviennent siens dès qu’il condescend, avec un dédain que nous prenons pour de la tendresse, à les occuper. Parce que tout son être est affirmation tranquille, il se pose dans notre vie comme la question qui à la fois nous fonde et nous fait grouiller.

207. — Écrire, c’est d’abord trouver des rythmes et se laisser surprendre des sens qui finissent par y venir danser.

208. — L’envergure de nos mensonges réussis est la mesure exacte du crédit que nous accordent les autres.

209. — Les images ne « prennent » jamais vraiment, elles sont pleines de vide. Mais elles nous tiennent, nous. Et tout iconoclasme est d’abord une réaction de défense, la tentative insensée d’enfin sortir du cadre.

210. — Mise en attente et cellulaire disent, entre autres choses, une humanité qui ne veut rien manquer, qui rêve d’être disponible et présente à tout, mais, bien sûr, à distance, sans s’impliquer ni se salir. C’est l’ubiquité dérisoire et généralisée. Muni de tous les attributs de Dieu, monsieur Tout-le-Monde vaque urbi et orbi à ses petites affaires.

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Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaireschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, québec, littératurequébécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtcCiel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

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Tout désir rêve en secret la mort du temps, Jean-Pierre Vidal…

15 octobre 2016

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191. — L’humanité reste intermittente. Comme un rêve entr’aperçu.

192. — Certains défraient la chronique, d’autres, carrément, l’effraient.

193. — La chasse, c’est la guerre inégale. Tous ces vaillants guerriers d’automne qui arborent fièrement sur leur capot le chef déconfit d’un inoffensif ruminant, ou qui mitraillent à pleins plombs des volatiles un peu zarzais, on devrait les envoyer affronter des machines de guerre aussi redoutables qu’eux : l’ours polaire ou le tigre du Bengale. Et voir comment se comporterait alors leur terrible bedaine gonflée à la grosse Mol.

194. — Le paradoxe de la séduction, c’est qu’elle n’opère jamais autant que lorsque celle ou celui qui la déploie s’y cache dans l’élégance du mystère où son individualité se refuse. Spectaculairement.

195. — Vices et vertus sont les deux revers d’une même médaille… qui n’est guère sainte.

196. — Lorsque Dieu a eu fini de se faire entendre, des poètes ont écrit les testaments de sa parole. Puis sont venus pédagogues et politiciens, huissiers et comptables de la chose religieuse qui nous ont donné des catéchismes. Et la foi du charbonnier a obscurci Dieu jusqu’à l’insignifiance.

197. — Je ne supporte la crapule que méprisante et la canaille hautaine. Car lorsqu’il faut qu’en plus elle m’accable de sa bonhomie, de ses protestations démagogiques et de sa prétention à l’ordinaire, je me sens agressé dans ma foncière et irrémédiable simplicité. Capitalistes, affairistes et magouilleurs, restez distants !

198. — Tout désir rêve en secret la mort du temps.

199. — Un mort ne consomme pas, c’est pourquoi il y a lieu d’espérer de l’économisme absolu que nous vivons une amélioration des droits de l’homme. Mais une personne intelligente, formée, renseignée, cultivée, consomme moins bien qu’un con inculte. C’est pourquoi la télé fait de nous tous des cons, systématiquement, jour après jour et saison après saison. La télé ne se finance pas avec de la publicité, elle n’est que de la publicité. Pour un monde de cons. Qui est déjà là.

200. — Si l’on ne voit bien que visière levée, à visage découvert, on ne dit bien, même la vérité, surtout la vérité, qu’à travers un masque. Voyez, disons, Descartes…

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