G-20, temps et poésie, par Alain Gagnon…

23 novembre 2015

Actuelles et inactuelles…

Post-attentats de Paris — Voici ce que j’aurais dit à Justin Trudeau et à Stéphane Dion si j’avais été en Turquiechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec pour le G-20 :
— Lorsque le feu est dans la friteuse, ce n’est pas le moment rassembler un conseil de famille, ni de penser à organiser une formation pour les pompiers : on l’éteint !
Le Canada est devenu un long navire qui dérive sans capitaine.

*

Je voudrais mes poèmes espace. Immuables, hors du temps. Le temps est un legs du dix-neuvième siècle. Taylor, Hegel, Darwin, Marx : chaîne de montage, histoire sacralisée, évolutionnisme, matérialisme dialectique… Ce siècle est le siècle du temps. Cet intrus nécessaire à l’imperfection.

*

La poésie, c’est quoi ?
— Traverser une ville, une fin d’après-midi d’octobre, alors qu’aux fenêtres s’allument les lumières.
— Les septembres chauds des classes à cahiers mauves et les soirs hâtifs aux lunes montantes des équinoxes.
— Ces barges aux fous pavillons verts qui glissent sur le fleuve en une nuit de novembre.
— Ces chiens qui aboient aux nuits lentes et pivelées d’étoiles.
— Boire sa colère aux membres difformes et aux crânes rasés des enfants croisés de rouge.
— Ces fenêtres sombres : yeux ensommeillés des maisons endormies.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecNous sommes la première société où, par les jeux statistiques des sciences sociales, l’humain idéal est l’humain moyen, évalué par des courbes normales et encensé par le discours public. S’en dégagent le culte de la prévention et un jeu de cache-cache avec l’inéluctable mortalité : boire peu, manger peu, courir, faire de l’exercice, assurer sa retraite, ses vieux jours, comme s’ils devaient s’étirer éternellement. Tout cela sous le sourire niveleur de la liturgie publicitaire. Sans exigences lourdes, nous vous conduirons au bonheur.
Je n’écris pas pour ces gens. Je n’écris ni pour les pauvres ni pour les riches. Mes poèmes demandent un effort — mot honni ! J’écris pour ceux ou celles qui ont le désir et le courage d’explorer ces marges chatoyantes où univers et conscience se rencontrent, se testent, s’apprennent, s’étudient, s’éprennent et s’étreignent parfois.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

18 septembre 2014

La mort, cette illusion

 Nous avons peur de la mort, de plonger dans ce lieu qu’on nomme le néant, d’où nul n’est revenu. Sénèquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon disait : « Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort. » Tous y passent. Pauvres, riches, beaux, laids, intelligents, bêtes, pessimistes, optimistes, chanceux ou infortunés. Tous. L’ultime justice.

Certains vivent dans sa hantise, perdent la vie avant terme. Pierre Corneille écrivait que « chaque instant dans la vie est un pas vers la mort ». À quoi sert-il de marcher dans ce cas ? Peut-être devrions-nous plutôt, comme Seamus Heaney, « vivre jusqu’à notre mort », refouler l’idée de notre inéluctable fin, cesser d’avoir peur du néant, du vide éternel, lier la mort à une correspondance plutôt qu’à un terminus.

En mourant, sommes-nous morts pour toujours, ou l’existence survit-elle ?

Dans les temps anciens, à l’époque de Jésus, les esséniens, des mystiques qui erraient dans la pauvreté, la vertu et l’enseignement des révélations divines (Jean-le-Baptiste en était peut-être un, Jésus aussi), croyaient qu’au début des temps, les forces du Mal avaient emprisonné l’âme divine dans les corps, comme dans une prison, des corps corruptibles, desquels il était possible de s’affranchir en transcendant la chair pour se réapproprier son statut divin. Sous diverses variantes, plusieurs courants religieux ont repris cette conception de l’être, dont le catholicisme. Ainsi, dans ce schème, la mort du corps n’altère en rien l’âme éternelle à jamais libérée.

Nous sommes dans un monde de sensations, où chaque instant est envahi par les images, les arômes, les sons, les saveurs, les contacts. Sans répit, nos sens sont sollicités. Leur pouvoir trompe notre esprit qui nous laisse croire à la primauté de la matière, de la réalité, l’âme se voulant reléguée au rang de spectatrice. Or, la science rejoint les mystiques quant à la nature trompeuse de la réalité. Et si la réalité est chimère, la mort peut-elle en être autrement ?

Pour mourir, il faut avoir été. La vie ne pourrait-elle n’être qu’un rêve dans un univers qui nous échappe, un rêve dont la mort nous réveille ? Einstein disait : « les gens comme nous… savent que la distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une persistante illusion. » Dans Propos sur le bonheur, Alain ajoutait : « la mort est une maladie de l’imagination. »

Nous croyons à la mort parce qu’on nous a enseigné que nous allons mourir. Et qu’autour de nous, les corps meurent. Or, notre pensée est déterminée par une impression, celle que le monde existe de manière objective, indépendante de l’observateur. Cette impression est fausse ! L’espace, le temps, la matière elle-même, dépendent de celui qui les regarde. Je suis daltonien. Je ne vois pas les mêmes couleurs que vous. Mon rouge n’est pas votre rouge mais demeure le rouge pour vous et moi. Vous trouvez qu’il fait froid, l’Esquimau à vos côtés transpire, se découvre. L’aveugle ressent des choses, entend des sons, qui nous sont étrangers, à nous les voyants. La réalité dépend de l’observateur. Ce que vous ressentez en ce moment, jusqu’à votre propre corps, n’est que le fruit de votre esprit, de votre système nerveux. Il en est ainsi pour le temps et l’espace, outils de notre esprit pour rassembler les choses en un semblant de réalité.

chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonDes expériences le démontrent. La réalité fluctue avec l’observation. Ainsi, quand vous l’observer, une particule projetée sur une barrière munie de deux orifices ressortira d’une des deux ouvertures sous forme particulaire, alors que si vous ne l’observez pas, espiègle, elle agira comme une onde et émergera des deux trous à la fois. La conscience agit donc sur la réalité. Autre exemple : le principe d’incertitude d’Heisenberg. Si le monde était véritablement composé de particules, nous devrions pouvoir mesurer toutes leurs propriétés. Or, la mesure simultanée de la position et de la vitesse d’une particule ne peut être absolument précise. En outre, comment expliquer l’interaction instantanée de deux particules distantes de milliers de kilomètres ? Ou comment des photons, des particules de lumière, connaissent-ils à l’avance l’agissement futur de particules jumelles distantes ? Enfin, dans un article publié dans Science en 2007, des scientifiques ont rétroactivement déterminé le comportement de photons qui étaient depuis longtemps passés à travers un filtre. On projette des photons vers une fourchette, leur donnant le choix d’agir comme une particule ou une onde. Longtemps après leur passage, à l’aveugle, des collaborateurs manipulent un interrupteur créant ou fermant des orifices de la fourchette, ce qui aurait eu un effet sur les photons si leur passage avait suivi. Eh bien, les photons, dans le passé, avaient obéi à l’instruction émise dans le futur. Étrange. C’est comme un lanceur de baseball qui a le choix entre une courbe et une rapide et qui, à chaque lancer, se soumet à la commande d’un instructeur faite le lendemain, à l’aveugle, dans l’antre de son bureau.

Quelque chose nous échappe. La réalité confond nos sens, dépasse notre entendement. Tout se passe comme si la distance et le temps n’étaient que le produit de notre esprit. En outre, aucune observation ne peut être prédite de manière absolue. Les possibilités sont multiples et chacune comporte sa propre probabilité. Dans la théorie des univers multiples, il y aurait un univers pour chaque possibilité.

Et la mort là-dedans ? Notre esprit borné et trompé par des sens limités cloître l’existence dans le temps etChat Qui Louche maykan maykan2 alain gagnon l’espace, des illusions. Dans un contexte d’une réalité fourbe et d’un univers englouti dans un nombre infini d’univers, la mort devient litigieuse, elle-même une illusion, une possibilité parmi une multitude, ce qui liait le corps à la réalité se dissipant dans l’immensité des possibles. Quelque part ailleurs, quelque chose existe toujours.

J’aime l’idée de voir mon esprit libéré de mes petits bobos, des vicissitudes du monde, à voguer dans l’éternité.

En attendant, mes yeux s’enivrent des beautés de la nature, mes papilles dégustent le bon vin et la boustifaille, j’inspire les fumets de la vie, j’écoute le gazouillis des oiseaux, je frissonne sous la caresse du vent, goûtant ainsi chaque instant de cette vie si merveilleuse et précieuse, illusoire ou pas.

Inspiré de http://www.psychologytoday.com/blog/biocentrism/201111/is-death-illusion-evidence-suggests-death-isn-t-the-end

© Jean-Marc, 2014

Notice biographique

chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonJean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

8 avril 2014

Le château de sable

Sur l’immense plage du quotidien se croisent des corps drapés de leurs habitudes. Le matin. Le midi. Le soir. La nuit, OLYMPUS DIGITAL CAMERAaussi. Ils se croisent. S’entrecroisent. Puis reprennent, du même pas, leur route chimérique sur ce sable chaud qui ne sera pourtant jamais clouté. Des corps s’en vont, d’autres arrivent. Des corps, partout, tout le temps. Des corps étendus sur une serviette sous un large parasol. D’autres, plus imprudents, au dos déjà coloré. Des corps qui tapent dans le ballon, effrayant des corps plus timorés. Des corps qui courent. Des corps qui dansent. Des corps qui chantent. Des corps qui rient. Des corps qui crient. Des corps qui pleurent, aussi. Des corps assis sur les rochers, qui profitent du clapotis des vagues, les yeux fermés. Des corps, partout, tout le temps. Mais ce soir, aucun des corps ne se sera hasardé à rejoindre l’immensité de la mer en laquelle l’affluence des corps n’oppresse plus. Où l’on peut enfin respirer. Non, ce soir une tempête est annoncée, et le drapeau rouge a été levé.

Et puis il y a ton corps à toi. Ton corps à toi qui, au bord de l’eau, met toute son énergie à construire le plus beau château de toute la plage. Humidifier assez. Mais pas trop. Eviter les bambins maladroits qui jouent un peu trop près de lui. L’abriter du vent. Creuser une douve pour contrer la marée. Ne pas quitter des yeux le ballon. Tout en continuant de bâtir. Encore et encore. L’esprit vagabondant, de temps à autre, sur les corps d’à côté. Ces corps bigarrés qui ne t’auront jamais même distingué, toi, ce corps que la multitude a rendu invisible. Parce que sur l’immense plage du quotidien, il y a des corps bien plus beaux, bien plus forts que le tien. Plus bruyants, aussi. Des corps qui sauront toujours, mieux que toi, attirer ces rayons du soleil qui donnent bonne mine. Et puis, de toute façon, tu le sais, ton corps à toi n’a jamais su bronzer et, beaucoup trop peureux, tu ne fais rien pour l’y aider : tartinant chaque jour sur ton corps laiteux une épaisse couche de protection solaire.

Même si, au fond, tu aimerais tellement être comme ces corps qui peuplent l’immense plage du quotidien. Que l’un d’eux jette un œil sur toi. Qu’il fasse un pas dans ta direction, et te propose de t’aider à achever la construction de ton château, le plus beau des châteaux de toute la plage. Parce que seul, tu le sais, tu n’y parviendras jamais. Mais chaque jour, les mêmes scènes se déroulent devant tes yeux impuissants. Et chaque jour, tu tentes, du mieux que tu le peux, de maintenir ton château debout et de l’élever encore, encore un peu. Sur l’immense plage du quotidien. Au milieu de ces corps qui se croisent, drapés de leurs habitudes. Le matin. Le midi. Le soir. La nuit, aussi. Qui se croisent. S’entrecroisent. Puis reprennent, du même pas, leur route chimérique sur ce sable chaud qui ne sera pourtant jamais clouté. Soudain, un frisson parcourt ton corps. Ton corps à toi. Toi qui passes ton temps à observer cette plage, l’œil moralisateur, l’esprit rivé sur ton château à toi – le plus beau château de toute la plage : connais-tu seulement l’occupant du parasol d’à côté ?

Un coup de vent t’enlève à tes doutes. Un coup de vent un peu trop violent qui sème soudain la panique sur l’immense plage du quotidien. Emportant avec lui les larges parasols et les habitudes dont les corps étaient drapés. Soudain, des corps nus se lèvent et s’agitent en tous sens, avant d’abandonner à son triste sort l’immense plage du quotidien. Un coup de vent un peu trop bruyant que les cris de la foule qui s’éloigne n’auront pu couvrir. Seuls quelques corps restent là, malgré tout. Des fous ? Des aventuriers ? Des corps nus qui ont perdu leur moitié. Des corps nus qui n’ont jamais eu d’autre abri que ce ciel étoilé. Et ton corps à toi. Nu, aussi. Qui perd à présent des litres de sueur à tenter de maintenir ton château debout. Le plus beau château de toute la plage. Le seul, en réalité. Mais ça, tu l’ignores. Tu ne regardes même plus autour de toi. Tu humidifies. Assez. Mais pas trop. Tentes de faire de ton corps un paravent – lui qui peine à présent à garder les pieds sur le sable qui n’est plus du tout chaud. La tempête est là, et tu lui offres ton plus beau sourire.

Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder

Ton château résistera à la tempête. Coûte que coûte. Parce que, oui, il le faut ! Penses-tu tout haut. Mais il est des croyances que l’on n’a jamais osé remettre en question. Par habitude. Par flemme, aussi. Et cette question, jusque-là, t’avait échappé. Pourquoi perds-tu tant d’énergie à maintenir ce château debout ? Le plus beau château de toute la plage, si tu le dis. Mais ce château, surtout, dont tout le monde se fout. Qu’adviendra-t-il demain matin, quand la tempête sera passée – si la tempête passe ? Les corps nus rejoindront-ils, comme si de rien n’était, l’immense plage du quotidien ? Revêtiront-ils à nouveau le costume de leurs habitudes ? Poseront-ils un regard sur toi et ton château – si vous êtes encore là ? Probablement pas. Laisseront-ils les rayons du soleil t’atteindre enfin ? Certainement pas. Fébrile, tu te redresses soudain pour contempler ce château – le plus beau château de toute la plage – volant en éclats au gré du vent qui s’énerve de plus en plus. Un grain de sable atteint ton œil, te laissant aveugle sur l’immense plage du quotidien. Abandonnée, à présent.

Ton corps. Nu. Se retourne. Laissant ton château derrière lui. Ton corps. Nu. Ferme les yeux. Se laisse porter par les cris féroces du vent. Ton corps. Nu. Avance. À petits pas. Puis d’un pas décidé. Jusqu’à sentir l’eau cogner contre ses chevilles. Mollets. Genoux. Cuisses. Sexe. Ventre. Poitrine. Cou. Bouche. Nez. Yeux. Ton corps. Nu. S’est drapé d’éternité.

« C’est donc cela, la vie d’adulte : construire des châteaux de sable,

puis sauter dessus à pieds joints. » [Frédéric Beigbeder]

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de L’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

10 novembre 2013

Au temps des amours sans attaches…

 

Jouant des mots et des silences

je te recrée, te réinvente

au gré du désir qui me hante

l’amour est un jeu de patience

 

Dans l’appartement vide, tout est resté pareil.  Comme au premier jour.  Le jour où elle s’était installée ici, dans ce petit 3 ½, à quelques pas du centre-ville.

Bon, il y a bien le saule dans la cour qui, depuis le temps, a sans doute grandi de quelques centimètres et dans la chambre, où figuraient hier encore une dizaine de photos, autant de rectangles délavés laissent désormais apparaître la grisaille des murs d’origine.  Mais par la fenêtre mal isolée, le vent n’a pas cessé de s’immiscer et en fermant les yeux, il lui semble même, ce soir, l’entendre siffler.

Elle vient d’empiler à la hâte les dernières boîtes dans sa bagnole.  Il ne lui reste plus qu’à laisser la clé sur le comptoir de la cuisine, à verrouiller la porte et à s’en aller.  D’ailleurs, à l’heure qu’il est, elle devrait déjà être en route vers ce petit village de la Côte où elle s’apprête à s’installer.  Mais elle s’attarde.  Quelque chose ici la retient.  Un objet oublié ?  Elle a pourtant passé les derniers jours à nettoyer l’appartement et a fouillé armoires et placards dix fois plutôt qu’une.  Pourtant l’impression persiste.  Peut-être est-ce le vent et cette pluie soudaine qui vient frapper à la fenêtre comme pour saluer son départ.

Immobile au milieu de la chambre, elle n’arrive pas à se décider.  Tourner le dos à ces années, fermer la porte, s’en aller.  C’est pourtant si simple.  Mais la fatigue a raison d’elle et bientôt étourdie elle vacille, elle chancelle et le dos appuyé contre le mur se laisse lourdement glisser jusqu’au sol, allonge les jambes, prend un grand respire.  Quelques minutes, se dit-elle, juste quelques minutes de repos devraient suffire.

Dehors, derrière la fenêtre toute nue, le jour s’éteint, la rue s’anime, la rue s’éclaire.  C’est samedi soir, on veille en ville et sous la pluie les gens se pressent.  Et dans la chambre, ombres projetées sur les murs, ombres agitées et fébriles, solitaires ou en couples, défilent les silhouettes des passants.

Dehors, derrière la fenêtre toute nue, tout près, trop près, les bruits de la rue.  Talons aiguille sur le trottoir, talons aiguille qui claquent.  Juste assez fort pour la sortir de sa torpeur.  Égarée quelque part entre le sommeil et l’éveil, la voilà qui ouvre les yeux et dans ces ombres sur les murs croit voir surgir de son passé le souvenir de visiteurs, de bras tendus, de corps à corps.  Du temps jadis où ses amants allaient, venaient comme le vent…

DSCN4104Tous pareils, se dit-elle cette fois bien réveillée, ils étaient tous pareils.  Dans leur manière de frapper à ma porte, de passer sans s’attarder, de disparaître bien avant l’aube.  Les mêmes gestes, les mêmes mots.  Jamais d’amour mais de désir.  Les mêmes mots, les mêmes silences.  Faits de ruptures et d’abandons.  Chaque fois niés et déniés.

Mais n’était-ce pas là le prix à payer pour avoir toujours refusé de nourrir cet espace fait de l’autre que l’on attend ?

Autant sourire, se dit-elle, sourire au souvenir de ces quelques pas de danse esquissés toute seule dans le noir de la chambre toutes ces nuits où on n’attend personne.  Autant sourire au souvenir de cet air vieillot et de ces quelques mots qu’elle chantonnait alors, au temps des amours sans attaches.  Ces quelques mots à l’amant qu’elle n’a jamais osé dire.

Entre tes mots et tes silences,

j’ondule en une vague danse

marée montante sur page blanche

 

Aux premiers mouvements de mes hanches

troque tes mots pour tes silences

et viens plus près la mort me hante

l’amour sans cesse me réinvente

 

l’amour sans cesse me réinvente

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de l’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

17 mars 2013

Neiges

Tes bottes gisent derrière toi.  Emprisonnées dans la neige.  En chaussettes au milieu du sentier, tu essaies d’avancer puis, désemparé, tu te tournes vers moi.  Tu es encore si petit.  Trop petit pour toute cette neige.

Je te rejoins.  Le temps de récupérer tes bottes, de les enfiler dans tes pieds, de resserrer leurs attaches, et te voilà reparti.  Encore une fois, tu insistes pour marcher devant.  Même au risque de t’enliser, tu refuses de suivre mes traces.  Tu avances sans te soucier de moi, tout à tes découvertes.

Dans la forêt alourdie du trop-plein des neiges tombées, le vent invite à la danse les cimes des épinettes.  Sitôt,  elles s’animent, se secouent, se déhanchent, éparpillant au-dessus de nos têtes une nuée de flocons.  Toi, émerveillé, tu regardes ces étoiles éphémères se poser doucement sur le ciel bleu de ton parka.

Ensuite, tu reprends la route.  Autour de toi il y a tant à découvrir.

Plus loin, nous croisons quelques pistes fraîches.  Ici, un lièvre et un renard ont traversé le sentier avant de s’enfoncer dans les bois.  Tu veux savoir ce que racontent leurs traces.  Où est passé le lièvre et pourquoi il s’est attardé sous les conifères, si le renard l’a suivi, s’il a fini par l’attraper.

Tu as toujours des tas de questions en réserve.

Un coup de vent agite à nouveau les cimes des épinettes.  Tu lèves la tête, fasciné par tous ces flocons qui, traversés par un rayon de soleil, flottent maintenant dans l’air en fine poussière aux éclats cristallins.

Bientôt tu connaîtras les neiges qui tombent en rafales, celles qui nous fouettent le visage et nous forcent à accélérer le pas.  Celles qui, lourdes et collantes, agglutinées en peaux de lièvre, estompent ou voilent le contour des choses.  Celles que le blizzard soulève en tourbillons au milieu des grands champs.  Celles qui, au cœur des tourmentes, ciel et terre confondus, nous inventent un blanc pays où la devise est « Je me perds »…  Toutes ces neiges que, sur le sol, le vent prend plaisir à façonner à sa guise en vagues, dunes et récifs, en collines, vallons et congères.

Tu connaîtras aussi les jours de grand froid, les mains glacées, les joues rougies, les pieds gelés.  Les nuits de février où, transi, on se retire, se replie, se retranche, se recroqueville.  Et peut-être encore des hivers qui s’attardent, s’acharnent, s’entêtent et s’éternisent.

Tu t’es arrêté.  Immobile, tu m’attends.

À l’écart du sentier, une perdrix dans la neige a déployé ses ailes avant de s’envoler.

Tu as grandi.  Si vite que je n’ai pas eu le temps de te raconter dans les mots des nomades le cycle des neiges.  Kun, kun-nipi, kunapui, kun-nipiu, kun-nipiuakamu. Des neiges fondantes aux neiges fondues, des neiges mêlées d’eau aux eaux mêlées de neige.  Toutes ces eaux qui bientôt couleront de la montagne et viendront gorger les ruisseaux et les rivières jusqu’au débordement.

Le temps a passé si vite.  Déjà ta première peine d’amour.

Et moi qui n’ai pas eu le temps de te dire que, passé la crue des eaux, on finit toujours par oublier le souffle rauque de l’hiver.

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

30 décembre 2011

Juste le temps d’un Jour de l’An

« Demain, du ventre du temps surgira une année nouvelle. »  (Njabulo S. Ndebele, 1948 –     )

Oui. Demain, une autre année démarre. 2012. Déjà. Enfin. Selon le point de vue. Enfant, tu as hâte. Âgé, tu n’en reviens pas comme ça passe vite. La nouvelle année est là. Or, dans deux jours, dans une semaine, déjà, la routine aura repris le contrôle de nos vies, on oubliera les résolutions, qu’une autre année est arrivée et que bientôt, elle ne sera plus.

Le temps se perd, le temps se gagne. Le temps presse, arrive, change, manque, se donne et se rattrape. À l’ère où l’on régénère les cellules centenaires, à l’ère des produits qui gardent jeune, des chirurgies miracles et des espérances de vie qui s’allongent, on traite le temps comme un paria. Il ne va pas assez vite, ou trop vite. Le temps a toujours tort.

Qu’est-ce que le temps ? Est-il fini, ou infini ; est-il passif, ou agit-il sur nous ? Est-il une dimension de l’Univers, ressenti comme un fluide qui s’écoule en continu ? Le temps est-il celui de notre montre, celui des tictacs successifs, l’invention de l’homme ? Existe-t-il depuis toujours, indépendant de nous, en dehors de notre réalité ? Le temps va-t-il vraiment d’hier à aujourd’hui, d’aujourd’hui à demain ? N’y a-t-il qu’un seul temps dans le même univers, ou existe-t-il plusieurs mondes avec des flèches de temps différentes ? D’où vient le temps ?

Ah ! Tant de questions ! Et si peu de temps.

Il y a le temps physique (des équations), le temps psychologique (la tristesse allonge le temps), le temps biologique (le vieillissement), le temps cosmologique (l’expansion de l’univers), le temps géologique (les couches terrestres), le temps de l’atmosphère (les saisons). Le temps est une dimension du réel, une partie de l’existence. C’est une perception. « Le temps est le rivage de l’esprit ;  tout passe devant lui, et nous croyons que c’est lui qui passe. » écrivait Antoine de Rivarol, écrivain français de la fin du 18e siècle. Nous sommes soumis au temps, nous sommes ses esclaves. Nos sens ne le ressentent que d’hier vers demain. Des sens imparfaits. Le temps nous emporte en avant, vers la mort. L’écrivain brésilien Joachin Maria Machado De Assis écrivait : « Nous tuons le temps, mais il nous enterre. » Ou encore, de Hector Berlioz : « Le temps est un grand maître, dit-on. Le malheur, c’est qu’il tue ses élèves. »

Et alors que le temps qui précède notre naissance nous importe peu, celui après la mort nous inquiète. Or, n’est-ce pas le même néant, cette éternité ?

Tiré de Brian Greene, The fabric of the cosmos, p. 135, Fig 5.3 a

Le passé n’est plus, le futur n’est pas encore et le présent éphémère, ce point du réel, laisse le futur devenir notre passé. « La durée est essentiellement une continuation de ce qui n’est plus dans ce qui est », disait Henri Bergson. Le passé existe, mais n’est pensé que dans le présent. Le futur est envisagé dans le présent. Comme le disait Swami Dayananda Saraswati, un enseignant traditionnel du Vedanta, lié au Véda hindou : « Le passé était présent, le futur sera présent et bien entendu, le présent est présent. » On ne peut plus rien pour le passé dont on sait tout. Et pas davantage pour le futur qui nous réserve des surprises. Reste donc le présent.

Jean-Jacques Rousseau écrivait : « Le Temps, c’est l’image mobile de l’immobile éternité. » « L’éternité, la suite la plus longue possible des moments les plus longs possible. » disait encore l’écrivain québécois François Barcelo. Nous voyageons dans le temps. Sans cesse, à chaque instant. Nous nous éloignons du passé et allons vers le futur. Du moins, nous le croyons.

Les dernières théories de la physique parlent d’un continuum de moments présents distribués à l’infini. Comme un livre de bonshommes allumettes dont on laisse défiler les pages à toute vitesse. La page est l’instant, le livre c’est l’éternité. Et les bonshommes bougent. Chaque instant est une « page » prédéterminée. Les « pages » passées demeurent et les « pages » futures sont déjà là, et auront leur tour.

Dans sa théorie de la relativité restreinte, Einstein autorise la dilatation du temps. Pensez à deux bonshommes allumettes sur une page courbée du livre de l’éternité, l’un situé sur le bord extérieur, l’autre près du bord intérieur, près de la reliure. Chaque bonhomme ressentira différemment le passage de l’instant, d’une même page, parce que son déplacement sera différent. Ainsi, lorsqu’un voyageur se déplace à très grande vitesse, proche de celle de la lumière, le temps « s’écoule » moins vite pour lui. À son retour au bercail, encore fringuant après un court voyage aux confins de la galaxie, ses amis seront vieux ou morts. En allant vite, il aura pris du retard sur les autres. Un tel aventurier voyagerait vraiment dans le temps.

Nulle sensation, nul jugement et nulle réaction ne sont possibles sans la conscience. Elle est le capteur du temps. Sans elle, le temps n’existe pas. Pas de passé, pas de présent. On coupe la chair de mes patients. Endormis, ils ne ressentent rien. Le réveil est dans le futur. Lorsque ce dernier arrive, c’est toujours le présent. Avec la douleur en prime, conséquence du passé.

La conscience nous fait vivre et estimer l’instant. « J’entends distinctement tomber les gouttes de ma vie dans le gouffre dévorant de l’éternité », disait l’écrivain suisse Henri Frédéric Amiel-Lapeyre. Dans Journaux intimes, Charles Baudelaire a écrit : « Il y a des moments dans l’existence où le temps et l’étendue sont plus profonds, et le sentiment de l’existence intensément augmente. »

Libre, hors du temps, l’éternité est impalpable et impénétrable. Il ne laisse que des fragments à nos sens limités. La Conscience nous leurre-t-elle, abuse-t-elle de nous ? Nous laisse-t-elle croire au mirage du temps, à cette parcelle de réalité, une tare conceptuelle qui brouille nos vies ?

D’accord. Le temps peut attendre. Rien ne presse pour les réponses. Savourons l’avènement de l’an nouveau. Amusons-nous. Profitons du moment. Nous avons l’éternité pour le reste.

Bonne Année !

Pour en savoir plus sur le temps de la physique :

Brian Greene, The fabric of the cosmos, Knopf. 2004

Stephen Hawking, Une brève histoire du Temps, Du big bang aux trous noirs, Flammarion, 1989

Trinh Xuan Thuan, Le chaos et l’harmonie, Librairie Anthème Fayard, 1998

Citations tirées de La sagesse des nations, http://citations.ca/

© Jean-Marc Ouellet 2011

 Notice biographique :

Jean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

 


Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

15 octobre 2011

Train-train quotidien

Que faisait-on avant dans les trains ? On regardait passer le paysage, on regardait passer le temps, sans avoir peur de le perdre, sans avoir peur de ne pas le rentabiliser. L’éventualité de l’ennui ne vous prenait pas à la gorge. Au contraire. On se plaisait à savourer l’ennui et le paysage pouvait bien s’accélérer, notre regard partait au-delà : il se noyait langoureusement dans la rêverie errante et le roulement rythmait gracieusement nos songes.

Que faisait-on avant dans les trains ? On lisait. Sans chiffres, sans écrans. Il existe aujourd’hui des sortes de livres, pour les nostalgiques.  L’odeur des pages, comme une fragrance, enveloppe les histoires d’un nimbe chaleureux, douillet, nous protégeant des autres. Mais sur la blancheur des pages, il n’y a que des chiffres. Des tirets en guise de ponctuation.
Désormais, tu peux faire Paris-Turin en dix minutes. Le temps ne se savoure plus, ne coule plus dans la gorge ; il demeure coincé aux portes de notre bouche, triste comme la mort.
Ce monde te déplaît.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit actuellement à Milan, en Italie.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rouge-déclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous auriez intérêt à visiter : le Clémence Dumper :http://clemencedumper.blogspot.com/

(Clémence Tombereau vient de publier aux Éditions du Chat Qui Louche Fragments, un recueil de billets que vous pouvez vous procurer en version numérique pour un prix plus que modique à l’adresse suivante : http://www.editionslechatquilouche.com/)


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