En librairie : Fantômes d’étoiles, un nouvel essai d’Alain Gagnon…

20 avril 2015

Fantômes d’étoiles (Essai sur l’oubli de soi)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

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En réalité, nous voyons des fantômes d’étoiles.  Elles scintillent à l’endroit où elles étaient, il y a des millions d’années ou plus.  En fait, nous les admirons là où elles ne sont plus.

Il en est de même du transcendant – ce qui dépasse notre ordre naturel de perception. Nous ne possédons pas l’équipement mental nécessaire à son appréhension certaine, qui convaincrait jusqu’au dernier humain. Nous tâtonnons, trébuchons comme l’Ermite de la neuvième lame du Tarot, qui porte ce nom. On y aperçoit un homme habillé de bure, qui cherche, lanterne en main.

Il ne doute pas que l’objet de sa quête existe.  Quant à trouver ?  Et dans quelles conditions ?

Perplexité et scepticisme marquent ses traits.  Une spiritualité en marge des institutions religieuses.  Une spiritualité axée sur la recherche patiente et la découverte parfois fulgurante de la transcendance.

Ce livre s’adresse à toute personne en quête de sens et de vérités fondamentales sur l’existence humaine.

 L’auteur

L’oeuvre d’Alain Gagnon, qu’il s’agisse de romans, de poèmes, de nouvelles ou d’essais, est majoritairement tournée vers la spiritualité et les réalités extradimensionnelles.  Dans ce livre, l’auteur nous présente une synthèse à la fois simple (sur le ton de la conversation) et étoffée de ses expériences et des conséquences qu’il en a tirées. Auteur prolifique, ce livre est son 37e et le 2e publié chez Marcel Broquet. (Le bal des dieux – 2011).

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

24 janvier 2015

Les arracheurs de rêveschat qui louche maykan alain gagnon francophonie

 Ils avaient des dents aiguisées et des mains aux longs doigts effilés qui se terminaient par d’abominables ongles noirs et acérés. Ils plongeaient dans les esprits pour nous prendre ce qui nous constituait. Après qu’ils soient passés, nul ne survivait, disait-on, car ils repartaient avec ce qui restait des consciences libres et heureuses. Ils sortaient de sous le lit, comme une ombre malfaisante, prête à étouffer le bien qui veillait en chaque enfant que nous étions, en chaque homme et femme que nous voulions devenir.

Ils voulaient nous faire croire que nous étions faibles et pauvres. Mais si nous l’étions, nous ne l’étions pas du cœur. Pas de l’âme. Nous vivions pour nous abandonner à l’amour, même si c’était parfois l’amour qui nous abandonnait. Ils étaient arrivés à nous faire douter que notre courage ne fût qu’un magicien perdu dans un royaume trop chaste et pourtant, cette force que nous avions de nous relever après maints coups durs de la vie nous appartenait. Elle était ancrée solidement dans les mots que nous chuchotions au fin fond des geôles. On voulait nous enlever notre foi. Mais Dieu était en chacun de nous, faisant battre cette chair qui retenait nos os de s’effondrer.

Et quand à coup de massacres ils ont voulu nous faire croire que nous n’existions pas, nous ne nous sommes pas résignés. Main dans la main, nous avons tous marché vers ceux, qui nous miraient de leur mépris. Ceux qui nous épiaient jalousement. Nulle arme ne saurait détruire cette intégrité que nous avions. Les gens disparaissent, mais la vérité était contagieuse et se répandait jusqu’à celui qui voulait savoir. Chez celui qui voulait réellement comprendre. Et nous savions que l’amour naissait des cœurs purs. Que nous avions en chacun de nous un nid fécond pour créer des jours nouveaux et une rage pour défendre la lumière qui nous éclairait. Les cavernes n’étaient plus sombres avec les discours des gens qui avaient vu et racontaient le soleil.

Vivre n’était pas seulement respirer, c’était aussi être fait d’espoir. Souhaiter changer les choses pour rapprocher chaque être de l’évanescente quête personnelle.

Quand l’arracheur de rêves vola mon cœur encore chaud d’avoir vécu, je compris qu’autre chose se débattait pour vivre. Alors qu’il se délectait de ce coriace repas qui lui glissait entre les mains, une lumière remplit mes yeux qui se refermaient. L’arracheur de rêves ne vit pas que, du haut des airs, nous le regardions faire. Et je compris qu’ils ne pourraient jamais, tous autant qu’ils étaient, nous faire croire que nous ne pouvions changer le monde. Car la vraie liberté n’était ni la vie ni la mort. C’était nous. Nous qui avions réalisé de petits et grands exploits, et les autres qui continuaient, peuplant les rues de leurs convictions. Le passage des arracheurs de rêves dans nos vies nous avait fait prendre conscience de la chance de pouvoir nous exprimer, simplement.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLa vérité est une source si pure que le corps ne saurait la toucher, que l’esprit ne saurait la connaître. C’est ce qui nous lie au divin, et nous nous battions pour la garder intacte. Comment ? En nous tenant debout quand les dents ont transpercé notre chair. En ne passant pas sous silence l’injustice faite et en réclamant haut et fort qu’ensemble NOUS SOYONS.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dires et écritures, par Alain Gagnon…

9 octobre 2014

 De l’écriture et de Dieu…

 (Brèves proses tirées de L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

 

Chat Qui Louche maykan alain gagnonLes néons et les soleils morts des bûches rougiront le tracé du stylo dans la chair ivoire du papier – et les grains du texte chauds avalent l’encre et colorent tout souvenir de sépia.

*

 

Ils sont tous là, ceux qui s’appellent les autres et dont les yeux boivent votre vie pendant que, penché, vous vous écrivez et souhaitez battre de textes la mort.

*

 

Dieu était partout – où il est demeuré d’ailleurs : dans l’espace de la musique, celle que toute oreille a entendue – avant d’avoir un nom à soi, avant qu’on nomme même la musique, dans la plus pure réminiscence.

 Ces airs que les enfants reprennent dans la tiédeur des parcs au soir. S’y glissent entre les notes la souplesse et la vivacité des fées que la lumière des couchants éveille, et l’haleine chaude des forges retenues de juillet.

 Dieu, c’est le vent, dans l’espace de la musique ; celle qui chante et sait relier en sa caresse uniforme.

*

 

La seule façon de donner cohérence, un semblant de limpidité à ses rencontres avec le texte, c’est la reconnaissance de Dieu, de la transcendance en soi, au plus intime. Pas l’un de ces démons criminels, demi-fous et foudres de guerre, qui hantent plusieurs textes sacrés, mais le Dieu du silence, celui de la fidélité quiète à sa créature. Celui qui rehausse, synthétise, résume, accorde sens à l’esthétique — et à son éthique.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

22 février 2014

Pensées de Sri Aurobindo…

Certains pensent qu’il est présomptueux de croire à une Providence particulière ou de se considérer SRI AUROBINDO ZE1comme un instrument entre les mains de Dieu.  Mais je trouve que chaque homme a une Providence spéciale et je vois que Dieu manie la pioche de l’ouvrier et babille dans le petit enfant.

*

La Providence n’est pas seulement ce qui me sauve du naufrage quand tous les autres ont péri.  La Providence est aussi ce qui m’arrache ma dernière planche de salut, tandis que tous les autres sont sauvés, et me noie dans l’océan désert.

*

La joie de la victoire est quelquefois moindre que l’attraction de la lutte et de la souffrance ; pourtant, le laurier et non la croix doit être le but de l’âme conquérante.

*

Les âmes qui n’aspirent pas sont les échecs de Dieu, mais la Nature est satisfaite et aime à les multiplier, parce qu’elles assurent sa stabilité et prolongent son empire.

*

Ceux qui sont pauvres, ignorants, mal nés et mal éduqués ne sont pas le troupeau vulgaire.  Le vulgaire comprend tous ceux qui sont satisfaits de la petitesse et de l’humanité moyenne.

*

Aide les hommes, mais n’appauvris pas leur énergie.  Dirige et instruis-les, mais aie soin de laisser intactes leur initiative et leur originalité.  Prends les autres en toi-même, mais donne-leur en retour la pleine divinité de leur nature.  Celui qui peut agir ainsi est le guide et le gourou. Dieu a fait du monde un champ de bataille et l’a rempli du piétinement des combattants et des cris d’un grand conflit et d’une grande lutte.  Voudrais-tu dérober sa paix sans payer le prix qu’il a fixé ?

*

Méfie-toi d’un succès apparemment parfait ; mais quand, après avoir réussi, tu trouves encore beaucoup à faire, réjouis-toi et va de l’avant, car le labeur est long jusqu’à la réelle perfection.

*

Il n’y a pas d’erreur plus engourdissante que de prendre une étape pour le but ou de s’attarder trop longtemps à une halte.

 

Sri Aurobindo (1914 ou avant ?)
Traduction de La Mère.

Extraites de : Aperçus et Pensées, Pondichéry, 1956, p. 13 à 17.

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En marge de l’écriture, par Alain Gagnon…

18 juillet 2013

Texte, et magies du texte… (suite)

5. Faire confiance au texte.  (Les mots attirent les mots, les phrases, les phrases…)  Il est agile, cursif.  Il a besoin d’air frais, de vent ; de notre pauvreté, de notre nudité.  Il ne demande qu’à entraîner dans ses chevauches farouches.  Laisser courir le texte comme court l’esprit, là où il veut.  Il mène en des pays dont on ne saurait rêver, dresse sur les paysages intérieurs des idéaux plus fous  que les plus fous idéalismes.

6. J’ai échappé le fil de ma narration…  Impossible.  Il n’appartient pas à l’auteur de le tenir.  La trame repose dans le récit, et le récit respire dans le texte.  Peut-être même les bouts en sont-ils noués.  Le texte attend la nudité, la vacance.  Le lien sommeille dans les hautes herbes des accumulations mentales – des peurs surtout, de ses vanités et de ses caprices d’auteur.  …révéler l’art et cacher l’artiste…  (Oscar Wilde)  Sois humble.  Humble et patient.  Tais-toi.

7.  Lors des premières rencontres avec des lecteurs, je parlais d’abord de moi, pour ensuite en venir à mes ouvrages.  Un peu plus tard, je parlai d’abord de mes romans ou poèmes, pour en venir à ma biographie.  Ce que je tente maintenant : parler des textes, de mes rencontres avec le texte en création, à l’interstice de la conscience et des mots, où la lucidité vacille, se cherche — c’est le plus difficile, le plus intime, le plus imprécis, le plus exigeant.  C’est une tout autre aventure, et c’est cet hiatus que je voudrais combler, narrer, partager.  Possible hors du poème ?

8.  Le texte est un outil de connaissance de soi.  C’est par cela qu’il vaut, comme la musique.  Non une connaissance qui s’en tiendrait à une lucidité utilitaire, comme le voudraient la caractérologie ou les examens de conscience traditionnels — chercher ses failles, ses qualités, ses défauts…  Une véritable connaissance de soi, comme la voulait ce Grec, Socrate.  Une interrogation sur sa nature profonde, son appartenance au règne hominal : — Qu’est-ce un être pensant, à volonté plus ou moins libre et qui réfléchit ?  — Qu’est-ce un être conscient de sa mort et qui se veut immortel ?  — Qu’est cette conscience, ce mental, qui suscite les questions et accorde des réponses qui se réverbèrent en abîme, jusqu’à l’infini ?  Quelles sont les sources de l’angoisse, du manque, du sentiment d’incomplétude ?

9.  Le mot texte : du latin textus, tissu.  On peut en faire un voile, dont la fonction sera d’occulter.  Une tapisserie qui remémore et narre.  Ou encore une voile de navire, à faseillement de voyage et d’espoir.

10.  Il est dans la nature d’un poème de nager en marge du texte.  Il vaut par son appartenance à la marge.  Ne lui conviennent ni la grève ni l’abîme.

11. Notre langue d’ici, rocailleuse, hachurée et chuintante parfois.  Trop pleine d’eau et de glaise.  C’est pourtant de cette eau et de cette glaise que doit naître le texte, que doit surgir le chant.

[12.  La seule façon de donner cohérence, un semblant de limpidité à ses rencontres avec le texte,  c’est la reconnaissance de Dieu, de la transcendance en soi, au plus intime.  Pas un de ces démons criminels, demi-fous et foudres de guerre qui hante plusieurs textes sacrés, mais le Dieu du silence, celui de la fidélité quiète à sa créature.  Celui qui rehausse, synthétise, résume accorde sens à l’esthétique — et à son éthique.]

(Chants d’août, Éd. Triptyque)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et formelle, Alain Gagnon, ce marginal de nos lettres, a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage. À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musique, en 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août. En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES-CN) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3. Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs. De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une nouvelle maison liée aux Éditions du CRAM, qui se consacrait à la littérature québécoise.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche.  On peut lui écrire directement à : alain.gagnon28@videotron.ca

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Dires et redires, par Alain Gagnon…

4 juillet 2013

Les arbres, les chiens et les abeilles…

Pour une fois, (…) je me permets un différend avec l’empereur stoïcien. Marc-Aurèle a écrit au Livre 10, chapitre 8 des Pensées pour moi-même :

Ce que veulent les dieux, ce n’est pas d’être flattés, mais que tous les êtres raisonnables travaillent à leur ressembler. Ils veulent enfin que ce soit le figuier qui remplisse la fonction du figuier, le chien celle du chien, l’abeille celle de l’abeille, et l’homme celle de l’homme.

 Va pour les arbres, les chiens et les abeilles…   Lorsqu’il s’agit de l’humain, ce que Dieu ou une partie des dieux souhaitent, c’est son concours, l’exercice de son libre arbitre à l’œuvre pour la cocréation du monde et pour le perfectionnement de sa propre espèce. Une différence fondamentale par rapport aux abeilles et aux figuiers.

La Nature, telle qu’on l’a reçue, est à déborder, à outrepasser, à transmuter.  Que dirait une mère du nouveau-né que l’on ne pourrait détourner du cordon ombilical ?  Le fils ne vient pas au monde pour porter un culte inconditionnel au placenta qui a accompagné son séjour utérin.  La mère souhaite son enfant debout, qui arpente la terre, qui étudie les mystères, qui maîtrise toutes choses.

La distinction entre le naturel et l’artificiel n’a souvent aucun sens.  Jamais on ne dirait d’un castor vivant dans sa hutte, au cœur de son barrage, qu’il habite une structure ou un décor artificiel.  De même pour l’humain dans sa Cité.  Il est aussi naturel pour l’homme d’ériger des gratte-ciel et des métros souterrains pour se déplacer, y vivre et y travailler que pour la marmotte de creuser son terrier.  Il est aussi naturel pour l’homme de fabriquer des machines-outils qu’aux guêpes de construire ces nids feuilletés qu’aux arbres les vents balancent en automne.  L’humain surpasse, et de beaucoup, la nature donnée ; il est de sa nature de la surmonter, de la transmuter, de s’accorder à lui-même une nature qui soit distincte de l’originale où, pourtant, plantes et animaux apparemment se complaisent.  Il est naturel à l’espèce humaine d’édifier.

*

On peut lire dans la Genèse : Le septième jour, Dieu se reposa.  En fait, il y eut relève de faction — on a changé de shift, comme on dit dans les usines et les manufactures.  Transmission des pouvoirs à ces petits monstres dénudés, veules, agressifs, opportunistes et froussards : les humains — hommes et femmes, les Adams et Èves.  Nos ancêtres ont alors accueilli l’angoisse du doute, les cauchemars de l’incertitude, mais aussi les plaisirs ineffables de la création — bref, les responsabilités, les affres et les joies de la liberté.

*

Sisyphe (vase grec)

Les visées de l’ingénierie génétique sont pernicieuses ? Lucifériennes ? Non.  À l’encontre de ce que répandent les timorés technophobes, l’ingénierie génétique ne remet aucunement en cause la nature humaine.  Au contraire.  Il est de la nature du règne hominal de se prendre comme objet de connaissance et de s’autocréer — plus précisément, de terminer la création et sa propre création.  Les humains sont les remplaçants et les contremaîtres réels de Dieu.  Nous n’avons jamais été plus hommes et plus femmes qu’en ces jours, alors qu’artistes technoscientifiques, nous nous apprêtons à sculpter l’être même que nous serons demain.  Sisyphe[1] pulvérisera et sa pierre, et la montagne qu’il se croyait forcé de gravir.  Les temps solaires, les temps des lions triomphants approchent.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)


[1] Héros de la mythologie grecque, condamné par les dieux pour les avoir défiés et avoir défié la mort. « Et je vis Sisyphe qui souffrait de grandes douleurs et poussait un énorme rocher avec ses deux mains. Et il s’efforçait, poussant ce rocher des mains et des pieds jusqu’au sommet d’une montagne. Et quand il était près d’en atteindre le faîte, alors la masse l’entraînait, et l’immense rocher roulait jusqu’au bas. Et il recommençait de nouveau, et la sueur coulait de ses membres, et la poussière s’élevait au-dessus de sa tête. » Homère, l’Odyssée.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dires redires, par Alain Gagnon…

21 juin 2013

Le divin compagnon

Il s’agit du sujet le plus délicat où rien ne se prouve, tout s’y éprouve, car tout y relève de l’ordre qualitatif de la pensée, celui de l’intuition supérieure.

La Kabbale nous apprend ceci : le sujet en nous, l’être réfléchi à capacité restreinte, mais réelle de liberté, est toujours lié à l’Être[1] par un fil d’or qui unit encore l’humain à Dieu au cœur de la boue, du chaos, des pires turpitudes.

Une autre source, romaine celle-là, nous informe de cette même présence, de cette altérité divine en nous.  Il s’agit de Marc-Aurèle (121-180), empereur et philosophe stoïcien.

Dans son recueil de maximes, intitulé Pensées pour moi-même[2], on retrouve ces passages qui ouvrent des pistes :

12, 2 : Dieu voit à nu tous les principes directeurs sous leurs enveloppes matérielles, sous leurs écorces et leurs impuretés.  Car il ne prend contact, et par sa seule intelligence, qu’avec les seules choses qui sont, en ces principes, émanées de lui-même et en ont dérivé.

 

Cette notion de principe directeur (ou de présence divine en l’humain) est une constante de sa pensée.  Dieu serait, si je lis bien Marc-Aurèle, le Principe directeur de nos principes directeurs individualisés.

3, 4.  N’use point la part de vie qui te reste à te faire des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises à quelque intérêt pour la communauté.  Car tu te prives ainsi d’une autre tâche d’importance, celle, veux-je dire, que tu négliges en cherchant à te faire une idée de ce que fait un tel ou un tel […], et en t’étourdissant et te distrayant par des préoccupations de ce genre…  Tous ces tracas sans importance t’écartent de l’attention que tu dois à ton principe directeur.  […] Car un homme, qui ne négligerait aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, serait comme un prêtre et un serviteur des dieux, voué au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserverait cet homme des souillures, le rendrait invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toute démesure, insensible à toute méchanceté […].

 

Il serait donc témoin de notre histoire sans en être altéré.

 

5, 26 Que le principe directeur et souverain de ton âme reste indifférent au mouvement qui se fait, doux ou violent, dans ta chair […].

5, 27.  Vivre avec les dieux.

Il vit avec les Dieux, celui qui constamment leur montre une âme satisfaite des lots qui lui ont été assignés, docile à tout ce que veut le génie que, parcelle de lui-même, Zeus a donné à chacun comme chef et comme guide.  Et ce génie, c’est l’intelligence et la raison de chacun.

6, 8.  Le principe directeur est ce qui s’éveille de soi-même, se dirige et se façonne soi-même tel qu’il veut, et fait que tout événement lui apparaît tel qu’il veut.

 

Quelles seraient, dans un résumé hâtif, les caractéristiques de notre principe directeur — ou de l’élément divin qui nous habite ?

1) Notre principe individuel se juxtaposerait à notre nature, serait plus proxime à nous que notre propre cœur, selon le Coran.  Toutefois, il ne se confondrait pas avec ce que nous sommes, demeurerait une entité distincte, appartenant à un autre ordre de choses.

2) Il serait une émanation de la divinité créatrice première, donc de même nature qu’elle — le tu es cela de l’hindouisme.

3) Cette divinité serait personnelle puisque capable de contact — nous sommes loin de l’Horloger distant des théistes voltairiens.

4) Comme personnes, nous entretiendrions une relation intime avec ce principe directeur — Marc-Aurèle nous exhorte à ne jamais le décevoir par nos pensées ou nos actes.

5) S’il peut être déçu, c’est qu’il est éthique : certaines choses lui conviennent, d’autres moins.

6) Il serait à la fois compagnon, boussole, gourou, mutateur, exhausteur…

On n’en terminerait jamais d’énumérer ses caractéristiques, puisqu’elles représentent les attributs de Dieu — l’énumération pourrait se dévider à l’infini.

[…]

J’aurais pu, sur ce même sujet, citer maître Eckhart : « Dieu se complaît dans son serviteur, il vit joyeusement et intellectuellement en lui […][3]. » Ou encore : « Comme c’est Dieu lui-même qui a semé en nous cette semence, qui l’a imprimée en nous et l’a engendrée, on peut bien la couvrir et la cacher, mais jamais la détruire totalement ni l’éteindre ; elle continue sans arrêt de brûler et de briller, de luire et de resplendir, et sans cesse elle tend vers Dieu[4]. » Cette semence en l’humain doit donner naissance à ce que le mystique rhénan appelle l’homme intérieur.

(Propos pour Jacob, La Grenouille Bleue)


[1] Dieu.

[2] Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.  (Traduction de Mario Meunier.)

[3] Maître Eckhart, Traités et sermon, Paris, GF Flammarion, 1995, p.357.  (Sermon numéro 66).

[4] Ibid., p. 175.  (Traité de l’homme noble).


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