Homère et Marion Le Pen… par Alain Gagnon

28 mai 2017

Actuelles et inactuellesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Littérature. — De Homère aux histoires outrées de Pierre Bellemare en passant par Rimbaud, les textes littéraires et/ou historiques nous permettent de partager ce que les humains ont pensé, ressenti, imaginé, fait, inventé… Pauvreté d’une éducation qui se prive de cette richesse !

Désir d’approbation. — Ce besoin répandu, chez les individus et les groupes, suscite, comme effet bénéfique, une certaine discipline sociale. Mais il comporte ses effets négatifs : conformisme et mimétisme, mépris de soi-même – donc des autres –, ressentiments et haines accumulées, passivité fataliste, crainte maladive de la critique, autocensure apeurée. Tout ce que l’on retrouve à l’intérieur des cliques soumises aux diktats des tendances. À haute intensité dans les milieux intellectuels et médiatiques de gauche.

Lacune en histoire. — On peut faire croire n’importe quoi à celui qui n’a aucune idée des faits politiques ou climatiques du passé. Tour devient « fin du monde » ou « fin d’un monde ». On les entend qui répètent : « On est tout de même en 2017 ! » Formule magique. Comme si, depuis des siècles, les ignorants n’avaient pas ânonné la date où le calendrier les avait poussés.
Index. — J’ai vécu l’Index catholique au Québec. Ces temps où l’Église condamnait des auteurs aussi inoffensifs que Mauriac, entre autres. Où on censurait éditeurs et libraires. (L’Imprimatur !) Où nous lisions des classiques expurgés.
Malgré tout (ou grâce à cela…), on lisait plus et, surtout, mieux qu’aujourd’hui. On désire ce qui est plus ou moins inaccessible. Et le livre n’était pas facile d’accès. Nous les désirions, les cachions et les dévorions.
En nos temps du livre partout, des liseuses, d’Amazon, on ne lit plus et, si on lit, ce sont des traductions bâclées de bestsellers américains. Et les quelques lectures obligatoires paraissent des pensums très lourds et inutiles aux étudiants. Il faut dire que les enseignants choisissent souvent des auteurs qui font dur.
Heureux temps, celui où je lisais à l’étude Malraux ou Nietzsche sur mes genoux, tout en laissant croire au surveillant (complice ?) que je faisais une rédaction anglaise, dictionnaire bien en vue.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMarion Le Pen et la culture. — J’ai toujours cueilli mes pierres précieuses là où elle se trouvait, sans m’occuper du lit du cours d’eau.
Dans une entrevue à un magazine, on retrouve ces deux idées-forces sur la culture que je fais miennes : 1. La culture est le seul bien que l’on peut partager sans s’appauvrir ; 2. La culture, c’est ce qui sert de ciment à des individus pour constituer un peuple. Définitions qui ont des pieds et des mains.
Formulations à la fois non élitistes et non réductionnistes.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiaJit un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Politique et réalités printanières…, par Alain Gagnon

17 mai 2017

Politique et réalités printanières…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Réalités printanières. — Grand magasin. Foule. Besoin de bois. Mesures précises. D’abord, on attend… Et paie à la caisse. Puis on entre l’auto dans un entrepôt pour cueillir l’achat.
Tout en ouvrant la valise arrière, j’aperçois des planches plus adéquates. Je dis au préposé :
— Je vais prendre celles-là, à la place de…
— Pas de problèmes, coupe l’homme. Mais faut repasser à la caisse. C’est 1, 48 $ moins cher.
— Bon, ça va, fis-je. Vous pouvez le garder ce dollar et 48.
Je n’ai pas du tout envie de retourner faire la queue.
— C’est pas possible, fait l’homme.
— Et pourquoi ?
— Ça balancera pas. On peut pas vous laisser partir…
— Moi, je pars.
— Pas question ! reprend le préposé.
Je démarre et roule vers la barrière qui ferme la porte de l’entrepôt.
Un gardien effleure le bouton pour la lever, hésite.
Je sors mon téléphone.
— Vous appelez qui ? demande le gardien, inquiet.
— La Police. Vous me séquestrez parce que le magasin me doit de l’argent ! Vous expliquerez ça au juge.
— Laisse-le passer, crie le préposé de l’arrière.
Et il touche sa casquette.
Pour me saluer ? Pour signifier que je suis fou ?

Politique. — Deux définitions s’affrontent :
1. Celle des réalistes : La politique est l’art de prendre le pouvoir et de le garder.
2. Celle des idéalistes : La politique est l’art de prendre le pouvoir pour mettre en place des mesures économiques et sociales qui amélioreront le sort de ceux qui, en démocratie, nous ont élus.
Tous les politiciens clament sur les tribunes la seconde ou ses dérivées ; et mettent en pratique surtout la première.
Mais si la seconde, celle des rêveurs, n’existait pas, ne se rappelait pas, même formulée faussement, à la mémoire, il n’y aurait jamais de tensions, d’élans vers l’idéal, et notre monde serait voué à la plus horizontale des cacophonies nihilistes.

Poésie et éveil. — Ne pas viser l’émotion facile. Viser l’éveil. Éveiller chez les lecteurs ce que la poésie éveille chez moi en l’écrivant.

Par ces images/éclairs dont parle Ezra Pound — de sa cage de fer.

Puis se laisser dériver jusqu’à la rencontre de soi.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Les mouches de Staline et les Québécois… par Alain Gagnon

27 avril 2017

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Les mouches de Staline… — On raconte que Joseph Staline, le tyran rouge, n’aimait pas qu’on tue les mouches domestiques. Il les attrapait d’un geste preste, de cette main qui a signé des milliers de condamnations à mort sans broncher, ouvrait la fenêtre et les relâchait. De même, Adolf Hitler adorait sa chienne Blondi. Pol Pot aimait réciter des vers de Verlaine…
La psyché humaine est une mer bien étrange : s’y côtoient des abysses bien disparates, où nagent de bien bizarres poissons.
Pour ceux que le stalinisme intéresse : lisez les Mémoires de Ludmila Derjavine, Volchitsa (La Louve). Je les ai découvertes dans Amazon : http://urlz.fr/56kS
La Louve (membre de la célèbre Tchéka) dirigeait une équipe de dames dont le métier consistait à séduire des ennemis supposés de Staline, afin de leur arracher des confidences sur l’oreiller et de les dénoncer.

Dieu — Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve. Par la suite, on tente tant bien que mal – et plutôt mal que bien – de se l’expliquer et de l’expliquer aux autres.
Les étoiles et les merveilles du Cosmos manifestent la grandeur du Divin ; toutefois, pour l’homme, il y a mieux et plus près où chercher : tourner son regard vers l’intérieur de soi-même.

Exotérisme et ésotérisme — Toutes les religions comportent un volet extérieur, exotérique (cultes, rituels, prières en commun…) et un volet ésotérique (mysticisme, méditation, initiation à une gnose, pratiques de transformation intérieure…). Les juifs ont la Kabbale, les musulmans le soufisme, etc. Par le volet ésotérique, les religions se rapprochent les unes des autres jusqu’à se confondre.
Dans chacune, on retrouve donc des strates d’initiés aux savoirs supérieurs, qui forment une hiérarchie plus ou moins formelle, qui ne correspond pas à la hiérarchie institutionnelle ou exotérique.
Ces deux volets sont nécessaires. Sans mysticisme, une religion se sclérose rapidement, se vide de substance ; et sans réalités institutionnelles, elle perd les masses et devient impotente à transmettre les valeurs éthiques et spirituelles.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecQuébécois — Le grand problème des Québécois : ils veulent être aimés. Ils ont besoin d’approbation. Ils courent au-devant des demandes des autres avant même qu’elles soient formulées. Et après, ils leur garderont rancune pour de présumées exigences, rarement exprimées.
Affirmons-nous. Choisissons. Et, au moins, on nous respectera. Question de respect de soi et de respect des autres. Rien ne vaut la clarté dans les rapports humains.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Ninon de L’enclos et Chaucer…. un texte d’Alain Gagnon

14 avril 2017

Actuelles et inactuelles

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Ninon de L’enclos — Anne « Ninon » de l’Enclos, aussi appelée Ninon de Lenclos (1620 –1705) est une courtisane, femme d’esprit, épistolière et femme de lettres française. Musicienne prodige, encore enfant, elle jouait du luth avec brio et citait les classiques. Amie intime de Molière, elle corrigea, à la demande de l’auteur, Le Tartuffe, ce qui n’est pas rien. Athée, elle eut à subir les foudres du parti des dévots. On ne compte plus ses amants et amantes célèbres.
Je viens de faire la lecture de ses Lettres au marquis de Sévigné et y ai recueilli ces quelques perles que je vous confie.

– Si j’avais assisté au conseil du Créateur, lorsqu’il forma la nature humaine, je lui aurais conseillé de mettre les rides sous le talon.

– Tant que l’on aime, on ne réfléchit point ; dès qu’on réfléchit, on n’aime plus.

– Voulez-vous que je vous dise ce qui rend l’amour dangereux ? C’est l’idée sublime que l’on s’avise quelquefois de s’en former.

– L’amour ne meurt jamais de besoin, mais souvent d’indigestion.

– Il faut plus d’esprit pour faire l’amour que pour conduire des armées.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecChaucer et l’obsession du temps qui passe — Les contes de Canterbury paraissent légers, mais, ici et là, entre les outrances de l’imaginaire, qui magnifient personnages et situations, on retrouve de ces réflexions qui nous rappellent Sénèque ou Augustin :

– Ores, pour l’amour de Dieu et de saint Jean, ne perdez pas de temps, pour autant que le pouvez. Messires, le temps s’échappe nuit et jour et se dérobe à nous, soit à notre insu quand nous dormons, soit par inadvertance pendant nos veilles, comme fait le cours d’eau qui jamais ne revient en arrière lorsqu’il descend de la montagne à la plaine.
Et cette autre sur la nuit de noces qui nous apparaît pour le moins anachronique :
– Ils allèrent se coucher, comme il était raisonnable et juste, car, bien que les femmes soient des êtres très saints, elles doivent prendre en patience la nuit telles nécessités qui plaisent à ceux qui les ont épousées avec l’anneau, et mettre un peu leur sainteté de côté à ce moment ; il ne peut en être mieux.

Et, tout comme Ronsard, il précède les écrivains postmodernes en s’interpellant lui-même comme personnage avec autodérision :

– Néanmoins il est certain que sur l’heure je ne puis dire nul conte profitable que Chaucer — encore qu’il s’y connaisse médiocrement en mètres et en rimes habiles, — n’ait dit en tel anglais qu’il sait, il y a beau temps, comme plus d’un en a connaissance. Et s’il ne les a pas dits, ces contes, cher frère, dans un livre, il les a dits dans un autre, car il a parlé d’amoureux, en long et en large, plus qu’Ovide n’en a cité dans ses Épîtres qui sont fort anciennes.

Chaucer a vécu au quatorzième siècle et m’a paru heureux. Ses Contes de Canterbury sont un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Pour ceux qui voudraient en savoir davantage : https://fr.wikipedia.org/wiki/Geoffrey_Chaucer

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Mark Twain et la décence… par Alain Gagnon

4 avril 2017

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Le génie de Mark Twain — Relecture de Tom Sawyer de l’écrivain américain Mark Twain. Riche d’enseignements.

Tom a dix ou onze ans. Il est orphelin. Il habite chez sa tante qui l’oblige, un samedi matin, à peindre une palissade qui entoure le jardin. Le garçon est catastrophé. Il ne pourra aller à la pêche, courir champs et bois avec ses camarades.

Ceux-ci passent dans la rue adjacente et s’arrêtent, intrigués par le travail de Tom. Le gamin comprend vite. Il se met à décrire la joie qu’il ressent à peindre, et les talents nécessaires pour bien accomplir ce travail. Bientôt, un premier lui demande de le laisser essayer le pinceau. Tom refuse, alléguant que cette activité est trop exigeante pour la confier à n’importe qui. Les garçons le supplient… Et bientôt, c’est à qui fera le travail de Tom. On lui achète même ce privilège en lui offrant des billes, et autres babioles qui font l’envie de Tom. Non seulement Tom n’aura pas à travailler de la journée, mais, de plus, il accumulera un petit trésor.

Voici ce qu’en dit Twain :

« Tom se dit qu’après tout l’existence n’était pas si mauvaise. Il avait découvert à son insu l’une des grandes lois qui font agir les hommes, à savoir qu’il suffit de leur faire croire qu’une chose est difficile à obtenir pour allumer leur convoitise. »

Tom a dû devenir publicitaire ou politicien.

La décence — La décence est ainsi définie par le Littré : Honnêteté qu’on doit garder dans les actions, les discours, les habits, la contenance, etc., et dont la règle est prise non seulement des préceptes de la morale, mais encore de l’âge, de la condition, du caractère dont on est, du temps et du lieu où l’on se trouve, des personnes avec lesquelles on vit.
Ou : Façon convenable.

Qu’est-ce qui convient ? Où ? Quand ?

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe genre de notion difficile à cerner, à mettre en pratique. Qui relève plus de l’instinct, de l’intuition que du raisonnement.

Pour moi, le transparlemetarisme de Martine Ouellet est peut-être légal, mais très indécent. L’ignorance dont Gérald Tremblay a fait preuve de ce qui se passait de discutable dans son entourage immédiat n’est peut-être pas criminelle, mais indécente. Pour une dame, se présenter à un cours universitaire (pour le donner ou le recevoir…) vêtue comme si elle sortait en boîte est certes légal, mais indécent.

Mais ça se démontre difficilement. Tout comme Dieu ou la Beauté, la décence s’éprouve plus qu’elle s’explique.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Les choix et le destin du Québec… un texte d’Alain Gagnon

23 mars 2017

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Le choix dans le temps —. L’obligation que nous avons de faire constamment des choix dans notre quotidien m’incite à publier ce poème en brève prose :

Cercle des dix mille portes. Autour du cavalier perdu. Choisir la bonne sans cesse. Car, si par-devant l’avenir est multiple et cajoleur, dans l’instant, il est unique et cruel. Le dur choix s’ordonne. Granit, il se dresse au cœur de ma rivière, du monde mien. Incontournable, l’instant exige, bien arrimé à la machine du temps.

Le Québec —. Parler du temps et parler de choix mènent à parler du destin. Celui de notre pays, géant d’espace et minuscule de géographie, nous apparaît dans le moment trouble, incertain. Certains cherchent, tâtonnent, à gauche, à droite du spectre politique ; d’autres haussent les épaules et abandonnent, prêts à céder à tous les appels du pied. Et une proportion de plus en plus grande a décidé de faire comme si la politique n’existait pas, n’existait plus. Et cette dernière catégorie ira en augmentant. Le Québec n’a plus d’âme. Il n’a que des sursauts nostalgiques, ici et là.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
Nous ne chantons plus que dans d’autres langues. Nos créateurs littéraires parlent en majorité d’une vie calfeutrée et, parfois, ont des outrances qui font bien rire, mais ne rallient plus personne, sauf le temps d’un rire.
La détestation de soi a tout balayé. Spirituellement, culturellement, historiquement, nous étions riches, et nous sommes maintenant pauvres. Et heureux de l’être, car personne ne se souvient de cette richesse.
À Ottawa, rien à attendre d’un fédéralisme fermé, pour lequel nous sommes déjà acadienisés, louisianisés. À Québec, partis sans envergure qui n’enthousiasment plus, et auraient à peine l’énergie, la clairvoyance et l’audace de gérer un dépanneur.

Souvent, toutefois, c’est dans ces conditions historiques apparemment bouchées que surgissent des remèdes efficaces… mais amers à avaler.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Embouchure et langue, par Alain Gagnon…

3 mars 2017

Actuelles et inactuelles

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Embouchure —. Endroit où se termine un fleuve ; endroit où un fleuve ou une rivière se jette dans la mer, dans un lac. Mot magnifique et évocateur. Mais parlerait-il faux pour les cours d’eau ? L’embouchure (parent du mot   « bouche ») fait référence à l’endroit où débute un processus : l’ingestion, l’assimilation des aliments. En géographie, on lui fait désigner la fin d’un phénomène, là où un cours d’eau se termine, comme la magnifique embouchure de la rivière Ashuapmushuan qui se jette dans le Piékouagami. On propose delta et estuaire comme synonymes. Un peu pompeux. J’en cherche un autre. Si vous avez des suggestions, chers lecteurs, je les recevrai avec plaisir.

Par contre, et pour me contredire moi-même, si on délaisse la géographie physique pour une vision plus anthropomorphique des choses, l’embouchure peut alors désigner le début d’un processus, celui du voyage vers la source d’un cours d’eau, à rebours de courant.

Voilà comment on tergiverse pour montrer la photo d’une rivière qu’on adore…

La langue —. Deux phrases qui ont des pieds et des mains. « La carte n’estalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec pas le territoire. Les limites de votre langage sont les limites de votre monde. » (James Sallis, Papillon de nuit.) Cet auteur de polar soulève un problème trop connu et jamais assez ressassé chez nous. Les humains possèdent une ou des langues comme principaux moyens d’expression. Lorsque celle-ci est pauvre, lorsqu’on ne peut s’exprimer que par onomatopées ou à coups de « chose… » ou « t’sais j’veux dire… », on jouit d’un langage très restreint, donc on évolue dans un monde très pauvre : on peut le ressentir, mais on ne peut le concevoir, ni l’exprimer, ni s’expliquer correctement à soi-même ou aux autres, faute d’un vocabulaire adéquat.

Par où commencer ? Dans les écoles, faire lire aux jeunes des auteurs qui ont du vocabulaire et savent écrire autre chose qu’une série de dialogues mal ficelés. Les bons auteurs abondent dans nos deux langues officielles, qu’on y puise. Mais encore faut-il que les enseignants les connaissent, les fréquentent…

Un enseignant qui arrivait sur le marché du travail me déclarait : « J’ai fini d’étudier. Je vais enfin pouvoir me débarrasser des maudits livres pour faire un peu de place dans le salon de ma femme. » Quelle matière enseignait-il ? Le français. Vous trouvez cela incroyable ? Moi, également. Si je ne l’avais pas entendu de mes propres oreilles et ne m’étais pas assuré qu’il ne plaisantait pas, je ne le croirais pas.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Ainsi parle l'Éternel

L'écriture de la Sainte Bible se continue -- publiée par Guylaine Roy (GROY)

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