Un bisou d’outre-tombe, un texte de Chantale Potvin…

26 mars 2017

Un bisou d’outre-tombe

Je roulais en voiture et j’étais sur le point d’arriver à la maison quand jealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec m’attardai à écouter Caroll, une animatrice de radio que je connaissais bien. À une heure inhabituelle, selon ses horaires normaux de travail, elle animait une émission spéciale pour amasser des dons afin de lutter contre la leucémie. Comme elle en faisait mention, elle avait accepté d’aller faire raser sa belle chevelure pour une activité de financement et il lui manquait 100 $ pour atteindre son objectif de départ, qui avait été fixé à 3000 $.

— Allez, mesdames et messieurs ! Vos dons sont importants. Ils servent pour la recherche contre cette maladie terrible qui enlève la vie à trop d’enfants chaque année. Les statistiques déplorables font état de trop de décès, clamait-elle inlassablement dans son micro pour convaincre son auditoire de téléphoner ou de se rendre au poste pour lui remettre des dons.

Comme j’étais tout près, avec bien évidemment l’image de William qui me souriait et m’incitait à m’activer pour la recherche sur la « lucimie », comme il disait, je me rendis à la station.

Pendant qu’une chanson tournait sur les ondes, j’eus le temps de discuter avec l’animatrice et de lui faire une offre.

— Je vais te donner les 100 $ qui te manquent si tu fais tourner Mon héros.

Caroll ne l’avait pas à portée de la main, mais elle fit une courte recherche et la trouva rapidement, car elle commençait à être populaire dans au Québec. Avant de la faire tourner, elle proposa qu’on discute pendant qu’une autre pièce jouait. Je racontai à Caroll à quel point cet enfant m’avait permis de grandir. Je lui confiai mon amour éternel pour William et la chance inouïe que la vie m’avait offerte de faire que nos chemins se croisent. Je lui confiai les péripéties de sa vie, la philosophie qu’il avait développée et les prières qu’il avait demandées pour Noël. Elle saisit ainsi l’intensité de sa foi, de ses croyances et les espoirs qui le soutenaient.

L’effarement de Caroll me fit prendre conscience à quel point cette histoire était touchante, hors de l’ordinaire. L’animatrice, reconnue pour sa grande sensibilité, pleurait à chaudes larmes pendant que je lui racontais les derniers mois de la vie de ce gamin qui m’avait « engagée » pour l’aider dans ses démarches de communication avec le Bon Dieu. Avec des trémolos dans la voix, juste avant de faire tourner Mon héros pour ses auditeurs, elle résuma avec émotion l’histoire de William.

Pendant que la voix de la belle Annie Villeneuve entonnait sa chanson pour la première fois sur les ondes de cette radio, l’animatrice ferma les yeux pour écouter attentivement les paroles éclatantes de vérité et la très jolie mélodie.

« Et du plus haut de tes trois pommes, tu as dirigé ton navire avec le courage de cent hommes, devant un trop court avenir », répéta Caroll, la voix étranglée par les larmes.

Sur les ondes, elle raconta combien cette histoire était singulière et invita tous ses auditeurs à téléphoner pendant les dernières minutes de son émission. Il n’est pas nécessaire d’ajouter qu’elle a largement dépassé son objectif monétaire.

Juste avant que je ne quitte la station, Caroll me questionna sur la date du décès de William. Comme je ne l’avais pas en mémoire, je lâchai un coup de fil à sa mère.

— Au moment même où on se parle, à la minute même, ça fait un an. Il est décédé à six heures exactement. Même dans l’au-delà, il se sert encore de SA journaliste. Il se sert encore de toi, me murmura sa maman avec un chagrin qui cassait sa voix.

En raccrochant, je frissonnais de tout mon être.

Mais où es-tu ?
Aussi loin sans même une adresse
Et que deviens-tu ?
L’attente est ma seule caresse
Et je t’aime encore
Comme dans les chansons banales
Et ça me dévore
Et tout le reste m’est égal
De plus en plus fort
À chaque souffle à chaque pas
Et je t’aime encore
Et, toi, tu ne m’entends pas
Je t’aime encore, Céline Dion

Quand je sortis de la station, j’étais perplexe devant cette étrange situation qui me faisait frapper aux portes de l’au-delà. J’arrêtai mon auto devant le grand lac Saint-Jean dont les eaux déferlaient, et insérai le disque de Renaud qui était accroché au pare-soleil. Les paroles avaient maintenant un sens nouveau. Dans cette chanson si mélancolique, Renaud a mal au temps et éprouve la nostalgie des bonbons de son enfance.

Assise sur un banc, avec le dessin que William m’avait offert, je me sentais perdue, devant l’immensité des vagues et de cette mer, je m’imaginais avec William et j’écoutais la romance Mistral gagnant.

À m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toialain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
Et regarder le soleil qui s’en va
Te parler du bon temps qu’est mort et je m’en fous
Te dire que les méchants, c’est pas nous
Que si moi je suis barge, ce n’est que de tes yeux
Car ils ont l’avantage d’être deux
Et entendre ton rire s’envoler aussi haut
Que s’envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie
Et l’aimer même si le temps est assassin
Et emporte avec lui les rires des enfants
Et les mistrals gagnants
Et les mistrals gagnants

La nuit, je rêve parfois de William. J’entends ses discours quand il conseillait d’aimer la vie ou quand il transigeait avec Dieu. J’entends ses prières pendant que je bois un Pepsi et déguste un chocolat sucré comme le bonheur. Dans ces rêves, je tourne mes yeux vers les étoiles et, du haut du ciel, William me parle. Il est vivant et il sourit au soleil en marchant au bord d’une mer, main dans la main avec Marie. Parfois il s’arrête pour lancer un caillou qui fait des bonds sur l’eau. Avec le bout de son doigt, William compte les bonds du caillou. Dans mes rêves, il est heureux. Et Jésus, qui est son ami, sourit et marche à ses côtés.

-30-

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


Sur le bord de la rivière Chena, je me suis assise et j’ai pleuré…, un texte de Chantale Potvin

12 mars 2017

Sur le bord de la rivière Chena…

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Je me suis assise et j’ai pleuré. La légende raconte que tout ce qui tombe dans les eaux de cette rivière, les feuilles, les insectes, les plumes des oiseaux, tout se transforme en pierres de son lit. Ah ! Que ne donnerais-je pas pour pouvoir arracher mon cœur de ma poitrine et le jeter dans le courant… Il n’y aurait alors plus de douleur, plus de regret, plus de souvenirs.
Paulo Coelho, Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j’ai pleuré, 1997

Alaska, juillet 2641

Lors des beaux jours, quand le soleil est enfermé dans d’épais nuages, Flora peut sortir et marcher sur le bord de la rivière Chena, seule ou avec sa mère, conversant de passé, de littérature, d’histoire, et surtout de ce XXIe siècle qui a vu disparaître l’eau, le bois, l’ozone, la vie… De ces humains avides d’argent, sans respect pour la planète et pour les générations futures.
— Comme j’aimerais pouvoir lire ce livre ! Comme je voudrais qu’il existe encore !
— Tu sais très bien, Flora, que les livres n’existent plus depuis deux siècles. Le papier est hors de prix. Tu peux toutefois aller à la bibliothèque !

Avec ses yeux attendrissants, sa mère tentait de lui faire oublier la rage qu’elle gardait dans son cœur depuis qu’elle était toute petite. Sa rage contre ces fleurs, ces arbres, ces lacs, ces rivières, désormais si rares, disparus ou mortellement pollués. Sa rage de lire Robinson Crusoé, Le livre de la Jungle ou Les aventures de Peter Pan, cet enfant qui ne voulait pas grandir. Oui, rage, car ces histoires ne peuvent plus se vivre sur cette boule dépouillée et aride où il n’y a plus d’eau, d’air pur et d’animaux. Comment comprendre un tigre de Sibérie par des photos ? Ou faire revivre les majestueux ours polaires ou Moby Dick, ce cachalot blanc, ivre de vengeance, qui a mené la guerre contre le capitaine Achab.

Rage depuis qu’elle sait lire… Elle a lu Paris au XIXe siècle, aux abords de la Seine, quand les jeunes filles abritées sous des parapluies de dentelles pouvaient se balader tranquillement, main dans la main avec l’élu de leur cœur. Aujourd’hui, il faudrait être carrément fou ou illégal pour marcher en plein soleil. Aussi, tous les monuments historiques, qui n’ont pas été détruits sous les bombes, sont visités derrière d’épaisses vitres anti-suicide. Trop chaud ! Impossible de revivre ces instants. Elle en veut au monde entier de ne pas lui avoir épargné un peu de ce vert, un peu de ce bleu…

Flora a envie de pleurer. Du bout du doigt, elle pianote sur l’eau.

Pleurer ! Qui aurait cru dans ces temps-là qu’il leur aurait fallu économiser des larmes pour se brosser les dents ?

Pleurer ! Pour échapper au passé.

Comme elle voudrait s’étendre dans un grand champ de fleurs où l’herbe qu’elle foulerait serait aussi douce que du duvet ! Elle pourrait faire des dessins dans le ciel avec les nuages, tout en écoutant le bruit paisible du petit ruisseau que survoleraient des oiseaux, qui aujourd’hui… n’existent plus !
— Maman… Peux-tu me laisser seule ? Je vais rentrer si le soleil perce les nuages, je te le promets !

Elle regarda sa mère s’éloigner pour pouvoir s’agenouiller au pied de la rivière, la seule qu’elle n’ait jamais vue, jamais aimée et qui lui facilitait les rêves par sa grande beauté. En fixant l’horizon désertique, elle repassait en mémoire chaque passage de ce livre qu’elle a eu la chance de tenir dans ses mains… En regardant ses larmes descendre lentement avec le courant et tambouriner doucement sur les ondes de l’eau, une phrase valsait dans sa tête… La légende raconte que tout ce qui tombe dans les eaux de cette rivière, les feuilles, les insectes, les plumes des oiseaux, tout se transforme en pierres de son lit.

Flora se pencha au-dessus de l’eau, observa le fond et empoigna quelques cailloux qu’elle lança dans ce qui restait d’air et de ciel. Sa force de revivre ce que tant de personnes ont vécu sans en profiter fut la plus forte. Elle vit, avec son cœur, un vol d’oiseaux tropicaux de toutes les couleurs, des milliers de papillons, les feuilles des érables en automne, un arc-en-ciel géant, une grande colombe blanche… Elle entendit le hurlement d’un grand loup blanc d’Antarctique et vit tomber de gros pétales de toutes sortes de fleurs dont les parfums ensorcellent. Elle lança des poignées, puis des poignées et encore des poignées de cailloux, maintenant agenouillée dans la rivière, les cheveux collés au visage, le sourire figé, multipliant les visions de bonheur toujours plus enchanteresses les unes que les autres… Il y avait toujours de petits hélicoptères d’érable qui tourbillonnaient, tombaient sur l’eau, calaient et se transformaient en cailloux.

Flora voyagea à travers le monde entier, le monde du passé, par de simples lancers de petits cailloux qui étaient jadis des feuilles, des fleurs, des plumes d’oiseaux, des insectes, et surtout le cœur d’une petite fille qui déborde d’une envie de vivre sur une terre où il y aurait encore du vert, où il y aurait encore du bleu.

Flora a trop pigé de cailloux dans le lit de la rivière Chena… On dit bêtement qu’elle s’est suicidée, mais ce n’est pas tout à fait cela.

Flora s’est simplement transformée en caillou pour se fondre dans le paradis des belles choses et vivre comme ces gens des temps anciens, de l’an 2000. Ceux qui n’avaient pas compris leur paradis.

Sa maman, qui vient toujours marcher, verra son cœur qui était plein d’amour pour elle, là, dans le rocher au fond de la rivière. Un cœur où il n’y a plus de douleur, de regret, de souvenirs, qui vit dans un paradis vert et bleu !

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


La carte-soleil, un texte de Chantale Potvin…

5 mars 2017

La carte-soleil alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Pour agrémenter un samedi soir de 1975, avec ses quatre petits-enfants, pendant que ses « jeunes » étaient allés danser le disco à la brasserie du coin, ma grand-mère nous avait installés, mes cousins et moi, devant une gigantesque boîte remplie à ras bord de photographies en noir et blanc. Elle nous offrait, en quelque sorte, un voyage dans ce qu’avait été sa modeste vie.
Les questions et les rires fusaient au rythme des photographies qui s’empilaient autour de ses enfants en pyjama, qui étaient avides de cette balade dans le passé. Les mariages. Les réunions de famille. Les fêtes de Noël enfumées où les oncles moustachus, saouls comme des porcs, dormaient accoudés sur une table. Les manteaux de fourrure empilés sur un lit sur lequel dormait un bébé.
— C’est qui ?
Et notre grand-mère, souriante, patiente et dévouée, répondait de son mieux.
Tout en entassant les images autour de moi, je tombai soudain sur un tableau d’horreur qui, je le savais déjà, allait être à jamais gravé dans ma mémoire. Les yeux ronds comme des billes, j’étais stupéfiée. Je ne pouvais détacher mon regard d’enfant du visage souffrant de cet homme couché sur un lit et emmailloté dans un drap blanc souillé. Je ne sus pas à l’époque en quoi consistaient les taches sur la couverture, mais j’ai déduit, bien plus tard, que c’était du pus et du sang.
Je fixais l’image sans bouger.
Avec le vieux carton dans les mains, je tremblais devant cette scène. Aucun mot ne sortait de ma bouche. Les cousins, devant mon hébétude, se sont penchés vers la photographie qui datait de l’an 1948. C’était écrit sur la photographie.
— Qu’est-ce qu’il a, le monsieur ? C’est qui ? Pourquoi il a tellement l’air d’avoir mal ? avaient demandé mes cousins alors que j’étais terrée dans un silence et une réflexion qui projetaient mon imagination d’une hypothèse tragique à l’autre.
— C’est mon grand frère, Albert, a lancé ma grand-mère, les yeux soudainement embués de larmes. Alors qu’il travaillait dans une usine, il est tombé dans une espèce de piscine remplie d’eau chaude et de produits chimiques, là où les hommes poussaient les billots de bois pour que l’écorce se détache plus facilement. Mon frère a glissé et y est tombé. Seule sa tête n’a pas été immergée. C’est un ami qui l’a immédiatement sauvé. Si sauver est le bon mot ! Il aurait dû mourir là, le pauvre, et se noyer pour ne pas finir sa vie dans l’enfer. Je n’oublierai jamais ses cris de douleur dans la nuit, quand ma mère et mon père changeaient les draps en lui arrachant la peau. Pendant quatre jours, d’un coma à l’autre, il a supplié le Bon Dieu en hurlant de venir le chercher, a-t-elle confié en ravalant, en refoulant sa tristesse.
Ma grand-mère a pris la photographie et, tout en l’empilant avec d’autres, elle l’a projetée dans la boîte comme un objet maléfique. Après avoir rapidement ramassé le fouillis pour ranger la boîte dans l’armoire, afin de nous changer les idées, elle s’est dirigée vers la cuisine pour nous offrir des biscuits avant d’aller au lit.
— Vous savez, il n’y avait pas de cartes-soleil dans le temps ! Et ç’a tué ma mère, cette histoire. N’en parlons plus jamais, d’accord ?
Je ne compris pas le sens de cette carte-soleil, mais la lourde tristesse de ma grand-mère m’incita à me taire. Et le sujet fut clos.

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

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Le loquace !, un texte de Chantale Potvin…

12 février 2017

Savoir la fermer !

Rien ne t’arrête quand tu commences
Si tu savais comme j’ai envie d’un peu de silence
Dalida, Paroles, paroles, 1973

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Il ne s’y attendait pas. La photographie sur le Web était bien, mais là, en réalité, elle était un véritable coup de canon dans son cœur. Jamais il ne s’était senti aussi intimidé en la présence d’une femme. Quelle beauté ! Habituellement, il les rencontrait, les gardait un mois ou deux et c’était terminé. Il se lassait vite d’elles. Pour lui, elles étaient mornes, bavardes et insipides. Souvent il s’était demandé pourquoi sa libido était tant attirée par ce sexe faible dans tous les sens du terme.
Or, elle, il le savait, il le sentait, il la marierait. Il l’avait trouvée. L’émotion de départ était trop forte pour nier ce destin.
Avec ses jambes longues jusqu’à demain, elle s’était assise devant lui et le soleil verdissait ses yeux comme dans les films. Elle avait le look, le corps, le sourire et les mains d’une star. Le mot beauté n’était pas assez puissant pour qualifier le physique de cette déesse.
— Tu aimes les frites ? lui avait-il demandé en lisant le menu du restaurant. Le steak est servi avec des frites, ici ?
— Oui, j’aime bien. Je les mange avec du Ketchup. Je suis une fana de Ketchup.
Après le papotage lié au menu et au vin, il s’attaqua à l’intérieur de la femelle. Ce n’était pas par intérêt, mais pour lui faire croire, même si ses pulsions étaient exclusivement sexuelles, qu’il avait envie de savoir qui elle était, il la questionna sur ses valeurs, ses passions, son passé.
— Il y a trois choses que je n’aime pas. Les chats, les orages et les maudits Indiens, rigola-t-il.
— Tu as des idées bien arrêtées, lui fit-elle remarquer.
Le souper s’éternisa. Pendant que la serveuse s’activa à ramasser la table. Il voyait bien qu’elle bâillait et semblait maintenant s’ennuyer en sa présence.
— Tu as aimé ta soirée ?
— Pas si mal !
— Tu aimerais me revoir ? Moi, je serais content. Tu me plais vraiment beaucoup, admit-il courageusement.
— Je ne sais pas. Je veux être honnête avec toi, lui répondit-elle.
— Tu ne me trouves pas à ton goût ?
— Oh ! Ce n’est pas ça. Je ne sais pas. C’est tout. Je ne sais pas.
Elle se leva, s’excusant et prétextant qu’elle devait aller à la toilette. Toutefois, elle n’en fit rien et elle sortit pour aller téléphoner. Pendant quelques minutes, elle discuta avec sa meilleure amie pour planifier le reste de la soirée. Le sort décida qu’elles iraient danser à la discothèque la plus huppée du centre-ville.
Après l’appel, elle revint vers la table où il était assis, pensive.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
— Alors, tu as pensé ? ricana-t-il, presque ridicule, avec l’espoir qu’elle accepte de le revoir.
Elle le fixa en enfilant son manteau et en empoignant la facture.
— Non, laisse, je vais payer, s’empressa-t-il de lui signifier.
Elle le remercia d’un sourire et d’un charmant signe de tête.
— Alors, on va se revoir ? répéta-t-il avec un air presque idiot.
— Non !, on ne se reverra pas, trancha-t-elle avec une certitude déconcertante.
— Et puis-je savoir pourquoi ?
— Parce que je suis une maudite Indienne, murmura-t-elle en tournant le dos.

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

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Le meilleur des médecins, une nouvelle de Chantale Potvin…

29 janvier 2017

Le meilleur des médecins

Le meilleur préservatif, c’est la laideur. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec
Hervé Bazin

Aujourd’hui, il célébrait sa 1000e intervention chirurgicale. Comme un automate, il écrivait tout dans un carnet, il calculait ses passages à la salle d’opération. Avec l’acharnement d’une araignée, il dénombrait le nombre d’estomacs, de foies, de rates, de vésicules, de seins, d’yeux, de peau arrachée, etc. Avec son visage plus laid qu’un singe, sa peau aussi boutonneuse que celle d’un ado et aussi huileuse qu’une morue puante, que serait-il devenu s’il n’avait pas été un talentueux chirurgien ? Et ses mains, ses compétentes mains étaient plus crevassées que la carapace d’un reptile. Sur son sarrau de docteur où s’accumulaient les pellicules, il était presque répugnant. On aurait pu le prendre pour un fou, un clochard, un gueux, mais c’était le meilleur.
Dans sa maison, personne n’y allait et d’ailleurs personne ne savait où il vivait.

Il était étrange, très étrange. Sa laideur était énigmatique. Personne ne savait ce qu’il faisait quand il n’était pas à l’hôpital. De toute façon, personne ne voulait le savoir.

Un jour, une infirmière l’invita à manger après la journée de travail. Il refusa gentiment, prétextant une sortie à la campagne chez sa mère.

Une autre fois, il refusa d’accompagner le groupe du département pour une partie de quilles. Jamais on ne le voyait aux rassemblements de Noël ou lors des activités sociales.
Et puis, soudain, on décida un jour de ne plus s’occuper de lui. « Il est sauvage et égocentrique », se convainquait-on. Parfois, des questions surgissaient, mais toujours on oubliait le « doc » comme une vieille pantoufle.

Les années passèrent, les opérations s’accumulèrent et sa solitude gisait toujours dans la plus grande stabilité, mais il était le meilleur et avait même reçu un prix de distinction pour une délicate intervention réalisée sur une femme enceinte alors que son fœtus était atteint de spina-bifida. Lors de la cérémonie, il ne s’était même pas présenté. On avait appris à le respecter malgré son côté « anti-société » et même s’il ne parlait jamais, ne se vantait jamais, il fallait le répéter, c’était le meilleur.

Un matin, une infirmière rapporta qu’elle avait vu « doc » dans un restaurant discutant avec une fort jolie femme. On rapporta plus tard qu’il s’agissait de sa sœur, car elle était venue prendre les arrangements pour le testament de sa mère qui venait de mourir des suites d’un infarctus. On sut aussi qu’il lui avait presque tout laissé à sa sœur et que sa mère était une femme excessivement fortunée.

Malgré cet épisode où on découvrit sa grande générosité, on ne s’occupa pas davantage de lui et on le respectait, car il était le meilleur. Il pouvait pratiquer une incision dans un corps humain et sa ligne sous le scalpel était aussi droite et parfaite que si elle avait été tracée avec une règle. Il ne commettait jamais d’erreur.

Il était étrange. Quand on s’arrêtait à y penser, il fallait avouer qu’il était étrange. Avait-il seulement déjà fait l’amour ? Avait-il déjà été amoureux ? Où vivait-il ? Un soir, une infirmière plus curieuse que les autres entreprit de le suivre jusque chez lui. Or, elle ne put le suivre complètement, car son appartement était situé dans un immeuble où il fallait se stationner dans les soubassements pour y parvenir.

Elle se décida d’attendre. Attendre. Elle poireauta dans sa voiture pendant des heures. Jusqu’au découragement ! Vers onze heures, elle se décidait de repartir, quand un ancien amant cogna dans la vitre de sa voiture.
—Allô, Geneviève ! Tu vis par ici ?
—Non ! Non, j’attends une amie !, mentit-elle en tremblotant au son de la voix de cet homme qu’elle avait tant aimé.

Après les salutations d’usage, l’ex-amant la salua et monta dans sa voiture. Dieu qu’elle l’avait aimé celui-là ! Un monstre, un épouvantable monstre. Il l’avait tellement fait souffrir par son indifférence et pour l’avoir jetée comme une vieille guenille après l’usage.

Et le « doc », lui, n’était pas descendu. Elle était venue pour rien, sinon pour éveiller une souffrance qui était presque éteinte dans son cœur.

Et l’amant repartit dans sa voiture sport, il allait chasser la femelle une autre nuit. Beau comme un dieu, le salaud. Il se regarda dans le rétroviseur. Quels yeux ! Quelle gueule ! Pendant ce temps, sur le siège arrière, il avait oublié de camoufler son masque et ses gants imbibés d’huile qu’il se confectionnait depuis des années, de jour en jour, de foie en foie, d’artère en artère, d’opération en opération. Il voulait ressembler à un vieux babouin au visage boursouflé truffé de boutons, aux mains reptiliennes. Ainsi, il avait la paix des femmes et c’était très bien ainsi.

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

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Le bonheur, des camélias et des tisanes, un texte de Chantale Potvin…

15 janvier 2017

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe bonheur vient de l’attention prêtée aux petites choses, et le malheur de la négligence des petites choses.
Liu Chia-Liang, réalisateur chinois (1936-2013)

La réponse est tombée comme la lame d’une guillotine. Sans détour, j’ai répliqué à l’étudiante que le plus beau moment de ma vie fut celui où je fus face à la mort. Sidérée, la jeune universitaire, qui rédigeait un travail sur la philosophie du bonheur, poussa plus loin pour comprendre mes étranges assertions.
— Le premier souhait pour être heureux n’est-il pas d’être en santé ? me lança-t-elle.
Je lui rétorquai par la négative.
—Avant que le médecin ne m’oblige à monter sur cette table d’opération pour m’extraire une tumeur au cerveau qui m’avait rendue aveugle, j’aurais effectivement pensé que la santé était le vœu ultime. Or, je crois sincèrement, aujourd’hui, que cette demande est bien en dessous de ce que je vais vous expliquer.
L’étudiante tenait son microphone devant ma bouche, impatiente de connaître la suite.
Lentement, je me levai pour lui offrir une tisane à la camomille et lui parlai de mes merveilleux camélias roses qui explosaient de santé.
—Ces jolies fleurs sont très sensibles aux grands froids et au manque d’eau. Si je veux les garder à l’intérieur pour l’hiver, je dois les tenir bien loin des calorifères afin qu’ils ne s’assèchent pas.
De toute évidence, l’étudiante n’était nullement intéressée à mon exposé horticole sur les bienfaits de la camomille et à mes déclarations d’amour pour les camélias. Aussitôt que j’eus reposé mes fesses sur le fauteuil devant elle, elle allongea l’enregistreuse et reformula sa question.
—Selon vous, qu’est-ce qui est le plus important pour être heureux si ce n’est pas la santé ?
Je la regardai fixement en prenant plusieurs secondes de pause et lui déclarai simplement : « Le plus important, Mademoiselle, ce sont les camélias et les tisanes à la camomille ».
Visiblement insatisfaite, j’entrevis une pointe de regret dans les yeux de la jeune femme qui s’attendait au scoop de sa vie. « Pourquoi ai-je donc choisi cette auteure ? » devait-elle se questionner dans son for intérieur.
—Je ne comprends pas votre réponse, Madame, me lança-t-elle enfin avec des trémolos d’impatience dans la voix.
Je me levai et arrachai un camélia qui allait faner sous peu. Je lui tendis la fleur et lui demandai de caresser les doux pétales toujours frais et d’en humer la subtile odeur.
Elle s’exécuta sans joie apparente.
—Vous savez, avant ce jour qui m’a clouée au lit pendant 6 mois, je n’aurais pas pris la peine et le temps d’aimer les camélias et de savourer les meilleurs thés de ce monde. Avant, je n’aurais pas aspiré, avec une joie sans nom, les effluves de l’automne et appris par cœur les plus belles chansons de Brel et de Reggiani. Je n’aurais pas connu Dalida, Piaf et la très inspirante Marguerite Yourcenar. Avant, je n’avais pas le temps.
Des lumières s’allumèrent dans les yeux de l’étudiante.
—Avant de marcher dans les couloirs de la mort, je n’étais pas consciente de la chance magnifique que j’avais d’être en vie et c’est ce qui est vraiment important pour atteindre le bonheur qui n’est pas un état permanent, mais une philosophie. Et vous savez, Mademoiselle ? Le bonheur est dans les camélias et la tisane à la camomille.
Après m’avoir serré la main et fini de boire sa tisane, la jeune femme repartit sans oublier son camélia qui allait reposer éternellement entre les pages de mon dernier roman, que je venais de lui offrir.

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


L’assassin sans nom, un texte de Chantale Potvin…

28 novembre 2016

L’assassin sans nom

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

(Extrait du roman Le génocide culturel camouflé des Indiens. Ce roman raconte l’histoire d’un homme qui a fréquenté les pensionnats indiens, soit des institutions fédérales qui avaient pour mission de « tuer l’indien » dans l’enfant.)

— Aujourd’hui, monsieur, les autorités canadiennes vous accordent la chance de profiter d’une libération conditionnelle. Je suis là pour dresser votre évaluation psychologique et le rapport précédant votre nouvelle sentence.
— Je le sais.
— Cela ne vous réjouit-il pas de pouvoir sortir ?
— Si. J’en suis heureux. Cela indique que je fais preuve d’un comportement exemplaire, j’imagine.
— Que direz-vous au juge pour le convaincre, après que j’aurai déposé un rapport favorable sur vous ?
— Je ne lui dirai rien de précis. Peut-être lui lirai-je des bouts du Petit Prince ! Je lui dirai que j’ai raconté mon histoire et que je l’ai écrite en écoutant le Requiem de Mozart, sa dernière œuvre, celle qu’il a composée avant sa mort, celle dont les voix et le chœur de la basse aux consonances chrétiennes m’ont inspiré l’âme pour que je puisse revivre les tourments de mon passé. Je murmurerai un des passages du Requiem à votre juge et ses sons humains qui soufflent des airs chrétiens teintés de mystère et de mort. Je lui chanterai de beaux airs, à votre juge, si vous voulez.
— Vous aimez la musique classique ?
— Durant mes années de prison, elle fut ma meilleure amie.
— Vous souhaitez demeurer ici, si je comprends bien ?
— Oui.
— Vous avez pourtant démontré tout ce qu’il faut pour bénéficier d’une libération conditionnelle. Vous pouvez être libre ! Comprenez-vous ?
— Oui, je comprends très bien, mais je ne veux pas sortir d’ici. J’y suis bien, c’est ma maison, c’est mon bonheur.
— Vous n’avez pas envie de liberté ? Vous n’aspirez pas à refaire votre vie ?
— Refaire ma vie ? Liberté ? Vous parlez de choses que je ne connais pas, monsieur. Je n’ai jamais connu la liberté, si ce n’est après avoir assassiné ce prêtre.
— Vous regrettez de l’avoir tué ?
— Absolument pas ! Jamais je n’éprouverai une once de regret pour avoir tué cet homme ; et, si j’en éprouvais un jour, je me tuerais moi-même, car je saurais que je suis gravement atteint.
— Vous n’avez pas envie de connaître une femme ? D’avoir une maison ? Des buts ? Un travail ?
— J’ai cinquante-trois ans et je veux finir ma vie ici. C’est ici que je suis heureux.
— J’ai lu votre histoire à quelques reprises. Elle m’a réellement beaucoup touché. Est-ce que vous me permettez de vous poser quelques questions ?
— Allez-y.
— Pourquoi ne vous plaignez-vous jamais ?
— Je me contente de raconter. Les plaintes atténuent la vérité.
— Avez-vous vraiment vécu toutes ces atrocités ou quelques-unes sont le fruit de votre imagination ou ont été vécues par d’autres ?
— Il est difficile d’inventer de pareilles agressions et encore plus difficile de se donner un rôle principal aussi humiliant. J’en ai par contre beaucoup caché.
— Comme ?
— Je préfère ne pas tout raconter, par souci de garder une partie de mon jardin secret, peut-être. Sans pouvoir vous expliquer pourquoi, je crois qu’il est préférable de taire certaines blessures et de les garder pour soi. Je ne pense pas qu’il serait utile, à moi ou à qui que ce soit, que je dresse la liste de tout, de vraiment tout ce que j’ai vu et vécu dans ces pensionnats. Je crois que vous en avez assez pour comprendre.
— Vous ne regrettez vraiment rien du geste que vous avez posé ?
— Non, j’ai été clair là-dessus. Si je le pouvais, je le referais et je m’arrangerais pour me sauver de cette église où je l’ai étranglé pour en tuer d’autres. À bien y penser, ce n’est pas assez d’un seul ! C’est là que se trouve mon seul regret, je crois. Pas assez ! Pas assez pour tout ce qu’ils m’ont fait subir. Pas assez pour Eruoma, pour Lily, pour mon autre sœur. Pas assez pour mes parents qui n’ont pas eu le droit de me voir grandir au rythme de leur amour et en conformité de leurs valeurs. Pas assez pour ces cent cinquante mille enfants autochtones. Pas assez, monsieur. Non, pas assez !
— Vous m’avouez carrément que vous tueriez à nouveau et de façon massive ? Je dois le noter dans mon rapport.
— Notez, monsieur, notez ! Allez ! Comme moi, utilisez votre plume vitriolique, vraie et sans détour. Notez, monsieur !

Je me levai.

— Attendez, monsieur, attendez, ne partez pas tout de suite. S’il vous plaît, me permettez-vous de vous poser une toute dernière question, juste par curiosité ?

Je regardai fixement l’homme en face de moi, lui signifiant par un léger signe de tête qu’il pouvait poser sa question.

— Pourquoi ne mentionnez-vous jamais, au grand jamais, votre nom ni même votre prénom, au fil de toutes les pages de ce long et généreux témoignage ?

Je l’observai longuement, plus d’une minute, il me semble. Je préparais ma réponse, je cherchais la formule lapidaire capable de caractériser exactement ma vie. Enfin, je lui répondis :

— Parce qu’on m’a volé mon identité. Je ne l’ai jamais retrouvée et ne la retrouverai sans doute jamais.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe n’ai plus prononcé un mot. J’ai marché lentement dans le couloir de la prison. Je me suis arrêté deux secondes pour larguer dans la poubelle toute la pile des documents canadiens qui auraient pu me donner la chance d’une libération conditionnelle. J’ai d’abord déchiré le haut d’une feuille que j’avais roulé en une petite boule. D’une pichenette, je l’ai projetée dans la direction de l’homme. Debout devant la poubelle, je me suis penché un peu et j’ai craché, comme si je me débarrassais d’un poison qui me brûlait la gorge. Après, je me suis redressé avec vigueur et j’ai continué ma route.

Avant de tourner l’angle du corridor menant à mon trou, j’ai vu l’homme ramasser la boule de papier au milieu du couloir et la dérouler. C’est alors qu’il a dû reconnaître la célèbre feuille d’érable rouge, emblème du Canada.

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


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