Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

5 mai 2015

Le monde, c’est un voleur…

Le monde, c’est un voleur ; il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans seschat qui louche maykan alain gagnon francophonie  rues et il les a appelées « lumières de Noël ». Mais quiconque a déjà couru à travers champs, s’est roulé dans une neige qui reste blanche même la nuit, s’est perdu dans le silence d’un soir d’hiver un brin d’herbe entre les lèvres (ou une Gauloise, à une époque où fumer tuait moins que le sucre raffiné) le sait bien : toutes les guirlandes et pommes d’amour de tous les marchés de Noël du monde, c’est rien que du pipi de chat, quand sous un ciel étoilé tu te prends la claque de ta vie. Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié la notion du temps, les distances et l’humilité.

À force de courir, de passer nos vies dans les TGV, de vouloir être toujours au bon endroit au bon moment, on a oublié que d’autres étaient là avant nous ; et qu’on les a perdus en route. À force d’avoir l’intimité du monde à portée de main, et toutes nos envies au rayon de n’importe quel supermarché, on a oublié à quoi pouvaient bien ressembler la liberté et le respect. À force de contempler toutes ces lumières d’aussi près, de les prendre pour des étoiles, de se prendre pour l’une d’elles, on a oublié de se sentir tellement petits.

On est tous, là, à vouloir laisser une trace, marquer notre différence, on cherche cet objet indispensable que personne n’a jamais inventé, cette phrase juste que personne n’a jamais dite, cette bombe qui n’a jamais explosé, on fait un gros fuck à ce monde alors qu’on n’est jamais que comme lui : des voleurs qui passent leur temps à gueuler « la bourse ou la vie ! » Nous sommes tous ces mêmes êtres étranges qui détruisent des forêts, qui en font du papier pour écrire dessus « sauvez un arbre » ; en s’émerveillant devant un sapin qui crève dans leur salon. Et du haut de nos gratte-ciels, dans nos appartements surchauffés, on passe nos vies à oublier. Qu’on ne fait jamais que transformer ce que la nature nous a donné. Qu’on ne fait jamais que paraphraser tous ces types qui nous ont collé ces claques qu’on avait méritées. Que le mec et ses chansons, sur le trottoir d’en bas, dégagent plus de chaleur que nos radiateurs.

On passe nos vies à oublier, ce que le monde lui-même à tellement bien compris, que derrière tous nos mensonges et nos masques de fortune, on cherche tous la même chose : cet amour qui fait briller les yeux des mômes et taire la colère des adolescents, cet amour qui renverse les certitudes des adultes et donne un second souffle aux rêves que les plus vieux avaient mis de côté. Si les corps se vendent et le plaisir s’achète, je ne te ferai jamais payer le prix de l’amour que tu me portes. Y’a des meufs qui bordent leur regard de mascara, exhibent leur féminité sous une robe noire un peu trop courte, embrassent des bouches qui sentent l’ail et le mauvais alcool. Y’a des mecs qui sortent leur carte bleue, leurs muscles et leurs mots bleus, qui boivent plus que de raison et mettent ces meufs-là dans leur lit. Mais qu’on soit des filles faciles ou un peu plus compliquées que ça, qu’on soit des mecs en rut ou que notre palpitant de mâle cogne un peu trop fort contre une carapace qu’on a appris à se forger, on espère tous la même chose en ouvrant les yeux au petit matin : qu’il ne se soit pas déjà envolé, ce piaf débile qui nous fait voir la vie en rose.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié de dire je t’aime à ceux qu’on aimait. On a cru que les contes de fées nous avaient corrompus, alors qu’on les avait juste mal interprétés. On attendait la bonne intrigue, le bon décor, le bon mobile et le prince charmant qui pourrait enfin nous aider à sortir vivant de cette vie dont on ne voulait pas. On a cru qu’il fallait enfiler une camisole blanche, se mettre des chaînes aux pieds, faire une tripotée de gamins et vivre heureux à tout prix. On s’est raconté tant d’histoires qui postillonnaient et sur lesquelles on a préféré cracher avant de se rendre compte que, dans tes bras, tout était beaucoup moins compliqué que ce qu’on s’était imaginé. Que l’amour était là, sans le réclamer, sans avoir besoin de débourser quoi que ce soit. Dans ce monde ménopausé je ne serai jamais une exception à la règle, mais dans tes yeux, au creux de tes bras, contre ton corps nu sous les draps, j’ai l’impression d’être une étoile, mon Amour.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

9 mars 2015

Y’a des meufs…

Y’a des meufs qui se font tatouer sur le cœur le prénom de mauvais garçons, d’autreschat qui louche maykan alain gagnon francophonie qui chialent en écoutant en boucle un album de Reggiani.  Y’a des meufs qui enfilent leurs bas sans jamais les filer, enveloppent leur peau douce d’une robe en satin, accordent les couleurs sans l’aide d’un diapason, et d’autres qui se prennent pour de mauvais garçons.

La beauté est une garce quand elle se met à péter plus haut que son cul.  Quand face au miroir qui lui dit qu’elle est la plus belle, mais dans lequel elle ne se reconnaît plus, elle me dit de prendre soin de moi dans une langue que je ne comprends pas.  Je suis une faute de goût dans un monde où Photoshop est roi.  Y’a des meufs qui savent si bien maquiller leurs yeux qu’on dirait que le monde y naît pour la première fois, quand d’autres laissent tomber leurs paupières sans prendre la peine de les retenir.  Y’a des meufs qui marchent avec des talons plus hauts que leurs rêves sans jamais avoir l’air ridicules, et d’autres qui agitent leurs orteils dans des baskets sans jamais s’y sentir bien.  Y’a tant de meufs que j’ai haïes d’être plus belles plus à l’aise que moi.  Le long des tapis rouges ou des couloirs de course.  Sur les pistes de danse ou les quais déserts à attendre le dernier métro.  Y’a tant de meufs que j’ai haïes d’être là avant moi avec leur casque d’or, leurs yeux bleus et leurs doigts de fée sous ces draps que je n’ai jamais été la première à défaire.  La fille parfaite est une connasse, et je ne suis pas la dernière.

J’ai arpenté les terrasses pour faire payer à ceux qui faisaient la manche le prix fort de cet amour que tu ne méritais pas.  J’ai brisé le cœur des bons enfants pour tous ces petits jours où les mauvais garçons s’étaient tirés avant l’heure.  Y’a tant de meufs que j’ai haïes de ne pouvoir être un mauvais garçon et leur faire mal comme elles sont belles.  Y’a tant de mauvais garçons dont je me suis fait tatouer le prénom sur le cœur avant de chialer en écoutant en boucle les mots d’un Reggiani, d’un Brel ou d’un mec sur le trottoir dont j’ai oublié le nom et qui n’a jamais fait d’album.  Y’a tant de mauvaises filles, qui montrent leur doigt, leur cul ou leur candeur, que j’ai trouvées vulgaires avant d’apprendre à les aimer.  Comme elles m’ont appris à aimer la féminité — même si c’est tout un art, que l’art est un pays étranger et que j’ai peur en avion.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieY’a des meufs dont les mains me font oublier une heure ma colère, les mauvais garçons et le pot de Nutella qui n’est jamais assez bien caché.  Quand elles sortent du four des goûters qui sentent la pomme, les accords de guitare et la lumière d’automne, quand elles traduisent avec leurs yeux et leurs éclats de voix mon dedans mieux que mes mots ne le feront jamais.  Y’a des soirs où je me demande si je ne vais pas virer ma cuti, sortir de ce placard où je ne suis jamais entrée.  Le temps d’aimer bien ces meufs que j’ai toujours haïes aussi fort que je chante faux.  La beauté est une sirène quand elle oublie le mascara sur le lavabo et donne un second souffle à la mythologie.  Qu’elle laisse Sisyphe se révolter et Prométhée picoler sur le canapé du salon.  Y’a des meufs qui sentent si bon la farine de châtaigne et la purée d’amande qu’elles n’éprouvent pas le besoin de répandre ce patchouli qui empeste tous les ascenseurs du monde.  Surtout celui qui mène à ton appartement.  Y’a tant de meufs qui me prennent pour un mauvais garçon, qu’elles essuient leur pudeur et leur vanille sur ton paillasson.  Pour que tes draps défaits ne sentent jamais rien d’autre que ta sueur et tes chansons.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

10 février 2015

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

La nuit appartient à ceux qui…

…ont le cœur gros, même s’ils n’en veulent plus. Mais à bouffer à tous les râteliers de la vie, faudrait arrêter de s’étonner d’avoir les dents du fond qui baignent et le sommeil en option. J’voudrais te raconter, comme hier, mon lit trop dur, mes lattes qui décampent et mes rêves sans queue ni tête. Juste parce que ça te faisait sourire si fort que les matins d’automne ne pleuvaient plus.

Mais faut avouer que ces derniers temps, j’ai le rêve plutôt fuyant et la nuit à tuer. Les mauvaises nuits, c’est une histoire de filles de joie qui te refilent le désespoir en MST. Certaines détalent en allumant la lampe de chevet pour vérifier qu’aucun monstre n’a décidé de squatter l’armoire ou n’importe quel tiroir. D’autres s’égarent dans les bras d’un gros trou noir à coup de somnifères et de bouteilles à moitié vides. Mais quand le petit jour se lève déjà, que t’es en train de refaire pour la énième fois le nœud coulissant d’une corde au bout de laquelle n’auront jamais pendu que des promesses froissées, vraiment, ça te fait une belle jambe de l’avoir passée cette putain de mauvaise nuit.

À vouloir se sentir vivant à tout prix, y’a toujours un moment où demain et sa gueule moche finissent par se pointer. Et y’a des matins où t’as beau frotter du mieux que tu peux, plus rien ne part. Ni le tartre sur tes dents jaunies par la vie, ni la colère qui colle à ta peau acnéique, ni l’odeur de brûlé des feux de paille de tes mauvaises nuits. Et si la nuit appartient à ceux qui ont le cœur gros, l’art appartient à ceux qui ont du pognon. L’art est un animal sauvage que des mecs en costume-cravate gardent en cage. Des mecs qui attendent qu’il se fatigue à force de tourner en rond, pour pouvoir l’ausculter sans qu’il montre les dents. Excuse-moi, mais, ces mecs-là, ce sont les mêmes que ceux qui te parlent d’un pays à travers le buffet à volonté et la piscine d’un hôtel cinq étoiles. L’art est un cri du cœur et il ne faudrait le toucher qu’avec les yeux. L’art ne devrait appartenir à personne, ni aux mecs en costume-cravate qui se payent du bon temps sur son dos, ni aux artistes qui finissent par enfiler les mêmes costumes trop serrés, encore moins aux gourous qui s’en servent pour te direchat qui louche maykan alain gagnon francophonie comment penser. Ne forcez pas les gens à s’enfermer dans des salles à la lumière tamisée, ne leur demandez pas de le comprendre de le jauger de le juger le long d’un parcours fléché. Ne leur demandez pas de mesurer l’émotion sur une échelle qui n’ira jamais plus haut que le plafond. Laissez les joies faire un peu trop de bruit, laissez les colères exploser et salir les murs blancs. Laissez les amants faire l’amour dans les salles d’armes. Laissez les larmes mouiller les lettres d’antan. Laissez les rires et les cris se répandre dans les couloirs. Laisser la violence et l’espoir se prendre les pieds dans le tapis. Laissez les corps parler et les masques tomber, laissez l’émotion éternuer un peu trop fort dans les salles climatisées. Et puis, laissez ceux qui n’ont plus ni le temps ni l’envie secouer la tête, la prendre entre leurs mains et se faire rembourser. L’art est un pays étranger et j’ai peur en avion. La nuit n’en finit plus de tomber et mon cœur gros n’en veut plus.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

13 janvier 2015

Gorge serrée…

Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privé ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de pallier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images-chocs des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si chat qui louche maykan alain gagnon francophonieleur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

31 décembre 2014

« Ne posez pas de questions si…

« Ne posez pas de questions si vous vous foutez de la réponse. Un matin, devant lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie machine à café, elle risque de sortir sans faire exprès ; et y’a des fausses notes un peu trop noires dont même la plus belle mélodie du bonheur ne se remettrait pas. J’veux dire, aucun metteur en scène ne nous a jamais soufflé ce refrain qu’on s’époumone à chanter un peu trop fort et beaucoup trop faux. On n’est pas obligé de brandir un bonjour alors qu’une mauvaise nuit borde nos yeux. On n’est pas obligé de demander si ça va juste pour avoir l’occasion de parler de soi. On n’est pas obligé de sourire avec une rage de dents. De toute façon, quand ça sonne faux, j’ai le frisson qui se réveille à l’intérieur. Pas celui qui germe sous les doigts de la coiffeuse juste après le shampoing, non. Celui qui hurle toujours moins fort que les ongles de la maîtresse contre le tableau noir. On n’est pas obligé, non plus, d’oublier qu’on n’est pas obligé et de balancer ceux qui ne chantent plus. C’est trop facile, de se cacher derrière des slogans publicitaires et des métaphores qui ont trop bu. Taper le carton, ça passe parfois le temps, mais la vie c’est peut-être un peu plus compliqué qu’une partie de belote, de tas de merde ou de solitaire. Et si l’important ce ne sont pas les cartes, mais ce que vous en faites, vous oubliez trop souvent ceux qui ne comprennent plus rien aux règles du jeu.

« Les gens qui ont un avis sur tout font flipper mes sacs de je sais pas. J’veux dire, aucune argumentation en bois ou en béton ne couvrira jamais le bruit d’une larme ou d’un éclat de rire ; et la politique n’est rien qu’un vaudeville qui a mal tourné. C’est trop facile de suffoquer sous un costume trois-pièces et de reprocher au mec qui tire la gueule dans le métro de voler tout l’oxygène. Et même s’il n’a pas une pièce administrative pour justifier son droit d’être malheureux, y’a des matins, devant la machine à café, où je le comprends ce mec-là. Essaye, toi, de trouver une place dans ce wagon qui déborde déjà de faussaires ; de trouver un sens à tout ça, au milieu des bandes blanches, des stops et des sens interdits. Dans ce monde qui file plus vite que la vitesse de la lumière, on freine toujours trop tard et il est déjà le bas-côté. Y’a tellement de poèmes qui ressemblent à des suicides avortés. Tellement d’explications de textes qui ont ronflé sous ces pendus qui ne savaient pas crier. Tellement d’adolescents paumés qui en ont fait leur livre de chevet. Qui ont évité tous les squares, même celui du souvenir, qui n’ont jamais fumé de pétards ailleurs que dans leur lit. Qui se sont toujours assis par terre, en laissant les bancs publics aux amoureux et leurs gueules sympathiques. Qui n’avaient donc aucune chance de croiser la route de ce type qui fume un petit ninas, ce type avec ses binocles et son costume gris. J’veux dire, la prévention est toujours cueillie si mûre, que même les mâchoires les plus musclées finissent par s’y casser les dents.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie« Le désespoir n’est pas assis sur un banc et celui que je prenais pour un coup d’un soir est encore là au petit jour, à faire crisser un croissant au beurre sous ses dents en foutant des miettes partout dans mes draps. Le désespoir, c’est une histoire de petits jours qui se suivent et se ressemblent toujours. Une histoire d’aspirateurs qui expirent de miettes ne sont plus là, mais qui démangent encore. De matins qui font mal à force d’avoir gratté, de café qui coule sans attendre le gobelet. Une histoire de questions surtaxées et de mains brûlées au second degré. »

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

16 décembre 2014

Du Prozac dans mes cornflakes…

tu me dis qu’il faudrait que je me libère d’hier n’aie plus peur de demain et jouisse chat qui louche maykan alain gagnon francophonie aujourd’hui

tu me dis qu’il faudrait que j’ignore les tics les tacs trop bruyants de l’horloge de la gare

tu me dis qu’il faudrait que je dise oui que je dise non mais que je dise quelque chose merde et me décide à monter tic oui tac non dans ce train pressé qui n’attendra pas

mais le monde lui-même tu sais a oublié qu’il fallait qu’il fasse un choix une bonne fois pour toutes encore à jamais sans CTRL-Z à portée de main

et déjà le monde a tiré ce trait indélébile sur l’ordre des choses les il faudrait les choix les saisons les trains trop pressés et le temps qui passe

l’hiver n’a jamais été si doux sans parvenir à se décider à pointer le nez de ses degrés son blanc manteau ses lèvres gercées ses mains craquelées

mais sur le quai de gare le monde se sent impuissant s’en veut et ne sait plus contre qui tourner sa colère qu’il ne peut exprimer de tempêtes en inondations

c’est le monde qui prend l’eau et c’est moi qui m’y noie

tu me dis que je suis une cocotte-minute sous pression moi qui n’ai jamais su cuisiner qu’avec mes pieds et m’efforce de faire coller les pâtes car elles sont meilleures comme ça

tu me dis que les métaphores m’échappent et que je suis beaucoup trop à fleur de peau moi qui suis allergique à ces trucs jaunes oranges rouges qui bourgeonnent au printemps

tu me dis qu’il faudrait que je sorte mon rapporteur et délaisse le premier degré mes œillères et mon nombril pour voir un peu plus loin que le bout de mon nez

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde avec cet air paternaliste du tout qui me montre les dents de « c’est pas bien » en « il faudrait » et la marque de sa main sur ma joue beaucoup trop rebondie

ce monde fais ce que je dis pas ce que je fais oui mais y’a pas de mais dis merci à la dame excuse-toi baisse ton froc et souris à monsieur le curé

ce monde qui a perdu son sourire avant moi

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde paternaliste pater noster papaoutai mais tu sais je m’en fous

tu me dis qu’il faudrait que j’encaisse les coups en gardant la tête haute qu’une balle dans la tête si on n’y pense pas ça fait même pas mal en fait

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même avec des seins et un vagin

tu me dis qu’il faudrait que je noie mes cornflakes dans du prozac que je cache ma poitrine sous un ruban adhésif bien trop serré qu’il n’y paraîtrait rien

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même dans le caniveau d’une ruelle isolée non ça serre juste le poing et le plante parfois contre ce macadam qui ne cède pas

mais toi le monde les autres l’enfer et moi on en est tous au même point je crois

à faire cogner nos talons sur les pavés creux de ce monde inanimé

à brandir ce bouclier de certitudes sans y croire vraiment

à se dire que finalement le prozac se digère tellement mieux que le lait

MAIS y’a pas de mais avale-le et tais-toi

ne rien voir ne rien entendre ne rien dire

sois singe, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille

est-on toujours soi sous camisole chimique ? pleure-t-on toujours aussi aigu le sourire qui sonne faux ? pense-t-on encore la larme sèche ?

je pense donc je suis ; le prozac digéré je n’existe déjà plus

tu me dis qu’il faudrait coûte que coûte que je me sorte les doigts du cul que je me file des coups de pied aux fesses que je me couvre de bleus pour tes beaux yeux

tu me dis qu’une fille chouette elle avale sanglote ravale

sa fierté ses rêves et les excréments du monde

qu’une fille c’est chouette ça doit être chouette sourire exhiber ses dents blanches ses couettes de blondinette et sa taille de guêpe

comme Barbie – Barbie qui sourit merde à la plage au ski à la salle de sport en boîte de nuit au lit avec Ken et qui exhibe fièrement son thigh gap

j’ai le thigh gap neurologique et les cuisses qui se touchent beaucoup trop s’enlacent s’entrelacent trépassent derrière de grosses plaques rouges en été

le teint beaucoup trop pâle tu sais j’aurais été une putain de bombe au 16e siècle

chat qui louche maykan alain gagnon francophonietu me dis que – je le veuille ou non – tu feras de mes épaules les plus solides du monde

tu me dis que – pour mon bien donc OSEF – tu verseras

du prozac dans mes cornflakes

quitte à me faire suffoquer pour atteindre le dernier cran de la ceinture

quitte à me ligaturer les trompes la pensée

quitte à les noyer – mes cornflakes

tu me dis que tout ira bien maintenant qu’il ne faut pas que je m’inquiète tant que j’aurai

du prozac dans mes cornflakes

mais tu sais peut-être t’as oublié mais il a toujours été

le matin j’ai toujours été infoutue d’avaler quoi que ce soit

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

1 décembre 2014

L’ÉCOLE M’A TUÉE —

(Ou l’histoire d’une déclaration d’amour qui perd pied)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

 

 On s’était promis de ne jamais se faire payer le prix de l’amour qu’on se portait. Mais les promesses, même gravées sur un banc à la pointe du canif, y’a toujours un cul qui finit par s’assoir dessus. Les promesses ne volent jamais plus loin qu’un il était une fois, et quand le réveil sonne il est déjà l’heure de reprendre le chemin de l’école. Se lever le mercredi matin, faire le chemin à pied qu’il pleuve, qu’il neige, que le soleil tape trop fort, ça nous a jamais tués. L’école n’a jamais eu besoin d’aide pour avoir notre peau. Son problème, c’est pas le rythme, c’est la mélodie. Une complainte d’adultes qui soupirent en répondant à des questions qu’on ne s’est jamais posées ; quand on chante faux, on réserve ça à la salle de bain – c’est la moindre des politesses. La même, d’ailleurs, qu’elle glissait dans notre soupe froide tous les midis dans cette cantine qui sentait toujours mauvais, même les jours de frites. La politesse, j’en ai bouffé plus que mon pharynx pouvait déglutir. À force de oui madame, bien monsieur, merci s’il vous plaît et vice et versa, j’y ai laissé mon œsophage, mon estomac et mon intestin grêle. Je m’excusais pour les mains aux fesses que mon sourire avait agressées. Je disais même pardon pour les fausses notes que mes côtes craquaient quand un poing, qui n’avait pas, lui, la politesse en intraveineuse, voulait tâter de l’enfant sage. Alors qu’on ne s’étonne pas si ce matin j’ai le bonjour qui me reste en travers de la gorge, si je ne cède pas ma place à la première petite vieille venue – aussi plissée, aussi courbée soit-elle. Alors qu’on ne me reproche pas, les soirs de pluie, mon côlon irritable et mes diarrhées verbales. L’école, c’est comme un plat dans un restaurant gastronomique. Sur la carte ça fait rêver, mais dans l’assiette y’a pas grand-chose à grailler. Les chimères, ça n’a jamais fait taire l’estomac de l’homme qui a faim, même s’il ferme les yeux, même s’il y croit aussi fort que son cœur cogne contre sa poitrine.

Au début tu joues le jeu, et au premier cours d’histoire t’oublies déjà Barbie sous le lit : quand tu seras grand, tu seras Indiana Jones. Mais quand on te parle de problèmes, de guerres dans des langues que tu ne comprends pas, les étoiles s’éteignent et ta tête s’aperçoit qu’elle est juste à côté de tes pieds, sous le béton qu’ils sont en train de couler. Mais quand on te gifle parce tu gueules aussi fort dans tes rédactions que devant les photos de ton livre d’histoire, tu cesses définitivement d’y croire, baisses la tête et t’éteins, comme les étoiles tout à l’heure. L’école, c’est une histoire d’adultes désabusés qui marchent à côté de leur vie, de mômes qu’on prive de contes de fées, à qui on tend un sachet de baby carrots parce que c’est meilleur pour la santé. À la cour de l’école qui a toujours raison, on est tous des cancres en devenir, et les bons élèves ne sont rien que des comédiens qui ont appris par cœur les pas que le metteur en scène leur a soufflés. En se disant que c’est juste un mauvais moment à passer, que quitte à couvrir son cul d’escarres sur des chaises trop dures, autant remplir ses poches avant de décamper.

J’étais bonne comédienne, le masque collait à mes joues rebondies et le soir j’apprenais mes leçons par cœur. J’ai appris à détester la chimie, parce qu’on m’a dit que c’était pas un truc de filles. J’ai appris à détester la couleur quand le prof de dessin a lâché son premier sourire en recouvrant mes dessins d’une craie grasse que les lames de rasoir ne savaient pas faire partir. J’ai appris à détester la philosophie quand celui pour qui j’avais mis deux-trois rêves de côté s’est finalement moins intéressé à mes questions qu’à mon cul. J’ai appris à détester la justice à coup de punitions collectives, j’ai appris à détester la solidarité quand on m’a demandé de balancer ma copine, j’ai appris à détester la communauté quand elle a ri à gorge déployée derrière mon bonnet d’âne, sans même prendre la peine de faire passer ça pour des sanglots. Et dans la cour de récré, à regarder les filles jouer à la poupée, les garçons jouer à se faire les filles, les gros bras jouer à se taper les gringalets à lunettes, j’ai appris à me détester. J’ai appris à détester le sport et la littérature, les épinards et les filets de colin ; j’ai jamais su prendre mon pied, à renifler ceux des autres dans les vestiaires, à compter ceux des poètes sur les polycopiés. J’avoue, j’ai jamais fait que simuler, mes explications de textes salissaient des pages sans y croire vraiment et je croisais plus d’inconnus dans la rue que dans les équations. Pour l’école ça n’avait aucune valeur, mais pour moi ça n’avait pas de prix. J’ai appris à remplir les fiches de la rentrée comme si de rien n’était, à faire rentrer « décédé » dans chat qui louche maykan alain gagnon francophoniela case « profession » sans que ça dépasse jamais ; j’ai appris à sceller mes larmes sous mes paupières et la grille de l’école en regardant les bons élèves se pendre aux arbres de l’autre côté. Alors qu’on ne s’étonne pas si ce matin je couve une grosse colère. Alors qu’on ne me reproche pas, les soirs de pluie, de la tourner vers l’école même si c’est toi qu’avais promis. J’ai perdu mes rêves dans les couloirs du collège et son acné, comme j’ai fait la paix avec le sport la littérature et ma fièvre d’exister dans tes bras qui m’ont déjà oubliée. On s’était promis de ne jamais se faire payer le prix de l’amour qu’on se portait ; sauf que, pendant que ton valet fait claquer tes deniers pour te réveiller, moi je termine ma nuit, qui n’a jamais commencé, dans un bar mal léché à faire la causette au cendrier d’une jolie blondinette, juste pour me sentir un peu en vie.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

18 novembre 2014

 Nœuds intimes           

Ou la peur du vide, entre deux rives

 Début de soirée, appartement X. Une dépouille git sur le canapé rouge. Pas un bruit.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie C’est le calme qui succède à une journée effrénée. Ou peut-être celui qui précède un orage encore ankylosé…

 Elle se lève péniblement. Se dirige d’un pas lourd vers la salle de bain. Fixe un instant le miroir qui lui fait face, vite détourne le regard. Dégage son visage de son masque fardé. Le plonge entre ses mains mouillées. Puis le relève maladroitement. Et toujours ce miroir qui lui fait face. Ce miroir qui jamais ne la lâche. Ce miroir qui la suit à chacun de ses pas. Elle scrute ce visage qui l’observe odieusement. Ce visage qui lui échappe et qui l’effraie aujourd’hui. Ce visage qui ne lui appartient pas.

 Une larme a coulé. Son pas s’est pressé. Son corps échoué sur cet encore canapé rouge. À travers la fenêtre embuée, le ciel qui s’assombrit semble annoncer le départ du soleil pour d’autres horizons. Un oiseau tombe à terre. Mais, à cet instant, tout cela lui échappe. Elle ne voit plus, n’entend plus, ne sent plus. Elle est partie, ailleurs. Douloureux voyage intérieur. Et son enveloppe corporelle n’est plus qu’œuvre fade fondue en ce canapé rouge. Comme chaque soir, une dépouille ici git.

 C’est un brouhaha inaudible qui écorche ses tympans. Une fourmilière qui grouille dans sa boîte crânienne. Un feu féroce qui la consume de l’intérieur. C’est un cruel poison qui la pénètre par tous les pores. Parce qu’aux fantômes du passé se seront mêlés ces paradoxes qui la broient. Ces pourquoi ces comment auxquels ne subsiste aucun écho. Parce que toutes ces émotions enfouies chaque seconde de cette journée se seront soudain exhibées. Plongée en un mutisme inaccessible, rien de ce chaos n’apparaît. Et si ce que l’on ne peut distinguer n’existait pas en vérité ?

 Et elle, existe-t-elle d’ailleurs ? Qui est-elle dans la réalité ? Quelle est la réalité ? Est-ce ce monde auquel elle s’efforce de s’adapter ? Est-ce ce monde auquel elle tente d’échapper ? On nommera instant Folie – puisqu’il faut nommer – cet instant où plusieurs réalités se confondent sourdement. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds. Elle veut tout, dans l’excès. Qu’importe les paradoxes enfouis, tout lui semble à portée de main, hypersensible assumée. Alors, à nouveau, elle croit en la Vie. Pas celle d’un quotidien insipide, non. La vraie. Celle qui enivre, celle qui fait vibrer. Celle où une passion ardente ne cesse de brûler dans son ventre, la transperce, la transporte en un monde hors de portée. Celle où lucidité peut malgré tout rimer avec légèreté. Elle n’est pas malade, non, elle est juste différente. Ni meilleure ni pire, juste, différente. Mais au premier verre qui grise, succède la bouteille qui brise. Et tout, soudain, lui semble trop abrupt. Hypersensible inadaptée. En un grand écart, elle fléchit. Ses doigts se figent. Ses yeux fixent cette page blanche. Toutes ces pensées effrénées aliénées en un corps à la dérive. Et parce que rien ne saura s’échapper de cette dépouille sclérosée, un tsunami féroce l’emportera, loin, trop loin. Quand un sourire se mêle aux larmes.

 Elle est. N’est plus. Est. N’est plus. Et cette douleur qui s’accentue. Celle que personne ne voit, n’entend. Qui pourtant est. Trop, et plus encore. Parce qu’aucun mot déposé ne sera jamais parvenu à traduire ses maux sauvages. Et si ce sang qui se répand sur le canapé parvenait à faire sortir un peu de cette abjecte douleur ? Et si cette eau de javel savait décaper son intérieur souillé ? Et si ce train, dans un choc, pouvait exhiber son moi défiguré au quidam aveuglé ? La raison s’est éclipsée. Son corps se tord en une douleur infinie. Demain ne sera qu’en ses bras. Ou ne sera pas.

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieParce que cette seule envie qui subsiste, celle d’en crever, est dépossédée par sa seule pensée. Parce qu’à travers son regard, la peur de ce vide n’est plus. Parce qu’il incarne tout ce à quoi elle ne croyait plus. Sa vue se brouille. Un orage éclate. La terre tremble. Le trou noir. Elle se relève. Derrière la fenêtre, les lampadaires déshumanisés ont évincé l’éclat de cette lune oubliée. Son regard se pose sur ce canapé qui lui semble plus rouge que jamais. Rouge sanglant. Elle tend sa main gauche vers son sac à main. Ouvre la fermeture éclaire. Attrape hâtivement un Lysanxia. Demain, tout ça appartiendra au passé. Ses paupières se baissent. Le canapé rouge n’est déjà plus.

Bip-bip, bip. Petit matin, 7h15, heure d’été. Sur le canapé rouge, une dépouille git. Elle ouvre un œil. Puis le second. Se lève péniblement. Se dirige d’un pas lourd vers la salle de bain. Fixe un instant le miroir qui lui fait face, vite détourne le regard. Travestit son visage pour cette nouvelle journée. Toujours ce miroir. Une larme s’échappe. Rimmel coulé. Elle s’élance en ce quotidien digéré.

Même joueur joue encore.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

21 octobre 2014

La même histoire

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieL’histoire a commencé comme ça. Comme toutes ces mêmes histoires. Toutes ces histoires dont ils revendiquent l’unicité, alors qu’elles ne sont jamais que la même. Qui tourne en boucle. Avec ce même refrain, avec ce goût amer de Jamais plus que l’écho étouffera. L’histoire a commencé comme ça – donc – avec ces deux cœurs qui battent un peu trop fort, ces regards qui s’évitent, et puis s’effleurent, se pénètrent, avec ces corps qui se rapprochent un peu trop faux, ces mots qui glissent, piquent, réchauffent enfin.

 Il y avait lui. Il y avait elle. Il y avait eux. Les mêmes, il y a trois ans. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Il était l’homme de sa vie. Elle était la princesse de ses mille et une nuits. Ils faisaient l’amour un peu trop fort. Ils chantaient l’amour un peu trop faux. Et le monde tournait autour de leur nombril. Je t’aime ! L’histoire a commencé comme ça. Avec des shabadabadas. Avec des chamallows, des pommes d’amour et un peu de barbe à papa. Sur un rythme toujours trop mou de Reality de Richard Sanderson. L’histoire a commencé comme ça. En trop. Trop peu, aussi. Avec passion. Avec parcimonie. Avec elle. Avec lui.

 Mais le temps qui passe, le quotidien qui s’installe, les preuves de n’importe quoi qui s’accumulent, éloignent toujours même les plus téméraires des amants. Aimer, un combat de tous les jours. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, il y a deux ans, a exploré d’autres contrées. Plus blondes. Plus minces. Plus rieuses. Plus niaises, aussi. Elle, il y a deux ans, a posé sur son visage des œillères et un masque au large sourire dévoué. Demain, demain encore chantera.

 Mais le temps qui file, le quotidien qui oppresse, les preuves qui alimentent la haine au détriment de l’amour éloignent toujours plus les amants des premiers jours. Aimer, un combat voué à l’échec. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, depuis un an, mène une double vie avec une autre princesse. Une princesse qui grogne un peu moins à cause de ses affaires qui traînent. Une princesse qui jouit de l’attention qu’il daigne encore lui accorder. Une princesse un peu plus légère. Elle, depuis un an, a fait tomber le masque. Et a choisi de faire un pas en arrière, en cette valse à trois temps. Elle est déjà loin lorsqu’il l’imagine encore déjà trop là, juste derrière lui.

 Mais le temps qui galope, le quotidien qui retient, les preuves qui rendent fou avant l’heure éloignent pour toujours les amants d’hier. Aimer, un combat qui n’aura jamais plus de raison d’être. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, aujourd’hui, dort sur le canapé, loin du lit conjugal comme son esprit s’éloigne des rêves conjugaux, dans les bras de l’autre aux yeux bleus océan, à la chevelure blé, et au sourire contagieux. Elle ne ferme même plus le premier œil dans ce lit conjugal aux songes mille fois trop grands, aux songes mort-nés, et rêve éveillée de contrées vastes à souhait. De contrées-paradis. De belles histoires, de contes de fées. Comme avant.

 Comme avant. Il y a trois ans de ça. Quand il y avait encore un lui. Encore une elle. Des shabadabadas, des chamallows, des pommes d’amour, un peu de barbe à papa et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Ces histoires de contes de fées que l’on raconte aux petites filles pour les endormir. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Mais aujourd’hui n’a plus rien de comme avant. Et son prince charmant, lui, s’est tiré depuis longtemps. Sans s’en apercevoir. Elle a pris ses distances depuis longtemps aussi, sans qu’il s’en aperçoive. Pour ne plus souffrir, enfin, de ce manque d’attention. De ce manque de tout. De ce manque de rien. De ce manque de prince charmant. De marmots à tire-larigot. Et ils vécurent heureux et… merde.

 Demain, le monde ira mieux. Lorsque la même histoire cessera enfin de se répéter. Avec ses cœurs quichat qui louche maykan alain gagnon francophonie battent la chamade. Avec ses ils vécurent heureux, avec ses et eurent beaucoup d’enfants. Avec ses shabadabadas, ses chamallows, ses pommes d’amour, ses barbes à papa et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Demain lorsque, enfin, il/elle/eux se réveillera(ont).

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

23 septembre 2014

La fuite

 chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonTu voudrais être partout. Partout, sauf ici. Ici où il y a beaucoup trop de bruit. Ce brouhaha indigeste te pénètre déjà par tous les pores. Des cris. Des insultes. Des menaces. Des hurlements sourds. Et surtout. Surtout. Des silences trop lourds. Et trop criards, aussi.

Petit déjà, tu ne supportais pas les conflits. Aujourd’hui, un peu moins petit, la même scène se déroule inlassablement sous tes yeux. Sans que tu ne puisses jamais en modifier le moindre fragment. À ceci près que ce ne sont plus tes parents qui hurlent, s’empoignent, se cognent dans le grand couloir. Non. C’est vous. Toi et ta femme. Dans l’étroit cagibi. Te voilà planqué sous l’étagère peuplée de boîtes de conserve en tous genres, alors qu’à la porte, de son regard révolver s’échappe une détonation sourde. Pan. Pan ?!

Et tu la distingues, de ton bunker, gesticuler en tous sens. Taper partout. Contre la porte. Contre le mur. Contre le vent. Et tu perçois, au loin, l’écho de bribes de tentatives de communication belliqueuse. Partir. Fatigue. Douleur. Connard, aussi. Qui s’époumone. Se tait. Puis reprend, de plus belle, son chant piquant. Ne réponds pas, surtout !

Non. Tu ne répondras pas. Peut-être même n’es-tu déjà plus là. Si tu as un jour été là, d’ailleurs. Spectateur de ces scènes obscènes. S’ils savaient. Ceux-là qui se succèdent sur ces mêmes planches. Ceux-là qui se succèdent dans le temps. Comme tu aimerais déjà leur jeter les tomates qui pourrissent dans tes poches depuis trop longtemps. Comme tu aimerais les huer, du haut de ton siège en papier mâché. Comme tu aimerais n’avoir jamais été là. Comme tu n’as jamais été là, en réalité. Réalité et rêves se confondent soudain.

Et déjà, tu n’es plus là. Non. Absorbé par un ciel trop lourd et quelques conserves oubliées, tu t’engendreschat qui louche maykan maykan2 alain gagnon nuage, haricot, pluie, maïs, soleil, champignon, tonnerre, épinard, giboulée, petit pois, et cætera. Et déjà, la réalité s’enfuit. Oui. Et sur ceux. Sur celle. Qui crient. Qui crient. Qui s’époumonent dans le grand couloir, l’étroit cagibi. Le ciel grogne. Et l’étagère s’affole. Une ondée. Un ouragan. Un tremblement de terre. Et le monde, pour tous, s’arrêtera un instant quand ils te distingueront, impuissants, sourdre de ce ciel trop lourd, de toutes ces boîtes de conserve entassées sur l’étagère du cagibi.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan maykan2 alain gagnonMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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