Alain Gagnon : Le Chien de Dieu — critique d’Yvon Paré

LE CHIEN DE DIEU – Carnets 2000-2004 – Dans ces carnets, nous suivons à la trace un créateur dans les occurrences que lui présente son quotidien. Alain Gagnon sait tourner et retourner des incidents qui pourraient sembler banals et en tirer une signification qui transcende le moment et le lieu. Et que dire de ses rencontres littéraires ?! Cet écrivain est aussi un grand lecteur : les mots des autres et leurs idées l’enchantent ; il nous les réexplique avec une facilité pédagogique qui nous rend accessible l’inconnu ou le complexe. Une profonde spiritualité se dégage de l’ensemble de sa démarche. Ses réflexions sur la politique et sur l’art révèlent une proximité d’Alain Gagnon avec le divin qui l’habite. Un ouvrage profond, écrit avec simplicité, amitié et, parfois, beaucoup d’humour.

Voici ce qu’en écrivait le critique littéraire Yvon Paré :

Alain Gagnon le voyageur solitaire

Les carnets et le journal, pour un écrivain, s’avèrent un risque. Sa pensée et son vécu deviennent écriture et matière à réflexion. C’est ce qu’ose Alain Gagnon dans « Le chien de Dieu », des carnets écrits entre les années 2000 et 2004.

Cet écrivain solitaire et un peu irascible n’y va pas par quatre chemins. Il met les cartes sur table dès le début.

« Toute ma vie, toute mon écriture, j’ai pisté Dieu sans relâche sous toutes ses formes, toutes ses apparences, dans l’espoir de découvrir le Dieu sans nom. C’est ce que révèlent de moi à moi ce journal, et plusieurs  des autres ouvrages que j’ai écrits »,  explique-t-il dans son « Avant-propos ».

On pourrait parler de conscience qui échappe à la matière et au temps ; d’un souffle qui pousse l’espèce humaine vers une forme d’accomplissement.

« La personne est un ostensoir. De vil métal, mais en transmutation constante. Un pont entre deux conditions d’existence, pour paraphraser Nietzsche. » (p. 58)

L’auteur de « Sud » et de « Thomas K » ne peut oublier la société et les événements qui font les manchettes, s’indigne devant un appareil étatique de plus en plus interventionniste, le « totalitarisme soft ».

Le fleuve

L’écrivain devenu éditeur avoue un amour quasi physique pour le fleuve Saint-Laurent et ne manque aucune occasion de se rendre à Notre-Dame-du-Portage, son lieu de prédilection pour des séjours plus ou moins prolongés.

« L’eau salée est une drogue, une toxicomanie insidieuse et indéracinable. Je fréquente de façon assidue l’Estuaire et le Golfe que depuis le milieu des années 1980. Sur le champ, l’eau douce a perdu pour moi tout attrait. Je lui reproche l’absence de ces odeurs iodées – si près de la cyprine. L’absence de marées qui, jour après jour, ramènent et retirent des trésors. L’absence de ces oiseaux plongeurs, nombreux et criards, de ces phoques et baleines blanches, de ces larges varechs qui dans la houle ondulent… » (p. 16)

Questions

Alain Gagnon s’attarde surtout à ses lectures, aux penseurs qui le nourrissent depuis toujours, ces questionneurs de l’être. Plutôt éclectique, il aime fréquenter des penseurs qui ont marqué leur temps et leur époque, s’attarder auprès de peintres qui bousculent les concepts du réel. Il rôde autour de Marc Aurèle, Heidegger, Borges, Caton, Plutarque, Hegel et Montaigne. La liste est longue.

« L’Être ne se définit pas, il préoccupe ; il est celui qu’on interroge. Et les voies les plus sûres demeurent la musique et la poésie. Le roman et la peinture sont encore trop chargés de l’étant, de ce qui provient de l‘Être, mais n’est pas lui, du contingent. Héraclite, Hegel et Heidegger ont le mieux parlé de l’Être, de ce qu’il représente – à la fois innommable et engendrant ces tentations / tentatives de le nommer qu’on appelle arts. » (p. 289)

Il lit avec attention des écrivains québécois souvent oubliés du XIXe siècle, Arthur Buies, Louis Fréchette, Faucher de Saint-Maurice et Henriette Dessaules.

« Plus je connais la prose de notre dix-neuvième, plus j’enrage de lire et d’entendre ces professeurs qui font coïncider la naissance de notre littérature avec celle de la Révolution tranquille. J’écris bien prose. La poésie de cette même époque, j’ai déjà eu l’occasion de dire ce que j’en pense : en bref, elle fait dur ! » (p. 126)

Étonnant

L’écrivain prolifique s’attarde peu à ses propres livres, tout comme aux obligations de son métier qui le font ronchonner. Il tient aussi des propos sur ses collègues qui peuvent étonner.

« Je pourrais le paraphraser et écrire : « Longtemps, j’ai détesté les écrivains… » Et je les déteste encore ? Moins qu’avant. Je les ai haïs à vouloir les faire bouillir (lorsqu’Ils sont en groupe), jusqu’à ce que je comprenne : ils n’ont rien à dire et ils possèdent de gros ego, donc ils énoncent n’importe quoi, pour l’esbroufe, ou ils cassent du sucre sur le dos des collègues absents et celui des éditeurs – race honnie entre toutes ! » (p. 281)

« Le chien de Dieu » révèle un travailleur infatigable, un écrivain un peu secret, toujours en quête de vérités qui ne fait pas de compromis. Un périple où nous découvrons l’homme dans ses hésitations et ses faiblesses. Il faut une belle générosité pour se livrer à un tel exercice.

Yvon Paré, Le Progrès-Dimanche

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