Nuageux et frais, des fictions fantastiques d’Alain Gagnon…

1 juin 2017

Disponible dès maintenant à cette adresse : http://urlz.fr/5lIk

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Attention !  GRATUIT les 1 et 2 juin !

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Huit textes, huit fictions que relient la géographie, les trames fantastiques et le clavier du narrateur.

Le préambule ci-dessous décrit assez bien la démarche de l’auteur. Ses racines sourdent d’un territoire acculé au Nord profond. Sur un triangle étroit, entre les rivières Louve et Calouna, entre les boisés, les champs, les villes de taille moyenne et la forêt, vivent des personnages qui ont tous une histoire insolite à raconter. L’écrivain en profite pour brosser les paysages et livrer les rêves de la psyché collective des lieux, qui le hantent depuis l’enfance. (268 pages)

Préambule : Entre les rivières Louve et Calouna s’étend mon pays, l’Euxémie, où s’entremêlent ombres et lumières. En automne y progresse le noir, en automne y progresse la nuit. Le brumeux et le flou augmentent ; le mystérieux et l’insolite sourdent des sous-sols et des sous-bois, et se montrent au soleil rare des jours gris.  

Même si les heures lumineuses se tassent, si le royaume de l’obscur s’étend, il serait abusif de croire qu’il en résulte pour l’esprit affaiblissement et engourdissement. Des ténèbres jaillit le clair ; et le regard inversé de l’humain peut profiter des jours sombres pour s’adonner à l’introspection, puiser en lui-même des intuitions fulgurantes ou quiètes qui lui ouvriront sur le réel des portes qu’il croyait jusque-là inexistantes.

Les récits que l’on tire de cet état d’esprit ont ce côté orbiculaire – in-finalisé – de plusieurs légendes innues ou inuites. Le plafonnier n’éclaire pas tous les recoins de la pièce. Les solutions totales des Maigret et des Sherlock Holmes en sont absentes. La magie du clair-obscur survit à la dernière ligne du texte. Le règne du non-dit et de l’indicible perdure, sans faste, mais assurément. 

J’ai demandé aux gens de l’Euxémie des histoires. Vraies ou fausses, il m’importe peu. Chacune contient sa part de fiction et de vérité. Je les ai toutes récrites. Pour le style ? Pas tellement. Surtout pour gauchir un peu le fictionnel lorsqu’il s’éloignait trop du réel accepté ; redresser un peu le vérisme lorsqu’il s’écartait trop de l’imaginaire, et donner ainsi un semblant de cohérence au tout. 

Tables des matières :

Préambule

Un gars de la marine

La Dame du Parc

IOU ou Les cheveux d’Érika

Tricksters — ou Le motel de la Mémoire

Nuageux et frais

Morrigan

Suicide magyar (Gloomy Sunday)

Mannegish ou Le récit de Tasha Bonte

 PS : Certains récits sont déjà parus séparément sur Amazon avant d’être colligés dans ce recueil. Ils n’y sont plus disponibles.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2.


 

 


Chroniques de l’Ombre, une nouvelle parution d’Alain Gagnon

26 mai 2017

 

En ligne… : http://urlz.fr/5ghe

ATTENTION !  Gratuit les 27 et 28 mai

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 Topophilie : l’amour des lieux. Les écrivains qui se vouent au fantastique sont en général de grands amoureux de lieux très précis. Je me suis souvent demandé si la cosmogonie et les intrigues parfois alambiquées de Lovecraft n’étaient pas, chez lui, simples prétextes à arpenter les paysages écartés de la Nouvelle-Angleterre. Il décrit les gorges obscures, les torrents dévaleurs d’à-pic, les chemins ombrés et les vielles fermes au toit défoncé, avec un tel luxe de détails, une telle insistance, que l’on peut se demander si la poésie des lieux perdus de l’hinterland n’est pas son motif inavoué — un poète qui s’obligerait à faire de la prose pour rejoindre des lecteurs). Même phénomène chez Jean Ray. Dans des décors différents, plus urbains, ou alors franchement maritimes. Ray se complaisait dans la description de rues anciennes, de vieilles demeures, de ces tavernes rances où matelots et voyageurs viennent s’emplir et déverser leur trop-plein depuis des siècles.

En toute franchise, je crois avoir écrit La langue des Abeilles, Le ruban de la Louve, Le truc de l’oncle Henry, Kassauan et ces Chroniques de l’Ombre pour me promener, par l’imaginaire, dans mes paysages premiers.

Photo de la page couverture : Clémence Tombereau.

Saint-Euxème : ville médio-nordique — 27 842 habitants ; chef-lieu de l’Euxémie : région qui englobe Saint-Euxème et ses environs — 78 547 habitants. Qui dévoilera, sans rien en occulter, tous leurs secrets ? Et les Euxémois me pardonneront-ils un jour d’avoir exposé la complexité de leurs alentours qui, plus qu’ailleurs, ne sont que décors, dissimulant davantage le réel qu’ils ne le divulguent ? D’avoir brouillé la paix et la discrétion de leurs vies de mortels, qui s’écoulent entre les lenteurs muettes des rivières Louve et Calouna ?
Car, en Euxémie, sachez-le, on parle beaucoup — et on parle peu. En ce lieu, on parle météo. On évite de parler de soi. On écoute des histoires. On se raconte des histoires, et on répète les histoires qui parlent de soi, tout en n’en parlant pas. J’en ai cueilli. Surtout lorsque l’automne s’installe. Dans les lieux où l’on boit, dans les lieux où l’on se rassemble pour jaspiner. Discrètement, il va sans dire. De façon à ne mettre en fuite ni les acteurs ni les narrateurs à qui nous devons ces récits et bien d’autres.

Table des matières
Avant-propos
Le dévot d’Is
Barbershop Quartet
Édouard Le-Danubien
Le delta
La grippe
Sig

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).


Le ruban de la Louve, une réédition d’Alain Gagnon…

9 avril 2017

Des fictions fantastiques dans un univers qui est celui de notre quotidien…

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Gratuit du 9 au 13 avril : http://urlz.fr/55DH

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Voici ce qu’en écrit Madame Pascale Navarro…

Cet écrivain, à l’œuvre depuis les années 70, est un excellent conteur. À preuve, ce vingt-deuxième ouvrage, recueil de récits, de « fantasmagories voluptueuses et froides », selon la présentation de l’auteur.

[…] Alain Gagnon situe ses histoires dans la campagne, dans les villes et les villages, et dans la nature sauvage, comme elle sait l’être loin des grands centres, et comme l’est aussi celle de l’humain, quand il sort de ses gonds.

Au contact de coups durs, d’épreuves difficiles, les personnages de ces fantasmagories (que Gagnon, dans son texte d’introduction, nous invite à « chevaucher ») découvrent tous ce gouffre, leur imaginaire, venu à la rescousse pour leur épargner la souffrance. Est-ce la présence étouffante de la religion qui a laissé dans l’imaginaire québécois cette sensibilité à la croyance? Ou simplement le plaisir du frisson et du mystère? Toujours est-il que les légendes ont la couenne dure, et que, même avec les années, elles durent toujours. Elles sont la trame, discrète mais prégnante, de ces sept nouvelles.

Entre la Louve et la Calouna, deux rivières qui se rejoignent, tour à tour tumultueuses et calmes, bien sûr, vivent des hommes et des femmes. Charley Chaw-Chaw (qui donne son titre au récit), un marginal, vit, lui, sur la terre de son patron et ami Brice Lalande, un riche entrepreneur (que l’on verra dans une autre nouvelle, petit enfant, touchant). « Même quand les Lalande offraient des garden parties pour la haute, Charley montait, se faufilait jusqu’au bar et buffet, entre les smokings et les robes à falbalas. Il s’empiffrait de petits fours et buvait d’un trait ces coupes de vin qu’il jugeait minuscules et qu’il avait dédaigneusement surnommées des ‘dés à coudre’. » Mais un beau soir, Charley entend des voix, et a la berlue. « La mélopée se précise. Sa source se rapproche. Les syllabes d’une langue inconnue se détachent clairement. Chaw-Chaw est de plus en plus troublé. »

Il faut voir combien son ami Brice sera peiné de constater le triste (mais étonnant!) destin de son vieux copain.

Ailleurs dans le recueil, c’est une tempête de neige qui finit en catastrophe. Dans Naufrageurs pour l’éternité, le narrateur se retrouve coincé dans une auberge maudite, au bord d’un lac. « Aucune navigation sérieuse ne parcourait ce lac: des embarcations de touristes et de pêcheurs locaux au printemps et, en saison estivale, les remorqueurs de pitoune de la Price Bros. Ni phares, ni bourgots, ni criards. Perplexe, je scrutais l’obscurité lorsque des voiles rectangulaires, qu’éclairaient des fanaux, se dessinèrent contre la nuit. Une coque de bois, gigantesque, ouvrait les vagues et fonçait vers la rive – vers les phares de l’auto. » L’automobiliste aura des surprises, lui qui croyait les vieilles légendes enterrées…

Le livre de Gagnon est peuplé de ces gens ordinaires, à qui il arrive des aventures hors du commun. Des amours contrariées (Naz et Rosebud), un sabotage commis par une infirmière allemande (Amour et guerre le long de la Calouna), une jeune fille trouvée morte dans une rivière (Le Ruban de la louve): l’adversité règne dans l’univers d’Alain Gagnon. Et quoi de mieux qu’une nature animée, vivante, vibrante, pour venir épouvanter les mortels?

Si les monstres et créatures des contes fantastiques peuplent les pages du recueil, l’auteur n’insiste jamais sur le folklore; certains éléments, une noirceur, un climat de tension, quelques allusions, mais jamais rien d’appuyé ne vient alourdir le style de Gagnon. Une belle réussite, et un auteur à découvrir, si ce n’est déjà fait. (Éd. Lanctôt, 69 p.)  Extrait du Journal Voir.

 Table des matières

En guise d’introduction…

Charley Chaw-Chaw

Aude et Manu

Amour et guerre le long de la Calouna

Naz et Rosebud

Le ruban de la Louve

Naufrageurs pour l’éternité

Les cœurs de bœuf

En ligne… http://urlz.fr/55DH

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L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K(Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Blues de novembre, une parution d’Alain Gagnon, aux Éditions de la Taverne bleue…

12 janvier 2017

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Ironie et tendresse se côtoient dans ces tragédies des humbles.
Des personnages colorés du Québec profond et urbain s’y pressent : un maire de la Côte-Nord hérite d’un iceberg, deux baby-boomers s’autodétruisent fascinés par leur vide intérieur, un politicien idéaliste devient en douceur véreux, un artiste du Plateau se perd dans les rôles qu’il endosse… (186 pages)
Sophie Pouliot écrivait dans La Presse : […] les récits réunis sous le titre de [Blues de novembre] sont empreints de considérations politiques, sociales et humaines dont fait trop rarement état la littérature de fiction. Et ce n’est là qu’un des mérites que possède l’ouvrage d’Alain Gagnon. Les thèmes abordés dans ce recueil sont multiples, mais les méandres de la psyché humaine y trouvent certes une place de choix. Seront décrits les visions du monde d’un enfant autiste et d’un schizophrène, les comportements d’un individu drogué par ingestion abusive de comprimés variés, d’un autre forcé par autrui à recourir à la médication pour cause de rire excessif, d’une victime de l’alzheimer, d’un artiste, enfin, qui croit n’avoir aucune identité à force d’emprunter celle des autres en les imitant. Le tout est livré avec beaucoup de finesse […].
S’il faut nommer une autre ligne directrice orientant ces nouvelles, mentionnons que quelques-unes d’entre elles dénoncent l’hypocrisie arriviste et l’incohérence existant entre les propos, les idées et les agissements des décideurs ou des militants, quelque noble que soit la cause qu’ils affirment défendre. Par exemple, dans Népé ou l’enterrement de première classe, le maire d’une petite ville mène une lutte acharnée afin que l’on cesse de vider la région de ses matières premières sans que celle-ci jouisse des fruits de leur transformation. Or ce preux maire battra en retraite lorsqu’il se sera senti aimablement méprisé par les véritables détenteurs du pouvoir ; rien à voir avec la gloire modeste, mais constante, associée à la mairie municipale.
Bref, ce dernier ouvrage d’Alain Gagnon ne manque pas d’intérêt. Puisque l’auteur s’est donné le mandat, à travers ses fables, de transmettre quelques opinions quant à différents sujets, on s’étonne moins des commentaires acerbes formulés à propos, notamment, de l’UNEQ, du NPD et des acheteurs de nouvelles antiquités usinées censées rappeler le terroir. Quant aux véritables prises de position à l’égard de la discrimination dont sont victimes les personnes pauvres, de la surmédication, du conformisme à tout prix et d’autres attitudes modernes discutables, elles savent éviter le piège du moralisme grossier. Si les histoires contenues dans ce recueil sont intéressantes, en plus de soulever des questionnements éthiques et de véhiculer des critiques sociales pertinentes, elles sont aussi superbement écrites. Le vocabulaire recherché d’Alain Gagnon ainsi que les images tantôt colorées, tantôt évocatrices que suggèrent ses phrases, assurent un surcroît de plaisir aux lecteurs. « J’y glisse avec l’aisance d’un habitué qui sait trouver confort, respect et whisky à l’autre extrémité de ce voyage initiatique pour Ulysse fessu. » Un ouvrage plein de grâce, mais surtout plein d’esprit.

En ligne et gratuit pour un temps… http://urlz.fr/4D9V

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Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux 540594_10200289910595127_1923733218_nde mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).


Les loups, une nouvelle de Dany Tremblay…

13 avril 2015

Les loupschat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Chaque matin, Jonas passe devant la butte du loup. C’est comme ça qu’il l’appelle. Plusieurs semaines qu’il y voit la bête, sa silhouette se découpe à l’horizon. Tous deux s’observent jusqu’à ce que le soleil monte en altitude, que la bête lui tourne le dos et s’enfonce dans les bois.

Leur première rencontre a eu lieu au village. Jonas achevait sa tournée de journaux, le loup se tenait au bout de sa rue. Il a d’abord cru que c’était un grand chien. La bête le fixait de ses yeux jaunes. À force de la détailler, il a douté, ce n’était peut-être pas un chien après tout. Son grand-père lui avait parlé des bêtes sauvages. Dans son temps, disait-il, les ours n’attaquaient pas les hommes. Son grand-père prétendait que les humains bafouaient la nature et qu’un jour, ils paieraient pour ça. Jonas l’écoutait les yeux ronds.

Quand même ! Un loup dans son village ! Au bout de sa rue !

Face à la bête aux yeux jaunes, Jonas avait baissé le regard, fixé un point au bord du chemin, gonflé le poitrail pour paraître imposant. Il s’était éloigné avec lenteur. À reculons. Hors de vue, il avait couru, était entré en coup de vent. Sa mère avait crié de ne pas claquer la porte. Dans la cuisine, son père déjeunait. Il était passé sans rien dire, pâle comme s’il avait vu un mort, encore à se demander si c’était un chien ou un loup. Il y avait pensé toute la journée et le soir avait eu du mal à s’endormir. Le lendemain, il avait livré ses journaux la peur au ventre, se retournant tous les dix pieds.

Ensuite, sept jours ont passé sans qu’il rencontre la bête. Il a cru que, chien ou loup, elle était maintenant loin. À l’aube du huitième jour, au détour d’une rue, il l’a revue. Debout, elle le fixait. Jonas s’est illico transformé en statue. Après un moment, le loup a baissé les yeux, lui a tourné le dos, est disparu. De retour chez lui, il a cherché des photos de loups sur son ordinateur, les a examinées durant des heures.

Un loup ! Il avait rencontré un loup ! En plein village ! Deux fois !

Les jours d’après, plus de trace de la bête. Une autre fois, il a pensé qu’il ne la reverrait plus. Il se trompait. Un matin, sur la fin de sa tournée, elle se tenait sur la butte. Le soir, il a placé dans son sac à journaux une barre de fer, au cas, et décidé de ne parler de cette histoire à personne. On rirait de lui. Déjà qu’à l’école on le surnommait « Jonas dans la baleine ».

Depuis, il l’aperçoit sur la butte chaque matin. Mai et juin ont passé, juillet est entamé, au total, quatre-vingts matins qu’ils se rencontrent. Jonas marque chaque fois d’un trait le calendrier à la tête de son lit. Un après-midi, il calcule qu’il lui faudrait vingt minutes pour monter sur la butte. L’envie d’y aller le tourmente. Si la bête lui avait voulu du mal, elle lui serait tombée dessus depuis longtemps. Après quelques hésitations, il abandonne sa place sur la galerie. En chemin, il s’immobilise pour écouter les bruits. Ne lui proviennent que ceux des automobiles, de l’autre côté des arbres. Il a autrefois emprunté ce sentier avec son père, il se souvient du chant incessant des oiseaux. Pour l’instant, c’est le silence.

Au sommet de la butte, il a le souffle court. La peur, l’excitation d’avoir désobéi à son père, aussi parce qu’il a couru les derniers mètres. Il regarde au-delà où le bois s’épaissit. Il scrute la forêt d’épinettes, se répète qu’il est fou alors que ses pieds foulent le sol de mousse. Puis il les découvre. Plusieurs loups assis ou couchés au pied des arbres. À le fixer. Il avale de travers, recule d’un pas. L’une des bêtes se lève. Il maudit son audace. Elle lui semble immense. Elle va bondir, c’est une certitude. Il ferme les yeux, attend, rien ne se passe. Lorsqu’il les ouvre à nouveau, le loup aux yeux jaunes est là, fait mur entre lui et les autres. Il en profite pour dévaler jusque chez lui où il s’enferme dans sa chambre, le cœur battant, les jambes en flanelle.

Le lendemain, le loup est à sa place sur la butte. Jonas, qui n’a pas dormi, lui envoie un signe de tête. La bête l’a sauvé. Il est tenté d’en parler à son père. La crainte d’être puni le retient.

Quelques jours plus tard, il lit dans le journal qu’un loup a attaqué un cycliste. Désormais, s’il en parle, on le croira, c’est certain. D’autant que l’incident s’est produit près de la butte. C’est au milieu du repas du soir qu’il se décide et déclare que chaque matin il voit un loup. Il avoue aussi être allé au-delà de la limite permise, constaté qu’ils étaient plusieurs. L’un d’eux s’apprêtait à l’attaquer et celui aux yeux jaunes l’a protégé. Un interminable silence suit sa confession. Sa sœur sourit. Sa mère secoue la tête. Son père se dit que son gars ne manque pas d’imagination. Il lui rappelle l’interdiction pour les escapades du côté de la butte, du danger de se perdre en forêt. Il passera l’éponge pour cette fois, dit-il, mais lui intime de cesser de raconter ces histoires abracadabrantes.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes jours d’après, plus de loup, comme si la bête a deviné que Jonas avait parlé, rompu un pacte secret. Il continue de livrer les journaux, de surveiller chaque bout de rue, la butte. La bête demeure invisible. L’envie de retourner voir le tenaille. Un après-midi, c’est plus fort que lui, il emprunte à nouveau le sentier qui mène au sommet. C’est l’automne, le sol couvert de branches craque sous ses pas. Il n’a pas long à parcourir avant de les trouver. Des dizaines de loups. La grande bête s’y trouve aussi. On jurerait qu’elle l’attendait. Elle le fixe de ses yeux jaunes. Les autres derrière ne bougent pas. Ils sont ici pour rester, songe Jonas. Ils sont venus reprendre leur dû. Son grand-père l’avait prévenu. Malgré leur nombre, il est surpris de ne pas avoir peur. Pas autant qu’il l’aurait cru en tout cas. Il ne s’explique pas comment cela est possible, il croit entendre le loup dans sa tête, se dit qu’il devient fou.

Il rentre de son escapade désorienté. Personne ne le croira. Une pareille meute ! Sans qu’on l’ait attaqué ! Il ne doit pas parler de cela. S’il raconte que la bête a communiqué avec lui, on l’enfermera.

L’automne s’achève. Chaque matin, Jonas scrute la butte où la bête n’est jamais réapparue. Le soir, il sort sur la véranda, étudie l’horizon. Il lui semble que des milliers de yeux luisent dans le noir, regardent vers le village. Il se répète que ce sont des lucioles. Ses nuits sont agitées, peuplées de cauchemars. Il pense à eux sans cesse, a fini par parler d’eux à l’école, s’est aussi échappé à la maison. Il les a vus, il le jure. Ils sont des dizaines, des centaines même ! Un soir, après le souper, il sort une carte, l’étend sur la table. Regarde, dit-il à son père, autour de nous, c’est la forêt à perte de vue. On va être isolé du monde, papa. Ils vont nous encercler. Son père fronce les sourcils. Plus tard, il entend ses parents qui discutent. Au matin, sa mère le conduit chez le médecin. Jonas lui raconte son histoire de grand loup aux yeux jaunes. Le médecin conclut que la mésaventure du cycliste et les histoires du grand-père lui ont farci l’imagination. Il explique à Jonas que s’il persiste à raconter des choses pareilles, on doutera de sa raison et que… Jonas l’écoute les yeux ronds, aussi ronds que lorsqu’il écoutait les histoires de son grand-père. Il se promet de ne plus parler des loups.

Maintenant, il dort de moins en moins et les observe. Leurs yeux brillent dans le noir. D’une nuit à l’autre, ils sont plus nombreux.

Il ne fréquente plus l’école. Il livre ses journaux, passe le reste du temps dans sa chambre, à la fenêtre.

Il n’a pas peur, la bête aux yeux jaunes est là pour veiller sur lui, il en est certain.

L’hiver est proche.

C’est pour bientôt. Il le sait.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le ruban de la Louve d’Alain Gagnon en édition numérique….

24 avril 2014

Ce recueil, qui contient sept nouvelles, a paru antérieurement chez Lanctôt Éditeur.  C’est à un prix plus que modique que les Éditions de la Taverne Bleue l’offre aujourd’hui en version numérique chez Amazon.ca.  Vous pouvez l’acquérir en suivant ce lien.

En guise de présentation : 
ruban de la louveEntre les rivières Louve et Calouna s’étend un pays planche que traverse la Bleue. Les montagnes l’enserrent. Les glaises, que découpent ces rivières, sont généreuses. Les salaires des scieries et des papetières y engraissent les marchands, et l’opinion veut que les villes y soient proprettes, le visage de leurs habitants affable. Et pourtant… Et pourtant les ténèbres y prélèvent leur dû. Les grimaces de l’ombre se faufilent entre les pins sur les crans, planent avec le glas au-dessus des mares et des joncs en novembre. Des formes cauchemardesques se glissent des forêts profondes vers les rangs et les chemins de traverse. 
La sérénité n’appartient qu’au jour. Elle n’est évidente qu’à l’œil furtif de l’étranger. Le voyageur ignorera toujours l’inavouable, le mystère et l’incongru que les murs laiteux des étables, les quartiers à bungalows des villes et les églises massives des villages tentent d’occulter en vain par ces nuits de lunes noires et par ces nuits où la lune tremblote, goutte de lait entre les aiguilles rêches des cyprès. 
Entrez donc en ce royaume, où la peur fait parfois pâlir les étoiles. Chevauchez ces fantasmagories voluptueuses et froides qu’enfantent, au crépuscule, les houles mates du Grand Lac.

Critiques :

Voici ce qu’en disait Pascale Navarro :

https://maykan.wordpress.com/critiques/pascale-navarro-critique-le-ruban-de-la-louve/

 L’auteur…

  • Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

    (Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Ma page littéraire, par Dominique Blondeau…

16 novembre 2013

La vie en noir *** 1/2

Notre plaisir chaque matin : lire les nouvelles internationales.  Il est impensable d’être coupémartinelatulippe des tracas du monde moderne pour écrire, composer, peindre.  L’œuvre, quelle qu’elle soit, se doit de considérer l’état fragilisé de certains pays.  Il serait indécent de passer outre, ceux et celles qui s’en dispensent rétrécissent leur champ de vision artistique, d’où le peu d’intérêt qu’on porte à toute création anecdotique.  On a lu le recueil de nouvelles de Martine Latulippe, Les faits divers n’existent pas.
Vingt et un textes brefs hantent des univers ordinaires.  Le décor en est la ville de Québec.  Hôtels, maisons, bars, rues, avenues servent d’exutoires à des protagonistes enclins à dépeindre leur mal-être, puis à se perdre.  Ils sont de tous âges, hommes et femmes.  Seuls, toujours seuls, quand le pire les interpelle.  Nous ne pouvons rien pour eux, nous sommes des témoins impuissants.  Nous constatons le poids des malheurs, ceux dont personne ne parle, des faits divers, comme, à l’inverse, nous ressentons une joie incontrôlable face au soleil après l’orage.  À qui confier cette vertigineuse sensation ?  À qui relater la mélancolie dépressive d’une jeune femme qui, ne pouvant plus supporter la souffrance de ses semblables, met un terme définitif à son existence ?  Que narrer de la fatigue émotionnelle d’un adolescent qui n’a jamais connu le confort douillet d’une maison familiale ?  Pénétrant dans l’une d’elles par effraction, il se laissera emporter dans un rêve duquel il sera brutalement rejeté.  La maison blonde.  La blondeur n’est-elle pas synonyme de miel, de son velouté sucré sur la langue, dans la gorge ?  Lors d’une rencontre fortuite, lui et elle assouvissent leur attirance sexuelle dans un hôtel minable.  Au matin, elle s’éveille, lui n’est plus là.  De rage, de dépit, elle part, ne voyant personne dans la rue, surtout pas lui qui revient, les mains tenant « deux cafés, un sac de croissants ».  Un malentendu qui invite à une morne solitude, à une prochaine rencontre décevante.  Feuilletant une revue pornographique, un homme croit reconnaître la photo d’une fille qu’il aime secrètement.  Quand il l’aperçoit, les « bras pleins, avec des sacs en papier », il se fige « en plein centre de la rue. » La circulation est dense.  Autre malentendu, mortel celui-là.  Un vieil homme, las de vivre, jugeant que la société ne veut plus de lui, décide d’en finir.  Mais comment l’annoncer à Marie, sa compagne depuis tant d’années ?  Son seul désir : revoir le camp où, entre six et douze ans, il était venu passer plusieurs semaines, y avait rencontré Marie.  Exauçant son vœu, il ne s’attend pas à ce qu’une part de sa jeunesse le rattrape.  Le reflet de ce qu’il a été lui ouvre les yeux sur la beauté du monde…  La tombe attend, semble vouloir interrompre la vie d’une vieille femme qui souffre inutilement.  Un dernier lever de paupières amoureux sur celui qui accomplira le geste définitif.  Une fille laide attend l’homme qui lui a promis de venir chez elle, un vendredi, à vingt heures trente.  Elle imagine, clairvoyante, ce qu’elle fera durant son absence.  Des odeurs de croissants au four, l’arôme du café noir l’étourdissent.  Elle essaie de dissimuler sa laideur sous un maquillage, y renonce.  L’heure avançant, l’homme ne venant pas, elle habite à nouveau sa laideur.

Une femme assassinée sans raison chez elle.  Une autre, désenchantée de ses soirées trop tranquilles avec un mari téléphile, se réfugie dans un bar miteux.  Un homme dort, sa compagne se lève, prend un bain.  Un bruit extérieur l’inquiète, la porte est-elle bien fermée ?  Une femme marche des heures et des heures dans la ville « engourdie », nous nous interrogeons sur son extrême lassitude.  En quelques souvenirs imagés, elle nous instruit de l’immensité de sa peine.  Sur les plaines d’Abraham, une femme a marché avec son ancien amant.  Côte à côte, sans se toucher.  Elle est laide, personne ne le lui a dit, mais elle le sait.  Pourtant, « la laideur n’empêche pas de rêver. » Il fait froid, ils se sont assis sur un banc.  Au bout d’un moment, il part, elle, ne fait rien pour le retenir.  Elle en est effrayée.  Continue à marcher.  Une jeune femme envisage de rompre avec son amant indifférent.  Un caïd.  Ce qui n’est pas simple.  Elle a tout fait pour le séduire.  Elle est « d’un milieu où une fille ne plaque pas.  La gang ne le [lui] pardonnerait jamais.  […] » Cependant, un événement opportun l’ancrera davantage dans sa décision de le tuer.
Plus nous avançons à l’intérieur des récits, plus la solitude émerge, mine les personnages qui se laissent prendre à son pouvoir.  Aucun d’eux ne vit par procuration, chacun assume une situation désespérée, une porte de sortie leur étant interdite.  Nouvelles qui frappent par leur réalisme sans accéder au sordide.  Une fatalité assiégeante.  La nécessité de ne pas entraver des périls indubitables.  Bien sûr, la peur époumone, la peur obnubile.  Impossible de se défendre, à quoi bon ?  Autant se laisser porter par une vague déferlante, enfin libératrice, même si elle est mortelle.
Si ces vingt et une nouvelles composent un recueil « noble », comme l’atteste la quatrième de couverture, et même si on n’a pas bien saisi l’allusion, on a savouré ces courts textes avec enchantement ; ils nous ont fascinée.  Martine Latulippe pratique avec intelligence et un talent consommé l’art de la nouvelle, telle qu’on la conçoit.  Brièveté de la phrase.  Précision du vocable.  L’effet est saisissant de vérisme, criant d’une lucidité noire, quelques nuances grises adoucissant la condition inexorable d’êtres rudoyés par des aléas inconsidérés.

On rappelle que Martine Latulippe est une écrivaine de littérature jeunesse.  Une quarantaine de romans souvent primés à son actif.  Certaines nouvelles publiées de ce recueil ont déjà paru dans plusieurs revues littéraires.

Les faits divers n’existent pas, Martine Latulippe, Éditions Druide, Montréal, 2013, 143 pages

Notes bibliographiques

Installée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu. Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire :  (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


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