La voie de je, un texte de Jean-Marc Ouellet

30 avril 2017

La voie de jealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

La paix n’existe pas dans ma tête. Mes jours fuient en de vaines frénésies. Parfois, pourtant, je me sens presque heureux. Paisible, je crois toucher l’éternité. Mirage ? Aveugle depuis la naissance, je ne vois qu’un rai de l’univers.

Car l’Infini veille au-delà de moi, un temps, un espace, inaccessibles à mes sens ridicules. Moi, je ne vois rien, je n’entends rien, je ne sens rien. Ce que je touche n’est qu’un agglomérat de matière auquel je me convaincs de la forme, de la texture et de la froideur. Des particules agencées pour le théâtre de nos existences d’humains. Ainsi, mon labrador entend des sons, flaire des parfums, éprouve bien davantage que ce qu’il m’est permis de percevoir. Des sons, des parfums, des mondes peut-être, qui existent, mais ma surdité, ma cécité et cie m’en refuse l’accès, ne me laissent que l’acide et les ténèbres d’un monde en sursis. Notre monde. Parce que je ne le ressens pas, je nie l’existence de ce qui m’est refusé. Dans mes meilleurs moments, je me laisse porter par la beauté, seule porte vers la quiétude. Mais le plus souvent, le temps fuit hors de moi, et je cherche, cherche encore, le pourquoi. Le soleil fade des jours corrompus ne suffit plus. Je poursuis le temps et ses réponses. Et je crie sous les étoiles. J’endigue cet univers sublime qui, timide, discret, insaisissable, mais bienveillant, me laisse me perdre. Ainsi, je ne vois que la haine, l’égoïsme et la guerre. Je cours, je cours, le merveilleux m’interpelle, mais mon corps, soumis aux lois de ce monde, abdique avec lâcheté. Je suis sourd et aveugle.

C’est assez !

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecUn jour, j’aspirerai à la pureté originelle. Je me demanderai pourquoi cet univers m’échappe depuis si longtemps. Je m’inclinerai devant l’évidence, à mon appartenance à un macrocosme hors de moi, hors de ce monde agité, et là seulement, je verrai et j’entendrai. Là seulement, je serai vraiment. Mon esprit s’abreuvera enfin à la source du merveilleux. Je serai je avec l’Infini, et d’une main sur l’épaule, d’un sourire ou d’un regard tendre, ce je s’unira à d’autres je, puis à tous les je, les Je s’entraîneront les uns les autres, et cette communion bâtira le Nous dans l’Impénétrable. Alors seulement, le ils ne sera plus, et ce Nous vaincra la haine, écrasera l’égoïsme et pulvérisera la guerre. Nous verra enfin le soleil et les étoiles, Nous sifflera avec le vent, et Nous nous propulsera dans le triomphe de l’Infini.

© Jean-Marc Ouellet 2017

Notice biographique

chat qui louche maykan francophonie

Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’orage dans ma tête, un texte de Jean-Marc Ouellet…

2 avril 2017

L’orage dans ma tête

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMon souffle s’étrangle, mon cœur s’accélère. J’ai chaud. Ma tête ? Je ne sais trop. Tant de chimies y fusent. Je sens presque l’adrénaline et la noradrénaline gicler de mes surrénales. La tempête s’amène. La colère.

C’est dans mes gènes. C’était comme ça chez l’homme des cavernes. Une réaction innée du corps pour combattre, ou pour fuir, face au danger ou à la menace. Pour survivre. L’hypothalamus s’emballe, stimule les cellules nerveuses. L’amygdale − pas celle de la gorge, mais bien celle du cerveau – perd les pédales. C’est ce qui m’arrive. Je m’énerve, je ne contrôle plus ma pensée. Un quart de seconde, voilà le temps pour que la colère titille l’amygdale. Un quart de seconde. C’est court.

L’explosion est imminente !

Dieu merci, alors que l’amygdale s’excite et m’incite soit à me battre en houspillant l’agitateur de ma zénitude ou en lui sautant à la gorge, avec des remords à jamais ; soit à m’enfuir, parce que l’autre fait deux fois ma taille, en même temps que le mal m’agrippe donc, le sang afflue dans mon lobe frontal, lieu de la raison, mon ange, qui apaisera mes pulsions destructrices. Un équilibre est atteint, le yin et le yang s’opposent, la pensée renaît de son malaise, les émotions malsaines se radoucissent.

En général, la colère n’est pas spontanée, mais comme la tristesse, la joie et la peur, elle est une émotion primaire. La nuit, le nourrisson hurle pour son boire. Vis-à-vis l’incompréhension, l’injustice, la bêtise ou un événement ennuyeux, un sentiment d’impuissance se développe. Je veux me défendre, me faire respecter, passer un message ? Je me fâche. « Ça suffit ! » Je crois reprendre le contrôle. Car la colère procure de l’énergie, engage les ressources de notre corps et nous pousse à agir.

Canalisée dans l’enfance, la colère peut être pathologique. Elle est anormale quand on la retourne contre soi. Souvent, les symptômes psychosomatiques (les ulcères, etc.) en résultent. La colère est pathologique quand elle est déviée de son vrai but, quand, par exemple, on se venge de son patron sur son conjoint(e). Certains l’étouffent, ne se fâchent jamais, refoulent, incapables de se défendre, de s’affirmer. Enfin, il y a la colère hypertrophiée, une colère disproportionnée à la raison.

Certains se fâchent souvent, accros qu’ils sont aux hormones de la colère qui engourdissent les souffrances du corps et de l’esprit.

Bon. C’est bien beau, tout ça. Mais là, maintenant, alors que la colère m’envahit, que dois-je faire ? M’efforcer de penser ? Aller à la source du problème ? Suis-je fatigué, tendu, stressé, et donc, plus facilement irritable ? J’ai un bon sens de l’humour, ça devrait pourtant m’immuniser contre l’amplification des peccadilles. Alors… pourquoi cette chaleur qui me pénètre ?

Pense, Jean-Marc. Pense…

Ah ! Voilà ! Selon la science, la réaction neurologique liée à la colère ne durerait qu’un maigre deux secondes. Ensuite, le calme reviendrait.

OK. Essayons :

Un, deux, trois, quatre, cinq…

http://les-livres-du-bien-etre.com/physiologie-de-la-colere-mieux-comprendre-pour-mieux-controler

© Jean-Marc Ouellet 2017

Notice biographique

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Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

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Que sera la vie ? Un texte de Jean-Marc Ouellet…

19 février 2017

Que sera la vie ? alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Que sera la vie quand la vie ne sera plus la même ? Que sera la vie quand l’identité génétique d’une espèce entière sera modifiée ? * Que sera la vie quand des animaux ne produiront que des mâles ; quand pour sauver une espèce, une autre sera modifiée ? Que sera la vie quand on aura altéré les gènes sans connaître l’irréversibilité des impacts sur les créatures et les écosystèmes ? Que sera la vie quand des gènes génocidaires seront relâchés dans la nature ?
Que sera la vie quand on choisira le beau, le fort, l’intelligent, alors que le laid, le faible et le défavorisé se retrouveront parmi les immondices ; quand les créatures qui, naguère, étaient des hommes, ne seront plus des hommes, mais des machines ? Que sera la vie quand l’homme, après avoir tué le Créateur, se prendra pour Dieu et créera la créature ; quand, horrifié, il constatera le monstre qu’il aura créé, sans pouvoir lui échapper, son chef-d’œuvre l’annihilant à son tour ?
Que sera la vie quand les ondes électromagnétiques mueront les cellules en cancers et brouilleront les ondes cérébrales, l’homme ne reconnaissant plus l’homme et emportant l’humanité ? Que sera la vie quand les bombes cracheront leurs protons et anéantiront les masses ; quand la sécheresse desséchera jusqu’aux racines ; quand l’océan ne sera plus que purée de plastiques et que les créatures aquatiques engraisseront les rivages et les alluvions des résidus toxiques ingurgités ? Que sera la vie quand les poumons noircis de suie et d’acide peineront à vivre et à faire vivre ?
Que sera la vie quand la fraction de seconde de notre éphémère passage sur Terre ne sera plus qu’un fait divers dans l’univers et que notre absence attendrira peut-être la poussière d’étoiles ?
Que sera la vie quand elle aura renversé les barrières, qu’elle aura traversé les champs de cadavres et de ruines, qu’elle aura trouvé refuge dans les profondeurs de la Terre-Mère et que, résiliente, elle aura triomphé des dangers et de l’incurie pour prendre son envol vers de nouveaux horizons ?
Que sera l’âme de la vie après la mort ?
Que sera la vie ?

*http://urlz.fr/4NBB

© Jean-Marc Ouellet 2017

Notice biographique

chat qui louche maykan francophonie

Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La pyramide d’or, un texte de Jean-Marc-Ouellet

22 janvier 2017

La pyramide d’or alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Philibert était riche. Immensément riche. Depuis longtemps. Déjà, dans l’enfance, il négociait des bonbons avec l’épicier du quartier, puis les revendait à profit à des compagnons de classe. Les bénéfices étaient déposés dans sa tirelire. Parfois, il annonçait une promotion ; dix bonbons pour tant de sous, mais n’en déposait que neuf dans le sac. Si l’acheteur s’en rendait compte, Philibert prétextait une malencontreuse erreur. Sinon, le profit se voyait majoré. À l’adolescence, il s’enrichit du commerce des barres de chocolat. Il les achetait d’un distributeur, puis, inventant une quelconque œuvre caritative, il sillonnait les quartiers de la ville en quête de dons qu’il s’empressait de précipiter dans sa tirelire. Chaque soir, il comptait ses sous. Plus tard, il eut besoin d’un coffre-fort. Au rythme des affaires suspectes, des compagnies en faillites achetées et liquidées, et des employés ou des sous-traitants non payés, il dut faire construire une chambre forte dans son humble demeure. Car Philibert vivait modestement. Une maison ordinaire dans un quartier ordinaire. Ni auto, ni abonnement, ni télé. Qu’un ordinateur moyenâgeux et un téléphone portable minimaliste au forfait ridicule. Vivant seul, sans amoureuse, qui lui aurait coûté trop cher, ses heures libres se consacraient au décompte du contenu de sa chambre forte. Des heures durant, assis sur un vulgaire banc de bois, il triait les billets de dix, vingt, cinquante, cent et mille dollars, il les séparait en liasses toutes fraîches, puis, après les avoir embrassées une à une, les déposait avec les autres sur une des nombreuses étagères du bunker. Après des heures de contemplation, le milliardaire se retirait enfin, non sans saluer chaque lingot d’or déposé près de la sortie. Au fil du temps, un trésor alibabaesque s’y accumula.

Philibert était riche. Or, tandis que l’argent soulage certains maux, il asservissait l’âme du pauvre homme. Comme un esclave, son esprit incapable d’amour, de pitié, de haine ou même d’ambition, le milliardaire était enchaîné à la richesse. Il eût pu être maître du monde, mais aveugle au malheur des autres et du sien, aux beautés du monde et au mal, il n’envisageait l’existence que dans l’accumulation de richesses. Depuis longtemps, il avait renoncé à l’éternité, le bien n’étant pour lui que quatre lettres assemblées en un mot.

Ainsi, un jour, il fit qu’on exproprie d’honnêtes et humbles citoyens d’un quartier ancien de sa ville afin d’y construire une tour à condos de luxe. Sous le regard morne des anciens propriétaires mis à la rue, un bulldozeur déchiquetait une vieille maison plusieurs fois centenaire. Les débris s’écrasaient au sol. On les chargeait dans de gros camions, quand, dans l’opération, une enveloppe jaunie s’échappa des gravats et se déposa près d’une roue du fardier. Personne n’en fut témoin sur le fait, mais en fin de journée, fidèle à son habitude, Philibert passa évaluer l’état des travaux. Devant le trou béant, il mit le pied sur l’enveloppe recouverte de poussière. Le milliardaire se pencha, ramassa l’objet flétri par des années d’attente. L’homme l’ouvrit. À l’intérieur, en partie froissé et défraîchi, un bout de papier. Une carte. Philibert l’examina avec attention. Ses yeux, à l’ordinaire austères et sombres, s’illuminèrent. Il y avait reconnu une mer, et au beau milieu de nulle part, sous un palmier dessiné, une pyramide construite de lingots d’or. L’avare saliva.

Des nuits durant, il en rêva. Des heures durant, il étudia la carte. Il se décida enfin. Il prit l’avion, voyagea plusieurs heures. À destination, il affréta un navire, non sans insister auprès du capitaine qui, en fin connaisseur, doutait de l’existence d’une île sise aux coordonnées indiquées par la carte. Le convaincre coûta cher à Philibert, mais la dépense en valait la chandelle. Le trésor couvrirait les frais.

Le navire appareilla enfin et navigua pendant des jours. Il approchait du but quand la météo se détériora. De sombres nuées s’élevèrent à l’horizon, les messages radio annoncèrent le pire. Le capitaine fut inquiet. Très inquiet.

Le pire arriva. Les vagues immenses déferlèrent. Le navire tangua dangereusement. Le capitaine voulut faire demi-tour, mais Philibert n’en entendait pas ainsi. Il offrit le double à l’officier, qui hésita.

− Je m’en fous de votre argent ! rugit enfin le capitaine. On fait demi-tour !
Enragé, Philibert allait lui sauter au cou, quand le cri du navigateur s’échappa du fracas de la tempête.

− Une île au radar ! À tribord ! Deux milles nautiques environ.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecTous regardèrent le capitaine, qui, fort songeur, toisa Philibert.
− Allez, Messieurs ! lança-t-il enfin sans trop de conviction. Nous y sommes presque !
Les hommes d’équipage s’échangèrent un regard perplexe, puis, sans joie, s’acquittèrent des manœuvres nécessaires. Ils naviguèrent encore dans le vent, sous la pluie et les trombes d’eau salée. Soudain, à l’horizon, un rai de lumière transperça les nuages et désigna une terre, une île, et sur cette île, une pyramide, une pyramide d’un jaune éblouissant.

Les yeux abattus sur le phénomène, chacun spéculait déjà sur sa part du trésor. Or, les regards obnubilés ne virent pas la lame vertigineuse qui s’amenait. Le navire fut renversé. Tous périrent. Tous, sauf Philibert. Accroché à une bouée qui était passée par là, il fut ballotté pendant des heures par la furie océanique avant que le miracle ou la chance ne l’amènent sur une plage. Exténué, brûlé par le sel, le milliardaire releva enfin la tête et ce qu’il vit lui coupa le souffle. Là-bas, toute proche, une immense pyramide scintillait de jaune. Jamais l’avare n’avait vu autant d’or.
Hélas, son euphorie fut brève. Philibert eut faim et soif. Il chercha de quoi boire et manger. En vain. Quelques jours plus tard, sous le regard tourmenté d’un ciel soufré, appuyé contre la base de sa pyramide adorée, et agonisant, l’avare pleurait.

On ne retrouva jamais Philibert. Ni l’île et sa pyramide. De la carte et de sa quête, personne n’en avait rien su.

Sans héritiers et sans testament, on distribua sa fortune à des œuvres de charité.

© Jean-Marc Ouellet 2017

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Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

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Un conte de Noël de Jean-Marc Ouellet…

18 décembre 2016

Le petit renne qui détestait Noël

 

Cette histoire me vient de mon grand-père. Elle lui avait été racontée par son père qui l’avait lui- alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecmême entendue de la bouche du Père Noël. Je comprends vos soupirs sceptiques. Mais en vérité, le vieil homme en vacances qui la lui avait racontée par un soir de juillet au bar d’une auberge du Vieux-Québec, portait de longs cheveux blancs, une longue barbe blanche et s’y connaissait en affaires du Pôle Nord. De plus, le lendemain de leur étrange rencontre, à son réveil, mon arrière-grand-père n’avait plus son pied bot. Mais ça, c’est une autre histoire.

Nous savons tous que le cheptel de rennes du Pôle Nord comprend cent cinq spécimens, dont cent, chaque année, sont attelés au traîneau du Père Noël pour le grand périple de la nuit de la Nativité. Ces bêtes ne sont pas éternelles. Elles vivent cent ans. Le lendemain de Noël, alors que le plus âgé, à cent ans et après quatre-vingt-quinze périples autour du monde, rejoint ses ancêtres au paradis des rennes, un nouvel animal naît. À l’époque des événements, pendant leurs cinq premières années, les plus jeunes se préparaient pour la tâche qui leur serait attribuée à leur cinquième Noël. Pendant leur formation, ils s’entraînaient fort. Ils couraient dans l’herbe, la boue, le sable et la neige, bien sûr, afin d’être fin prêts pour le grand jour.

Or, cette année-là, celle de la transcendance du légendaire Rudolf au nez rouge, un renne difforme naquit. On l’appela Hudor. En fait, il n’était pas si difforme. Il ne lui manquait qu’un sabot, mais pour un renne, un renne du Père Noël de surcroît, cela équivalait à une catastrophe. On évoqua plusieurs hypothèses pour expliquer le drame. On accusa d’abord la fée Carabosse de s’être vengée de la Fée des glaces pour une histoire d’échange de baguettes magiques qui avait mal tourné. On soupçonna aussi le magicien d’Oz, mais on s’est finalement souvenu de son absence de pouvoirs. On songea à Voldemort, le méchant sorcier qui haïssait les humains moldus. L’hypothèse fut cependant rapidement rejetée, le lutin Philominatoriophus invoquant la nature romanesque du personnage. On finit donc par accepter le rôle injuste du destin dans l’évènement, les principales questions s’imposant rapidement : qu’allait-on faire de l’avorton, et surtout, quel avenir attendait Noël sans une relève adéquate ? Au fil d’années de moqueries et de questionnements, Hudor se sentit rejeté. On l’accusait d’être inapte à la tâche, que handicapé comme il était, il ne pourrait jamais franchir les centaines de milliers de kilomètres indispensables au droit de retrouver les anciens au paradis des rennes. En effet, lors des entraînements, Hudor chutait, traînait à l’arrière, sanglotait, sous les sarcasmes de ses congénères. Les lutins-entraîneurs hochaient la tête de découragement. Ils soupiraient. Même le Père Noël s’inquiétait. Que devrait-il faire quand le tour d’intégrer l’équipe du petit malformé viendrait ? Hudor aussi se le demandait. Chaque nuit de Noël, quand l’aîné des apprentis s’éloignait pour la première fois avec l’équipage, le jeune renne au moignon soupirait. Lui, il ne pourrait jamais vivre cette aventure. Il se sentait rejeté et l’arrivée de Noël lui rappelait amèrement sa différence, une différence qui le privait de la joie d’aimer la Fête. Cette aversion atteignit son paroxysme un mois avant le Noël de sa cinquième année quand, pour le bien de l’équipe et de la fête de Noël, un comité spécial réunissant les lutins-entraîneurs, deux représentants des rennes et le Père Noël lui-même choisit d’écarter Hudor et d’intégrer plutôt dans l’équipe le renne de quatrième année. Humilié, l’exclu renâcla, brailla, grogna. Sous les quolibets de ses compagnons, il décida de fuir. Errant seul dans la toundra enneigée, il ragea, souhaita la fin de la harde et surtout, la disparation de la fête de Noël. Un jour, alors qu’il se tenait au sommet d’un pic et qu’il exhortait les dieux d’être enfin justes avec lui, il perdit pied et tomba dans le vide. Imaginant l’autodestruction, on aurait pu le retrouver au fond du gouffre. C’était sans compter le miracle.

Le soir même, quand Hudor réintégra la harde, c’était la panique. On lui apprit qu’au lendemain de Noël, pour la première fois dans l’histoire connue, aucun renne n’était né. Ainsi, dans la cinquième année qui suivrait, il n’y aurait pas de remplaçant du Vénérable, comme on appelait l’aîné de la troupe. Plusieurs fois, les lutins-entraîneurs se réunirent. On soupçonna les dieux de les punir pour avoir rompu avec la tradition le Noël précédent en intégrant un renne de quatrième année. Les dieux leur en voulaient sans doute et envisageaient peut-être d’éliminer Noël et, par le fait même, de dissoudre le troupeau. Or, pendant les mois d’incertitudes qui suivirent, Hudor trima dur. Il s’entraînait avec les autres et, en solitaire, il peaufinait son secret. Le 1er décembre vint enfin. Le comité spécial se réunit de nouveau. Il avait peu de choix. Soit ils apaisaient les dieux en permettant à Hudor d’intégrer l’équipe au risque de retarder le périple, soit ils optaient encore pour le renne de quatrième année, un animal paresseux, plus ou moins prêt pour la tâche. Les lutins-entraîneurs ayant remarqué la hargne du handicapé, c’est non sanstraineaunuit réticences et avec de fortes discussions qu’ils désignèrent Hudor. Le soir de Noël, on l’attela donc à l’arrière des quatre-vingt-dix-neuf autres membres de l’équipe. Nerveux, le Père Noël lança enfin le signal. L’équipage s’ébranla sur la neige. Sur le traîneau, les cadeaux remuèrent et se fixèrent à leur place définitive. Confiant, Hudor jouissait. Enfin, il démontrerait sa valeur. L’équipage n’avait pas franchi le dixième kilomètre quand, tout doucement, l’équipage se souleva. Les sabots quittèrent la surface de la neige et de la glace. Stupéfaits, les rennes s’agitèrent. Leurs pattes battaient à tout vent pour redescendre sur le plancher des rennes. En vain. Infailliblement, l’attelage se hissait dans les airs et plus les pattes s’agitaient, plus vite l’équipage filait dans les cieux. Surpris, apeuré au début, le Père Noël comprit enfin. Il abaissa les yeux vers le petit renne installé en queue de peloton. Concentré sur une activité intérieure intense, Hudor avait les yeux fermés. Il sentit sans doute le regard porté sur lui. Un instant, il rouvrit les yeux, tourna la tête et, resplendissant de bonheur, fit un clin d’œil au vieil homme.

On dit que cette nuit-là, pendant des heures et des heures, un long rire grave résonna dans le ciel. On dit aussi que, depuis cette nuit magique, Noël ne fut plus jamais le même. Mais ça, c’est une autre histoire.

Joyeuses Fêtes à tous ! alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

© Jean-Marc Ouellet 2016

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Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

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Remissa est somnium, un texte de Jean-Marc Ouellet…

27 novembre 2016

Remissa est somnium

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Tu n’as jamais été vaillant. Dès le début, alors que nous usions les bancs du collège, tu aimais dormir. C’était en troisième secondaire. Je venais de changer d’école. Je ne connaissais personne. Tu étais assis à la table voisine. Avachi sur ton livre, tu dormais. Exaspérée, la professeure de français, Madame Robichaud, te tapait la nuque.
̶ Morin ! Réveille-toi ! Dors la nuit, mon homme. Pas ici !
Ensommeillé, désorienté, tu levais la tête, ne sachant trop où tu étais.
̶ Qu’est-ce… euh… ah… pardon madame, balbutiais-tu.
Ton attention résistait un instant, puis Morphée t’ensorcelait de nouveau. Abattue, l’enseignante ne disait plus rien.

Tu te vantais de ne pas étudier. Tu te contentais de la note minimale que tu obtenais en copiant sur nous. Je le savais, je te laissais faire. Dans les travaux d’équipe, tu t’occupais du minimum, que je reprenais le plus souvent. Tu arrivais en retard, tu séchais des cours. Malgré tout ça, je suis devenu ton ami.

Le soir, j’allais chez toi. Tu vivais dans une grande maison. Ça me changeait du taudis de mes parents. Pendant que j’étudiais, tu t’écrasais dans un grand fauteuil et tu jouais à des jeux vidéo. Parfois, ton père t’appelait pour un service. Tu bougonnais à peine, tu ne répondais pas. Moi, je m’offrais. Je suis comme ça.

Tu n’as jamais changé. Jeune adulte, la paresse te submergeait. Éveillé, tu bâillais. Souvent, tu t’écrasais sur un divan, ou sur ton lit, et tu t’endormais. Tu flemmardais, rêvassais, cocoonais, procrastinais. Tu ne travaillais pas. Ton père te traitait de fainéant. Tu lui opposais que tu faisais preuve de prévoyance, que tu te reposais avant de te fatiguer. Quand on te traitait de paresseux, tu décochais le plus sérieusement du monde que le zèle tue plus d’hommes que la paresse*, ce proverbe corse, et que, de toute manière, tu travaillais fort pour être paresseux. Quand ta mère pleurait en te traitant de bon à rien, tu lui rétorquais qu’elle avait tort, que tu faisais un excellent paresseux. Tes parents qui subvenaient à tes caprices en ont eu assez. Ils t’ont foutu à la porte, non sans te payer un studio de luxe que tu as négligé. La crasse s’est accumulée, la vaisselle s’est empilée, les vêtements souillés ont moisi.

Or, toujours de bonne humeur, tu n’étais pas déprimé. Tu assumais ta paresse. Tu disais qu’elle était un mal nécessaire, qu’elle était indispensable à chacun, qu’elle ne demandait qu’à être surmontée et que ça prenait du courage pour la vaincre. Tu me parlais de tes nombreux projets. Voyages, sports, tournois de jeux vidéo, projets d’entreprises. Tu avais envie de faire tant de choses, mais tu ne faisais rien. Tu me lançais ce remissa est somnium**, qu’il fallait prendre le temps de prendre son temps, de rêver, que malgré tes projets et du qu’en-dira-t-on, tu avais l’audace de ne rien faire.

Je ne te comprenais pas.

On dit que la paresse et l’oisiveté sont contagieuses. Or, elles n’ont eu aucune emprise sur moi. Je n’étais pas comme toi. Je me suis éloigné. Je ne te voyais plus que rarement. Tu dépérissais. Blême, amorphe, ton débit verbal ralentissait. Jovial, tu te disais en forme pourtant, mais à l’évidence, tu n’allais pas bien. Tu aurais dû comprendre. La paresse ne mène à rien.
Six mois s’étaient écoulés. Je rencontre Wilfred, notre ami de jadis. Il me dit que tu ne l’invitais plus à votre mardi Warcraft. Il n’avait plus entendu parler de toi depuis des semaines. J’étais inquiet. Je décide de passer te voir. Je frappe à la porte. Tu ne réponds pas. J’ouvre et entre. Ton appartement empeste. Tu étais vautré sur le sofa.

― Ça va ? que je te demande.
Tu ne me réponds pas. Tu regardais au plafond, sans bouger. Une fois près de toi, tu tournes enfin la tête et tu me souris. Tu étais livide.
― Ça va ?
― Remissa est somnium. Je ne suis qu’un songe.
C’est là, à ce moment, que ça se produit. Tu fermes les paupières et lentement, ton corps se brouille, puis devant mes yeux, tu t’évapores. Tu n’es plus blême, tu deviens translucide. Petit à petit, d’une parcelle de chair à l’autre. Tu ne meurs pas, tu te dissipes, tu désertes le salon, la ville, le monde. Au bout d’un moment, tu n’es plus qu’une ombre. L’ombre d’une vie.

* Tiré du site Evene
** Traduction latine libre d’une citation, Le travail pense, la paresse songe, tirée du site Evene.

© Jean-Marc Ouellet 2016

Notice biographique

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Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, Jean-Marc Ouellet pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, il signe une chronique depuis janvier 2011 dans le magazine littéraire électronique « Le Chat Qui Louche ». En avril 2011, il publie son premier roman, L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis Chroniques d’un seigneur silencieux aux Éditions du Chat Qui Louche. En mars 2016, il publie son troisième roman, Les griffes de l’invisible, aux Éditions Triptyque.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Un monde civilisé, un texte de Jean-Marc Ouellet…

30 octobre 2016

Un monde civilisé

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Bosch, Le jugement dernier

Le Moyen Âge s’est écoulé du Ve au XVe siècle. Du déclin de l’Empire romain à la Renaissance et des grandes découvertes. Temps des envahisseurs barbares, des califats, des monastères, des Vikings, des innovations technologiques, des nobles, de la féodalité, des cathédrales gothiques, des croisades, il s’est conclu par les famines, la peste, les guerres et les crises théologiques. Le Moyen Âge est souvent vu comme une période sombre de l’humanité, où l’ignorance peut servir d’alibi.

Prenons les guerres à témoin. Munis d’épées, de coutelas, de hachettes et de masses, on se réunissait dans un champ, un camp face à l’autre. On criait, on faisait du bruit, on cherchait à intimider l’ennemi pendant que les sphincters s’échappaient. Enfin, on fonçait l’un sur l’autre. Les os craquaient, les pointes transperçaient les poitrines, les crânes explosaient. Guerrier contre guerrier. Quand un chef, las de voir ses hommes se faire massacrer, ordonnait la retraite, chacun remontait sur son versant de la vallée, puis, dans un commun accord, on allait récupérer ses morts et ses blessés. Ces derniers étaient conduits en sécurité, sachant bien que leurs jours étaient comptés, l’infection tuant plus lentement que l’épée. Le soir venu, chacun dans son camp, les quelques rescapés reprenaient leur souffle, dormaient avec peine, avant les brutalités du lendemain. À cette époque noire, on se haïssait, mais on respectait le guerrier devant soi. Bien sûr, au passage, on pillait les villages, on tuait femmes et enfants, mais les guerres se gagnaient au champ de bataille.

Dans le monde civilisé actuel, à l’ère du missile capable de frapper une cible de la grosseur de notre dollar, le 1er octobre 2016, on a bombardé un hôpital. Quelques jours plus tard, le même établissement fut de nouveau atteint. Méprise ? Hasard ? Bien, voyons !! On a tué des malades et des gens qui les soignaient. Des infirmières. Des médecins. Des hommes et des femmes qui sacrifiaient leur vie pour les autres. On les a tués comme on écrase des insectes. Un crime de guerre.
Une vidéo a récemment montré de jeunes ados, le fusil à la main, chacun se tenant debout derrière un prisonnier agenouillé près d’un compagnon d’infortune, brebis résignées à mourir. Sur l’image suivante, les hommes sont étendus dans la poussière du désert, inertes, leurs présumés meurtriers, à l’âge de jouer aux camions, triomphant. Des meurtres perpétrés par des enfants, endoctrinés au berceau. Un crime devant l’Humanité.

Aujourd’hui, on bombarde des musées, des églises, des hôpitaux, des écoles. On exécute sans procès. Une épée arrache une vie à la fois. Pas les bombes chimiques. Jadis, pendant que le père donnait sa vie pour la cause, l’enfant protégeait sa sœur, son jeune frère et sa mère. On ne l’offrait pas en pâture. Aujourd’hui, on attache une bombe à la taille d’un enfant et on l’envoie se faire exploser dans la foule. De la chair partout, du sang qui coule, du sang d’innocents. Tout ça, au nom de Dieu. Blasphème aux yeux des hommes et devant Dieu !

Ici, l’ignorance n’est pas une excuse. Le téléphone portable à la main, pendant qu’on sait tout du monde, le doigt sur la gâchette du Kalachnikov, on s’apprête à tuer. Le Mal en action.

Chaque siècle possède son Moyen Âge, écrivait Stanislas Jerzylec. Le XXe siècle a été celui de l’essor technologique. Les transports et les armes en ont bénéficié plus que d’autres domaines. Or, entre les cocktails, les bonzes de l’ONU discutent, discutent et discutent, pendant que la barbarie dépasse celle de l’Antiquité et du Moyen Âge. Le XXIe siècle vit son Moyen Âge.

Aucune société n’est irrémédiable selon Victor Hugo. Quelle que soit l’épaisseur de la nuit, on perçoit toujours une lumière. De toutes mes forces, j’essaie d’y croire. Je garde espoir en une Humanité respectueuse de la vie. Elle comporte tant de beauté et de bonté. Mais parfois, je l’avoue, aveugle peut-être, je la cherche, la lumière.

Citations tirées du site Evène.

© Jean-Marc Ouellet 2016

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