La mort du Terre-neuve…

17 février 2011

(Je me dois de replacer ces lignes en contexte.  Deux amies louaient un appartement dans un lieu féérique : Treasure Island, près de Kingston.  Les propriétaires possédaient un chien Terre-neuve, Axell, que tous affectionnaient.  Un jour j’ai appris qu’il allait mourir.  Et voilà…)

Zoosophie — Le vieux chien va mourir.  Dernier printemps dans le soleil.  Son maître l’a dit : le vieux chien va mourir.  Va-t-on conserver sa peau ?  La tanner et la suspendre au mur ?  Entre les photos d’ancêtres et les trophées ?

Le vieux chien va mourir.  Son maître l’a dit : le vieux Terre-neuve ne fera plus la joie des enfants.

On l’enterrera sous un chêne, tout près du quai où il aimait dormir au soleil.  En avril prochain, qui sait ?  les crocus seront peut-être plus beaux ?  les jonquilles plus éblouissantes ?

Le vieux chien va mourir, et il sera digéré.  Il ne restera rien de lui.  Désintégrés sa chair, ses nerfs et ses os.  Sa forme s’envolera vers le monde des archétypes et la nature récupérera son dû par apparente anarchie.  Fini l’agglomérat Axell !  Les matériaux démantelés serviront à d’autres constructions.  Accourent déjà les modèles et les formes : Axell sera pissenlits, herbe tendre, lièvres, crustacés…

Mais où ira le regard du vieux chien ?  Où iront notre amour pour lui et son affection ?  Lui qui plongeait son museau humide sous nos gorges.

Le vieux Terre-neuve va mourir.  Son maître l’a dit.  Par mouvement inverse de naissance.  Mais d’où provenaient son affection et ce regard qui savourait le monde ?


L’épouse de Socrate…

16 janvier 2011

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Xanthippe — L’épouse de Socrate, à qui l’on ne donne pas le beau rôle, lui était probablement aussi nécessaire que son démon.  Elle lui demandait de sortir acheter des poissons au marché : un jour, deux jours, trois jours passaient…  Le vieux baragouineur s’était volontairement égaré dans les ruelles d’Athènes.

À la maison, les enfants pleuraient.  On avait faim.

Xanthippe partait à sa recherche, furibonde, et le découvrait, devisant avec quelques jeunes hommes dans une taverne, lorsqu’il n’était pas carrément en train d’enguirlander, de façon subtile, un riche concitoyen qui, tôt ou tard, allait lui faire boire la ciguë.  Assez pour transformer la plus aimante épouse en harpie.

Quelles dégelées, elle a dû lui servir !  Quelles avalanches d’insultes bien aiguisées, comme seules les Méditerranéennes savent en asséner !

Xanthippe et Socrate : Yin et Yang ; Principe de Réalité et Principe de Plaisir.  La femme, par sa biologie, par ses maternités réelles ou potentielles, est peut-être plus près des réalités immédiates, du nécessaire quotidien que l’homme.  Mais, femmes comme hommes, tout humain porte en lui sa propre Xanthippe : son cerveau.  Son cerveau de chair, de neurones, de synapses, qui, comme l’explique Jung, dans son long commentaire sur le Thibetan Book of the Great Liberation, serait plus filtre de la Conscience universelle que producteur de conscience – contrairement à ce que croient les matérialistes.

Pourquoi ce cerveau-filtre ?  Ce cerveau-tamiseur ?  Cet occulteur ?  Ce réducteur de joie orgasmique ?  Cet empêcheur de tourner en rond, de valser gaiement avec ce monde que nous projetons, et sur lequel nous nous projetons ?  Pour notre survie dans le temps, qui fournit des occasions, bien ou mal vécues, d’individuation.

Si notre vie n’était que contemplation extatique des jeux protéiformes de la Conscience, nous nous refuserions à toute contrainte, à ces humbles et répétitives occupations que nécessite, jour après jour, notre survie biologique, nous vouant ainsi à une mort certaine – comme individus et comme espèce.  Nous serions alors privés de toute possibilité d’apprendre par la réussite et l’échec, d’élaborer des projets, de nous rêver, de nous construire, et de construire, conjointement avec cet esprit divin qui nous habite, cette âme, ce véhicule indispensable à notre voyage ultérieur vers l’Éternel, vers l’Absolu.

(Rapprochement à faire ici entre le cerveau-filtre et Ulysse qui, dans l’Odyssée, boute littéralement ses compagnons hors de l’Île des mangeurs de lotos, plante qui provoque l’oubli.  S’ils se laissent prendre au piège, l’espoir le plus infime de revoir Ithaque sera anéanti.)

Rien du manifesté ne pourra jamais étancher notre soif.  Donc, à chacun et à chacune, son cerveau, sa Xanthippe nécessaire.  Qu’elle soit bénie pour les tourments, privations, objurgations qu’elle nous inflige.  Elle nous conserve sur la Voie, à demi-éveillés, à demi-vigilants, pour la construction de cette nef d’or et d’onyx dont déjà les voiles se gonflent.

Xanthippe, bien aimée sorcière, continue à gueuler dans les ruelles d’Athènes !

 

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Vision du monde…

5 janvier 2011

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir

Weltanschauung — La matière est inerte dans ses mouvements.  L’évolution n’est pas une de ses propriétés.  Elle est antidialectique, statique, répétitive, non directionnelle.  Seules les formes évoluent et informent la matière vers des complexités, vers une finalité.

Le monde sensible est semblable à de la limaille de fer sur une plaque de verre ; les particules s’agglutinent, se dispersent, se distribuent selon les mouvements des aimants que l’on promène dessous.  Nous n’apercevons que l’ombre, le reflet, l’envers du rêve divin.  Mais cet univers de décors nous hypnotise et, de façon bien involontaire, nous ment jusqu’à la cessation de notre état présent d’existence.


Joseph Mengele….

21 décembre 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Beppo — Ses amis argentins l’appelaient Beppo.  À Auschwitz, sous le régime nazi, on le surnommait l’Ange de la mort.  Dans son  uniforme

Joseph Mengele

impeccable, il attendait les déportés qui descendaient du train. Et il les triait.  À droite les hommes valides pour le travail forcé et les femmes encore belles pour les bordels SS ; à gauche les vieux, les éclopés, les enfants…  On allait les gazer et brûler…   Et tout cela, il le faisait en souriant.  On le trouvait beau, rassurant même…

Le véritable nom de ce docteur de la Mort : Joseph Mengele.

Il est né en 1911 à Günzburg, en Bavière. Fils d’un riche industriel, d’une famille catholique aisée et nationaliste,  il fait des études de philosophie et de médecine, et dirige à 32 ans le Laboratoire de recherches raciales de Francfort.   Ses convictions politiques ont fortement marqué ses travaux universitaires. A 20 ans, il adhère aux Casques d’acier, une organisation nationaliste d’anciens combattants. En 1934, c’est avec enthousiasme qu’il entre aux Sections d’assauts, les SA. Quatre ans plus tard, ce fervent nazi sollicite sa carte du parti, puis entre à la SS.

Il se livre à des recherches sur les jumeaux.  Et en même temps, en 1935, Mengele soutient une  thèse d’anthropologie qui porte sur L’ examen radiomorphologique de la partie antérieure de la mâchoire inférieure dans quatre groupes raciaux .  Il cherchait à prouver la supériorité de l’Européen de type nordique, incarnation parfaite de la race aryenne.

Entre 1940 et 1943, Joseph Mengele sert notamment dans la Waffen SS. A la suite d’une blessure sur le front de l’Est qui le rend médicalement inapte au combat, il rentre en Allemagne Il est promu au grade de Hauptsturmfiirhrer, de capitaine, et reçoit quatre décorations.

Il arrive à Auschwitz le 30 mai 1943, avec la fonction de médecin-chef de Birkenau.  C’est à l’intérieur de ces responsabilités qu’il deviendra un pourvoyeur de la mort et se livrera à des expériences médicales d’une cruauté inouïe.  On le jugera pour crimes de guerre.  Ayant fui en Argentine, Beppo échappera à la justice des hommes.

Comment un être humain peut-il trier ainsi ses semblables et les envoyer avec sourire et désinvolture vers la vie, la mort ou des expériences médicales qui tortureront leur esprit et leur chair ? On se le demande encore.  Sadisme, haine, victoire de l’instinct de mort…  Une chose est certaine : il doit avoir préalablement décidé que ces personnes ne recelaient en elles aucune transcendance, qu’elles ne valaient pas plus (ou moins) qu’un steak ou un têtard.  La négation de la transcendance chez l’humain conduit à des aberrations monstrueuses.  Le nazisme, dans ces effets, n’en a montré que le commencement.

Pour ceux que ça pourrait intéresser, quelques-unes de ces expériences nazies sont rapportées dans la page web de Natanson : http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/experiences_medicales.htm


Principes de vie du voyageur…

12 décembre 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir

Voyageur —  Principes de vie du voyageur :

1° Ne jamais blâmer autrui ni le sort pour ce qui arrive.

2° Se déplacer dans tous les milieux avec le courage et les instincts éveillés du chasseur et du guerrier.

3° Supporter une conscience aiguë et constante du caractère transitoire de toute réalité appartenant au monde des phénomènes.

4° Être conscients des limites que nous imposent les conditions de notre existence actuelle.

5° Faire une confiance aveugle à l’incompréhensible Cosmos, à ses multiples allées et maisons, et se laisser griser par l’amour prévoyant de l’Être suprême qui enveloppe.

L’image est d’un maçon français du treizième siècle, Villard de Honnecourt.

Et j’ajoute un commentaire explicatif de Michèle Bourgon : « On voit un escargot-poisson avec des trompes ( pour signifier les forces occultes, le mystérieux du cosmos), on voit en surimpression le Christ en croix ( l’article nous demande de faire confiance à l’amour et à Dieu) et on reconnaît un voyageur-guerrier avec son accoutrement, prêt à se défendre. L’image est-elle d’origine hongroise ? En tout cas, elle représente très bien ce que l’auteur nous livre. »


François Villon…

5 décembre 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir  

Villon par Stanley Holloway

 

Villon — Merveilleuse familiarité de Villon avec Dieu et avec Notre Dame.  Merveilleuse familiarité médiévale, réprouvée ou oubliée par les Temps Modernes – temps nécessaires, toutefois.  Familiarité que la science de demain nous restituera, rafraîchie, en plus dépouillée, et espérons-le, si la chose est possible, en plus intime encore.

Dieu veille sur la carrière de notre ami, de cet ami des pendus et des torturés.  Au gibet ou ailleurs.

La ballade des pendus

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis[1].
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça[2]dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons[3], pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis[4].
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie[5],
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés[6],
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie[7],
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ne que soudre[8].
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

[1] Mercis = pardonnés

[2] piéça = depuis longtemps

[3] Se frère vous clamons = si, frère, nous vous appelons

[4] rassis = posé, modéré

[5] Ame ne nous harie : que personne ne nous tourmente

[6] Cavés = creusés

[7] Qui sur tous à maistries = qui sur tous à autorité

[8] A lui n’ayons que faire ne que soudre = que nous n’ayons rien à faire avec l’enfer, ni rien à  lui payer.


Procrastination… Abécédaire…(74)

30 novembre 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Vie — Assurance à sa mort, non pas de pleurer sur son propre départ, mais plutôt sur cette constante remise de l’existence à plus tard, dont parle Bataille dans L’expérience intérieure.

Chaque jour, l’assouvissement des passions, des désirs – qu’ils soient désirs de sagesse, de rectitude ou de se voir autre, autrement, autre part – est remis à plus tard, à demain.  Jusqu’au dernier crépuscule, lorsqu’il n’y aura plus de demains terrestres à espérer.  Procrastination !

Procrastinations ou retards permanents de la conscience journalière à rendre compte de l’être multidimensionnel, à plusieurs temporalités, que nous sommes.


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