Veille de fête et nids de poule, textes de Marc-André Lévesque…

13 juin 2017

Veille de fête et nids de poule…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Veille de Fête. — Matin du 16 mai 2017, le gris est parti, en voyage vers de mauvais rêves. À la place, un ciel bleu, une montagne contente, des rues qui s’éclatent au soleil, des feuilles dans les arbres, les oiseaux qui montrent leur présence, de l’ombre. Ah ! l’ombre. J’avais oublié que j’en faisais (Aujourd’hui, j’irai vérifier). La veille du 375e de Montréal, tout s’est mis en place pour illuminer la fête. Tiens, je porterai peut-être un chapeau de paille pour me mettre sur la sellette, j’entends déjà les rumeurs provenant des vieilles pies de jardin qui, frustrées, diront : « Mais où va-t-il avec son vieux chapeau ? Il veut faire fuir les oiseaux ou quoi ? ». Je crois que, finalement, j’irai tête nue me faire voir par les rayons de soleil invitant, parce que rares. Les mains dans les poches, j’avancerai entre les ombres et la clarté en sifflant un air d’été.

Fête et nids de poule. — 17 mai, 15 heures. Il vente si fort que mes idées se sont envolées. Un Boeing 727 vient tout juste de les éviter au-dessus de Dorval. Même libres, les idées sont dangereuses. Un jour, quelqu’un qui en avait, qui ne les avait pas encore perdues, s’était présenté à la porte de la Ville. Poli, réservé, malgré cette responsabilité, Le Maire lui avait ouvert : « Vous savez vos fêtes de fondation de votre ville devrait être un moment pour amener les citoyens à développer cette histoire particulière, en devenant le patrimoine vivant, cette fête doit nécessairement être populaire. Pourquoi cet événement serait-il coûteux ? Au moment où tout est si difficile pour tous, ne serait-il pas venu le moment de dire à tous qu’ils sont importants, qu’ils constituent le cœur de la ville et, qu’à cet égard, ils sont partie prenante de cette belle histoire que cette ville et du pays », avait-il mentionné. Le Maire avait souri, il savait déjà que le destin de la fête avait été confié à grands frais à l’entreprise privée. Plus de 1 milliard, pourquoi ? Les nids de poule seront-ils comblés à ce prix ?

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecRetour du beau temps. — Après expérimentation, j’ai encore une ombre, donc je suis. Je suis les sentiers du beau temps, du bon temps qui nous échappe faute de réalisme. Je suis de souvenirs douteux d’époques lointaines qui ont émigré dans des têtes neuves. Je suis un serpent désenchanté qui se tient au fond d’un panier d’Inde, une flûte à ses côtés, le corps du charmeur gisant sur le sol. Je suis un carré d’as qui garde mes pas dans l’ombre que je suis.

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Une plage et L’envers de l’endroit… textes de Marc-André Lévesque

18 mai 2017

Une plage…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Une plage — Une plage. De sable blanc. Je marche et les traces que je fais ne sont pas de moi. Étrangement, des fleurs poussent un peu comme dans certains déserts tôt le matin, des gouttelettes d’humidité ont créé une flore si fragile qu’au moindre coup de vent, elles s’envolent. Là, à ce moment précis, il ne vente pas. Je regarde ce décor minimum avec des traces qui ne sont pas les miennes. Je m’y déplace maintenant à quatre pattes. Je cherche une personne qui ne me connaît pas encore alors que je me transforme. Je recule, je me remets debout, mes pieds correspondent aux traces laissées sur la plage. Je me reconnais. J’avance en reculant. J’arrive à la hauteur d’une femme en jupe d’été fleurie. Elle me sourit. Je suis aile. Nous nous envolons pour échapper au recul qui nous entoure, avant que ça devienne une prison hermétique. En bas, les gens ne bougent plus, certains crient : « Qui a-t-il au-delà du moyen-âge ? » Nous ne répondons pas, nous ne savons pas. Leurs gémissements sont intolérables. Nous tentons de les libérer sans jamais y parvenir. Puis, il nous faudra partir, je ne sais où… Au-delà des refus.

L’envers de l’endroit

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecL’envers de l’endroit — Je suis encore aujourd’hui à l’envers de l’endroit. Hier, je marchais sur les plafonds, aujourd’hui, ce sont les murs que je parcours depuis ce matin, avec une belle accalmie sur l’heure du dîner, invité que j’étais par ma fille et sa mère, mon ex. J’ai traîné jusqu’au restaurant mon manque de latitude sans que cela paraisse trop, surtout en évitant de regarder les murs. J’y ai perdu quelque peu d’audition. J’étais si heureux. Quelques heures après, mes sens sont sens dessus dessous et je me balade encore sur les murs avant de tomber sur un livre charmant que j’ai relu : Le joueur d’échecs de Stefán Zweig, il me semble que j’étais couché sur une étagère, mais je peux me tromper. J’ai terminé ma chute dans mon lit avec pour, seul outil, une boîte de papier mouchoir, à moitié pleine. Plus bas, un enfant placotait avec sa mère, il faisait un bruit de mouton, mais je peux me tromper, je n’ai pas les oreilles musicales. J’ai dormi illico sans demander mon reste, je vous écris et je crois que je dors encore, mais je peux me tromper, je crois que je ne suis jamais réveillé depuis ma naissance, qui remonte à loin.

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L’orateur et les parapluies… par Marc-Andé Lévesque

4 mai 2017

Orateur et parapluies…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

L’orateur. — Un homme est seul devant un lutrin sur lequel des feuilles manuscrites sont déposées. Il lit un discours en faisant des gestes mesurés. Une foule docile se tient devant lui, elle réagit là où l’orateur désire une réaction. Elle est si docile qu’elle n’existe pas vraiment, l’orateur se prépare à un événement d’une grande importance. Il doit expliquer à des gens d’affaires le plan de relance économique de son gouvernement, un millier de têtes chercheuses (de subventions) réunies dans un centre de conférence. Sous son air pourtant calme règne une peur presque maladive de faire une erreur. Il a si peur qu’il se surentraîne depuis une semaine, 20 heures au total. L’événement est dans cinq jours. Pourtant, il connaît par cœur ce plan et le précédent qui visaient à faire perdre la crédibilité au gouvernement d’un Parti maintenant dans l’opposition en prouvant que son modèle a coûté trop cher et qu’il devait en freiner le développement. Le nouveau plan vise celui-ci à prouver que son gouvernement gère mieux. Le temps passe, l’événement se tient, il est devant les maîtres de ce monde, il commence son discours, il est très nerveux même si rien n’y paraît. Au début tout va bien, puis une confusion s’installe dans sa tête, son discours devient moins clair, puis il opte pour ce qu’il n’a jamais fait, dire la vérité : « Toute ma vie a été axée sur le mensonge, ça suffit… »

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecSinging in the rain… — C’est la procession des parapluies. Certains d’entre eux sont sombres, ils sont portés par des hommes à la démarche rapide, rarement par des femmes. Celles-ci préfèrent les couleurs, même pâles, parfois même la transparence, comme cette femme avec des bottes rouges qui se marient au contour rouge du parapluie transparent. Généralement, ils sont verts, beige ou gris. Nous ne sommes pas au parasol ou aux ombrelles d’été. Chaque chose en son temps… Je ne me souviens plus de ce que je portais lorsqu’il pleuvait dans les années 50, soit que nous ne sortions pas ou, si nous sortions, nous nous tenions près de la maison, pourtant, je me souviens que j’aimais me promener sous la pluie. Je devais sûrement porter un petit manteau, genre coupe-vent. Je me souviens que le fleuve sentait fort le fleuve, que les poissons et humains ne faisaient qu’un tout, que je pouvais être un navire échoué lors d’une tempête, que je nageais pour sauver une voisine, que j’explorais des pays étranges, bref, cette température se laissait parcourir par notre imagination… En après-midi, lorsque les parapluies reviendront avec leurs propriétaires, ils seront en berne, la pluie étant arrêtée, une autre journée de travail sera finie.

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Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

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Miroiter et Ces mots, des textes de Marc-André Lévesque…

24 avril 2017

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMiroiter…

Miroiter — J’ai glissé sur les eaux en m’agrippant à l’espoir. Elles ont éclaboussé tout autour de mes pas et dans l’infini du printemps. Je ne savais pas ce qu’était le bonheur avant de marcher dessus. Ça a fait comme un bruit de verre cassé. C’était un miroir qui s’est multiplié pour miroiter les images que j’avais dans la tête, plus petites, mais plus nombreuses. Le firmament s’y est laissé prendre avec les sons multipliés, eux aussi. Dans une des cassures, il y avait un univers. Parsemé de moyens de transport. Dans une autre, des chemins. Et au bout, une chevelure ondulée d’une femme au sourire voyageur. Elle s’est dégagée d’un amas de fer pour venir vers une partie de moi. Elle s’est évanouie puis elle est revenue en de multiples images plus belles les unes que les autres jusqu’à l’émerveillement total. Brisée en milliers de pièces. Belles universellement. Heureuses dans son éparpillement comme dans son ensemble. Mon éparpillement a rencontré le sien, j’ai trouvé son oreille attentive et lui ai susurré des mots de rassemblement.

Ces mots… — Au fur et à mesure, je compte les mots qui tombent encrer sur le blanc de ma alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecfeuille. D’abord peu nombreux, soulignant la brièveté de mes soucis, ils s’accumulent ensuite pour faire des explorations de sentiments qui débordent les frontières de mes pensées. Des éclairs électriques arrivent à mon cerveau, leurs mouvements me projettent des images qui demandent que je raconte leur histoire. Je les dépose délicatement sur un écran, je les agence pour que nous puissions nous envoler vers un monde réel et que ce monde soit le plus confortable qui soit, dépourvu des mensonges ordinaires. Je scrute mes neurones à la recherche des petites choses qui m’auraient échappé. Il m’arrive d’en trouver et alors je les fais porter par des verbes qui les rendent visibles. Je m’enivre de bonheur, mais je sais qu’il n’est que d’occasion et que nos asservissements nous guettent à chaque coin de nos idées, souvent là où on les attend le moins. Je sais que chacune de nos pensées est scrutée par des esclaves qui ont oublié qu’ils l’étaient.

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Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

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Pluie nostalgique et mer intérieure, textes de Marc-André Lévesque…

20 avril 2017

Pluie et mer…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Pluie nostalgique — Je suis dans mon appartement du 7e étage d’un immeuble comme un poisson dans un bocal, je regarde par la fenêtre, il pleut. Il pleut à faire déborder mes humeurs vers des plages fragiles. Il pleut à délayer les traces de mon stylo bleu laissées anarchiquement sur une feuille mouillée. Il fait gris. Il m’arrive d’avoir peur. Peur de disparaître sans laisser de traces. Je partirais alors comme ce Jean mort d’un cancer, qui logeait au 600 et quelques. Si rapidement effacé de la surface de la Terre, parti pour un plus vaste ensemble avec un état de conscience que nous ne pouvons pas encore comprendre. Je ne peux le voir là où il est, le ciel est fermé et il pleut. Il pleut à en perdre l’âme.
Il pleut à gorge déployée. Il pleut si néfastement que je me suis oublié dans une rigole qui coule sur la rue Robert-Élie. Entendez-vous ces cris de ce Jean pris dans mes pensées, prisonnier du sourire et du salut que je lui ai fait lorsque les ambulanciers l’ont transporté à l’hôpital ? Ce gris soudé par des gouttelettes qui accable son départ pour le rendre encore plus pleurant, encore plus acerbe ? Il pleut et je suis un poisson dans un bocal qui regarde une âme s’envoler au loin. Inatteignable. 4 avril 2017, décès de Jean, le premier de notre coopérative.

Mer intérieure — J’ai une mer intérieure qui me produit quelques fois des tsunamis de alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecsentiments. Elle me nourrit autant qu’elle me désespère. Et les bateaux qui y voguent m’amènent vers moi-même. Mes rives sont protégées, mais, en quelques endroits plus ouverts, je peux voir les carcasses de mes amours sombrées dans des formes de métal. Lorsque je me recroqueville, elle se soulève et avec elle la nausée me monte dedans comme dans de mauvais présages. Lorsque je me tiens debout et que je marche, elle fait la grosse et elle érode mes rivages. Couché, je n’entends que des vagues qui lèchent mes parois en me faisant des rêves paisibles. Elle contient tous mes soucis et tous mes espoirs, je suis seul maître à bord de mes circonvolutions. J’ai une mer intérieure qui me dit que j’ai raison de croire et d’espérer.

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Mercredi, la ville toussote… un texte de Marc-André Lévesque

7 avril 2017

Mercredi…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Nous sommes un mercredi. Il vente et le vent a poussé les nuages au jeudi suivant. J’aime le vent qui pousse et ce printemps qui vient, vient aussi avec lui. Le soleil resplendit sur la ville. Ses éclats me font mal aux yeux. Je suis une poussière dans les yeux d’un aveugle qui entend le bruit que fait le vent à travers les branches. Un sac de plastique, pris ente deux automobiles virevolte avant de s’envoler ; il ressemble à un oiseau qui veut partir vers des îles comme lui, au centre des océans. Le vent m’allège. Près de l’immeuble en hauteur, les rafales sont si soudaines autant que fortes que je crois pouvoir partir au vent. Je m’accroche. Je m’ancre à cette rue qui, finalement, me fera sortir du tourbillon. Je me dépose sur le plancher d’un commerce tel une feuille sur laquelle sont écrits les mots d’amour que j’ai envie de dire et redire chaque fois que l’air me pousse les idées par en dedans. Sur un midi ensoleillé, les rênes bien en main, je conduis mes rêves vers les jours qui viennent.

La ville toussote…

9 mars. J’ai ouvert mes fenêtres et la ville a semblé vouloir entrer dans mon appartement pour se réchauffer. Je les ai immédiatement refermées, mon appartement étant trop petit. En bas, sur la rue un couple marche. La femme est vêtue chaudement d’un manteau rouge, le capuchon bien en place sur sa tête. Ses gestes sont gracieux, elle gesticule. L’homme est vêtu de vêtements sombres. Ses vêtements semblent le replier sur lui-même. Il écoute. Les hommes écoutent toujours trop sans vraiment comprendre. Un réflexe de fuite vers une autre planète, qui sait ? Une autre femme plus sombre les suit au loin, elle semble patiner, mais je crois que je me trompe. Le soleil tente vainement de se frayer un chemin à travers les nuages. Pourquoi les marcheurs se vêtent-ils généralement avec des vêtements de couleurs sombres ? Comme des oiseaux de malheur, des corbeaux, des corneilles. Parfois un cardinal ou un geai bleu se mêle à eux en se demandant : « qu’est-ce qu’ils sont venus faire là ? » La ville toussote puis se grise davantage avant d’accueillir une faible neige.

La ville ressemble à une pâtisserie…

Un matin, la ville ressemble à une pâtisserie. Les rues sont recouvertes d’une fine couche de glaçage qui lui donne cet air de biscuits sablés recouverts d’un coulis à la vanille. L’image est belle, mais, à voir les piétons qui se tiennent les fesses serrées pour ne pas tomber, la réalité est moins appétissante. Je voulais me rendre à pied à l’épicerie, je crois que j’attendrai demain. J’irai plutôt visiter cet ami qui, dans le même immeuble que moi, file un mauvais coton. C’est dire que nous ne pourrons assister à certains événements prévus aujourd’hui. L’amitié est plus importante que toutes les représentations. Cet homme est un livre ouvert, j’irai donc faire sa lecture en l’écoutant se souvenir de son enfance, de ceux qu’il a aimés, de ses voyages, de ses connaissances vastes comme le monde et même davantage. J’irai glisser sur ses souvenirs qui me transporteront jusqu’aux miens. La nostalgie ne me fait pas peur puisque je sais qu’elle est en lien avec la réalité actuelle. Je la soigne autant que mon ami qui porte ses 83 ans avec fierté malgré des sautes d’humeur de sa santé.

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Rêves d’été et Neiges, par Marc-André Lévesque…

19 mars 2017

Rêves d’été…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

J’irai mettre mes pas sur une terre glacée. J’enfilerai mes pensées les plus chaudes pour me protéger du vent sibérien. Cependant, en marchant, je ne dirai rien, mais penserai aux robes fleuries de belles dames assises sur un banc public d’un printemps prochain. De celles qui ne se dérobent pas lorsqu’on passe devant elle en leur souriant. Dans ma bulle d’air glacial, je me ferai des cartes de fête que je remettrai à tour de rôle à ces femmes que j’ai aimées. Je leur dirai merci du fond de mon âme d’avoir été là dans ma vie comme dans mes pas. Du seul fait de penser à elles, cela me permet de marcher dans ce froid où je me dirige vers d’autres amours. J’ai cependant encore un chemin à parcourir, il me faut m’aimer avant d’aimer les autres.
Une carpe passe sous un pont couvert, je la vois clairement dans cette eau limpide d’une rivière blanche. Elle paresse entre l’ombre des noisetiers et le scintillement d’un soleil d’été. J’entends des cris d’enfants qui se baignent sous lui. Je regarde par les trous d’aération de la structure. Sur une des poutres, mes initiales sont gravées à côté de celles de mes amis : MAL, JT, GP, RB et GR. Les cris que j’entends sont les nôtres perdus dans l’immensité du temps. La carpe a été attrapée et les enfants ont vieilli, mais le pont est là avec les noisetiers qui longent la rivière. Lorsque mon esprit tend à trop s’envoler, je me souviens de cet environnement qui existe toujours et qui permet de voir ce que nous sommes devenus.

Neige…

Neige sur un vendredi inodore, incolore. Sauf peut-être… ces bruits d’acier qui transpercent de part et d’autre la blancheur du temps créant une atmosphère laiteuse du matin avec une musique ancienne de Mike Oldfield, Tubular Bells, Part 1 et Part 2. J’ai le nez rivé à la fenêtre de ma chambre, je regarde la saison se défraîchir lentement vers la suivante en nous proposant un scénario de retour en arrière. Les saisons sont à la dérive comme les continents et mon regard ne se peut plus de voir celle qui passe et se prolonge sur la ville. La neige qui tombe, c’est mon enfance en noir projetée sur un écran blanc. Les flocons viennent à ma hauteur me saluer en dessinant des signes incompréhensibles, comme si elle était sur le point de son départ. La neige s’accumule sur la rue en forme de nuages. Une femme y passe, légère. Des lumières de freins d’une automobile me font penser à ce Noël passé dans un tête-à-tête avec moi-même. Le froid qui parle à cette fenêtre où mon regard se jette et s’étire jusqu’au plus profond de mes soupirs.

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