Lipstick rhapsodie, un texte de Clémence Tombereau

16 juin 2017

Lipstick rhapsodie

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Je suis sur ses lèvres. Le matin et plusieurs fois par jour. Comme un mot en attente, qui ne dépasse pas cette frontière ténue entre l’esprit et le dit. Sur ses lèvres. Je sais bien que je ne suis pas le seul, qu’elle m’est infidèle, que la nuit, ou d’autres jours, d’autres que moi se posent, dociles, au même endroit.

Je connais bien sa bouche, qu’elle n’aime pas. Je connais les regards qui se posent dessus lorsqu’elle parle ou pas. Je connais le désir qui passe là, provenant de cette bouche, arrivant sur cette bouche.

Je colore cette bouche car elle la veut ainsi, comme pour la protéger, comme pour l’améliorer, la rendre visible. Bouche phare guidant ses paroles autant que les regards. Comme si j’y pouvais quelque chose, moi, à sa timidité, à sa difficulté, fréquente, à prendre la parole. Prendre. La parole.

Je suis son garde-fou, je suis son garde-bouche.
Sa voix irrégulière est parfois inaudible. Comme si, moi, sur ses lèvres, je pouvais améliorer les choses. Donner de la confiance à ces mots, à cette voix qui passe comme un souffle agréable, vent chaud et résonnant.

Ses mots passent par moi avant de se jeter, insolites, dans le vide monde. Monde à bouffer. Monde à embrasser. Elle protège sa bouche pour se protéger, elle.
Elle s’applique pour m’appliquer. Je glisse, je m’étale, n’ayant d’autre objectif, finalement, que de la rassurer sur la valeur probable de ce qu’elle prononce ou de ce qu’elle montre. Elle me donne vie, je lui donne courage.

Je suis sur ses lèvres, elle s’apprête à parler et j’en frémis d’émoi.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Long is the Road… un texte de Clémence Tombereau

26 mai 2017

Long is the Road…

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Photo : AL

Il se produit un curieux phénomène chez beaucoup d’immigrés, ces étrangers ici et étrangers là-bas : à peine franchissent-ils la frontière qui les mène à leur pays de sang, de chair, de vie, que quelque chose en eux se met à circuler plus vite, plus fluidement ; sous leur peau habituée à être ailleurs que là, une espèce de force vive, d’instinct, de sixième sens, se met à grouiller, à bondir, à réclamer sa liberté, ses origines. Un hurlement au fond de l’être, un cri de joie presque animal. Un instinct doublé d’une certitude que cette terre est la nôtre, profondément, malheureusement peut-être, fatalité stupide puisque le lieu de naissance nous choisit plus que l’inverse.

Cela passe par autre chose que la végétation qui change sensiblement. Par autre chose que le ciel dont les nuances se font plus vives. Par autre chose aussi que les parfums, fenêtres ouvertes, qui enlacent tous les sens. Par autre chose que les goûts des mets, pourtant basiques, qu’on bouffe à la va-vite sur une aire d’autoroute.

Cela passe par le sang. Ça trépigne. Ainsi, lors des premiers kilomètres roulés en Italie, le père comme la fille s’arrêtaient de parler : il n’y avait rien à dire et tout à retrouver.

Alphabêta

 Alphabet : n. m. ; liste des lettres d’une langue dans un ordre précis, d’après l’alphabet grec dont les deux premières lettres étaient Alpha et Bêta. Un autre ordre cependant eût été plus amusant et exotique, rappelant vaguement une chanson de Carlos ou d’Annie Cordy : Bêtagamme, Thêtaiô, Êtathête, etc. Ex : «Cela peut sembler un peu bêta, mais l’alphabet est le b.a.-ba d’une langue.»

Arbitre : n. m. : homme payé une fortune pour surveiller des sportifs et se faire insulter. S’il est libre, c’est pire : il peut nous faire faire n’importe quoi. Ex : «Il pleut, c’est ce connard d’arbitre encore.»

Abruti, abrutie : nom con ; n’a rien à voir avec un film de Sergio Leone, bien que l’abruti puisse être bon ou truand — il arrive que l’abruti creuse sa propre tombe. Difficile à décrire, sachez que vous en croiserez beaucoup sur votre route (au travail, à la maison, en famille, à la piscine, au restaurant : l’abruti se répand avec la grâce d’une fiente de pigeon sur le macadam), sous différentes formes, mais toujours caractérisés par une sidérante stupidité. Il demeure une notion totalement subjective, en fonction du libre arbitre (cf. plus haut) de chacun. Ex : «Elle veut écrire un nouveau dictionnaire, c’est vraiment une abrutie.»

Abscons : adjectif ; se dit d’une chose, remarque, raisonnement, discours, qui vous donne un air absent et un peu con. Ex : «Quand tu parles, tout devient abscons.»

Absurde : adjectif ; peut résumer tout ce que vous venez de lire — vous comprendrez donc qu’un exemple serait superflu, mais bon : l’ordre de ce début d’alphabet est complètement absurde.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Fumée et mots affamés, textes de Clémence Tombereau…

5 mai 2017

Fumée et mots affamés

Journal d’une fumée

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecTu me fumes. Tu me fumes et tu ne sais même pas pourquoi. Je ne suis pas une de celles « par plaisir ». Je suis une de celles « coup de nerfs ».
Ils te gonflent le monde. Ils te gonflent tous, là, avec leur univers fermé, recroquevillé, pourrissant. Et, plus le monde te gonfle, plus tu tires sur moi pour te remplir de ma fumée nuisible. Comme si j’y pouvais quelque chose. Je n’y peux rien, mon coco. Je n’y peux rien, mais je t’apaise, n’en déplaise aux médecins, n’en déplaise à l’hygiénisme fade.
Tu me fumes comme tu voudrais fumer le monde, comme si une combustion de la réalité était possible.
Tu me fumes et tu oublies ton café, que tu boiras peut-être après, peut-être froid, peut-être dégueulasse.
Je laisserai dans ta bouche ce goût amer et sec que tu aimes pourtant.

Les mots affamés

Il chuchote. Il chuchote des choses de telle sorte que les choses en question semblent se chuchoter d’elles-mêmes. Un grésillement d’insecte. Un babil d’enfant calme. Une radio mal réglée. Les sons sont si bas que l’on entend autant les bruits que fait sa bouche en les articulant. Un bruit liquide que quelques consonnes durcissent par moment. Ses yeux sont mi-clos, un air grave drape son visage, comme un linceul sur un corps sans vie.

La voix se hisse sur des tonalités plus escarpées : il parle désormais. Ses mains s’agitent et dessinent dans l’air des arabesques roses. Il s’emballe. Son interlocuteur doit s’inquiéter. Son interlocuteur a peur. Son interlocuteur est le vide dans la pièce. À la limite, les chaises, la petite table et le lit écoutent, sans broncher, empêtrés dans leur vie monotone.
Il est debout. Il est droit, le doigt pointé vers le plafond, vers le ciel peut-être. Et les mots sortent lentement de sa bouche. Timides tout d’abord, ils osent dépasser la limite des lèvres gercées. Une lettre après l’autre, comme autant de pattes, les mots bestioles débordent sur son menton, s’embronchent dans sa barbe hirsute, ils risquent de s’y perdre, mais, vaillants, ils surmontent l’obstacle et descendent le long de sa maigre silhouette. Ils arrivent par terre, démultipliés, renforcés. Ils caracolent sur le parquet. Ça crépite. Ça chahute pour se frayer un chemin à travers l’espace. Les mots n’ont pas de sens, sont sans queue ni tête. Qu’importe : ils courent, du sol au plafond. Ils envahissent, ils colonisent le vide. Sur les murs ils grimpent avec ardeur, opiniâtres et indépendants. Ils se faufilent dans chaque recoin, leur sonorité grouille, partout. Partout ils se glissent, aisément, sans demander leur reste.

Lui, il continue, il débite des paroles dépourvues de cohérence. Le grouillement se fait musique, petit concert réservé aux initiés. Les objets ne bronchent pas, tandis que les mots bouffent l’ensemble. Sa bouche n’en peut plus. Les mots sont sur son corps ; ils le dévorent aussi, comme autant de charognards motivés par la faim.

Tu ouvres la pièce. Un homme gît, méconnaissable, carcasse noircie par la parole. Les mots l’ont dévoré.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Prendre la proie, un texte de Clémence Tombereau…

21 avril 2017

Prendre la proie

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

L’amorce n’était jamais facile.

Il y avait le second degré, dont elle était friande.

Il y avait le charme, dont elle n’était malheureusement pas toujours consciente.

Néanmoins sa parade, aussi unique et subtile soit-elle, fonctionnait plutôt bien, quoique trop rarement à son goût.

Avoir la proie sous les yeux.

Mater son cou lorsque le visage se tourne sur le côté. Les fins poils de barbe sur cette peau qui ne demandait qu’à être adorée, baisée, léchée. L’appétissant délice des commissures des lèvres ou bien cette parcelle, là, entre joue et mâchoire. Des centimètres de choses désirables. Ce désir-là se fait cannibale : manger de la peau, dévorer du corps et sentir dans la bouche, sous la dent, ce qu’on nomme plaisir et qui malheureusement s’étend sur des contrées bien plus vastes encore, bien plus innommables.

Sourire malgré l’évidente gêne que le désir violent fait couler sur son être. Arriver à faire deux ou trois blagues, deux ou trois traits d’esprit, tout le cerveau pointé vers une seule cible : le corps de l’autre. Tout le cerveau brouillé par des sens assoiffés. Tout le cerveau qui lutte pour montrer, tout de même, ses belles capacités, ses raisonnements vifs. Et surtout, surtout, se retenir follement, prendre la laisse invisible qu’on enroule soi-même sur notre cou indocile et se faire violence, violence extrême et fausse pour ne pas se jeter sur la proie, l’embrasser, l’embraser, la caresser encore, lui prodiguer comme jamais le plaisir absolu. Cela ferait passer n’importe qui pour fou.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Le meilleur ami (?) de l’homme, un texte de Clémence Tombereau…

24 mars 2017

Le meilleur ami (?) de l’homme…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Photo: Andy Seliverstoff

Parfois, tu lui mets une laisse, voire une muselière, histoire qu’il reste à ta portée, qu’il n’aille pas mordre n’importe qui, n’importe quoi.
Parfois, tu le laisses libre. Alors il saccage tout ou décide, presque par lui-même, de se tenir tranquille, docile dans un coin de ta vie, sauvage domestique.
Il est né avec toi, tu ne le voyais pas. Il a grandi à tes côtés, dans ton ombre, dans ta lumière.
Tu l’as mis au placard, tu l’as même ravalé – saveur particulière.
Tu l’as nourri, puni, aimé et détesté.
Tu l’as abandonné, il t’a vite retrouvé.

Les autres l’ont chargé comme si c’était toi. Les autres l’ont blessé comme si c’était toi. Les autres l’ont aimé sans même s’en rendre compte. Amour à sens unique, amour à contre-sens.
Il lui arrive de répondre, de se défendre, arque-bouté sur ses pattes solides comme des certitudes.
Il lui arrive de s’effondrer, de n’être presque rien.
Il lui arrive de se taire : il se met en sourdine, s’endort dans une niche et se fait oublier.
Tu penses être son maître – l’inverse est aussi vrai.

Quand tu pleurais – il était là.
Quand tu aimais – encore plus.
Quand tu dormais – il fabriquait des rêves.

Il t’attend quand tu rentres, le soir, sur le palier de ton âme. Il se nourrit de toi, de tout, de rien, et de bien plus encore.
Sur le pas de la porte, il t’est fidèle et tu n’as pas le choix car, lui, c’est un peu toi.
Même sur tes vieux jours.
Même quand ta mémoire te jouera des détours.
Dans tes souvenirs amers, dans tes joies trop fugaces, ton ego sera là. Il fait partie des murs.
Et, le jour de ta mort, il viendra avec toi, sans demander son reste.
Vous sombrerez ensemble. Seuls, ton ego et toi.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Adorable Eurydice, un texte de Clémence Tombereau…

9 mars 2017

Adorable Eurydice

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Ses talons claquent et ses hanches balancent. Elle est verrouillée, cadenassée sous ses bras croisés. Chaque pas martèle, scande son désir de marcher — ou de fuir — et toi tu aimerais lui claquer entre les doigts. Ses talons claquent sur l’asphalte autant que sur ton cœur. Tu te fendilles à chacun de ses pas. Claque. Fendille. Jusqu’à quand ton cœur supportera-t-il ? Jusqu’à l’éclatement certain, jusqu’aux bris sur le sol.
Tu craquèles. Tu la suis. Elle claque. Tu boufferais chaque mec qui se retourne sur elle. Tu tuerais pour que ses yeux un jour se posent sur autre chose que le vide alentour.
Elle ne se retourne jamais. Elle sait que tu la suis. Elle s’en fout. Elle a peur. Elle est vide et ne pense jamais à rien, qu’à claquer des talons tout en torpillant ta raison.
Tous les jours le même manège : descente du métro. Clac clac. Tu la suis jusqu’à son bureau. Tu ne sais même pas si c’est là un bureau ou un obscur enfer où elle continue, inlassablement, de marcher, de claquer du talon aigu. Elle claque et la porte se referme sur ton fantasme. Alors tu vaques. Un matin elle n’y était pas. Tu l’as attendue pendant des heures, comme un con, à la sortie du métro, puis devant les portes de l’enfer.
Tu ne l’as plus filée : fini le fantasme. Tu t’es convaincu qu’elle n’existait peut-être pas complètement. Elle a fermé les portes de l’enfer sur ses jambes aiguilles. Qu’elle brûle là-bas, dans ces limbes abscons ! Tu redeviens un homme sain et ton cœur, quant à lui, a fini aux ordures.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Prendre plaisr, un texte de Clémence Tombereau…

24 février 2017

Prendre plaisir

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Aucune vie n’est vraiment facile, et celle d’E. ne dérogeait pas à la règle.

Elle connaissait les coups durs (a-t-on jamais vu de coup mou ?) que l’existence se plaît à jeter sur nos joies.  La mort atroce de son ancien amant était certainement le pire mais il y avait aussi les autres deuils, ceux de notre jeunesse, ceux de notre pleine santé, ceux de ces années vives qui deviennent ringardes quoique reluisantes à nos yeux nostalgiques.  La vie est un deuil quotidien, E. s’était lentement habituée à cet état de fait.
Elle avait perdu sa mère et son père bientôt prendrait la même route.

Elle avait perdu la naïveté subtile de l’enfant bien aimé.

Les joies faciles, lentement, avaient chuté en même temps que les années perdues.

Les sensations s’étiolent lorsque nous sommes depuis longtemps sur terre.

L’enchantement prend la poussière comme un meuble raffiné dont la beauté, à l’époque, ravissait tous les yeux qui aujourd’hui le dédaignent.
La splendeur se fait rare et les satisfactions font leurs difficiles.

Il y avait cependant chez elle, bien loin d’une bête réjouissance ou d’un optimisme niais, une propension certaine à cueillir le plaisir là où il daigne pousser.

Cela se jouait au détour d’un nuage ou au coin d’un sourire.

Le goût du café, parfois.

L’œil sur de la beauté.

La peau contre une chair chaude.

 Chaque jour d’existence, au-delà du monde maussade qu’il nous faut affronter, portait pour E. en son sein un plaisir.

Elle le ramassait comme s’il s’agissait d’un chien abandonné – avec une douceur triste.

Elle le goûtait.

Elle le vivait.

Et le reste, finalement, ne valait pas grand-chose.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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