Rêves d’été et Neiges, par Marc-André Lévesque…

19 mars 2017

Rêves d’été…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

J’irai mettre mes pas sur une terre glacée. J’enfilerai mes pensées les plus chaudes pour me protéger du vent sibérien. Cependant, en marchant, je ne dirai rien, mais penserai aux robes fleuries de belles dames assises sur un banc public d’un printemps prochain. De celles qui ne se dérobent pas lorsqu’on passe devant elle en leur souriant. Dans ma bulle d’air glacial, je me ferai des cartes de fête que je remettrai à tour de rôle à ces femmes que j’ai aimées. Je leur dirai merci du fond de mon âme d’avoir été là dans ma vie comme dans mes pas. Du seul fait de penser à elles, cela me permet de marcher dans ce froid où je me dirige vers d’autres amours. J’ai cependant encore un chemin à parcourir, il me faut m’aimer avant d’aimer les autres.
Une carpe passe sous un pont couvert, je la vois clairement dans cette eau limpide d’une rivière blanche. Elle paresse entre l’ombre des noisetiers et le scintillement d’un soleil d’été. J’entends des cris d’enfants qui se baignent sous lui. Je regarde par les trous d’aération de la structure. Sur une des poutres, mes initiales sont gravées à côté de celles de mes amis : MAL, JT, GP, RB et GR. Les cris que j’entends sont les nôtres perdus dans l’immensité du temps. La carpe a été attrapée et les enfants ont vieilli, mais le pont est là avec les noisetiers qui longent la rivière. Lorsque mon esprit tend à trop s’envoler, je me souviens de cet environnement qui existe toujours et qui permet de voir ce que nous sommes devenus.

Neige…

Neige sur un vendredi inodore, incolore. Sauf peut-être… ces bruits d’acier qui transpercent de part et d’autre la blancheur du temps créant une atmosphère laiteuse du matin avec une musique ancienne de Mike Oldfield, Tubular Bells, Part 1 et Part 2. J’ai le nez rivé à la fenêtre de ma chambre, je regarde la saison se défraîchir lentement vers la suivante en nous proposant un scénario de retour en arrière. Les saisons sont à la dérive comme les continents et mon regard ne se peut plus de voir celle qui passe et se prolonge sur la ville. La neige qui tombe, c’est mon enfance en noir projetée sur un écran blanc. Les flocons viennent à ma hauteur me saluer en dessinant des signes incompréhensibles, comme si elle était sur le point de son départ. La neige s’accumule sur la rue en forme de nuages. Une femme y passe, légère. Des lumières de freins d’une automobile me font penser à ce Noël passé dans un tête-à-tête avec moi-même. Le froid qui parle à cette fenêtre où mon regard se jette et s’étire jusqu’au plus profond de mes soupirs.

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le calepin de Marc-André Lévesque…

26 février 2017

Amour, hiver…

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Je sens encore la chaleur de sa main dans la mienne lorsque l’hiver nous marchions ensemble sur le trottoir du village. Nos pas amoureux nous portaient vers la patinoire où les notes d’une valse de Tchaïkovski tentaient de se mêler à l’air provenant du fleuve. Je ne sais pas comment nous avions pu alors mettre nos patins puisqu’il ne m’avait pas semblé avoir quitté sa main chaude. Nous nous sommes donc retrouvés sur la patinoire tenant encore et toujours nos mains ensemble et nous avons ainsi fait le tour de la patinoire au rythme de la musique. Soudés l’un à l’autre dans une passion musicale, nous avions été transportés dans une autre dimension, seuls au monde, aux confins de nos sentiments. J’ai souvent l’impression que ça a duré plus de 50 ans, un amour qui n’a pas d’âge. Même s’il s’agit de souvenirs, il me semble que je n’ai jamais connu de moments aussi forts depuis et ma main garde toujours la tendre chaleur de la sienne.

Invisible…

Il m’arrive d’être invisible. Ça me permet de visiter des endroits rares. Je ne suis pas le seul àalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec l’être. Il existe plusieurs formes d’invisibilité : celle que nous connaissons le plus, par le biais de légendes, est la forme spectrale, d’autres s’y réfugient pour ne pas se mouiller, d’autres encore sont des manipulateurs nés et ils disparaissent en mentant, moi, je me laisse porter par ma pensée qui me place là d’où je viens et là où je vais, c’est un passage étroit ente la réalité et la mémoire, comme un lieu éclairé par la noirceur. Je suis devenu et en devenir. Je ne suis pas malheureux je peux créer et recréer sans être vu ni connu. J’ai un ami qui dit être capable de sentir ce que vaut une personne qu’il rencontre. Pas en termes d’argent, en termes de sensibilité. Je crois que lui aussi peut avoir accès à une invisibilité. Nous n’y avons plus le même âge, en fait nous n’avons plus d’âge. Ça nous permet d’être plus libres, libres de mouvement. Ce qui est le plus difficile, c’est de voir les peines se dérouler devant nous sans pouvoir intervenir. Avec encore un peu d’exercices, je réussirai peut-être.

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Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le Calepin de Marc-André Lévesque…

13 février 2017

Janvier

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Crédit photo : Sasseville

Janvier — Le 3 janvier. La température nous a fait glisser en 2017. Nous y avons été basculés presque au même moment que les rivages du sud comme du nord furent balayés par les hautes marées. Glissés et saccagés comme un début d’année qui veut nous dire qu’il garde le contrôle sur les jours sombres et les nuits blanches. Nous y avons glissé comme on peut glisser sur une pelure de banane, c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle. On se relève d’un congé. Les chiffres changent mais pas la situation globale qui blesse plus que de tomber sur nos fesses molles des Fêtes. À l’ordre du jour : les médias qui parlent rarement des explications aux choses qu’ils décrivent; le gouvernement qui ne daigne même pas parler des problèmes en région, entre autres, l’érosion des berges, les solutions pour Percé et les villages de la Côte Nord, le Plan Nord, etc.; la situation de notre langue française, les écoles, le développement en général. Nous glissons sur les chiffres et il en ressort le même goût amer d’oubli volontaire. Des coupures idéologiques et des cadeaux idéologiques.

*

Comme si j’étais bûcheron et que je t’écrivais du chantier… —

Salut, ma belle,

Ta dernière lettre a mis beaucoup de temps à me parvenir. La température y est pour quelque chose. On a même manqué de victuailles pour les mêmes raisons. Les hommes commençaient à être impatients. Des tempêtes qui se suivent à la queue-leu-leu, c’est dur pour tout le monde et pour les chevaux qui s’enfoncent dans la neige. Il faut pelleter. Les boss ne comprennent pas ça, ils nous font travailler plus tard pour que la coupe du bois se fasse selon leur plan. Aujourd’hui, tout revient à la normale. On a réussi à négocier un après-midi de congé, pis, là, ben je te lis et je te réponds.

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Tatouage, Ray Mann

Tu as été malade, une chance que la grand-mère est là pour veiller aux grains. La vieille maudite est parfois méchante, mais là je la remercie gros comme elle est. Les enfants t’ont usée, ma belle, et tu travailles si fort. Il ne m’en reste pas pour longtemps au camp. Après celui-là, puis un autre, ce sera le retour définitif à la maison. Tes deux aînés sont maintenant assez grands pour me remplacer, ils se débrouillent très bien, tu sais. Ils produisent presque autant que moi, et certaines journées, plus encore. Nous faisons des concours, je les laisse gagner, tu me connais.
Les hommes sont rassemblés autour de la truie du camp. Ernest a sorti son violon, et il joue de la musique à chanter. Il vient de changer de registre, les hommes sont tristes, le violoneux joue Plaisir d’amour, j’ai de la misère à écrire, les larmes se rendent au bout de mes doigts et la plume file de mauvaises idées. Je m’ennuie, Linda, je m’ennuie vraiment de toi et des filles. Vous me manquez gros comme le Rocher Percé.

Et je pense à notre projet, s’acheter notre petite maison, avoir quelques animaux, des jardins. Être heureux le temps qu’il nous reste. Je te verrais alors sortir chercher les œufs au poulailler avec ton chapeau de paille et ta belle robe fleurie. Je te suivrais en faisant bien attention que tu me vois. Et lorsque tu franchirais le seuil de la grange, là où la paille est si invitante, je m’approcherais doucement derrière toi pour t’embrasser et te jeter sur le plancher.

Je t’aime, ma belle, et je te donne un baiser sur tes seins. Embrasse mes filles pis fais attention à toi.

Ton mari, Paul

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Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

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Le Calepin de Marc-André Lévesque…

17 décembre 2016

Je suis un roseau…

Je suis un roseau. Au vent, je plie dangereusement, mais je ne casse pas. Je suis une crue de  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecrivière, je me dévaste suite à des déversements d’idées préconçues, je suis une marée haute qui érode nos conditionnements inféconds, je suis une tempête tropicale qui frappe les privilèges des possédants, je suis un missile à tête chercheuse qui cible de pauvres amours, je suis une arme qui éclate dans les images faussées de nos médias, une unité de combat qui lutte contre l’hypocrisie, une alarme dans la nuit américaine, une montagne sacrée arrivée à sa date de préemption, une oreille attentive écoutant les raisons de notre désarroi. Je suis un miracle qui veut s’étendre au genre humain et qui se bute à des murs érigés sur la folie. Je suis un amoureux fou de la vie, je me façonne sur la girelle d’une potière, avec ses mains magiques elle me donne le courage d’aller plus loin.

Ce nouveau continent…

Nos déceptions, nos peines, notre naïveté et nos si bêtes amours nous ont fait franchir ce nouveau continent qui flotte au large de nous-mêmes. Nous y avons mis gauchement le pied un matin d’incertitude, où dépassés par les rumeurs du jour, un vent de folie s’est levé en nous poussant toujours plus loin dans l’inconnu. Nous avons cru que c’était solide, mais nos pas s’enfonçaient profondément dans ce que nous avions été, dans nos souvenirs de plastique. Les bruits mouillés qui se faisaient entendre de nos marches sur cette île se répercutaient aux amas de matière qui se formaient. Une pancarte à vendre faisait partie de ce lot incompréhensible. Des gens avaient répondu à ce mauvais appel et bientôt le nouveau continent fut peuplé de ceux qui venaient y flotter pour le reste de leur vie.

Une lumière est allumée…

Tiens, une lumière est allumée derrière cette maison où il n’y a avait aucun signe de vie. Depuis hier dans la soirée, cette maison est éclairée intérieurement et extérieurement. Je ne vois cependant pas âme qui vive. Juste des lumières. Comme si, un système automatisé les allumait et les éteignait. Je ne suis pas voyeur, je remarque les changements qui s’agitent parfois et reculent. Cette maison suggère des drames : une femme y vivait seule, elle a été trouvée morte dans son garage, sa mort ressemble à un suicide, mais qui sait ; un vieil homme y vivait, il était très apprécié de son entourage et surtout des enfants ; d’ailleurs, il mettait sa piscine à leur disposition – la police l’a récemment arrêté pour pédophilie ; une jeune femme a été internée, car elle délirait, elle se promenait sur la rue en pyjama tenant une poupée dans ses bras ; depuis que son mari et son enfant étaient morts dans un accident, elle avait effectué une descente dans les plus bas fonds de la folie ; elle habitait là… Une lumière allumée dans la maison laissait supposer que quelqu’un y habitait, mais je n’en suis pas certain…

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Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

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Le Calepin de Marc-André Lévesque…

14 novembre 2016

Novembre

(C’est avec plaisir que nous accueillons une collaboration de l’écrivain Marc-André Lévesque. A.G.)

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Crédit photo : Caroline Gagnon

Les mois de novembre font partie des moments les plus pénibles de l’année. Comme si des souvenirs contradictoires me hantaient en venant s’échouer sur les plages de mon enfance. Je souris mais derrière mes sourires il y a des images qui empêchent leur entière expression. Des corps au bas de falaises érigées par d’inutiles bagarres, des mots involontaires qui tuent les moments de bonheur, des jambes qui dansent au bout d’une corde raide, des décors de cauchemars dans des rêves d’enfant faits d’astres informes d’un début de monde, le vent qui fait jaillir les vagues mêlées au varech et aux feuilles mortes, les cris amers d’une coureuse des grèves et le vent du nord qui pousse vers la rive les amours éperdues. Les mois de novembre sont pénibles, c’est le renouvellement des idées solidement ancrées au fond de nous qui nous empoisonnent la vie. Et puis, la mort qui guette nos corps en déformation…

Un train

Un train de banlieue défile dans le paysage. Il passe au milieu de l’île, juste à côté de mon regard. Quelqu’un, dedans, lit un roman. Elle est habituée. Au début, elle regardait, mais l’habitude a baissé sa tête au niveau d’une lecture assidue. Les décors bougent avec lenteur, c’est un TPV (train à petite vitesse), qui ira porter le corps de cette passagère à destination, Sainte-Thérèse. Elle débarquera, ira vers son auto stationnée quelque part et arrivera chez elle juste au moment où ses enfants finiront de lire : Le train du Nord, un triller pour enfant en manque de parents. Pendant que tout ceci se passe, le père s’est embarqué vers la même destination, il passe en train au beau milieu des paysages, je le vois, et il va retrouver sa femme et ses enfants qu’il quittera encore le lendemain. Être quitté est devenu une habitude de société : on quitte pour le travail, pour un autre pays, pour un autre homme ou une autre femme. On change même d’heure pour quitter plus tôt ou plus tard selon le cas.

Ton absence

J’ai retracé les objets de ton absence. Ces vêtements jetés pêle-mêle sur le dossier d’une chaise dans la chambre ; ce livre qui gît inutile sur la petite table du salon ; le pot vide dans l’armoire de cuisine, tu y déposais des sous au cas où ; des souliers oubliés à l’entrée de l’appartement ; une note collée sur la porte du réfrigérateur, ta dernière liste d’épicerie ; un cendrier à demi plein ; un vieux parapluie démembré et ce chat qui me regarde en miaulant. Tu as glissé dans le temps en disparaissant sans laisser d’explication. Même lorsque tu parlais de projets, rien ne laissait soupçonner que ton absence en était un. Rien. Ton absence s’est simplement présentée à moi comme un hasard de la vie. Comme notre rencontre. La tristesse a fait place à la déception. J’ai laissé tes traces aux mêmes endroits où tu les avais placées. Bientôt, je les enlèverai en gardant en moi les souvenirs de nos égarements. Sur ton lit d’hôpital, j’ai serré tes mains glacées dans les miennes avant que l’on vienne chercher ton corps pour l’amener dans une partie fermée de ma mémoire.

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Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.


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