Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

4 novembre 2015

La quadrature du cœur

 

Cher Chat,

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Embarquement pour Cythère, Watteau

Et si nous parlions d’amour…
Lui, c’est Adonis. Corps d’éphèbe, il n’a qu’à brandir sa corne d’abondance pour que s’offre à lui le mont Olympechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec de toutes les Messaline, mais l’Amour est son talon d’Achille. Sur son lit de Procuste, seul Morphée réussit à bercer ses chimères.
Elle, c’est Ariane. Elle aimerait prendre l’Amour par les cornes. Il la voit, il rougit, il pâlit à sa vue. Enfin, il cède à ses chants de sirène, mais après quelques bacchanales charnelles, Ariane se prend la tête, finit par perdre le fil et l’odyssée se termine dans des dédales de doutes.
Adonis, Ariane restent seuls, incapables de franchir le Rubicon. Il est des pléiades de solitudes qui rament sans atteindre jamais les rivages de l’Amour. Il est des pléiades de solitudes pour qui l’Amour est un cheval de Troie et qui, craignant l’invasion, deviennent forteresses inviolables.
Permettez, le Chat, que j’enfourche Pégase. Nous partons pour Cythère* y taquiner la muse.
Le mariage a longtemps été une affaire d’alliances entre familles, de transmission de pactole. Cupidon n’étant pas convié, on faisait alors flèche de tout bois pour trouver le meilleur parti et parfois, avec de la chance, le hasard laissait l’Amour pénétrer les cœurs, en contrebande.
Aujourd’hui, alors que la priorité n’est plus de sauvegarder le patrimoine, les plus beaux mariages sont ceux qui se célèbrent sous l’égide de l’Amour. Nous voilà donc délivrés du cerbère paternel et livrés à nous-mêmes. Nous partons, seuls, à la chasse à la Panacée. La quête est herculéenne, le choix draconien, mais on n’en attend pas moins de nous. On nous le clame partout, haut et fort : pour avoir une vie qui vaille d’être vécue, il faut être amoureux. C’est d’ailleurs un refrain que la chanson, mais aussi la littérature et le cinéma entonnent à l’unisson, celui de l’amour qui rime avec toujours.
Alors, que faire ? Comment tomber amoureux pour la vie ? Quels sont les meilleurs auspices ? Les plus belles histoires d’Amour naissent-elles au premier instant ou au fil d’une rencontre ? Le nœud est gordien : doit-on croire à la chimie du désir ou à sa culture ?
Certains prendront le parti de se reposer sur leurs lauriers, persuadés que l’Amour saura les reconnaître parmi des milliards d’élus. Ils attendent, béotiens, de croiser les yeux d’une Gorgone qui saura les méduser. Et le temps passe et se gausse d’un grand rire homérique qui laisse le Narcisse sans Écho.
Pensez-vous être pour quelqu’un l’évidence contre laquelle il ne pourra pas lutter ? Est-on quelque part tout entier dans la peau d’un autre ? Comme une mère reconnaît l’odeur de son enfant, est-ce avec le nez que Mars s’entiche de Vénus ? Si l’attirance est olfactive, si votre cœur danse le sirtaki, vos phéromones, telles cinquante harpies, ne vous privent-elles pas de ce bon sens garant d’une lune de miel durable ? J’ai été, à une époque, un vrai paratonnerre. J’en ai reçu de ces coups de foudre qui, l’orage chimique passé, m’ont dévastée alors qu’aujourd’hui ils me laissent de glace. La passion est souvent épée de Damoclès.
C’est ainsi que certains préfèrent sciemment s’adonner aux délices de Capoue plutôt que d’arracher une victoire à la Pyrrhus. Tel Sisyphe, ils roulent leur désir sur le flanc montagneux d’un corps jusqu’à son point culminant où impuissants à le retenir, ils le regardent dévaler inexorablement. Ils entreprennent ainsi éternellement une autre ascension, ne s’attardant souvent qu’à la géographie des peaux.
La quête de l’Amour prend souvent des allures de supplice de Tantale. Si certains perdent leur calme olympien et remettent leur ambition de trouver l’élu aux calendes grecques, d’autres s’évertuent à ouvrir toutes les boites de Pandore. Je ne jouerai pas les Cassandres. On dit que l’espoir est au fond. Mais Tonnerre de Zeus, la jarre est profonde ! Il y a de quoi finir en disciple invétéré de Bacchus au fond d’une taverne sans jamais en comprendre l’allégorie.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecPeut-être suffit-il alors d’être là, au bon moment. Avec tout son être, sa tête, son cœur, ses couilles. Je ne parle pas ici de bonne étoile, mais de ce que les Grecs nomment le Kairos, l’art de saisir l’occasion au moment opportun. Nous ne sommes pas sortis de la cuisse de Jupiter et, pourtant, nous nous rêvons tous en demi-dieux transfigurés par l’Amour. Je ne suis ni Phèdre, ni Cendrillon, ni Pretty Woman. Et celui que j’ai appris à aimer n’est ni Hippolyte, ni le prince charmant, ni Richard Gere. Alors, peut-être est-il plus facile de repérer l’Amour quand on réalise qu’il n’a pas besoin d’être tragique. Pas besoin d’être parfait. Pas besoin d’être hollywoodien. Peut-être est-il plus facile de repérer l’Amour quand, au contraire, on est prêt à se laisser révéler nos manques. L’élu n’est-il pas tout simplement celui ou celle qui comble ces manques ?
On a tendance à imaginer la quête d’Amour comme une entreprise prométhéenne alors que la réalité est loin d’être épique. En fait, il n’y a rien de plus banal que la rencontre d’un homme et d’une femme, même si nombre de couples taquinent la muse afin de faire de cet instant fragile sur lequel va se construire toute une vie à deux, un moment romanesque et unique. Ne devenez-vous pas un peu poète, le Chat, quand il s’agit de le raconter aux autres ? Et si le secret de la longévité d’un couple tenait justement dans cette capacité à se réinventer, à se revisiter. On peut aussi tomber en amour avec sa propre histoire, non ?
Sur ce, je me retire sur l’Aventin. Cette discussion byzantine a assez duré.
Sophie
*Partir pour Cythère : L’île de Cythère, en Grèce, est le symbole des plaisirs amoureux.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

8 septembre 2014

La chute

 Tu croyais pouvoir endosser tous les rôles à la fois. Schizophrène avertie. Tu croyais pouvoir encaisser tousLes_Fils_qui_nous_lient les coups. Dépasser tes limites. Encore, toujours plus loin. Tu as toujours eu l’âme d’une compétitrice, et pour toi : vouloir c’est pouvoir. Tu voulais tout ça. L’Homme enfin debout, et le monde à vos pieds. L’amour pour bouclier, et la vie pour alliée.

 Tu as tenté d’endosser tous les rôles à la fois. Infirmière. Mère. Amante. Psy. Femme. Pompier. Cuisinière. Médecin. Comptable. Tyran. Punching-ball, aussi. Pour un seul homme, l’Homme. Pour l’aider à rejoindre le sentier des envies. Pour qu’il quitte enfin ce néant. Ce trou béant qui – au fil des jours – s’encombrait d’une vase en laquelle il s’enlisait. Mais, endosser mille et un rôles, ça fatigue. Et lui, l’Homme, conservait invariablement cette même mine défaite. Il semblait vide. Tellement vide. Tu voulais. Voulais souffler dans sa bouche, son nez, ses oreilles, pour le remplir enfin. Ne serait-ce qu’un peu. Ne serait-ce que d’air. Le remplir. Pour rendre la vie à ce triste pantin qui semblait se dessécher petit à petit.

 Tu avais toujours cru, oui, que vouloir c’est pouvoir. Jusqu’à cette rencontre-là. Avec l’Homme. Tu avais beau vouloir, croire, espoir… Ça ou pisser dans un violon, enfin… tu sais. Il restait le même. Indifférent à ta joie de vivre, à tes rires en éclats, à ta légendaire bonne humeur, contagieuse jusque-là. Avec cette même mine défaite. Avachi sur le canapé, dissimulé sous son large survêt. Et, de l’autre côté du miroir. Il y avait ton toi d’hier. Si frais, si léger, si dopé à la vitamine D. Ton toi d’hier qui s’amusait encore d’un rien – il y a une heure à peine – avec ses lunettes roses. Ton toi d’hier qui s’assèche déjà – en cette heure d’après – qui se vide de toute substance. Cette substance dont l’Homme se nourrit.

 mante-religieuse-equilibreAlors, en dernier recours. Comme un dernier soubresaut avant la fin. Tu t’es engendrée secouriste. À lancer, en ce vide qui vous séparait depuis un siècle déjà, une corde. Solide et longue. Tu l’as vu hésiter un instant avant de la saisir. Tu l’as vu également – alors que tu puisais dans tes dernières forces pour le remonter enfin – la lâcher finalement. Jamais tu n’auras su s’il s’agissait d’une maladresse ou d’une sentence. Tu as seulement distingué sa silhouette s’évanouir, en une infinie chute, de ta vie. De ce monde, aussi. Et toi. Toi, tu es restée là. Ta corde entre les mains. Cette corde tout à coup beaucoup trop légère.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnonMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

24 février 2014

IMG_1638Le vieux et la vieille

— J’ai faim ! lance le vieux sans même lever la tête de son journal.

— Mais il est à peine onze heures… marmonne la vieille, affichant une moue contrariée d’avoir dû laisser un instant le tricot de côté pour chercher l’aiguille de la pendule.

— Onze heures ?! hurle le vieux en envoyant valser le journal sur la table du salon.

Et puis, lentement, il pose sur son nez une paire de lunettes. Et puis, lentement, et dans une douleur sourde que trahit son visage, il se lève sur ses deux jambes qui chancellent déjà. Et puis, lentement encore, il avance en direction de la pendule. De petits pas en petits râles. Il s’arrête face à elle, s’appuie contre le mur pour tenter de maintenir son équilibre, et attend. Et attend.

— Mais elle déconne cette pendule ! lance le vieux sans lâcher du regard la grande aiguille qui semble effectivement ne plus vouloir avancer.

— Tu sais, elle n’est plus vraiment jeune… répond la vieille d’un air désolé.

— On n’est plus vraiment jeunes non plus, et on ne s’arrête pas pour autant ! bougonne le vieux dont les deux jambes se mettent à nouveau à chanceler et qui peine soudain à maintenir son équilibre, malgré l’aide précieuse du mur.

— Allez, retourne t’asseoir et terminer ton journal. dit la vieille d’un ton bienveillant.

Et puis, lentement, il détache son regard de la grande aiguille de la pendule. Et puis, lentement, il lâche le mur et fait une nouvelle fois confiance à ses deux jambes qui chancellent de plus belle, pour rejoindre la vieille. De petits pas en petits râles. Et puis, lentement encore, et dans une douleur sourde que trahit son visage, il s’asseoit sur la chaise et reprend son journal. Il enlève de son nez la paire de lunettes et reprend sa lecture là où il l’avait laissée il y a quelques minutes – qu’il ne peut plus quantifier à présent.

La vieille fait son tricot.

Le vieux lit son journal.

— Mais quelle heure est-il alors ? questionne le vieux en rompant soudainement ce silence qui avait repris sa place habituelle dans le petit salon.

— Il doit être onze heures passé… Hier, il était bien midi lorsque nous avons consulté la pendule avant de manger. répond la vieille, toujours absorbée par son tricot.

— Et s’il était déjà plus que midi ? Et si on avait manqué l’heure de manger ? Je le sens, je te dis… J’ai faim ! s’exclame le vieux que l’inquiétude envahit brusquement.

— Mais il est à peine onze heures… marmonne la vieille, affichant une moue contrariée d’avoir dû laisser un instant le tricot de côté pour chercher l’aiguille de la pendule.

Voilà, ça recommence. La vieille perd la boule, à nouveau. Lui, depuis longtemps, ne va plus très bien physiquement. Mais depuis quelque temps, elle non plus n’échappe pas à ce temps qui est irrémédiablement passé – beaucoup trop vite. Pour le moment, ils ont réussi à tenir comme ça. Tous les deux, sans l’aide de personne. Malgré ses difficultés à se déplacer, à lui. Malgré ses oublis, à elle. Mais ces derniers temps, elle oublie de plus en plus souvent. Et dans ces moments-là, il se sent seul, le vieux. Tellement seul. Comme là, à cet instant, où encore elle ne reconnaît plus. Sa vie, son salon et son vieux qu’elle abandonne soudain.

Alors comme à chaque fois, il ne lâche plus du regard cette absente qui ne le voit plus. Et prie aussi fort qu’il le peut pour qu’elle revienne vite auprès de lui. Et attend. Et attend.

Mais aujourd’hui, c’est long. Trop long. Beaucoup plus long que d’habitude, peut-être. En fait, il ne sait pas. La grande aiguille de la pendule ne veut plus bouger. Combien de temps s’est-il écoulé depuis qu’elle est partie, la vieille ? Une, deux, trois… dix minutes ? Une heure ? Plus, peut-être ? Il n’en sait rien. La seule chose qu’il sait, c’est qu’il a faim ! Et qu’elle n’est plus là… Et qu’elle ne revient pas auprès de lui, comme elle le fait d’habitude…

Alors, seul et avec le peu de forces qui lui restent, il lutte contre ces peurs qui l’assaillent de toutes parts. Est-ce que la vie se fige lorsqu’une pendule s’arrête ? Sont-ils condamnés à rester là, coincés en cette éternité qui n’atteindra jamais midi ? Et si la réalité n’était pas ce qu’elle semble être ? Et si la pendule ne s’était jamais arrêtée en réalité ? Et si c’était eux qui n’appartenaient déjà plus à ce temps qui va beaucoup trop vite pour eux ?

Un grognement fait, une nouvelle fois, taire cet insolent silence qui semble, depuis quelque temps, vivre davantage ici que le vieux et la vieille. Il pose sa main sur son estomac en espérant le faire taire. C’est sûr, midi est bien passé : il a faim. Vraiment faim.

img_1712Une larme perle le long de sa joue. Il n’a plus sa force d’antan. Plus la force de se battre. Plus la force de se lever, encore une fois. Plus la force d’aller chercher ses outils dans le placard de l’entrée. Plus la force d’aller réparer la pendule pour lui permettre enfin d’atteindre midi. Plus la force de tendre la main de l’autre côté de la table du salon. Plus la force d’aller caresser la main de la vieille. Parce qu’il le sait, le vieux. Sa main, elle la retirera, la vieille. Avec ce même regard qu’elle a eu le premier jour où elle s’est mise à oublier. Ce regard vide. Ce regard qu’il n’oubliera jamais, tellement il lui avait fait mal. Comme il n’a jamais oublié un autre regard. Ce premier regard qu’elle lui avait offert, le jour de leur rencontre. Ce regard profond qui promettait tant de choses, et qui lui avait fait tellement de bien.

Ce regard qu’il ne verra jamais plus, à présent.

Alors, lentement, il pose sur la table du salon ce journal qu’il avait gardé entre les mains par réflexe, mais qu’il ne lisait plus vraiment depuis bien longtemps. Alors, lentement, il ferme les yeux. Et se laisse envahir, avec plaisir, par toutes ces images, ces émotions, ces souvenirs qui le traversent. L’espace d’un instant. Alors, lentement, il se laisse happer par le sommeil. Avec l’espoir discret que les douze coups de la pendule les réveillent rapidement.

Et déjà, il n’a plus faim, le vieux.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

7 octobre 2013

La débâcle des sentiments

Myriam Ould-Hamouda

Ton regard, tendrement, vient se poser sur ce corps assoupi qui prend la position du fœtus.  Elle semble tellement heureuse, à cet instant.  Un sourire quiet vient parfaire son visage apaisé.  Tu laisses glisser ton doigt le long de ses courbes dévoilées et en recouvres cette douceur que tu avais oubliée, depuis.  Soudain, tu crois la distinguer.  Celle que, par le passé, tu as tant aimée.  Celle qui te portait vers un bonheur insolent.  Celle dans les bras de qui tu n’étais enfin plus seul.  Tu te souviens de ces premières heures, pétries de magie.  Tu l’avais aperçue dans un parc, alors que tu mangeais ton sandwich, un midi.  Tu l’avais trouvée belle.  Tellement belle.  Ce n’était pas ton habitude, mais tu avais semé à ses côtés quelques mots.  Qui ont germé.  Tu l’avais trouvée drôle.  Tellement drôle.  Tu croyais rêver : c’était celle que tu attendais.  Et, ensemble, vous aviez exploré un nouveau chemin dont votre amour esquissait les traits.  Le monde, la foule, le quotidien s’étaient enfin tus.

Celle-là, depuis, est partie.  Tu ne sais pas vraiment comment c’est arrivé, ni pourquoi, mais aujourd’hui l’amour a laissé place à la haine.  Progressivement.  Sans s’en apercevoir, pourtant.  Et la princesse que tu dévorais des yeux hier encore s’est transformée en sorcière qui crache des serpents, à longueur de journée.  Le monde, la foule, le quotidien ont repris leur place.  Bien plus forts qu’avant.  Bien plus cruels, aussi.  Alors, au début, tu as tenté le jeu des concessions.  Tu as essayé de changer pour qu’elle ne montre plus les dents.  Mais la sorcière était toujours là.  Avec sa langue de vipère et ses ongles pointus.  Alors, petit à petit, tu as aussi monté le ton.  As commencé à distinguer ses boutons et son nez crochu.  T’es engendré sorcier qui crache des serpents, à longueur de journée.  Et, sans vous en apercevoir, vous avez dérivé le long des courants venimeux.  D’elle, il ne reste plus grand-chose de la princesse qui souriait.  De toi, il ne reste plus rien du prince charmant qui rêvait.

Ton regard, tendrement, vient se poser sur ce corps assoupi qui semble prendre la position du fœtus.  Tu as l’impression de la retrouver.  Celle que tu as perdue bien trop tôt sur le sentier des bienheureux.  Cette bien-aimée qui a laissé place à cette inconnue qui te traîne aujourd’hui sur la falaise des misérables.  Celle qui, à présent derrière toi, t’imagine déjà rouler le long de ce gouffre infini.  Celle qui, demain déjà, ne tardera pas à t’y pousser volontiers.  Elle semble tellement heureuse, à cet instant.  Un sourire quiet vient parfaire son visage apaisé.  Tu laisses glisser ton doigt le long de ses courbes dévoilées et en recouvres cette douceur que tu avais oubliée, depuis.  Déchiré entre hier et aujourd’hui, tu ne sais plus.  Ne sais plus qui tu es, qui elle est, qui vous êtes réellement.  Des amants ?  Des ennemis ?  Qu’importe, ce soir, elle, tu, vous êtes là.  Comme avant.  Heureux.  Liés par ce fil invisible d’un amour enfoui.  Demain pourra bien s’engendrer qui il voudra.  Pour l’heure, tu souris.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

25 mai 2013

Divaguer sur le crépuscule

  Il ne viendra plus.  Il viendra forcément.  En retard.  Un problème.  Des problèmes.  Des contretemps.  Des accidents.  Ton cœur bondit.

Il a oublié.  Il va venir.  Il ne peut pas oublier.  Il met du temps à se préparer pour toi.  Vendredi.  Les embouteillages de la ville.  On ne sait pas.  On ne sait pas tout ce qui peut se passer.  On imagine.  Le pire et le meilleur.  Il achète des fleurs.  Non, tu détestes ça.  Il te fait patienter.  Il te fait marcher.  Il veut vérifier si, vraiment, tu ne l’attends pas.  Il joue.  C’est une histoire normale et, dans les histoires normales, on joue, tu le sais.  Alors tu continues.  Ta vie comme sans lui.  Ta soirée trop normale.

Tu as la lumière.  Tu as tes lunettes.  Tu as ton livre.  Pourtant tu ne lis que des souvenirs à la place des lignes noires.  Lui évidemment.  Sa peau.  La tienne.  Le reste.  Les étreintes torrides qui épuisent vos sens.  Ce n’est que ça : du torride.

Une histoire normale.  Tu te concentres.  Deux mots.  Une phrase.  Et tu bifurques.  Ta mémoire se plait à se vautrer dans des scènes lascives aux allures de fantasmes.  Te vautrer.  Avec lui.  Avec son fantôme en attendant.  En italien, fantôme se dit « fantasma ».  Les deux mots sont pour l’heure si proches qu’ils sont synonymes.  Car c’est bien son fantôme qui rôde dans ta tête, que tu crois voir passer, là, par la vitre pas nette.  C’est bien son fantôme qui a laissé des traces sur ton cœur comme sur un lit.  Son corps emboité dans la matière.  Son empreinte sur les draps, au matin.  Fantasme.  Fantasma.  Les termes se mélangent alors que, sur les feuilles que tu tournes, les mots n’existent plus ; ils ont fui dans le réel à l’insipide odeur.  Toi, tu es dans le rêve.  « On est dans un rêve. » Tu ne sais plus.  Tu ne sais plus qui, de lui ou de toi, a prononcé ces mots.  Sa bouche ou la tienne.  Ou l’une sur l’autre.  Ou l’une dans l’autre.  Votre bouche unique scellée par le désir.  Votre bouche incendie qui embrase le monde.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments, et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai(Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

7 mai 2013

Tendre obsession

Toc, toc, toc.

Voilà.  J’y suis.  Je considère, impuissant, cette main étrangère cogner contre la porte qui depuis un quart d’heure me fait face.  Cette main étrangère, je crois pourtant la connaître.  C’est la même qui, chaque matin, porte à ma bouche une tasse de café.  La même qui souvent vient effleurer mes lèvres, accompagnée d’une cigarette.  La même qui serre avec force tant de mains par jour.  La même qui jadis effleura avec douceur des courbes vallonnées.  Cette main étrangère, c’est la mienne.  Enfin, je crois.

La porte s’entrouvre.  Un visage au large sourire dévoué m’accueille, l’œil pétillant.  D’une disharmonie tellement à l’heure qu’on la suspecterait d’avoir été répétée au geste près.  Et nos deux mains qui se serrent d’un juste désaccord.  En une cacophonie parfaite.  Le visage qui me fait face semble déjà me murmurer des Ravi que tu sois là alors que d’un fragile rictus j’entame déjà un requiem de Je ne suis déjà plus là.  Cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble soudain se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’elle s’accroche.

Derrière ce premier visage, une vingtaine de silhouettes se dessinent dans le grand salon.  Elles se meuvent avec aisance au rythme d’un brouhaha oppressant.  Je crois avoir connu ces gens-là, dont tous les regards se fixent soudain sur cette carcasse qui me sert de carriole dans la vie.  Je crois avoir aimé ce brouhaha-là, pétri d’éclats de rire et de répliques fuselées.  Il me semble, oui, que ceux-là ont su faire pétiller ma vie jadis.  Jadis, quand Elle était encore là.  Quand ma vie n’était qu’un seul morceau.  Mais aujourd’hui, ces gens-là n’existent plus.  Et ces éclats de rire, ces mêmes répliques, me lèvent soudain le cœur.  Parce qu’aujourd’hui, il n’est plus qu’Elle.  Elle qui n’est déjà plus.

Je traverse cette foule comme un fantôme, sans remous et sans bruit.  Et ils ont beau, tous, ne plus me lâcher du regard, et perdre quelques mots qui piquent contre cette carcasse que les intempéries ont trop usée, je ne les vois, ne les entends, ne les sens pas.  Je rejoins d’un pas lourd et bancal un coin inoccupé de ce vaste appartement qui fait la joie de ses nouveaux propriétaires.  Ce coin-là sera le mien.  Devrais-je leur payer un loyer, à ceux-ci ?  Recroquevillé, j’observe de loin se jouer mille et une scènes qui n’existent déjà plus à l’instant où je pose mes yeux sur elles.  Ont-elles déjà existé, en réalité ?  Puisque déjà voici celle qui occupe tout mon esprit.  Elle.  Mathilde.

Mathilde.  Ma, comme deux lèvres qui se séparent en la faisant déjà leur.  Thilde, comme une langue qui éclot puis claque contre le palais.  La voilà, ma Belle, qui dans la foule, diffuse la seule lumière qui appelle encore mon regard.  Elle qui, depuis des mois déjà, se fait unique cible à la triste flèche de mon existence.  Elle qui, par sa chevelure d’or, illumine encore les hasardeux sentiers de ma frêle espérance.  Elle qui, depuis quarante-huit mois déjà, s’est proclamée conquérante d’un cœur qui n’est plus le mien.  Elle qui s’est substituée à une vie qui n’est plus la mienne.  Mathilde.

— Jean ?!

— Mathilde, ma belle Mathilde…

— Jean, mon beau Jean.  Tu sais que je ne suis plus.  Tu le sais, hein ?

— Je le sais, ma Douce.  Je le sais et pourtant, je ne peux m’empêcher de te sentir là.  Plus là qu’aucun vivant ne le sera jamais.  Ceux qui ont vécu par le cœur d’un autre ne meurent jamais vraiment, tu sais.  Et le mien, à chaque battement, te maintient en vie.

— Je le sais, mon Jean.  Comme je sais qu’en cet ici où j’erre, tu m’apparais encore en rêves…  Je souhaite juste qu’ici-bas, tu sois heureux.  Que tu effleures l’Eden, comme jamais je n’ai pu, par le passé, te le faire effleurer.  Jean, je te veux heureux.  Sans moi.

— Mathilde, ma dangereuse Mathilde…  Rien de ce que tu souhaites, rien de ce que tu n’exiges, ne se verra réalisé ici-bas.  Ici, il n’y a plus qu’une moitié de moi.  Et j’ai beau défier le temps, défier la vie, il me faut réapprendre sans cesse que demain t’ignore déjà…

— Jean, mon délicieux Jean…

Et je distingue déjà, son ombre à Elle, s’estomper au milieu de cette foule qui n’est déjà plus.  Cette foule tellement là qu’elle se confond déjà en un passé qui m’échappe.  Déjà.  Encore.  Cette foule inconsistante à qui désappartient hier.  Et demain.  Demain qui n’est déjà plus.  Demain qui semble déjà tellement trop là. Ici-bas.  Avec cette moitié de moi.  Et cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble à nouveau se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’…  Encore.  Aïe.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

27 février 2013

La voiture de Monsieur est avancée !

Cher Chat,

J’ai beau être immatriculée au Québec, j’ai le châssis indéniablement français.  Je me laisse donc volontiers conduire en état d’ivresse.  Ce que je veux dire par là, le Chat, c’est qu’en amour, je préfère céder mon volant plutôt que d’appuyer moi-même sur le champignon.  Ceci est un raccourci caricatural, je l’avoue, pour vous aider, messieurs, à bien différencier les deux codes féminins de la route francophone.  En effet, si nos panneaux de signalisation sont dans la même langue, française et québécoise, n’imposons pas les mêmes limitations de vitesse.  Il semble que l’homme québécois ait à modérer ses transports, madame risquant de péter une durite si monsieur ose un compliment sur ses pare-chocs.  Le discours courtois puisant donc principalement son essence dans des allusions à caractère sexuel, le mâle, s’il n’est pas beau comme un camion, n’a d’autre choix que de rouler les mécaniques pour espérer passer à la pompe.  Ce sont donc les femmes qui initient les têtes à queues, et en voiture Simone !

Si l’époque n’est plus à la diligence au Québec, il en va tout différemment sur l’Hexagone.  Le vieux continent peine à changer.  On y est toujours soucieux des apparences et du qu’en-dira-t-on.  La Française glousse donc dès qu’on louange sa carrosserie ou qu’on s’extasie sur ses chromes.  Plutôt que féministes, les Françaises se veulent avant tout féminines.  Les démonstrations de coquetterie sont donc toujours très bien cotées à l’argus*.  En effet, pourquoi renoncer à cette ressource traditionnelle qu’est le charme féminin ? Sans qu’il soit leur seul atout, le corps reste bel et bien un itinéraire Bis pour dépasser les bisons, même les plus futés*.  Les Françaises ne sont donc pas sorties de cette logique de séduction, au grand dam des Québécoises qui n’y voient qu’une perte de la dignité féminine.  De même, le mercantilisme français de la nudité hérisse.  Il est hors de question que l’on expose ses organes de transmission pour en faire de la publicité à la télévision québécoise.  Mais, chose paradoxale, si l’image de la sexualité est dégradante, le discours que les femmes québécoises tiennent sur leurs pratiques sexuelles est plutôt cru, étalant sans complexe sur la voie publique, et avec force détails,  leurs expériences de covoiturage.

On trouve donc autant de nids de poules sur les chaussées des deux continents, les airbags québécois n’ayant rien à envier à ceux de leurs cousines.  Par contre, et c’est là toute la différence, le système d’allumage n’est pas le même.  On ne tourne pas de la même manière autour du pot d’échappement.  Si la Québécoise, qui n’a pas sa langue dans sa poche, va au-devant de la vidange en prenant très souvent les commandes du levier de vitesse, la Française doit se contenter de jouer du démarreur à distance.  Les Latins ayant quasiment tous la traction avant, les filles n’ont pas le choix de supporter les dérapages de ceux qui manquent de liquide de refroidissement.  On ne fait pas le premier pas en France.  On n’appuie pas la première sur le starter ou on risque d’être considérée comme une voiture de location.

Une fois le contrôle technique approuvé et au-delà de la chambre de combustion, peut-on dire qu’une des ladies ait un petit côté plus assumé que l’autre ?  Quand la Québécoise garde précieusement le nom qu’elle a reçu de son concessionnaire à la naissance, la Française porte celui de son mari et parfois même celui de son ex qu’elle ne peut pourtant plus sentir.  L’amour est au point mort, l’essai routier a été catastrophique : pourquoi ne pas faire marche arrière ?  Quand la Québécoise gère ses finances, paie sa moitié exacte des comptes de taxe, revendique le partage des tâches ménagères, quelques Françaises se laissent encore entretenir en échange d’un droit de péage.

Si l’idée de parité a quelques kilomètres au compteur de part et d’autre, c’est au Québec seulement que peuvent s’illustrer les chercheures, auteures ou écrivaines.  Je ne sais pas, Le Chat, si j’ai envie qu’on me lise en tant que femme ou en tant qu’homme – si je l’étais.  N’est-ce pas justement une offense à mon écriture qui, même si elle est encore en rodage, voudrait plutôt tendre vers une validité objective et sans préjugés ?  Le masculin embrayant également sur le neutre dans la langue française, il me semble que le droit à l’indifférence des sexes serait la plus belle victoire des femmes, non ?  Pourquoi est-ce que l’affirmation de la spécificité féminine doit passer par l’affirmation d’une différence ?

L’idée de parité est née en Amérique du Nord.  Et cela a permis, il est vrai, d’éteindre de nombreux feux de détresse.  La parité semble cependant plus radicale, sur les chapeaux de roue, plus agressive au Québec qu’en France, et  pourtant, si l’on compte aujourd’hui plus de femmes au gouvernement, on n’entend parler que des hommes.

Cette radicalité ne vous donne-t-elle pas l’impression, cher Chat, que quelque chose se perd en matière de féminité, comme s’il fallait avoir l’air d’une voiture d’occasion pour être prise au sérieux.  Y a-t-il de belles femmes au pouvoir au Québec ?  Soyons objectifs, on fait plus dans la familiale que dans le coupé sport.  En France, les femmes qui font parler d’elles en ce moment briguent la mairie de Paris.  Calandres ultra-féminines, ce sont également trois moteurs à explosion.  On doit leur donner de ce pétillant « mademoiselle », révolu depuis des lustres au Québec.

Si les hommes sont en panne d’accu, si on parle de crise de l’identité masculine, n’est-ce pas parce que la femme nord-américaine persiste à vouloir piloter ses pièces détachées ?

Je suis immatriculée au Québec, mais j’ai le châssis indéniablement français et j’aime à ce que l’on me conduise en état d’ivresse.  N’est-ce pas au vilebrequin de faire couler sa bielle ? Abandonnons parfois la colonne de direction, mesdames, et pensons à pendre nos crémaillères, avant que nos corbillards ne fassent le tonneau.

Sophie, Véhicule Utilitaire sport, année modèle 1965

*Argus : Canadian Blackbook

*Itinéraire Bis et Bison Futé : Dès 1976 en France, le ministère des Transports a développé des actions permettant la répartition dans l’espace des flux de trafic, notamment lors des grandes migrations saisonnières, et à proposé la mise en place des itinéraires Bis qui ont fait l’objet, jusqu’en 2003, d’une édition sous forme de carte : « La carte Bison futé. »

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.

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