Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

21 mars 2014

La nuit où la Lune s’envola

 

La Lune éclairait la Terre.  Démasqués, arbres et buissons amarraient leurs ombres sur la neige.  C’était une nuit d’hiver, une nuit de pleine Lune.  La dernière.

Des mois auparavant, l’alerte avait été lancée.  Un météorite filait droit sur les hommes.  Un monstre de roc, une bête gigantesque.  100 kilomètres de diamètre.  On prévoyait une explosion effroyable, 10 000 fois Hiroshima et Nagasaki réunies.  Là où l’Homme avait échoué, un vulgaire caillou du cosmos réussirait.  La fin du monde.  L’apocalypse.

Ce fut le chaos.  Les pleurs succédèrent aux cris et à la consternation.  La vie disparaîtrait.  Sous les lamentations, onresize moon enlaçait les proches.  Employés et patrons boudèrent les bureaux, les usines, les magasins.  À quoi bon travailler, à quoi bon penser à demain ?  Les pulsions s’affranchirent.  Pourquoi respecter la vie, ce non-lieu prochain ?  On s’enivrait, se droguait, jouissait, vivait ses ultimes fantasmes, tuait, se tuait.  Malgré l’espoir.  Un mince espoir.

Car il y avait une option.  Détruire le monstre.  Ou le chasser.  Unir les nations, lui lancer une pluie d’ogives nucléaires, un tir groupé, un gigantesque boom sur la pierre, une chiquenaude de côté, qu’on espérait suffisante pour le détruire, ou à tout le moins, le dérouter vers les ténèbres de l’espace.

Certains y ont cru.  Les prières foisonnèrent, au cas où Dieu y serait pour quelque chose.  Le jour du lancement, on retint son souffle.  Du moins un instant.  Le choc adviendrait des jours plus tard.  Alors, on scruta l’azur le jour, la voûte étoilée la nuit.  Dans l’espoir…

La déflagration eut lieu.  À des centaines de milliers de kilomètres du sol terrien.  Un tir parfait.  Certains l’observèrent à travers un télescope.  La télé annonça la nouvelle, les réseaux sociaux surchauffèrent.  « La cible avait été atteinte !  Le monstre était maté !  Les calculs le confirmaient.  Le météorite échouerait, raterait la Terre !  Le monde était sauvé ! »

L’humanité en liesse célébrait son génie.  Et sa chance.  Jusqu’à cette langue de feu sur la pleine Lune par une nuit d’hiver.  Obnubilés par les réjouissances et complaisants de soulagement, les savants n’avaient pas prédit le danger.  Consternés, ils constatèrent leur imprévoyance.  Le monstre vivait encore, rageait, se vengerait sur une victime plus petite, mais ô combien précieuse.  La Lune.

Elle décrocha, l’ampleur du choc la propulsant dans l’infini.  Elle devint un point lumineux fuyant une Terre agonisante.  Les poètes pleurèrent son départ, mais minimisèrent l’effet de sa défilade.  Tout de suite, les savants comprirent.  Trop tard.

Lune nuitSans lumière lunaire, les tortues s’égarèrent, les chouettes se turent, les prédateurs connurent la famine.  En l’absence de la gravité de son satellite, la rotation de la Terre devint chaotique, elle oscilla, se désaxa, le soleil se leva et se coucha à des heures imprévisibles.  Les rayons solaires heurtèrent la Terre sous des angles différents, le climat se désorganisa.  En solitaire, le Soleil influa sur le mouvement des eaux.  Tous les jours, à midi et à minuit, les grandes marées inondaient les terres.  Les courants marins se bouleversèrent.  L’eau de l’équateur remonta aux pôles qui s’alignèrent dans l’axe du Soleil.  Leurs températures furent démentielles.  La moitié du globe se couvrit de glace et plongea dans le noir six mois durant.  L’autre moitié devint un désert aride.  Des tempêtes et des ouragans spectaculaires balayèrent le côté glace.  La civilisation du côté désert se recouvrit de sable et de poussière.  Chaque année, aux six mois, les pôles s’échangèrent l’hiver et la chaleur.  Le magma visqueux sous la croûte terrestre ne subissant plus le passage du satellite, des séismes inimaginables ébranlèrent la surface du globe.  La première, la flore disparut.  Les espèces animales s’éteignirent à sa suite.  L’Homme n’y échappa pas.  Sans la Lune, le Soleil domina la Terre, l’attira dans son abîme.

Issue d’un cataclysme, de la collision de la Terre avec un corps céleste, la Lune avait accompagné la planète pendant quatre milliards et demi d’années, la stabilisant, lui attribuant des conditions uniques.  Une atmosphère s’était développée, les océans l’avaient recouverte, la vie avait germé, avait prospéré.  Mais une nuit d’hiver, bouclant la boucle de la fatalité, une insipide pierre anéantit un monde grandiose, la Planète bleue, la Terre, entraînant dans le néant la vie qui y florissait, avec son joyau, l’Homme, sa raison, et sa vanité.

Inspiré de

http://www.radioh2o.ca/vivresanslune/

http://www.futurasciences.com/magazines/espace/infos/actu/d/astronomie-exobiologie-lune-ne-serait-pas-necessaire-stabiliser-terre-34980/

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

© Jean-Marc Ouellet 2014


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

9 mars 2014

Mon premier semi-marathon (réflexions éparses sur la vie et la mort)

Je n’étais pas nerveux ; non, le mot est trop faible.  J’étais terrifié.ADSC_0014

Courir un semi-marathon, c’est-à-dire 21 kilomètres.  À mes yeux, c’est énorme, voire ridicule.  Pourquoi faire cela ?

En même temps, je suis conscient que c’est bien peu de choses comparées à d’autres épreuves.  Terry Fox, par exemple, a couru l’équivalent d’un marathon par jour (42 kilomètres) pendant 143 jours consécutifs.  Et ce, avec une jambe artificielle…

Mon seul but était de terminer, me rendre jusqu’au bout, ne pas flancher.  Me prouver que j’en étais capable.

C’était le 23 février dernier – un jour avant mes 37 ans.  C’était ma façon d’affirmer au monde que je suis en vie, que j’aime la vie.  Que, comparativement à mon père décédé il y a six ans, à l’âge de 55 ans, et qui a passé la majeure partie de sa vie à s’alimenter de manière déplorable et à ne pas faire d’exercice, je suis en bonne forme et j’ai la ferme intention de demeurer en vie.  J’ai été longtemps sur la même pente dangereuse que lui, mais aujourd’hui je peux dire que j’ai complété un semi-marathon.

Je l’ai terminé en deux heures et vingt-sept minutes.  Un très mauvais temps pour tout coureur le moindrement compétitif, mais je suis fier d’avoir été au bout de l’épreuve.  Un jour, je ferai mieux.  Et un jour, je ferai un marathon complet, peut-être plusieurs.  Pour l’instant, je suis simplement heureux d’être en vie.  Grâce à ce sport, qui m’a fait perdre considérablement de poids et regagner l’estime de moi-même, de nombreuses portes se sont ouvertes – et j’ai franchi celle-ci avec fierté.

J’écris ce texte le jour de l’anniversaire du décès de mon père.  Il me manque terriblement.  Je l’aimais de tout mon cœur, et sa voix, ses conseils, sa présence me font défaut.  Chaque année, cette journée est difficile.

Et cette fois, c’est encore plus marquant pour une raison.

J’ai ouvert Facebook en me réveillant ce matin et j’ai vu la photo d’une fille dont le visage m’était vaguement familier dans une rubrique nécrologique.  Et puis, j’ai finalement allumé : cette fille, j’ai travaillé avec elle au début de février.  J’avais alors dégoté un petit emploi temporaire, et nous étions plusieurs à occuper le même travail.  Cette jeune femme, je l’avais remarquée pour son sourire radieux.  Et elle était gentille.  On a échangé quelques mots, sans plus.  Aujourd’hui, je regrette de ne pas lui avoir parlé davantage.

On m’a dit qu’il s’agissait d’un suicide.  J’ignore les détails ; j’ignore tout de sa vie.  Mais l’idée qu’il y a à peine quelques semaines, cette jeune femme de 28 ans avait toute la vie devant elle, qu’elle souriait, me parlait, et qu’aujourd’hui il ne reste plus rien de ce sourire, cela me fend le cœur.

Pendant que je courais mes 21 kilomètres le 23 février et que je vivais une certaine extase en réaffirmant mon désir de vivre, que vivait-elle de son côté à quelques jours de sa mort ?  Quelles étaient ses pensées, ses émotions ?

Ces pensées se bousculent dans ma tête.

deuil-600Je ne comprendrai jamais le suicide.  Ma joie de vivre a toujours été immense.  La vie est une chance.  Tellement de facteurs auraient pu faire en sorte que nous ne naissions pas.  La vie est une opportunité.  Il faut en tirer le meilleur.  On passe tellement de temps à se concentrer sur des choses futiles, à se préoccuper de ce qui ne le mérite pas.

Lors de l’hommage au mort pendant la récente soirée des Oscars, il était frappant de voir le nombre de jeunes gens décédés au cours de la dernière année.  J’ai tellement peur de mourir jeune.  C’est quelque chose dont je suis devenu pleinement conscient lorsque j’étais penché sur le corps sans vie de mon père, il y a six ans.  Mon père qui n’a pas su profiter pleinement de sa vie, qui a travaillé avec acharnement pour une retraite qu’il n’aura jamais connue.

Comme le chantait Ferland : « Je veux mourir ma vie, et non vivre ma mort. »  Je commence à peine à comprendre ces paroles.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique etdecinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant 432295_10151130281416193_857073040_sPeterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de l’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

12 mai 2013

Tu es, tu vis, tu viens au monde…

Emporté par la vague, tu surgis soudain du sombre, de l’humide, de l’obscur.  Porté pour la première fois par des mains étrangères, c’est avec des yeux d’aveugle que tu émerges à la lumière.  Tu es, tu vis, tu viens au monde.  Ta tête roule sur le sable comme un galet ballotté par le mouvement des vagues.  Ainsi commence le voyage.

Enroulé sur toi-même, tu bouges les doigts.  À peine.  Le temps d’un premier souffle.  Le temps d’un premier cri.  La mer a repris le large, et de l’espace du dedans tu n’es plus désormais.  Rompu le cordage qui te reliait à elle ?

Pas encore, pas tout à fait, car du bercement, du clapotis, des jours chamboulés et des tempêtes, du temps où tu n’étais qu’à travers elle, par-devers elle ou malgré elle, ton corps n’aura rien oublié.  Et quand le son de sa voix viendra à nouveau effleurer ton oreille.  Quand dans ses bras tu retrouveras la chaleur de son corps, ta bouche accueillera son sein comme un retour au pays.  Alors tu boiras à la source de celle qui veille, qui berce et qui porte.

Il en sera ainsi jusqu’à ce qu’un matin vienne la lumière.  Jusqu’à cette première fois où tes yeux distingueront enfin son visage penché sur toi.  À partir de ce jour, ton regard se tournera vers elle.  Dans l’attente de son sein.  Dans l’attente d’une étreinte.  Dans l’attente d’être porté à nouveau.  À hauteur d’elle, il y aura le monde alentour.  Et tes yeux chercheront à saisir ce qui se rapproche, ce qui s’éloigne, le mouvant, le fugace, l’ombre et la lumière.

À partir de ce jour, ton regard se tournera vers elle et cherchera son regard.  Plein de promesses.  Câlins et caresses.  Jeux de mains, jeux de pieds.  Jeu du petit homme debout.  Tes pieds posés sur ses genoux.  Tes mains dans les siennes.  À hauteur d’elle, il y aura toute cette vie qui remue.  Les visages qui s’animent.  Les corps qui bougent.  Les rires, les cris, les bavardages.  Et toi à nouveau couché, assis, porté, bercé.  Le temps d’une halte.  Ta tête appuyée sur son bras, ta bouche contre son sein, un matin elle te verra esquisser un sourire et de ta main effleurer son visage.  Elle saura alors que le temps est venu pour toi de toucher terre.  Ce jour-là, tout doucement elle te posera sur le sol.

Sitôt ta main voudra saisir ce que tes yeux voient.  Mais pour cela il te faudra rouler, ramper, avancer à quatre pattes.  En quelques mois à peine, poisson, amphibien mammifère, toi fragile animal humain, tu auras refait le trajet millénaire de la mer jusqu’à la terre ferme.  Et quand, petit quadrupède, tu auras fait mille fois le tour de ta tanière.  Quand tu auras compris que, hors les murs, il y a l’herbe, la boue, la terre, le sable, la pierre, tu comprendras aussi que pour saisir ce monde il te faudra petit à petit t’éloigner d’elle.  Et elle aussi comprendra.

Ce jour-là, tes pieds posés sur le sol, tes mains dans les siennes, tu feras tes premiers pas.  Un pied devant l’autre.  Un premier pas et puis un autre.  Et on recommence.  Le jeu du petit homme debout qui tombe et se relève.  Ce jour-là elle sera avec toi et lui aussi, peut-être, et les autres, et les tiens, et dans leurs sourires tu devineras que tu es désormais des leurs.  De ceux qui marchent.

DSCN2015Bien sûr, tes premiers pas se feront hésitants, chancelants, incertains, mais tant d’autres suivront.  Un pied devant l’autre, et on recommence.  Le jeu du petit homme debout.  Le jeu du petit de l’homme debout qui tombe et se relève.

Ainsi tu iras, pas à pas, jusqu’au jour où ta main captive voudra desserrer leur étreinte, jusqu’au jour où tes pieds s’agiteront impatients de t’amener ailleurs.  Toucher ce que tes yeux voient.  Ce jour-là, tu iras d’un pas souple et léger et tu iras ainsi jusqu’au jour où tu pourras enfin marcher libre et seul.

Désormais, c’est porté par tes rêves que tu surgis de l’ombre.  Et pour la première fois, en posant le pied sur le sol devenu pour toi familier, il te semble émerger à la lumière.  Tu es, tu vis, tu viens au monde…

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

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Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

13 mars 2013

Mon compte est bon !

Cher Chat,

Il parait que vous avez sept vies.  Vous vous en tirez à bon compte.  Moi, je n’en ai qu’une.  Impossible d’envisager des débits différés.  Donc, comme ça fait déjà un bail que j’épargne, je commence à entrevoir l’échéance du terme.  Pour peu qu’on me demande un remboursement anticipé ou, pire encore, que je sois mise en faillite, j’ai intérêt à me payer la traite tout de suite, vous ne croyez pas ?

En plus, et tout le monde est unanime là-dessus, le temps a beau être une expérience subjective, il a malgré tout tendance à s’accélérer quand on vieillit.  C’est la loi du marché : plus l’espérance de vie s’allonge, plus on vit à crédit et plus on a envie de dépenser.  Alors, le Chat, vous imaginez bien qu’à sentir l’hypothèque se rapprocher de son terme, beaucoup ne pensent plus qu’à vivre à découvert et à souscrire à toutes les primes de risque.  Les femmes semblent d’ailleurs avoir un degré de volatilité plus élevé que les hommes et cèdent plus volontiers à cette dictature de l’urgence.  Est-ce la perspective de n’être bientôt plus cotées en bourses qui les encourage à multiplier les transactions quand leurs hommes ont plutôt tendance à toucher tranquillement le fond de leur pension sans trop se soucier de la valeur de leurs liquidités ?

Cessons donc de spéculer dans le vide et interrogeons-nous sur le meilleur régime d’assurance-vie.  Que faire, donc, pour s’en tirer à bon  compte avant d’aller rejoindre un quelconque paradis abyssal ?

RIP* d’accord, mais pas à n’importe quel RIB* !

Vous serez sans doute d’accord avec moi, cher Chat, pour dire que le temps qui court bouleverse les priorités et change les plaisirs.  Si certains vivent sereinement sur la marge accordée, nous sommes nombreux à vouloir approvisionner le plus possible nos comptes avant qu’un « placement » ne s’impose.  C’est qu’aujourd’hui notre conscience du temps est intimement liée à la quantité.  Le problème, mon Chat, c’est qu’on n’obéit plus à sa propre temporalité, mais bien à celle de l’environnement, et l’air du temps est à l’accélération imprimée par les technologies de l’information et de la communication.  Cette hausse du taux d’échange, cette culture du tout de suite ne contribuent-elles pas à rendre les hommes avides ?  Plus besoin de faire la queue, on passe au guichet automatique et on n’a qu’à multiplier les prélèvements.  Ainsi, l’homme change constamment de lieux de vie, d’interlocuteurs, d’activités, de vêtements, d’ordinateurs, de voitures, d’emplois, d’histoires, et il se plaint, à l’approche de son solde de tout compte, que sa vie n’a pas de sens, qu’il vieillit sans fiducie.

Le mouvement ne garantirait donc pas la progression ?  Et pourtant, je dois vous avouer en toute franchise, le Chat, que je bouge moi-même continuellement par crainte de ne pas avoir le temps de tout faire.  Si aujourd’hui, je suis trop loin du compte pour pouvoir me reposer fièrement sur un éventuel patrimoine identitaire, je pense de toutes les façons ne jamais m’arrêter, et ce même après plusieurs gros dépôts d’espèces.  J’aurais l’impression de vivre de ma propre rente viagère.  Je vis donc cette urgence d’émancipation entre jouissance et épuisement.  C’est cette balance des paiements qui nous pend au nez à nous, les « vintages », qui songeons à vivre le présent qui nous reste, trop pleinement.

Mais peut-on vivre intensément le présent à un taux préférentiel continu ?  Permettez, cher Chat, que je m’accorde le bénéfice du doute.  Peut-on générer des profits sans jamais accuser de pertes ?  Ne faut-il pas parfois perdre du temps pour en gagner ?  On dit qu’il faut que les enfants s’ennuient, que c’est bon pour leur construction identitaire, et pourtant l’hyperactivité chez l’adulte est un signe extérieur de richesse.  C’est capital !  On admire toujours les plus belles courbes de rendement, même chez les sujets à caution.  Alors, il faut faire plus, en moins de temps, mais sans que cela ne libère un espace pour l’inactivité surtout, car la notion de perte est bel et bien devenue négative.  Pour preuve, on parle de procrastination aujourd’hui quand on parlait d’oisiveté hier.

L’âge ne doit plus être synonyme de sagesse, mais bien de réussite.  Et c’est ainsi qu’on spécule dans les actions sans penser un seul instant qu’un compte inactif peut aussi générer des bénéfices.  Quand nous signerons le chèque au bois de nos cercueils, l’essentiel sera-t-il ce que l’on a, ce l’on a fait ou qui l’on a été ?

Bien vieillir serait alors se laisser être pour ne pas se laisser avoir.

Sophie

*RIP : Rest In Peace

*RIB : Relevé d’Identité Bancaire

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.

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Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

29 décembre 2012

Les trains qui attendent

Premier janvier. La gare est déserte. Je suis seul. Des trains attendent. Certains viennent d’arriver, d’autres prennent du service. Devant eux, les rails se croisent, se perdent à l’horizon. Où mènent-ils? J’hésite. Je pourrais m’arrêter là, m’établir dans le patelin de la facilité. Non ! Pas pour moi! Alors… ? Il y a celui duquel je descends à peine. La routine, son confort, ses aléas. À quoi bon, il ne roulera plus. Il y a le plus gros, le plus long, ses propres incertitudes, ses promesses d’aventures ou de malheur. Les autres ? Leurs couleurs m’attirent, mais pas maintenant. Pas maintenant. Alors… ?

Deux ans. Cinquante textes. Des bons, des moins bons. Quarante et un mille cinq cent vingt-six mots. Une expérience extraordinaire. J’ai souri, j’ai douté, j’ai rêvé. Écrire n’est pas facile. Trouver le sujet, faire la recherche, trouver les mots. Écrire fait du bien, porte à réfléchir, apprend. Sur le monde, sur soi.

Le cœur gros, j’écris ce billet. Mon dernier.

Une année nouvelle arrive. De nouveaux défis, des gros, des enivrants, des inquiétants. Des choix à faire, des choix difficiles.

La vie fourmille de choix. À chaque instant. Là, en ce moment, vous choisissez de me lire. Qu’en sera-t-il à la fin de ce paragraphe ?

Jusqu’à la fin de l’adolescence, on choisit pour nous. Ensuite, c’est notre tour. Enfin, déjà. On comprend alors. Choisir fait peur.

Je suis privilégié. Des choix se sont toujours offerts. Merci à mes parents, merci à la vie. Terminer le secondaire, le CÉGEP ou joindre le marché du travail. J’ai choisi d’étudier, les soirs, des nuits, de louper les partys avec les amis. Je pouvais être ingénieur, médecin de famille. J’ai choisi la spécialité, l’anesthésiologie. Plus tard, la télévision du salon me courtisait. J’ai choisi de lire. Un soir, je m’assois devant le clavier, je choisis d’écrire. Un roman est édité. Un jour, quelqu’un que j’estime me propose d’écrire des textes pour Le Chat Qui Louche, ce blogue que vous avez choisi de lire. On me laisse libre. Quelle audace ! Quelle confiance! J’ai choisi de foncer, moi, le docteur, de mettre des mots sur un écran pour les autres, de me dévêtir de ma pudeur, de me mettre à nu sur tout et sur rien. Une expérience grandiose. Mais toute bonne chose a une fin. Le contexte change, le temps passe, d’autres choix s’offrent. Des défis à trier. Des décisions déchirantes pour les priorités du moment. Des choix difficiles.

Je choisis de descendre du train, d’en prendre un autre. Je choisis de quitter le Chat Qui Louche, à titre de chroniqueur régulier. Je choisis de décevoir mon mentor, et ami. Je choisis de me concentrer sur ma profession et ses engagements. Je choisis de lire pour lire, d’écrire sans tombée.

Car j’écrirai encore. Entraîné dans la marmite, je ne peux en sortir. Des textes passeront, ici, ou ailleurs. D’autres livres peut-être. Et qui sait, en enfant prodigue, je choisirai peut-être de revenir aux loucheries régulières.

Chers lecteurs, merci d’avoir choisi de me lire, de m’avoir encouragé. Vous étiez nombreux, je le sais. Vos commentaires me manqueront. Vos « J’aime » aussi. Les choix portent à conséquences. Écrivant ce dernier texte, j’ai l’impression de vous trahir. Vous me pardonnerez sans doute. La vie est comme ça. Et il y a tant de talent dans ce magazine ! Cette idée me console.

Aucun mot n’évoque la gratitude que je ressens pour l’homme qui a cru en moi. Mille mercis, Alain. Pardonne-moi de partir. Un jour, quand je doutais, tu m’as écrit : « Tous les métiers s’apprennent. » Tu avais raison. J’ai écrit, j’ai appris. Sans toi, ma vie d’auteur se serait éteinte au premier livre. Aujourd’hui, ça continue, mais autrement. Merci pour tes conseils, tes encouragements. Je te dois ces réflexions avant les mots. Et à réfléchir, on devient quelqu’un. À jamais, je t’en serai reconnaissant.

Bientôt, une année nouvelle. Des trains attendent. Nous en partagerons un. Je serai là, avec vous, tous les deux jours, je choisirai de lire Le Chat Qui Louche.

Bon voyage 2013.

(Cette fin d’année est triste. Le Chat perd un collaborateur fidèle, et je ne connaîtrai plus cette proximité du travail aux quinze jours avec celui que je considère comme un ami. Jean-Marc Ouellet apportait dans notre blogue une rigueur scientifique mariée à une curiosité insatiable. Il travaillait avec acharnement à rédiger des articles très informatifs et documentés, dans un style concis et clair, qui correspond à sa personnalité franche, sans détour. Son humanisme ressortait de chacune de ses interventions. Depuis deux ans, il a été un des piliers de cette aventure littéraire que représente un magazine littéraire électronique. Tu vas nous manquer, Jean-Marc. Mais la porte t’est toujours ouverte… Je pense parler aussi pour tes lecteurs et lectrices en te souhaitant la meilleure des chances dans toutes tes entreprises. Bon vent, mon ami. AG)

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

20 novembre 2012

Le manège

Au milieu de la place du village, le corps de Jeanne suit harmonieusement les mouvements de son fidèle destrier qui trotte.  Trotte.  Trotte en rond.  Blottie dans son carrousel, elle observe le monde défiler, derrière son regard qui ne lâche pas l’horizon, sans jamais s’y confondre.  Le monde tourne.  Le carrousel tourne.  Jeanne tourne.  Sans que jamais aucun grain de sable ne vienne se glisser dans les rouages de ce mécanisme bien huilé.  Devant elle, un bel homme aux cheveux couleur blé se tient droit sur sa monture, se retournant de temps à autre pour échanger avec elle quelques regards baignés de tendresse.  Derrière elle, un rire éclate.  Un rire vrai.  Un rire d’une fillette de huit ans.  Comme hier et comme demain, aujourd’hui tourne rond.  Sans jamais aucun carambolage, cette farandole de chevaux trotte gaiement.  Jeanne perd un sourire contre l’horizon, les cheveux au vent.

Du haut de ses soixante-dix printemps, Jeanne avait opté pour ce manège-là, à l’automne de sa vie.  Qui l’eut pensé, quelques années plus tôt… certainement pas elle !  Elle se souvient…

Ses premiers pas, elle les avait faits sur cette grande roue qui l’avait accompagnée durant les trente premières années de sa vie…  Trente ans à tourner en rond !  Cinq ans à effleurer le bonheur du bout des doigts, lorsqu’elle parvenait au sommet.  Cinq ans à gésir au plus bas, accompagnée par une impalpable douleur.  Et le reste du temps, à s’emmerder profondément, dans cette vie qui tourne en rond. Elle avait glissé dans la vie, comme on l’y avait poussée, sur cette piste délimitée qui ne laissait place à aucun imprévu.  Elle avait suivi les études que ses parents avaient voulu qu’elle suive.  Et, comme papa, ce furent des études de droit.  Droit, comme son dos auquel on ne consentait aucun répit sur la grande roue de sa vie.  Elle avait eu les passions qu’on lui avait dictées.  Et, comme dans les rêves de maman, elle fit de la danse classique.  Les cheveux toujours tirés pour se rassembler en un chignon arrondi.  Sans jamais tenter un pas dans sa propre vie, elle avait tout bien fait, comme on lui avait dit.  S’engendrant prolongement de papa, avocate renommée.  Réalisant les fantasmes inassouvis de maman, en tant que nouvelle Étoile.  Plaire à papa-maman, plaire à l’instituteur, plaire à ses camarades, plaire à son patron, plaire aux hommes…  Sa vie avait été conduite par ce besoin d’être aimée à tout prix.  En s’y oubliant au passage.  Elle avait été celle qu’on voulait qu’elle soit.

Et puis, le jour de ses trente ans, ça l’avait prise un matin.  Alors qu’elle s’examinait dans le miroir avant de revêtir son masque du quotidien, elle avait distingué cette petite fille qui semblait se débattre.  Cette petite fille qui rêvait d’une autre vie.  Une vie où chaque chose n’est pas à sa place, où l’on n’est pas ce que l’on attend de nous, où une vibrance emporte loin, très loin, de ce monde qui tourne en rond.  Et, ce matin-là, elle avait jeté à la poubelle son masque et avait plongé en ce grand huit pour enfin devenir elle-même.  En un nouveau monde baigné de sensations fortes, elle avait troqué le domicile familial pour un appartement en ville, avait délaissé sa carrière au barreau pour une bibliothèque, en laquelle elle contait toutes ces histoires qui la faisaient vibrer.  Elle avait également abandonné ses ballerines pour d’autres souliers qui se transformaient au gré des rôles qu’elle revêtait dans la troupe de théâtre qu’elle avait rejointe.  Et elle riait, face à l’absurdité de la vie.  Elle qui avait quitté ce rôle endossé depuis de trop longues années, s’amusait à présent à se cacher derrière une Juliette, une Electre, une Antigone…  Elle riait, d’un rire d’enfant.

En ce grand huit qui galopait en une course effrénée, elle vivait enfin la vie dont elle avait toujours rêvé.  Étreignant le bonheur de toutes ses forces, crevant mille et une fois dans les bras d’une douleur vive.  Elle était heureuse, avait mal, mais pour de vrai !  Pour la première fois de sa vie, elle avait le sentiment de vivre pleinement chaque instant de sa vie.  Un jour d’ailleurs, elle avait atteint le sommet le plus haut.  Et le wagon s’y était immobilisé un temps.  Grâce à cet homme qui avait ouvert les portes de sa bibliothèque, ce jour-là.  Ses cheveux couleur blé avaient fendu l’air pour rejoindre le rayon poésie.  Le rayon préféré de Jeanne.  Elle l’y avait rejoint.  Et ils avaient échangé quelques mots, de longs baisers, partagé un bout de chemin et une petite fille.  Huit ans plus tard, ce monde qu’ils avaient bâti ensemble s’était écroulé en une ultime descente furieuse, en ce grand huit d’un bout d’vie.  Un camion poubelle avait renversé leur petite Fanette, la chair de leur chair, leur revanche sur la vie aussi.  Lui, avait survécu un temps en cette insoutenable douleur sans jamais pouvoir la dompter, terminant sa course contre le caniveau creux.  Elle avait vivoté, tant bien que mal, face à ces coups bas du destin, en regagnant sa grande roue d’antan.  Tantôt en haut, tantôt en bas, mais pas vraiment.  Et elle avait poursuivi son chemin ainsi…  Vibrer avec intensité faisait bien trop mal, en réalité.

Et puis, le jour de ses soixante-dix printemps, ça l’avait prise un matin.  Alors qu’elle s’examinait dans le miroir, tentant d’effleurer, pour la énième fois, ce factice bonheur, elle avait distingué cette vieille femme pétrie de sagesse qui semblait lui murmurer quelque chose.  Quelque chose qui ressemblait à un Rejoins-nous !  Et, ce matin-là, elle avait écouté cette voix et avait jeté à la poubelle sa vie d’aujourd’hui pour plonger dans le carrousel d’un autre temps.  Un autre temps où Lui, cet homme aux cheveux couleur blé la baignait encore d’un Amour inconditionnel.  Un autre temps où la petite Fanette parsemait encore ses rires vrais un peu partout, dans toute la maison, dans sa vie, dans son sang.  Un autre temps où elle ne cessait d’étreindre le bonheur de toutes ses forces.

Au milieu de la place du village, Jeanne perd un sourire contre l’horizon, agrippant d’une main cet homme aux cheveux couleur blé, et de l’autre la petite Fanette, les cheveux au vent…

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Milan, Par Clémence Tombereau…

12 octobre 2012

Avant que la bulle n’éclate

  Je me sens tout petit.  Que je suis bien.  Au chaud je baigne dans un paradis liquide dont l’épaisseur renferme toute la douceur du monde.  Je flotte.  Je repense à ma vie qui me semble étrangère.  Je crois que je deviens autre.  Je suis tellement petit.  Tellement au chaud.  Tellement mieux que cette coque vide sur son lit d’hôpital, à voir les miens chialer, me parler, me retenir comme si j’étais au bord d’un gouffre, leurs pleurs comme autant de cordes qui voulaient me sauver.  Je voulais leur dire, leur crier que je les aimais.  J’étais déjà parti.  Ne restait qu’une carcasse encore tiède au regard fixe et vide qui effrayait ma fille – dont j’ai malheureusement oublié le prénom et presque le visage.  Ils ne pouvaient rien faire.  On ne peut jamais rien faire.  On finit toujours par mourir, la vie m’aura au moins appris ça.

Je flotte.  Je m’étire doucement au son du monde qui me paraît si loin, amorti par le coton obscur qu’est le ventre de ma mère.  Les voix ne veulent rien dire, s’escriment à parler, et je ne comprends rien.  Une mélodie molle.  Il y a du monde.  Il y a une bête qui pousse des petits cris.  Un chat ou un oiseau.  Les sons trompent mes sens.  Tout est atténué.  Rien n’est grave.  Je n’existe pas encore.  Il me plait de donner, de temps à autre, un coup de pied rageur pour prouver que j’arrive, et je sens dans ma mère que je ne connais pas encore gonfler un bonheur fugace, une certitude qu’elle chérit : elle porte la vie.  J’imagine son sourire que j’aime déjà.  J’écoute sa voix, étrangère.  Je sens passer sa main sur ce ventre gonflé.  J’ai envie de l’embrasser.  Je veux mieux la connaître.  Je ne veux pas sortir.  Je suis tellement bien.  Tellement protégé des aléas du monde.  Tellement vivant alors que pas encore.  Presque.  Presque seulement.

Je bouge à son rythme, me balade avec elle.  Elle me met de la musique et, dans l’antre idéal où je vis, une somptueuse symphonie me ravit à en pleurer.  Mon autre vie s’efface en délicats lambeaux et, si petit que je sois, je me fais une promesse à moi-même : cette fois-ci je ne passerai pas à côté.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit actuellement à Milan, en Italie.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concouJrs littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rouge-déclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous que vous auriez intérêt à visiter :http://clemencedumper.blogspot.com/  (Clémence Tombereau vient de publier aux Éditions du Chat Qui Louche Fragments, un recueil de billets que vous pouvez vous procurer en version numérique pour un prix plus que modique à l’adresse suivante : http://www.editionslechatquilouche.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


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