Mélasse de la poésie et pauvreté intérieure, par Alain Gagnon…

1 février 2016

Notes de lecture…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Ces lignes de Léopol Morin, musicien et musicologue, décrivent avec pertinence un des défauts majeurs de notre littérature québécoise – poésie surtout – qui souvent se vautre et se perd dans les Causes et la mélasse des bons sentiments, depuis plusieurs décennies.
Comme si la sincérité pouvait excuser le manque de génie ! Ce serait trop commode ! Quelles bêtises, quelles pauvretés et quelles misères n’a-t-on pas excusées au nom de la sincérité ! […] Ne croyez-vous pas comme moi que les artistes au cœur trop gros, au cœur toujours ouvert et en ébullition, ont fait prime trop longtemps ? (Léopol Morin, Musique, vol. 1.)

*

Si nous croyons être nés de la volonté divine, avoir honte d’exister n’est-il pas le pire des blasphèmes ?
Nous pouvons avoir honte de certains comportements ou de certaines attitudes, mais de notre humanité même ? Jamais ! Nous sommes entrés dans ce monde sans préavis ni consultation… À ma connaissance limitée.

*

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecNous sommes la civilisation de la pauvreté. De la pauvreté intérieure. On a vidé notre monde intérieur de toute référence au sacré. Nous demandons donc à tous et à tout de nous divertir, de nous distraire, de réduire au silence les échos harcelants de nos vides intimes. Du réveil au coucher, nous faisons appel aux bruits, aux néons, aux gadgets, aux communications à l’aveugle, aux agitations politiques et morales… Aucune quiétude ne doit permettre au Soi de manifester ses exigences.
Activisme et agitation. À tout prix ! L’inactivité est un fardeau, une torture où triomphe l’angoisse. Les centres-villes et ses soleils, dorés ou noirs, qui courent et ardent sur deux tours d’horloge, sont les refuges vains, mais recherchés par tous ceux qui se fuient.
Et on se déplace, chevauchant les fuseaux horaires, pour toujours se retrouver face à soi qu’on étouffe, et qui exige de naître.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Imagination, Chesterton et Jacques Parizeau, par Alain Gagnon

26 janvier 2016

Notes de lecture…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

L’imagination, c’est une pensée qui a du corps. (H. Justin)

La poésie qui oublie ce corps devient éthérée, sans prise sur le réel — ni quotidien ni absolu. La poésie qui oublie la pensée oublie le chant, et se fait oublier de lui : elle demeure simplement vulgaire, sans envergure, sans durée.

*

Les faits, me semble-t-il, indiquent toutes les directions comme des milliers de ramilles sur un arbre. C’est seulement la vie de l’arbre qui a de l’unité et qui monte. C’est seulement la sève qui jaillit comme une source vers les étoiles. (Chesterton)

Chesterton illustre bien cette vérité : sans le Dessin Intelligent qui l’anime, le réel serait néant.

*

Ils (mes parents) n’aimaient pas, ni moi, d’ailleurs, le mot « tolérance ». Ce mot était pour eux une espèce de condescendance vis-à-vis de l’autre. Ils préféraient le mot « partage », pour le partage de la nationalité, des ressources matérielles et de tout ce qui peut se partager entre humains qui se respectent. C’est le principal héritage que j’ai reçu d’eux et que j’ai cherché à promouvoir toute ma vie. (Michel El-Khoury, politicien libanais, in Ils ont vécu le siècle, Mélanie Loisel.)

Bonne distinction… La tolérance réduit l’autre au rôle de sujet passif. La participation en fait un égal. À ruminer en ces temps de frontières qui éclatent.

*

Vous doutez toujours, mais, le doute, c’est la liberté. Et le défi de la liberté, c’est de le relever avec sa conscience… (Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, in Ils ont vécu le siècle, Mélanie Loisel.)

À l’inverse, la certitude serait l’ennemi de la liberté ?…

*

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe pense cependant que l’on a fait une grosse erreur en fermant les écoles normales. On n’aurait pas dû confier la formation des maîtres aux universités. Ce n’est pas dans les universités que l’on apprend à enseigner à des enfants du primaire et du secondaire. (Jacques Parizeau, ancien PM du Québec, in Ils ont vécu le siècle, Mélanie Loisel.)

À l’intérieur des facultés d’Éducation, on apprend à apprendre… aux autres. Les apprenants sont des récepteurs plus ou moins passifs, et la matière importe peu. Aucune pédagogie ne remplacera la passion d’un enseignant enflammé par la matière qu’il transmet.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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G-20, temps et poésie, par Alain Gagnon…

23 novembre 2015

Actuelles et inactuelles…

Post-attentats de Paris — Voici ce que j’aurais dit à Justin Trudeau et à Stéphane Dion si j’avais été en Turquiechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec pour le G-20 :
— Lorsque le feu est dans la friteuse, ce n’est pas le moment rassembler un conseil de famille, ni de penser à organiser une formation pour les pompiers : on l’éteint !
Le Canada est devenu un long navire qui dérive sans capitaine.

*

Je voudrais mes poèmes espace. Immuables, hors du temps. Le temps est un legs du dix-neuvième siècle. Taylor, Hegel, Darwin, Marx : chaîne de montage, histoire sacralisée, évolutionnisme, matérialisme dialectique… Ce siècle est le siècle du temps. Cet intrus nécessaire à l’imperfection.

*

La poésie, c’est quoi ?
— Traverser une ville, une fin d’après-midi d’octobre, alors qu’aux fenêtres s’allument les lumières.
— Les septembres chauds des classes à cahiers mauves et les soirs hâtifs aux lunes montantes des équinoxes.
— Ces barges aux fous pavillons verts qui glissent sur le fleuve en une nuit de novembre.
— Ces chiens qui aboient aux nuits lentes et pivelées d’étoiles.
— Boire sa colère aux membres difformes et aux crânes rasés des enfants croisés de rouge.
— Ces fenêtres sombres : yeux ensommeillés des maisons endormies.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecNous sommes la première société où, par les jeux statistiques des sciences sociales, l’humain idéal est l’humain moyen, évalué par des courbes normales et encensé par le discours public. S’en dégagent le culte de la prévention et un jeu de cache-cache avec l’inéluctable mortalité : boire peu, manger peu, courir, faire de l’exercice, assurer sa retraite, ses vieux jours, comme s’ils devaient s’étirer éternellement. Tout cela sous le sourire niveleur de la liturgie publicitaire. Sans exigences lourdes, nous vous conduirons au bonheur.
Je n’écris pas pour ces gens. Je n’écris ni pour les pauvres ni pour les riches. Mes poèmes demandent un effort — mot honni ! J’écris pour ceux ou celles qui ont le désir et le courage d’explorer ces marges chatoyantes où univers et conscience se rencontrent, se testent, s’apprennent, s’étudient, s’éprennent et s’étreignent parfois.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Poésie, lois et Socrate…, par Alain Gagnon…

1 septembre 2015

Actuelles et inactuelles…
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

La poésie affirme, montre ; elle ne démontre pas, ni ne prêche.  Elle ne s’explique pas – ne se justifie pas.  D’autres formes existent pour ces discours nécessaires.

Les poètes chantent, et c’est leur force.

*

L’authenticité – qui est respect de soi – exige force et volonté.  Ces vertus s’apprennent beaucoup par l’admiration.  La littérature d’Homère offrait, entre autres, Ulysse comme modèle.  À quels modèles ont droit les jeunes du Québec ?

*

L’art comporte son côté yin et son côté yang.  Une partie surtout passive – qui reçoit le travail d’un autre ; et une partie active – qui l’a créé.

Le spectateur accueille la dramaturgie ou la fiction écrite tout en la réinterprétant.  Celui qui a choisi la forme est le créateur.  Il a choisi celle qu’il croyait convenir à son propos ou à son talent.  Les spectateurs, lecteurs, auditeurs choisissent aussi leurs formes.  En préférant un mode d’expression à un autre, un auteur à un autre, le roman à la nouvelle, etc.

Chacun trouve la forme qui lui sied.  Pour créer ou recevoir.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecRelecture de l’ouvrage de Diogène Laërce sur la vie de philosophes antiques.  Il rapporte cette parole de Solon, législateur d’Athènes et l’un des Sept Sages :  « Les lois ressemblent à des toiles d’araignées :  si un insecte faible y tombe, il est enveloppé ; un plus fort les brise et s’échappe. »

Peut-on trouver plus actuel ?  Les techniques se démodent, mais les jugements sur les comportements humains et les faits sociaux modifient leur vocabulaire, mais ne se démodent pas.

Toujours chez Diogène, cette citation d’un philosophe sur le langage :        « Myson disait que ce n’est pas dans les mots qu’il faut chercher l’intelligence des choses, mais dans les choses celle des mots, parce que les mots sont subordonnés aux choses, et non les choses, aux mots. »

Et cette autre citation sur Socrate, qui engendre des réflexions pour une vie sur l’art :  « Socrate s’étonnait de ce que les statuaires fissent tous leurs efforts pour façonner la pierre à l’image de la nature, et se donnassent si peu de peine pour ne pas ressembler eux-mêmes à la pierre. »

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Actuelles et inactuelles, par Alain Gagnon…

20 janvier 2015

Politique et arrière-cour…

Remèdes et politique — Il existe des remèdes trop forts. Théoriquement, ilschat qui louche maykan alain gagnon francophonie pourraient guérir une affection ; toutefois, l’état général du patient fait qu’il en mourrait. On s’abstient alors de les administrer. On attend que l’organisme soit en meilleure condition ou on offre un médicament de rechange.

De même en politique ? Certaines vérités ne sont pas bonnes à dire ? Elles traumatiseraient le corps social et causeraient plus de tort que le mal à dénoncer et guérir ? On les tait ; on se les confie sous le manteau ou autour d’une table entre esprits libres, mais faillibles — et timorés peut-être.

L’œil du poète — Dans mon enfance et mon adolescence, je chassais. En compagnie d’adultes, dont mon oncle Wilfrid. Lorsqu’on approchait d’un étang où reposaient pilets et sarcelles, ce dernier disait : « Ne les regardez pas droit dans les yeux. Regardez-les du coin de l’œil. Autrement, ils vont sentir qu’on est là. Ils vont se sauver. »   Il fallait donc regarder de biais. Ne pas les fixer.

Les poètes et les peintres regardent comme ça. Sans scruter. À la dérobée. Pour ne pas effrayer le sujet — ou l’inspiration. Pour en dire davantage sur les contours et les alentours.

Cour arrière — Toute une faune pour quelques dollars. Deux mangeoires, des chat qui louche maykan alain gagnon francophoniegraines diverses, et de tournesol, quelques arachides quotidiennes.

Les geais, surtout. Les plus bruyants – et de loin ! Qui non seulement piaillent et superposent leur bleu à celui du ciel, mais de plus exigent au petit matin que nous sortions dans le froid pour les nourrir, polissons.

Et ces mésanges, discrètes filles au bandeau noir. Elles se posent en silence, choisissent et retournent au bosquet où, on me dit, elles emmagasinent.

Toutes ces vies, ces joies animées qui nous côtoient et dont nous ignorons tout. Sauf ce qu’en disent les manuels.

L’auteur

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

6 janvier 2015

Espèces fragiles de Paul-Marie Lapointe

 

       Paul-Marie Lapointe est à mon avis le plus grand vers-libriste que nous ayons eu chat qui louche maykan alain gagnon francophonieau Québec. Poète jouissant d’une grande inventivité verbale, il a su creuser jusqu’en leur ultime profondeur les sources du langage, ce dont témoigne son œuvre dès son premier recueil de 1948, Le vierge incendié. Dans Espèces fragiles, son dernier ouvrage, Lapointe atteignit un sommet que ne peuvent que lui envier tous ceux qui s’adonnent à l’art difficile d’écrire des vers. Dans Terres brûlées, la première partie du livre, c’est tout une mythologie et une historiographie fantastique à laquelle nous sommes conviés. Dès le premier poème (Île sèche), on est frappé par la puissance et la beauté des vers :

                           le mirage en désert s’agite

                            oasis de sel où chassent les requins

                            parmi les palmes d’éternité

                            vertes et lentes

La seconde partie, Stèles, contient de très beaux tombeaux, dont celui intitulé Coltrane, qui rend si bien une certaine fureur du jazz moderne et l’âme du grand jazzman qui révolutionna son art. Mais jugez-en par vous-même :

torrent torride l’

arcane d’acier fuse

bataille et bouscule

                               blessure de l’

âme alarmée qui

rage refuse et rêve

nirvana nébuleuse noire qu’

appelle à l’adoration

Coltrane

          ouragan

oraison

souffle suprême

Grand chercheur d’absolu dans la beauté du verbe et des choses (l’auteur parle d’ailleurs si bien de la nature), Lapointe sait également décrire l’objet évanescent avec beaucoup de finesse, comme on le voit dans un poème intitulé Libellule et dans Lucioles (voir la quatrième et avant-dernière partie). Le poème qui ouvre cette quatrième partie (Pluies) est pour moi un vrai miracle zen (je déteste franchement notre façon de galvauder ce mot, zen, mais je crois qu’ici il s’applique parfaitement, tellement ce texte est à la fois simple, suggestif, et propre à induire la méditation).

Âme éprise d’infini qui en 2011 rejoignit son Oméga, Lapointe nous donnait en 2002 un testament rempli de force, d’un réel esprit de jeunesse et de beauté transcendante. Et j’ai d’ailleurs envie de conclure cette courte chronique (devant Lapointe, je ne sais que répéter mon ébahissement) par ces mots du poète : qui s’interdit l’infini / pourrira dans sa mort.

Frédéric Gagnon

**

Lapointe, Paul-Marie. Espèces fragiles, Montréal, L’Hexagone. 2002.

(J’ai dit que cet ouvrage était le dernier de Lapointe. Il est vrai qu’il publia en 2004 L’espace de vivre, mais il s’agit d’une rétrospective, également publiée à L’Hexagone).

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

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Le slam de Sophie…

22 décembre 2014

(Dernièrement, Sophie Torris a participé à une soirée de poésie slam.  Elle y a récité ce chant à son pays d’adoption avec toute la percutance, l’humour et la sensibilité dont elle est capable.  Avec plaisir nous vous l’offrons.)

S’l’âme…

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

tirée de : forevershowtroll.centerblog

On me blâme d’avoir l’âme polygame, je prends pays comme mari, quand ça me tente, je suis une émigrante polyvalente. J’ai l’exode qui rhapsode et l’exil volubile. J’ai l’exit qui s’excite et la cravate qui s’expat. J’ai les antipodes qui me tourmentent et la tangente impatiente. J’ai le corps en urgence et le cœur en itinérance.

Mais voilà que je me fixe, que je change de lexique. Je mets l’ailleurs en annexe et j’exfolie mes excès. L’aventure est inédite. Je reste ici..tte.

J’voudrais faire un slam pour un p’tit coin d’exil où j’ai élu domicile

J’voudrais faire un slam pour un p’tit coin de pays, ça s’appelle Chicoutimi.

Il paraît qu’c’est un royaume, mon nouveau sweet home.

Passé le parc, les monarques y sont tous cousins. J’te le jure, c’est écrit dans l’bottin! Ils étaient juste 21, pis là, là, y sont rendus tout plein. C’est une farce, y’a que des Tremblay dans la place, même dédicace pour toute une populace.

Les dés sont pipés! Saurais-je m’émanciper sans expier mon pays. Sophie Torris, comment voulez-vous qu’j’m’accomplisse? J’ai le label rebelle, un blason à la con, une signature pas d’allure. Comment se trouver une famille, quand de personne on est la fille? Comment être la cerise sur le Sunday quand on est n’est pas un bleuet?

Mon pays d’adoption, mon pays d’adaptations. On ne se déboise pas le cœur du jour au lendemain, on ne s’apprivoise pas un ailleurs un beau matin. L’exil se nourrit de nuits et de colères blanches. Il éprouve, il chauffe et saigne à blanc. Mais pourquoi j’m’enterre dans cette vallée glaciaire? D’abord me taire, ma terre en friche. J’ai voté blanc pendant un temps.

Je suis longtemps restée à fleur de lys de peau. Et pourtant le Québec n’est pas farouche, c’était moi, la sauvagine, l’herbe folle plantée, là, sans racine et sans souche, au vent d’humeurs chagrines qui s’escarmouchent.

Mais la faune d’ici est l’fun. Les gens ont le cœur sur la main, de l’amour en tourtière jusqu’à plus faim. Quand tu commandes du houblon, c’est pas dans un verre qu’on te le sert, c’est dans un bidon.

Parait qu’ici, y’a pas besoin de montrer ses fesses pour réussir dans le show-business.

Pour les artistes, c’est le beau fixe, tu pousses la chansonnette, on te donne un Félix.

Moi, je chante faux et j’ai un penchant pour les mots. Mon plan de carrière, c’est le prix littéraire !

JCL, VLB… J’ai tout tenté sans succès car depuis que je chu t’ arrivée…

J’ai la syntaxe qui se désaxe, l’orthographe qui se dégrafe. Ma langue devient libertine, j’ai la grammaire qui se débine! Fuck, me v’la en cloque d’accents loufoques. J’dis plus parking, j’dis plus shopping, mais j’ai l’ rubber sur le cutter et des fois, ça fait peur !

Pas vraiment dithyrambiques mes critiques. Excuse, j’abuse! C’est une ruse !

Car qui aime bien châtie bien. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui on est citoyens !

Mon aînée épousera un Tremblay, peut-être, qui sait?

Mes enfants travailleront à l’Alcan, peut-être dans vingt ans.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieÀ force de fixer l’hiver dans le blanc de ses grands lacs, je me suis éprise de ce grand Péril blanc. J’y ai hissé mon drapeau blanc, il y flotte fier au vent métissé de tous mes changements. Se sentir désirable et enfin se greffer au tronc des Érables. Aujourd’hui, je suis une sève mêlée.

Et quand je serai devenue une autochtone à l’automne de ma vie, je m’endormirai, paisible et fière sur le bord de la rivière.

Je suis une oie sauvage et j’ai pris le chemin des battures.

Je ne reprendrai pas le large, c’est ici que je veux conclure.

 

  Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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« Écoute le monde entier appelé à l’intérieur de nous. » Valère Novarina

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