Pays d’Utopie et frilosité morale, par Alain Gagnon…

13 juin 2016

Actuelles et inactuelles

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

 

Encore dans Comme je parle d’Aldo Sterone, je trouve ce paragraphe qui m’interpelle :

(…) laissant tomber le monde francophone, j’ai pu reprendre ma vie en mains. Dans le système anglo-saxon, on te met dans la case que tu choisis toi-même.

Cette constatation de Sterone me ramène en mémoire le bien-être ressenti lorsqu’en 1973, à l’âge de 30 ans, j’ai déménagé à Kingston en Ontario, cette ville orangiste, dite très WASP. Pour la première fois, je n’étais plus le fils de, le parent de, le cousin de, le natif de, de telle branche des Gagnon…, mais bel et bien une personne, un individu, qui allait recevoir selon ce qu’il pouvait donner.

Au Québec, on étouffait alors dans le conformisme politique. Lacer ses souliers prenait une signification politique. Imaginez lorsque vous écriviez. Les écrivains se perdaient dans les « pourquoi » et les « pour qui écrire »… Nous en étions d’une justification à l’autre. Le marxisme régnait partout, sous ses formes édulcorées souvent. Quel bol d’air frais en atteignant les rives du lac Ontario !

Lorsque je suis revenu, huit ans plus tard, le Québec avait changé, mais demeurait politiquement frileux.
Et maintenant, c’est l’intelligentsia canadienne-anglaise qui attrape les torticolis éthiques du monde universitaire américain. Les virus de la rectitude politique éclosent sur les campus, puis pénètrent les groupes sociaux où ils donnent naissance aux conformismes, aux prêts-à-penser.

Vive l’Utopie ! — car elle n’est nulle part ; elle ne peut donc décevoir, tout comme elle ne peut réaliser aucun vœu.

Dans Tocqueville, cette phrase qui devrait troubler le sommeil de plusieurs gouvernants :

Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse sauver un prince qui entreprend de soulager ses sujets après une oppression longue. Le mal qu’on souffrait patiemment comme inévitable semble insupportable dès qu’on conçoit l’idée de s’y soustraire. (Comme disait Monsieur de Tocqueville…, Antoine Redier.)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Comme le disait Monsieur de Tocqueville… par Alain Gagnon…

19 mai 2016

Dires de Tocquevillealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Tocqueville et nous — Lire nourrit l’intelligence et l’imagination, mène à la réflexion ; lire mène surtout à comprendre les situations sociopolitiques de notre époque par comparaison avec ce que vivaient, ressentaient où conjecturaient des philosophes d’une société ou d’un temps autres.  Ci-dessous, quelques notes glanées dans l’ouvrage d’Antoine Redier, Comme disait Monsieur de Tocqueville Nous les partageons.

Sur l’individualisme :  Il est banal d’affirmer que l’individualisme conduit à la servitude.  Mais on envisage ordinairement la question sous un seul aspect.  Tout le monde sait que, dans une société où chaque individu s’est isolé des autres, la foule des citoyens ne forme plus un corps puissant, mais un innombrable troupeau, dont chaque tête est sans force vis-à-vis du pouvoir.

Sur la démocratie et la culture, lors de son voyage en Amérique au 19e siècle :  L’inquisition n’a jamais pu empêcher qu’il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre.  L’empire de la majorité fait mieux aux États-Unis :  elle a ôté jusqu’à la pensée d’en publier.  (Faut dire que les Américains se sont bien repris au XX e en donnant à la littérature mondiale Hemingway, Faulkner, Caldwell, London, Kerouac, Capote…  AG)

Décentralisation judiciaire à l’américaine :  Français accoutumés à la centralisation, c’est-à-dire à la servitude, c’est toujours un objet de surprise et d’admiration que d’apprendre qu’un juge américain peut ne pas appliquer la loi si la loi lui semble injuste ou mal fabriquée.

La liberté :  Il y a d’ailleurs deux sortes de liberté.  Celles que concède ou refuse le pouvoir et celles qu’on prend sur soi-même en s’affranchissant, par vertu civique, de la paresse, de la peur, de toutes les bassesses humaines.

Jugement sur les Américains :  Nous avions affaire, avec les Anglais, à des gentlemen ; avec les Américains, à de grands enfants aux gestes encore gauches, à d’honnêtes enfants, mais qui n’auraient pas eu de parents pour les élever.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

24 janvier 2015

Les arracheurs de rêveschat qui louche maykan alain gagnon francophonie

 Ils avaient des dents aiguisées et des mains aux longs doigts effilés qui se terminaient par d’abominables ongles noirs et acérés. Ils plongeaient dans les esprits pour nous prendre ce qui nous constituait. Après qu’ils soient passés, nul ne survivait, disait-on, car ils repartaient avec ce qui restait des consciences libres et heureuses. Ils sortaient de sous le lit, comme une ombre malfaisante, prête à étouffer le bien qui veillait en chaque enfant que nous étions, en chaque homme et femme que nous voulions devenir.

Ils voulaient nous faire croire que nous étions faibles et pauvres. Mais si nous l’étions, nous ne l’étions pas du cœur. Pas de l’âme. Nous vivions pour nous abandonner à l’amour, même si c’était parfois l’amour qui nous abandonnait. Ils étaient arrivés à nous faire douter que notre courage ne fût qu’un magicien perdu dans un royaume trop chaste et pourtant, cette force que nous avions de nous relever après maints coups durs de la vie nous appartenait. Elle était ancrée solidement dans les mots que nous chuchotions au fin fond des geôles. On voulait nous enlever notre foi. Mais Dieu était en chacun de nous, faisant battre cette chair qui retenait nos os de s’effondrer.

Et quand à coup de massacres ils ont voulu nous faire croire que nous n’existions pas, nous ne nous sommes pas résignés. Main dans la main, nous avons tous marché vers ceux, qui nous miraient de leur mépris. Ceux qui nous épiaient jalousement. Nulle arme ne saurait détruire cette intégrité que nous avions. Les gens disparaissent, mais la vérité était contagieuse et se répandait jusqu’à celui qui voulait savoir. Chez celui qui voulait réellement comprendre. Et nous savions que l’amour naissait des cœurs purs. Que nous avions en chacun de nous un nid fécond pour créer des jours nouveaux et une rage pour défendre la lumière qui nous éclairait. Les cavernes n’étaient plus sombres avec les discours des gens qui avaient vu et racontaient le soleil.

Vivre n’était pas seulement respirer, c’était aussi être fait d’espoir. Souhaiter changer les choses pour rapprocher chaque être de l’évanescente quête personnelle.

Quand l’arracheur de rêves vola mon cœur encore chaud d’avoir vécu, je compris qu’autre chose se débattait pour vivre. Alors qu’il se délectait de ce coriace repas qui lui glissait entre les mains, une lumière remplit mes yeux qui se refermaient. L’arracheur de rêves ne vit pas que, du haut des airs, nous le regardions faire. Et je compris qu’ils ne pourraient jamais, tous autant qu’ils étaient, nous faire croire que nous ne pouvions changer le monde. Car la vraie liberté n’était ni la vie ni la mort. C’était nous. Nous qui avions réalisé de petits et grands exploits, et les autres qui continuaient, peuplant les rues de leurs convictions. Le passage des arracheurs de rêves dans nos vies nous avait fait prendre conscience de la chance de pouvoir nous exprimer, simplement.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLa vérité est une source si pure que le corps ne saurait la toucher, que l’esprit ne saurait la connaître. C’est ce qui nous lie au divin, et nous nous battions pour la garder intacte. Comment ? En nous tenant debout quand les dents ont transpercé notre chair. En ne passant pas sous silence l’injustice faite et en réclamant haut et fort qu’ensemble NOUS SOYONS.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

14 janvier 2015

Mourir de rire

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Caricature de Vincent Dumortier

Cher Chat,

Comment peut-on nourrir d’aussi noirs desseins ? C’est la question à laquelle le monde tente de répondre depuis qu’on a dégommé Charlie. De toutes parts, on arme les cartouches. Ainsi gicle, à jet continu, le sang d’encre de toutes les impressions. Alors, avant que ne se dilue tout ce camaïeu de rouges, permettez-moi, le Chat, de libérer mon expression, car mine de rien, je commence à m’emmêler pas mal les crayons.

Vous le savez, l’humour est mon aiguisoir. J’ai rarement grise mine et même si je n’ai jamais exécuté de dessins, on peut me condamner pour quelques attentats à la bêtise. C’est, je l’espère, dans l’esquisse de résistances verbales facétieuses que je m’illustre le mieux.

Or, « Mourir de rire » aujourd’hui n’est plus une métaphore. Pour la première fois, ce 7 janvier, le journal le plus irrévérencieux de France a fait, bien malgré lui, du premier degré. C’est sans doute par solidarité avec cette figure de style que je me suis affichée « Charlie » le matin même. Je veux pouvoir encore mourir de rire, peu importe la boutade, sans passer à trépas.

Mais alors que des millions d’homonymes se dessinent à main levée et que le polyptyque n’en finit plus de se déployer, je me questionne sur l’authenticité de ma signature. Est-elle conforme à l’esprit du journal ? Contrefaçon ou caricature ? Et vous, le Chat, comment êtes-vous Charlie ? Car sous le couvert de cette identité se dessinent évidemment plusieurs motifs.

Je suis Charlie parce qu’il n’est plus. À sa mémoire. Parce que je le connais personnellement, parce que je l’ai lu ou le lis encore, parce que je reconnais l’humanisme derrière la satire.

Je suis Charlie parce que toutes les idées ont le droit de cité et qu’il n’appartient pas à quelques fous furieux de tracer les limites de la liberté d’expression.

Je suis Charlie parce que je n’ai pas peur et que je veux le montrer.

Je suis Charlie parce que je suis solidaire.

Je suis Charlie parce que je suis contre toutes formes de fanatisme, d’extrémisme, de violence.

Je suis Charlie, parce que je ne sais plus à quel Mohamet me vouer.

Mais… je suis aussi Charlie parce que ma copine l’est sur Facebook et que je suis tendance.

Je suis Charlie, parce que je suis contre les terroristes, les musulmans, les Arabes et qu’on ne m’a pas appris à faire la différence.

Je suis Charlie, parce que je suis politique et que j’y vois un moyen de relancer ma popularité.

Je suis Charlie, parce que je suis dictateur criminel et que je veux me donner bonne conscience.

Je suis Charlie parce que j’y vois un filon pour me faire du Beur en vendant des tee-shirts éponymes.

Alors Charlie ? Ça fait quoi d’être aimé aussi par des cons ?

Il y avait près de quatre millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans les rues hier. Une émouvante marche funèbre, chromatique, contrastée s’est déroulée toute la journée en arabesques pacifiques, « marchant un dessin commun qui aurait pour nom Charliberté* ». Ça ne s’était pas vu depuis la libération ; un déferlement populaire tout en plein, sans déliés, qui met la gomme pour effacer les différences d’opinion, de culture, de religion. C’était beau de voir ce grand rire spontané se tenir les côtes alors qu’il était en train d’étouffer sous la morosité ambiante.

J’ai envie d’y croire, le Chat. De toutes mes forces. Mais voilà, j’ai de la difficulté à être naïve. Sous la Sanguine, une aquarelle ou une peinture au couteau ? Je ne peux pas m’empêcher d’y voir un trompe-l’œil, de soupçonner un clair obscurantisme sous le vernis de ces 44 chefs en avant-plan et de craindre un marouflage* de toutes ces images.

Mercredi, les crayons-mines des survivants tireront à trois millions d’exemplaires.

Ils sont Charlie, mais que se passera-t-il quand ils ouvriront pour la première fois le journal qu’ils ont promis d’acheter dans un grand élan de solidarité ? Que se passera-t-il si, fidèle à l’irrévérence des pionniers disparus, l’encre du journal se met à leur baver dessus, tout Charlie qu’ils sont. Se laisseront-ils mourir de rire ou se cacheront-ils à nouveau derrière des gilets pare-bulles en attendant que l’encre sèche ?

Et pourtant la solution est peut-être là. Dans l’acceptation, puis dans la revendication de cette nouvelle identité, juive, musulmane, catholique, laïque. La France est Charlie, toute en couleurs primaires, toute en nuances, mais sans dégradés. 4 millions de Français l’ont compris et ont célébré leurs différences. Reste à convaincre les autres, les laissés-pour-compte.

L’autodérision devrait s’apprendre à l’école, en même temps que les lettres, les chiffres et les couleurs. J’ai été moi-même la cible d’un caricaturiste en herbe* durant toute mon adolescence. Son coup de crayon ne m’épargnait pas. Il savait épingler mes travers. Laissez-moi lui rendre hommage en publiant un de ces dessins. C’est peut-être grâce à lui que je suis libre aujourd’hui.

Sophie

*Marouflage : fixer une surface légère sur un support rigide à l’aide d’une colle forte qui durcit en séchant.

* Extrait de l’hommage de Stéphane de Groodt pour lui faire de la publicité. Il faut découvrir Voyages en absurdie.

* Hommage à Vincent Dumortier

  Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

17 septembre 2014

 De la liberté de John Stuart Mill

 chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonSouhaitez-vous lire un essai qui bouleversera peut-être votre vision de l’homme, de l’individu, de l’individu dans ses relations avec ses semblables, de la société, de l’État ? Alors je ne saurais trop vous conseiller la lecture de De la liberté de John Stuart Mill.

Philosophe du XIXe siècle, Mill fut l’un des grands penseurs du libéralisme et un défenseur des libertés individuelles. Dans son livre, Mill nous met en garde contre une illusion, celle qui voudrait qu’en régime démocratique l’individu soit nécessairement libre.   La tyrannie de l’opinion majoritaire, aux yeux de ce penseur, n’est pas moins détestable que celle d’un despote. En effet, il n’y a pas que la loi qui peut violer les droits individuels (viols dont un gouvernement respectueux évidemment se garderait), mais également l’opinion réifiée en opinion commune, la rumeur et la désapprobation de la majorité, qui peuvent, comme l’histoire le prouve, mener ses victimes à la ruine. « Il faut aussi se protéger, écrit Mill, contre la tyrannie de l’opinion et du sentiment dominants, contre la tendance de la société à imposer, par d’autres moyens que les sanctions pénales, ses propres idées et ses propres pratiques comme règles de conduite à ceux qui ne seraient pas de son avis. Il faut encore se protéger contre sa tendance à entraver le développement – sinon à empêcher la formation – de toute individualité qui ne serait pas en harmonie avec ses mœurs et à façonner tous les caractères sur un modèle préétabli. » Mais où pouvons-nous tracer la « limite à l’ingérence légitime de l’opinion collective dans l’indépendance individuelle ? » Puisque la société apporte sa protection, son soutien à l’individu, sans doute a-t-elle quelque droit de regard sur sa conduite ? Dès son chapitre introductif, Mill énonce clairement quel principe doit nous guider : « Ce principe, écrit-il, veut que les hommes ne soient autorisés, individuellement ou collectivement, à entraver la liberté d’action de quiconque que pour assurer leur propre protection. La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de de la force contre un de ses membres est de l’empêcher de nuire aux autres. »

Mais d’où vient, vous demandez-vous peut-être, cette adhésion de Mill à une si vaste liberté de l’individu ? Mill, dois-je ici préciser, était utilitariste. En effet, il nous dit lui-même : « Je considère l’utilité comme le critère absolu en éthique ; mais ici l’utilité doit être prise dans son sens le plus large : se fonder sur les intérêts permanents de l’homme en tant qu’être susceptible de progrès. » Or, pour le lecteur attentif de Mill, il apparaîtra évident que la liberté de pensée et de discussion et que le libre développement d’individualités diverses est justement dans l’intérêt de l’homme « en tant qu’être susceptible de progrès » et, par extension, de la société, voire de l’État. En effet, tous, nous sommes essentiellement faillibles ; c’est pourquoi la libre discussion nous est nécessaire, à nous, les êtres humains, pour nous approcher de la vérité. Nous devons toujours avoir à l’esprit que l’opinion que nous serions tentés de réduire au silence peut très bien être vraie ou, à tout le moins, partiellement vraie. En outre, même si notre opinion devait se révéler absolument vraie, nous ne pouvons que bénéficier d’une saine opposition de ceux qui professent des opinions adverses. En effet, toute doctrine qui n’est pas combattue se transforme en un ensemble de dogmes stériles qui risque de perdre jusqu’à son sens dans l’esprit de ses adeptes.

Ceux qui ont accepté les principes déjà mentionnés devront convenir, s’ils veulent être logiques, que le droit à sa propre individualité, c’est-à-dire le droit d’être celui que l’on souhaite sans subir de pressions adverses et liberticides de la part du groupe, est pour l’ensemble des hommes de la plus haute utilité. On ne peut que reconnaître que cette diversité des vues que souhaite Mill suppose une autre forme de diversité, soit cellechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon des hommes et des femmes qui composent le groupe. La tentation est toujours grande de faire taire les originaux, mais nous devons nous rappeler que les innovations heureuses sont généralement leur fait. Par ailleurs, Mill dit encore bien d’autres choses sur l’individualité qui me semblent essentielles, mais j’en retiendrai deux qui me sont particulièrement intéressantes. Il y a d’abord la question de la coutume. Même si dans une société donnée la coutume, c’est-à-dire un ensemble d’usages et d’opinions propres à une culture, devait se révéler excellente, on ne doit jamais forcer l’individu à l’accepter sans examen. En effet, se conformer uniquement à la coutume ne nous amène pas à développer ces qualités qui sont le propre de l’être humain. Comme l’écrit Mill : « Les facultés humaines de la perception, du jugement, du discernement, de l’activité intellectuelle, et même la préférence morale, ne s’exercent qu’en faisant des choix. » Enfin, Mill énonce, dans son traité, une pensée capitale que tous les décideurs devraient avoir présente à l’esprit : « La nature humaine n’est pas une machine qui se construit d’après un modèle et qui se programme pour faire exactement le travail qu’on lui prescrit, c’est un arbre qui doit croître et se développer de tous les côtés, selon la tendance des forces intérieures qui en font un être vivant. » En somme, Mill, logique jusqu’au bout, cherche toujours le plus utile puisque le développement de l’individualité n’est pas seulement utile à l’individu lui-même, mais également au groupe – et c’est pourquoi il conclut son essai par une idée que tout véritable libéral devrait inscrire en son âme : « La valeur d’un État, à la longue, c’est la valeur des individus qui le composent… »

**

Toutes les citations sont tirées de l’ouvrage suivant : John Stuart Mill, De la liberté, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1990.

Frédéric Gagnon

 

 Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnonFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)

 


En marge de l’écriture, par Alain Gagnon…

18 juillet 2013

Texte, et magies du texte… (suite)

5. Faire confiance au texte.  (Les mots attirent les mots, les phrases, les phrases…)  Il est agile, cursif.  Il a besoin d’air frais, de vent ; de notre pauvreté, de notre nudité.  Il ne demande qu’à entraîner dans ses chevauches farouches.  Laisser courir le texte comme court l’esprit, là où il veut.  Il mène en des pays dont on ne saurait rêver, dresse sur les paysages intérieurs des idéaux plus fous  que les plus fous idéalismes.

6. J’ai échappé le fil de ma narration…  Impossible.  Il n’appartient pas à l’auteur de le tenir.  La trame repose dans le récit, et le récit respire dans le texte.  Peut-être même les bouts en sont-ils noués.  Le texte attend la nudité, la vacance.  Le lien sommeille dans les hautes herbes des accumulations mentales – des peurs surtout, de ses vanités et de ses caprices d’auteur.  …révéler l’art et cacher l’artiste…  (Oscar Wilde)  Sois humble.  Humble et patient.  Tais-toi.

7.  Lors des premières rencontres avec des lecteurs, je parlais d’abord de moi, pour ensuite en venir à mes ouvrages.  Un peu plus tard, je parlai d’abord de mes romans ou poèmes, pour en venir à ma biographie.  Ce que je tente maintenant : parler des textes, de mes rencontres avec le texte en création, à l’interstice de la conscience et des mots, où la lucidité vacille, se cherche — c’est le plus difficile, le plus intime, le plus imprécis, le plus exigeant.  C’est une tout autre aventure, et c’est cet hiatus que je voudrais combler, narrer, partager.  Possible hors du poème ?

8.  Le texte est un outil de connaissance de soi.  C’est par cela qu’il vaut, comme la musique.  Non une connaissance qui s’en tiendrait à une lucidité utilitaire, comme le voudraient la caractérologie ou les examens de conscience traditionnels — chercher ses failles, ses qualités, ses défauts…  Une véritable connaissance de soi, comme la voulait ce Grec, Socrate.  Une interrogation sur sa nature profonde, son appartenance au règne hominal : — Qu’est-ce un être pensant, à volonté plus ou moins libre et qui réfléchit ?  — Qu’est-ce un être conscient de sa mort et qui se veut immortel ?  — Qu’est cette conscience, ce mental, qui suscite les questions et accorde des réponses qui se réverbèrent en abîme, jusqu’à l’infini ?  Quelles sont les sources de l’angoisse, du manque, du sentiment d’incomplétude ?

9.  Le mot texte : du latin textus, tissu.  On peut en faire un voile, dont la fonction sera d’occulter.  Une tapisserie qui remémore et narre.  Ou encore une voile de navire, à faseillement de voyage et d’espoir.

10.  Il est dans la nature d’un poème de nager en marge du texte.  Il vaut par son appartenance à la marge.  Ne lui conviennent ni la grève ni l’abîme.

11. Notre langue d’ici, rocailleuse, hachurée et chuintante parfois.  Trop pleine d’eau et de glaise.  C’est pourtant de cette eau et de cette glaise que doit naître le texte, que doit surgir le chant.

[12.  La seule façon de donner cohérence, un semblant de limpidité à ses rencontres avec le texte,  c’est la reconnaissance de Dieu, de la transcendance en soi, au plus intime.  Pas un de ces démons criminels, demi-fous et foudres de guerre qui hante plusieurs textes sacrés, mais le Dieu du silence, celui de la fidélité quiète à sa créature.  Celui qui rehausse, synthétise, résume accorde sens à l’esthétique — et à son éthique.]

(Chants d’août, Éd. Triptyque)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et formelle, Alain Gagnon, ce marginal de nos lettres, a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage. À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musique, en 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août. En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES-CN) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3. Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs. De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une nouvelle maison liée aux Éditions du CRAM, qui se consacrait à la littérature québécoise.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche.  On peut lui écrire directement à : alain.gagnon28@videotron.ca

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique d’humeur, Par Jean-Pierre Vidal…

26 juin 2013

L’informe et le chaos

 Le souci d’aises et de libertés à prendre en tout temps et avec toutes choses est très certainement l’une des inspirations de l’homme du vingt-et-unième siècle ; on pourrait presque dire qu’il remplace peu à peu la hantise du bonheur dont Saint-Just disait, à la fin du XVIIIe siècle, que c’était une idée neuve en Europe.  Cette idée aura sans doute duré jusqu’à la fin du XXe siècle.  Mais elle n’est désormais plus neuve.  Ce qui l’est, c’est son excroissance, la forme qu’elle prend aujourd’hui : la facilité recherchée dans toutes les sphères de la vie privée et qui ainsi s’impose, du moins dans les pays démocratiques, à la gestion des affaires de l’État.  Comme si nous n’envisagions plus le bonheur autrement que dans l’absence de toute contrainte et de tout effort.  Allez donc imposer les réformes nécessaires dans un environnement humain pareil !

On dira que cette farouche volonté individuelle de suivre sa pente, qu’elle soit petite ou grande, faite de désirs profonds ou d’impulsions épidermiques, est la définition même de la liberté.  Et nous sommes fous de liberté.  C’est du moins ce que nous fait croire la publicité.  Il est en tout cas incontestable que cette définition va à l’encontre de celle que donnaient les hommes du XXe siècle : André Gide, par exemple, ne disait-il pas « je suis ma pente, mais c’est en montant », insistant ainsi au contraire sur les exigences et peut-être l’ascèse qu’impose la forme la plus haute de la liberté, celle qui est d’emblée une éthique ; et Sartre ne pensait-il pas que toute liberté devait trouver une incarnation, qu’il s’agisse d’engagement ou de son contraire, dans sa philosophie : la mauvaise foi.  Pour l’un et l’autre, comme pour la plupart des penseurs de leur temps, la liberté de consommer — au fond, c’est la seule qui nous importe, quand on y réfléchit bien — n’est qu’une manipulation particulièrement réussie, un réflexe conditionné parmi les plus puissants qui soient.

  Le chaos comme boussole

 Ce laisser-aller, à vrai dire plutôt adolescent, dont nous prenons les effets politiques pour le triomphe de la démocratie, alors qu’il en est plutôt le fossoyeur, puisqu’il inspire le refus d’être contraint — on se souviendra ici de la définition que donnait Aristote de la démocratie : « le fait d’être tour à tour maître et esclave », première théorisation, incidemment, de ce que nous appelons « l’alternance » — ce laisser-aller, dis-je, est en lien direct avec notre goût pour l’informe et notre admiration du chaos censé être la source de toute créativité.  Ainsi, la jeunesse intellectuelle et artistique s’abandonne-t-elle aux délices dionysiaques d’un chaos sacralisé, alors que l’autre, l’ordinaire, la « vraie », se laisse aller au chaos de la jouissance immédiatement offerte par le monde et la société.  Mais il s’agit, finalement, de la même chose : le nom donné complaisamment à la démission de toute volonté humaine, au refus confortable de tout activisme, au laisser-aller heureux, au laisser-faire complaisant.  Les Grecs savaient au moins, eux qui avaient inventé le mot « chaos » et l’avaient accouplé à un autre qui marquait au contraire la présence humaine et son action, que le chaos n’est créatif que lorsqu’il devient « cosmos », c’est-à-dire lorsqu’un regard humain, aussi faillible, incertain et changeant soit-il, provisoirement l’ordonne.  Un regard, une conception du monde, c’est déjà une action.

Or, tandis que nous nous agitons en tous sens à la recherche des plaisirs les plus faciles, les moins exigeants, nous demeurons immobiles dans nos esprits et nos cœurs, indifférents à l’outre-présent, qu’il s’agisse d’un passé systématiquement oublié ou de cette suite du monde pour laquelle nous n’éprouvons qu’une indifférence légèrement teintée d’un intérêt poli.  Car oui, le futur pour nous n’est jamais que le calendrier de production du dernier gadget à la mode, la date de sortie du dernier médicament qui nous rendra immortels, l’émergence inattendue de la dernière idole dont nous savons qu’elle se lèvera immanquablement demain sur notre horizon avide, mais balisé.

 L’informe comme salut

Nous débordons de toutes parts, comme un corps défait par l’obésité.  Les super-riches n’ont de cesse qu’ils ne s’excèdent eux-mêmes, tels ces milliardaires octogénaires qui luttent d’arrache-pied pour accroître encore une fortune dont leur jouissance cacochyme n’a déjà plus que faire ; les consommateurs ne vivent plus que d’une hébétude allumée par intermittence au gré du marché dont les prétendues « lois » ne sont jamais que chaos stimulé par une avidité si folle qu’elle ne peut plus avoir d’objet.  Ce n’est plus, comme dans la Genèse, l’esprit de Dieu qui flotte sur les eaux, c’est le désir, mais sans objet et même sans sujet, puisque nous ne sommes plus que masse.

des-tatouages-vieux-plus-2500-ans_1_639359Mais réjouissez-vous, mes frères : nous ne pouvons tomber plus bas.  Et dans cette apocalypse sournoise qui nous fait croire qu’elle est encore à venir, des rituels individuels, des signes sans portée collective, mais à usage privé unificateur viennent çà et là ponctuer notre chaos de soupçons de rigueur, de semblants d’exigences, de pseudo solennités.  Comme une poussière d’institutions ou de religions en train de naître.

Les institutions, y compris les religions, représentent toujours ce qui donne corps à la communauté, car elles proposent, en fin de compte, la canalisation de nos pulsions, tant individuelles que collectives.  À ce stade de notre évolution, la toute-puissance des ça individuels et le cheval de Troie des petits surmoi identitaires accrochés à des colifichets et des babioles — voile, turban, croix de cou, mais aussi tatouages et piercings, prénoms extravagants et audaces débiles, murs Facebook et comptes Twitter — sont en train, peut-être, de pousser de timides tentacules vers l’Autre.  Elles ne se manifestent encore que sur le mode de l’autoreprésentation aveugle, mais peut-être finiront-elles par s’inventer un véritable public lorsque tous les autres autoreprésentateurs, qui lui tiennent lieu d’assistance, auront accepté d’ouvrir en eux-mêmes, au moins de temps en temps, les coulisses de l’oubli de soi.

C’est du moins ce que je veux croire pour n’avoir pas à mourir complètement désespéré.

Mais d’ici là, comme tout le monde, je devrai me contenter de mon bonheur individuel.  Au moins puis-je vous assurer qu’il existe, en dépit de tout…

Jean-Pierre Vidal

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis safondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaires québécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtc,Ciel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

 


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