Montée de lait, un texte de Sophie Torris…

11 juin 2016

Montée de lait

Cher Chat,

J’ai laissé le chat aller au fromage et par trois fois, mon ventre baratte a fait son alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecbeurre. Après neuf mois d’affinage, j’ai pu boire du p’tit lait devant le plus beau des « cheese » de chacun de mes bébés.
19 % de matières grasses et grises plus tard, me voilà, fière Vache qui rit, à fêter deux décennies de maternité et apte à poser, entre la poire et le fromage, un constat sur la mère terroir que je suis devenue au gré des saisons, des tempêtes et des accalmies.

Vous n’êtes pas sans savoir, le Chat, que ma marmaille ne compte pas pour du beurre et que l’on peut craindre mes montées lait quand on s’attaque à mes enfants.
Ceci dit, si j’ai bien aspiré pendant un temps à devenir ce modèle longue conservation de mère parfaite homogénéisée par la presse féminine, force m’est de constater que je ne suis pas la crème des mères et que mes enfants ne sont pas les petits choux à la crème dont j’ai rêvés. En effet, le lait a vite tourné. J’ai bien tenté de passer les grumeaux au mixeur pour faire illusion, mais ça m’a rendue chèvre. Mes prétentions à la perfection n’ont donc pas fermenté très longtemps. Et heureusement, car je sais aujourd’hui qu’il n’existe ni enfant parfait ni mère parfaite, et, s’il en est une, qu’elle me lance la première tarte à la crème.

Permettez donc que je beurre épais ce plaidoyer afin de décomplexer toutes ces mères qui se tartinent l’existence de devoirs, car, à quoi bon exhiber un bonheur factice derrière des mines à faire beurre ? Je ne suis pas de nature soupe au lait, mais je me refuse, alors qu’on s’est récemment écrémées du patriarcat, à succomber à une autre tyrannie, celle d’enfants qui savent être si délicieusement despotes. Petitpotdebeurre, il est temps de te dépetitpodebeurriser !

Et pour cela, il faut avant tout apprendre que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon d’un Munster de la littérature vaut bien tous les fromages sans doute. Je n’ai pas inventé le fil à couper le beurre, mais personne ne me fera croire qu’avec trois enfants, une maison peut ressembler à un catalogue Ikea ou une paire de fesses à une pâte ferme. Le problème, c’est que l’époque fait son beurre avec une normalisation à l’extrême qui pousse les femmes à se fondre dans un même moule, comme s’il y avait un idéal de vie conjugale, sexuelle, sociale, professionnelle, comme s’il existait un archétype maternel à atteindre. Que nos mères l’aient cru, passe encore, mais, aujourd’hui, il faut être vachement naïves pour se laisser berner. Meuuuh, les filles ! Wonder Woman est une héroïne de bande dessinée ! Elle compte pour du beurre !

Moi, je veux juste être une mère suffisamment bonne*. Je ne serai jamais une vache à lait et mon cœur se gruyère devant la traite que certaines mères s’imposent. C’est pour cette raison que je vais prendre le taureau par les cornes afin de désarçonner cette culpabilité de n’être pas Super Maman.

Voilà ! Je suis prête à recevoir les foudres de celles qui voient se dissoudre l’instinct maternel dans le lait en poudre. Mes enfants n’ont jamais été frères et sœur de lait, je n’ai dégrafé ma brassière que pour leur père. Et puis, je les ai laissés pleurer la nuit, trop fatiguée pour me lever une troisième fois. Quand certaines cèdent à tous les caprices des dieux, j’ai refusé d’en faire des enfants rois. Je n’ai pas toujours fait bouillir l’eau des biberons pendant une minute. J’ai risqué la santé de mes poupons, mais la vie n’est-elle pas une dure lutte ? Je leur ai fait goûter la crème glacée avant l’introduction des produits laitiers et dans un gâteau défiant toutes les allergies alimentaires, j’ai planté une bougie pour leur premier anniversaire. J’ai même réchauffé au microonde des petits pots industriels dans lesquels abondent des saveurs artificielles. J’ai cédé à leur gourmandise et les ai nourris au Mac Do et c’est par flemmardise que je n’ai jamais cuisiné bio. Je les ai parfois laissés seuls pour écouter la Galère, une suce en amuse-gueule pour les inviter à se taire. Je ne leur ai pas fait écouter du Mozart, ne leur ai pas raconté tous les soirs une histoire. Je leur ai même crié dessus sans préliminaires, tout simplement parce que j’étais à bout de nerfs. Je les ai parfois couchés tard pour qu’ils ne me réveillent pas trop tôt. Voyez, le Chat, je ne suis pas l’avatar de Françoise Dolto. Je ne les ai pas portés jusqu’à 5 ans dans un sac kangourou. Je me suis acheté du temps en les mettant devant Caillou. Je n’ai pas attendu qu’ils aient des dents pour les confier à la nounou et je les lui ai laissés en pyjama pour prendre la poudre d’escampette. Voyez le Chat, je n’ai jamais suivi le mode d’emploi de la mère parfaite. Je ne suis pas non plus une pro de la mop, pas du genre à faire le ménage non-stop. Ce sont leurs petits derrières qui me servaient de ramasse-poussières. Et puis, je les ai laissés dessiner sur les murs et se couper eux-mêmes les tifs. La créativité sans censure, c’est mieux que tous les jeux instructifs. J’ai souvent encouragé leurs bêtises pour qu’ils ne soient pas trop sages, car je sais que la vie goûte les friandises quand on ose changer de paysage.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe n’ai pas sacrifié mon bonheur à mes enfants même si je bois tous les jours le lait de cette tendresse humaine. Je n’ai pas toutes les bonnes réponses, mais je pense avoir gagné leurs petits cœurs de lion en étant moi-même, en me trompant, parfois juste pour leur apprendre l’indulgence.
Je ne crois pas en l’instinct maternel. Je ne suis pas née mère, mais je prends plaisir à m’inventer maman, tous les jours et différemment, pour chacun de mes enfants. Il ne faut pas oublier qu’on a 20 ans pour les élever et pour ajouter petit à petit du beurre dans leurs épinards.

Je continue donc, en fière mère indigne, à ne pas suivre les consignes et mes enfants, eux, n’en font pas tout un fromage !

Sophie

*D.W Winnicot

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


C’est qu’y’a de l’avenir dans mes lignes d’écriture…, un slam de Sophie Torris…

23 avril 2016

Le slam de Sophie…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Approchez, approchez que je vous dise ma bonne aventure.
C’est qu’y’a de l’avenir dans mes lignes d’écriture.
J’ai de l’esprit plein ma boule de cristal, J’veux qu’on m’archive à la Bibliothèque nationale.
J’ai le pendule qui s’agite au-dessus mon premier chapitre, en une ronde infernale. Elle est là ma bonne étoile.

Mais voilà, même si j’ai la rime espiègle, j’ai pas les papiers en règle.
J’voudrais qu’on m’édite, mais j’dépasse pas l’incipit.
Pourtant, j’ai toujours fait attention à ma ligne. C’est que je veux faire impression.
Mais j’ai beau suivre les consignes, je reste papier brouillon.
Puis papier-mouchoir, car papier-cul souvent.
Croyez pas qu’on entre dans l’histoire en écrivant pour passer le temps.

Pour devenir papier musique, faut en avoir lu des classiques.
Suffit pas d’écrire sur du papier bulle pour que mon destin bascule.
Ça prend de la sueur pour devenir auteur.
Faut écrire sans esquive jusqu’à c’qu’ivresse s’en suive.
Gratter du papier jusqu’à l’érythème pour gagner son ISBN
Ça s’cultive la littérature, suffit pas de s’asseoir sur sa reliure.

Moi, j’écris encore dans la marge. Je germe, émergeante. J’essaie d’être à la page. Exigeante jusqu’à la rage. Papier mâché, recyclé jusqu’au petit matin froissé que rien n’alimente. Papier qui bourre dans ma déprimante.
Trafic perturbé sur l’ensemble de ma ligne, j’ai l’alphabet qui tremble dans ma poitrine. Et l’angoisse de la page blanche qui me pogne, comme l’ombre du noir vautour sur la charogne.

Mais, faut pas en faire toute une histoire. On devient vite papier buvard.
On absorbe les défaites, et on ressort les amulettes.
Approchez, approchez que j’vous dise ma bonne aventure.
C’est qu’y a d’l’avenir dans mes lignes d’écriture.

Et qu’on ne me dise pas que je suis une femme sans histoire. Je suis juste en phase exploratoire.
Les histoires qui ne tiennent pas debout finissent toujours par se coucher sur le papier
Un jour, j’en viendrai à bout, sans n’avoir jamais rien copié.
Je n’infiltre les lignes amies que pour nourrir mon propre combat
Si je me frotte contre leur papier émeri, c’est pour polir mon propre débat.
J’admire ceux qui ont réussi à écrire, tous ces écrivains qui chaque année font un tabac.
J’ai la plume au bout du fusil et je jure que je défendrai leurs droits.
Tous les jours j’écris à l’encre bleue de lys pour que mon rêve s’accomplisse.
Et quand j’aurai la mention copyright, faudra pas qu’tu m’exploites.
Sinon, j’te ferai copier 100 fois : Touche pas à mes droits !

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Ô capitaine, mon capitaine ! un texte de Sophie Torris…

7 avril 2016

Ô capitaine, mon capitaine !

Cher Chat,

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Ma journée est en train de couler à pic. Je me suis pris un gros récif à bâbord du cœur, très tôt ce matin. Il a surgi sur le bleu de mon horizon virtuel, d’un seul coup. Pas moyen de l’éviter. Avez-vous déjà appris, le Chat, le décès d’une personne que vous aimiez, sur Facebook ? Vous êtes là, au milieu des clapotis ambiants à dériver tranquillement quand une lame de fond vient submerger votre raison. Au début, vous ne voulez pas comprendre, vous ne voulez pas croire à ce naufrage-là. Vous avez beau prendre la tasse, deux fois, trois fois, vous ne voulez pas boire de cette eau-là. Et même s’il n’y a que des bulles qui crèvent à la surface, vous nagez à contre-courant à la recherche d’un improbable poisson d’avril. Mais voilà, vous avez vite fait de vous noyer dans le ressac des commentaires et des témoignages qui engloutissent très rapidement toutes velléités d’espoir.

J’ai donc fini par échouer. Depuis, j’écope le trop-plein de larmes et je pleure cette amitié de longue date, ce vieux gréement qui a largué les amarres sans crier gare et qui m’a laissée en rade. Qui nous a laissés en rade.

Je ne suis pas la seule à chavirer. Ils sont plusieurs à n’être plus étanches et à se liquéfier sur la page de son profil. Après lui, le déluge ! « Ô capitaine, mon capitaine, moi qui pensais croupir dans tes eaux désormais stagnantes, je goûte à l’ivresse de tes profondeurs. »

Il n’a jamais été adepte de la navigation de plaisance. Il n’était pas du genre à mettre de l’eau dans ton vin et il flushait sans vague à l’âme ceux qui ne supportaient pas son caractère bien trempé. Ils ne sont donc qu’une petite communauté virtuelle, ce matin, accostés au bastingage de son souvenir. Je n’en connais aucun, mais je le reconnais à travers tous. Dans ce grand vent qui souffle pourtant de travers, ils se maintiennent à flot en s’éclaboussant. Ça fait de jolis ricochets sur le grand vide qu’il laisse.

Je m’attends, tout comme eux, à un profond abysse virtuel. Il était de ceux qui commentent l’actualité avec passion et irrévérence presque quotidiennement. Je fais défiler l’eau sous ses ponts, une décrue de milliers de statuts. Il y en a tellement que je n’arrive pas à remonter à la source de cette rivière numérique. Ça fait des vagues comme s’il tenait encore le cap, comme s’il n’avait pas pris le large.

D’ailleurs, ils sont plusieurs à lui laisser des messages, des mots doux et espiègles, des coups de gueule, des petits morceaux de bravoure verbale, comme des bouées de sauvetage que l’on souffle pour se repêcher soi-même.

On dit que, pour faire son deuil, il faut voir le corps inerte du disparu. Je n’ai pas revu mon ami depuis des années, mais cela ne m’a pas empêchée d’entretenir à distance une relation tout aussi affectueuse. Aujourd’hui, je navigue en eaux troubles. Son profil est et restera peut-être toujours visible. Comment puis-je faire mon deuil alors que, sur Facebook, il ne mourra jamais ?

Le 29 octobre prochain, une relance automatique d’un goût assez douteux me demandera de souligner son anniversaire. Combien serons-nous alors à suivre les rigoles de son passé, à nous amarrer un instant dans l’écume qui reste de lui, à le relire, à le revoir, à lui écrire peut-être, et pourquoi pas à lui envoyer une vieille photo de nous ? Il y a de plus en plus de profils posthumes qui deviennent mémorial. Ferons-nous de son il déserté une oasis ?

Je sais bien que son historique Facebook n’est pas révélateur de tout ce qu’il fut et je sais bien que ce n’est qu’une grande marée d’amour et de peine qui motive chaque nouveau statut, mais, lui, aurait-il aimé que l’on navigue sur sa mer intérieure alors que sa célèbre répartie vient d’être reléguée en cale sèche ?

On se livre tellement de nos jours sur les réseaux sociaux, sans penser que cette débâcle de confidences nous survivra, comme une ancre post mortem qui retient tous ensemble les vivants. Et vous, le Chat, aimeriez-vous, que l’on vienne se recueillir sur votre tombe numérique quand vous ne serez plus ?

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe relis son dernier post et j’ai le mal de mère : « La petite fille que je tiens dans mes bras sur ma photo de profil sera maman au début de l’automne. Ce qui veut dire que je serai grand-père. Si tout va bien. »

Si tout va bien… comme s’il se doutait déjà qu’il dessalerait avant l’heure.
Il est joli, mais tellement triste, son dernier soupir.

Alors, adieu capitaine, mon capitaine. Et au risque de t’entendre me dire que je nage en pleine eau de rose, je me plais à t’imaginer en train de marcher sur l’eau avec un illuminé de ton espèce.

Tu me manques. Épicétou.

Sophie

Crédit pour la première illustration : Hommage posthume au Maître Huang (artiste : Fabienne Verdier ; photographe : Ines Dieleman)

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Cours d’éducation textuelle, par Sophie Torris…

10 février 2016

Balbutiements chroniques…

Cher Chat,

Voilà que depuis quelques jours, tout le monde se revendique bête de texte. Même ceux et celles qui avouent alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec pratiquer des activités textuelles contre leur gré ont pris la position du missionnaire. C’est que l’orthographe est devenue subitement zone érogène quand les éditeurs ont fait savoir qu’ils en appliqueraient les nouvelles règles dans les manuels scolaires de la prochaine rentrée. Beaucoup ont alors pris pour du harcèlement textuel, une réforme qui date pourtant de 1990 et qui n’a, par ailleurs, jamais condamné la bitextualité. C’est ainsi que sans faire fi de ces préliminaires, le doute a pénétré les consciences et toutes les langues se sont mises, dans un grand élan de masturbation de l’esprit, à se chatouiller le nénufar.

Puisque je jouis d’une certaine expertise en matière de proximité textuelle, permettez-moi, le Chat, de juguler ici cet excès de textostérone précoce. En effet, il y a une couille dans le potage! Si aujourd’hui, on invite bien les noms composés à copuler jusqu’à ne faire plus qu’un, le circonflexe, quant à lui, reste ce text toy indispensable et celles qui pensaient se faire un petit jeûne sans qu’il ne sorte couvert vont être bien déçues. Il va falloir faire abstinence.

Les faveurs textuelles accordées sont, en fait, assez minimes*. On déflore l’hymen de quelques traits d’union et on croquemonsieur dorénavant d’une seule bouchée. On corrige certains abus textuels qui visaient par exemple, à circoncire le cure-dent de son pluriel alors que le cure-ongles n’avait pas à subir l’opération. De ce fait, en uniformisant cette règle, on s’assure non seulement d’une cohérence grammaticale, mais également d’une meilleure hygiène dentaire. Ceci dit, le S ne supplante pas pour autant l’univers du X. Mesdames, vous pourrez continuer à monter régulièrement sur vos grands chevaux et en tirer tout le plaisir textuel habituel. Ces chevals de bataille ne sont donc que contrebande et, malgré l’excitation textuelle liée à la nouveauté, vous ne devriez pas avaler n’importe quoi.

Quant à l’ognon, même si les avis divergent là-dessus, on peut comprendre qu’il tienne à soulager le i de son priapisme originel. Certains prennent ainsi position en sa faveur en optant pour une simplification des pratiques textuelles, d’autres s’attachent à perpétuer un certain sado-masochisme en menottant la langue dès qu’elle devient libertine et en lui infligeant une correction instantanée.

Je suis désolée pour ceux qui pensent que la langue française est vierge. Elle n’est heureusement pas si chaste. On la caresse depuis la nuit des temps. Ses lettres sont passées par tout un Kamasutra de positions. Elle est adepte de l’échangisme et a souvent répondu aux avances d’amours étrangères. Elle s’est d’ailleurs laissée féconder régulièrement jusqu’en 1935 sans que jamais personne n’ait crié à la déviance. Alors, pourquoi, aujourd’hui, voudrait-on en faire une langue figée, alors que son identité textuelle a toujours été mouvante, alors qu’on n’a jamais eu autant besoin d’écrire?

La nouvelle orthographe ne joue pas au strip-poker avec la langue. La réforme ne s’amuse pas à déshabiller les mots pour offrir une relation textuelle dénudée de difficultés à des jeunes qui paniquent parce qu’ils ne savent plus écrire. Elle ne cherche pas à simplifier bêtement et à régler le problème de l’échec scolaire. Pensez-vous vraiment qu’en laissant la place à l’accent grave, la crise sera moins aigüe? Ce serait tout un évènement!

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCes nouvelles pratiques textuelles ne sont donc pas très exhibitionnistes et ceux qui ont cru à l’avènement de l’écriture phonétique peuvent aller se rhabiller. La nouvelle orthographe ne défigurera pas la langue. Elle se contente tout simplement d’en gommer quelques bizarreries.

Il serait donc absurde de ne pas apprendre l’orthographe rectifiée aux nouvelles générations, mais sachez toutefois, le Chat, que l’enseignante de français que je suis et qui se fait un devoir d’appliquer cette réforme simule ce désir textuel. Que voulez-vous, je suis, tout comme vous, d’une autre époque, celle où l’érotisme de la langue se cachait dans l’exception et dans l’ambiguïté de certaines règles.

Sophîe

*http://www.gqmnf.org/NouvelleOrthographe_NouvellesRegles.html

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Du bonheur en contrebande, par Sophie Torris…

27 janvier 2016

Balbutiements chroniques

Cher Chat,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

En nous faisant croire que le seul chemin qui mène à Rome est l’austérité, on renvoie le bonheur aux calendes grecques, comme s’il n’avait plus le droit de cité. J’ai conscience que mon pays n’est plus de cocagne; je n’ai pas les portugaises ensablées. Mais pourquoi devrais-je m’empêcher de construire des châteaux en Espagne ?
Tonnerre de Brest, on dirait que, pour être crédible aujourd’hui, il faut avoir l’air grave, préoccupé, voire même tragique ! Le bonheur est devenu suspect.
Si vous souriez un peu trop, on risque de vous prendre pour un Béotien.
Si vous partagez quelques montagnes russes d’émotion, on vous taxera de faiblesse.
Si vous ne vous plaignez pas, c’est sans doute que vous cachez quelque chose. On ne peut décemment, de nos jours, être content de son sort sans que le téléphone arabe se mette à faire courir des rumeurs.
Bref, si vous voulez pouvoir afficher un peu d’ivresse, la seule raison acceptable est d’être saoul comme un Polonais.
Avec autant de si, ce n’est pas seulement Paris que l’on met en bouteille. C’est aussi la joie que l’on consigne. Car voilà, pour être un bon cru aujourd’hui, il faut être mal embouché, ruminer les plaisirs d’antan et porter le poids de la conjoncture.
Et bien, je préfère passer pour une cruche plutôt que de me plier à ce genre d’étiquette. Je ne veux pas vieillir en fût, le présent a bien plus de cuisse et de velours que le passé, aussi millésimé soit-il.
Et puis, franchement, ce n’est pas en faisant la gueule qu’on nous rendra l’Alsace et la Lorraine !

Prenons donc un petit quart d’heure bordelais, le Chat, afin de remettre les pendules à l’heure. La morosité s’est donc introduite, ces dernières années, tel un cheval de Troie, en ville, au bureau, jusque dans les foyers, et ce, même chez mon oncle d’Amérique. Je ne suis pas de Marseille, c’est hélas la triste vérité. Personne n’est plus à l’abri d’un coup de Jarnac. Et pour preuve, on m’a déjà limogée, virée, lourdée sans qu’on ait rien à me reprocher. Certes, ce fut une douche écossaise qui aurait pu noyer ma bonne humeur, mais j’ai préféré filer à l’anglaise. Il y a de ces revers de fortune contre lesquels on ne peut rien : deuil, maladie, séparation, perte d’emploi. À quoi bon alors se couronner soi-même tête de Turc en ressassant ce qui ne peut être changé ? Si le chagrin, qui, lui, est tout à fait légitime, ne s’accompagne pas d’un lâcher-prise, c’est la joie qu’on risque d’envoyer bouler à Pétaouchnok pour de bon.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecEt il en est de même pour ces petites chinoiseries qui font ruminer certaines personnes pendant des jours. Que mes enfants transforment ma maison en capharnaüm, ce n’est pas le Pérou ! Qu’il pleuve sans cesse sur Brest ce jour-là, ne m’empêchera pas d’y faire la java. Perdre mon chemin ne m’enverra pas dans la gueule du loup et pleurer après le temps perdu ne me le rendra pas. Pourquoi faire d’un événement qui est, de toute manière, irréversible, un supplice chinois ? Pourquoi s’empoisonner la vie d’une macédoine de soucis irrévocables et s’imposer ce genre de régime spartiate ?

C’est ainsi qu’on finit par croire que la vie de bohème se trouve à Tataouine, loin de la routine et de ses poupées russes de tracas. Et on se trompe en confondant plaisir et bonheur. Évidemment, le plaisir, c’est Byzance ! Il se boit cul sec et l’ivresse est immédiate. Mais il est éphémère parce que lié à la satisfaction d’un désir qui n’en est plus un quand il est consommé. Et nous revoilà à faire la manche indéfiniment entre chaque trou normand, parce que cette quête ne finit jamais. On ne se contente pas de voir Naples et mourir une seule fois. Le plaisir habite en Frénésie, c’est bien connu. Et c’est toujours la même histoire. Il y était une fois un prince que l’on veut charmant et que l’on pare de toutes les qualités existant sur le marché afin que le bonheur à deux puisse naître dans l’idée magnifiée que l’on a de l’autre. Ainsi, on se berce de joies formidablement illusoires et on croit à ses propres promesses de Gascon jusqu’à ce que la réalité nous rattrape et que l’on se remette à ronchonner sur ce qu’on a perdu.

Et si le bonheur n’était tout simplement pas lié à une cause extérieure ? On n’aurait plus besoin de s’échapper dans le plaisir comme si la seule solution était de s’oublier. Et s’il était, tout au contraire, cette cabane au Canada, blottie au fond de soi ? Et s’il suffisait d’en ouvrir la porte pour que la joie s’y invite ? Et s’il était cette auberge espagnole où chacun contribue à nourrir l’autre ? Et s’il était dans le don plutôt que dans la réception, dans l’instant plutôt que dans la projection ? On n’aurait peut-être plus le mal du pays.

Il paraît que le bonheur est contagieux. Alors que ceux et celles qui l’ont trouvé ne le boivent pas en suisse, il pourrait trinquer !

Sophie

Cette chronique est fortement inspirée du dernier ouvrage de Frédéric Lenoir, La puissance de la joiealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

La joie, c’est la vie, la plénitude.
La joie est profonde. Je n’ai pas joie de boire mon café.
Émotion amoureuse, esthétique, spirituelle, collective. La joie touche esprit, cœur, corps, sens, imaginaire.
Elle ne se décrète pas. On ne décide pas d’être en joie, mais on peut cultiver un climat favorable qui permet à la joie d’advenir. La joie s’invite.
On ne court pas après le bonheur. Il est à l’intérieur. (Enlever les obstacles qui ont bouché la source : égo, peur, mental). Se libérer de tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes. Se libérer des faux-moi. Tout ce que l’égo et le mental ont construit comme mensonge pour nous aider à survivre. Il faut avoir de l’égo pour survivre. On ne tue pas l’égo, mais ne pas être mû par le personnage qui s’est identifié à l’égo. Lâcher l’égo : moments d’éveil. On ne s’identifie plus au personnage qui a besoin de reconnaissances, de compliments, qui vit dans le regard de l’autre.
La joie peut accompagner le chagrin.
Lâcher le mental, logiciel de survie, qui a enregistré ce qui nous fait du bien et du mal pour aller vers les choses plus profondes. Renoncer aux biens immédiats pour un bien plus profond.

Comment : être attentif sinon la joie n’intervient pas. Il faut être présent. La joie vient quand on est présent. Si je pense à autre chose, je rumine, je perds ma disponibilité. Lorsqu’on est attentif, le cerveau secrète de la dopamine qui nous met de bonne humeur.

Plus on se sent vivant, plus on ressent la joie.
Le mental et l’égo nous aident à survivre, pas à vivre. Peur de ne plus être aimé, de décevoir, de perdre.

Le bonheur n’est pas une émotion passagère. C’est être dans un plaisir qui dure, non tributaire des choses extérieures.

Le bonheur se construit, fruit d’un équilibre.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


666 mots, un balbutiement de Sophie Torris…

16 décembre 2015

666 mots

Cher Chat,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le ciel vous a envoyé sur ma terre comme une tentation, une invitation à me vautrer dans des paradis artificiels de mots. Depuis, j’ai le diable de l’inspiration à mes trousses et, chaque mois, j’exorcise mes démons sur vos pages. Après quatre ans de confessionnal, mon verbe se fait cher. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai l’esprit saint, mais mon enfer est bel et bien pavé de bonnes citations, riche compost sur lequel des pèlerins peuvent dorénavant méditer. Soyez donc béni, Chat, puisque c’est sur votre mur que j’ai bâti mon Église.
Certes, mes écrits sont loin d’être paroles d’Évangile, mais avouez que, sans être pieux, ils vous ont souvent rivé le clou. Ne croyez pas cependant que l’écriture est un miracle. On ne multiplie pas le vain. Quand un ange passe, il faut remuer ciel et terre pour prétendre à la résurrection.

J’ai cru à la genèse de bien des projets, mais, bien souvent, les dix plaies de la flémingite éloignent de la Terre promise et on en oublie les commandements. Non, la création ne se fait pas en sept jours ! Et puis, on n’est jamais à l’abri d’une faute originelle. C’est justement après avoir goûté au fruit de la reconnaissance que j’ai su que j’étais nue.

En effet, ce n’est pas tout que de gagner une auréole, encore faut-il la garder et c’est une diable d’affaire que de rester prophète en son pays. Les traversées du désert sont fréquentes suite à un succès. Personne n’a les clés du paradis, mais la gloire goûte le ciel et les louanges en sont le laissez-passer. Alors, on ne peut plus décevoir. Et voilà que l’enfer, c’est les autres ! Je ne connais, ni d’Ève ni d’Adam, la plupart de mes lecteurs et, même s’ils s’en lavent les mains, je ne conçois déjà plus mon retour qu’en fille prodigue.

Ève n’avait pas de nombril, j’en ai un. La réussite est un baume pour l’égo, je ne peux plus laisser ma feuille de vigne, vierge, ni mon Éden en jachère. C’est le serpent qui se mord la queue ! À la lumière de mes anciens testaments, je ne peux qu’en écrire de nouveaux. J’ai la dent dure, je veux avoir la côte ! Je réponds à l’Apple, mais ai-je vraiment la vocation ? Amenez-moi un cageot que je croque toutes les pommes et que j’enfante des mots dans la douleur ! L’écriture est un long sacerdoce, mais c’est ainsi que mon royaume se leste à nouveau de lettres et que je m’élÈve.

Et que le diable m’emporte si ma langue fourche ! Il faut, de toutes les façons, que je l’aie au corps puisque j’en suis son avocate. Et c’est le 444e mot de cette chronique ! Juste ciel, c’est à croire qu’un bon petit diable profite réellement des malheurs de Sophie et de mon inclination pour la polémique ! Je ne serai jamais une petite fille modèle, n’en déplaise à la comtesse. C’est qu’il faut être possédé pour nouer ce genre de pacte irrémédiable avec l’écriture, et ce, sans gage d’immortalité. Faust n’a rendu célèbre que Goethe, non ?
Alors, est-ce parce que le diable me tire par la queue que je multiplie les sauts d’ange ou est-ce tout simplement pour ne pas garder l’église au milieu du village que je cherche dans toutes les querelles de clocher, un plan d’enfer ?
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecL’écriture recommence toujours par un chaos originel dans lequel il faut sans cesse replonger. Ça prend un minimum de foi pour croire en l’invisible. Je suis une Tour de Babel, et je tente le diable à chaque fois en essayant de traduire l’étrange qui croît en moi. Et le diable finit toujours par sortir de sa boîte.

J’ai beau parfois souffler comme un bœuf, je suis têtue comme un âne. Je continuerai donc de crécher ici. Je suis née sous votre bonne étoile. Et si le Diable Vauvert m’appelle parfois, je n’entrevois point de salut hors de votre Église. Dois-je y voir l’œuvre du malin que vous êtes ?

Ainsi soit-il !

Sophie

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Post-mortem, un texte de Sophie Torris…

3 décembre 2015

Post-mortem

Cher Chat,

Cogito, ergo sum.  Je pense, donc je suis.

Je suis ad nauseam l’actualité pour tenter de comprendre et j’en perds mon latin.  Daesh vient de semer la terreurchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec dans Paris intramuros, à Saint-Denis, en Belgique, et de toutes parts, les langues se délient pour commenter les faits.  Permettez, le Chat, que j’en appelle, hic et nunc, au djihad contre la vox populi.  On a si vite fait de prendre position grosso modo et ad libitum sans prendre le temps de s’informer.  On dirait que la peur impose un droit de veto à la réflexion.  Hélas, l’ignorance fait trop souvent quorum et à cultiver des a priori, on commet de ces amalgames qui peuvent servir l’ennemi.

Si je m’autorise à prendre la parole a cappella, maintenant que les canons se sont tus, ce n’est pas pour vous imposer mon propre post-mortem des évènements, mais plutôt pour interroger une réalité qui m’échappe.  Je suis mère et, en ce sens, je ne peux m’empêcher de penser à ces femmes qui ont vu leur fils, leur fille se radicaliser en quelques mois, qui ont vu naître le monstre sous l’enfant sans pouvoir ne rien faire, condamnées à vivre un deuxième postpartum jusqu’à ce que le sang coule.

Qui sont ces jeunes qui trimballent leurs vingt ans en bandoulière, comme autant de bâtons de dynamite ?

Je peux imaginer que le curriculum vitae d’un jeune Syrien, né et n’ayant vécu qu’au Moyen-Orient, opprimé depuis l’enfance et n’ayant rien à perdre, corresponde au poste de martyr offert par Daesh.  A contrario, je ne saisis pas bien ce qui peut pousser des musulmans occidentalisés à signer de leur vie ce mortifère credo.

Peut-être se sentent-ils rebus d’une société raciste et islamophobe, et que leur seule revanche possible est de ne pas mourir incognito ?  Si Daesh recrute, ipso facto, la petite délinquance désœuvrée des banlieues, comment expliquer alors qu’il devienne également l’alma mater de Français de souche convertis ?  Ont-ils été à ce point privés de nourriture spirituelle pour aller se manger des coups dans les camps militaires en Syrie, pour vouloir se charger l’estomac d’explosif et servir de buffet froid à la terreur nationale ?

Et puis, ils ne sont pas les seuls à vouloir faire tabula rasa.  Hormis ces laissés-pour-compte, Daesh compte dans ses rangs, et c’est le summum de l’incompréhension, des musulmans de deuxième génération, intégrés, qui parlent le français mieux que leurs parents, qui ont consommé à l’occidentale, de l’alcool, de la drogue et des femmes.  In vino Veritas jusqu’à ce qu’ils fassent éclater, mutatis mutandis, une autre vérité !  Il manque des pages à leur agenda.  C’est ce hiatus-là qui me fait perdre mon latin, le Chat !  Ils n’ont jamais été persona non grata, alors comment cette rébellion subite et irréversible a-t-elle pu naître ?  Ils n’ont jamais célébré l’islam de leurs parents, alors pourquoi croient-ils tout à coup en une vie après la mort ?  Ils ont vécu libres dans le plaisir, alors pourquoi la radicalisation devient-elle leur nec plus ultra ?

Le contexte géopolitique a facilité l’émergence de Daesh, mais est-il pour autant l’alpha et l’oméga de la montée du radicalisme ?  Cette main-d’œuvre gratis et volontaire n’est-elle pas la condition sine qua non pour s’imposer manu militari ?

Le problème, dixit Olivier Roy*, c’est la révolte des jeunes.  On est très loin de la haine du saucisson puisqu’à fortiori, ils en mangent eux-mêmes.  Daesh utilise le véhicule religieux pour offrir un alibi à leur violence, mais pensez-vous vraiment, le Chat, que c’est leur spiritualité qui les a conduits à devenir frères de sang sur un sens erroné du Coran ?  Ces jeunes sont quasi tous issus de l’immigration, et très souvent en rupture avec l’Islam de leurs parents qui n’ont pas réussi à transmettre leurs valeurs.  Il s’agirait donc peut-être d’une révolte générationnelle.  En 68, les jeunes se radicalisaient derrière les barricades contre le statu quo d’une société traditionnelle.  Ils se réalisaient à travers cette foi collective en une transformation radicale des mœurs et du monde.  Vous avez été jeune, le Chat, et vous avez sans doute, vous aussi, recherché un modus vivendi plus grand que vous.  Aujourd’hui, peut-être choisit-on Daesh parce qu’il est le plus accessible sur le marché de la révolte radicale ?

Je ne veux surtout pas faire le mea culpa de notre société, mais en ne produisant que des consommateurs, en ne valorisant que l’économie, en négligeant l’art, la culture, la philosophie, les sciences humaines, comment pourrait-on susciter chez nos jeunes, la moindre quête d’absolu ?  L’utopie de 68 a fait place au nihilisme.  Quand la jeunesse d’hier voulait participer à l’avènement d’une société qui lui ressemble, les jeunes terroristes d’aujourd’hui trouvent dans la mort, une raison d’exister.  Leur rêve n’a aucune incarnation terrestre si ce n’est celle de vidéos posthumes qui les montrent au reste du monde, beaux, souriants, héroïques, et heureux de mourir pour des idées qu’ils croient être les leurs.  Daesh ne fait que leur écrire, à chacun, un récit romanesque, un requiem, où ils peuvent tenir le rôle de deus ex machina, et y apposer, en post-scriptum, la signature sanglante de leur révolte personnelle.

C’est bien évidemment, la mère et l’enseignante, convaincue que l’éducation peut faire la différence, qui parle ici.  Je pose l’hypothèse, parmi tant d’autres, qu’une famine intellectuelle grandissante ait pu contribuer à affamer ces jeunes.

Une éducation humaniste pourrait leur offrir de nouveaux idéaux.  Inch’Allah !

Sophie

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