Chronique asiatique, par Michel Samson…

11 mars 2012

La voie : mode d’emploi…

« Certaines personnes peuvent voir clairement que l’esprit est lucide et pur, comme un miroir poli. D’autres doivent pratiquer un an et alors leur esprit devient lucide et pur. D’autres encore ont besoin  de trois à cinq années de pratique avant d’atteindre lucidité et pureté. Ou encore certaines personnes accèdent au satori suite à l’enseignement d’une autre personne. Enfin, certaines d’entre elles peuvent atteindre l’illumination sans qu’on ne leur ait jamais enseigné quoi que ce soit. »

Traduction libre d’un propos de Tao-shin (580-651)

Le zen m’intéresse. Depuis des décennies, j’accumule les lectures de bouquins et d’articles sur ce sujet évanescent, mais en vain !

Le zen m’échappe : il est élusif.

J’ai fréquenté, au fil des lectures, plusieurs maîtres très diserts à propos de ce qui pave la voie, mais de l’itinéraire lui-même, je n’ai rien appris. A beau chercher qui veut, les circonlocutions finissent par décourager le plus acharné des curieux.

Dès qu’un texte zen se révèle prometteur, une petite mention finit toujours par venir gâcher le plaisir : le zen ne peut se transmettre que de cœur à cœur. Il faut un maître qui, sans l’usage des mots, saura vous faire percevoir l’essence même du zen, et si d’aventure il  prend au maître la fantaisie d’user du langage, ce sera bien sûr celui crypté et frustrant du kaon insoluble.

Si tout cela n’était que fausses représentations ? Si, imaginons la chose un instant, toutes ces assertions à propos du zen n’étaient qu’une marque de cet humour féroce qui a fait la réputation de plus d’un maître de la Voie ?

Le zen, après tout, n’est  que méditation assise… Pourquoi faut-il donc un maître comme guide quand simplement s’assoir conduit à méditer ? Pourquoi s’empêtrer d’une somme de connaissances livresques afin d’aller de l’avant ? Pourquoi ?…

Je m’égare. Le zen produit toujours cet effet sur mon esprit. Puisqu’il est élusif, je me lance à sa poursuite sans jamais parvenir à le cerner ou  l’appréhender… du moins à l’aide de mon intellect.

Les seuls instants, où j’approche la substance même du zen, se manifestent à travers cette posture immobile qui me procure une réelle assise pour observer…  pour observer quoi au juste ? L’agitation de mon esprit ? Ces milliers d’idées parasites qui encombrent mon cerveau ? Le souffle régulier qui rythme mon immobilité par tranches de vingt secondes ?

Me revoici lancé aux trousses de l’innommable, de l’indicible. Le satori ne m’intéresse pas… je laisse à d’autres la recherche de l’illumination ou de la révélation. J’abandonne les études bouddhiques, trop incertain du véritable statut dissimulé sous la dénomination de Bouddhisme : système philosophique ou religieux ?

Plus j’avance vers le zen, plus je me dépouille de toute attente… mais cela même ne constitue-t-il pas une stratégie pour me rapprocher de cette essence que je ne parviens jamais à cerner ? Pas d’attentes… c’est un faux pas de plus dans la mauvaise direction ! Je m’y perds de nouveau.

Je suis ici. J’écris. Je force les mots à l’impossible tâche de faire signifier le non-sens alors que là, tout près de moi, il y a mon zafu.

Le coussin de méditation repose, paisible, occupé à exister alors que moi, je m’occupe à des choses sérieuses qui ne sont jamais que du temps perdu à oublier d’être.

Être…  exister.

J’abandonne ce texte ici : le zafu m’attend.

Notice biographique :

Michel Samson nous parle de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédé. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
Il a publié Ombres sereines, un magnifique recueil de récits immobiles à la Grenouille bleue, en 2009.  Cet ouvrage lui vaudra d’ailleurs le Prix de la catégorie découverte, au Salon du Livre (SLSJ) en 2010.  Et il vient de publier Le livre des dragons noirs aux Éditions Porte-Bonheur.

Il tient également un blogue de haute qualité dont voici l’adresse :http://ombressereines.wordpress.com/


Chronique asiatique, par Michel Samson…

2 janvier 2012

絆       Kizuna : lien… et obligation !

Gomen nasai ! Je vous demande humblement pardon ! Dérouté par de nombreuses copies à corriger, absorbé par un nouveau texte en cours d’écriture, préoccupé par les mille petites choses à préparer à l’approche du temps des Fêtes, je me suis dérobé à mon obligation de maintenir un lien régulier avec le lectorat du Chat Qui Louche. Moushiwake arimase !  Je m’excuse formellement et avec la plus grande sincérité !

Pour bien manifester l’importance des liens qui nous unissent, ainsi que la respectueuse obligation que j’éprouve à votre endroit, je m’attarderai sur un fait qui, pour anodin qu’il puisse paraître, n’en révèle pas moins l’impérieuse nécessité nippone de lier, relier et maintenir sa cohésion sociale à travers le langage même.

Lors d’un vote populaire (500,000 répondants) le kanji kizuna (絆: lien, obligation) a été choisi comme l’idéogramme de l’année 2011 au Japon, laissant derrière lui les kanji désignant vague, tremblement ou encore désastre, tous pressentis pour s’approprier la première place du concours de cette année particulière, marquée par la triple catastrophe qu’on sait. Avant d’aller plus loin, précisons que ce kanji est composé de deux idéogrammes distincts : celui de gauche signifie fil (糸) alors que celui de droite signifie moitié, demi (半). La conjonction de ces deux radicaux entraîne les concepts de lien et obligation (et parfois même ancrage).

Bien entendu, les médias francophones ont insisté sur le caractère rassembleur d’un tel choix, soulignant le sens de « lien » présent au cœur de nombreuses expressions japonaises : lien d’amitié, lien d’affection, lien d’amour et, bien sûr, lien de parenté. Kizuna permet de lier les Japonais entre eux, de réaffirmer leur solidarité indéfectible, de mentionner la cohésion familiale ébranlée par les multiples sinistres, d’accentuer la volonté de tous d’habiter encore et toujours cet archipel soumis à d’impitoyables forces telluriques. On ne peut qu’admirer cette force de caractère de la civilisation japonaise et ce courage extraordinaire représentés par ce magnifique kanji : .

Mais il est une autre signification de kizuna dont, pour je ne sais trop quelle raison, les médias francophones ont ignoré la pertinence : s’utilise aussi pour évoquer l’« obligation ». À mon avis, ce concept se révèle crucial afin d’appréhender la véritable nature des liens évoqués plus avant : liens d’amitié, d’affection, d’amour et de sang relèvent aussi de l’obligation, et d’en estomper cette particularité entraîne une compréhension incomplète et, disons-le, plutôt naïve du tissu social nippon. Ces sentiments, pour être acceptés, voire tolérés, doivent se conformer à de nombreuses règles sociales qui en encadrent les excès et en jugulent les débordements possibles.

Le caractère kizuna, lien et obligation, demeure un concept essentiel à saisir pour qui cherche à pénétrer le quotidien des Japonais : à l’instar du kanji qui nous occupe, tout y est placé sous l’empire du sens dual, et ne s’arrêter qu’à un côté des choses ne nous apprendra rien à propos de l’équilibre subtil qui préside à la nature nippone.

C’est sous l’auspice de ce kanji  que je vous souhaite à toutes et tous un très joyeux Noël et un Nouvel An plein d’heureuses promesses. Quant à moi, s’il est une résolution que je devrai prendre à l’aube de l’année qui vient, c’est de me ramener davantage à ce fameux kizuna et vous fréquenter avec plus de régularité !

Notice biographique :

Michel Samson nous parle bimensuellement de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédé. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
Il a publié Ombres sereines, un magnifique recueil de récits immobiles à la Grenouille bleue, en 2009.  Cet ouvrage lui vaudra d’ailleurs le Prix de la catégorie découverte, au Salon du Livre (SLSJ) en 2010.  Et il vient de publier Le livre des dragons noirs aux Éditions Porte-Bonheur.

Il tient également un blogue de haute qualité dont voici l’adresse :http://ombressereines.wordpress.com/


Chronique asiatique par Michel Samson…

23 octobre 2011

(Une fiction que je vous offre en souvenir de tous ces enfants abandonnés à eux-mêmes et rencontrés pendant mes séjours au Viêt Nam.)

 

Hoài Huong

À l’oreille de Hoài Huong, je chuchotais toujours les mots suivants : « Tu appartiens à deux mondes. »

Ses nuits l’enlisaient dans de ténébreuses rizières aux reflets de lune  étranges et morcelés d’où elle ne cherchait à s’extirper que lorsque la faim la saisissait avec une soudaineté telle que de résister à ses tenailles s’avérait illusoire. Alors – et alors seulement –, Hoài Huong s’agitait dans son sommeil profond, geignait avec force quand elle ne hurlait pas, puis émergeait avec lenteur dans notre propre monde, ouvrant de petits yeux étonnés.

Des rizières de son âme, plus de traces ! En lieu et place de la lune, je crois que  mon visage souriant lui offrait un astre moins lugubre. Hoài Huong agrippait alors mon sein avec force, soucieuse de me transmettre ses craintes nocturnes, avant d’accepter enfin la tétée.

Pendant qu’elle se gavait, j’affrontais mes propres hantises.

Parmi les miens, seule Bà lão m’avait prodigué conseils et affection sans rien exiger en retour. Ma grand-mère est ainsi faite : elle ne ménage jamais son lait maternel quand une bouche affamée s’accroche à sa poitrine. Grâce à sa douceur, j’ai réussi à endurer tous les quolibets et insultes que ceux de mon propre sang m’ont servi alors qu’en mon ventre Hoài Huong, leur nièce ou petite fille, se dégageait peu à peu des griffes du néant. Ils la détestaient déjà et sa vie s’annonçait, je le savais bien, une longue errance dans un monde terne constitué de mépris et de mesquinerie.

Pouvais-je leur en vouloir, moi qui taisais l’identité du père ? Aux miens, pouvais-je ajouter au déshonneur d’une grossesse sans époux celui de la souillure abjecte d’une femme violée ? Non. J’ai fait la seule chose qu’on pouvait attendre d’une fille respectueuse de ses ancêtres : je me suis tue.

Hoài Huong a cessé de téter. Je la dépose sur la natte, près de moi, et la contemple encore. Elle a clos les yeux pour retourner hanter ses obscures rizières, celles de son odieuse conception.

Je ne l’en aime que davantage.

Ce matin, j’ai fait part à Bà lão de mon intention de confier le nourrisson à l’orphelinat. Elle n’a pas paru surprise : que pouvais-je faire d’autre ?

Demain, à l’aube, je laisserai ma fille là-bas, entre des bras étrangers, des bras de passage, en attendant d’autres bras, plus aimants ceux-là, je le souhaite de tout cœur, qui viendront l’arracher à cette contrée qu’en d’autres circonstances elle aurait pu apprendre à aimer. Avant de la quitter, je lui chuchoterai à l’oreille son nom que, jusqu’ici, j’ai tenu  secret.

Hoài Huong : Nostalgie de mon Pays.

Ainsi, je pourrai la laisser partir, sachant que par la suite elle me visitera parfois dans les mondes du rêve, m’apparaissant sous les traits d’une jeune fille heureuse, aimante, fière de sa mère aux grands yeux clairs et aux cheveux pâles, ainsi que de l’autre, l’inconnue aux yeux bridés et à la chevelure charbon qui l’aura portée et, en guise d’amour, lui aura offert une vie paisible.

Quant à moi, il ne me reste plus qu’à parcourir les vastes rizières en quête de mon âme perdue

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Michel Samson nous parle bimensuellement de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédés. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
Il a publié Ombres sereines, un magnifique recueil de récits immobiles à la Grenouille bleue, en 2009.  Cet ouvrage lui vaudra d’ailleurs le Prix de la catégorie découverte, au Salon du Livre (SLSJ) en 2010.

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Chroniques asiatiques, par Michel Samson…

7 octobre 2011

L’effet  tsunami

Le grand maître japonais de l’estampe, Hokusai, avait bien imaginé la vague destructrice au large de Kanagawa : colossale, sauvage, sa beauté n’avait  d’égale que la noble et lointaine silhouette du Fuji-san. Pas étonnant que cette image ait tant marqué le Japon.

J’ai observé cette vague peinte sur de multiples supports : en estampes de plus ou moins grandes qualités, bien sûr, mais aussi reproduite sur affiches, imprimée sur des chaussures de course, écharpes, timbres postaux, éclairs au chocolat, publicités variées, bijoux, éventails, parapluies, paravents, badges, manga, assiettes, baguettes, robes, chandails, horloges, boucles d’oreilles, murales, peinte sur les ongles de la main ou encore tatouée à même la peau. Cette vague de Kanagawa emporte tout et tout emporte la vague de Kanagawa.

La vague qui a frappé les côtes nippones le 11 mars dernier n’atteindra jamais les qualités esthétiques démontrées par l’estampe de Hokusai : sombre, boueuse, huileuse, elle roule des débris de toute nature en son sein monstrueux. Rien de beau dans cette horreur déferlante ; rien de noble dans ses ravages inéluctables.

Cette vague n’a pourtant pas terminé de transformer le paysage japonais : outre des rivages à jamais défigurés, et ce, malgré le magnifique travail de nettoyage et remodelage opéré par la population japonaise, la vague du Tôhoku poursuit son élan destructeur à l’encontre de la société elle-même. J’oserais affirmer qu’il y avait un Japon monolithique avant la vague géante, mais que l’actuel pays émergent, fragilisé, se fragmente sous l’effet post tsunami.

J’en veux pour preuve cet imprévisible bris de la cohésion sociale qui secoue en ce moment même l’archipel nippon. D’ordinaire les citoyens japonais sont, on le sait, réticents à exprimer collectivement ou en public, des opinions contraires à celles émises par les autorités gouvernementales. Ce n’est pas qu’il n’existe aucune opposition au Japon, loin de là : la politique nippone grouille d’idées et de propositions de toutes natures qui, en général, servent (ou parfois desservent) les intérêts de la population et cette dernière se montre la plupart du temps plutôt satisfaite des services offerts par ses élus. L’esprit collectiviste nippon est tel que même ses proverbes le mentionnent : « Le pieu plus haut que les autres sera enfoncé ! » mentionne-t-on aux élèves lorsqu’on veut insister sur la « normalité » et la cohésion afin de contrer la différence et la diversité dont la jeunesse a parfois tendance à faire preuve.

La vague du Tôhoku a modifié cette nature profonde de la société nippone. Des quelques protestations improvisées qui ont suivi la lenteur des secours après la triple catastrophe du 11 mars dernier, la communauté japonaise est passée aux manifestations bien planifiées et orchestrées. Pour le constater, il n’y a qu’à se référer à la dernière grande protestation, celle tenue il y a une quinzaine de jours, où près de 60,000 personnes se sont donné rendez-vous à Tokyo afin de faire entendre leur message : « Plus jamais de Fukushima ! » Kenzaburo Oe lui-même, figure importante de la littérature nippone, obsédé par les séquelles hideuses que les radiations de Hiroshima et Nagasaki ont provoquées au sein de la population japonaise, est venu ajouter sa voix à celle des manifestants : « Certains disent qu’il est impossible de se passer d’énergie nucléaire, mais c’est un mensonge. L’énergie nucléaire est toujours accompagnée de destructions et de sacrifices », référence directe aux civils irradiés lors de la Seconde Guerre mondiale, les hibakusha, victimes qui, afin de regagner leur dignité, ont dû se battre non seulement contre les conséquences des radiations, mais surtout contre l’indifférence manifeste d’une nation honteuse de sa défaite et désireuse d’en oublier tous les aspects, quitte à abandonner les nombreux martyrs à leur triste sort.

Oui, le Japon est en train de changer et, comme son histoire l’a si souvent démontré, pourrait bien émerger de cette catastrophe avec de nouvelles idées, sinon avec le projet d’une société débarrassée de toute dépendance à l’énergie nucléaire. N’en doutons point, le pays du soleil levant n’a pas fini de nous étonner.

Notice biographique :

Michel Samson nous parle bimensuellement de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédés. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
Il a publié Ombres sereines, un magnifique recueil de récits immobiles à la Grenouille bleue, en 2009.  Cet ouvrage lui vaudra d’ailleurs le Prix de la catégorie découverte, au Salon du Livre (SLSJ) en 2010.

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Chroniques d’Asie, par Michel Samson…

4 septembre 2011

Les passeurs d’Asie

Le  Vietnam en nous…

Si mon premier contact avec le monde asiatique s’est instauré par le biais du Japon, c’est lors de mon premier séjour au Vietnam que s’est concrétisée la réalité plus

Co Don

dure, plus crue, du Sud-est asiatique : vestiges décrépits du colonialisme français, de l’impérialisme américain, économie basée sur l’exploitation des petits salariés et pauvreté chronique sont partout bien visibles… et pourtant un ineffaçable sourire flotte sur les visages de ces gens blessés, meurtris et trop longtemps oubliés.

Mon épouse et moi avions longtemps rêvé de ce Vietnam qu’il nous tardait d’explorer, de visiter et, si l’occasion s’en présentait, d’aider. Pour ce faire, nous avions amassé de l’argent afin d’en distribuer une peu aux orphelinats que nous ne manquerions pas de rencontrer. Plus encore, nous avions contacté le personnel d’un orphelinat privé à Ho Chi Minh (Saigon) qu’une ancienne religieuse, Co Don, dirigeait en dépit des embûches que les autorités communistes ne manquaient pas d’ériger au nom d’un régime qui, pourtant, en avait déjà plein les bras avec ses propres orphelinats d’état. Nous espérions pouvoir ainsi soulager un peu les préoccupations et soucis du personnel bénévole de cet établissement en offrant notre temps et notre énergie en surplus des dollars à distribuer.

Il nous est vite apparu qu’aider est fort difficile, bien que l’intention soit bienveillante, et que notre présence sur place constituait davantage un embarras qu’une aide véritable : aux yeux de ces gens, nous étions invités de marque plutôt que bénévoles, et il leur fallait – courtoisie oblige – s’occuper de nous en plus des enfants. Il faut bien l’avouer : le personnel de cet établissement connaissait son affaire, possédait son propre savoir-faire et faisait preuve d’une efficacité qu’il nous était impossible d’égaler. Notre rôle s’est donc borné à accorder, autant que faire se peut, présence et affection aux quarante orphelins de l’établissement. En quittant ces lieux, nous avons laissé une liasse de billets verts à Co Don (l’argent américain vaut davantage que la monnaie locale), notre seule action véritablement efficace, en fin de compte… mais le goût d’aider a perduré. Avant la fin de ce séjour, nous avions parrainé la formation professionnelle d’une jeune handicapée à Hoi An et, au séjour suivant, avons aidé une jeune femme à payer ses études et à acquérir un ordinateur.

…mais le goût d’aider perdure.

C’est bien là le plus beau souvenir que nous ayons rapporté du Vietnam : le goût d’aider. Mais comment ? Personnellement, c’est dans l’écriture que je trouvai ma première réponse. La publication d’Ombres sereines, récits asiatiques d’origine vietnamienne et japonaise, me permit d’évoquer le courage, la détermination et la gentillesse de ce peuple meurtri, mais fier de ce qu’il est devenu. En écrivant, j’avais l’impression d’aider… mais ce n’était pas suffisant. Mon épouse et moi voulions faire davantage…. faire plus !  Mais quoi ?

La solution à ce problème nous est venue d’un couple d’amis ayant adopté un enfant d’origine vietnamienne et qui a décidé de fonder une association, Solidarité Québec-Viêt Nam – TÌNH ĐOÀN KẾT GIỮA QUÉBEC VÀ VIỆT NAM, dont l’objectif est de construire une maison d’accueil pour enfants abandonnés dans la région de Da Nang, au centre du Vietnam. C’est leur projet, mais nous le soutenons chaque fois que la chose est possible. Ces personnes possèdent des qualités de cœur peu communes et une détermination absolue qui assurera, nous n’avons aucun doute là-dessus, la réussite de ce projet d’aide. Depuis trois ans, les dossiers de Solidarité Québec-Viêt Nam ont beaucoup progressé et l’aide s’est déjà concrétisée sous forme de dons à des organismes opérant au Vietnam et par l’acquisition du terrain où sera édifiée la future maison d’accueil. Il est extraordinaire et réconfortant de constater à quel point les gens de cœur d’une région comme la nôtre peuvent avoir autant d’impact à l’autre bout de la planète. Vous pouvez y aller voir par vous-mêmes sur le site de l’association : http://www.solidaritequebecvietnam.blogspot.com/

L’Asie en nous…

Lors d’un séjour à Vientiane (Laos), nous avions mis la main, ma compagne et moi, sur un livre dont le titre francophone avait éveillé notre attention : L’Asie en nous

L'Asie en nous

écrit par Anne Garrigue aux Éditions Philippe Piquier. Tout en poursuivant notre périple, nous avons dévoré ce texte qui répondait à une prise de conscience qui désormais nous habitait : comment établir le pont entre cette Asie qui nous contamine ou nous imprègne et notre société occidentale ? De passionnés de l’Asie, nous était-il possible de se transformer en passeurs d’Asie ? Du statut de voyageur observateur, pouvait-on espérer passer à celui de propagateur ? Ces questions, Anne Garrigue les aborde avec bonheur dans L’Asie en nous. De Vientiane à Kyoto en passant par Luang Prabang, Paksé, Angkor Vat, Phnom Penh, Hô Chi Minh, Hoi An, Hanoi, Tokyo, nous avons plongé au cœur de notre âme à travers mots, phrases et chapitres de L’Asie en nous. Comblés, nous avons laissé notre bouquin sur les rayons d’une bibliothèque mise à la disposition des voyageurs dans notre charmant hôtel de Kyoto. Peut-être que d’autres passeurs d’Asie y trouveront, comme nous, une source d’inspiration !

Notice biographique :

Michel Samson nous parle bimensuellement de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédés. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
Il a publié Ombres sereines, un magnifique recueil de récits immobiles à la Grenouille bleue, en 2009.  Cet ouvrage lui vaudra d’ailleurs le Prix de la catégorie découverte, au Salon du Livre (SLSJ) en 2010.

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Chronique d’Asie… par Michel Samson…

13 juillet 2011

Anecdote asiatique

Un samedi comme les autres…

Tokyo vit au ralenti ; moins de cinq semaines après la terrible catastrophe du 11 mars, les multiples répliques sismiques se font toujours sentir dans la capitale. Encore ce matin, une secousse un peu plus forte que les précédentes a fait osciller le plafonnier de notre appartement durant de longues minutes. Nous ne sommes pas craintifs ; nous savons que l’édifice où nous logeons est de construction récente et respecte les normes antisismiques les plus rigoureuses de la planète. Il n’en demeure pas moins qu’après tout ce que nous avons vu et entendu au cours des dernières semaines, il nous arrive de partager, par empathie bien sûr, l’anxiété des Japonais lorsque le sol se met à bouger. Hier, par exemple, nous visitions un jardin magnifique donnant sur la baie de Tokyo quand la terre s’est mise à bouger. Nous étions assis sur une butte en compagnie de visiteurs japonais. Toutes les conversations ont cessé aussitôt, le temps que les ondes sismiques se dispersent au loin. Les discussions ont ensuite repris comme si rien ne s’était produit, mais derrière ce calme apparent on sentait bien une sourde inquiétude chez nos compagnons d’infortune.

Oublions tout cela : aujourd’hui est une journée spéciale. Notre fille chérie et notre gendre viennent nous rejoindre au Japon pour une dizaine de jours. Nous devons nous rendre à l’aéroport de Narita afin de les accueillir et les piloter pour leurs premiers pas dans la mégapole nippone.

Nous nous débrouillons bien avec le métro tokyoïte : sa réputation de complexité extrême est surfaite ou encore sert à impressionner ceux qui n’ont jamais visité l’archipel. En route vers la gare d’Ueno qui permet d’accéder aux transports en direction de Narita, nous constatons que certains passagers se montrent attentifs aux crissements métalliques et vibrations excessives du train souterrain. Tous n’ont pas oublié les terribles secousses du 11 mars et certains sont demeurés fragiles, sinon angoissés. Nous nous faisons la réflexion que nous-mêmes, si nous avions vécu cette terrible journée dans la capitale, aurions peut-être décidé de quitter ce pays fascinant. Par bonheur nous étions au sud de l’archipel, à Kumamoto, sur l’île de Kyushu ; nous ne sommes donc pas aussi vulnérables que les gens d’ici.

À Ueno, les choses se corsent un peu : beaucoup de départs de trains sont annulés ou très en retard. La raison en est cette secousse matinale qui a  perturbé le système ferroviaire. Cette situation modifie un peu notre perception de l’événement sismique du matin : d’anodine, cette secousse se transforme en incident inquiétant. Et s’il y en avait une autre, plus intense ? Que se passerait-il ? On n’ose partager nos réflexions et on se concentre bien vite sur le problème actuel : trouverons-nous un train en partance pour Narita ? Après quelques palabres avec l’employé au guichet d’accueil qui, mentionnons-le, ne parle presque pas anglais, on parvient à dénicher un train en partance pour l’aéroport : quai numéro un. Nous allons y prendre place, car le départ est prévu pour les minutes qui viennent.

Nous sommes installés à bord, nos pensées fixées sur le merveilleux moment des retrouvailles avec nos proches quand un contrôleur se saisit d’un micro et se lance dans une annonce précipitée. J’ai beau savoir un peu de japonais ; quand les phrases sont débitées à cette cadence, aucune signification ne s’en dégage. L’affaire pourrait sembler insignifiante si ce n’était de la réaction des autres voyageurs. L’annonce n’est pas encore terminée qu’à notre grande stupéfaction ceux-ci accrochent leurs bagages et se ruent hors du train ; les seuls passagers encore à bord sont, comme nous, tous étrangers. On se regarde, ébahis, avant de comprendre qu’il se passe quelque chose de très sérieux. Nous émergeons à notre tour du train pour voir les Japonais courir à toutes jambes vers l’escalier le plus près. Affolés, nous emboîtons le pas et suivons la foule. La panique s’empare de nous : nous courons maintenant. Malgré nous, les scénarios effrayants surgissent. On sait que le Japon dispose d’un système d’alerte pour prévenir certains tremblements de terre ; cette alerte préventive peut se déclencher jusqu’à quinze secondes avant les premières secousses. Peut-être est-ce le cas en ce moment et les voyageurs tentent de rejoindre la surface avant de demeurer coincés sous les décombres de la gare souterraine ? Puisque les gens autour de nous, toujours au pas de course, s’orientent plutôt vers un escalier s’enfonçant dans le sol, nous devinons qu’il s’agit d’un abri prévu en cas de catastrophe, peut-être même conçu pour résister à un formidable tsunami. Affolés, nous nous engageons avec précipitation dans cet escalier providentiel, descendant les marches deux à deux pour enfin aboutir… face à un train rangé le long du quai numéro trois. La foule s’y engouffre alors que, secoués et perplexes, nous nous interrogeons l’un l’autre du regard. C’est à cet instant qu’un voyageur, un Brésilien d’ascendance japonaise, parlant bien japonais et anglais, vient nous chercher et nous incite à monter à bord du nouveau train, expliquant que l’annonce aux passagers mentionnait que le train à destination de Narita partait du quai numéro trois et non plus du quai numéro un tel que prévu initialement.

Fragilisés par la triple catastrophe ? Nous ? Peut-être bien, en fin de compte.

Notice biographique :

Michel Samson nous parle bimensuellement de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédés. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
Il a publié Ombres sereines, un magnifique recueil de récits immobiles à la Grenouille bleue, en 2009.  Cet ouvrage lui vaudra d’ailleurs le Prix de la catégorie découverte, au Salon du Livre (SLSJ) en 2010.

Il tient également un blogue de haute qualité dont voici l’adresse :http://ombressereines.wordpress.com/


Chroniques d’Asie, par Michel Samson…

20 mars 2011

Entre volcan, tremblements de terre, tsunami et accident nucléaire….

Depuis le début de cette crise que je me promets de ne pas en dire mot, mais voilà : impossible d’éluder le sujet.

Ici, tous les réseaux diffusent en direct  des images de la centrale nucléaire ravagée par les éléments naturels, images entrecoupées de scènes de dévastation montrant les effets du tremblement de terre et du tsunami ou parfois, pour varier, les émissions de cendres du volcan en éruption au sud du Kyushu. Bien entendu, on y montre aussi les efforts des secouristes, les conditions de vie terribles des survivants,  ainsi que l’ordre et le calme qui étonnent au sein d’un tel chaos. Ici, pas de pillages ni de désordre social : les règles de vie qui régissent la société japonaise continuent de s’appliquer malgré les catastrophes.

Quant à eux, les journaux occidentaux, auxquels on accède par le biais d’Internet, nous abreuvent de prédictions apocalyptiques ; à les lire, il ne nous reste que peu de temps à vivre ici, en terre nippone. Un insidieux sentiment de panique s’empare de nous, voyageurs téméraires, accapare nos pensées, influence nos projets. Est-il sage de demeurer sur ces îles en train de sombrer ? Devons-nous, affolés, nous précipiter à l’ambassade et exiger un rapatriement immédiat ? Mais dans quel guêpier sommes-nous donc empêtrés ?

Des Occidentaux rencontrés au hasard du voyage nous font part de leurs inquiétudes : des ressortissants français nous disent vouloir éviter de remonter plus au nord  de Kyoto et se demandent comment ils pourront survivre à un Tokyo à la limite de l’effondrement et de la fin du monde. Un Belge nous dit abréger ses vacances et rentrer chez lui, car son gouvernement recommande d’éviter le nord du pays.

Je ne vous parle pas des multiples courriels aux messages alarmants reçus lors des derniers jours ; on se dit que là-bas, au pays, des gens doivent nous aimer beaucoup. Ça fait chaud au cœur !

Les pages web du gouvernement canadien sont moins alarmistes que beaucoup d’autres, recommandant seulement d’éviter les voyages inutiles dans les régions ravagées par le double sinistre.

Mais ici, dans le sud de l’archipel, à Hiroshima d’où j’écris ces lignes, la vie continue. Il faut bien aller de l’avant. La solidarité japonaise se manifeste aux coins des rues où des étudiants participent à des levées de fonds afin de venir en aide aux sinistrés. Aucun sentiment de panique chez les gens rencontrés. Ça semble même leur faire plaisir de constater que nous, étrangers, poursuivons notre petit bonhomme de chemin dans leur merveilleux, bien que terrible pays.

C’est que les Japonais en ont vu d’autres ! Ils ont développé, au fil des catastrophes naturelles ou provoquées par le genre humain, un profond sens d’entraide et de compassion. Ils ne cèdent pas facilement à la panique, mais ce qu’ils entendent en provenance de l’étranger est loin de les réconforter ou de les aider. Je ne pourrais leur en vouloir d’éprouver du ressentiment  à notre égard, mais, je le sais, ils ne le manifesteront jamais ouvertement : la politesse est ici le fondement même de l’ordre social.

Et nous, pauvres voyageurs ballottés par ces événements imprévus, nous allons de l’avant. Nous essayons de ne pas nous laisser influencer par le ton alarmiste des médias (nous avons appris à nous en méfier, il y a bien longtemps) et nous nous fions à notre gros bon sens afin de ne pas nous exposer au danger. En cette matière, nous pouvons compter sur nos hôtes : jamais les Japonais ne nous laisseront courir de risques inutiles. Ils savent recevoir et, parmi les devoirs qui leur incombent, protéger et aider les voyageurs étrangers s’avère primordial. Nous résiderons sans crainte à Tokyo durant les deux prochains mois (avril et mai) et s’il faut affronter avec nos frères et sœurs japonais les coupures de courant et les tracas d’un transport en commun perturbé, eh bien, nous le ferons avec joie.

En définitive, notre sort semble être entre bonnes mains… ces mêmes mains qui aident les trop rares survivants à se dépêtrer des décombres, et ça, c’est rassurant. Quant au reste… eh bien, nous donnerons bien sûr de l’argent pour venir en aide aux victimes et, si jamais la chose s’avère possible, offrirons du temps et de l’énergie pour ces gens que nous avons appris à aimer.

Notice biographique :

Michel Samson nous parle bimensuellement de voyages et d’Asie… dans ses Chroniques asiatiques
Il est est né et a grandi à Arvida. Après un bac en Littérature française à l’UQAC, il a poursuivi des études littéraires (maîtrise) à l’université Laval. Les hasards de la vie ont fait qu’à vingt-quatre ans, il se retrouve enseignant au collégial. C’est un passionné du métier. Très vite il lui est apparu que parler de littérature à ses élèves demeurait insuffisant si la pratique ne l’accompagnait pas. Ateliers d’écriture, cours de production littéraire et d’écriture dramatique se sont donc succédés. Il a également collaboré à l’écriture de plusieurs pièces de théâtre pour différents organismes et touché à la mise en scène. Si de nombreux facteurs ont contribué à forger son style (travailler avec les étudiants, assumer la tâche de maître de jeux de rôles, etc.), les voyages se sont avérés un puissant déclencheur du besoin d’écrire : par le biais du journal de voyage d’abord, mais surtout par l’élaboration de textes subséquents afin de figer les souvenirs, un peu à l’imitation du photographe qui fixe l’instant sur un support. Voyages en Europe et, surtout l’exploration d’une Asie qui le fascine, où il se sent chez lui. C’est ce monde lointain qui fraie son chemin à travers ses mots, comme malgré lui. Il se considère un intermédiaire privilégié d’une autre façon d’être, de penser et de se réaliser : au lecteur le soin d’y trouver un sens, le sien, et de le plaquer sur des mots qui maintenant lui appartiennent.
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Il tient également un blogue de haute qualité dont voici l’adresse : http://ombressereines.wordpress.com/


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