Paroles du souffle, par Frédéric Gagnon…

18 novembre 2016

Paroles du souffle

 

traces sur la plagealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
de la lucidité de tes pas
fous engoulevents criaient
les chants funèbres de mon être

mon cœur
qu’obligeait la mer inutilement
en vain pour toi se dévoilait

tu n’avais jamais été là

*

jusqu’à toi
j’aurai parcouru l’agonique chemin

sur ma cuisse traces de sang
l’être véritable
de naître commençait

*

bernaches aux quiets marais
s’envolent dans ta paume
tracent les lignes de ma main

tes yeux me voient moi
dans tes yeux je m’attends
plus tout à fait masculin

*

l’ange véritable se détourne de dieu
mais divin oui le miracle que tu sois
des outardes si chère traversent ton regard
dieu lui préfère ce qui ploie

femme parfaite dans un temple de chair
ta chair du réel le mystère suprême
tu m’auras appris toi visage de mes lèvres
qu’adulte seulement
l’homme naîtra

la mort elle que les mâles tous craignent
toi non ne te vaincra point
érodée splendeur jusqu’en tes os
à mes yeux toi tu seras toujours même

mon cœur belle mille fois te l’aurai donné
notre père donc exister ne peut pas

*

lumière des algues à l’orient de tes lèvres
ta chevelure fluviale émeut les oiseaux
d’entre tes reins l’aurore se lève
mes blancs soupirs coulent
sur les sables de ta main

*

s’éteignent des dieux désuets
nous devenons libres d’aimer

absolue sans cesse
notre présence s’évanouit et renaît

disparition d’inutiles dieux
advient en nous autour de qui nous sommes
le monde

passe l’oiseau si bleu
le ciel et l’oiseau confondus

toujours même mort
dissous dans la terre mes os
toujours toi j’aimerai

l’homme qui t’aime reconnaît
l’infinité sans paradoxe du cercle

*

amour écoute la nuit palpite
vois ce soleil pâle
l’obscur règne des chouettes
philosophes illuminer

moi belle ne le sais-tu pas ?
sur le chant rauque du sang
j’aurai tout misé

*

chaque moment le monde disparaît
l’homme lui prévoit sa fin

terre ventre tu m’accueilleras
d’omphalos ma langue percera les secrets

moi seul dans la cavité de chair vive
je t’entends corneille ton vol tu déploies

*

jamais des arbres les racines
n’épuiseront les sources de tesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
charmes de blanches mains

dans tes mains ondoient de calmes fruits
m’enchante la mort d’un bleu serein

*

vert ton regard m’a traversé
j’en oubliai femme de mourir
lune tu égares dans tes blancs
sentiers le trépas noir des poètes

essentiel savoir resplendit
l’admirable marbre du tombeau
ivre lune ta flamme pure prête
sa passion à nos érotiques débats

*

mystère sans fin ton souffle domine
les plus obscurs secrets de mon être

souveraine tu t’ouvres
lors mes mains voient
la tendre chair d’une rose sacrée

*

dans le lointain ne l’entends-tu pas
en vain le père blême sans cesse pleurer ?

enfin lucide mon esprit enfante
l’être qui non dieu mais divin
sans arrêt nous conçoit

*

rien
vierge vers dont les écumes chantent
les ébats héroïques de deux amants
sur le vélin spectral te déploies
sans jamais exprimer rien
seul silence bruissant où
vide miroir du monde tu dis
l’absence nue d’amoureux qui
éblouis ne sauront
plus jamais rien

*

la mer s’éveillant au son de ses refrains
femme tu suis sans détours la voie
contre ton sein éclatent mes écumes
dans l’orient absolu belle tu m’attends

*

combien de meurtres derrière ce baiser ?Albrecht Altdorfer
vois-tu la sarcelle qui s’envole ?
dans ton regard reviennent les oies blanches
le jour dans son or apparaît

*

sous le rosier aux fleurs rouge sang
les amants enlacés
à l’être donnent voix

vérité d’une clairière

ce matin le huard dans l’eau plongea

*

instant

morts pourtant ne mourrons point

amour

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…  

18 mars 2015

 Engagement et liberté

 Il m’est arrivé de penser que s’engager, c’était nécessairement errer.  En effet, de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniegauche ou de droite, nulle institution, nul parti, nulle Église, nul mouvement sociopolitique n’est exempt d’erreurs et d’erreurs graves qui trop souvent ont mené à la négation de la dignité humaine.  Par contre, on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’exister, pour un être humain, signifie s’engager — l’abstention étant elle-même une forme d’engagement.  De plus, il me semble que dans notre monde, la somme d’injustices, d’inégalités injustifiables, est si grande que de se fermer les yeux est pure lâcheté.  Or vivre lucidement, à mon avis, ne peut mener qu’à l’engagement en faveur des victimes du système.

Peu de choses me paraissent évidentes hormis celle-ci : nous, qui cherchons où nous engager, ferions un grand pas en avant si nous abandonnions nos fallacieuses transcendances (ce que Nietzsche appelait des arrière-mondes), transcendances qui mènent généralement l’être humain à la foi dans des eschatologies aliénantes.  En ce sens, l’être humain qu’anime un réel esprit de justice, une révolte tout à fait justifiée, ferait bien de prendre conscience des vérités de l’existentialisme dont voici, me semble-t-il, les principales : l’homme, tout en étant en situation, est nécessairement libre ; il n’y a pas de nature humaine, mais une condition humaine ; il n’y a pas de sens prédéterminé de l’histoire, l’histoire des hommes n’étant que la somme des projets individuels et collectifs.

Que l’homme soit nécessairement libre est évident pour quiconque se penche sur la réalité de son action.  En effet, bien qu’il soit en situation — situation qui implique des contraintes morales, matérielles et biologiques — en définitive, c’est l’homme qui interprète cette situation et qui par le fait même lui donne sens et, par extension, donne sens au monde.  Cette idée de l’homme et la négation de la nature humaine sont étroitement liées.  Les objets inertes et même les mammifères supérieurs sont enfermés dans leur nature ; mais le propre de l’homme, en raison de sa liberté, est de transgresser les limites qui lui sont imposées par sa biologie ou par la société.  De ce qui précède, les esprits conséquents tireront la conclusion suivante : nulle transcendance (qu’elle soit chrétienne ou matérialiste) ne détermine le sens de l’aventure humaine (il n’empêche qu’il y a bel et bien une transcendance au sens existentialiste — la transcendance de l’être humain qui dépasse le monde comme être en projet — sur laquelle je reviendrai peut-être un jour).

Je disais, en début de chronique, que nulle institution ou parti n’est exempt d’erreurs, voire d’atteintes graves à la dignité humaine.  Or il me semble que c’est la foi en de fausses transcendances qui trop souvent ont justifié le meurtre.  En effet, qui ne serait prêt à verser le sang pour une vérité extrahumaine et absolue.  Je crois pour ma part que nous serions beaucoup plus tolérants si nous concevions que l’être humain est projet et que nulle transcendance (celle de Dieu, du messianisme prolétarien…) ne peut le sauver de lui-même.  Cette conviction pourrait peut-être déboucher sur un engagement véritablement humaniste et libérateur.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

4 mars 2015

Trois poèmes

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Nuit à Naples de Shchedrin

 I – Nocturne

 Dans ce lit de désastres, tu déposes tes armes pour ne retrouver que le bruit de ton souffle haletant.  Tu n’es rien pour elle comme tu n’es rien pour personne.

Nous ne vivons plus de rapports que de contiguïté, et les mots anciens ne désignent que des réalités mortes.

Dans un lit tel un cercueil en déroute sur une mer boréale, tu glisses en involontaires reptations dans cette peau reptilienne qui suinte de tes angoisses les sanglots ataviques.

Tu fumes, une femme passe et onze mille chiens s’arrachent à tes reins… mais ton âme demeure seule, ton corps reste vide — et tu t’éteins.

Tu fermes la lampe et te glisses sous tes draps, et c’est la mort virtuelle qu’indéfiniment tu réitères, plus douloureuse de n’avoir de terme contrairement à celle, qui naturelle, te délivrera enfin.

Tu joues les tombeurs avec les cyberland babes, et de ton moi déréalisé se repaît la Machine.  La Loi, le Fric, la Carte et ça clique : un ordre de simulacres qui jouent des rôles surannés.  Et tu poursuis ta course vers le néant de rêves suggérés, homme aliéné que l’on tient aux abois par les sortilèges d’orgasmes informatisés.

***

II – Jazz

Introït

Il désirait atteindre le son parfait, long trait bleuté que tracerait son esprit dans le ciel, une droite qui se perdrait indéfinie à l’horizon.  Chaque jour il pratiquait dans la chambre de son hôtel, et la nuit donnait au public tout ce qu’il avait au ventre, son âme, un instant, tout accordé au Minuit qui ne sonne jamais ; mais il rentrait brisé, déçu, et recherchait en des nuits plus obscures le son parfait, ligne bleutée dont ses meilleures improvisations n’étaient que des calques maladroits.

 III — In Memoriam

Artiste absolument improbable, il devinait l’arrière-pensée d’un dieu mélodique.  Plus grand que ses prédécesseurs, il découvrait la voix de prophéties américaines et argumentait contre le néant dans la pénombre des cafés.  Il savait la note qui ébranle l’univers et la jouait parfaitement, point d’ancrage, en pleine vacuité, de particules jusqu’alors fantomatiques.  Son génie était si grand que jamais les hommes n’oublieront le son de sa trompette, une compagne magnifique que l’on appelait Maggy.

 

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Chronique des idées et des livres par Frédéric Gagnon…

17 février 2015

Fragment des visions d’Érik (2)

 

            Cette semaine encore, je publie un texte de mon ami Érik.  Il s’agit d’une œuvrechat qui louche maykan alain gagnon francophonie de jeunesse pleine de révolte.  Un tel poème en prose peut surprendre de la part d’un homme qui, du moins le croit-on, trouva la paix en Dieu avant de disparaître.  Il me semble tout de même nécessaire, ne serait-ce que par amour du vrai, de vous le présenter.

 

***

 

J’ai fait ce que j’ai pu.  On devrait se révolter contre la répression.  Je me suis évadé dans le psychédélisme, des opéras furieux, les bars de danseuses.  Mais l’aliénation me rattrapa : elle est nécessaire, dans l’ordre du pouvoir.  Le pouvoir laisse son empreinte dans l’inconscient, c’est comme ça qu’il nous terrorise.  On a peur jusque dans nos claques.  Mais le sang se rebiffe, alors on joue, leur jeu, celui des révoltes parodiques, des évasions : on regarde des films débiles ; on écoute des musiques insignifiantes ; on se passionne pour des clubs de hockey.  La peur nous tient, celle de ne pas appartenir, d’être pauvre, délaissé, socialement un zéro : ainsi nous possède-t-on.

Moi aussi j’ai bu.  J’ai cherché des frissons.  Plus profondément, je désirais une spiritualité nouvelle, une béatification des corps comme blasphèmes absolus.  J’ai profané la tombe à laquelle on voudrait nous condamner.  J’ai surpris dans des silences les clefs dont sont dépositaires des êtres fugaces, à jamais mystérieux, et j’ai découvert dans l’ivresse une science nouvelle qui permet à l’imagination d’investir le corps, d’élever ce dernier à la plénitude magique des esprits stellaires.  N’avez-vous jamais connu de ces orgasmes qui vous sanctifient comme autant de transsubstantiations de tout votre être ?  Ne suis-je pas passé, en certains instants, bien près de me dissoudre dans un bonheur absolu ?  Il faut transgresser la peur de se perdre pour apercevoir le dieu en soi.  J’ai eu la volonté d’une telle transgression.  Je l’avoue, j’ai été et je demeure cet homme du blasphème qui conteste les droits de tous les pouvoirs sur sa conscience.  Ma conscience est sacrée ; la vôtre ne l’est pas moins.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieTrès jeune j’ai rencontré un mage.  C’était dans mon esprit, je crois.  Il m’a conseillé de renier mon baptême.  J’ai donc erré dans des contrées sauvages où je me suis abreuvé de l’urine des forêts.  Un jour j’ai rencontré une femme qui avait été élevée par des panthères.  Rousse, lumineuse, elle allait nue au milieu des savanes comme l’enfant incomprise du Soleil.  Nous partageâmes des minuits d’une lumière intense.  Elle m’a révélé les secrets d’une volonté qui ose jouer son rôle primitif dans les dimensions sans nombres de l’esprit.  Une telle volonté est théurgique, me dit-elle.  J’ai compris qu’il y avait dans le corps des carrefours où le cosmos et le Moi s’épousent parfaitement.  J’ai adoré dans le corps du blasphème l’Évangile d’un homme libéré des craintes ataviques qui ne servent que le dieu mauvais, ce dieu sombre qui nous maintient enchaînés dans une prison de fer noire.

 Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

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Étrangeté, une nouvelle de Frédéric Gagnon…

16 février 2015

 Étrangeté

 (Premier prix au concours 2014 du Chat Qui Louche.)

            Ce matin-là, il se regarda dans le miroir de la salle de bains et ne se reconnut pas.  Puis il retourna dans la chambre àchat qui louche maykan alain gagnon francophonie coucher et vit sa femme pelotonnée dans le lit — mais c’était pourtant une autre.  Il se rendit donc dans la chambre de sa fille, espérant que cet être le rattacherait à lui-même, à son identité, à tout un passé qui lui paraissait définitivement étranger.  Il vit l’enfant dans son pyjama rose, dormant les jambes écartées.  Il y avait au coin gauche de ses lèvres un filament de salive.  Décidément, il ne retrouvait pas le sentiment de sa propre paternité.  Mais qui était donc cette fillette de cinq ou six ans ?  Découragé, vidé de lui-même tel un fantôme qui circule dans une maison inconnue, il descendit au sous-sol où se trouvait son bureau.  Il examina le manuscrit de ce roman que supposément il était en train d’écrire.  L’histoire en était absurde.  Ces milliers de mots s’effilochaient dans son esprit ; leur lecture pénible l’écœurait, comme s’il eût sucé quelque bonbon doucereux qui lui rappelait une enfance qui ne pouvait avoir été la sienne.  Il ramassa le paquet de Gauloises, à côté de l’ordinateur portable, et alluma une cigarette, puis il tenta de réfléchir à sa situation, mais toute pensée claire se refusait à lui.  Alors qu’il éteignait le mégot dans le cendrier de métal doré, il aperçut une feuille de papier, vraisemblablement déchirée en son milieu, qui reposait sur le coin gauche de sa table de travail.  Ce papier était porteur d’un message, d’une note manuscrite qu’il avait sans doute rédigée lui-même, mais dont il ne reconnaissait pas l’écriture.  Attentivement, il lut, puis relut : Est-ce que le monde est dans ma tête ?  Est-ce moi qui suis dans le monde ?  Ces questions (mais au fait, à qui s’adressaient-elles ?) lui donnaient une sensation de vertige.  En un sens, mais il n’aurait su préciser lequel, il sentait que ces questions-là étaient intimement liées à la perte de son identité.  Qu’était-ce donc, être moi-même ? se demanda-t-il.  Qui étais-je, quand tout empli d’une personnalité nette et précise comme le tranchant d’un couteau, j’étais habité par le sentiment de ma propre présence ?  Il pressentait qu’il s’interrogeait en vain.  Il fuma une seconde cigarette, mais cette fois ne tenta pas de réfléchir.  Puis, harassé par un monde d’ombres qui s’entassaient dans cette pièce comme les éléments dissous d’un univers à jamais perdu, il retourna au rez-de-chaussée et sortit sur le perron.  Il vit le ciel, d’un bleu absolu, bleu comme l’amour qu’on ne retrouvera jamais, comme les yeux d’une femme qui nous manque bien qu’on ne l’ait jamais connue — et il constata que ce ciel était identique à celui de la veille.  Il en conçut du dépit.

Frédéric Gagnon

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

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Concours du Chat…

14 février 2015

Le concours du Chat est terminé…

Il est temps de dévoiler les noms de nos gagnants.

Mais tout d’abord, je voudrais féliciter les vingt-deux participants et participantes. Vingt-deux textes, et de bonne tenue, ce qui a rendu parfois difficile le travail du jury.

Je tiens aussi à remercier Jean-Pierre Vidal et Clémence Tombereau qui se sont acquittés de leurs tâches avec diligence et minutie. J’ose espérer qu’ils accepteront une autre fois d’officier pour l’édition 2015 du même concours.

J’explique brièvement comment nous avons procédé. Chacun des trois membres du jury a choisi solitairement sept textes parmi les 22. Puis il les a hiérarchisés de 1 à 7 (7 étant le préféré, etc.). Par la suite, chacun a envoyé sa liste au secrétaire (AG) qui a additionné les points, et nous sommes ainsi arrivés à ces résultats :

Premier prix : ÉtrangetéFrédéric Gagnon :

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Frédéric Gagnon

Deuxième prix : Phobie or not phobie Nando Michaud

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Nando Michaud

La qualité des textes a incité le jury à ajouter un troisième prix qui a été gagné ex æquo.

Troisièmes prix (ex æquo) : Mort, etc. Richard Desgagné 

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Richard Desgagné

Et Le gilet Catherine Baumer

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Catherine Baumer

Les gagnants recevront leur prix par voie postale dans les prochains jours et les textes seront publiés dans le Chat Qui Louche au cours des prochaines semaines.


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

4 février 2015

Fragment des visions d’Érik

 Ce jour d’été, Érik marchait sur les plaines d’Abraham accompagné de son seulchat qui louche maykan alain gagnon francophonie lecteur mp3. Après la mort de mon ami, j’ai découvert parmi ses papiers ce texte proprement mystique que je crois nécessaire de publier dans le Chat qui louche avec l’aimable soutien de son éditeur. Pour le reste, je préfère taire les circonstances étranges dans lesquelles disparut cet homme qui m’était si cher. Je laisse donc la parole à celui qui me manque :

Tout en admirant la nature souveraine, mais relativement domestiquée du Parc des Champs-de-Bataille, j’ai décidé d’écouter l’un de mes morceaux préférés : l’adagio du premier quintette pour piano et quatuor à cordes de Gabriel Fauré. J’ai toujours aimé ce mouvement de l’œuvre du maître français. Mais, ce jour-là, dès les premières mesures, il m’affecta comme jamais. J’entendais dans cette musique une douce mélancolie et l’immense espoir de créatures qui peu à peu s’élèvent vers un monde de lumière qui leur est inconnu, dont elles n’ont que le pressentiment. Il me semblait que le soleil sur l’herbe et dans les feuillages révélait la poussée musicale du règne des végétaux. L’adagio de Fauré disait la vérité d’une volonté de puissance devenue sublime, d’un univers d’êtres qui secrètement tendent vers ce surplus d’existence qu’est leur accomplissement dans la dimension divine du réel. Et je sentais qu’une part de moi, dont je n’avais été qu’à demi conscient, participait à l’œuvre alchimique de la nature. La musique de Fauré faisait apparaître un paysage que je n’avais pas encore vu, celui d’une nature qui de ses transmutations intérieures tire l’Image sacrée qui fut toujours sa vérité latente, l’image d’un monde pacifié, d’une beauté parfaite, dans lequel l’Esprit trouve son juste repos. Je voyais dans l’azur une prémonition d’un temps où enfin tous seront réconciliés, où tout sera justifié – et il me semblait que le moindre brin d’herbe s’efforçait d’être un brin d’herbe parfait afin de rejoindre son principe intelligible, et que chaque feuille de l’arbre était une exaltation de la sève, dont le vert émeraude vibrait d’une lumière surnaturelle – et je sus de manière certaine que toute beauté de la matière était l’expression du sacré, d’un ordre divin suprêmement intelligible – et soudain je connus un bonheur d’une telle intensité, je fus transporté avec tant de force au-delà de moi-même, que je sentis que ce n’était plus moi qui vivais, mais celui qui en moi existe depuis plus longtemps que moi-même, qui est plus ancien que tous les cycles du cosmos, qui est éternel, qui est en moi la vraie présence de l’Esprit, celui contre qui les portes de l’enfer ne prévaudront point. Je ne doutais plus : pendant un instant qui dura une éternité, je sus qu’il y avait un Dieu, Sa présence m’était aussi évidente que celle du soleil sur mon visage. Oui, au-delà de toute croyance, je savais que le Royaume de l’amour, de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniel’intelligence et de la beauté existe ; que Dieu n’est pas dans un quelconque ailleurs, qu’Il est la dimension profonde de notre réalité dans laquelle tout est accompli, parfait, pacifié ; et qu’Il inspire aux hommes leur désir d’élévation. Quelle ferveur j’éprouvai, quelle reconnaissance !   Plus rien ne m’était étranger, le moindre brin d’herbe m’était un frère. Quelle joie infinie je ressentais ! Comme soudain tout était beau, surnaturellement beau ; comme tout était bien. J’avais franchi le miroir, je vivais dans le monde réel, celui de ma propre éternité, de l’éternité de chacun – et même un brin d’herbe dans son principe est éternel. Oui, quelle joie ! À travers ses luttes parfois immondes, malgré toute la médiocrité dont on est trop souvent témoin, la création couve une joie infinie.

            Pendant un moment sans commencement ni fin, qui dura peut-être quelques minutes, j’ai marché dans l’Esprit divin au milieu des arbres des plaines d’Abraham. Pendant un moment, je fus l’égal de Dieu parce que j’étais l’objet de tout Son amour. Pendant un moment, j’ai percé le mystère de ma condition.

Frédéric Gagnon

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

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