À l’heure où l’aube… Claude-Andrée L’Espérance

15 juin 2017

Ma traversée du pays fantôme

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Sans y être

À l’heure où l’aube s’invente à petites touches de lumière

je joue à enfermer la mer dans une petite boîte noire

je suis ici

sans y être

occupée à saisir

ce que mes yeux ne voient pas

Notice biographique

 Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec Fascinée à la fois par les mots et la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation, performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. Parmi ses plus récentes publications, on note : Carnet d’hiver (2008), un récit publié à compte d’auteur ; Les Tiens (2012), un roman paru chez Mémoire d’encrier ; et  L’âme des bêtes  et autres histoires… (2015), un recueil regroupant une trentaine de ses billets publiés sur le Web au magazine littéraire Le Chat Qui Louche. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre ses deux passions, l’écriture et la photo.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Partir, par Claude-Andrée L’Espérance…

30 mai 2017

Ma traversée du pays fantôme

 

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Partir

Sans un cri
disparaître
happé par le silence

des souvenirs
gravés à l’encre noire

 

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Ma traversée du pays fantôme, Claude-Andrée L’Espérance…

22 avril 2017

 Sans attaches

 

 

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Il semblait
flotter sur la neige
en attente
du coup de vent
qui l’emporterait ailleurs

et moi,
sous un soleil prestidigitateur
un instant,
je pris son ombre pour ses racines

 

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Soleils pâles, Claude-Andrée L’Espérance…

25 mars 2017

Ma traversée du pays fantôme

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Soleils pâles

 

Aux soleils pâles

de nos matins frêles

il y a l’hiver

qui nous colle au corps

comme une seconde peau

la peau d’une bête irascible

                             toutes griffes dehors …

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Ma traversée du pays fantôme, Claude-Andrée L’Espérance…

23 février 2017

Paysage d’hiver

 

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Trébucher, s’enfoncer, se perdre
rafales, bourrasques et giboulées
pays sans horizon
chutes d’étoiles
à n’en plus voir le ciel

il a neigé, il neige, il neigera…

nous oublierons

dans la montagne
au garde-à-vous
veillent les épinettes

 

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

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Il était une île… par Claude-Andrée L’Espérance

11 février 2017

Ma traversée du pays fantôme

 

 

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Il était une île, à la nuit tombée tout entourée d’ombres, d’écueils, de hauts-fonds. Une île que personne n’osait approcher.

Au milieu de l’île, devant un écran, bleu comme ciel de lune, une forme humaine figée, immobile, semblait faire le guet. Un veilleur de nuit, une sentinelle ou quelque vestale d’une ancienne cité ? Mais qui était-il ? Mais qui était-elle ? J’aurais bien voulu pouvoir éclaircir ce troublant mystère. Regardant la mer, il me vint l’idée d’une traversée. Et à la faveur d’une nuit sans lune, transie par la peur, je me vis soudain m’approcher de l’île, passer les hauts-fonds, passer les écueils, prête à l’abordage. Et dans la nuit noire mettre pied à terre tout en trébuchant.

Je marchai longtemps, poussée par ma quête. Le regard rivé sur cet écran bleu brillant comme un phare au milieu de l’île. Je marchai longtemps… jusqu’à ce moment où le jour se charge de montrer crûment ce qu’on ne veut pas voir.

C’est ainsi qu’à l’aube je réalisai qu’au lieu des écueils, au lieu des hauts-fonds, des piles de déchets aux odeurs putrides, qui n’ont rien à voir avec l’air salin, semblaient me narguer. Au milieu de l’île où j’avais cru voir un veilleur de nuit, une sentinelle ou quelque vestale qui faisait le guet, je ne retrouvai qu’une statue de chair. Une énorme femme devant l’écran bleu où jouait en boucle l’histoire d’un naufrage.

Empress of Ireland ou bien Titanic ?… Enfin je ne sais plus… un de ces navires qui coula à pic.

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Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Yvon Paré nous parle de Claude-Andrée L’Espérance…

4 février 2017

Claude-Andrée L’Espérance aborde un sujet tabou

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecUn titre un peu étrange et une écrivaine que je ne connaissais pas. « Les tiens » est demeuré sur mon bureau pendant un long moment. Je l’ai retrouvé récemment en faisant du rangement. C’est toujours comme ça l’été. On prend le temps de classer, de faire de l’espace autour de soi, de regarder ce que l’on a oublié de lire pendant l’année. Certains ouvrages retiennent l’attention et d’autres se retrouvent sur les rayons de la bibliothèque.

Claude-Andrée L’Espérance vit sur les rives du Saguenay. C’était assez pour titiller ma curiosité. Les lecteurs le savent, je suis toujours prêt à débusquer un écrivain du Saguenay ou du Lac-Saint-Jean. Je n’ai pu résister à la tentation.

Une sorte de coup de poing amorce ce roman où un Blanc et une Autochtone se retrouvent dans une rupture amoureuse qui prend des accents de racisme. Une incompréhension à l’image des deux peuples.

« Quatre petits mots assassins :
« Va rejoindre les tiens ! »
C’est ainsi qu’une toute petite phrase décréta qu’il y aurait, désormais, une frontière entre nous deux. » (p.7)

L’histoire

Nous échappons à notre époque pour retourner dans ce temps où les Autochtones sillonnaient la Côte-Nord et une grande partie du Québec. Et un jour, les chasseurs et les pêcheurs ont vu des étrangers débarquer des grands navires pour s’avancer sur le sable quelque part entre Sept-Îles et Baie-Comeau.

« Ont-ils vu en ces hommes des envahisseurs ?… Des messagers ?… Les ont-ils fuis ?… Les ont- alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecils accueillis comme des frères ? Ont-ils été séduits par la richesse de ces voyageurs et, comme on raconte parfois dans les livres d’histoire, ont-ils attendu sur la rive dans l’espoir de troquer des fourrures contre des haches et des couteaux. » (p.15)

Est-il possible d’imaginer ce qui s’est passé alors ? Claude-Andrée L’Espérance tente d’oublier les légendes et les clichés pour plonger dans ce temps pas si lointain où deux mondes se faisaient face pour une première fois. Il en est résulté ce que l’on sait.

Les Innus ont été dominés de la façon la plus dure qui soit. On connaît les histoires des pensionnats où des jeunes ont été séquestrés, coupés de leur culture, de leur famille et de leur manière de vivre.

« Avant de partir pour le pensionnat mes enfants étaient éveillés, curieux, heureux d’apprendre. Ils me sont revenus la colère au cœur. Ils ne connaissent plus rien au mode de vie des miens et n’ont même pas leur place dans ton monde à toi. Je les vois aujourd’hui errer sans but sur la Réserve. » (p.96)

La mémoire se reconstitue par fragments, allant de l’un à l’autre pour chercher à savoir ce qui est arrivé à ces peuples nomades. Un monde s’est évanoui. Qu’y a-t-il derrière les noms qui désignent des territoires et des cours d’eau ?

« Le brouillard a avalé la montagne et une partie de la Côte. Trop de flou dans nos histoires. Floues à ne plus voir devant. Et moi j’avance mot à mot, sur la page écrite, j’hésite et je doute, pendant que tranquillement mon esprit s’enlise. » (p.49)

Mort lente

Une mort lente à l’image du Québec peut-être qui, dans quelques décennies, se perdra dans les brumes s’il ne change rien à sa situation.

« Ensuite, en classe, elle la traite d’insolente quand devant l’image d’un héron Malilush s’écrie spontanément Shashatshu. Évitant de justesse quelques coups sur les doigts, elle comprend. Depuis, elle mémorise tous les noms associés aux images, répétant en français : héron, baleine, canard, orignal, loup, renard, ours… » (p.74)

Le récit englobe plusieurs générations, s’attarde à des faits que l’on ne retrouve pas dans nos manuels. Cette autre histoire existe pourtant, même si elle n’intéresse que les marginaux comme Serge Bouchard. Heureusement des chercheurs de mémoire vont au-delà des clichés et des kiosques destinés aux touristes.

« Dans certains commerces, inutile de chercher quelque trace des tiens parmi ces petites choses sans âme que l’on vend aux touristes : poupées indiennes made in Taïwan and sold as an authetic Indian craft. » (p.85)

On comprend que Claude-Andrée L’Espérance ne puisse évoquer cette tragédie qu’en avançant à tâtons dans un brouillard qui enveloppe autant les Blancs que les Autochtones. L’écrivaine ose s’aventurer dans un territoire que l’on préfère souvent ignorer. Et comment ne pas imaginer les drames qui se préparent avec le Plan Nord ? Même en 2012, il semble que nous n’ayons rien compris.

Un roman par fragments, comme des ilots, qui permettent de reconstituer une mémoire qui est redonnée à tous. Touchant et nécessaire.

« Les tiens » de Claude-Andrée L’Espérance est paru chez Mémoire d’encrier.
http://memoiredencrier.com/les-tiens/

Yvon Paré

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJournaliste, écrivain et essayiste, Yvon Paré a publié une douzaine d’ouvrages, un essai, des romans, de la poésie et des récits.  Signalons Les plus belles années, Le Réflexe d’Adam, Les Oiseaux de glace et Le souffleur de mots.  Les récits de voyage Un été en Provence, Le tour du lac en 21 jours et Le Bonheur est dans le Fjord ont été écrits en collaboration avec Danielle Dubé.

Lecteur attentif, il a rédigé de nombreux articles portant sur les œuvres des écrivains du Québec dans Le Quotidien et Progrès-Dimanche où il œuvré comme journaliste.  Il collabore à Lettres québécoises depuis une quinzaine d’années en plus d’être l’auteur d’un blogue fort fréquenté.

Le voyage d’Ulysse, un roman où il suit les traces du célèbre personnage d’Homère, en l’invitant au Lac-Saint-Jean et en inventant un monde possible et imaginaire.  Il a remporté le prix Ringuet du roman de l’Académie des lettres du Québec avec ce roman en 2013 en plus du prix fiction du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  Son dernier ouvrage, L’enfant qui ne voulait plus dormir, un carnet fort louangé, explore les chemins de la création.

On peut retrouver l’ensemble de ses chroniques sur http://yvonpare.blogspot.com/.


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