Ce matin-là… par Jean-Marc Ouellet…

10 janvier 2016

Ce matin-là

Depuis quelque temps, je marche en forêt. Une vieille forêt. Avec ses vieux arbres, ses chicots, ses mystères, sonalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec savoir. Le matin, avant le petit-déjeuner, une tasse thermos à la main et remplie de café, je marche, avec mon amoureuse, avec mes labradors. Parfois seul. J’enjambe les branches et les racines. Je hume l’air humide, imprégné de sapins, d’épinettes, de cèdres, de fougères, de fleurs sauvages, de pourriture, de toute cette nature de fibres et de sève comme de chair et de sang. J’écoute le gazouillis des oiseaux, le croassement des corneilles, le murmure du vent, l’écoulement de l’eau du ruisseau. Je m’arrête devant les pistes de lièvres et de cervidés. Je marche, marche, marche. Je sue, je vis. Sur le sentier qui me sépare de mes biens, de ce pour quoi j’échine pourtant mes jours, je m’enrichis du pouvoir des arbres, des bêtes sauvages, du vent, du ciel… Et je pense. Beaucoup. Car les insondables secrets de la nature engendrent un état d’âme riche en fantaisies et en illuminations. Les problèmes s’allègent, les réponses surgissent. « Penser, c’est chercher des clairières dans une forêt. » écrivait Jules Renard. Et penser dans la forêt, c’est enchâsser nos vies de jets de lumière. De l’ombre d’un arbre, des univers se créent. Et chaque arbre étant unique, imaginez l‘infini des possibles d’une promenade en forêt. Les pensées se bousculent donc. Les écureuils ne les voient pas. Mes labradors non plus. Malgré leur ouïe prodigieuse, ils ne les entendent pas. Mon amoureuse non plus, à moins que, parce qu’elles en valent la peine, je les lui partage. Les autres… Elles m’habiteront en exclusivité, me hanteront peut-être plus tard. Les arbres les sentent peut-être. Qui sait ? Je soupçonne même qu’ils en soient la source. De Gonzague St-Bris écrivait : « Lors de mes vagabondages dans les verdures éternelles, j’avais l’impression de lire l’univers et la forêt était pour moi la plus belle des bibliothèques. »
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecAlors, je marche, et je pense. À quoi ? Eh bien… à tout. Au quotidien, à mon travail, à mes joies, à mes misères. Je pense à mon amoureuse qui me précède ou me suit, à mes enfants, à mes proches, à mes chiens qui gambadent à mes côtés. Des projets d’écriture germent. Je pense aux injustices, à la science, à l’ivresse d’être là, à cet instant, je pense à hier, à demain. Les motifs ne manquent pas, le pouvoir inspirant des arbres étant sans limites.
C’est donc un certain matin, le thermos de café penchant dangereusement alors que j’enjambais un chicot échoué à travers le sentier, qu’une pensée singulière traversa mon esprit. Pourquoi confiner des pensées en soi, dans l’éthérisme du je-ne-sais-où ? Pourquoi vivre, penser, si la vie n’est qu’un ramassis de secrets ?
J’ai le bonheur d’écrire. Et j’ai la chance d’avoir un bon ami qui publie des textes dans un blogue devenu magazine littéraire électronique, Le Chat qui louche, des textes qui sont lus. Un ami qui, deux fois déjà, m’a fait confiance. Jamais deux sans trois, dit l’adage.
Ce matin-là, mes pensées m’ont conduit à cet ami, à son blogue, à ma nostalgie du temps où j’y publiais des textes. J’ai donc pensé reprendre du service, une fois par mois, y graver ces impressions de matins de randonnées parmi les arbres.
Tout y passera. Réflexions, science, fiction…
Des secrets ?
Qui sait ?

© Jean-Marc Ouellet 2016

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Textes sacrés, nature et Braque, par Alain Gagnon…

8 décembre 2015

Actuelles et inactuelles…

Les textes sacrés sont souvent des taches de Rorschach, ces images aux formes incertaines que les psychiatreschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec montrent à leurs patients pour faire ressortir les structures de leur personnalité.  Chacun y voit et y puise selon ses propres bibittes ou penchants ; et, dans le cas des textes sacrés, en tire valeurs, attitudes et comportements qui lui conviennent.

*

Dans un réseau social, quelqu’un souhaite que l’école reconnecte l’enfant à la Nature.

De quelle nature parle-t-on ici ?  Physique ?  Végétale ?  Animale ?  Mentale ?  Spirituelle ?  L’humain appartient à l’ensemble.  Si l’on veut sa vie réussie, il faut préparer le jeune à vivre et progresser à l’intérieur de toutes ces catégories.

*

Il y a peu, je terminais l’écriture d’un recueil de nouvelles fantastiques (Gloomy Sunday ou Le récit de Tasha Bonte).  J’y ai rédigé une brève introduction où j’exprime exactement ce que Marc Pasterger a lui-même écrit en préface de son ouvrage inexplicable, mais vraies, lu hier soir.  Coïncidence ?  Synchronicité ?

Mon texte :

En automne progresse le noir, progresse la nuit.  Le brumeux et le flou augmentent ; le mystérieux et l’insolite sortent des sous-bois et des sous-sols et se montrent à la lumière rare des jours gris.

Même si les heures lumineuses se tassent, si le royaume de l’obscur s’étend, il serait abusif de croire qu’il en résulte pour l’esprit affaiblissement et engourdissement.  Des ténèbres jaillit le clair ; et le regard inversé de l’humain peut profiter des jours sombres pour s’adonner à l’introspection, puiser en lui-même des intuitions fulgurantes ou quiètes qui lui ouvriront sur le réel des portes qu’il croyait jusque-là inexistantes.

Les récits que l’on tire de cet état d’esprit ont ce côté orbiculaire – in-finalisé – de plusieurs légendes innues ou inuites.  Le plafonnier n’éclaire pas tous les recoins de la pièce.  Les solutions totales des Maigret et des Sherlock Holmes en sont absentes.  La magie du clair-obscur survit à la dernière ligne du texte.  Le règne du non-dit et de l’indicible perdure, sans faste, mais assurément.  (Le récit de Tasha Bonte)

Et ma lecture d’hier :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecRien ne me plaît davantage qu’un fait avéré laissant patauger l’homme de ce début de troisième millénaire nanti d’un savoir minuscule et d’une culture très parcellaire.  J’adore les histoires n’arborant pas une fin en béton sans discussion possible.  Je raffole des récits — authentiques — laissant la porte grande ouverte à l’imaginaire, à l’existence d’un autre monde, parallèle, invisible, différent, meilleur ou moins bon, et même un peu de tout ça à la fois !  (Marc Pasterger)

Ces textes me ramènent en mémoire une citation de Braque :  « Je ne cherche pas la finition, je tends vers l’infinition. »

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Identité et nature, par Alain Gagnon…

13 novembre 2015

Actuelles et inactuelles…

La quête d’identité — Je suis borné, c’est bien connu. Physiquement, on m’a dédié une borne-hommagechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec comme auteur, le long de la rivière Chicoutimi. Intellectuellement, il est des modes dans l’air du temps que je n’arrive pas à déchiffrer et qui, si elles motivent plusieurs, me laissent d’une froideur hargneuse.
Ainsi, hier à la radio d’État, une écrivaine dans la quarantaine parlait d’un roman pour l’écriture duquel elle s’était rendue à Lisbonne afin de retrouver son identité… Déjà, dans les années 70 et 80, on claironnait dans les chapelles littéraires que le seul objet valable de la littérature écrite ici devait être la recherche et l’expression de la québécitude. Je n’y ai jamais rien compris. Tout comme à ceux qui ânonnaient sur cette question des fins de semaine entières dans le Nord de Montréal.
Aujourd’hui, cette quête est devenue plus individuelle, ce qui ne la rend pas mieux fondée. Elle donne lieu à un amoncèlement de bluettes nombrilistes, rédigées par des adolescents près de la retraite, qui se promènent, éternels orphelins, dans un Québec en désintégration – ou dans le monde, aux frais de la princesse, c’est-à-dire à même nos impôts.
Une identité ne se cherche pas ; elle s’éprouve à travers ses œuvres. On ne peut chercher son identité ; on ne peut que la créer.
On ne capture pas le vent. Ou encore : l’homme le plus fort ne peut se soulever en tirant sur le siège de la chaise où il est assis.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecL’art rupestre ou pariétal étonne. On s’extasie avec raison devant les œuvres, entre autres, de Lascaux : — Que d’expressivité ! Que de raffinement ! Comment des primitifs ont-ils pu ?…
Et s’il ne s’agissait pas de prélude d’un art, de primitivisme ? Mais bien d’une finale tragique, d’un art de dégénérescence, de fin de cycle ? De copies et reliquats malhabiles d’un art florissant, éclos des dizaines ou des centaines de millénaires auparavant, fruit d’une civilisation dont nous ne pouvons appréhender la grandeur ? Civilisation de ces ancêtres sublimes et quelque peu effrayants que l’on retrouve dans les mythologies et les auteurs de fiction fantastique ? Lovecraft, Jean Ray, Poe…

*

Un village où la nature reprend ses droits… — Voilà ce que l’on retrouve en bas de vignette d’une photo oùchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec la verdure recouvre les rues et les maisons d’un village abandonné. Image et commentaire rousseauistes. La nature existe pour produire de la conscience, hisser le mental au niveau du supramental et, pour cette fin, l’humain est encore son meilleur agent conscient, connu de nous, sur cette planète – malgré ses failles et ses dérives. Lorsqu’elle écrase les ouvrages humains sous ses feuillages, elle agit par automatisme ; elle ne révèle ni n’affirme aucune primauté du machinal sur le conscient. Elle est l’outil de l’Intelligent Design et ses droits sont ceux de l’Esprit en évolution.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

17 avril 2014

Une artiste nommée Terre

  La Terre est magnifique ! Grandiose. Des paysages insolites, des couleurs hallucinantes ! Des tableaux sublimes rio-cano-cristales-river-of-five-colours-columbia-6qui nous émeuvent. Les deux pieds sur Terre, nous regardons, avons le cœur chamboulé. La beauté crée du bonheur à l’intérieur. Je l’ai déjà écrit. David Hume a d’ailleurs souligné que « la beauté des choses existe dans l’esprit de celui qui les contemple. » La beauté est personnelle, et connexe au bonheur. L’âme triste ne reconnaît pas le beau, et la beauté souffle de la lumière dans la tristesse.

La Terre est belle donc. Parce qu’elle est diversifiée, nous surprend. Francis Bacon écrivait : « Toute beauté remarquable a quelque bizarrerie dans ses proportions. » C’est en effet par ces « bizarreries » que la Terre nous éblouit. Si vous avez voyagé, vous avez peut-être admiré la Vague aux Coyotes au Vermillon Cliffs National au Colorado. Ou le Grand Orismatic Spring au parc américain de Yellowstone. Ou encore les terres aux sept couleurs de Chamarel sur l’Île Maurice. Des lieux mythiques parmi tant d’autres, des lieux vénérés pour leur beauté. *

Les pieds bien posés au sol, nous nous extasions. Or, il est rare que nous ayons la chance de voir la Planète bleue du ciel. Bien sûr, nous avons à l’esprit la majesté de la Terre aperçue de l’espace. Le bleu des océans, le brun des continents, le blanc des pôles et des sommets nous fascinent, nous intimident. Un malaise nous envahit, nous nous sentons petits.

TchadD’un peu plus près, la Terre se transforme en artiste, crée des tableaux qui n’ont rien à envier aux Picasso et Michel-Ange de ce monde. Des clichés de ces chefs-d’œuvre regorgent sur le site de l’Agence spatiale européenne, des clichés des Envirosat, Kompsat-2 et autres satellites, des clichés qui révèlent ce que nous savions déjà : la Majesté de la Planète bleue.

Une image vaut mille mots. Je vous propose donc les 15 000 mots en images du portail web du Nouvel Observateur dans une sélection de 15 photos des œuvres inédites de cette artiste brillante, trop souvent négligée, ou méprisée : la Terre.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20131009.OBS0333/grand-format-la-terre-vue-depuis-l-espace.html

 © Jean-Marc Ouellet 2014

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

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Billet de L’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

13 avril 2014

L’autre versant de la montagne…

La montagne m’attendait.  J’aurais pu faire mes bagages.  Partir sans même me retourner.  Mais la montagne m’attendait.DSCN2174

Ses mots à lui avaient tranché

« Je ne sais pas comment te le dire…  Mais depuis quelque temps, j’ai une copine qui, bientôt, viendra s’installer chez moi. »

Et le soir même, me laissant seule dans sa grande maison, il était allé la rejoindre.

« Un de perdu, dix de retrouvés ! »

S’était exclamée une amie en apprenant la nouvelle.  Propos qui se voulaient rassurants, mais qui ne firent qu’exacerber ma peine.  Et, étendue sur mon lit, incapable de trouver le sommeil, j’avais passé la nuit à regarder s’afficher les minutes et les heures au cadran lumineux du radio-réveil.  Puis l’aube était venue.  Et dans la clarté de l’aube, la montagne qui, derrière la maison, m’attendait.

Dans la montagne, point de chemin.  À peine la trace d’un petit sentier.  Qui va en louvoyant à travers la forêt et disparaît au pied des crans*.  Ensuite, il faut grimper.  Et, tant bien que mal, tenter de s’agripper à la pierre tout en cherchant des points d’appui.  Et pendant que j’amorçais péniblement ma montée, mon chien, lui, courait devant.  Loin devant.

J’avais commencé l’ascension, le corps brisé, la tête lourde.  Quand, parvenue à mi-chemin, je sentis se dissiper ma fatigue et s’alléger ma tête.  Sans doute le fait de voir la maison peu à peu s’éloigner puis disparaître dans la vallée n’y était pas étranger.  Car j’atteignis le sommet dans un état second.  Et là, en regardant à mes pieds se dévoiler le paysage, j’eus soudain envie de m’envoler.

Sur le sommet de la montagne, point de chemin.  Pas même la trace d’un petit sentier.  Mais une forêt de conifères, parmi lesquels disséminés, quelques bouleaux et peupliers.  Est-ce l’odeur des épinettes ou le vert tendre des jeunes feuilles toutes baignées dans la lumière de ce précieux matin de mai qui vint à bout de ma raison ?  Car soudain mue par l’obsession de découvrir d’autres points de vue, j’errai là-haut un long moment.  Sans découvrir d’autres points de vue.  Que l’infini de la forêt…  Et pendant que mon chien courait devant.  Loin devant.  Moi, incapable de revenir sur mes pas, je commençais à m’inquiéter.

montagneJ’errai encore un long moment quand, au hasard, je découvris juste à mes pieds un filet d’eau.  Dévalant l’autre versant de la montagne, un petit ruisseau.  Et bientôt dans la forêt au gargouillis de ses eaux et au bruit feutré de mes pas vint s’ajouter dans le lointain le grondement sourd d’un moteur.  D’abord une scie.  Puis plusieurs scies qui, dans un concert improvisé, semblaient se donner la réplique.

Quelques traces sur le sol me menèrent à un abattis.  Arbres tombés, branchailles** et cordes de bois***, j’avançais à tâtons à travers ce fouillis quand un premier bûcheron se tourna vers moi.  Puis un deuxième.  Et un troisième…  L’un après l’autre, saluant mon passage d’un regard, d’un signe de tête, d’un sourire ou de quelques mots gentils.  L’un d’eux prit même la peine d’écarter quelques branches de mon chemin.

Étaient-ils quatre, cinq ou six ?  Sept, huit, neuf ou dix ?  Je ne sais plus.  Mais je me souviens pourtant très bien que c’est le dernier, le tout dernier des bûcherons rencontrés sur mon chemin, qui m’escorta vers la sortie.

 * Cran : rocher à fleur de terre

** Branchailles : branches d’arbres jonchant le sol

*** Corde de bois : amas de bois débité et empilé régulièrement

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àdscn025611 force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de L’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

16 février 2014

Sous la glace, il y a l’eau vive

Sur la page blanche, il y a des jours où les mots viennent et disparaissent.  Des jours où parfois onDSCN5180 s’empresse à y tracer de fausses pistes.  De fausses pistes en fausses pistes.  Autant de mots que l’on biffe. Mais à quoi bon noircir des pages pour aussitôt les raturer  ?  Et on se dit, dans ces moments, que le silence vaudrait bien mieux que tout ce mal à être au monde.  Quand on a peine à balbutier.

De marées hautes en marées basses, passent les jours, passent les nuits, j’attends la suite en me disant que sous la glace, il y a l’eau vive.

« Les jours rallongent, dit mon voisin.  On a déjà passé le cap. » Le cap de quoi ?  Je n’en sais rien. Peut-être le point de non-retour.  Ce doux moment où l’on constate, à voir plus tôt se pointer l’aube, qu’il n’est désormais plus possible de vivre l’hiver à rebours.

« Les jours rallongent », dit mon voisin.  C’est ce qu’il me répète chaque année.  Au même moment ou à peu près.  Réplique suivie d’un long silence et de nos regards qui se portent vers le fjord et vers le rivage.

Et moi, de marées basses en marées hautes, en attendant la suite, je m’empresse à sitôt chausser mes raquettes pour dans les bois faire les cent pas.  Et aller lire dans la neige toutes ces histoires racontées. Toutes ces empreintes qu’avec le temps et l’habitude j’ai appris à interpréter.  Jusqu’à en percevoir l’animal.  Jusqu’à en imaginer sa démarche.  Un pas de course, un pas léger.  Là, le renard s’est arrêté.  Au pied d’un arbre, une cache, un terrier ?  Souris sylvestre ou campagnol ?  Dans la forêt, un peu plus loin, le pas plus lourd, l’empreinte plus large du coyote.  Et là-bas sous les noisetiers, imprimées dans la neige fraîche, les ailes, la queue en éventail d’une gélinotte, l’instant d’avant son envolée.  Tous ces parcours qui se croisent comme autant d’histoires sans paroles.

Mais je ne sais quel animal, pattes dans la neige et ventre au sol, s’est glissé jusqu’à la rivière.

Fortes marées de la nouvelle lune.  Les eaux ont envahi la baie.  La rivière fait entendre un murmure. Mais bientôt, des battures, les eaux vont se retirer.  De marées hautes en marées basses, passent les jours, passent les nuits.

Quand la nuit tombe, quelquefois, un petit animal farouche, sur la galerie de la maison, subrepticement vient se nourrir des graines que l’on donne aux oiseaux.  Nerveux, il se déplace par bonds ou bien à petits pas furtifs.  Comme s’il était toujours en fuite.  Actif la nuit comme le jour, on l’a affublé de plusieurs noms : polatouche, assapan, écureuil volant.  Chez moi il s’est présenté il y a peu et depuis, chaque soir, je l’attends.  Et les soirs où il ne se montre pas, j’avoue humblement qu’il me manque.  Pourtant, parfois, il suffit que je me demande s’il viendra pour le voir aussitôt apparaître.  Alors, immobile, je l’observe.  Sauf quand, trop occupée, j’oublie.

DSCN5183Et c’est ainsi qu’un certain soir où, à ma table, j’errais sans but.  De fausses pistes en fausses pistes.  À en noircir la page blanche.  Juste au moment où je m’apprêtais à en biffer chacun des mots.  J’eus l’idée de lever la tête pour un moment apercevoir derrière la vitre du salon les grands yeux noirs, les grands yeux ronds de l’animal qui me regardait…

Et moi, de retour sur la page noircie de toutes ces lignes entremêlées, là où l’instant d’avant je n’avais cru repérer que quelques fausses pistes, j’ai, tout à coup, vu, un à un, les mots se placer autrement et la page enfin s’animer.

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée àla fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àdscn025611 force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

12 novembre 2013

Renouveau

      Je perçois la vie comme un jeu où nous sommes les acteurs ayant le privilège d’écrire notre scénario.  Il est possible, à chaque moment, d’être le maître de ses désirs et de s’adapter à son environnement.  Tout au long de notre parcours de vie, il y a des obstacles parfois difficiles à surmonter.  Un événement triste pour quelqu’un peut sembler anodin pour un autre.  Cela dépend de notre perception.  Je choisis de voir le bon côté des choses.

 En cette douce matinée, une écharpe de neige recouvre la campagne.  Ce blanc pays, qui revient à chaque fin d’automne, fait valser les flocons et dessèche les roseaux.  La dormance s’installe et la clarté du jour s’amoindrit.  C’est à ce moment précis que la féerie me comble de joie.  Même si la température est souvent incommodante, elle m’énergise.

 La première neige offre des paysages sous un nouveau jour, bénéfique pour l’inspiration et la création d’œuvres d’art.  Également, elle rappelle à plusieurs d’entre nous un souvenir.  Pour ma part, elle coïncide avec le jour de notre naissance, à mon frère jumeau et moi.  À ce que l’on dit, nous étions enlacés l’un à l’autre.  Nous avions décidé de vivre malgré un pronostic de mort, vu notre prématurité.  Donc, pour moi, les tempêtes qu’apporte l’hiver sont un symbole de chaos qui se résorbe.  J’apprécie la blancheur de notre belle province.

  Profondément enraciné, l’arbre, dès les premiers frimas, s’adapte pour survivre à l’hiver.  Tranquillement, l’énergie vitale n’est plus destinée aux feuilles, car elles mourront de toute évidence.  Après avoir présenté ses multiples couleurs, les pétioles se détachent et le sol accueille les feuilles évanouies.

 Les animaux sauvages ont un instinct puissant et sont débrouillards.  Les ours noirs hibernent dans leur tanière tapissée de plantes ligneuses.  À l’abri des rafales et dans l’obscurité de leur hutte, les castors se blottissent.  Nues et inoffensives, les grenouilles des bois trouvent refuge sous les litières forestières.  Ayant le luxe de pouvoir voler, les oiseaux migrateurs fuient vers des lieux plus exotiques.  Décidément, dame nature travaille fort pour qu’il y ait harmonie.  Je suis choyée de passer l’hiver dans le confort de mon foyer.

 Dans quelques mois, je réaliserai que les pierres non loin des berges luisent sous un soleil ardent, que les ruisseaux inondent les plaines, que les hirondelles rentrent au bercail et qu’une bruine rafraîchit ma peau.  J’entendrai l’écho du coassement des grenouilles qui voudront s’accoupler, et pointeront les pousses tendres des arbres.  Que c’est beau la vie !


Ainsi parle l'Éternel

L'écriture de la Sainte Bible se continue -- publiée par Guylaine Roy (GROY)

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