Bientôt, un poème de Mohammed El Qoch…

9 mai 2016

(J’ai lu ce poème de Mohammed El Qoch sur la Toile et il m’a bouleversé.  Prenant d’authenticité et de sensibilité. Merci, Monsieur Qoch, d’avoir permis que nous le reprenions au Chat. AG)

 

Bientôt…!

 

Bientôt, tu seras oublié

Tu laisseras tes vers et tes motsalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
Ta richesse et ta misère
Un autre voyage, l’ultime
Tu n’entendras plus le bruissement des feuilles
Des automnes
Ni le soupir des roseaux
Des printemps
Ni la voix des enfants joyeux, turbulents
Des étés
Tu ne sentiras plus l’écume lécher tes pieds nus
Tu partiras seul, ô pauvre créature,
Comme si tu n’avais jamais existé
Quelques larmes sublimeront
Quelques joues
Des adieux et puis le silence
Le silence, une éternité…
Alors,
Profite de l’instant
Aime, anime, désire, adore, sors
Voyage et découvre
Contemple ton horizon
Rejoins les flots
Laisse ton sourire transpercer ton silence
Et chaque matin
Serre tes bienaimés fortement
Dans tes bras comme si tu partais
Bientôt…
© Mohammed El Qoch
Main sur le cœur

Notice biographique

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Mohammed El Qoch

Mohammed El Qoch est né le 10 juillet 1960 à Kénitra (Maroc). Il a exercé le métier de professeur de français durant 31 ans. Il est poète et artiste peintre. Son expérience poétique se présente comme un mélange de romantisme, d’existentialisme et de mysticisme. Il a pratiqué l’écriture à quatre mains avec la poétesse française Maryjoe Cassandre, l’Espagnole Elena Martinez et l’Uruguayenne Janice Montouliu. Sa poésie, qui émane d’une âme bouleversée par le chaos tragique qui submerge le monde, est profondément ancrée dans l’ « humain » avec ses deux composantes : existentielle et sociale. Elle est menée par une imagination débordante et une sensibilité esthétique aiguisée, et elle s’efforce, à chaque pas, d’ouvrir des brèches de lumière, de frayer des passages d’espoir et de rêves dans cette masse gigantesque, amorphe et muette : le devenir de l’homme. Sur le plan stylistique, ses poèmes sont intensément rythmés et parsemés, de bout en bout, d’images attrayantes de différentes sortes (comparaison, métaphores, métonymies…) à forte charge suggestive.
Mohamed Salah Ben Amor


Mort, etc., une nouvelle de Richard Desgagné…  

1 mars 2015

Mort, etc.

           chat qui louche maykan alain gagnon francophonieUne bonne pichenotte sur du verre : l’homme est mort, à ce point mort que son assassin a eu la tremblote pendant quelques minutes et a tourné en rond à la façon d’un chat qui cherche le point idéal d’un coussin avant de s’étendre.

           À qui nous intéresserons-nous maintenant ?

         À ce mort qui n’a plus rien à offrir, sinon son cadavre figé.

        Au tueur et voleur qui prendra la poudre d’escampette sans demander son reste ?  Il va sans dire que celui-là, à cause du crime, pousse l’écrivain à chercher l’origine de son impulsion, le mobile de son acte et la suite de l’événement.  L’assassin est un beau sujet ; il l’a toujours été depuis Caïn.

            Il faut parler de la situation ci-haut présentée.

            Le disparu méritait-il sa mort ?  Si vous demandiez au tueur pourquoi il a occis un homme, il trouverait sûrement de bonnes raisons.  « Un maudit avare.  J’ai rendu service à la société. » « J’avais besoin d’argent, je suis pauvre, moi, et j’ai des dettes. » « Il n’avait qu’à pas être là ! »

            Que répondrait la victime à la question s’il était possible qu’elle puisse y répondre ?  Qu’elle ne connaît pas les raisons de sa disparition dans le Royaume des morts ?  Qu’elle avait reçu des menaces ?  Qu’elle se trouvait chez elle au mauvais moment face à un tueur avide de son bien ?

            Paul A est mort de s’être trouvé là où il n’avait que faire, même s’il était chez lui et en droit d’y être, vous en conviendrez.  Son assassin ne s’attendait pas à le trouver dans cet appartement qui contenait tout ce qui intéresse un voleur.

            Maintenant, le tueur doit faire vite, abandonner appareils coûteux, bijoux cachés, billets oubliés dans un livre ; plus il s’éternise, plus il risque sa vie ou la possibilité de disparaître sans laisser de trace.  Une femme peut apparaître qui viendrait rejoindre le locataire pour passer une bonne nuit ; un voisin peut sonner pour emprunter du sucre ou rendre une simple visite.  Il doit partir avec discrétion, si cela est encore possible après ce coup de feu qui a claqué dans l’air.  Il se presse, cherche une sortie sûre qui ne le mettrait en contact avec aucune personne, ni même aucune bête.

            Là, au fond du salon, cette grande baie au travers de laquelle il voit la ville qui s’allume pour la nuit. Il s’approche et regarde dehors : le balcon, tout en bas, la rue.  C’est trop haut, il pourrait se blesser en sautant.  Que faire ?  Sortir tout simplement par la porte de l’appartement qui donne sur le palier, appeler l’ascenseur, s’y engouffrer et quitter l’édifice en sifflant tout doucement.

            Il y est, il marche, il regarde les maisons de ce quartier paisible.  Il dépasse un homme qui promène un affreux petit chien au bout d’une laisse, il siffle tout doucement et bifurque vers la première rue perpendiculaire.

            Il ne se soucie plus d’avoir été repéré ou entendu ou poursuivi.  Il s’apaise et rentre à pied chez lui.

            C’est une douce nuit de printemps quand tout s’annonce encore, quand tout l’été commence à bouger dans les corps.  Il se demande s’il pourra encore connaître le bonheur après ce qu’il a fait.  Pourra-t-il ?  Il voudrait répondre mais il oublie.  Il passe à autre chose, à regarder le ciel étoilé, à fixer parfois un bruit.

 (Ce texte de Richard Desgagné a remporté le troisième prix ex æquo au concours 2014 du Chat Qui Louche. Félicitations !)

  Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieRichard Desgagné est écrivain et comédien depuis plus de trente ans. Il a interprété des personnages de Molière, Ionesco, Dubé, Chaurette, Vian, Shakespeare, Pinter, etc., pour différentes troupes (Les Têtes heureuses, La Rubrique) et a participé à des tournages de publicités, de vidéos d’entreprise et de films ; il a été également lecteur, scénariste et auteur pour Télé-Québec (Les Pays du Québec) et Radio-Canada (émissions dramatiques).  Jouer est pour lui une passion, que ce soit sur scène, devant une caméra ou un micro.  Il a écrit une trentaine de pièces de théâtre, quatre recueils de nouvelles, quatre de poésie, deux romans, une soixantaine de chroniques dans Lubie, défunt mensuel culturel du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  En 1994, il a remporté le premier prix du concours La Plume saguenéenne et, en 1998, les deux premiers prix du concours  de La Bonante de l’UQAC. Il a publié, pendant cinq ans, des textes dans le collectif Un Lac, un Fjord de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). Il est membre du Centre des auteurs dramatiques. Il a été boursier du ministère de la Culture du Québec et de la fondation TIMI.  Pour des raisons qui vous convaincront, tout comme elles m’ont convaincu, je tiens à partager avec vous cette nouvelle qu’il a la gentillesse de nous offrir.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/ )


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

20 septembre 2014

Heart Lake

chat qui louche maykan alain gagnon

Crédit photo : Peter Browers

Enlacés dans notre sac de couchage, nus comme des vers, je n’avais senti la fraîcheur de la nuit que sur le bout de mon nez. L’aube naissait doucement, et les vagues sur la plage venaient s’échoir dans un souffle et puis repartaient en silence murmurer nos secrets. Nous avions passé la nuit à nous aimer et regarder les étoiles, parce que dans cette partie du monde retirée, les lumières étaient belles et naturelles.

J’enlevai la terre séchée sur ton épaule et caressai ta peau. Un sourire se dessina sur mes lèvres. Les souvenirs de la veille recréaient des images indécentes et mes joues s’empourprèrent. Cette brève incursion dans nos plaisirs nocturnes vint troubler mon flegme ; de mon bas-ventre envola une nuée de papillons bleus. Mon soupir se mêla à celui du vent.

Quand je sentais le vide s’ouvrir sous mes pieds, je prenais quelques jours de retraite et je venais ici, où j’avais passé les plus belles années de mon enfance. Les plus belles années de ma vie, tout court. Les souvenirs ont cette capacité de nous mener vers l’essentiel. Je revenais toujours à Heart Lake.

Un huard aux aguets observait un kayakiste au loin. L’homme avait cessé de pagayer, assis sur l’eau comme un sultan qui contemple son royaume, son éden. L’ioulement de l’oiseau fou s’entendit à des kilomètres à la ronde, et il disparut sous la surface. Ce rire distinctif faisait partie de mes évasions ultimes, au même titre que l’air frais qui me manquait tant. C’était ça, mon Eldorado.

Mon cœur allait se noyer. Il ne fonctionnerait bientôt plus. Le sang s’écoulait difficilement d’un ventricule. Faire l’amour était un risque. Me lever trop rapidement en était un aussi, et je pouvais défaillir à tout moment. Pourtant, hier, nous avions fait l’amour plusieurs fois, me foutant bien si j’y laissais ma peau. Je préférais cela à faire attention à tout. Mais mes mains tremblantes et mes pas vacillants, ce matin, me criaient que la fin approchait.

Les silhouettes des arbres en bordure du lac étiraient leurs branches recourbées au-dessus du grand vide humide, comme pour attraper au vol les oiseaux qui frôlaient de leurs pattes palmées la surface de ce miroir. Bientôt, la forêt allait s’éveiller complètement sous les voluptés du jour. Je ne voulais donc plus dormir. Tu étais mon phare dans la nuit, mais quand la nuit mourait, j’avais besoin d’une lumière plus vive. Je sortis de ton chaud giron et me levai. Tu ronchonnas quelque peu, sans ouvrir les yeux.

Pieds nus sur le sol de la forêt, mes pas résonnaient sur les brindilles des pins, comme si la terre dissimulait mille souterrains. J’atteignis enfin le sable, et l’immensité du monde me rattrapa. Il ne me restait que quelques mois de vie, peut-être quelques semaines selon ce que je savais, selon ce que le médecin m’avait dit. Je ne voulais pas d’un nouveau cœur. T’aimerait-il autant ? J’avais peur que non…

Le vide s’agrandissait toujours un peu plus et tu ne pourrais me donner ce que je désirais obtenir. Nous avions chevauché la nuit comme un voilier perdu dans une mer trop grande, s’agrippant à ses voiles déployées, déchirées par la tempête. Chaque vague de plaisir m’avait défiée, poignardé ce cœur affaibli. En m’éveillant, une idée m’était venue : je ne voulais pas mourir dans tes bras. Je ne voulais pas t’infliger ça.

Le ruisseau avait chanté toute la nuit. Cette infatigable mélodie au refrain apaisant avait réussi à endormir mes sombres réflexions. Nos souffles haletants et nos cris avaient alarmé cette forêt grouillante de petits animaux. Et ce matin, l’eau du ru courait gaiement pour se jeter à la rencontre d’une eau sage. Celle du lac. Discret, un chevreuil s’y abreuvait.

Tellement de vie autour de moi, et je me disais que je ne pourrais bientôt plus en profiter. Mon corps était meurtri, douleur persistante. L’eau du lac allait geler ces maux, comme le bassin de morphine dont j’avais besoin.

Ma toux fit fuir le couple de tamias qui se cachèrent dans la souche d’un arbre mort. Je sentais que je perdais prise sur ma vie. Tout me coulait entre les doigts. Tout se brisait autour de moi. Travail, amitiés, famille, amours. Même toi, tu n’étais plus le même. Tu restais par charité, par amour, par culpabilité ? J’avais compris cela, et ton regard avait changé. La pitié se déguisait encore sous le masque de la compassion, mais elle revêtirait bientôt ses grises loques, ce n’était qu’une question de temps. Je voulais que tu partes, mais je ne pouvais ne serait-ce que formuler les mots.

Le seul, qui semblait garder son calme et qui ne me traitait pas avec mansuétude, était ce lac entouré de montagnes immenses. Il se fichait bien de ce que j’avais et il me ramenait à l’essentiel. Nue, comme l’enfant qui naît, comme une Ève dans un jardin nouveau, je m’offris à lui.

Je voulais que l’eau m’engloutisse. Qu’elle me caresse et me rassure. Il fallut un moment à mes cuisses pour sentir enfin une chaleur dans cette eau froide. J’avançai encore. Puis, je m’arrêtai. Les vagues touchèrent mon sexe encore brûlant. Le choc cambra mes hanches et je lâchai un hoquet de surprise. Mon cœur s’affola, mais quelle sensation !

chat qui louche maykan alain gagnon

Crédit photo : Tobias Regell

Ce lac n’avait pas peur de me blesser ou que je perde le souffle. Il s’infiltrait dans les moindres fibres de mon être pour cajoler cette âme meurtrie. Je continuais d’avancer. L’eau monta jusqu’à mon ventre, puis ce fut au tour de mes seins. Il prenait ce que je lui donnais. Mon cœur battait à tout rompre, et non sans peine. Je pris une profonde inspiration.

Submergée, j’ouvris les yeux. Le vide sombre et tranquille. Seuls des halos blancs, autour de mes mains, devant moi, nageaient vers nulle part. J’étais en lui, ondoyant comme la sirène déchue que j’étais vers un trou sans fond. Le souffle me manqua. Trop loin, le chemin… Beaucoup trop loin. Mon cœur lâcha prise dans cette douce étreinte ; il céda enfin.

 Francesca Tremblay

NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnonEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

18 septembre 2014

La mort, cette illusion

 Nous avons peur de la mort, de plonger dans ce lieu qu’on nomme le néant, d’où nul n’est revenu. Sénèquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon disait : « Toute la vie n’est qu’un voyage vers la mort. » Tous y passent. Pauvres, riches, beaux, laids, intelligents, bêtes, pessimistes, optimistes, chanceux ou infortunés. Tous. L’ultime justice.

Certains vivent dans sa hantise, perdent la vie avant terme. Pierre Corneille écrivait que « chaque instant dans la vie est un pas vers la mort ». À quoi sert-il de marcher dans ce cas ? Peut-être devrions-nous plutôt, comme Seamus Heaney, « vivre jusqu’à notre mort », refouler l’idée de notre inéluctable fin, cesser d’avoir peur du néant, du vide éternel, lier la mort à une correspondance plutôt qu’à un terminus.

En mourant, sommes-nous morts pour toujours, ou l’existence survit-elle ?

Dans les temps anciens, à l’époque de Jésus, les esséniens, des mystiques qui erraient dans la pauvreté, la vertu et l’enseignement des révélations divines (Jean-le-Baptiste en était peut-être un, Jésus aussi), croyaient qu’au début des temps, les forces du Mal avaient emprisonné l’âme divine dans les corps, comme dans une prison, des corps corruptibles, desquels il était possible de s’affranchir en transcendant la chair pour se réapproprier son statut divin. Sous diverses variantes, plusieurs courants religieux ont repris cette conception de l’être, dont le catholicisme. Ainsi, dans ce schème, la mort du corps n’altère en rien l’âme éternelle à jamais libérée.

Nous sommes dans un monde de sensations, où chaque instant est envahi par les images, les arômes, les sons, les saveurs, les contacts. Sans répit, nos sens sont sollicités. Leur pouvoir trompe notre esprit qui nous laisse croire à la primauté de la matière, de la réalité, l’âme se voulant reléguée au rang de spectatrice. Or, la science rejoint les mystiques quant à la nature trompeuse de la réalité. Et si la réalité est chimère, la mort peut-elle en être autrement ?

Pour mourir, il faut avoir été. La vie ne pourrait-elle n’être qu’un rêve dans un univers qui nous échappe, un rêve dont la mort nous réveille ? Einstein disait : « les gens comme nous… savent que la distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une persistante illusion. » Dans Propos sur le bonheur, Alain ajoutait : « la mort est une maladie de l’imagination. »

Nous croyons à la mort parce qu’on nous a enseigné que nous allons mourir. Et qu’autour de nous, les corps meurent. Or, notre pensée est déterminée par une impression, celle que le monde existe de manière objective, indépendante de l’observateur. Cette impression est fausse ! L’espace, le temps, la matière elle-même, dépendent de celui qui les regarde. Je suis daltonien. Je ne vois pas les mêmes couleurs que vous. Mon rouge n’est pas votre rouge mais demeure le rouge pour vous et moi. Vous trouvez qu’il fait froid, l’Esquimau à vos côtés transpire, se découvre. L’aveugle ressent des choses, entend des sons, qui nous sont étrangers, à nous les voyants. La réalité dépend de l’observateur. Ce que vous ressentez en ce moment, jusqu’à votre propre corps, n’est que le fruit de votre esprit, de votre système nerveux. Il en est ainsi pour le temps et l’espace, outils de notre esprit pour rassembler les choses en un semblant de réalité.

chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonDes expériences le démontrent. La réalité fluctue avec l’observation. Ainsi, quand vous l’observer, une particule projetée sur une barrière munie de deux orifices ressortira d’une des deux ouvertures sous forme particulaire, alors que si vous ne l’observez pas, espiègle, elle agira comme une onde et émergera des deux trous à la fois. La conscience agit donc sur la réalité. Autre exemple : le principe d’incertitude d’Heisenberg. Si le monde était véritablement composé de particules, nous devrions pouvoir mesurer toutes leurs propriétés. Or, la mesure simultanée de la position et de la vitesse d’une particule ne peut être absolument précise. En outre, comment expliquer l’interaction instantanée de deux particules distantes de milliers de kilomètres ? Ou comment des photons, des particules de lumière, connaissent-ils à l’avance l’agissement futur de particules jumelles distantes ? Enfin, dans un article publié dans Science en 2007, des scientifiques ont rétroactivement déterminé le comportement de photons qui étaient depuis longtemps passés à travers un filtre. On projette des photons vers une fourchette, leur donnant le choix d’agir comme une particule ou une onde. Longtemps après leur passage, à l’aveugle, des collaborateurs manipulent un interrupteur créant ou fermant des orifices de la fourchette, ce qui aurait eu un effet sur les photons si leur passage avait suivi. Eh bien, les photons, dans le passé, avaient obéi à l’instruction émise dans le futur. Étrange. C’est comme un lanceur de baseball qui a le choix entre une courbe et une rapide et qui, à chaque lancer, se soumet à la commande d’un instructeur faite le lendemain, à l’aveugle, dans l’antre de son bureau.

Quelque chose nous échappe. La réalité confond nos sens, dépasse notre entendement. Tout se passe comme si la distance et le temps n’étaient que le produit de notre esprit. En outre, aucune observation ne peut être prédite de manière absolue. Les possibilités sont multiples et chacune comporte sa propre probabilité. Dans la théorie des univers multiples, il y aurait un univers pour chaque possibilité.

Et la mort là-dedans ? Notre esprit borné et trompé par des sens limités cloître l’existence dans le temps etChat Qui Louche maykan maykan2 alain gagnon l’espace, des illusions. Dans un contexte d’une réalité fourbe et d’un univers englouti dans un nombre infini d’univers, la mort devient litigieuse, elle-même une illusion, une possibilité parmi une multitude, ce qui liait le corps à la réalité se dissipant dans l’immensité des possibles. Quelque part ailleurs, quelque chose existe toujours.

J’aime l’idée de voir mon esprit libéré de mes petits bobos, des vicissitudes du monde, à voguer dans l’éternité.

En attendant, mes yeux s’enivrent des beautés de la nature, mes papilles dégustent le bon vin et la boustifaille, j’inspire les fumets de la vie, j’écoute le gazouillis des oiseaux, je frissonne sous la caresse du vent, goûtant ainsi chaque instant de cette vie si merveilleuse et précieuse, illusoire ou pas.

Inspiré de http://www.psychologytoday.com/blog/biocentrism/201111/is-death-illusion-evidence-suggests-death-isn-t-the-end

© Jean-Marc, 2014

Notice biographique

chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonJean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

16 septembre 2014

 Le vieil homme et l’enfant

Chat Qui Louche maykan alain gagnon

 Je vais vous raconter l’histoire d’un homme en quête de liberté qui est mort là où il avait choisi de finir ses jours, dans la forêt de ses ancêtres, au nord du cinquantième parallèle.

 Fier représentant du peuple montagnais du Lac Saint-Jean, cet Amérindien gardait en mémoire de profondes valeurs humaines et un respect inconditionnel pour la nature.

 Le sang qui lui coulait dans ses veines était écarlate : couleur de la passion… mâtinée de courage et d’une certaine timidité.

 Si son cœur pouvait me parler aujourd’hui, il me présenterait sans doute des cicatrices laissées par les abus de certains Blancs qui l’ont jugé à tort. Il fut traité à répétition de primitif et de paresseux. Gardant le silence, il encaissait les frustrations. Si ces gens là sont toujours vivants, je souhaite qu’ils comprennent que vivre en harmonie, c’est vivre heureux.

 Les Amérindiens pratiquaient différentes activités selon les saisons. L’hiver, les Montagnais de l’époque se dispersaient en petits groupes et partaient à la chasse. Notre vieil homme, dans son jeune temps, y participait année après année.

 C’est avec peine et misère qu’ils trappaient dans des conditions climatiques extrêmes, dormaient dehors et devaient être innovateurs pour survivre. Mon vieil ami était loin d’être lâche… Et plusieurs ont profités de ses compétences de guide et de chasseur.

 Le long voyage qui séparait les époux ne les empêchait pas de se rêver, rendant les retrouvailles des plus attendues.

 Le printemps venu, les canots d’écorces de bouleau apparaissaient sur la ligne d’horizon, au large du lac Saint-Jean. Ils étaient dirigés par les maitres trappeurs qui avironnaient avec puissance. Le panorama évoquait calme et beauté. À la vue de leur cargaison, on devinait la joie qui les habitait. Des fourrures de toutes sortes couvraient le fond de l’embarcation : martres, loutres, visons, castors, rats musqué, belettes, pécans, loups, renards et lynx.

 Comme la plupart des Montagnais, le vieil Amérindien, avait appris à vivre sur une réserve, il s’était adapté à l’enseignement des missionnaires et était devenu catholique. Ainsi s’écoulait le temps…

 Les années passèrent, l’homme comprit qu’il s’avançait vers le seuil de la mort. Il s’endormait de plus en plus, suivant en cela le rythme de la forêt qui prenait les couleurs de l’automne. Avec courage, il demanda à ses proches d’être conduit en hydravion et laissé seul à son camp, situé sur son ancien territoire de chasse. C’est à travers les eaux limpides de son lac et dans le souffle du vent qu’il voyait Dieu.

 Il prit soin d’accrocher ses mocassins à la branche d’une épinette noire pour qu’on se souvienne de lui. Enfin libre, il ferma les yeux, à jamais bordé par les couvertures de laine que sa femme avait tissées. Son corps fut retrouvé le printemps suivant.

 Le sang du défunt coule dans les veines de l’enfant que j’ai peint. Celui-ci connaît l’histoire de son arrière grand-père, il marche dans ses traces. Malgré le fait qu’il s’inquiète de son avenir, le petit Amérindien souhaite battre de nouveaux sentiers. Ce matin là, j’aurais aimé peindre un enfant tout sourire et sans crainte.

 Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estchat qui louche maykan alain gagnon près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

9 mars 2014

Mon premier semi-marathon (réflexions éparses sur la vie et la mort)

Je n’étais pas nerveux ; non, le mot est trop faible.  J’étais terrifié.ADSC_0014

Courir un semi-marathon, c’est-à-dire 21 kilomètres.  À mes yeux, c’est énorme, voire ridicule.  Pourquoi faire cela ?

En même temps, je suis conscient que c’est bien peu de choses comparées à d’autres épreuves.  Terry Fox, par exemple, a couru l’équivalent d’un marathon par jour (42 kilomètres) pendant 143 jours consécutifs.  Et ce, avec une jambe artificielle…

Mon seul but était de terminer, me rendre jusqu’au bout, ne pas flancher.  Me prouver que j’en étais capable.

C’était le 23 février dernier – un jour avant mes 37 ans.  C’était ma façon d’affirmer au monde que je suis en vie, que j’aime la vie.  Que, comparativement à mon père décédé il y a six ans, à l’âge de 55 ans, et qui a passé la majeure partie de sa vie à s’alimenter de manière déplorable et à ne pas faire d’exercice, je suis en bonne forme et j’ai la ferme intention de demeurer en vie.  J’ai été longtemps sur la même pente dangereuse que lui, mais aujourd’hui je peux dire que j’ai complété un semi-marathon.

Je l’ai terminé en deux heures et vingt-sept minutes.  Un très mauvais temps pour tout coureur le moindrement compétitif, mais je suis fier d’avoir été au bout de l’épreuve.  Un jour, je ferai mieux.  Et un jour, je ferai un marathon complet, peut-être plusieurs.  Pour l’instant, je suis simplement heureux d’être en vie.  Grâce à ce sport, qui m’a fait perdre considérablement de poids et regagner l’estime de moi-même, de nombreuses portes se sont ouvertes – et j’ai franchi celle-ci avec fierté.

J’écris ce texte le jour de l’anniversaire du décès de mon père.  Il me manque terriblement.  Je l’aimais de tout mon cœur, et sa voix, ses conseils, sa présence me font défaut.  Chaque année, cette journée est difficile.

Et cette fois, c’est encore plus marquant pour une raison.

J’ai ouvert Facebook en me réveillant ce matin et j’ai vu la photo d’une fille dont le visage m’était vaguement familier dans une rubrique nécrologique.  Et puis, j’ai finalement allumé : cette fille, j’ai travaillé avec elle au début de février.  J’avais alors dégoté un petit emploi temporaire, et nous étions plusieurs à occuper le même travail.  Cette jeune femme, je l’avais remarquée pour son sourire radieux.  Et elle était gentille.  On a échangé quelques mots, sans plus.  Aujourd’hui, je regrette de ne pas lui avoir parlé davantage.

On m’a dit qu’il s’agissait d’un suicide.  J’ignore les détails ; j’ignore tout de sa vie.  Mais l’idée qu’il y a à peine quelques semaines, cette jeune femme de 28 ans avait toute la vie devant elle, qu’elle souriait, me parlait, et qu’aujourd’hui il ne reste plus rien de ce sourire, cela me fend le cœur.

Pendant que je courais mes 21 kilomètres le 23 février et que je vivais une certaine extase en réaffirmant mon désir de vivre, que vivait-elle de son côté à quelques jours de sa mort ?  Quelles étaient ses pensées, ses émotions ?

Ces pensées se bousculent dans ma tête.

deuil-600Je ne comprendrai jamais le suicide.  Ma joie de vivre a toujours été immense.  La vie est une chance.  Tellement de facteurs auraient pu faire en sorte que nous ne naissions pas.  La vie est une opportunité.  Il faut en tirer le meilleur.  On passe tellement de temps à se concentrer sur des choses futiles, à se préoccuper de ce qui ne le mérite pas.

Lors de l’hommage au mort pendant la récente soirée des Oscars, il était frappant de voir le nombre de jeunes gens décédés au cours de la dernière année.  J’ai tellement peur de mourir jeune.  C’est quelque chose dont je suis devenu pleinement conscient lorsque j’étais penché sur le corps sans vie de mon père, il y a six ans.  Mon père qui n’a pas su profiter pleinement de sa vie, qui a travaillé avec acharnement pour une retraite qu’il n’aura jamais connue.

Comme le chantait Ferland : « Je veux mourir ma vie, et non vivre ma mort. »  Je commence à peine à comprendre ces paroles.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique etdecinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant 432295_10151130281416193_857073040_sPeterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Lovecraft, lieux et mer, et Faulkner… par Alain Gagnon

30 août 2013

Dires et redires….

Topophilie : l’amour des lieux.  Les écrivains du fantastique sont généralement de grands amoureux de lieux très précis.  Souvent, je me suis demandé si la cosmogonie yog-sothothienne et les intrigues parfois alambiquées de Lovecraft n’étaient pas, chez lui, simples prétextes à arpenter les paysages écartés de la Nouvelle-Angleterre.  Il décrit les gorges obscures, les torrents dévaleurs d’à-pic, les chemins ombrés et les vieilles fermes au toit défoncé avec un tel luxe de détails, une telle insistance, qu’on peut se demander si la poésie des lieux perdus de l’hinterland n’est pas son motif inavoué – un poète qui se sentirait obligé de faire de la prose pour publier.  Même phénomène chez Jean Ray.  Dans des décors différents, plus urbains, ou alors franchement maritimes.  Une complaisance dans la description des rues anciennes, des vieilles demeures, de ces tavernes où matelots et voyageurs viennent se remplir et déverser leur trop-plein depuis des siècles…

Au fond, j’ai écrit La langue des Abeilles et Le ruban de la Louve pour me promener, en imagination, dans les paysages de mon enfance.  On retrouve des lieux dans tous les genres.  Mais l’essence même du fantastique permet de retourner le paysage, de lui faire cracher ses intérieurs.

Ce matin, adieux au fleuve.  Demain, départ.  Retour en août.  Que m’apporte donc l’eau salée ? À quoi je songe lorsque je pense à la mer ? Marées, cris d’oiseaux, mort, couchers de soleil fantastiques et, surtout, cette odeur d’iode, je me répète, qui est celle du sexe de la femme.

(Le chien de Dieu)

*

1101390123_400(À propos de Faulkner…)  C’est ça, la littérature, messieurs, dames : la jouissance acide de l’écriture et de la lecture.  Ce n’est pas gentil ni salonnard.  Ce n’est pas délicat, ni convivial, ni syndical, ni patronal, ni politiquement correct, ni un texte bref pour professeur-auteur : c’est la pénétration brutale des multiples strates de la réalité, sans ménagement.  Difficile à placer dans le réseau de connivences qui souvent remplace l’institution critique en Terre-Québec.

(Le chien de Dieu)

Notice biographique

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Tomas K (Pleine Lune, 1998). Trois de ses romans sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004) et Le truc de l’oncle Henry (2006). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan et Cornes (Éd. du CRAM) et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


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