Rêves d’été et Neiges, par Marc-André Lévesque…

19 mars 2017

Rêves d’été…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

J’irai mettre mes pas sur une terre glacée. J’enfilerai mes pensées les plus chaudes pour me protéger du vent sibérien. Cependant, en marchant, je ne dirai rien, mais penserai aux robes fleuries de belles dames assises sur un banc public d’un printemps prochain. De celles qui ne se dérobent pas lorsqu’on passe devant elle en leur souriant. Dans ma bulle d’air glacial, je me ferai des cartes de fête que je remettrai à tour de rôle à ces femmes que j’ai aimées. Je leur dirai merci du fond de mon âme d’avoir été là dans ma vie comme dans mes pas. Du seul fait de penser à elles, cela me permet de marcher dans ce froid où je me dirige vers d’autres amours. J’ai cependant encore un chemin à parcourir, il me faut m’aimer avant d’aimer les autres.
Une carpe passe sous un pont couvert, je la vois clairement dans cette eau limpide d’une rivière blanche. Elle paresse entre l’ombre des noisetiers et le scintillement d’un soleil d’été. J’entends des cris d’enfants qui se baignent sous lui. Je regarde par les trous d’aération de la structure. Sur une des poutres, mes initiales sont gravées à côté de celles de mes amis : MAL, JT, GP, RB et GR. Les cris que j’entends sont les nôtres perdus dans l’immensité du temps. La carpe a été attrapée et les enfants ont vieilli, mais le pont est là avec les noisetiers qui longent la rivière. Lorsque mon esprit tend à trop s’envoler, je me souviens de cet environnement qui existe toujours et qui permet de voir ce que nous sommes devenus.

Neige…

Neige sur un vendredi inodore, incolore. Sauf peut-être… ces bruits d’acier qui transpercent de part et d’autre la blancheur du temps créant une atmosphère laiteuse du matin avec une musique ancienne de Mike Oldfield, Tubular Bells, Part 1 et Part 2. J’ai le nez rivé à la fenêtre de ma chambre, je regarde la saison se défraîchir lentement vers la suivante en nous proposant un scénario de retour en arrière. Les saisons sont à la dérive comme les continents et mon regard ne se peut plus de voir celle qui passe et se prolonge sur la ville. La neige qui tombe, c’est mon enfance en noir projetée sur un écran blanc. Les flocons viennent à ma hauteur me saluer en dessinant des signes incompréhensibles, comme si elle était sur le point de son départ. La neige s’accumule sur la rue en forme de nuages. Une femme y passe, légère. Des lumières de freins d’une automobile me font penser à ce Noël passé dans un tête-à-tête avec moi-même. Le froid qui parle à cette fenêtre où mon regard se jette et s’étire jusqu’au plus profond de mes soupirs.

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Yvon Paré nous parle de Marie-Claire Blais…

18 mars 2017

Marie-Claire Blais fait vivre une véritable aventure alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Marie-Claire Blais me fascine depuis son entrée en littérature. Je l’ai lue pour la première fois, comme bien d’autres, avec «Une saison dans la vie d’Emmanuel» en 1965 et ne l’ai guère lâché depuis.

Cette écrivaine m’a fait comprendre que l’on pouvait trouver ici des œuvres puissantes qui bouleversent et secouent nos certitudes. Elle est la principale responsable de mon virage, comme lecteur, vers la littérature québécoise. Que dire de mon enchantement à parcourir «Les manuscrits de Pauline Archange» ou encore «Un Joualonais sa Joualonie». J’ai même passé tout un été, il y a quelques années, à relire son œuvre pour m’imprégner de ces mondes qui déstabilisent souvent.
Depuis la publication de «Soifs», en 1995, ses façons de faire ont changé. En fait elle explore cette «nouvelle écriture» depuis «Un sourd dans la ville» paru en 1979. Le texte se densifie, devient opaque et se transforme en véritable jungle où le lecteur perd ses références. La phrase se love, va dans toutes les directions, réussit à nous égarer souvent. Je connais des lecteurs qui n’osent plus se risquer dans un Marie-Claire Blais qui tourne le dos à la facilité pour faire de son texte une aventure existentielle.

Jérôme Bosch

«Le jeune homme sans avenir» ajoute à une fresque qui me fait songer aux immenses tableaux de Jérôme Bosch. «Le jardin des délices» ou «Le jardin des plaisirs» en particulier. Chacune des parcelles de ces toiles se subdivisent en minuscules tableaux qui racontent une histoire propre qui s’insère dans le grand tout de l’oeuvre.
Il en est ainsi des romans de Marie-Claire Blais qui vous emportent dans un univers où la mort, la vie, la souffrance, la quête du plaisir et de la liberté soufflent les personnages. Le lecteur passe des drames individuels aux grandes spéculations de la physique quantique.
Des écrivains, des artistes, des rêveurs d’existence, des enfants abandonnés par des parents qui ne parviennent pas à dompter leurs démons ou qui croupissent en prison se croisent. Ces blessés de l’enfance affrontent la dureté des drogues et imaginent, peut-être, la grande famille dont rêve Kim. Ils confrontent les fléaux de l’époque, vivent avec la faim, la maladie et le racisme. Le sida emporte les plus téméraires. Certains se suicident pour échapper au harcèlement, d’autres deviennent des itinérants ou travaillent à sauver le monde dans des missions humanitaires avec Augustino l’écrivain en colère. La barbarie est toujours là, omniprésente et fatale.

Fresque

Daniel, un écrivain coincé dans un aéroport parce que son vol est retardé, réfléchit à sa vie pendant que Laure, une passagère, devient folle sans ses cigarettes.
 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe poète Adrien ne sait plus ce qu’est son existence depuis que sa compagne atteinte d’un cancer a choisi de mourir volontairement. Il est tout aussi perdu qu’un adolescent en cavale.
Petites Cendres refuse de sortir de son lit, ne danse plus et ne fait plus tourner les têtes. Fleur, un musicien prodige, traîne dans les rues et rêve d’écrire la grande symphonie qui prendra les couleurs et les intonations du roman de Marie-Claire Blais à s’y méprendre. Robbie rêve de son couronnement et un vétérinaire s’occupe peut-être mieux du chien de Brillant que des humains…
J’ai eu l’impression de m’avancer dans une jungle en suivant Kim et sa peur quotidienne, l’extravagant Robbie ou encore Brillant qui s’égare dans ses romans oraux en racontant le drame des inondations en Louisiane, Mabel, la femme aux perroquets, victime d’un tireur fou qui abat son plus bel oiseau.
Le vieux marin donne une chance à ceux qui font un faux pas ou connaissent des moments difficiles. Il sera victime de sa générosité en étant battu à mort par deux garçons qu’il cherche à aider.
Peu d’écrivains réussissent à me déstabiliser ainsi, à me perdre dans un monde où les phrases poussent comme des plantes grimpantes, un texte qui se dresse tel un mur.
Plonger dans un Marie-Claire Blais, c’est vivre une aventure déstabilisante, basculer dans un monde complexe, affronter des horreurs, des folies dans une société qui se désagrège.
Marie-Claire Blais est de cette race d’écrivains qui demande à son lecteur de risquer son entendement et sa compréhension pour explorer un univers de violence et de colère, d’exploitations et d’obsessions meurtrières. Elle appréhende le monde dans toute son horreur et peut-être s’accorde l’espoir aussi que tout peut changer malgré les atrocités.

«Le jeune homme sans avenir» de Marie-Claire Blais est paru chez Boréal Éditeur.
http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/auteurs/marie-claire-blais-459.html

Yvon Paré

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJournaliste, écrivain et essayiste, Yvon Paré a publié une douzaine d’ouvrages, un essai, des romans, de la poésie et des récits.  Signalons Les plus belles années, Le Réflexe d’Adam, Les Oiseaux de glace et Le souffleur de mots.  Les récits de voyage Un été en Provence, Le tour du lac en 21 jours et Le Bonheur est dans le Fjord ont été écrits en collaboration avec Danielle Dubé.

Lecteur attentif, il a rédigé de nombreux articles portant sur les œuvres des écrivains du Québec dans Le Quotidien et Progrès-Dimanche où il œuvré comme journaliste.  Il collabore à Lettres québécoises depuis une quinzaine d’années en plus d’être l’auteur d’un blogue fort fréquenté.

Le voyage d’Ulysse, un roman où il suit les traces du célèbre personnage d’Homère, en l’invitant au Lac-Saint-Jean et en inventant un monde possible et imaginaire.  Il a remporté le prix Ringuet du roman de l’Académie des lettres du Québec avec ce roman en 2013 en plus du prix fiction du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  Son dernier ouvrage, L’enfant qui ne voulait plus dormir, un carnet fort louangé, explore les chemins de la création.

On peut retrouver l’ensemble de ses chroniques sur http://yvonpare.blogspot.com/.


L’église de campagne, une esquisse de Washington Irving…

17 mars 2017

(C’est avec plaisir que je vous présente l’un des premiers écrivains américains,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec Washington Irving [1783-1859]. Il est surtout connu pour sa nouvelle La légende de Sleepy Hollow, dont on a tiré un film mettant en vedette Johnny Depp. Dans le texte ci-dessous, rédigé lors d’un voyage en Angleterre, sa plume alerte esquisse quelques particularités de la société campagnarde de l’époque. Un tableau parlant, aux traits acérés, véridiques et facilement transposables à d’autres époques et à d’autres décors. A.G.)

L’église de campagne…

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Il est peu d’endroits qui soient plus favorables aux études de caractère qu’une église de campagne en Angleterre. Je fus une fois passer quelques semaines chez un ami qui résidait dans le voisinage d’une église de ce genre, dont l’aspect frappa vivement mon imagination. C’était un de ces ravissants échantillons de la vieille, vieille manière qui répandent un charme si particulier sur le paysage anglais. Debout au milieu d’un pays rempli d’anciennes familles, elle contenait, sous ses ailes froides et silencieuses, la cendre amoncelée de je ne sais combien de nobles générations. […] La lumière ruisselait obscurcie à travers les fenêtres, couvertes d’armoiries richement blasonnées sur vitraux peints. Dans plusieurs parties de l’église se voyaient des tombes de chevaliers et de dames de haut parage […] De tous côtés l’œil était frappé par quelque indice d’ambition jusque dans la mort, […].

La congrégation se composait des personnes de marque du voisinage, assises dans des stalles somptueusement recouvertes et garnies de coussins, pourvues de livres de prières aux riches dorures, et décorées de leurs armes, gravées sur les battants ; des habitants du village et des campagnes environnantes, qui remplissaient les sièges de derrière ainsi que la petite galerie près de l’orgue, et des pauvres de la paroisse, rangés sur des bancs le long des ailes.
[…] je m’occupai à faire des observations sur mes voisins.

Je ne connaissais pas encore l’Angleterre, et j’étais curieux d’étudier les mœurs de ses classes élégantes. Je remarquai, comme toujours, que les prétentions étaient d’autant moins grandes que les titres au respect étaient moins contestés. Par exemple, mon attention se fixa particulièrement sur la famille d’un gentilhomme du plus haut rang, composée de plusieurs fils et filles. Rien de plus simple, de moins arrogant que leur extérieur. Ils se rendaient ordinairement à l’église dans l’équipage le plus modeste et souvent à pied. Les jeunes demoiselles s’arrêtaient pour converser de la manière la plus amicale avec les paysannes, caressaient les enfants, et prêtaient l’oreille aux histoires des humbles villageois. Leurs figures étaient ouvertes et pleinement belles. […] Leurs frères étaient grands et bien faits. Leurs vêtements étaient à la mode, mais simples ; ils étaient rigoureusement élégants et convenables, mais n’avaient rien de maniéré, rien qui fît penser au dandy. Tous leurs mouvements étaient aisés et naturels ; ils avaient cette grâce imposante et cette noble franchise qui annoncent des âmes nées libres qui n’ont jamais été arrêtées dans leur essor par le sentiment de l’infériorité. La dignité réelle respire une hardiesse vigoureuse qui ne craint jamais le contact des hommes, quelque chétifs que soient ceux auxquels elle se mêle ; […] J’étais heureux de les voir s’entretenir avec les paysans ; ils causaient agriculture, chasse, pêche, toutes choses auxquelles se complaît si fort la noblesse de la contrée. Dans ces entretiens il n’y avait ni hauteur d’une part ni servilité de l’autre ; et le respect habituel, du paysan vous rappelait seul la différence des positions.

Une famille contrastait beaucoup avec celle-ci : c’était celle d’un riche bourgeois, lequel avait amassé une fortune immense et, ayant acheté les terres et le château d’un noble ruiné du voisinage, s’efforçait de revêtir les manières et toute la dignité d’un maître héréditaire du sol. La famille arrivait toujours à l’église en princes. Ils s’y faisaient majestueusement traîner dans une voiture couverte d’armoiries. Le cimier dardait ses rayons argentés de tous les points du harnais où il avait été possible de placer un cimier. […] Deux laquais, en livrées magnifiques, avec d’énormes bouquets et des cannes à pommes d’or, s’appuyaient nonchalamment derrière. La voiture s’élevait et s’abaissait sur ses longs ressorts avec une singulière dignité de mouvements. […]

Je ne pus m’empêcher d’admirer la façon dont ce pompeux équipage fut amené jusqu’à l’entrée du cimetière. […] Les chevaux, tour à tour poussés et retenus, écumaient de fureur. […]
Alors ce fut au laquais à descendre en toute hâte pour baisser le marchepied, ouvrir la portière, et tout préparer pour la descente à terre de cette auguste famille. Le vieux bourgeois fut le premier à présenter à la portière sa grosse figure rougeaude, regardant autour de lui de l’air superbe d’un roi du change, d’un homme habitué à trôner à la Bourse. Sa compagne, une avenante, très grasse, très confortable dame, le suivit. L’orgueil, je dois l’avouer, ne paraissait pas entrer pour beaucoup dans sa composition. C’était la peinture des grosses, des honnêtes, des vulgaires jouissances. […]
Deux filles succédèrent à cet heureux couple. Certainement elles étaient jolies, mais elles avaient un air impérieux qui glaçait l’admiration et disposait le spectateur à la critique. Dans leur toilette, elles étaient ultra- fashionables ; et bien que personne ne pût nier la richesse de leur parure, cependant on pouvait douter qu’elle fût parfaitement en harmonie avec la simplicité d’une église de campagne. Elles descendirent de voiture d’un air hautain, et remontèrent le cordon de paysans d’un pas qui semblait dédaigneux du sol qu’elles foulaient. […]

Je ne dois pas oublier les deux fils de cet ambitieux bourgeois, qui vinrent à l’église dans un cabriolet retentissant précédé de valets à cheval. Il était impossible que leurs vêtements fussent plus à la mode, mais ils avaient cette pédanterie du costume qui décèle l’homme dont les prétentions au bon goût sont très discutables. Ils restèrent entièrement à l’écart, jetant un regard oblique sur tous ceux qui s’approchaient d’eux, comme s’ils eussent mesuré leurs titres à l’estime ; […] Leurs mouvements mêmes étaient artificiels, car leur corps, docile au caprice du jour, avait été façonné à l’absence de toute liberté, de toute aisance. Ils étaient vulgairement construits, comme des hommes formés pour les fins triviales de la vie, et ils avaient cet air impérieux et arrogant qui ne se voit jamais dans un véritable gentilhomme.

J’ai peut-être été jusqu’à la minutie en traçant les portraits de ces deux familles ; mais je les considérais comme des échantillons de ce qui se rencontre souvent dans ce pays — la grandeur sans prétention et la petitesse arrogante. Je n’ai nul respect pour le rang et les titres à moins qu’ils ne marchent de front avec la véritable noblesse, celle de l’âme ; mais j’ai remarqué que dans tous les pays où il existe des distinctions artificielles, ce sont précisément les classes les plus élevées qui sont toujours les plus affables et les plus modestes. Ceux qui ne craignent point pour leur place ne sont pas le moins du monde enclins à empiéter sur celle des autres ; tandis qu’il n’est rien d’agressif comme l’ambition de la bassesse : elle s’imagine qu’elle s’élève en humiliant ses voisins.

[…] je dois mentionner leur manière d’être à l’église. La famille du gentilhomme était calme, sérieuse, attentive ; non qu’ils parussent avoir une dévotion bien ardente, mais plutôt un respect pour les choses sacrées et les lieux sacrés, inséparable d’une bonne éducation. Les autres, au contraire, ne cessaient de se trémousser et de chuchoter ; on voyait que la conscience de leur toilette ne les abandonnait pas un instant, et qu’ils étaient tristement ambitieux de faire l’admiration d’une congrégation de campagne.

Le vieux monsieur était réellement le seul qui fût attentif au service. […] Il est évident que c’était un de ces hommes qui crient toujours : « L’Église et le Roi » ; qui ne séparent pas les idées de dévotion et de loyauté ; qui considèrent la divinité, de façon ou d’autre, comme du parti du gouvernement, et la religion comme « une excellente sorte de chose qui doit être soutenue et conservée ».

Quand il se joignait si bruyamment au service, il semblait que ce fût surtout pour montrer l’exemple aux classes inférieures, leur faire voir que si grand, si riche qu’il fût, il ne dédaignait pas d’avoir de la religion ; comme je vis un jour un alderman, qui se nourrissait de tourterelles, avaler en public un bol de soupe de charité, passer sa langue sur ses lèvres à chaque bouchée, et la déclarer « une excellente nourriture pour les pauvres ».

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Washington Irving

Quand le service fut terminé, je fus curieux d’assister aux différentes sorties de mes groupes. Les jeunes nobles et leurs sœurs, comme le temps était beau, préférèrent prendre à travers champs, rentrer lentement à la maison, et causer, tout en cheminant, avec les gens de la campagne. Les autres s’en furent comme ils étaient venus, en grande pompe. Les équipages roulèrent de nouveau jusqu’à l’entrée. Et le fouet de claquer, les sabots des chevaux de retentir, les harnais d’étinceler. Les chevaux partirent comme d’un bond ; les villageois se rangèrent encore précipitamment à droite et à gauche ; les roues soulevèrent un nuage de poussière, et l’ambitieuse famille disparut à tous les yeux dans un tourbillon. (a)
(a) W. Irving, Esquisses ; traduction Théodore Lefebvre.


Infowar et quête de la Beauté, par Pierre Raphaël Pelletier…

16 mars 2017

Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Osons l’humain, Pierre Raphaël Pelletier

L’infowar, qui a eu comme meneur de jeu les États-Unis et que l’on a rapidement orientée hors de la toile, faute de pouvoir la contrôler, met en évidence ce dont sont capables nos libérales démocraties quant à la défense du droit à une information libre et entière.
À lire les commentaires d’analystes sérieux qui reviennent fréquemment sur le sujet, rares sont les dirigeants des grands médias qui, sous la force de pressions politiques, ne caviardent pas l’information qu’ils nous servent à la façon de petits spectacles.
À frelater sciemment l’information, on encrasse les artères de la démocratie. Je prends un autre café et je feuillette les journaux régionaux. Certaines chroniques nous racontent la petite histoire de braves gens qui, par des gestes de solidarité très simples, contribuent au bien-être de la Cité. À peu de frais, ce genre d’article me donne le coup de pouce qu’il me faut pour ne pas retomber dans la mare à crapauds.
Du café, je décide de passer chez Jules. C’est tout près, à dix minutes de marche.
Je cogne à sa porte plusieurs fois. Pas un signe de vie. Je récidive en cognant beaucoup plus fort. Des ramures torsadées d’un érable à Giguère d’où elles m’observent, les corneilles se mettent à leur tour de la partie en faisant tout un charivari.
« Alors, là, mon Jules, si tu n’ouvres pas, tu peux crever seul dans ton coin. »
J’attends encore un peu, mais toujours rien. Un peu dépité, j’abandonne.
Si tôt en journée, je n’ai pas le goût de revenir à ma planque.
Tout naturellement, je retourne au marché.
Le vent est doux.
Sa douceur fleure le lilas.
Peindre
Je laisse en plan une marche tracassière. Je retourne à mes fardoches.
La nuit est jeune. Je m’installe à mon chevalet.
J’entreprends de retravailler une toile qui me tord les boyaux depuis des semaines.
Qu’y a-t-il qui ne va pas entre cette toile et moi ? Le choix de mes couleurs ? Leur agencement peut-être ? Mes coups de pinceau ? Trop forcés ? Trop fardés ? Trop prévisibles ? La composition du tableau n’est pas assez transgressive ? Pas assez délinquante ? Où est-ce plutôt moi qui bousille tout, en remettant chaque fois en question la justesse des précieuses incertitudes qui se pointent dans l’incréé, entre la toile et moi.
La symbolique du passage vers… la distance qui s’ouvre à l’autre n’est-elle pas un des éléments essentiels de la pratique artistique ? Les itinéraires qui convergent vers un centre, un commencement, l’origine d’un monde sont cette quête qui nous projette à l’avant-scène de nos propres identités de création. L’art comme lieu d’origine et de mouvance exprime le moi dès sa naissance et celui de son devenir. Cette trajectoire de l’art, habitée par nos appartenances, nos errances, nos dérapages, nos dérives, est constitutive de la durée, de l’immuable. La beauté exulte d’être si rebelle. À vouloir la définir, on la tue.
Je peins et peindrai jusqu’à l’aurore. Plusieurs semaines encore, avant d’être en osmose avec ma toile.
La solitude.
Au fond de mon donjon, je savoure la disjonction que me procure l’extrême fatigue, seul succédané, si pauvre soit-il, à ma dose d’alcool.
Disparaissent alors toutes frontières entre ces réalités biscornues qui multiplient les langages de l’impériale réalité à laquelle nous nous contraignons.
Silence à l’âme grisante. Je flotte dans les bras d’une caresse aux joues pleines de lèvres. Pendant quelque temps, j’erre avec elle. Lentement, pudiquement, elle se détache de mon corps. La solitude se retire de mon espace.
À l’heure avancée de l’Est, espoir pugnace au ventre, je me remets au travail.

(Extraits de : Pierre Raphaël Pelletier, Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés, Éditions David, 2012.)

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À la fois poète, romancier, essayiste et artiste visuel,Pierre Raphaël Pelletier a publié une vingtaine de livres touchant différents genres et réalisé plus d’une trentaine d’expositions (solos ou en groupe) de sculptures, de peintures ou de dessins. Il s’est aussi fait connaître par son implication dans un éventail d’organismes artistiques et culturels de la Francophonie canadienne comme l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, dont il est l’un des membres fondateurs.

Vers la fin des années 1970, Pierre Raphaël, après une maîtrise en philosophie, tient diverses chroniques sur les arts visuels à la radio de Radio-Canada et pour le journal Le Droit. Entre 1977 et 1982, il est responsable des secteurs de l’animation culturelle et du Centre des femmes et Étudiant-e-s étrangers-ères de l’Université d’Ottawa. C’est à partir de cette époque qu’il réalise plusieurs études et recherches sur la situation des arts et de la culture en Ontario, notamment Étude sur les arts visuels en Ontario français (1976) et Étude des centres culturels en Ontario (1979). Jusqu’à la fin des années 1990, il aura aussi écrit des articles parus dans des revues, comme Le Sabord, Éducation et francophonie et Liaison.

Parmi ses publications, notons le recueil de poésie L’œil de la lumière(L’Interligne, 2007) pour lequel il remporte, en 2008, le Prix Trillium, le roman Il faut crier l’injure (Le Nordir, 1998), qui lui permet de gagner le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen et le Prix du livre d’Ottawa-Carleton en 1999. Il est également l’auteur du récit Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés (David, 2012) et de l’essai Pour une culture de l’injure (Le Nordir, 1999) écrit en collaboration avec Herménégilde Chiasson. (Éd. David)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


En souvenir d’Hubert Aquin…

15 mars 2017

Hubert Aquin…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Hubert Aquin naît le 24 octobre 1929, au 4037 rue St-André, à Montréal. Fils d’un commerçant montréalais d’articles de sports, Hubert Aquin reçoit un diplôme de l’Université de Montréal en philosophie en 1951, à 21 ans, et part étudier à l’Institut d’études politiques de Paris de 1951 à 1954. À son retour à Montréal en 1955, il est embauché comme réalisateur et scénariste pour la télévision de Radio-Canada (de 1955 à 1959). Puis, de 1959 à 1963, il est réalisateur et producteur à l’Office national du film.
Militant pour l’indépendance du Québec, il est membre exécutif du Rassemblement pour l’indépendance nationale (de 1960 à 1968)3.
En 1964, il annonce publiquement dans une lettre au journal Le Devoir qu’il prend « le maquis » et se fait « commandant de l’Organisation spéciale » dans le but de joindre ses forces à celles du Front de libération du Québec. Un mois plus tard, il est arrêté, à bord d’une voiture volée, en possession d’une arme à feu. Sur les conseils de son avocat, il plaide la folie passagère (lâcheté qu’il se reprochera plus tard) et est interné quatre mois dans un hôpital psychiatrique2. C’est lors de ce séjour qu’il commence l’écriture de son roman le plus connu, Prochain Épisode2, (publié en 1965 à Montréal, puis en 1966 à Paris et traduit en anglais en 1967 à Toronto), qui raconte l’histoire d’un révolutionnaire emprisonné.
Ses premiers textes paraissent dans diverses revues, dès 1959, entre autres dans Parti pris, Le Magazine Maclean, Voix et images du pays et la revue littéraire Liberté, dont il est directeur de 1961 à 19714. Durant les années 1970, il enseigne dans diverses universités nord-américaines, dont l’Université du Québec à Montréal. En 1975, il est embauché en tant que directeur littéraire aux Éditions La Presse. Il perd son poste un an plus tard.
Le 15 mars 1977, il se suicide dans les jardins du collège Villa Maria à Montréal, en laissant à sa compagne une dernière note :
« Aujourd’hui, le 15 mars 1977, je n’ai plus aucune réserve en moi. Je me sens détruit. Je n’arrive pas à me reconstruire et je ne veux pas me reconstruire. C’est un choix. Je me sens paisible, mon acte est positif, c’est l’acte d’un vivant. N’oublie pas en plus que j’ai toujours su que c’est moi qui choisirais le moment, ma vie a atteint son terme. J’ai vécu intensément, c’en est fini. »
— Hubert Aquin
Il eut trois fils : Philippe et Stéphane, avec son épouse Thérèse Larouche, et Emmanuel Aquin avec sa deuxième conjointe, Andrée Yanacopoulo.
Le pavillon Hubert-Aquin de l’Université du Québec à Montréal (construit de 1975 à 1979) est nommé en son honneur (posthume).
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe fonds d’archives d’Hubert Aquin est conservé au centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec4.
L’écrivain et cinéaste québécois Jacques Godbout a réalisé en 1979 un documentaire sous le titre Deux épisodes dans la vie d’Hubert Aquin.

Honneurs
• 1968 : Prix du Gouverneur général du Canada — que l’écrivain Hubert Aquin refuse pour des raisons politiques
• 1970 : Prix de la province de Québec
• 1972 : Prix Athanase-David
• 1974 : Prix littéraire de La Presse
• 1975 : Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal

Œuvres
Prochain Épisode, roman; [Montréal] : le Cercle du livre de France, 1965, 174 p.
L’Antiphonaire, roman, Montréal : Cercle du livre de France, 1969, 250 p.
Point de fuite, essais, Montréal : Cercle du livre de France, 1971, 159 p. 20
Neige noire, roman, Montréal : La Presse, Collection « Écrivains des deux mondes », 1974, 254 p.
Blocs erratiques, textes divers, 1948-1977 (publication posthume; rassemblés et présentés par René Lapierre), Montréal : Quinze, 1977, 332 p.
L’Invention de la mort, roman posthume (écrit en 1959), Montréal : Leméac, 1991, 152

(Source : Wikipédia)


Il y a ceux qui enchaînent les rencontres…, un texte de Myriam Ould-Hamouda

14 mars 2017

Il y a ceux qui enchaînent les rencontres…

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Erika Marozsán, Gloomy Sunday

Il y a ceux qui enchaînent les rencontres, ils collectionnent des regards des sourires et des culs qui prennent la poussière au milieu des cartes postales des coquillages et des fioles de sable ; et puis il y a ceux qui crèvent de trouille juste en croisant leur propre ombre, le rebord de leur cheminée n’est pas encombré, mais dedans un feu brûle et les murs de leur maison tremblent souvent.
Nous nous trouvions bien nigauds à ne pas savoir nous regarder dans les yeux, mais en fuyant notre regard tombait toujours sur un spectacle plus terrible encore : celui d’hommes et de femmes qui n’avaient plus peur de se rencontrer. Comme ils avaient oublié à quel point une rencontre peut changer une vie ; comme ils ne lui en laissaient d’ailleurs plus ni la place ni le temps dans leurs plannings surchargés. Et les hommes serraient des paluches sans jamais avoir le cœur qui se serre, lui, à chaque fois que l’autre mimine détalait comme un lapin. Et les femmes tendaient à chaque fois l’autre joue, malgré la barbe qui pique malgré la bave qui coule ou la mâchoire qui craque. Et les hommes et les femmes entassaient des noms et des numéros dans leur large agenda au milieu d’autres noms, d’autres numéros dont ils avaient déjà oublié les sinuosités des visages, ils notaient avec soin des lieux des horaires, des rendez-vous sans que jamais leurs doigts ne tremblent ne serait-ce qu’un peu. Avec l’assurance de ceux qui ont refusé que demain soit un autre jour, avec la grisaille de leurs petits matins qui se suivent et se ressemblent toujours, avec leur jus d’orange frais leur café noir bien serré et leurs tartines qui ne tombent jamais, même du bon côté. Comme ils avaient oublié à quel point une rencontre peut changer une vie ; comme en fait ils ne voudraient surtout pas qu’elle la change, leur vie bien sympa qui leur convient comme elle est, avec ces deux bras doux qu’ils n’aiment plus vraiment, mais qui pressent le jus d’orange font couler le café et beurrent leurs tartines, avec ces deux bras mous qu’ils détestent souvent, mais qui les consolent parfois de toutes ces autres vies qu’ils auraient pu vivre, de la manière qu’a leur cœur d’avoir un jour cessé de battre.
Ce soir j’ai enchaîné mes peurs aux canalisations de la salle de bain, dans la baignoire l’eau coule à grands flots, elles se tortillent un peu et, moi, je crève de trouille ; comme depuis toi je sais à quel point ma vie peut changer, comme si te prend enfin l’envie de la renverser je ne me débattrai pas. Ce soir, le feu menace de tout dévorer et les murs de s’effondrer, mais je ne partirai pas sans toi.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonoritJés, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Sur le bord de la rivière Chena, je me suis assise et j’ai pleuré…, un texte de Chantale Potvin

12 mars 2017

Sur le bord de la rivière Chena…

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Je me suis assise et j’ai pleuré. La légende raconte que tout ce qui tombe dans les eaux de cette rivière, les feuilles, les insectes, les plumes des oiseaux, tout se transforme en pierres de son lit. Ah ! Que ne donnerais-je pas pour pouvoir arracher mon cœur de ma poitrine et le jeter dans le courant… Il n’y aurait alors plus de douleur, plus de regret, plus de souvenirs.
Paulo Coelho, Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j’ai pleuré, 1997

Alaska, juillet 2641

Lors des beaux jours, quand le soleil est enfermé dans d’épais nuages, Flora peut sortir et marcher sur le bord de la rivière Chena, seule ou avec sa mère, conversant de passé, de littérature, d’histoire, et surtout de ce XXIe siècle qui a vu disparaître l’eau, le bois, l’ozone, la vie… De ces humains avides d’argent, sans respect pour la planète et pour les générations futures.
— Comme j’aimerais pouvoir lire ce livre ! Comme je voudrais qu’il existe encore !
— Tu sais très bien, Flora, que les livres n’existent plus depuis deux siècles. Le papier est hors de prix. Tu peux toutefois aller à la bibliothèque !

Avec ses yeux attendrissants, sa mère tentait de lui faire oublier la rage qu’elle gardait dans son cœur depuis qu’elle était toute petite. Sa rage contre ces fleurs, ces arbres, ces lacs, ces rivières, désormais si rares, disparus ou mortellement pollués. Sa rage de lire Robinson Crusoé, Le livre de la Jungle ou Les aventures de Peter Pan, cet enfant qui ne voulait pas grandir. Oui, rage, car ces histoires ne peuvent plus se vivre sur cette boule dépouillée et aride où il n’y a plus d’eau, d’air pur et d’animaux. Comment comprendre un tigre de Sibérie par des photos ? Ou faire revivre les majestueux ours polaires ou Moby Dick, ce cachalot blanc, ivre de vengeance, qui a mené la guerre contre le capitaine Achab.

Rage depuis qu’elle sait lire… Elle a lu Paris au XIXe siècle, aux abords de la Seine, quand les jeunes filles abritées sous des parapluies de dentelles pouvaient se balader tranquillement, main dans la main avec l’élu de leur cœur. Aujourd’hui, il faudrait être carrément fou ou illégal pour marcher en plein soleil. Aussi, tous les monuments historiques, qui n’ont pas été détruits sous les bombes, sont visités derrière d’épaisses vitres anti-suicide. Trop chaud ! Impossible de revivre ces instants. Elle en veut au monde entier de ne pas lui avoir épargné un peu de ce vert, un peu de ce bleu…

Flora a envie de pleurer. Du bout du doigt, elle pianote sur l’eau.

Pleurer ! Qui aurait cru dans ces temps-là qu’il leur aurait fallu économiser des larmes pour se brosser les dents ?

Pleurer ! Pour échapper au passé.

Comme elle voudrait s’étendre dans un grand champ de fleurs où l’herbe qu’elle foulerait serait aussi douce que du duvet ! Elle pourrait faire des dessins dans le ciel avec les nuages, tout en écoutant le bruit paisible du petit ruisseau que survoleraient des oiseaux, qui aujourd’hui… n’existent plus !
— Maman… Peux-tu me laisser seule ? Je vais rentrer si le soleil perce les nuages, je te le promets !

Elle regarda sa mère s’éloigner pour pouvoir s’agenouiller au pied de la rivière, la seule qu’elle n’ait jamais vue, jamais aimée et qui lui facilitait les rêves par sa grande beauté. En fixant l’horizon désertique, elle repassait en mémoire chaque passage de ce livre qu’elle a eu la chance de tenir dans ses mains… En regardant ses larmes descendre lentement avec le courant et tambouriner doucement sur les ondes de l’eau, une phrase valsait dans sa tête… La légende raconte que tout ce qui tombe dans les eaux de cette rivière, les feuilles, les insectes, les plumes des oiseaux, tout se transforme en pierres de son lit.

Flora se pencha au-dessus de l’eau, observa le fond et empoigna quelques cailloux qu’elle lança dans ce qui restait d’air et de ciel. Sa force de revivre ce que tant de personnes ont vécu sans en profiter fut la plus forte. Elle vit, avec son cœur, un vol d’oiseaux tropicaux de toutes les couleurs, des milliers de papillons, les feuilles des érables en automne, un arc-en-ciel géant, une grande colombe blanche… Elle entendit le hurlement d’un grand loup blanc d’Antarctique et vit tomber de gros pétales de toutes sortes de fleurs dont les parfums ensorcellent. Elle lança des poignées, puis des poignées et encore des poignées de cailloux, maintenant agenouillée dans la rivière, les cheveux collés au visage, le sourire figé, multipliant les visions de bonheur toujours plus enchanteresses les unes que les autres… Il y avait toujours de petits hélicoptères d’érable qui tourbillonnaient, tombaient sur l’eau, calaient et se transformaient en cailloux.

Flora voyagea à travers le monde entier, le monde du passé, par de simples lancers de petits cailloux qui étaient jadis des feuilles, des fleurs, des plumes d’oiseaux, des insectes, et surtout le cœur d’une petite fille qui déborde d’une envie de vivre sur une terre où il y aurait encore du vert, où il y aurait encore du bleu.

Flora a trop pigé de cailloux dans le lit de la rivière Chena… On dit bêtement qu’elle s’est suicidée, mais ce n’est pas tout à fait cela.

Flora s’est simplement transformée en caillou pour se fondre dans le paradis des belles choses et vivre comme ces gens des temps anciens, de l’an 2000. Ceux qui n’avaient pas compris leur paradis.

Sa maman, qui vient toujours marcher, verra son cœur qui était plein d’amour pour elle, là, dans le rocher au fond de la rivière. Un cœur où il n’y a plus de douleur, de regret, de souvenirs, qui vit dans un paradis vert et bleu !

Notice biographique

Née à Roberval en 1969, Chantale Potvin enseigne le français de 5esecondaire depuis 1993. Elle a publié cinq romans soit :

-Le génocide culturel camouflé des indiensalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

-Ta gueule, maman

-Les dessous de l’intimidation

-Des fleurs pour Rosy

-T’as besoin de moi au ciel ?


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