Ma traversée du pays fantôme, Claude-Andrée L’Espérance…

22 avril 2017

 Sans attaches

 

 

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Il semblait
flotter sur la neige
en attente
du coup de vent
qui l’emporterait ailleurs

et moi,
sous un soleil prestidigitateur
un instant,
je pris son ombre pour ses racines

 

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Prendre la proie, un texte de Clémence Tombereau…

21 avril 2017

Prendre la proie

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L’amorce n’était jamais facile.

Il y avait le second degré, dont elle était friande.

Il y avait le charme, dont elle n’était malheureusement pas toujours consciente.

Néanmoins sa parade, aussi unique et subtile soit-elle, fonctionnait plutôt bien, quoique trop rarement à son goût.

Avoir la proie sous les yeux.

Mater son cou lorsque le visage se tourne sur le côté. Les fins poils de barbe sur cette peau qui ne demandait qu’à être adorée, baisée, léchée. L’appétissant délice des commissures des lèvres ou bien cette parcelle, là, entre joue et mâchoire. Des centimètres de choses désirables. Ce désir-là se fait cannibale : manger de la peau, dévorer du corps et sentir dans la bouche, sous la dent, ce qu’on nomme plaisir et qui malheureusement s’étend sur des contrées bien plus vastes encore, bien plus innommables.

Sourire malgré l’évidente gêne que le désir violent fait couler sur son être. Arriver à faire deux ou trois blagues, deux ou trois traits d’esprit, tout le cerveau pointé vers une seule cible : le corps de l’autre. Tout le cerveau brouillé par des sens assoiffés. Tout le cerveau qui lutte pour montrer, tout de même, ses belles capacités, ses raisonnements vifs. Et surtout, surtout, se retenir follement, prendre la laisse invisible qu’on enroule soi-même sur notre cou indocile et se faire violence, violence extrême et fausse pour ne pas se jeter sur la proie, l’embrasser, l’embraser, la caresser encore, lui prodiguer comme jamais le plaisir absolu. Cela ferait passer n’importe qui pour fou.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revuealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade (roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Pluie nostalgique et mer intérieure, textes de Marc-André Lévesque…

20 avril 2017

Pluie et mer…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Pluie nostalgique — Je suis dans mon appartement du 7e étage d’un immeuble comme un poisson dans un bocal, je regarde par la fenêtre, il pleut. Il pleut à faire déborder mes humeurs vers des plages fragiles. Il pleut à délayer les traces de mon stylo bleu laissées anarchiquement sur une feuille mouillée. Il fait gris. Il m’arrive d’avoir peur. Peur de disparaître sans laisser de traces. Je partirais alors comme ce Jean mort d’un cancer, qui logeait au 600 et quelques. Si rapidement effacé de la surface de la Terre, parti pour un plus vaste ensemble avec un état de conscience que nous ne pouvons pas encore comprendre. Je ne peux le voir là où il est, le ciel est fermé et il pleut. Il pleut à en perdre l’âme.
Il pleut à gorge déployée. Il pleut si néfastement que je me suis oublié dans une rigole qui coule sur la rue Robert-Élie. Entendez-vous ces cris de ce Jean pris dans mes pensées, prisonnier du sourire et du salut que je lui ai fait lorsque les ambulanciers l’ont transporté à l’hôpital ? Ce gris soudé par des gouttelettes qui accable son départ pour le rendre encore plus pleurant, encore plus acerbe ? Il pleut et je suis un poisson dans un bocal qui regarde une âme s’envoler au loin. Inatteignable. 4 avril 2017, décès de Jean, le premier de notre coopérative.

Mer intérieure — J’ai une mer intérieure qui me produit quelques fois des tsunamis de alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecsentiments. Elle me nourrit autant qu’elle me désespère. Et les bateaux qui y voguent m’amènent vers moi-même. Mes rives sont protégées, mais, en quelques endroits plus ouverts, je peux voir les carcasses de mes amours sombrées dans des formes de métal. Lorsque je me recroqueville, elle se soulève et avec elle la nausée me monte dedans comme dans de mauvais présages. Lorsque je me tiens debout et que je marche, elle fait la grosse et elle érode mes rivages. Couché, je n’entends que des vagues qui lèchent mes parois en me faisant des rêves paisibles. Elle contient tous mes soucis et tous mes espoirs, je suis seul maître à bord de mes circonvolutions. J’ai une mer intérieure qui me dit que j’ai raison de croire et d’espérer.

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

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Dominique Blondeau nous parle de Patrick Roy….

19 avril 2017

Deux chasseurs et un ours ****

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N. apprécie généreusement nos introductions. Enthousiaste, elle nous suggère de les convertir en de courtes nouvelles. On ne le fera pas, on préfère la spontanéité de l’instant qui nous fait prendre en main papier et stylo. Saisir la pensée fugitive qui, après l’avoir écrite, s’étiole, tels les brasillements d’un feu d’artifice. Penchons-nous sur le récent roman de Patrick Roy, L’homme qui a vu l’ours.

Après avoir flâné dans le roman lesbien de Sarah Waters, on aborde un milieu méconnu, celui des lutteurs. Univers masculin où les femmes se profilent en arrière-plan, attendent que leur homme revienne à la maison avec les honneurs du corps blessé, parfois grièvement. Ce n’est pas sur ce fait discutable que le roman de Patrick Roy ouvre ses pages, mais sur deux hommes qui règlent leurs comptes avec un inconnu. Prolégomènes qu’il sera temps d’éclaircir le moment venu.

Pour entrer dans l’histoire de l’Américain Tommy Madsen, nous devons faire confiance à Guillaume Fitzpatrick, Sherbrookois, quarantenaire, réputé journaliste au magazine Sports. Secondé par Hugo Turcotte, un collègue du Soleil, passionné de lutte, Fitzpatrick deviendra le biographe officiel de Madsen, géant aux cheveux longs et blonds, lutteur inégalé. Maintenant sur le déclin, il s’est retiré dans les montagnes Vertes, État du Vermont. Il vit seul, séparé de Laurie, il est père de deux enfants. Jusque-là, aucune surprise, la vie coule, telle que nous l’avons choisie, telle qu’elle nous dirige. Dès la première visite de Fitzpatrick chez Madsen, nous nous rendons compte que ce dernier est un homme auréolé de gloire, mais aussi de mystère. Nous apprendrons qu’un drame professionnel l’a poussé à retraiter. Même si les combats sont arrangés, les lutteurs ne peuvent toujours contrôler leur trop-plein, parfois provoqué, d’adrénaline, freiner leur rage, les transformant en tueurs. Ce qui est arrivé à Madsen au Centre Bell : l’un de ses adversaires, trop durement atteint, est devenu paraplégique. Depuis cet accident, il accepte des combats mineurs un peu partout aux États-Unis et au Canada. Le reste du temps, il vit reclus à Stowe, dans son luxueux chalet. Au fur et à mesure que Madsen se confie à Fitzpatrick, des zones sombres très sombres, qu’il ne tente pas d’éclaircir, créent un lourd et gluant malaise entre le lutteur et le journaliste. Ce qui incitera celui-ci à rencontrer le père de Madsen, Ezechiel, retiré dans le Maine, après qu’il a vendu sa compagnie de machines agricoles à Mark Stevenson, truand d’envergure qui, sans scrupules, sans conditions, a racheté les terres et les entreprises de fermiers alentour. Une pègre agricole s’est installée en Nouvelle-Angleterre contre laquelle personne n’ose intervenir. Autre combat sans pitié où les perdants ont vendu jusqu’à leur âme.

Manœuvre d’intimidation qui amènera le lecteur à mieux connaître Hugo Turcotte, l’associé de Guillaume Fitzpatrick. Pour se faire valoir dans sa rubrique sportive du quotidien Le Soleil, il déterrera pour ainsi dire la hache de guerre entre les clans à la solde d’Ezechiel Madsen. Curieux personnage que ce Turcotte évoqué par Patrick Roy. Diagnostiqué bipolaire, obsessionnel impénitent, depuis des mois, il joue aux échecs sur son ordinateur avec un Russe. Masochiste, il supporte, depuis bientôt un an, des maux de dents dont la séance de soins chez le dentiste vaut la peine d’être lue. Exhumant de vieilles affaires de meurtres, il sera au bord du drame quand il informera Fitzpatrick de ses fatidiques découvertes. Drame qu’il ne pourra éviter, ses pas s’étant égarés dans un tel tourbillon de violence qu’il sera trop tard pour revenir sur la terre ferme, surtout propre.

L’intervention des deux journalistes, dans cet univers implacable, sera adoucie par la vie familiale de Fitzpatrick dont le père, cardiaque, vit à Sherbrooke. Sa sœur, artiste, vit à Rouyn, la mère est morte d’un anévrisme cérébral. Les échanges affectifs entre le père et le fils demeurent à la limite de ce que deux personnes de génération différente se confient et dissimulent, bien que ni l’un ni l’autre n’ait une illusion quelconque sur le sort de l’autre. Le frère et la sœur partagent un climat d’inquiétude à propos de la santé du père, leur route ayant dévié de leur trajectoire commune dès l’adolescence. Il y a aussi Laurie, mère des deux enfants de Madsen de qui elle s’est séparée, lassée de ses absences réitérées, de son retrait dans un silence entêté. Laurie qui, après une brève aventure avec Fitzpatrick, le met en garde contre le père de Tommy et ses complices.

On a l’impression en lisant ce roman magnifiquement écrit, mené avec une rigueur presque maniaque, que l’auteur, Patrick Roy, s’est glissé, discret, entre les personnages qu’il a disséqués avant d’enregistrer leurs confidences scabreuses, sans jamais se montrer, comme si une main magique, ce que la main de l’écrivain ici est beaucoup, avait cerné un milieu craquelé de toutes parts. Famille amochée, profession sauvage, hommes de foire démontrant leur originalité physique, tel un handicap plutôt qu’un atout de la nature. Pantelants énergumènes quand ils se dévêtent de leur rôle d’« évadés d’asile », dont le témoignage biographique de certains démontrent la fragilité intérieure du corps, l’emballement anormal du cœur. Seul l’orgueil l’emporte, laissant peu de place au remords. Si Fitzpatrick en se revanchant, impitoyable, apporte un soupçon de dignité à la détresse humaine, il ne peut faire expier à des pervers leurs forfaits criminels. L’avant-dernier chapitre laisse le lecteur en état de choc, celui du spectateur haletant, qui ne saisit pas très bien ce qui s’est passé durant la confrontation d’un écrivain doué d’une maîtrise de plume exceptionnelle, avec des êtres nuisibles ou simplement démunis. Le roman fascine, on ne désire pas expliciter davantage les prolégomènes du début du livre, on s’en sert comme d’une dysharmonie dans cet univers nauséabond, où la vie se dénombre en perdants et vainqueurs, éclaboussée du sang des tricheurs, victimes et bourreaux. Du combat acharné des innocents, réfractaires malgré eux à toute forme de générosité.

L’homme qui a vu l’ours, Patrick Roy
Éditions Le Quartanier, Montréal, 2015, 464 pages

Notes bibliographiques

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmes et Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu.

Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire : (http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

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Guerre de verres brisés, un texte de Carine Lejeail…

18 avril 2017

Guerre de verres brisés

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La télé sur le mur du fond enchaîne en sourdine les courses de Longchamp, d’Auteuil, de Vincennes et d’ailleurs. Le comptoir devant lui est lisse et brillant. Taché d’un rond de verre séché, il reflète un peu plus loin la conversation animée de deux habitués du lieu, casquette et canon de rouge de rigueur, fossiles de bar, intemporels, inamovibles. On trouve les mêmes partout. À croire qu’on les fabrique à la chaîne pour animer les PMU défraîchis des quatre coins de la France. La conversation va bon train entre des considérations politiques convenues, « Tous les mêmes, ces politicards ! Des baratineurs qu’en ont qu’après le fric ! C’est à cause d’eux si j’en suis là ! Ils s’débrouillent pour qu’on puisse pas s’en sortir, oui, monsieur ! », et une vision de la société quelque peu restrictive, « Et les jeunes ?! Qu’est-ce qu’y font les jeunes, hein ? Ah ça, pour faire des photos seulfis, ça y va ! ». Les rares participations du garçon sont à la hauteur de l’endroit : « Dédé, que je te reprenne pas à aller pisser à l’anglaise*, sinon tu r’mets plus les pieds ici ! »
Et lui. Jean-Philippe Laforget. Jipé pour les intimes. Lui qui ne comprend rien aux chevaux et qui méprise les poivrots enchaînés au bar avec leurs discussions fades dont le seul but est de meubler le silence. Pourtant il les a beaucoup fréquentés ces vide-bouteilles. Il y a de ça cinq ans. Ils étaient son quotidien, le seul lien normalisé qu’il maintenait avec la société. Les pieds nickelés de la bistouille, ses problèmes en écho dans les yeux vitreux des autres. Il en faisait partie. Il se demande ce qu’il fout là aujourd’hui, les deux mains à plat sur le comptoir. Il ne se souvient plus de la dernière fois où il est entré seul dans un café de hasard. Il se dit que tant que le serveur n’est pas venu, il est encore temps de partir, de tenir bon. Sans pouvoir bouger. Il essaie de se convaincre qu’il teste sa détermination, sachant très bien qu’il a déjà perdu. Il n’a pas eu une journée difficile pourtant. Il a des soucis, comme tout le monde. Son augmentation repoussée à l’année prochaine, les accrochages réguliers avec leurs voisins de palier, sa mère qui commence à perdre la tête, qu’il sent glisser dans la vieillesse. Et cette sobriété sécurisante au point de se croire à l’abri. C’est peut-être là qu’on est le plus vulnérable, dans le déroulé des jours identiques, lorsqu’on pense qu’on maîtrise, qu’on baisse la garde et qu’une contrariété vient gripper la mécanique. En sortant du boulot, il avait fait le chemin à pied jusqu’au métro, comme tous les soirs. Sauf qu’au lieu de s’engouffrer dans la moiteur puante de la station Simplon, il avait poussé la porte en verre gras du premier troquet venu. Et le voilà, pétrifié devant un garçon en gilet.
– Et au businessman, qu’est-ce qu’on lui sert ?
– Un whisky. Celui que vous voulez.
Le garçon claque le verre devant lui d’un geste rapide et précis, le remplit généreusement et retourne à ses occupations de cafetier. Les bouts de ses doigts posés à la base du verre font danser le liquide, dans un sens puis dans l’autre. Le contact froid du verre a lancé une étincelle de désir en lui, un feu couvant qui s’embrase. Il sent déjà le goût dans sa bouche, la chaleur dans son corps, la torpeur dans ses muscles. Des souvenirs exacerbés par des années de manque, qui n’ont plus rien à voir avec la réalité. Insidieusement, une autre logique prend place. Une logique forte de convictions. Il veut se faire croire qu’il ne prendra qu’un verre, que ça ne suffira pas à briser des années d’efforts. Tout le monde boit un coup de temps en temps sans tourner alcoolique pour autant. C’est du bon sens. Au plus profond de lui, il se dit qu’il est capable de se maîtriser, de s’arrêter quand il l’aura décidé. Et c’est sur cette contradiction qu’il amorce son geste.

Le plaisir ne dure que le temps de la lente ascension du verre à ses lèvres. Un plaisir grisant, une bravade à la bien-pensance, l’excitation de briser un interdit, la satisfaction de s’autoriser un écart, la récompense bien méritée après tant d’efforts. Un mélange jouissif impossible à combattre. Cul sec. L’alcool froid et piquant coule sur sa langue, coupant net la vague d’extase. Une chute vertigineuse du haut de ses chimères vers le sol froid et dur de la réalité. Tout ce qui le répugne chez lui est contenu dans cette première gorgée. Son aveuglement, sa dépendance, sa lâcheté, sa faiblesse. Son découragement et son incapacité à réagir. Il avale, ferme les yeux et rappelle le garçon.

Son moral a viré au gris. Il devrait partir, il le sait. Mais il ne peut pas. Son corps a cessé de lui obéir. Un dédoublement familier s’est opéré. Entre l’esclave trop content de retrouver la morsure de ses chaînes, et l’homme sevré qui observe consterné son double anéantir les cinq dernières années. Son verre est à nouveau plein. L’unique solution au mal-être qui le ronge semble se trouver là, posée sur le comptoir douteux d’un troquet ordinaire. Le réconfort l’attend à portée de lèvres, l’engourdissement de ses pensées, sa conscience muselée, et, il ose à peine se l’avouer, une étrange et fugace sensation d’amour. Un verre, deux verres, quelle différence ? Ça ne changera pas grand-chose, l’écart est fait de toute façon. Aux États-Unis, ils décernent des médailles à chaque étape de l’abstinence, on voit ça dans toutes les séries B. Des médailles dont on est fier et qu’on exhibe, comme au combat. C’est tout à fait ça ! C’est une guerre de tous les instants, cette saloperie. Le feu de cette goulée cul sec incendie sa gorge comme un obus en plein territoire allié, et son objectivité s’érode. Les restes de sa volonté fondent comme un glaçon dans un fond de Ricard en plein soleil d’été.

– Garçon !

Il n’ajoute rien. Seul son pouce tourné vers le bas, en direction de son verre, exprime clairement son désir. Ce même pouce que les Romains baissaient pour achever les vaincus au cœur des arènes. Un perdant, c’est bien ce qu’il est, qu’on l’achève… Il prend son temps. Il est hypnotisé par le liquide ambré, sa façon d’attraper la lumière dans des éclats caramel, et le monde qu’il voit à l’envers dans le liquide coloré. C’est ça, sa vie. Une vie sens dessus dessous noyée dans l’alcool. Il s’en veut tout en étant persuadé que c’était inévitable. Il tangue. Il s’accroche.

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Hopper, Oiseaux de nuit

Demain la culpabilité le rongera. Sobre, il devra faire face au dégoût de tout son être. Rien à voir avec ce qu’il ressent maintenant qui n’est finalement qu’une excuse. Jipé le sait bien du fond de son brouillard grandissant. Demain, il faudra qu’il subisse la violence de son regard dans le miroir, la cruauté de sa propre condamnation. Il fera des promesses qu’il ne tiendra peut-être pas.

Et puis il y aura les autres. Ceux qui l’entourent. Fâchés, inquiets, mais bienveillants. Leur mansuétude qu’il est incapable de s’accorder et sans laquelle rien ne serait possible. Demain sera un autre jour de guerre, un de plus, car une seule bataille perdue ne détermine pas l’issue d’un conflit.

*Aller pisser à l’anglaise : partir sans payer.

L’auteurealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Fille du nord, née à Arras en 1976, elle étudie d’abord les arts puis l’histoire moderne. A 25 ans elle devient professeur des écoles à Berck sur Mer, se spécialise dans l’enseignement du Français Langue Étrangère et passe trois ans à travailler avec les enfants en demande d’asile. En 2007, elle quitte tout pour vivre à Madrid où elle intègre le centre international de services d’IBM. C’est au cœur de la capitale espagnole que naît son envie d’écrire. Un projet d’écriture à long terme commence à se former.  De retour en France, en région parisienne, elle s’inscrit aux ateliers d’écriture « En roue libre »qu’elle suit jusqu’en 2016. Elle participe également aux ateliers d’écriture du Prix du Jeune Écrivain sous la direction de Christiane Baroche. En 2017, elle publiera son premier roman: Shana, fille du ventaux éditions Phénix d’Azur.

Publications :
Le poids de la poussière accumulée (Recueil « Les femmes nous parlent »)
Éditions Phénix d’Azur – septembre 2016 – Recueil de nouvelles

Fers d’encre et de papier‏ (Recueil « Le chant du monde‏ »)
Éditions Rhubarbe – avril 2015 – Recueil de poèmes et de nouvelles

Jeux d’ombres et de lumière (Recueil « Derrière la porte… »)
Opéra Éditions – 14 novembre 2014 – Prix littéraire 2014

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Conte d’aujourd’hui, un texte de Karine St-Gelais

17 avril 2017

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Il était une fois, une jolie adolescente, seule et triste. Elle fait partie de cette génération appelée : les enfants-rois. Elle se retrouve à l’aube de ses 16 ans, enfermée depuis plusieurs jours au sommet d’une sombre tour. Elle y déverse toutes les larmes de son corps. Peut-on mourir de chagrin ? Elle prend des photos avec son nouveau téléphone cellulaire, cadeau de sa belle-mère, pas si méchante que ça après tout ! Une moue par ici, un demi-sourire par là. Des lèvres généreuses et un décolleté plongeant font la une de sa page Facebook. Anne console Laurie, qui pleure sa vie, laissant son mascara créer des ombres sous ses beaux yeux bleus. Elles conversent en silence jusqu’au coucher du soleil. Seuls leurs petits doigts s’animent dans les rayons orangés par-delà la grande fenêtre.
Anne, sa meilleure amie, l’envie. Elle envie ses beaux cheveux longs et ses yeux de biche. Elle aimerait dormir cent ans comme la Belle au Bois dormant. Elle aimerait bien se piquer le doigt et s’évanouir pour oublier ses broches et sa peau marquée par l’acné. Elle aimerait attirer l’attention de Vincent, un garçon de sa classe. Mais elle désespère, car ce serait aux yeux des autres « Le Beau et la Bête », et ça n’arrivera jamais, se dit-elle. Sa marraine n’est pas une fée et elle ne se transformera pas en beauté, même s’il finit par l’aimer. Son visage ressemblera toujours à une citrouille, vu sa rondeur et ses taches de rousseur. Anne sombre avec Laurie dans sa tour noire. Ensemble, elles affrontent le monde virtuel des adolescents d’aujourd’hui. Toutes deux captivées par un écran pas plus gros que nos anciennes calculatrices.

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Durant ce temps, Sarah, la petite sœur de Laurie les regarde, émerveillée. Elle a hâte de grandir et de pouvoir enfin se maquiller. « Tasse-toi le petit nain », lui disent sa sœur et ses amis à longueur de journée. Elle retourne alors à ses poupées aux longues jambes et yeux démesurés. Faux cils et talons hauts paradent dans ses histoires, comme ceux des deux amies qui sortent finalement de leur torpeur. Elles partent toutes pomponnées à leur petite soirée. Les parents espèrent qu’elles rentreront à l’heure de Cendrillon.
Il y a aussi leur voisine, Véronique, dont les nattes dépassent ses épaules frêles. Elle rêvasse du haut son balcon. Elle est timide et attend que quelqu’un grimpe la rejoindre. Elle voit les filles, soignées jusqu’au bout des ongles, sortir de la maison de Laurie. Si elle le pouvait, elle leur lancerait des pommes empoisonnées par jalousie. « Ou allez-vous les filles ? » demande-t-elle par texto. « Chez Joe », répond Laurie sèchement, sans émoticons et sans rire, elle n’a pas le temps. Véro oublie de leur dire qu’elle aurait aimé les accompagner. Trop tard. Elle continue de tresser ses nattes blondes dans le silence de la soirée qui s’avance. Elle aussi s’est forgé une belle grande forteresse d’ivoire, loin et à l’abri de tout.
Mais où sont passés nos beaux contes de fées, ceux qui nous faisaient rêver ? Où sont passés les contacts humains et les conversations pleines d’émotion qui accompagnaient nos fous rires avec passion ? Où sont passés les gentils ogres qui hantaient nos nuits ? Ils ont maintenant plus de quarante ans et surfent sur le net à la recherche de chaire jeune et fraiche. On dit que chaque génération à son lot, mais celle-ci n’a-t-elle pas perdu plus qu’une chaussure de verre en chemin ? Où est la magie, que deviennent les hasards et la folie de ce que devraient être les premières fois ? Maintenant, le quotidien se vit sur un mur blanc et froid. Des graffitis d’émotions qui défilent chaque seconde comme de grands journaux intimes ouverts au public.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecIl y a aussi Nathan, le grand frère de Véro. Sur lui règne l’anarchie, des dessins sinistres ornent son corps. Il est fan de ces chanteurs qui parlent de honte et de peur, d’argent et d’honneur. Une magie noire a emprunté ses yeux. Il à peine à se lever les matins de semaine. Il crache à sa mère sa soif de liberté et sa haine. Il n’aime pas ses cours et ne pense qu’à la déception qu’il inflige jour après jour à ceux qu’il aime. Il texte Laurie : « Je suis désolé ! » Il sait qu’il lui a fait de la peine, qu’il lui a volé une partie de son innocence en publiant des photos compromettantes à son sujet. Lui et Vincent ont beaucoup ri d’Anne aussi au cours de l’année scolaire. Elle en souffre, mais, selon eux, elle n’est qu’une gosse de riches et elle s’en remettra ! Mais depuis quand l’argent atténue-t-il la douleur d’une âme écorchée vive ? Les belles histoires d’amours d’aujourd’hui se textent et se partagent, se likent ou se ridiculisent sans fin. Des amitiés se forment ou se détruisent sous les douze coups de minuits des statuts écrits sur le vif, chaque heure qui passe. Les lendemains peuvent être regrettables. Ce n’est point différent d’antan, vous me direz. Pourtant la douleur de vivre semble plus criante que jamais. Un mauvais sort s’est jeté sur cette littérature contemporaine qui nous interprète des morceaux de réalités en solo tout simplement délicieux. Que ce soit en noir, ou en blanc, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… »

Notice biographique

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous aimons ses textes pleins de fraîcheurchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon

blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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Lettre à Éléonore, un texte de Luc Lavoie…

16 avril 2017

Lettre à Éléonore

 

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Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818, Caspar David Friedrich,

Je me rappelle qu’au coucher du jour je voyais ta chevelure se soulever au Suroît. Prémisse à une languissante liturgie issue du lointain. Tête de blonds herbages aux fleurs entrelacées. Minces filaments enracinés en droites ou en courbes lignes, bercées par les derniers murmures de ces vieilles granges qui s’affaissaient là, à l’abandon. Ces bâtiments vétustes. Vestiges d’un autre temps. Constructions uniques ; symboles de la détermination et de l’attachement que les colons avaient voués à cette terre, autrefois rude et rocailleuse.

Les loups auraient beau hurler à la pleine lune. L’aigle, poursuivre son interminable vol plané. Ces fresques singulières meubleraient encore les catacombes de ma mémoire. À demi éventrées. À la merci du temps et des légendes. En porte à faux sur l’horizon. Déchirées par le poids des saisons. Pareilles à ces antiques berceuses de bois sculptées à bout de bras. À bras le corps. Au corps et à l’âme des ancêtres. Reliques du temps où notre pays était encore en friche. Encore en guerre.

Dans mes souvenirs, sur ton visage de clairs-obscurs inhabituels, je discernais encore cette persévérance, cette toute petite lumière qui permettait au genre humain de ne jamais vraiment mourir… Et je la suivais. Debout, à l’ombre du balcon. Elle qui épousait ce ciel d’azur de fines boucles vivantes et qui traçait de vastes vallons sur ces terres vagues et sans fin. Avec le crayon, sur le papier-parchemin, je traçais la courbe des mots semblables à celles de tes cheveux. Territoires sauvages qui s’avançaient vers le Nord. Le Nord ; ce continent couvert de froid et d’immensité.

Au faîte du toit, les étoiles filantes brillaient. La girouette pointait droit vers le vaste monde. Porté par l’air, soulevé en son courant ; par son souffle infini, je voyageais. J’observais, à travers ses cheveux d’or aux parfums d’érable et de fruits mûrs, les brumes s’échouer sur les coteaux. Curieux filtres en mouvance qui se dispersaient pareils à mes souvenirs aux quatre vents.
Ô, Éléonore, comme je t’avais aimé… au fil des ans.

Ta tendre main blanche dans la mienne à la peau rouge. Aux craquements de nos berceuses à l’unisson. Et ce vent froid, ces bourrasques qui me transperçaient et qui désormais faisaient frissonner mon échine. Qui sculptait déjà, il y a longtemps, la raison et la démence des paysages. Leur progrès ou bien leur déchéance. C’était une eau-de-vie à ma mémoire, mais c’était aussi une intense brûlure à mon cœur.

Ta chevelure hors du monde. Bouclée, sous ton châle de lainage.
Dans les frises des corniches défraîchies, dans les champs au lever du jour, à travers les grandes masses d’oies blanches dans le ciel, je t’observais dans la violence de la lumière. Tes cheveux en mouvement sur les côtes. Je humais l’odeur iodée du varech. Dans ma bouche, le goût salé des algues à marée basse. Le long du large fleuve. Aux cris des dernières sternes en vol. Aux premières neiges. Au rythme lent de l’eau. Oiseau libre. À tout vent. Crinière sauvage qu’on ne pouvait dompter. Tu filais, légitime dans la lande. Au galop. À travers les clairières lumineuses. Ton crin paré d’or. Puis, un jour, comme l’éclair, tu disparus… Entourées de nuées sombres qui s’effilochaient et qui portaient encore ombrage aux hommes aux champs qui récoltaient. Je n’ai pu te retenir. Non ! À la triste chute des ténèbres, j’ai vu venir ma déchéance.

Ensuite, les orages ont déferlé. Les tempêtes m’ont malmené. Le temps a fait son œuvre de destruction. Il a saccagé mon cœur. Mais ta liante litanie en ces lieux étonnants ne cessera de me hanter. Je continuerai d’habiter ces lieux de ma mémoire et de mes mots. J’en fais le serment. Ainsi, à ton passage, rigolait le ruisseau dans les sous-bois. Et toi, toi qui aimais tant chatouiller aux racines les sureaux longeant les berges jonchées de rapides de tes pieds nus, tu en redemandais. Comme nous riions. Et moi, je buvais à ta pureté. Les chants d’oiseaux et les animaux n’avaient que peu ou plus aucun attrait pour moi. Tes caresses irisées et doucereuses frôlaient mes joues, pareilles aux lichens en longs cheveux d’ange au fond des forêts de fougères fournies et de feuilles folles dans les tourbillons de l’été. Dans les lueurs vibrantes, dans les branchages agités, ma main lourde et loquace plongeait encore ses doigts en la profondeur de ta toison d’or. Pour atteindre enfin l’aveuglement de ton soleil.
Mais qu’avais-je fait pour te perdre, Éléonore ?

Que donnerais-je encore, ô, Dieu, sinon mon âme, pour te retrouver et toucher une fois de plus ta chair.
Mon Éléonore…

Hélas ! Je restais seul. Seul avec ces tristes et uniques objets. Une vieille photographie jaunie ; image refroidie et malmenée par le temps. Une pâle reproduction sans toutes ces couleurs vives qui avaient un jour illuminé ma vie. Avec ces deux vieilles chaises berceuses défraîchies, là, immobiles. Puis cette lettre… Éléonore.

Ces mots. Ces quelques mots que je n’ai jamais pu te faire parvenir.

© Tout droit réservé
Luc Lavoie, 2014

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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