Il y a ceux qui enchaînent les rencontres…, un texte de Myriam Ould-Hamouda

14 mars 2017

Il y a ceux qui enchaînent les rencontres…

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Erika Marozsán, Gloomy Sunday

Il y a ceux qui enchaînent les rencontres, ils collectionnent des regards des sourires et des culs qui prennent la poussière au milieu des cartes postales des coquillages et des fioles de sable ; et puis il y a ceux qui crèvent de trouille juste en croisant leur propre ombre, le rebord de leur cheminée n’est pas encombré, mais dedans un feu brûle et les murs de leur maison tremblent souvent.
Nous nous trouvions bien nigauds à ne pas savoir nous regarder dans les yeux, mais en fuyant notre regard tombait toujours sur un spectacle plus terrible encore : celui d’hommes et de femmes qui n’avaient plus peur de se rencontrer. Comme ils avaient oublié à quel point une rencontre peut changer une vie ; comme ils ne lui en laissaient d’ailleurs plus ni la place ni le temps dans leurs plannings surchargés. Et les hommes serraient des paluches sans jamais avoir le cœur qui se serre, lui, à chaque fois que l’autre mimine détalait comme un lapin. Et les femmes tendaient à chaque fois l’autre joue, malgré la barbe qui pique malgré la bave qui coule ou la mâchoire qui craque. Et les hommes et les femmes entassaient des noms et des numéros dans leur large agenda au milieu d’autres noms, d’autres numéros dont ils avaient déjà oublié les sinuosités des visages, ils notaient avec soin des lieux des horaires, des rendez-vous sans que jamais leurs doigts ne tremblent ne serait-ce qu’un peu. Avec l’assurance de ceux qui ont refusé que demain soit un autre jour, avec la grisaille de leurs petits matins qui se suivent et se ressemblent toujours, avec leur jus d’orange frais leur café noir bien serré et leurs tartines qui ne tombent jamais, même du bon côté. Comme ils avaient oublié à quel point une rencontre peut changer une vie ; comme en fait ils ne voudraient surtout pas qu’elle la change, leur vie bien sympa qui leur convient comme elle est, avec ces deux bras doux qu’ils n’aiment plus vraiment, mais qui pressent le jus d’orange font couler le café et beurrent leurs tartines, avec ces deux bras mous qu’ils détestent souvent, mais qui les consolent parfois de toutes ces autres vies qu’ils auraient pu vivre, de la manière qu’a leur cœur d’avoir un jour cessé de battre.
Ce soir j’ai enchaîné mes peurs aux canalisations de la salle de bain, dans la baignoire l’eau coule à grands flots, elles se tortillent un peu et, moi, je crève de trouille ; comme depuis toi je sais à quel point ma vie peut changer, comme si te prend enfin l’envie de la renverser je ne me débattrai pas. Ce soir, le feu menace de tout dévorer et les murs de s’effondrer, mais je ne partirai pas sans toi.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonoritJés, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le mystère, c’est comme un ballon de baudruche…, un texte de Myriam Ould-Hamouda

28 février 2017

Le mystère, c’est comme un ballon de baudruche…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Le mystère, c’est comme un ballon de baudruche : quand on le perce, il n’en reste plus rien que quelques morceaux de latex baveux par terre. Et ceux qui jouaient avec, en le frottant contre leur pull en laine, pour faire rire l’assemblée quand ensuite ils parvenaient à le coller au plafond ou aux cheveux dressés sur la tête de mémé dont le brushing foutu ne riait pas du tout ; ceux qui le tenaient entre les mains bien haut en se gaussant des mômes de leurs bonds de marsupilamis, mais rigolaient un peu moins fort quand les mômes décidaient finalement de jouer à Tarzan avec leur barbichette ; ceux-là qu’il occupait encore il y a cinq minutes à peine, mais dont les ongles trop longs ont fini par se planter dedans, prennent maintenant un air dégoûté et hésitent à le ramasser avec les doigts. Et, même si toute l’assemblée, qui tout à l’heure s’était vite lassée de ces tours de passe-passe qu’ils lui ont trop faits et qu’ils refont encore et qu’ils refont toujours à chaque anniversaire, à chaque mariage et à chaque enterrement aussi, et qu’à force c’est un peu pénible de faire comme si c’était la première fois ; et même si toute l’assemblée qui tout à l’heure avait quand même pouffé poliment et levé les yeux au ciel, encore une fois, ne les lâche maintenant plus du regard depuis que le bruit du ballon qui a éclaté l’a délogée de ses distractions, à elle. Et même si, comme ces lambeaux gluants les répugnent, ils désignent par réflexe un des mômes du doigt et retournent l’air de rien chercher un autre ballon avec lequel jouer ; et comme il n’y a plus rien à voir, l’assemblée lance pour la forme un regard noir au môme puis hausse les épaules et retourne à ses et bla et bla et blablabla.

Mais de quoi avons-nous l’air, à entretenir nos mystères le temps que nos coups de pinceau sauront sauver les apparences et nos murs qui s’effritent se fissurent et menacent déjà de tomber, le temps que nos bras trop maigres pourront les retenir et épargner les meubles qui prennent la poussière entre eux ? Mais de quoi avons-nous l’air, le menton si haut qu’aucun môme ne saurait l’agripper pour jouer à Tarzan avec, à sillonner les rues d’un monde qui ne nous appartient pas, à dandiner du popotin pour nous faire un peu de place sur des bancs où personne ne nous attend et ne nous en a pas gardée une, du coup. Nous portons tous les mêmes masques blancs que nous repeignons à nos humeurs ou au temps qu’il fait dehors, les mêmes costumes grotesques avec dans les poches tous nos trucs et astuces pour détourner l’attention, le temps que notre nez au milieu de notre figure suffira à faire rire l’assemblée ou qu’au moins elle prendra encore un peu la peine de faire semblant, sous son masque de fortune à elle. Mais qu’elle n’ira pas chercher plus loin. Plus loin que ces costumes parfois trop petits sous lesquels certains mecs étouffent comme ils ont bien grandi depuis, sous lesquels certaines meufs tortillent leurs fesses comme elles adorent la manière qu’ils ont de les mettre en valeur et de faire s’arrêter et se poser dessus d’autres yeux que les leurs. Plus loin que ces costumes souvent trop grands sous lesquels nous nous échinons à cacher nos désirs et nos peurs, mais que les mecs et les meufs que nous sommes ne font rien qu’à se prendre les pieds dans l’ourlet que personne ne fait jamais. Plus loin que ces costumes trop petits qui prêtent souvent à rire.

Et alors, quoi ? Il faut bien changer de chemise et d’avis de temps en temps, quand ça commence à sentir mauvais ou que l’on finit par s’y sentir un peu à l’étroit. Le temps de trouver le costume qui saura enfin nous faire cesser de faire autour de lui tous ces mystères de pacotille.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

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Il y a ceux qui avalent leur prozac… un texte de Myriam Ould-Hamouda

14 février 2017

Il y a ceux qui avalent… alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Il y a ceux qui avalent leur prozac avec le lait de leurs cornflakes au petit déjeuner, ceux qui engloutissent des litres de café pour faire glisser leur plaquette de valium à la pause de midi entre deux rendez-vous, et ceux qui tard la nuit terminent la bouteille de rhum avant la boîte de stilnox – ou l’inverse. Je ne sais pas comment le monde a réussi à nous faire avaler la pilule, mais, depuis qu’elle est passée, absorbée, digérée, nous continuons à gober avec le sourire et un grand verre d’eau, matin midi et soir, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel de nos armoires à pharmacie pleines à craquer, et avec elles les couleuvres qu’il avait planquées au milieu pour faire la blague.
Nous nous prenons pour des surhommes, nos ordonnances entre les doigts, les cachets dans la glotte et l’esprit embrumé, à faire passer comme par magie tous nos bobos d’êtres humains. Et à chaque pilule qui continue de passer sans jamais laisser une égratignure le long de notre trachée, dans notre toute-puissance de demi-dieux, nous noyons sous des litres de flotte la faim, la fièvre, et l’ennui.
Nous nous prenons pour des surhommes ; mais nous ne sommes en vérité que des tyrans, à brandir à notre corps mille et un commandements inventés de toutes pièces. Nous le gavons ou l’affamons selon le temps qu’il fait, celui de pleurer sous un plaid parce qu’un corps qui lui tenait chaud est parti, ou celui de l’exhiber sur la plage sous le nez d’autres corps qui pourraient le consoler un peu. Nous le faisons gonfler, sécher et puis dépérir à notre guise selon l’heure qu’il est, celle de le faire tenir debout, d’avancer à vive allure jusqu’au podium et de sourire à pleines dents sous le feu des projecteurs, même si ce ne sont que des feux de paille et même s’il n’en peut plus aussi, celle de le border sous des draps froids dans un lit un peu trop grand pour lui depuis que le corps qui lui tenait compagnie ne l’occupe plus, depuis qu’à chaque fois que nous l’obligeons à trouver le sommeil malgré lui, il ronfle fort, mais ne rêve plus. Même si ça lui aurait bien plu, pour une fois, de veiller tard et de nous raconter sur le coin de l’oreiller ses histoires de corps qui a mal ou qui prend son pied.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMaman disait « il ne faut pas s’écouter », si elle nous voyait comme elle serait fière de ses grands garçons si baraqués de ses grandes filles si élancées : ça doit faire une éternité que nous n’avons pas pris le temps de l’écouter, notre corps qui avait pourtant bien des choses à nous dire. Notre corps qui sait tellement mieux que nous quand il a soif, faim ou bien la nausée. Et comme nous avons bien l’air malins ce matin, depuis qu’il s’est décidé à gueuler plus fort que nous, que maman et le monde aussi, et que nous n’avons plus rien à lui mettre sous la dent que de la purée fade et des draps trop blancs. Il y a ceux qui écument les magasins de fitness à la recherche d’une pilule miracle pour dompter ce corps qu’ils imaginaient moins sauvage, et celles qui se foutent bien de le voir se déformer à mesure que leur ventre se gonfle et qu’un corps un peu plus petit prend vie dedans. Et que, les mains dessus les yeux fermés et le cœur qui cogne vite et fort, elles attendent les coups en souriant.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

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Pour toutes ces fois où je préfère étouffer dans mes silences…, Myriam Ould-Hamouda

31 janvier 2017

Pour toutes ces fois où je préfère…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Pour toutes ces fois où nous avons préféré tourner le monde en dérision, en nous pensant bien de l’humour et de l’esprit ; alors que nous ne supportions pas l’idée qu’il puisse tourner sans nous. Pour toutes ces fêtes que nous avons refusé de célébrer parce que le calendrier nous disait qu’il était l’heure de faire la fête ; pour tout ce bonheur fragile que nous ne nous sommes pas souhaité, pour tous ces petits cœurs que nous n’avons pas gravés sur un banc et pour tous ces bancs où ne nous sommes pas bécotés, pour tous ces costumes loufoques que nous n’avons pas enfilés et pour tous ces poissons que nous ne nous sommes pas collés dans le dos, pour toutes ces crêpes ces beignets et ces chocolats dont nous ne nous sommes pas empiffrés ; pour toutes ces soirées que nous n’avons pas arrosées, pour toutes ces bouteilles que nous n’avons pas débouchées et pour cette gueule de bois que nous nous tapons malgré tout ce matin, pour tous ces cadeaux que nous ne nous sommes pas faits, pour toutes ces bougies que nous n’avons pas soufflées et pour tout ce que nous avons quand même sacrément vieilli. Pour tout ce temps perdu sur notre petit balcon à regarder le monde tourner et la vie passer, dans une chaise à bascule, une couverture sur les genoux en buvant du café froid. Pour toutes ces fois où nous avons préféré ne plus donner à la vie d’occasions de nous décevoir ; mais que nous nous sommes privés de tout ce qu’elle aurait bien aimé nous surprendre.

Pour toutes ces fois où nous avons préféré cracher dans la soupe, plutôt que de l’avaler à bonnes lampées et à grand bruit pour réchauffer notre cœur que notre manie d’ironiser a changé en glaçon ; pour tous ces feux intérieurs que nous avons éteints de peur qu’ils ne le fassent fondre. Pour toute cette arrogance dont nous nous sommes gonflés en nous pensant plus vivants que la vie elle-même ; alors que nous ne faisions que crever gentiment dans notre petit coin si bien agencé où chaque chose est à sa place où chaque place a son défunt, et qu’aucun d’eux n’en bouge plus. Pour toute cette fatigue qui nous colle aux pattes ce matin sans que nous ne sachions d’où elle vient, les yeux collés à nos écrans. À ne prendre des nouvelles de la mort de l’amour de la vie qu’à travers les journaux télévisés et les réseaux sociaux, plutôt que de prendre notre téléphone, nos baskets ou un avion pour voir comme le monde ne ressemble en rien à ce qu’on nous a dit de lui et comme il tourne bien moins en rond que nous. Pour cet âge d’or que nous pleurons à mesure que notre capacité d’oublier le rend beau, et pour ces lunettes noires que nous chaussons en descendant chercher le pain de peur que le soleil ou un regard nous éblouisse assez pour nous faire perdre notre humour et notre esprit, pour nous faire cesser de tourner le monde en dérision, de le laisser tourner tout seul comme un grand et notre cœur battre un peu trop fort comme un con qui se fout bien d’avoir mal.

Pour toutes ces fois où je préfère étouffer dans mes silences alors que je crève d’envie de te dire des mots, n’importe lesquels, te parler de tout et du reste de mes larmes et de mes éclats de rire, mais surtout de ta foutue manière d’être en vie et de m’émouvoir ainsi. Pour toutes les occasions que je manque de te surprendre à chaque fois que j’ai peur de te décevoir ; pour toutes tes côtes, mes silences et nos railleries que ton cœur ne brisera jamais en pensant un peu trop à moi.

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Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

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Si le ridicule ne tue pas, par Myriam Ould-Hamouda…

17 janvier 2017

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecSi le ridicule…

Si le ridicule ne tue pas, le sérieux a une incroyable collection d’instruments de torture ; et il sait sacrément bien les manier. J’avais perdu ce réflexe un peu bête qu’ont les gens quand ils se rétament au milieu de la rue, de se relever aussi vite qu’ils ont chuté, de jeter un œil autour et de tracer leur route de plus belle. Il n’y avait aucun trou sur le trottoir, personne ne m’avait fait de croche-pied et la terre n’avait même pas tremblé un peu, pourtant je me suis étalée comme mes crêpes sur le carrelage de la cuisine quand, bouffie d’orgueil, je m’obstinais à vouloir les faire sauter.

J’avais perdu ce réflexe un peu bête qu’ont les gens de manger quand il y a des convives autour de la table, quand ils se sentent un peu vides ou qu’ils ont seulement faim. Le monde était bien trop occupé à décoller sa crêpe à lui, à hésiter entre la confiture le nutella et le sirop d’érable et à finalement lever son verre, pour prendre la peine de rire de mon crash burlesque ; le ridicule n’était même pas de la partie, pourtant j’ai eu si peur d’en crever que j’ai cru que l’horizontalité me sauverait, et je ne me suis jamais relevée.

C’est drôle, comme l’oreille collée contre les lames du plancher, les rires des invités se travestissent en requiems ; et comme en fermant les yeux, on est plutôt doués pour se raconter un tas d’histoires, alors que ça fait une éternité que notre regard a perdu la magie qui le faisait briller à l’époque où on savait croire aux « ils vécurent heureux ». À déchirer les entrailles des proverbes, j’avais perdu ce réflexe un peu bête qu’ont les gens de les balancer sur la table entre les bulletins météo, les scoops de la presse à scandale et les blagues carambar, de les y oublier et rentrer chez eux avec sur le visage les sourires qu’ils leur ont arraché, leur dernier souffle bien au chaud.

Il y a des touristes qui visitent le musée de la torture comme ils ont fait le tour des mystères des remparts de Carcassonne et ont encore un peu de temps à tuer ; d’autres qui connaissent par cœur le nom et la notice de chaque instrument pour se les être récités mille et une fois en attendant que la douleur passe. J’avais perdu ce réflexe un peu bête qu’ont les gens d’inspirer, de rire, d’aimer de pleurer et de se mettre en colère.

L’appétit vient en mangeant ; alors, pardonne-moi si, comme tu me proposes de goûter à tes doigts, je t’ai déjà bouffé tout le bras : depuis le temps que je suis à jeun, je crève drôlement la dalle.

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Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

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Ceux qui disent « ça se voit comme un nez au milieu de la figure »…, Myriam Ould-Hamouda

13 décembre 2016

Ceux qui disent « ça se voit comme… »

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 

Ceux qui disent « ça se voit comme un nez au milieu de la figure » n’ont certainement jamais senti les deux yeux tapis juste au-dessus. Il y a ceux dont le pif porte les cicatrices de leurs luttes acharnées, et celles qui savent camoufler avec un peu d’adresse et beaucoup de fond de teint les imperfections qu’une lignée de tarins leur a laissées en héritage. Il y a ceux dont le pif s’atrophie sous les boursouflures que leur soûlographie a laissées sur leur face, comme ils pensaient y éviter les combats de la vie ses coups ses bleus, ses cicatrices, mais n’y sont jamais parvenus ; et celles qui n’ont plus que leurs yeux pour pleurer les dégâts de leur rhinoplastie ratée, comme elles engendreront quand même d’autres petits nez auxquels elles laisseront le soin de porter, un peu mieux qu’elles ces difformités qu’elles n’ont jamais su trouver belles.

Il y a des nez en patate à force de s’écraser contre les portes, d’autres dans lesquels aucun air ne passe plus parce qu’on les a trop pincés. Il y a des nez qui s’allongent à chaque fois que la bouche dessous s’ouvre ; et d’autres qui se retroussent quand le visage qui les porte rit fort ; comme il s’en moque en fait, de son nez, de ce qui pend au bout ou de si, parfois, il ne sait pas voir plus loin ; comme il s’en moque aussi de ceux qui le distinguent, son nez, au milieu de sa figure, mais s’en accommodent si bien qu’ils ne prennent jamais la peine de découvrir toutes les merveilles d’un regard qui a la pudeur de ne pas s’étaler au milieu de la figure.

Mais mon nez qui ne fait rien qu’à se vautrer, j’ai beau l’écraser à longueur de journée sous une paire de lunettes parce que mes yeux sont aussi de gros paresseux : les nez au milieu des figures, je ne les vois jamais. Comme je ne sais pas voir non plus, et ça m’attriste bien plus, ce que tes yeux sont jolis. J’ignore les dimensions les couleurs et les sinuosités du nez parfait ; mais je sais bien que le mien n’a rien du pif idéal : il n’est pas en trompette n’est ni fin ni élégant, il n’a même pas le flair pour essayer de compenser un peu. Et si je louche parfois dessus, en fait je me moque bien de ses difformités et de cette manie qu’il a de les exagérer en s’empourprant quand il a froid, quand il a peur ou quand la moutarde lui monte dedans. J’ignore ce qu’un nez peut être lourd à porter, et, si j’ai souvent la tête qui penche en avant, ce n’est pas la pesanteur qui le force à pointer en direction de mes pieds : c’est que ton regard me fait bien plus d’effet que mille nez refaits ; et que la pudeur ne sait plus comment cacher derrière mes yeux et leurs verres inutiles tout ce que tu les as troublés. Mais que ni mon nez, ni mes yeux, ni ma bouche ne te l’avoueront jamais, qu’ils se planqueront encore et encore sous ces foulards si grands que personne n’a jamais su combien de tours il fallait pour que je m’y enroule, s’il y avait vraiment un cou dessous et si je respirais encore. C’est atroce, tu sais, comme on ne se refait pas et que même les meilleurs chirurgiens du monde n’y pourront jamais rien.

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À farfouiller dans les bottes de foin…, un texte de Myriam Ould-Hamouda

29 novembre 2016

À farfouiller… alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

À farfouiller dans les bottes de foin par crainte qu’une aiguille ne s’y soit faufilée, nous avons oublié comme c’était rigolo de les défaire et de nous rouler dedans. Nous n’avions pas encore atteint l’âge de raison, et pas l’envie non plus de nous mettre sur la pointe des pieds pour le chercher, même si nous savions être de véritables cascadeurs quand il s’agissait de dénicher les tablettes de chocolat planquées toujours au même endroit : sur la dernière étagère du placard de l’entrée. Nous nous disions parfois que les adultes manquaient cruellement d’imagination, et puis nous éclations de rire et retournions vite construire un monde à notre démesure sans jamais nous coller sous les pattes assez de leur fatigue pour avoir envie d’aller nous coucher. Nous adorions grimper sur les bottes de foin même si ça faisait râler le voisin, mais nous nous en moquions bien, comme des aiguilles dedans, comme des trous dans nos pantalons et des accrocs du destin ; nous n’avions pas le goût pour la couture et nous n’écoutions jamais mémère qui s’échinait à nous apprendre à les raccommoder. Nous n’écoutions pas non plus le monde qui pensait nos épaules trop frêles pour porter tout le poids que la vie nous flanquait déjà dessus : nous étions des superhéros et le chocolat chaud et la brioche du goûter suffisaient à combler nos petits creux et à nous donner toujours assez d’énergie pour repartir à l’aventure.

Les adultes trouvaient la vie bien cruelle avec nous, quand c’était eux encore une fois qui manquaient atrocement de poésie quand ils ne saisissaient jamais tout ce qu’il y avait de beau dans nos yeux qui se perdaient parfois dans les nuages pour y chercher celui qui y était soudain parti en voyage. Ils scrutaient nos silences, armés de leur pince à épiler, pour y enlever les morceaux de terreur que nous étions trop occupés pour distinguer : toi tu jouais avec le chat dans le jardin, moi je faisais de la place dans la grange de pépère pour qu’il puisse y mettre un éléphant.

Le temps a filé entre nos doigts de mômes, nous avons grandi et voilà que c’est nous les adultes depuis ce matin. Et si tu savais comme je t’envie de derrière les carreaux sales de la cuisine, à te regarder jouer avec le chat dans le jardin, comme j’ai bien trop peur qu’il ne sorte les griffes pour te rejoindre et jouer avec vous ; mais comme je sais bien aussi que dans la grange même bien rangée il n’y aura jamais assez d’espace pour qu’aucun éléphanteau ne s’y sente jamais bien. C’est fou, tu ne sais pas, comme les morceaux de terreur qu’on ne voyait pas font de bruit dans la solitude. Et pendant que je farfouille dans les bottes de foin par crainte qu’une aiguille ne s’y soit faufilée, toi, tu n’as pas oublié comme c’était rigolo de les défaire ; et comme tu t’éclates à te rouler dedans, moi, je souris encore un peu.

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