Une plage et L’envers de l’endroit… textes de Marc-André Lévesque

18 mai 2017

Une plage…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Une plage — Une plage. De sable blanc. Je marche et les traces que je fais ne sont pas de moi. Étrangement, des fleurs poussent un peu comme dans certains déserts tôt le matin, des gouttelettes d’humidité ont créé une flore si fragile qu’au moindre coup de vent, elles s’envolent. Là, à ce moment précis, il ne vente pas. Je regarde ce décor minimum avec des traces qui ne sont pas les miennes. Je m’y déplace maintenant à quatre pattes. Je cherche une personne qui ne me connaît pas encore alors que je me transforme. Je recule, je me remets debout, mes pieds correspondent aux traces laissées sur la plage. Je me reconnais. J’avance en reculant. J’arrive à la hauteur d’une femme en jupe d’été fleurie. Elle me sourit. Je suis aile. Nous nous envolons pour échapper au recul qui nous entoure, avant que ça devienne une prison hermétique. En bas, les gens ne bougent plus, certains crient : « Qui a-t-il au-delà du moyen-âge ? » Nous ne répondons pas, nous ne savons pas. Leurs gémissements sont intolérables. Nous tentons de les libérer sans jamais y parvenir. Puis, il nous faudra partir, je ne sais où… Au-delà des refus.

L’envers de l’endroit

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecL’envers de l’endroit — Je suis encore aujourd’hui à l’envers de l’endroit. Hier, je marchais sur les plafonds, aujourd’hui, ce sont les murs que je parcours depuis ce matin, avec une belle accalmie sur l’heure du dîner, invité que j’étais par ma fille et sa mère, mon ex. J’ai traîné jusqu’au restaurant mon manque de latitude sans que cela paraisse trop, surtout en évitant de regarder les murs. J’y ai perdu quelque peu d’audition. J’étais si heureux. Quelques heures après, mes sens sont sens dessus dessous et je me balade encore sur les murs avant de tomber sur un livre charmant que j’ai relu : Le joueur d’échecs de Stefán Zweig, il me semble que j’étais couché sur une étagère, mais je peux me tromper. J’ai terminé ma chute dans mon lit avec pour, seul outil, une boîte de papier mouchoir, à moitié pleine. Plus bas, un enfant placotait avec sa mère, il faisait un bruit de mouton, mais je peux me tromper, je n’ai pas les oreilles musicales. J’ai dormi illico sans demander mon reste, je vous écris et je crois que je dors encore, mais je peux me tromper, je crois que je ne suis jamais réveillé depuis ma naissance, qui remonte à loin.

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Né à Saint-Ulric, près de Matane, sur la rive sud du fleuve, j’ai été créé par les images de ce désert d’eau qui change de forme selon les saisons.  Je lancerai bientôt (le 23 novembre) Des mots sur des couleurs, mon premier recueil de récits, en collaboration avec l’artiste peintre Pierre Morin de Varennes qui appartient, tout comme moi, aux paysages de la Matanie, mon pays, mes amours.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dorés, brochets et Jakob Böhme, par Alain Gagnon…

9 octobre 2016

Actuelles et inactuelles

Dorés et brochets. — Ces deux poissons d’eau douce se nourrissent de façon alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québectrès dissemblable. Les dorés sont des chasseurs infatigables, des poursuivants féroces. Aux heures d’alimentation, en bande, ils traquent dans relâche leurs proies : menés, perchaudes… Le brochet est un embusqué, un opportuniste. Dissimulé derrière une souche ou les hautes herbes, il attend ce que le courant entraînera à portée de gueule, pour s’en saisir et s’en nourrir avec le minimum d’efforts.
On retrouve les mêmes attitudes chez les humains. Entre autres, chez les joueurs d’échecs. Les dorés symbolisent ceux qui privilégient les combinaisons savantes, les tactiques ardemment élaborées, analysées. Ils suent. Quant aux brochets, ils jouent la position, la stratégie, se contentant de placer leurs pièces où elles auront le plus d’impact, ils attendent patiemment que l’adversaire fasse une erreur et offre une occasion de gain.
Et chez les écrivains : les écrivains-dorés choisissent leur sujet avec soin, se document, font un plan, polissent et repolissent le style… Alors que les écrivains-brochets attendent que la vie et l’inspiration déclenchent soudain en eux une pulsion irrésistible d’où jaillira un ouvrage de fiction.
Observez bien dans votre quotidien, autour et, sans mal, vous distinguerez, non pas des Pokémons, mais des dorés et des brochets dans tous les métiers, toutes les professions.

Lecture d’un essai sur Jakob  Böhme.* — J’ai toujours admiré ce cordonnier alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecphilosophe ou théosophe – plus poète et mystique que raisonneur.
Pas facile de parler de Dieu, de se l’expliquer et d’être compris. Mes propres insuffisances ou celles de Bœhme ? Ou de l’essayiste ? Et si la réponse était plus simple. Si comme espèce nous ne possédions pas (ou peu) l’équipement mental nécessaire à la métaphysique ? Cela expliquerait la multitude des écoles aux cheminements orbiculaires, qui entretiennent un dialogue de sourds (parfois bruyant) depuis les présocratiques.
Il nous est impossible d’expliquer Dieu, de le circonscrire dans des concepts abstrus. Nous pouvons l’appréhender, admirer son œuvre à travers ses signatures que nous offre nature, tenter de collaborer à ce que nous croyons être les objectifs de l’Esprit en travail dans le temps et l’espace… Mais nous avançons dans un brouillard dense, qui se lèvera peut-être dans le prochain état d’être.
(* Émile Boutroux, Le philosophe allemand, Jakob  Böhme.)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


On parle des « Dames de l’Estuaire »…

1 janvier 2015

Lettres québécoises, printemps 2014

ALAIN GAGNON ***
Les Dames de l’Estuaire, Montréal, Triptyque, 2013, 153 pages, 20 $.

Trois nuances de solitude

Alain Gagnon nous propose ici trois novellas se passant toutes, ou peu s’en faut, dans un Bas-du-Fleuve aux différentes teintes.

La première histoire, « La Toupie », est celle qui m’a le moins intéressé.  Il s’agit du récit improbable d’un dames_couvUkrainien, Andrei, en  quête de solitude.  Comme les protagonistes des novellas suivantes, il est écrivain et cherche un endroit retiré où il pourra écrire.

Son dévolu se porte sur le phare du Haut-fond Prince, connu des gens du lieu sous le nom de la Toupie, à sept kilomètres de Tadoussac.  On le devine psychiquement blessé, on sait qu’il l’est
physiquement, mais on ne saura vraiment pourquoi qu’à la toute fin : les réminiscences et les rêves du protagoniste n’arrivant pas à nous éclairer, c’est une lettre qui viendra expliquer sa quête de rédemption.  « Toutefois, sur cette planète, personne n’a chanté comme les Slaves la qualité rédemptrice de la souffrance. » (p. 46) Il faut croire qu’Alain Gagnon n’est pas slave, parce qu’il ne m’a pas fait adhérer à cette histoire qui m’a semblé s’éparpiller.

La deuxième histoire, par contre, m’a beaucoup plus intéressé, bien qu’il s’agisse d’un récit fantastique.  « La Dame aux Glaïeuls » présente le récit d’un homme, lui aussi écrivain, en quête de solitude et hanté par son passé.  Engagé comme surveillant dans un hôtel abandonné l’hiver, il est aux prises avec ce que plusieurs décrivent comme une sorte de fantôme.  Un personnage secondaire dira au héros de l’histoire: « En tant que psy, je ne devrais pas parler comme ça, mais c’est un endroit qui semble rendre ses gardiens fous. » (p. 75) Il me semble avoir lu ailleurs semblable prémisse, par ailleurs habilement exploitée…  Plus encore que dans les autres histoires, les femmes sont ici particulièrement interchangeables, voire inchangées, le héros butant sans cesse sur des Gladia qui ont un physique et un style vestimentaire
semblables.  Contrairement aux autres histoires, le récit se déroule de manière chronologique, et, contrairement au premier, il happe.

La troisième histoire est d’encore plus haute tenue.  « Le Gambit de la Dame » nous raconte comment un aspirant écrivain, un solitaire, est devenu au fil du temps un tueur à gages doublé d’un bénévole auprès de mourants solitaires.  « On a donné [aux échecs] le nom de Gambit de la Dame à une ouverture fermée des plus anciennes et des plus populaires.  […] C’est en fin de match que cette perverse manœuvrière dévoile soudain l’implacable efficacité de sa machine de guerre. » (p. 107-108) Avec un tel propos placé en prologue, on se doute bien que notre assassin se fera lui-même éliminer à la fin du récit, par le fait d’une femme, mais ça n’enlève rien au bonheur de lecture, bien au contraire.

Chacun des trois récits repose sur un travail de recherche manifeste qui s’insère bien dans les histoires.  Qui, sur le phare susmentionné ; qui, sur la légende canadienne décrite par l’abbé Casgrain et qui, sur les échecs.  Une plume à (re) découvrir.

Lettres québécoises, PRINTEMPS 2014


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