Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

22 novembre 2014

S’abîmer…

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Il y a toujours quelque subtilité dans le décrochage du monde. Cela ne tient à rien, à un fil peut-être, à une infime seconde, juste une sorte de gouffre au bord duquel flâne, l’air de rien, ce qui fait notre humanité. On sait bien que le gouffre résume tous les dangers. On sait que, normalement, notre constitution nous empêchera d’y sombrer. Les yeux regardent, plongent, le corps reste en retrait. On s’éloigne de quelques pas. On y revient, fatalement attiré, tiraillé entre un désir morbide de découvrir ces mondes inquiétants et un instinct de survie qui a jusqu’à présent bien réussi à l’homme. L’esprit divisé en deux parties égales, ce qu’on nomme libre arbitre se tient tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, toujours en équilibre au-dessus du vide. Puis on emprunte le fil, timidement, au-dessus de la plaie béante du monde.

Un pied. Puis l’autre. Parfois les yeux fermés, on joue à se faire peur. Parfois les yeux ouverts, le paysage en dessous de nous se révèle à la fois terrible et passionnant. Un pied. Puis l’autre. Rester sur le fil. Funambulisme inné. L’homme se tient droit, ses idées bien ancrées, son instinct de survie comme un balancier au bout de ses mains. Étrange agilité. Un pied. Puis l’autre. Les yeux au ciel, rassurant. Les yeux vers l’abîme, redoutable. Ne plus savoir lequel, du ciel ou de l’enfer, sera le plus à même de satisfaire nos désirs les plus fous. Rêver de prendre son envol. Rêver aussi de choir, comme un certain ange qui eut la prétention d’être Dieu.

Sur cet état d’équilibre précaire, différents souffles s’agitent, comme des inclinations, des choses qu’on a dans les tripes ou que le monde a cru bon de nous offrir. Des choses laides. Inhumaines peut-être. Innées ou acquises. Des choses qui font basculer les vies, des animaux facétieux qui s’enroulent à nos pieds et cherchent à nous faire tomber – par jeu, malice simple. Alors le pied les écrase ou les écarte d’un coup sec, répondant à une volonté solide de rester sur le fil, de résister au vide. Parfois, les bêtes s’accrochent. Les pieds s’agitent, on insulte les bêtes, on leur crache dessus, elles s’agrippent de plus belle à nos chevilles, trop faibles attaches. Elles s’enroulent. Les bêtes mordent même. Griffent. Lacèrent l’entendement. Le mastiquent et le broient jusqu’à nous faire devenir, nous-mêmes, bêtes. Chimères qui se croient ailées. Ce qu’on nomme humanité nous quitte et, quelque part, cela donne l’impression d’être drôlement, follement léger. Nos ailes imaginaires se déploient, rassurantes, et on choisit la chute. On choisit le mystère des gouffres. On fonce dans l’enfer en croyant que cela ressemble à un salut.

La suite n’est que folie.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

20 novembre 2014

Mortecouille !

Gent Chat,

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieNous sommes en l’an de grâce 2014 et pourtant ça puire* ! J’ai peur pour ma géniture. Mes fillots sont en train de grandir, persuadés qu’ils ne valent pas un sesterce, qu’ils seront incapables d’amour courtois et prêts aux plus basses félonies pour battre le velours*.

S’il est de bon aloi de confronter le vil couillu qui force le chemin des rondes, celui qui pénètre sans vergogne leurs meurtrières pour y déverser l’huile de ses reins, peste soit de cette croisade peu orthodoxe qui a encouragé dernièrement cette dérive de dénonciations et qui catapulte sur tous les fronts une image bien fourbe de l’homme !

Mortecouille ! Voilà qu’au lieu de rimer avec ripaille, le sexe se décline tout en peur, en violence et en contrainte. J’en suis toute déconfite, gent Chat. On veut nous faire croire que la majorité des Sarrasins sont terroristes, que la majorité des blondes sont nigaudes, que la majorité des curés sont pédophiles et, le jourd’hui, que la majorité des hommes sont de rustauds fornicateurs. Corne de bouc, serait-on encore au Moyen-âge ? Attention, je n’excuse point ces gredins qui esforcent les jouvencelles sans défense et je sais fort bien qu’ici, ailleurs et en tout temps, le blason de moultes femmes a été profané. Ces pendards sont trop nombreux et ils méritent châtiment. Ce que je déplore céans, c’est cet acharnement à chercher des noises à tous les membrus, ce sont ces condamnations anonymes sans aucune forme de procès.

Je suis mère et si l’on touchait à un cheveu de mes fillots, oyez-le bien gent Chat, j’appliquerais sans respit la loi du Talion. J’occirais ! Et pourtant, je suis contre la peine de mort. Qu’y a-t-il de bon à faire justice soi-même ? Comment l’harmonie peut-elle naître d’un processus violent, d’une joute de masse aussi instinctive, qui plus est sur les médias sociaux ? Faut-il être à ce point radical pour faire changer les choses ? Je conçois bien que ce soit libérateur, mais n’est-ce pas également emprunter la voie de toutes les débandades ?

À chacun son pays de Cocagne, à chacun son royaume. Je ne serai jamais mâle et vous ne serez jamais chatte. Par contre, nous sommes tous deux des êtres de pouvoir, et ce parfois indépendamment de notre sexe, de notre âge et de nos conditions socioprofessionnelles. Un troubadour sachant manier la langue peut enivrer une reine. Un royaume scellant de bonnes alliances aura plus de prestige. Je détiens une information que vous n’avez pas et j’ai de l’ascendant sur vous. L’homme que vous êtes m’attire et vous avez du pouvoir sur moi. Qu’y a-t-il de pathologique dans tout cela ? La déviance se tient uniquement dans l’abus de ce pouvoir.

Tout comme l’homme peut abuser de sa force, la femme peut abuser de sa faiblesse. Toutes les damoiselles qui se promènent le corset délacé et la cotte au ras du fessard ne sont pas volontairement sexuellement provocantes. Je me desnude moi-même l’été ou après les vêpres sans penser à mal. Reconnaître que certaines sont dévergoigneuses* n’impliquent pas que toutes le sont. De même que certains damoiseaux guignant ces tétins offerts ne sont pas abuseurs pour autant.

On dit des hommes qu’ils sont vassaux de leur guilleri*, mais je connais quelques coureuses de rempart, des sans-culottes peu farouches qui savent faire la révolution et qui grimpent la contrescarpe sociale, de prise de Bastille en prise de Bastille, sans faire de sentiments. Vous me direz alors que le chevauché était sans doute consentant. Je connais aussi des gentilshommes qu’une donzelle aigrie a salis de ses balivernes et qui, après avoir été innocentés, ne s’en sont jamais remis. Certes, ils se promènent sans crainte qu’on leur force la citadelle, mais les soupçons qui pèsent désormais sur leur pont-levis les empêchent de redresser la tête.

Je suis contre toute forme d’abus. Voilà pourquoi je juge peu orthodoxe cette croisade chat qui louche maykan alain gagnon francophonieféminine de délation en masse.

Nous sommes en l’an de grâce 2014 et mes fillots deviennent des hommes forts. Ils seront bons comme la majorité des hommes, parce qu’il est des mères qui enseignent le respect et qui savent, par amour, imposer des limites. Il est là mon pouvoir de femme, mon pouvoir de mère. Est-ce en abuser que de faire montre d’un peu d’autorité ?

Que trépasse si je faiblis.

Sophie

*Ça puire ! : Ça pue !

*Battre le velours : Faire l’amour.

*Dévergoigneuse : Dévergondée, sans gêne.

*Guilleri : Pénis.

   Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le ruban de la Louve, un conte d’Alain Gagnon…

19 novembre 2014

Le ruban de la Louve

 « C’est un val maudit », m’a annoncé sans ambages la vieille dame au dépanneur du rang Jaune.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Elle n’a rien à m’apprendre sur les superstitions et le folklore du terroir : je suis né et j’ai grandi dans ce pays avant de m’expatrier. Et j’y reviens en ce tard octobre, comme un saumon remonte à l’endroit de son fraie pour y mourir.

Je connaissais déjà ce chalet agrippé à une colline glaiseuse de la Louve. J’ai travaillé à l’agrandir à la fin de mon adolescence – le père d’un de mes amis l’avait acheté. Une cambuse à l’époque, bâtie pièce sur pièce – probablement construite comme abri temporaire au temps où la Hudson Bay défendait de labourer et de semer. Nous y avons ajouté une aile pour y découper deux chambres. Une construction simple, mais robuste.

L’endroit avait mauvaise réputation. Le cultivateur qui avait vendu le lopin de terre répétait : « Je suis bien content de m’en débarrasser. Je n’y aurais jamais labouré après la brunante… » Le Village volant, ce village maudit et béni à la fois, s’y serait arrêté plus souvent que partout ailleurs. Les premiers coureurs des bois, ceux de la traite des fourrures, n’auraient jamais pagayé de nuit sur cette section de la Louve, pourtant paisible. Ce sont du moins les histoires qu’on se racontait l’hiver, au fond des rangs perdus, autour des poêles qui ronronnaient.

Le père de Roland ne s’intéressait pas à toutes ces légendes. Il était entrepreneur en construction et patroneux duplessiste – ce qui ne l’inclinait pas à porter foi aux histoires de bonne femme. Il voulait un coin bien à lui, le long de cette rivière tranquille, pour y boire et y jouer aux cartes avec ses copains ; y taquiner la ouananiche et le doré ; et y ancrer en toute sécurité le premier Chris-craft de la région. Il allait y mourir, toutefois. Du cœur. Un matin d’août, on allait le retrouver raide dans son lit. Mais il faut bien mourir quelque part, le long de la Louve, à Québec ou à Tombouctou. Ça ne signifie rien.

Sur la tablette, près de la porte, les fioles plastifiées des médicaments multicolores montent la garde.

« C’est quoi que t’as au juste ? » m’a demandé Simon Courchesne. Il est aujourd’hui un des rares taxis de Saint-Euxème. Nous ne nous sommes pas vus depuis un siècle. Mais, jeunots, nous avons couru les champs et les boisés ensemble. Je ne lui ai pas répondu. Le mal reste le mal. Les malheurs inéluctables portent mille masques, ont mille visages. À quoi servent les mots longs comme le bras ?

Tout de même, j’espère qu’il reviendra pour une petite jase de temps à autre. (En fait, nous avons jasé amicalement, à ce qu’il me semble, mais c’est curieux : après avoir traversé le pont de la Louve, je ne me souviens plus de rien. Mon dernier souvenir, c’est la propriétaire du dépanneur qui me prévenait contre cet endroit.)

Seize heures. La nuit accourt des montagnes. La Louve coule, lente, vers la Calouna. Pas très large, cette rivière. Une dizaine de mètres. Mais assez profonde. Et giboyeuse. Des calibres douze éclatent et tonnent à intervalles irréguliers. Deux garrots à l’œil or strient la surface mate de sillons triangulaires. Dans la boue du rivage, un chevalier solitaire patauge et fouille la vase de son long bec. Un bihoreau violet passe, pattes jaunes et inutiles à la traîne sous son corps trapu.

Un vent léger, un suroît. Les saules de la rive d’en face balaient l’eau des quelques feuilles racornies que leurs branches portent encore. Les vaguelettes clapotent contre les madriers du ponton. Puis le vent cesse.

La nuit étend son règne.

À peine si je distingue les écores de l’autre rive. Un colvert cancane, mais n’obtient aucune réponse. Un renard glapit dans les collines, vers l’arrière. Tous ont un rôle. Le mien s’achève. Terminer dans la dignité de ce qui vit et remercie de vivre en défendant sa vie à griffes et à crocs. Malheur à moi, mon ennemi est de l’intérieur. Garder tête haute. Le sort ne me verra pas baisser menton.

Relire Faire un feu de Jack London. Faire un feu pour tantôt me nourrir, bien sûr. Pour combattre l’humidité et le froid aussi. Et, surtout, pour me rassurer, entendre le crépitement de ses langues rouges et dansantes ; pour que les carreaux se couvrent de buée contre la nuit et que ma peau redevienne moite d’un juillet qu’auront conservé les bonnes bûches de résineux et de feuillus.

L’obscurité me force à la recréation. Yeux rivés à la fenêtre, je ne peux me détacher de ce paysage qui n’existe plus que pour la mémoire et par l’imaginaire. Des aires nouvelles et vierges s’ouvrent dans la nuit brune, des nœuds de l’espace et du temps qui se superposeront à ce qu’embrassera mon regard aux aurores – plus réels peut-être que cette rivière et ces arbres que redessinera mon regard au matin.

Un hors-bord. Des chasseurs. Un bruit strident dans la nuit. Le silence, on peut le déchirer parce qu’il existe : il possède une texture, une densité… Et une couleur. Au fond de ce val, il bruit, et ses couleurs varient du mat au moiré qui chatoie. Il est plein, comme l’obscurité est pleine.

Je me verse un whisky et songe à sortir mon PC portable pour y trahir ces réflexions en notes à utiliser. Mais quand ? Pour quel ouvrage ? Il n’y en aura pas d’autres.

J’ai faim.

Je sors démarrer la génératrice. Elle ronronne comme Mog. Ce matou paillard et bagarreur que j’ai, à regret, abandonné en ville. Un hibou ulule, des ailes duveteuses chuchotent et frôlent le toit que recouvrent les mousses.

Les fèves chauffent sur le rond.

Le courant de la génératrice ne convient pas à mon ordinateur. J’écrirai jusqu’à ce que mes piles se vident de leur énergie. Par la suite, revenir au stylo ? Pourquoi pas ? L’odeur du papier et la musique de la pointe qui gratte les grains et les sens me manquent.

Et on gratte à ma porte. Je n’ai pas de chien pourtant. Des branches contre la toiture peut-être ? Le vent chasse les nuages devant une lune qui révèle l’argent de la Louve. La rivière se faufile dans l’ombre.

On gratte à nouveau. On s’appuie et on geint.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJ’ouvre. Une silhouette déboule littéralement sur moi. Je la soulève. Ses cheveux sombres traînent par terre. Je l’étends sur le lit. Ses vêtements dégoulinent. Elle ouvre les paupières. Des pupilles gris pâle, qui se démarquent à peine du blanc de l’œil. Une odeur de boue, de marais stagnants, emplit la pièce. Des foins d’eau et des joncs jaunis s’accrochent à son jean et à son pull noir.

— D’où vous venez ?

Elle cherche, semble faire un effort pour se rappeler.

— Ne vous fatiguez pas. Vous me répondrez quand vous vous sentirez mieux.

— Je viens de l’autre côté, murmure-t-elle. De l’autre rive.

Puis elle se crispe, affolée :

— C’est quoi, mon nom ?

Sans me laisser le temps de répondre, elle reprend :

— Il y a eu comme une explosion, une chute dans la nuit. Des cris, l’obscurité, l’impression de flotter. Je me suis retrouvée marchant à travers un marécage. Tout autour, des milliers d’oiseaux. Je ne les voyais pas, mais je les entendais. Je suis arrivée à cette rivière et j’ai vu votre cheminée qui fumait. J’ai traversé.

— Vous avez traversé à la nage ? L’eau est plutôt froide en octobre.

— Je n’ai rien senti.

— Il faut vous conduire à l’urgence. Moi, je n’ai pas d’auto. Le cultivateur qui me loue ce chalet habite à moins d’un kilomètre. Je vais m’y rendre et revenir vous chercher.

— Inutile. Je n’ai besoin d’aucun soin. Croyez-moi. Ne me laissez pas seule. Si vous saviez…

— Si je savais quoi ?

— Si seulement je me souvenais de mon nom, on pourrait parler. Vous comprenez ? Mais je ne me souviens même pas de mon nom.

Elle ferme les yeux. Ses propos sont décousus, mais si elle s’est égarée, si elle a paniqué jusqu’à traverser ce cours d’eau à la nage, on peut le comprendre. Son pouls pulse à quatre-vingt-quatre ; pas si mal. Aucune plaie ni fracture apparentes. Aussi bien la laisser dormir.

Et si jamais elle succombait subitement ? Non-assistance à personne en danger ! Une poursuite au criminel – et peut-être au civil en plus. Dans ma situation, quelle importance ?

Elle repose. Son souffle est régulier. Dans son poing gauche, un ruban mauve. Un autre enserre ses cheveux.

J’attiserai le feu et dormirai sur le vieux sofa. Au matin, on avisera.

***

Au matin, elle a disparu : elle n’est plus là. Un ruban mauve traîne sur le plancher. De la boue et des herbes séchées maculent le lit, mais elle n’est plus là.

Je fourre le ruban dans ma poche et je décide de descendre en ville. La météo est magnifique et, par mes raccourcis d’enfance à travers bois, à peine trois kilomètres de marche.

J’aime l’automne, sa nostalgie, ses soirs hâtifs et cette odeur des sous-bois où s’épanouissent les champignons – ces parfums terreux et musqués que certains vins portugais réussissent à rendre si bien.

Il est encore tôt. La rue principale est à peu près déserte.

Je passe devant le salon funéraire de Pierre Lalier. Par la porte ouverte, je l’aperçois. En compagnie de son épouse Charlène, il époussette les nombreuses babioles rattachées à la mort. Nous nous connaissons depuis l’école primaire. Je décide d’entrer et de discuter avec lui de mes derniers arrangements. En m’apercevant, il tombe à la renverse, en convulsions. Charlène reste figée, balai en main. Dans ses yeux, je peux lire la plus réelle des épouvantes. La maladie ne m’a tout de même pas changé à ce point !

— T’es en bas. T’es dans le frigo, mon vieux. Dans le tiroir ! Tu ne peux pas être ici ! balbutie Lalier en se relevant.

Il souffle péniblement.

— T’es-tu soûlé cette nuit, Pierre ?

— T’es mort, reprend Charlène d’une voix qui tremblote. Je t’ai fermé les yeux moi-même quand ils t’ont amené ici.

— Non, mais vous me connaissez ! Vous riez de moi ? Êtes-vous fous ? Ou voulez-vous me rendre fou ?

— Ils t’ont ramené hier soir. Ils t’ont sorti de l’eau. Le taxi de Simon Courchesne a sauté le parapet du pont. Vous vous êtes noyés, tous les deux, dans la Louve. Vous êtes tous les deux en bas, insiste Charlène.

— C’est quoi qu’on t’a fait pour que tu reviennes nous hanter ? On a toujours été corrects avec toi, continue-t-elle.

Lalier scrute la rue principale. Les commerces ouvrent. Des passants commencent à circuler. Lalier va sortir et se mettre à raconter ses inepties à la ronde. Il va se mettre à crier, à demander de l’aide.

Je me glisse entre la porte et lui. Les Lalier sont encore plus blêmes – si la chose est possible.

Charlène, qui a lu des ouvrages sur l’après-vie et les hantises, a un éclair de génie.

— Il ne sait pas qu’il est mort ! Faut lui expliquer, faut lui prouver.

Suis-moi, m’ordonne-t-elle. Suis-moi, mais reste loin derrière ! Approche-moi pas !

Et elle s’engage dans l’escalier qui mène au sous-sol.

Du haut des marches, Pierre nous observe courageusement.

Elle tire un premier tiroir et soulève le drap blanc : Simon Courchesne repose sur le dos, nu comme un ver.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

— Tu le reconnais ? me demande-t-elle.

— Évidemment. Un peu bouffi, mais c’est bien lui.

Elle tire un second tiroir et soulève le suaire tout en me regardant.

C’est à mon tour de défaillir : la fille sans nom y repose. Et, dans sa main gauche, un ruban mauve, identique à celui que j’ai fourré dans ma poche en quittant le chalet.

Pendant que les Lalier hurlent de terreur, je m’enfuis vers les bois et les champs.

Depuis ce jour je me promène, terrorisé et sans âme…

(PS : On peut se procurer le recueil contenant cette nouvelle et plusieurs autres à cette adresse : http://www.amazon.ca/ruban-Louve-Nouvelles-French-ebook/dp/B00JNSNTN0/ref=sr_1_3?s=digital-text&ie=UTF8&qid=1416412789&sr=1-3&keywords=alain+gagnon)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

18 novembre 2014

 Nœuds intimes           

Ou la peur du vide, entre deux rives

 Début de soirée, appartement X. Une dépouille git sur le canapé rouge. Pas un bruit.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie C’est le calme qui succède à une journée effrénée. Ou peut-être celui qui précède un orage encore ankylosé…

 Elle se lève péniblement. Se dirige d’un pas lourd vers la salle de bain. Fixe un instant le miroir qui lui fait face, vite détourne le regard. Dégage son visage de son masque fardé. Le plonge entre ses mains mouillées. Puis le relève maladroitement. Et toujours ce miroir qui lui fait face. Ce miroir qui jamais ne la lâche. Ce miroir qui la suit à chacun de ses pas. Elle scrute ce visage qui l’observe odieusement. Ce visage qui lui échappe et qui l’effraie aujourd’hui. Ce visage qui ne lui appartient pas.

 Une larme a coulé. Son pas s’est pressé. Son corps échoué sur cet encore canapé rouge. À travers la fenêtre embuée, le ciel qui s’assombrit semble annoncer le départ du soleil pour d’autres horizons. Un oiseau tombe à terre. Mais, à cet instant, tout cela lui échappe. Elle ne voit plus, n’entend plus, ne sent plus. Elle est partie, ailleurs. Douloureux voyage intérieur. Et son enveloppe corporelle n’est plus qu’œuvre fade fondue en ce canapé rouge. Comme chaque soir, une dépouille ici git.

 C’est un brouhaha inaudible qui écorche ses tympans. Une fourmilière qui grouille dans sa boîte crânienne. Un feu féroce qui la consume de l’intérieur. C’est un cruel poison qui la pénètre par tous les pores. Parce qu’aux fantômes du passé se seront mêlés ces paradoxes qui la broient. Ces pourquoi ces comment auxquels ne subsiste aucun écho. Parce que toutes ces émotions enfouies chaque seconde de cette journée se seront soudain exhibées. Plongée en un mutisme inaccessible, rien de ce chaos n’apparaît. Et si ce que l’on ne peut distinguer n’existait pas en vérité ?

 Et elle, existe-t-elle d’ailleurs ? Qui est-elle dans la réalité ? Quelle est la réalité ? Est-ce ce monde auquel elle s’efforce de s’adapter ? Est-ce ce monde auquel elle tente d’échapper ? On nommera instant Folie – puisqu’il faut nommer – cet instant où plusieurs réalités se confondent sourdement. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds. Elle veut tout, dans l’excès. Qu’importe les paradoxes enfouis, tout lui semble à portée de main, hypersensible assumée. Alors, à nouveau, elle croit en la Vie. Pas celle d’un quotidien insipide, non. La vraie. Celle qui enivre, celle qui fait vibrer. Celle où une passion ardente ne cesse de brûler dans son ventre, la transperce, la transporte en un monde hors de portée. Celle où lucidité peut malgré tout rimer avec légèreté. Elle n’est pas malade, non, elle est juste différente. Ni meilleure ni pire, juste, différente. Mais au premier verre qui grise, succède la bouteille qui brise. Et tout, soudain, lui semble trop abrupt. Hypersensible inadaptée. En un grand écart, elle fléchit. Ses doigts se figent. Ses yeux fixent cette page blanche. Toutes ces pensées effrénées aliénées en un corps à la dérive. Et parce que rien ne saura s’échapper de cette dépouille sclérosée, un tsunami féroce l’emportera, loin, trop loin. Quand un sourire se mêle aux larmes.

 Elle est. N’est plus. Est. N’est plus. Et cette douleur qui s’accentue. Celle que personne ne voit, n’entend. Qui pourtant est. Trop, et plus encore. Parce qu’aucun mot déposé ne sera jamais parvenu à traduire ses maux sauvages. Et si ce sang qui se répand sur le canapé parvenait à faire sortir un peu de cette abjecte douleur ? Et si cette eau de javel savait décaper son intérieur souillé ? Et si ce train, dans un choc, pouvait exhiber son moi défiguré au quidam aveuglé ? La raison s’est éclipsée. Son corps se tord en une douleur infinie. Demain ne sera qu’en ses bras. Ou ne sera pas.

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieParce que cette seule envie qui subsiste, celle d’en crever, est dépossédée par sa seule pensée. Parce qu’à travers son regard, la peur de ce vide n’est plus. Parce qu’il incarne tout ce à quoi elle ne croyait plus. Sa vue se brouille. Un orage éclate. La terre tremble. Le trou noir. Elle se relève. Derrière la fenêtre, les lampadaires déshumanisés ont évincé l’éclat de cette lune oubliée. Son regard se pose sur ce canapé qui lui semble plus rouge que jamais. Rouge sanglant. Elle tend sa main gauche vers son sac à main. Ouvre la fermeture éclaire. Attrape hâtivement un Lysanxia. Demain, tout ça appartiendra au passé. Ses paupières se baissent. Le canapé rouge n’est déjà plus.

Bip-bip, bip. Petit matin, 7h15, heure d’été. Sur le canapé rouge, une dépouille git. Elle ouvre un œil. Puis le second. Se lève péniblement. Se dirige d’un pas lourd vers la salle de bain. Fixe un instant le miroir qui lui fait face, vite détourne le regard. Travestit son visage pour cette nouvelle journée. Toujours ce miroir. Une larme s’échappe. Rimmel coulé. Elle s’élance en ce quotidien digéré.

Même joueur joue encore.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

16 novembre 2014

Un poisson dans le percolateur

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L’une des activités qui m’ont le plus occupé au cours des dernières semaines fut le visionnement de la série Twin Peaks.

Bien entendu, l’amateur de « pop culture » et fanatique de télévision que je suis l’avait déjà vue, plusieurs fois d’ailleurs. Mais l’annonce récente faite par le réalisateur David Lynch et son collaborateur Mark Frost à propos d’une troisième saison, qui sera diffusée aux États-Unis en 2016, m’a offert une excuse pour sortir mon coffret DVD à nouveau et, du coup, initier ma copine à ce chef-d’œuvre télévisuel.

Car quoi qu’on en dise, malgré ses nombreux défauts et problèmes encourus lors de la diffusion initiale sur le réseau ABC en 1990 et 1991, Twin Peaks a marqué plus d’une génération au cours des 25 dernières années, et ce, de bien des façons. La série a pavé la voie à d’autres œuvres télévisuelles atypiques qui n’auraient probablement jamais vu le jour sans elle. En effet, les X-Files, Lost, et Breaking Bad de ce monde ne seraient pas tout à fait ce qu’elles sont sans l’influence de l’œuvre de Lynch et Frost.

Rappelons pour les non-initiés ce que raconte Twin Peaks. Wikipedia offre ce résumé : « Dans la ville imaginaire de Twin Peaks, située dans le nord-ouest de l’État de Washington, le cadavre de Laura Palmer, une jolie lycéenne connue et aimée de tous, est retrouvé emballé dans un sac en plastique sur la berge d’une rivière. L’agent spécial du FBIDale Cooper, est désigné pour mener l’enquête. Il découvre alors que Laura Palmer n’était pas celle que l’on croyait et que de nombreux habitants de la ville ont quelque chose à cacher. »

De très nombreux éléments font en sorte que Twin Peaks fascine et séduit autant le public depuis toutes ces années. Si j’y retourne régulièrement, c’est entre autres dû à la performance magistrale de Kyle MacLachlan dans le rôle de l’agent Cooper, le rôle de sa vie. Élégant, honnête, doté d’une capacité presque enfantine de fascination au contact de choses simples, tels un café ou un paysage enchanteur, ce personnage est à la fois charmant et intrigant.

Au-delà de ça, l’un des aspects de la série que j’affectionne le plus est sa musique. Composée par Angelo Badalamenti (qui a travaillé avec Lynch sur plusieurs de ses films), la trame sonore de Twin Peaks ne ressemble à rien d’autre. Il est très probable qu’aucune série télévisée avant Twin Peaks, et depuis, ne nous ait offert un univers musical aussi intense, varié, et émotionnellement riche que celle-ci.

Si Twin Peaks parodie les « soap operas » à travers ses sous-intrigues parfois ridicules (volontairement ridicules, dois-je ajouter…), la musique de Badalamenti élève cet aspect de l’œuvre à un autre niveau. Avec ses airs nappés de synthétiseurs, ses mélodies dégoulinantes d’émotion, on serait injustement porté à croire que cette musique est un sous-produit, juste bonne pour une émission de télévision de milieu d’après-midi. Mais c’est beaucoup plus intelligent que ça. Et l’utilisation que Lynch en fait va souvent à contresens de ce que la musique exprime. Il arrive souvent, par exemple, qu’un air romantique soit joué lors d’une scène de suspense, et vice versa. Et dans les mains d’un génie comme David Lynch, ça fonctionne à merveille.

À mes yeux (et mes oreilles), il s’agit probablement de la meilleure trame sonore de tous les temps, tous médiums confondus (télé, cinéma, etc.). Ou du moins, de l’une des plus intemporelles et des plus ingénieuses. Vous pouvez d’ailleurs vous faire bercer par les airs romantiques de Badalamenti et la voix feutrée de la chanteuse Julee Cruise, sur ce site : http://welcometotwinpeaks.com/music/twin-peaks-soundtrack/

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDifficile de résumer Twin Peaks en 700 mots. Je ne peux énumérer ici toutes les raisons pour lesquelles cette série est si extraordinaire. Si vous ne l’avez jamais vue, faites-vous plaisir en vous initiant à ce monde étrange, unique, irrésistible. Vous rirez (beaucoup, car Twin Peaks comporte de grands moments de comédie), vous pleurerez, vous frissonnerez d’effroi, et vous deviendrez très certainement accros à cette œuvre qui, 25 ans après sa création, demeure unique en son genre.

(Le titre de cette chronique est tiré de l’une des citations célèbres de la série.)

Notice biographiquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

14 novembre 2014

Sur les tissus de ton cœur

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Une lumière s’éteignit tandis qu’une autre s’alluma.

La vérité. Elle est écrite sur les tissus de ton cœur, fibres qui battaient si fort pour te raconter ce qu’il allait t’arriver ce jour-là. Ton cœur imitait le son de tes pas, indomptables et intrépides. Mais tu étais inquiet et tu n’as fait qu’écouter la voix de ta peur qui te vrillait les tempes et qui sapait spontanéité. Ils t’ont retrouvé sans vie, sur le bord de l’eau. Tandis que ta joue reposait sur la boue d’un rivage improvisé, ils étudiaient ta chute, ces hommes en costume.

Ce n’était pas parce que tu étais tombé que tu t’étais fait mal. C’était parce que tu avais mal que tu étais tombé. Tu lisais des tonnes de livres lourds de mots et de sens sur ce qui t’échappait, mais ne t’étais jamais donné la peine de lire le tien. Celui qui ouvrait ses pages à la lumière immense de ton âme en appel. Tu avais envie de trouver la vérité. Ta vérité. Mais ton appréhension fut soudainement plus forte que ton désir d’entendre et elle paralysa tes ambitions de connaître et d’aller là où peu de gens avaient accès. Les paysages sont plus enivrants et mystérieux lorsque peu d’yeux se sont posés sur eux.

Tu ne voulais pas te laisser conduire dans la danse, trop habitué à contrôler. Lâcher prise était beaucoup demander. Un certain jour de novembre, tu perdis pied et tu te trouvas étendu de tout ton long, face contre terre. Les dernières feuilles des arbres venaient mourir sur ta chemise de laine à carreaux et tes jeans délavés. L’eau ne monterait jamais jusqu’à tes pieds, tu t’en étais préoccupé. Même mort, tu ne voulais pas te mouiller. Si seulement tu avais eu un peu d’aide, une épaule solide et une oreille attentive pour ouïr tes angoisses et les enchaînements de ta grande sensibilité. Tu étais papillon cherchant la lumière pour s’y abandonner. Si seulement tu avais su que chaque souffle expiré était une promesse de liberté. De changement. Tes soupirs auraient fait croître les ailes de tes papillons, créant l’ouragan qui transformerait ton monde.

Tu chercheras encore longtemps le sens de ta vie parce que ce que tu n’as pas trouvé dans cette vie ne te sera pas plus révélé dans une autre. Mais tu apprendras le courage et trouveras peut-être la force de continuer. Fuir nous conduit sur des chemins dangereux. Et leur destination mène tout droit vers ce à quoi on tente d’échapper…

Ces hommes en costumes enveloppent ton grand corps dans un sac pour mieux le comprendre et demain, la neige qui tombera effacera toutes traces de ton désespoir. Le lac gelé immortalisera ce dernier reflet de toi qu’il perçut lorsqu’avant de t’enlever la vie, tu cherchais dans ton propre regard une réponse à ta question : Qui suis-je réellement ?

Mais sans savoir, tu avais en toi la formule magique gravée sur les tissus de ton cœur. Elle disait ceci : « Tu es l’unique sens à ta vie. L’unique vérité. Merci de ta rareté. »

Peut-être voudras-tu lire un jour ce qui est en toi.

Une lumière s’éteignit, tandis qu’une autre s’alluma.

 NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

13 novembre 2014

(Le Chat a butiné, ici et là, et a amassé des fragments de tout genre qui consolent, éclairent le quotidien ou incitent à à la réflexion.)

Langue et apprentissage

« (…) Ce qui m’inquiète, c’est le quasi silence sur certaines tendances déculturantes,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie déstructurantes plus ou moins souterraines dans la vie quotidienne, dans les comportements, dans les pratiques, dans le psychisme et la conscience et jusque dans « les mots pour le dire ». D’aucuns se scandalisent de la pauvreté de la langue chez nous sans vraiment s’interroger, outre le procès de l’école et des médias, sur ce qui déstructure la langue ou l’empêche de se structurer. Derrière une langue informe, il y a un esprit, un psychisme et une conscience informes. Cette problématique est pratiquement absente des procès et débats sur la qualité de notre langue. Boileau disait : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. » Je sais bien que ce problème « se joue » dans les deux sens. Quand la langue est déstructurée, tous les autres apprentissages sont compromis ; la pensée, le cœur et la conscience ont peine à se dire. chat qui louche maykan alain gagnon francophonieS’agit-il d’expérience, on la communiquera difficilement. Nous sommes ici au fondement même de la construction de la personnalité et de son rapport aux autres et au monde. Au cours de ces débats où je faisais part de mes recherches sur la déculturation, j’étais tout de suite perçu comme un vieil humaniste dépassé, nostalgique du passé. Ce blocage de départ, souvent très émotif, témoignait d’un refus et même d’une hantise d’être soi-même mis en cause dans ce libre examen du présent. Pourtant, on admettait qu’il y avait beaucoup de désarrois intérieurs dans la population de tous âges et milieux, sans compter les nombreux problèmes reliés aux diverses crises d’identité. »

Extrait de : Jacques Grand’Maison, Quand le jugement fout le camp,  Essai sur la déculturation, Fides.

 L’auteur

 Jacques Grand’Maison (18 décembre 1931 - ) est un sociologue, théologien, prêtre et écrivain du Québec.  Natif de Saint-Jérôme, il étudie la sociologie à l’Université grégorienne, où il reçoit sa licence en 1962. Il obtient son doctorat en théologie à l’Université de Montréal en 1969.

 

 

 

 


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