Le Chat fait relâche…

23 juin 2014

Chères amies et chers amis,

Des problèmes de santé m’obligent à une période de repos.  Le Chat Qui Louche 1 fera donc 402310_334692616559153_1226401757_nrelâche jusqu’au dimanche, 24 août.  Nous redémarrerons alors avec Jean-François Tremblay, Virginie, Sophie, etc.   

Je profite de l’occasion pour vous exprimer toute ma reconnaissance pour votre assiduité et votre loyauté.  Sans vous, lectrices et lecteurs, ce magazine n’existerait pas. 

 PS : Le CQL 2 continuera à publier des reprises.

 Amitiés, et passez un bel été,

Alain G.


Un autre encombrant, une nouvelle de Richard Desgagné…

16 juin 2014

 Un autre encombrant

            Pour plaire à des gens qui s’en fichaient bien, Maximin avait créé un personnage qui n’était plus rien de lui-même, du moins de celui qu’il voyait dans son miroir tous les jours depuis qu’il se rasait. Ça ne l’amusait guère d’apparaître autre, celui-là sans assises, fantomatique et pâle évocation d’un homme digne de ce nom. Quelle dignité a donc un homme ? Il se le demandait, ce qui est une façon de reconnaître que l’on a, malgré ses bassesses d’arriviste, une valeur non marchande et essentielle.

            Maximin voulait réussir, avoir son lieu dans ces bureaux prestigieux et il n’avait pas trouvé mieux que de se fondre en un autre qu’il avait créé à l’aveuglette, se fiant à un instinct qu’il supposait animal, donc sûr, comme si les bêtes, quoi qu’elles fissent, réussissaient toutes leurs entreprises. Parfois, il en riait ; parfois, moins miséricordieux, il aimait s’apitoyer sur son sort.

            Cet autre encombrant, qu’il traînait désormais, l’alourdissait, lui nuisait sans cesse, obligé qu’il était de céder aux caprices de deux visages, de deux facettes, dont l’une, parce qu’innée, l’emportait souvent, mais qu’il n’appréciait pas à tous les coups. S’il voulait être gentil avec un importun d’importance, son autre, le premier, refusait de se morfondre en salamalecs ; s’il persistait à refuser l’accès à certains de ses dossiers à une petite secrétaire, son autre, le second, l’emprunté, voulait absolument plaire et nuisait, par cela, à une affaire qu’il menait pour son profit. De sorte qu’il n’avançait pas, même s’il ne reculait pas, position intenable si l’on sait que l’avancée ou le recul sert la personnalité en lui montrant des leçons.

            Maximin vécut donc en solitaire. Il n’osait plus se montrer de peur de devoir obéir à deux maîtres qui se contredisaient. Il jouait sa solitude, feignant qu’elle le comblait en ne l’astreignant à rien, visant son confort dans l’absence de volonté, puisqu’il refusait à ses facettes tout pouvoir sur lui-même qui s’ignorait. Sa personnalité n’avait plus de centre, tenait à quelque éclat fugace qui ne le convainquait jamais d’être un, l’unique, sans double troublant. Son malheur naquit et n’eut point à combattre. Il se perdit dans les entrelacs de deux dessins irréconciliables et ne retrouva pas le fil mère de ce qu’il fut à la naissance et dans les premières années de sa vie. Il avait l’impression de n’exister que pour se sortir d’un piège qui l’attrapait toujours par la queue quand il s’y attendait le moins. Désireux de casser tous les miroirs, il crut, à tort ou à raison, qu’il y aurait trop de malheur en lui incrusté pour un siècle. Il ne bougea plus de peur de réveiller des fantasmes ; il vécut une ère de glaciation dont il ne se sortit qu’en jouant le méchant, le franc, le diseur de vérité à lui-même d’abord, puis aux autres, qu’il se remit à fréquenter. Le combat reprit : trop de franchise glace le sang et nuit à l’entregent. Il se retrouva donc seul encore une fois, avec ce qu’il était platement. Il osa s’aimer, il osa se mentir et mentir aux autres en se repentant, s’excusant de ne pouvoir affronter la vérité qui est une difficile maîtresse et sans pardon.

            Son humanité revenue, et si petite, le réjouissait plus que de feindre. Il essaya, avec cela, d’être heureux simplement et y parvint. Du moins le crut-il. Ce qui lui permit de s’ouvrir, de tenter des approches, de sortir en ville sans crainte de n’avoir pas la volonté d’agir au bon moment. Il rencontra l’âme sœur, pas une âme double, qui avait ses opinions, ses humeurs, et il se surprit à en contempler littéralement les caprices. Il ne trouvait rien de plus beau que les échanges avec l’autre, même vifs, même cruels, qui l’éloignaient définitivement d’une pernicieuse rencontre avec lui-même.

 Notice biographique

Richard Desgagné est écrivain et comédien depuis plus de trente ans. Il a interprété des personnages de Molière, Ionesco, Dubé, Chaurette, Vian, Shakespeare, Pinter, etc., pour différentes troupes (Les Têtes heureuses, La Rubrique) et a participé à des tournages de publicités, de vidéos d’entreprise et de films ; il a été également lecteur, scénariste et auteur pour Télé-Québec (Les Pays du Québec) et Radio-Canada (émissions dramatiques).  Jouer est pour lui une passion, que ce soit sur scène, devant une caméra ou un micro.  Il a écrit une trentaine de pièces de théâtre, quatre recueils de nouvelles, quatre de poésie, deux romans, une soixantaine de chroniques dans Lubie, défunt mensuel culturel du Saguenay-Lac-Saint-Jean.  En 1994, il a remporté le premier prix du concours La Plume saguenéenne et, en 1998, les deux premiers prix du concours  de La Bonante de l’UQAC. Il a publié, pendant cinq ans, des textes dans le collectif Un Lac, un Fjord de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). Il est membre du Centre des auteurs dramatiques. Il a été boursier du ministère de la Culture du Québec et de la fondation TIMI.  Pour des raisons qui vous convaincront, tout comme elles m’ont convaincu, je tiens à partager avec vous cette nouvelle qu’il a la gentillesse de nous offrir.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/ )

 


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

15 juin 2014

De la musique pour journées chaudes

Les sœurs Johanna et Klara Söderberg sont depuis quelques années les figures de proue de la formation 2396095_520_292musicale First Aid Kit. Elles n’ont que 23 et 21 ans, respectivement, et ces deux Suédoises qui chantent en harmonie depuis leur petite enfance ont déjà quelques albums à leur actif et viennent tout juste de sortir le plus récent, Stay Gold. Je vous le recommande vivement. Ça tourne en boucle chez moi depuis des semaines.

Inspirées par le folk des années 60 et 70, la culture hippie du sud de la Californie, et ce, autant sur le plan sonore que visuel, les deux jeunes femmes ont bâti en quelques années un répertoire de plus en plus solide. Les ayant vues en spectacle à deux reprises (dont tout récemment à Toronto), je peux affirmer que ces filles-là risquent d’aller très loin. Le « buzz » autour d’elles est grand, et les critiques sont extrêmement positives.

Leur musique évoque le soleil, les longues routes dans le désert – qu’on ait visité ce genre de paysage ou non. On imagine des scènes de films, des voyages en Westphalia, les fleurs dans les cheveux, San Francisco, etc. Ça sent définitivement l’été.

Puisqu’elles sont deux sœurs, et qu’elles chantent en harmonie, on serait tenté de les comparer à nos Sœurs Boulay. Mais le style de First Aid Kit est quelque peu différent.   Si les voix de Mélanie et Stéphanie Boulay s’entrecroisent finement, à tel point qu’on finît par ne plus distinguer qui chante quoi, les sœurs Söderberg chantent en parallèle (du moins selon moi), leurs voix demeurant bien distinctes, mais se complémentant à la perfection.

Enrobées de guitares acoustiques, batterie, basse, et augmentées de cordes, leurs chansons traitent de sujets habituels pour de si jeunes personnes – principalement des histoires d’amour. Mais c’est écrit avec talent, et je vous supplie de ne pas vous en faire une idée préconçue à la lecture de ce texte, mais de plutôt aller prêter l’oreille à la musique de First Aid Kit. Vous risquez fortement de tomber sous leur charme.

« Cedar Lane » version acoustique : https://www.youtube.com/watch?v=hfglZXexLvE

Jill Barber

jill_barber.jpg.size.xxlarge.letterboxPour rester sur les thèmes de l’or et des chanteuses charmantes, la Canadienne Jill Barber lance le 17 juin son sixième album, Fool’s Gold.

J’ai vu Barber en spectacle plusieurs fois, je l’ai également rencontrée à quelques reprises pour des entrevues. Difficile de trouver plus adorable personne que cette chanteuse qui donne dans un jazz feutré — elle a commencé sa carrière en chantant du country-folk, mais a changé de cap musicalement en 2008 avec son troisième disque, Chances, qui connut un immense succès d’un bout à l’autre du pays.

En écoute depuis quelques jours sur le site de CBC Music (au moment de lire ces lignes je doute que le disque soit encore en écoute, quoique je vous invite à tenter votre chance), l’album débute sur la pièce Broken For Good, qui fut lancée il y a quelques mois déjà sur iTunes, et qu’on peut écouter gratuitement sur YouTube tant en anglais que dans sa version française, Brisé pour toujours.

Car oui, Jill Barber chante parfois en français. Son précédent disque, Chansons, était d’ailleurs constitué de reprises de classiques de la chanson française et québécoise. La jeune femme, originaire d’Halifax et qui vit aujourd’hui à Vancouver, entretient un amour immense de la langue de Molière, qu’elle a apprise de manière accélérée au courant des dernières années. Je me souviens que ma première entrevue avec elle au téléphone, en novembre 2010, n’était qu’en anglais — elle ne comprenait alors pas du tout le français —, et notre entrevue de janvier 2013 lors du lancement de Chansons s’est faite totalement en français. Sa maîtrise de la langue m’a réellement impressionné !

Fool’s Gold est un disque empreint de romantisme, parfait pour un souper en amoureux ou toute autre occasion en tête à tête. C’est un disque rafraîchissant, célébrant l’amour, et dont chaque chanson donne déjà l’impression d’être un classique. À ajouter à votre collection de disques !

Bonne écoute !

Notice biographique432295_10151130281416193_857073040_s

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

13 juin 2014

Enfants du premier jour

 Le souffle chaud du vent qui entrait par la fenêtre de la chambre caressait nos corps nus, immobiles. Je te Enfant du premier jour 1)regardais dormir. Je n’ai pas voulu te réveiller, tu semblais si paisible. Sur ton dos et tes larges épaules, il y avait les esquisses rouges que mes ongles avaient tracées. Vives signatures que j’avais laissées et qui disparaîtraient une fois le soleil levé. La nuit avait tenu à te rappeler mon nom et ton cri lui répondit, enfin. Une douce mort de passage dont les brumes se dissiperaient à l’aube, laissant les rêves là où ils étaient.

J’avais peur de me réveiller, et qu’au matin tu sois déjà loin. Mon corps souffrait de tes longues absences, même s’il savait que tu revenais toujours. Hier, je t’ai aimé de tout mon cœur, de toute ma chair qui frémissait. Tu tombas, tel l’arbre mort qui repose pour toujours, et je vins me poser près de toi, mon amour. Nous fîmes, ce soir-là, une forêt d’arbres tombés au combat, où le nom des bêtes était hurlé à la lune blanche et où la sueur ruisselait sur nos corps.

Tu avais rallumé un brasier que j’avais étouffé, de peur qu’il ne me consume. Et j’étais de cendre ce matin, et je vibrais de vie tel le phénix qui renaît. Pourtant, tu repartirais et tu voudrais découvrir le monde parce que le mien ne te suffisait pas.

Enfant du premier jour 2)Quand tu arborais ton beau sourire d’aventurier perdu, c’était fête. J’aimais m’égarer au milieu des océans fous qui se déchaînaient au fond de tes prunelles. Si bien que j’en perdais la tête. Ou lorsque tu me racontais les plaines arides des déserts du sud, un sourire admiratif naissait sur mes lèvres, tandis que je m’accrochais aux tiennes. Tu étais l’enfant du premier jour et j’étais le missel mystérieux qui rêvait de porter tes secrets. Tes histoires savaient tracer une voie jusqu’à mon cœur hasardeux et agité.

Enfant du premier jour, serais-tu toujours là ? Et qu’en serait-il vraiment, si je partais, là, dès maintenant ? Si c’était moi qui te quittais, cette fois. Serais-tu amoureux d’une autre ? Je sais que cette porte est ce qui me sépare du monde. Mais je sais aussi que si je la franchissais, elle me séparerait des songes que nous avons faits. Elle me séparerait des ciels sublimes au fond de tes yeux.

Je te regarde dormir et ton air paisible me fait croire en un fol amour qui perdurerait au-delà de l’avenir. Enfant du premier jour 3)Tu sembles léger comme l’oiseau, prêt à t’envoler, insouciant. Ces chimères ne sont que les miennes, après tout, et quand tu te réveilleras, tu sauras me raconter les plus belles folies que l’on fera.

Demain est fait de l’espoir de nos amours, et nous sommes les enfants du premier jour.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Francesca Tremblay_auteureEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

12 juin 2014

Ça va mal tourner, et autres variantes

 Êtes-vous pessimiste, craintif, regardez-vous des deux côtés avant de traverser une rue à sens unique ? pessimiste (1)Pour Oscar Wilde, « le pessimiste est celui qui, entre deux maux, choisit les deux. » Le parapluie à la main, il circule en plein soleil, son verre est à moitié vide, il se perçoit malchanceux, aborde le monde et la vie sur la défensive. Dans Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, Charles Martin-Krumm définit le pessimisme comme l’attente du pire dans un événement. Une manière d’évaluer son pouvoir sur le monde.

 Nous ne sommes pas toujours optimistes, ou pessimistes. Chaque jour, en divers moments, nous nous sentons gagnants, ou bons à rien. Selon nos attentes. Elles sont positives ? Nous sommes optimistes, persévérants, donnons le meilleur de nous-mêmes. « Je suis un gagnant, je gagne toujours, je gagne en tout ! » L’optimiste s’engage sur l’autoroute sans coup d’œil à l’angle mort. Du trop-plein d’optimisme naît parfois la témérité. Des problèmes surviennent ? « Bof ! Pas de problème ! Je n’y suis pour rien ; je n’avais pas assez étudié…, je suis nul en français, mais en math…,attends un peu la prochaine fois ! »

 Nos attentes sont défaitistes, nous nous attendons au pire ? Nous sommes pessimistes. La moindre infortune nous abat, nous essayons moins, la fatalité nous obsède. « C’est ma faute, c’est toujours comme ça, je crains partout, tout le temps ! »Un succès survient : « Hein ! Comment j’ai fait, quel hasard, ce sera bien la seule fois ! »

Les recherches démontreraient qu’à priori, nous sommes optimistes. Nous nous marions sans penser au divorce, nous amorçons un emploi sans envisager le chômage. Cette tendance nous est favorable, nous permet d’avancer, d’établir des stratégies, d’atteindre nos buts.

En général, nous n’aimons pas les pessimistes invétérés. Ils sont rabat-joie. Pour plusieurs, le pessimisme signe la faiblesse, l’impuissance devant la fatalité. Un proverbe soufi affirme que l’optimisme vient de Dieu et que le pessimisme est dans le cerveau de l’homme. Dans Propos sur le bonheur, Alain écrivait : « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Nous présumons acquis le pessimisme, le jugeons issu de l’éducation reçue et du niveau de pessimisme des parents et de l’entourage. Eh bien, détrompons-nous. Le pessimisme est dans nos gènes !

 Dans une étude publiée dans le journal Psychological Science, la professeure Rebecca Todd de l’Université de la Colombie-Britannique a déterminé qu’une variante du gène ADRA2b amène certaines personnes à percevoir de manière particulièrement intense leurs expériences émotionnelles, les négatives surtout. Ce gène influe sur la production de norépinéphrine, une hormone essentielle dans la gestion des émotions, de l’attention et de la vigilance. En succession rapide, on présentait des mots positifs, négatifs ou neutres à 200 volontaires. Les porteurs de la variante ADRA2b remarquaient plus aisément les mots négatifs que les autres. À noter que les deux groupes percevaient mieux les mots positifs que les neutres. Selon la professeure Todd, les porteurs de cette variante pourraient mieux que les autres repérer les gens en colère dans un groupe ou identifier les dangers potentiels d’un environnement, au lieu de jouir de sa beauté.

 Y aurait-il aussi un gène pour l’optimisme ? Les chercheurs s’y intéressent, recherchent des variantes génétiques qui agiraient sur la production de dopamine, une hormone liée au plaisir, ou de l’ocytocine, molécule importante dans le développement de liens sociaux.

 Le pessimisme est donc dans nos gènes ! Du moins en partie. Car, à l’évidence, ils ne sont qu’une variable dans l’équation. Ils prédisposent peut-être, mais d’autres facteurs agissent, l’éducation et les expériences de vie par exemple, qui influenceront notre perception du monde. Nos présomptions n’ont pas tout faux.

Optimiste dans les yeux En vérité, comme l’affirme un adage anonyme, « l’optimiste et le pessimiste sont indispensables pour la société. L’optimiste invente l’avion, le pessimiste invente le parachute. » En outre, l’optimiste et le pessimiste partagent la même tare : ils nient la vérité. Pour paraphraser une autre réflexion anonyme, « fuyant la réalité, l’optimiste rit pour oublier, le pessimiste oublie de rire. »

 Le réalisme est donc de bon goût. L’écrivain américain William Arthur Ward l’imageait ainsi : « le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réaliste ajuste les voiles. »

 Une assertion un brin défaitiste pourtant. Que serait la vie sans une larme de rêves ? À moins de tomber dans l’innocence naïve, un soupçon d’optimisme servira nos aspirations. De toute manière, comme l’affirmait Jack Penn, chirurgien plastique, sculpteur et écrivain d’Afrique du Sud, « mieux vaut être optimiste et se tromper que pessimiste et avoir raison. »

 Inspiré de :

http://www.lapresse.ca/sciences/genetique/201310/11/01-4698926-le-gene-du-pessimisme-identifie.php

 http://www.psychologicalscience.org/index.php/news/releases/genes-predispose-some-people-to-focus-on-the-negative.html

 Citations : Evene.fr

© Jean-Marc Ouellet 2014

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

11 juin 2014

Les Souterrains de Jack Kerouac

     Les Souterrains de Jack Kerouac est un roman d’amour très émouvant qui met en scène la fragile avlpgulj3BLM-fsLfGcf7yqOk98Mardou, une jeune femme aux origines noire et amérindienne, et Léo Percepied (c’est-à-dire Kerouac lui-même). L’histoire a lieu dans le San Francisco des années cinquante. Mardou traîne avec la bande des Souterrains dont Percepied, éternel ivrogne, aimerait se faire accepter. Cette bande est décrite dès la première page par l’un des personnages : « Ils sont au poil sans être crâneurs, ils sont intelligents sans être casse-pieds, ils sont drôlement intellectuels et savent tout ce qu’on peut savoir sur Pound sans la ramener ou ne parler que de ça, ils sont très taciturnes, ils ont quelque chose qui fait penser au Christ. » Autrement dit, ce sont de jeunes gens « hip » qui fument de la marijuana, écoutent du bop et qui ont des prétentions intellectuelles. Et c’est au milieu d’eux que Percepied (alias Kerouac) découvre Mardou.

            Avec Mardou, Percepied s’abandonne, montre sa tendresse, sa sensualité, mais il adresse également à cette pauvre jeune femme nombre de rebuffades. Comme je l’ai dit, ce Percepied est gravement alcoolique, et il est absolument dingue. Combien de fois ne préfère-t-il pas des beuveries entre potes à une nuit tranquille avec celle qu’il aime ? Et puis il y a autre chose, Mardou est noire, ce qui n’arrange rien. En effet, Percepied croit qu’elle ne serait acceptée ni par sa famille ni dans le monde auquel il aimerait un jour appartenir. Voici ce qu’écrivait Kerouac : « Des doutes, donc, en raison, eh bien, de ce que Mardou soit Noire, naturellement non seulement ma mère mais aussi ma sœur avec qui il faudra peut-être que j’habite un jour et son mari qui est du Sud et tous les intéressés, seraient drôlement mortifiés et ne voudraient rien avoir à faire avec nous — ça exclurait totalement la possibilité de vivre dans le Sud, quoi, dans ce domaine faulknérien à colonnes […] »

            Il peut sembler étrange que le chef de file des beatniks ait craint à ce point le jugement d’autrui, mais il faut se rappeler qu’on est dans les É.-U. des années cinquante — et puis Kerouac, bien qu’il fût réellement un aventurier, n’en était pas moins dépendant de sa mère sur le plan affectif.

            Toujours est-il que Mardou, finalement exaspérée par un Percepied toujours occupé à faire la bringue, finira au lit avec Yuri, un jeune poète d’origine Yougoslave — et ainsi s’achèvera la romance de Percepied et de Mardou.

**

         99e8025f8ee20ea2a0d8bd16be8530b80186f00aIl y a dans Les Souterrains une atmosphère lourde de fatalité que rend très bien Kerouac. On sent que le personnage de Percepied, qui est également le narrateur, est entraîné loin de l’amour par des démons qui le poussent à boire et à démontrer un comportement pour le moins erratique. Il faut ajouter que l’atmosphère tient en bonne partie au style de Kerouac. Son roman est réellement un poème en prose de 177 pages ; ses longues phrases, entrecoupées de tirets cadratin, sont comme des improvisations bop entraînées dans un rythme fulgurant qui mène malheureusement le petit monde de Mardou et Percepied vers la catastrophe. Je n’hésite pas à dire, pour ma part, que Les Souterrains est un très grand roman moderne. Kerouac est le plus grand écrivain-jazz : il ne se contente pas d’écrire sur le jazz, il écrit jazz. Kerouac dit de Gerry Mulligan (un saxophoniste), dans le roman dont je vous parle, qu’il « phrase dans la nuit ». Kerouac aura phrasé sa propre nuit avec une sincérité bouleversante jusqu’à sa fin prématurée, à l’âge de quarante-sept ans.

**

Kerouac, Jack. Les Souterrains, Paris, coll. Folio no 1690.

 Notice biographique

Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

10 juin 2014

 Amélia Earhart sur les ailes du vent

Amélia Earhart

      Amélia Earhart admirait les exploits féminins de toutes sortes. Jeune femme, elle eut le privilège de monter à bord d’un avion pour un simple tour de plaisance et de goûter à la liberté de voler. Elle comprit à l’instant sa destinée : devenir pilote et inciter les femmes à pratiquer des métiers traditionnellement occupés par des hommes. Son ouverture d’esprit, sa détermination, ses exploits firent d’elle une icône de la femme libérée, ainsi qu’une figure marquante dans l’histoire de l’aviation aux États-Unis.

   Née au Kansas, Amélia a vécu son enfance d’une manière non conventionnelle. Adulte, elle est restée, quelque part, l’enfant qu’elle avait été : meneuse, positive, charmeuse. Je crois qu’il en est de même pour chacun de nous. Les traits de personnalité et les aptitudes demeurent. Ne se comparant pas aux autres, elle évoluait sans se soucier de son apparence un peu garçonnière. Les fillettes de l’époque portaient la robe et les cheveux tressés. La féminité était le dernier de ses soucis, se plaisant à jouer dans la boue et à avoir les mains terreuses. Ses amies, craintives, l’observaient grimper au sommet des séquoias. Amélia regardait les étoiles. En fait… elle voulait atteindre les étoiles !

     Son regard perçant, facile à lire, et sa bravoure m’ont incité à la peindre et me donne le goût de l’aventure. Les mots « ciel, passion et aviation » portés par la voix d’Amélia la faisaient vibrer au point qu’elle testait sans cesse ses compétences. En 1932, elle devint la première femme au monde à traverser en solo l’océan Atlantique.

    On la nommait affectueusement « Miss Lindy », étant donné la carrure de son visage et sa coupe de cheveux qui rappelaient Charles Lindbergh : pionnier américain de l’aviation. Son corps filiforme se dessinait sous ses vêtements de cuir. Ses lèvres pulpeuses et son sourire charmaient.

     La jolie Amélia Earhart regardait toujours plus loin que l’horizon, elle n’en perdait jamais la ligne… sur la terre ferme ou lorsqu’elle surplombait les montagnes en avion. Ses actions et sa persévérance ont fait évoluer l’aviation et ont balayé des préjugés sur l’incapacité des femmes à exercer le métier de pilote.

      Perçant les nuages à bord de son appareil, elle était la reine des cieux, pleinement consciente des dangers qu’elle affrontait. Le pastel du jour et l’indigo de la nuit s’épousaient sous la carlingue puissante de son avion. Cette aviatrice est montée au septième ciel par passion et n’en est jamais redescendue.

       Le 2 juillet 1937, sa tentative de faire le tour du monde en avion échoua. Le bimoteur Lockheed Electra 10-E qu’elle pilotait sombra en catastrophe à proximité de l’archipel des Phoenix, dans l’océan Pacifique. La précision des instruments de navigation, peu fiable, n’aurait pas permis à Amélia Earhart et à Fred Noonan, son navigateur, de localiser l’île Howland où ils devaient faire le plein de carburant.

   Au risque d’y perdre la vie, Amélia la courageuse se laissait porter sur les ailes du vent.

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estVirginie Tanguay près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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