Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

25 octobre 2014

Ceci entre nous.  Le reste est silence.

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Photo : AL

 Automne 1888

Figées dans leur minéralité, les jambes des arcades sombres se font spectatrices des allées et venues. Des hommes pressés, des étudiants rieurs, des chapeaux, des femmes élégantes en ombres chinoises furtives cavalcadent sur le pavé. La nuit d’automne arrive, le ciel est encore blanc, sali par endroits et la ville semble ouatée, quelque part en dehors du monde, quelque part ailleurs, une sorte de rêve.

Parmi ces silhouettes habituées, habituelles, côtoyant les pigeons qui, après tout, sont des passants comme les autres, il en est une qui se démarque depuis quelque temps. Peu vêtu pour la saison, moustache reconnaissable et regard qui caresse la folie, le philosophe marche pour l’instant à peu près comme les autres. Est-ce la lune pleine ? Est-ce l’âme de la ville qui bouscule les sens ou est-ce une démence, déjà prête à bondir de cet esprit puissant torpilleur de morales ? On l’ignore encore. Un amalgame peut-être. Peut-être un peu tout ça. Peut-être la solitude aussi, choisie et nécessaire. L’homme soudainement s’arrête de marcher – la nuit s’apprête à choir. Sait-il seulement où il se trouve ?

Il considère la rue, la place. Il pense à la musique, à Wagner, à la danse – à Cosima surtout. Il pense à tout ce qui, avec acharnement, l’a constitué, a fait de lui cet être qui rêve d’un surhomme. Il pense à tellement de choses. Dans sa tête une musique existe, née depuis longtemps : elle était déjà là quand il perdait des heures à philologiser. Les notes s’intensifient, Wagner est oublié – haï ou envié. La rue, la place et ses statues : tout cela s’engouffre dans une spirale propre aux gens qui déraillent. Les époques se mêlent sur ce pavé rendu glissant par la moiteur tombante. On pourrait être au Moyen-Âge. On pourrait être dans le futur que cet homme est sûr, diablement sûr, de marquer de ses idées. Ce qu’est la réalité n’est plus vraiment tangible, et la musique… envahissante. Oppressante. Elle lui intime l’ordre de danser. Un frisson féroce. Un incendie. De la lave dans les veines. Le monde. Quel monde ? Il flotte bien au-dessus.

Le philosophe fou, mû par ce souffle neuf, entame alors une subtile chorégraphie. Son corps comme un exutoire, une liberté inédite – oublié le carcan de la condition humaine. Il est Dieu. Dionysos. Il est totale mythologie. Il danse. Un pied pointé, une jambe arquée sur le côté ; les bras se lèvent, ils sont des ailes et l’envol n’est pas loin. Dans sa tête ou sa bouche, des mots, une logorrhée, un babil improbable. Ses jambes encore souples suivent les pieds légers qui glissent sur le sol. Il danse. Pirouette ou entrechat. Opéra ou tragédie. Il danse comme une Willis, jusqu’à la mort peut-être. Musique ou voix d’un enfer intérieur. Ce qu’il fait est déroutant de simplicité : il danse dans la rue. S’il était enfant, rien ne serait plus normal. Mais c’est un homme, comme on dit, dans la force de l’âge, et un homme ainsi fait ne danse pas dans la rue, ce sont les autres qui le prétendent et les autres, à cette heure trop étrange, font tout sauf exister. Combien de temps ? Ah ah ! Le temps ! Des minutes ou des éternités, c’est tout comme ! L’homme danse. Ses paupières ont préféré tomber sur ses yeux brûlants. Il est à l’intérieur de lui-même, seul dans cette drôle de cage d’où la seule évasion est : la danse.

Il plongera par la suite dans une douce asthénie, mais jamais dans l’oubli. On dira qu’il est fou. Qu’importe – il a dansé !

« Je ne me livre depuis, à vrai dire, qu’à des bouffonneries, pour rester maître d’une tension et d’unechat qui louche maykan alain gagnon francophonie vulnérabilité insupportables. Ceci entre nous. Le reste est silence. » Lettre de Nietzsche à Carl Fuchs (dans l’excellente biographie de Nietzsche par Dorian Astor)

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

23 octobre 2014

Calcul numérique

Cher Ch@t,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Permettez que je URL… Demain, je donne mon premier cours en classe virtuelle et entre vous et moi, je suis cybernulle. Franchement, ai-je l’air de posséder une intelligence artificielle ? J’ai le Datacenter analphabète et pourtant, mon Mac m’envoie l’interface arpenter le mur de 14 followers de part et d’autre de la province. J’ai bien peur de faire un Gigaflop, mais c’est trop tard pour me mettre en veille. Demain, je ferai donc wi-fi de mes craintes en leur faisant croire que j’ai leurs bits bien en main. C’est ma e-réputation qui est en jeu, après tout !

Et pourtant, si j’ai pris le temps de trouver mon orientation sexuelle, sociale et professionnelle, il va me falloir mettre au point cette identité numérique sans avoir l’opportunité de solliciter mon moteur de recherche.

Alors, comment mettre les formes quand on est en ligne ? Comment passer de l’estrade à la plateforme quand on enseigne comme on bouge, en 3D et sans GPS ? Comment devenir disque dur quand on a le code-barres tactile ? Comment rester branchée quand on est plus tac au tac que TIC* ? Vous savez, mon Chat, j’ai peur de virer TOC* bien avant qu’on ne me poke.

Demain, j’évoluerai donc dans l’espace virtuel d’une classe. Sur l’écran, mes 14 étudiants à leurs fenêtres et entre plusieurs PDF, ma tête de SDF*. Comment peut-on enseigner avec naturel quand on fait face à son propre avatar ? Comment ne pas avoir envie de désactiver son propre compte quand on est face à soi-même ? Si vous êtes nombreux à ne pas supporter d’entendre l’enregistrement de vos voix, moi, je n’ai pas la fibre optique. Demain, c’est mon image qui pixélisera sous mes yeux, en simultané et en toute transparence, mon identité numérique défaillante. Et si, dans la lumière crue de l’écran bleu, sur le fil de leur actualité, je perdais l’équilibre ? Me prendraient-ils pour une émoticonne ? Ça selfie ! Je suis bel et bien cyberintimidée, mais je n’aurais pas ma e-langue dans la poche pour autant.

……Le lendemain…

Je viens de laisser mes premières empreintes numériques sur Adobe. Blogue à part, me voilà sauvegardée et simulable à volonté sur un serveur pour mes initiés seulement, heureusement ! De mémoire vive, je suis loin d’avoir créé l’événement, mais j’ai néanmoins réussi à garder ma session active. J’ai passé l’embrasure du portail, me suis égarée en internautodidacte sur la bande passante, me suis emmêlé les fichiers, me suis racheté une contenance en ligne. J’ai partagé. Ils ont commenté, alors je les ai aimés. Pas d’hoax* en vue dans l’e-média. Pas de wi-fi dire alarmant. Je me rassure enfin. Mon disque ne fait pas dur même si en début de cours, mon débit de connexion s’est avéré un peu rapide. Les premières fois, on a toujours l’algorithme qui tachycarde, non ? Mais, entre vous et moi, n’est-ce pas une sensation délicieuse que celle de se lancer dans l’inconnu et par la même occasion de se découvrir pionnier de soi-même ?

De quand date votre dernière « première fois », le Chat ? Quand vous êtes-vous téléchargé de nouvelles applications ? Depuis quand n’êtes-vous pas sorti de votre zone de confort ? Qui pense encore à mettre à jour régulièrement son système d’exploitation ? J’ai l’impression qu’on se programme un avenir de plus en plus tôt, mais si l’erreur est humaine, ne faut-il pas en commettre quelques-unes pour se sentir vivant ? On se console d’un jeu perdu, mais pas d’un j’aurais pu. Le remords aux dents ne freine pas un cheval de Troie*. Peurduridicule.com. Ce genre de page web ne contribue-t-elle pas à paralyser nos ambitions ?

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieL’ère est à l’i-faune mobile, mais le monde bogue et se terre au moindre virus. Je suis une nouvelle migrante numérique. Dans mon agenda électronique à moi, j’ai tout à découvrir. Mais si, un jour, mon processeur s’endort, piratez mon ordinateur de bord !

Demain, en toute virtualité, je renouerai le protocole de communication avec mes 14 satellites. En attendant, sur l’écran bleu de mes nuits blanches, je vous fais mon cinéma.

On the router again…

Sophie 2.0

* TIC : Technologies de l’information et de la communication

* TOC : Troubles obsessionnels compulsifs

* SDF : Sans domicile fixe

* Hoax : canular informatique

* Cheval de Troie : programme informatique qui effectue des opérations malveillantes à l’insu de l’utilisateur.

  Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

21 octobre 2014

La même histoire

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieL’histoire a commencé comme ça. Comme toutes ces mêmes histoires. Toutes ces histoires dont ils revendiquent l’unicité, alors qu’elles ne sont jamais que la même. Qui tourne en boucle. Avec ce même refrain, avec ce goût amer de Jamais plus que l’écho étouffera. L’histoire a commencé comme ça – donc – avec ces deux cœurs qui battent un peu trop fort, ces regards qui s’évitent, et puis s’effleurent, se pénètrent, avec ces corps qui se rapprochent un peu trop faux, ces mots qui glissent, piquent, réchauffent enfin.

 Il y avait lui. Il y avait elle. Il y avait eux. Les mêmes, il y a trois ans. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Il était l’homme de sa vie. Elle était la princesse de ses mille et une nuits. Ils faisaient l’amour un peu trop fort. Ils chantaient l’amour un peu trop faux. Et le monde tournait autour de leur nombril. Je t’aime ! L’histoire a commencé comme ça. Avec des shabadabadas. Avec des chamallows, des pommes d’amour et un peu de barbe à papa. Sur un rythme toujours trop mou de Reality de Richard Sanderson. L’histoire a commencé comme ça. En trop. Trop peu, aussi. Avec passion. Avec parcimonie. Avec elle. Avec lui.

 Mais le temps qui passe, le quotidien qui s’installe, les preuves de n’importe quoi qui s’accumulent, éloignent toujours même les plus téméraires des amants. Aimer, un combat de tous les jours. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, il y a deux ans, a exploré d’autres contrées. Plus blondes. Plus minces. Plus rieuses. Plus niaises, aussi. Elle, il y a deux ans, a posé sur son visage des œillères et un masque au large sourire dévoué. Demain, demain encore chantera.

 Mais le temps qui file, le quotidien qui oppresse, les preuves qui alimentent la haine au détriment de l’amour éloignent toujours plus les amants des premiers jours. Aimer, un combat voué à l’échec. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, depuis un an, mène une double vie avec une autre princesse. Une princesse qui grogne un peu moins à cause de ses affaires qui traînent. Une princesse qui jouit de l’attention qu’il daigne encore lui accorder. Une princesse un peu plus légère. Elle, depuis un an, a fait tomber le masque. Et a choisi de faire un pas en arrière, en cette valse à trois temps. Elle est déjà loin lorsqu’il l’imagine encore déjà trop là, juste derrière lui.

 Mais le temps qui galope, le quotidien qui retient, les preuves qui rendent fou avant l’heure éloignent pour toujours les amants d’hier. Aimer, un combat qui n’aura jamais plus de raison d’être. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, aujourd’hui, dort sur le canapé, loin du lit conjugal comme son esprit s’éloigne des rêves conjugaux, dans les bras de l’autre aux yeux bleus océan, à la chevelure blé, et au sourire contagieux. Elle ne ferme même plus le premier œil dans ce lit conjugal aux songes mille fois trop grands, aux songes mort-nés, et rêve éveillée de contrées vastes à souhait. De contrées-paradis. De belles histoires, de contes de fées. Comme avant.

 Comme avant. Il y a trois ans de ça. Quand il y avait encore un lui. Encore une elle. Des shabadabadas, des chamallows, des pommes d’amour, un peu de barbe à papa et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Ces histoires de contes de fées que l’on raconte aux petites filles pour les endormir. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Mais aujourd’hui n’a plus rien de comme avant. Et son prince charmant, lui, s’est tiré depuis longtemps. Sans s’en apercevoir. Elle a pris ses distances depuis longtemps aussi, sans qu’il s’en aperçoive. Pour ne plus souffrir, enfin, de ce manque d’attention. De ce manque de tout. De ce manque de rien. De ce manque de prince charmant. De marmots à tire-larigot. Et ils vécurent heureux et… merde.

 Demain, le monde ira mieux. Lorsque la même histoire cessera enfin de se répéter. Avec ses cœurs quichat qui louche maykan alain gagnon francophonie battent la chamade. Avec ses ils vécurent heureux, avec ses et eurent beaucoup d’enfants. Avec ses shabadabadas, ses chamallows, ses pommes d’amour, ses barbes à papa et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Demain lorsque, enfin, il/elle/eux se réveillera(ont).

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

19 octobre 2014

Joylandchat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Bien que sa réputation mondiale en fasse l’un des grands maîtres de l’horreur de tous les temps, je suis d’avis que la force de Stephen King réside dans sa façon de décrire les relations interpersonnelles. C’était le cas à sa grande époque commerciale, tel The Shining, mais il semble avoir développé ce talent davantage dans les dix ou quinze dernières années. Il a écrit ce que je considérerais être l’une des plus touchantes – sinon LA plus touchante – de ses histoires d’amour dans 11/22/63, son livre où un professeur fait un saut temporel en arrière et tente de prévenir l’assassinat de John F. Kennedy. Rarement dans un roman, un film ou une série télévisée, pas même dans Mad Men, je n’ai eu autant l’impression de vivre et de respirer les années 60. L’époque, ainsi que les personnages, prenait vie, page après page, de manière saisissante.

C’est également le cas de ce roman, dont je viens de terminer la lecture, Joyland. Il fut lancé en 2013 par les éditions Hard Case Crime, firme qui se spécialise dans les romans de type « noir », les enquêtes criminelles et les récits d’hommes paumés, pris au piège dans les griffes de femmes fatales. La couverture de Joyland m’attirait beaucoup, arborant une peinture au style rétro sur laquelle on voit une jolie rouquine portant une robe verte, apparemment en détresse, avec en fond d’image une fête foraine. Non seulement j’avais envie de lire ce livre, mais si ça avait été l’affiche d’un film, je l’aurais regardé immédiatement.

Le roman se déroule en 1973. L’époque est reconstituée de manière fabuleuse (bien que je ne fusse pas né), non pas à grands coups de pinceaux, mais par petites touches subtiles, colorant ainsi l’arrière-plan, mais laissant la place nécessaire aux relations entre les personnages pour que celles-ci se développent.

Joyland se déroule donc à l’été et à l’automne 1973. C’est l’année des 21 ans de Devin Jones, étudiant de l’université du New Hampshire qui vient travailler au parc d’attractions Joyland en Caroline du Nord pour l’été. Dans ce parc, il fera la rencontre de la jolie Erin et de Tom qui deviendront ses amis pour la vie. Ensemble, ils apprendront le fameux langage parlé par les forains, ils amuseront les enfants jour après jour et, éventuellement, iront explorer ensemble la fameuse maison des horreurs qui se trouve au cœur du parc et dont on dit qu’elle est hantée par le fantôme d’une jeune fille qui y fut tuée quelques années auparavant.

Au-delà de ce récit de base, on retrouve également la relation entre Devin, un petit garçon handicapé et la mère de celui-ci, qui vivent non loin du parc. On a aussi la touchante relation téléphonique entre Devin et son père, récemment veuf. Enfin, au milieu de tout ça, Devin doit également composer avec son premier vrai cœur brisé. Ses 21 ans ne sont effectivement pas de tout repos ! Mais King tisse cette toile narrative de manière extrêmement habile. Bien qu’on soit tentés de croire en entrant dans cette histoire que l’horreur y occupera une grande place, ce sont plutôt les sentiments de Devin qui meublent le récit. Et c’est tant mieux.

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Les personnages sont si bien décrits qu’on les voit surgir de la page et vivre devant nous. La musique ambiante (les Doors, entre autres), les couleurs et les sons du parc d’attractions, ainsi que le vent et le bruit de la mer (toute proche du parc) font partie des différentes choses qui font frétiller nos sens tout au long de cette lecture passionnante. On tourne les pages avidement. Et bien que je n’aie pas nécessairement d’intérêt pour les parcs d’attractions en général (je ne les fréquente jamais), le simple récit des premières semaines de travail de Devin à Joyland, où il apprend les rudiments du métier, est raconté de manière si adroite que j’en aurais pris un livre entier.

Ce n’est pas le meilleur livre de King, mais il s’agit certainement l’un de ses plus touchants. Facile à lire, court, reconstituant habilement une époque que l’auteur chérit, Joyland est recommandé pour tous. Ce n’est pas une histoire d’horreur, mais plutôt un récit sur les traces profondes que l’amour et l’amitié laissent gravées en nous lorsque l’on entre dans l’âge adulte.

Notice biographiquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

18 octobre 2014

 Lune Bleue

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes branches des arbres ballottées par le vent se débarrassaient de leur plumage aux couleurs de l’automne. Il neigeait des feuilles mortes sur tous les sentiers, souches et rochers de cette ancienne forêt. Une courtepointe embrasée réchaufferait leurs racines avant que la blanche cape de l’hiver ne les ait recouvertes en entier.

J’avais suivi le même sentier qui cheminait dans la sombre forêt sauvage, cette nuit où j’avais croisé ta route la première fois. Lorsque j’avais aperçu la bête, mon cœur, ce petit oiseau, avait sursauté dans sa cage. Te revoir était mon souhait. Une demande toute spéciale faite aux étoiles qui, ce soir-là, scintillaient dans le noir rideau de la nuit. C’était un soir de lune bleue, et le bruit mouillé des feuilles étouffait mes pas incertains. Je guettais donc chaque ombre, chaque arbre pour voir si tu en resurgirais, le cœur un peu affolé au moindre croassement rauque des corneilles absentes. Et tu me surpris encore. Belle louve noire aux crocs d’ivoires. Pattes de velours dont la silhouette se dessinait au détour du chemin.

Tu avais flairé mes fragrances au-delà des parfums de la ville. J’étais la proie. Fascinée par ce regard bleu acier, sans pitié. Un long hurlement déchira les ténèbres qui nous entouraient et je fus inquiète. Inquiète de tomber dans ta gueule affamée. Tes yeux comme des lunes voilées de brume, j’étais là, à t’aimer, puis à espérer que nous serions un jour réunies. J’étais envoûtée par ce que j’avais vu, cette nuit-là, près de la rivière.

Qu’attendais-tu de moi ? Qu’à mon tour je me fasse louve ? Que je sois comme ceux avec qui dans les bois tu courais ? J’étais celle qui t’enlèverait ta liberté. Savais-tu que j’étais celle qui te ferait mourir par sa magie ? Ton museau dans mon cou, un souffle chaud sur ma peau. Mes doigts palpaient ta fourrure luisante comme le jais. Ils glissaient et la pétrissaient.

Tu fis quelques pas en arrière et tu dissimulas l’animal en toi. Les griffes devinrent des ongles et la créature recouverte d’une noire fourrure devint alors le corps gracieux d’une femme svelte et grande. Se dissémina, dès lors, la partie de toi qui se nourrissait de chair et de sang. Ta peau basanée et tes yeux dangereux me firent tressaillir. Tu revins vers moi, si émue. Ta démarche souple et désinvolte faisait bondir tes seins nus. Ne pas soutenir ton regard était sacrilège. Un sourire en coin s’esquissa sur tes exquises lèvres. Tes longs cheveux aile de corbeau tombaient en cascade dans ton dos, caressant la chute de tes reins. Tu fonçais tête baissée vers ta mort. Une mort tremblante et terrifiée.

J’étais celle qui te ferait perdre ta magie, en avais-tu seulement conscience ? Le souvenir de l’eau caressant ton corps me fit oublier les mots.

Un doigt se déposa sur mes lèvres. « Embrasse-moi ». Je voulais que tu m’étreignes avec vigueur afin chat qui louche maykan alain gagnon francophonied’oublier qui j’étais.

Nous avions fait de la nuit un éternel rêve que l’on vit. Un amour que je chérissais avec avidité. Tant que tu étais à mes côtés, la vie avait un sens. Car dès la seconde où nos regards s’étaient croisés, je sentis qu’enfin, je pourrais aimer… de nouveau.

Ta bouche sur la mienne, mon cœur avait prié pour te garder. Qu’était-ce la fin du monde, quand notre amour commençait enfin ? Au contact de ton corps brûlant contre le mien, le temps s’était figé, ébahi de notre cran. Et l’aura bleue de cette lune fit poésie de cet instant.

Francesca Tremblay

NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

16 octobre 2014

Sur les pas de la créativité

Yaoouuuhhh !!! Je ne suis pas un hurluberlu !!!chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Dans ma chronique du 12 mai 2012, je m’inquiétais. Étais-je le seul à trouver de l’inspiration dans mes muscles, à dénicher des solutions en marchant, joggant, roulant sur mon vélo ? J’avais cherché dans les livres, dans internet. De ma recherche, j’étais revenu bredouille. La science se taisait.

Eh bien, deux ans plus tard, elle le confirme. Une marche engendre plus d’idées créatrices qu’une tâche en position assise. Marily Oppezzo, PHD de l’Université de Santa Clara, une des auteurs d’une étude publiée par l’Association américaine de psychologie, me rassure. Je ne suis pas seul : « Plusieurs personnes déclarent mieux penser en marchant. »

Ils ont divisé 176 étudiants en deux groupes. Les premiers marchaient, les autres se faisaient pousser sur un fauteuil roulant. À des tests souvent utilisés pour mesurer la créativité de la pensée, par exemple trouver des usages divers à des objets, les marcheurs donnaient des réponses plus créatives. Pour déterminer si déambuler à l’extérieur contribuait à l’inspiration, les auteurs ont repris les tests à l’intérieur. Encore une fois, les marcheurs étaient plus créatifs que les personnes assises. Ainsi, l’environnement importe peu, le bénéfice spécifique est dans la marche.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLa vie moderne, avec ses heures passées sur le banc d’école, devant la télé, l’écran d’ordinateur, son bureau, pour le travail, les études et les divertissements, nous garde assis en moyenne 66 % de notre temps d’éveil. Alors que je préparais ce billet, le hasard m’a fait visionner le très intéressant reportage intitulé Bureau actif à l’émission Découverte du 28 septembre à RDI. Nous y faisons connaissance avec le Dr James Levine, endocrinologue de la Clinique Mayo de Boston, et de son invention pour « partir en guerre contre la chaise », une table ajustable surplombant un tapis roulant branché à un ordinateur. Selon le Dr Levine, comme nous n’avons pas été conçus pour être assis tout le temps, notre corps ne peut fonctionner de manière optimale dans cette position. Il s’assoupit donc, et nous engraissons. Notre santé est en jeu. La table de travail du Dr Levine permet de s’affairer à l’écran tout en marchant sur un tapis roulant. Des études ont été réalisées sur ses utilisateurs. Tout aussi efficient au travail, le marcheur qui y prend le temps de marcher plusieurs fois par jour, se sent plus alerte au travail, moins fatigué en fin de journée, et plus heureux. En outre, une étude exécutée avec des électrodes externes captant l’activité cérébrale a démontré que le marcheur travailleur présente une hausse importante des ondes gamma, les ondes de l’attention. Et qui dit attention, dit concentration et performance.

Pendant le reportage, j’ai repensé à un détail de ma jeunesse, alors que je fréquentais l’école primaire de monchat qui louche maykan alain gagnon francophonie village, voisine du presbytère. Incrédules, nous, les jeunes, épiions le curé de la paroisse qui y lisait son bréviaire en faisant les cent pas sur la galerie. Des heures durant, il allait, venait, remuant les lèvres au rythme des pas et des prières. Nous trouvions amusante cette singulière habitude qui alimentait nos moqueries. Aujourd’hui, je comprends. En plus de le garder en forme, la marche l’aidait à prier, méditer, ou préparer sa prochaine messe.

Nous ne bougeons pas assez. Trop de travail, trop de responsabilités. Nous nous mentons à nous-mêmes ! Marcher en travaillant n’est peut-être pas donné à tous, mais une marche d’une vingtaine de minutes quelques fois par jour rendrait notre physique et notre mental plus forts. Pas besoin d’être un athlète de pointe.

Alors, j’imagine que comme moi, vous aimeriez être plus attentif, plus alerte et plus créatif ? Eh bien, faisons un pied de nez à notre chaise, et marchons !

 Sources : 

http://www.apa.org/news/press/releases/2014/04/creativity-walk.aspx

Marily Opperzo, Daniel L. Schwartz, Give your ideas some legs : The positive effect of walking on creative thinking, Journal of experimental psychology : learning, memory and cognition, avril 2014.

© Jean-Marc Ouellet 2014

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

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Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

15 octobre 2014

Le chien de Dieu (carnets 2000-2004) d’Alain Gagnon

 

        Ça fait trois fois que je lis Le chien de Dieu et je suis toujours aussi enthousiaste. Il s’agit d’un ouvragechat qui louche maykan alain gagnon francophonie mené de main de maître dans lequel l’auteur exprime librement ses idées.

            Il faut d’abord parler du style de Gagnon et de sa poétique puisqu’il s’est d’abord et avant tout fait connaître par ses fictions. Ce livre est fort bien écrit ; on reconnaît ici l’écrivain qui s’est formé au contact d’auteurs aussi exigeants que Maupassant et Hemingway. Il y a d’ailleurs des expressions que j’ai soulignées tellement je les trouvais belles, dont celle-ci : « le rut des vagues ». Il y a également de très beaux passages que devrait méditer tout écrivain et, a fortiori, tout écrivain en devenir. Ainsi, la description du manoir seigneurial de Saint-Roch-des-Aulnaies (p. 234-235) est un modèle du genre. En outre, les propos que tient Alain Gagnon sur la littérature et plus spécialement la poésie sont révélateurs d’une sensibilité et d’une pensée qui détermine l’évolution de son œuvre. Gagnon fuit comme la peste tout ce qui ressemble à de la sensiblerie. À la page 416, il explique très bien ce qu’il entend faire en poésie : « Surprendre la conscience dans son acte de perception… » Et un peu plus loin, à la page suivante, il ajoute ce qui suit : « Ce que je recherche, c’est la tangente entre ma conscience et le monde ; là où l’on s’émerveille du geste même de percevoir – non pas la recherche de ce qui est perçu, mais la recherche de « ce qui perçoit ». »

            Gagnon, par ailleurs, se débrouille très bien dans le monde des idées. Ses carnets sont le fruit de longues réflexions nourries d’auteurs illustres et de première importance (Marc-Aurèle, Hegel, Nietzsche, Teilhard, Bernanos, Popper, etc.). Plusieurs de ses affirmations trouvèrent chez moi un acquiescement enthousiaste, dont ces pensées sur le suicide que vous retrouverez à la page 355 : « De ceux qu’on exhorte à refuser le suicide, mon regard se tourne vers tous ceux, travailleurs sociaux ou parents, qui tentent de les dissuader. Qu’ont-ils de si enthousiasmant à proposer ? La pensée laïque et postmoderne ennuie mortellement, dès les premières explications. Ce qui pourrait enthousiasmer dans l’existence – les valeurs spirituelles, le sacré, le transcendant… – notre génération l’a saccagé, tourné en dérision ou a honte d’en parler. Reste notre avachissement d’hommes roses, reste ce monde criard, hédoniste et cyniquement cruel qu’illustrent à merveille Loft Story et la toute-puissante Loto. » (Ici j’ai envie de dire : Bravo !) Je dois ajouter que l’auteur a le courage d’éviter le confort intellectuel : il ne choisit pas son camp quand tous les camps semblent déshumanisants. S’il tape fort sur un hyperlibéralisme qui voudrait tout réduire à l’état de marchandise, il se montre également très critique envers les tendances étatistes de la gauche. En fait, Alain Gagnon ne semble avoir qu’un parti, celui de ces auteurs qui défendent des valeurs spirituelles vers lesquelles il faut toujours revenir. Gagnon ne craint pas de se dire croyant et il ose, chose rare dans une époque de spécialistes obtus, s’adonner à la spéculation métaphysique.

 Frédéric Gagnon

Alain Gagnon, Le chien de Dieu : carnets 2000-2004, Montréal, Éditions du CRAM, 2009.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


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