Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

20 décembre 2014

Petit Papa Noël,

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Tu n’es ni petit, ni mon papa, mais visiblement c’est comme cela qu’on t’appelle, dont acte. Petit Papa Noël, d’aucuns racontent que tu ne portes des cadeaux qu’aux enfants sages – bonjour l’ouverture d’esprit. N’étant moi-même qu’une vaste supercherie (mon enfance sage est sûrement un fossile), un peu comme toi, je me permets ces quelques mots.

 Faire croire que tu existes est à la fois facile et déroutant : on te voit partout, sous toutes les formes possibles, on peut même te parler, te toucher, faire des photos avec toi, moyennant finances bien sûr, parce que, oui, arriver à croire, ce n’est pas gratuit. Tu es gros, petit, grand, maigre, avec l’accent du sud ou d’ailleurs, avec le rire facile, tu es protéiforme tout en te cachant sous un uniforme quasi universel et ressembles à un dieu grec avec ta barbe blanche. Au supermarché, dans la rue, à l’école, partout on tombe sur toi, tu es presque aussi inévitable que la mort.

 Le problème, PPN, c’est que tu n’existes pas. Le problème c’est que tous les enfants veulent comme cadeau Le Super Jouet Qui Coûte Un Bras et que, bien sûr, tu n’es pas foutu de l’apporter à tout le monde. Alors, que se passe-t-il le 25 décembre ? Eh bien, les enfants dont les parents ont les moyens se retrouvent avec le Super Jouet Qui Coûte Un Bras… et se disent que le monde est décidément magique ; ceux dont les parents peinent à vivre à partir du 15 du mois se retrouvent avec un Jouet Un Peu Moins Bien Mais Surtout Beaucoup Moins Cher… et se disent que le monde est un peu merdique. Qui a raison, qui a tort ? La vérité est toujours un entre-deux. Disons que le monde est une merde magique ou une magie merdique, quelque chose comme ça. Les adultes le savent. Mais les enfants, cher papa, auraient le droit de voir plus de magie que de merde, et ta non-existence tout en faisant croire que tu existes les en empêche. Alors, finalement, on peut se demander, comme souvent quand on réfléchit un peu : À quoi bon ? Et ta réponse éternelle serait, comme d’habitude : Oh Oh Oh – trop facile.

Alors, Petit Papa Noël, quand tu descendras du ciel, tu ne risques pas d’oublier mon petit soulier car je te l’enverrai en pleine poire.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

18 décembre 2014

 L’imagination…

(Réflexions d’Aldous Huxley sur le rôle ambigu de l’imagination, cette « folle du logis » comme l’appelait Pascal. À mettre en parallèle avec ce que pensent les maîtres bouddhistes et les mystiques chrétiens.)

 Ce que le docteur Benoît dit de l’imagination m’apparaît de toute première importance. Selon lui, ellechat qui louche maykan alain gagnon francophonie serait, d’une part, un écran qui nous protège de la réalité (spirituelle et matérielle) et, d’autre part, un mécanisme psychologique compensatoire qui nous permettrait de supporter notre existence d’humain non régénéré. Sans nos fantasmes, sans nos fuites dans l’imaginaire, la misère de notre condition nous oppresserait à un point tel que nous deviendrions fous ou nous nous suiciderions.

Malheureusement, ces mêmes échappées dans l’irréel, qui nous conservent santé mentale et vie, nous rendent incapables de voir la réalité telle qu’elle est. L’imagination est donc à la fois notre meilleure et pire alliée.

(Aldous Huxley, Vedanta  for Modern Man)

 Aldous Huxley : écrivain britannique, né le 26 juillet 1894 à Godalming, Royaume-Uni, et mort le 22 novembre 1963 à Los Angeles.  Il est plus particulièrement connu pour son roman Le meilleur des mondes.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieConnu comme romancier et essayiste, il a aussi écrit quelques nouvelles, de la poésie, des récits de voyage et des scénarios de film. Dans ses romans et ses essais, Huxley se pose en observateur critique des usages, des normes sociales et des idéaux, et se préoccupe des applications potentiellement nuisibles à l’humanité du progrès scientifique. Alors que ses premières œuvres étaient dominées par la défense d’un certain humanisme, il s’intéresse de plus en plus aux questions spirituelles, et particulièrement à la parapsychologie et à la philosophie mystique, un sujet sur lequel il a beaucoup écrit. Dans certains milieux, Huxley était considéré à la fin de sa vie comme l’un des phares de la pensée contemporaine. Le courant de pensée dit du « New Age » se réfère fréquemment à ses écrits et à ses études des hallucinogènes. (Tiré de Wikipédia)


Un conte de Noël contemporain de Jean-Marc Ouellet…

17 décembre 2014

Un traîneau nommé 67P

 

510 millions de kilomètres de froid sidéral me séparaient de chez moi. En son sein,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie Rosetta m’avait porté. Nous avions contourné la Terre et orbité autour du soleil, y acquérant, par l’action de la gravité solaire, l’élan ultime pour le périple. Dans l’oubli stellaire, nous avions ensuite voyagé, et voyagé. Parfois, nos maîtres nous donnaient signe de vie, contacts éphémères, mais réconfortants. Le voyage était si long, et le silence, si profond. Les astres, seuls compagnons, nous observaient, indifférents. Notre périple a duré dix ans.

Enfin, 67P est apparue, belle comète avec sa traînée de matière. Curieux par devoir, nous nous sommes approchés. Méfiants, nous l’avons scrutée. Nous étions tout près quand Rosetta m’a larguée. En chute libre, j’ai vu l’astre grossir, et grossir, jusqu’à ne plus voir que sa surface. Avec maladresse, je m’y suis posé. Tout croche. À l’ombre. C’était le 12 novembre.

Mes maîtres jubilaient. Ils croyaient peut-être que je n’y arriverais pas. Belle confiance !

Je me suis senti seul. Rosetta aussi, j’imagine, elle qui, abandonnée, dérivait vers les profondeurs de l’univers. Moi, j’avais mon nouvel ami, ce rocher aride, insensible en apparence, qui poursuivait sa route, filant vers le soleil, notre étoile, avec moi, en équilibre précaire sur son dos.

Mes maîtres festoyaient encore quand le problème s’est révélé. Mon énergie se consumait et mes piles ne se chargeaient pas. À l’ombre de mon ami, je mourrais. J’en avertis mes maîtres. Leur réponse fut limpide. Je me suis donc mis à la tâche, avant que mes forces ne m’abandonnent. J’ai transmis des images, plusieurs images. Pour quelques rayons de soleil de plus, j’ai soulevé mon poids plume, une masse de un gramme sur la Terre, me repositionnant de quelques centimètres, assez pour reprendre contact avec mes maîtres, et forer la surface de 67P.

Hélas, malgré mes espoirs, la manœuvre n’a pas suffi. Mes batteries ne se rechargeaient pas. Une seule solution s’envisageait : l’hibernation, éteindre mes circuits, goûter au néant, filer dans le cosmos sur le dos d’une roche, vers le soleil qui, vers le mois d’août, me réanimerait peut-être. Peut-être…

J’y suis. Plus qu’un circuit à couper. Adieu, réalité. Toi qui m’étais chère. Je…

Tiens. Bizarre. Le soleil est encore loin, et je reprends vie. Le vide sonore n’existe plus. Des clochettes carillonnent. Un murmure émane des étoiles qui dansent.

….et les yeux levés vers le ciel

À genoux les petits enfants

Avant de fermer les paupières

Font une dernière prière…

Je mets mon horloge en marche. 24 décembre. Le froid n’est plus. Mon tripode ne sent plus le roc. La surface est moelleuse. Et chaude. Où est 67P ? Où suis-je ? À plein régime, mes batteries se rechargent. Je revis ! Devant, la traînée n’est plus. Un attelage formé de milliers de rennes la remplace. Avec entrain, les quadrupèdes galopent, me lorgnent avec malice. Nous filons à folle allure à travers le cosmos. Derrière moi, du mouvement. Je redirige mes caméras.

Comme autant de nébuleuses, une infinitude de boîtes enrubannées défile. Devant, me sourit un grand personnage rouge et blanc. Je consulte ma base de données. Néant. Rien sur ce céleste personnage.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie− Ne crains rien, Philae, prononce une voix paisible et grave issue d’une barbe majestueuse. Avec confort, installe-toi. Une longue et belle nuit approche. Une nuit singulière. Tes maîtres ne s’en doutent pas, mais cette nuit, ensemble, nous survolerons leur ciel, nous nous faufilerons dans leurs cheminées, nous réchaufferons les cœurs transis et dévoileront aux âmes sensibles à quoi servent vraiment les comètes ! Ho ! Ho ! Ho !

© Jean-Marc Ouellet 2014

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

16 décembre 2014

Du Prozac dans mes cornflakes…

tu me dis qu’il faudrait que je me libère d’hier n’aie plus peur de demain et jouisse chat qui louche maykan alain gagnon francophonie aujourd’hui

tu me dis qu’il faudrait que j’ignore les tics les tacs trop bruyants de l’horloge de la gare

tu me dis qu’il faudrait que je dise oui que je dise non mais que je dise quelque chose merde et me décide à monter tic oui tac non dans ce train pressé qui n’attendra pas

mais le monde lui-même tu sais a oublié qu’il fallait qu’il fasse un choix une bonne fois pour toutes encore à jamais sans CTRL-Z à portée de main

et déjà le monde a tiré ce trait indélébile sur l’ordre des choses les il faudrait les choix les saisons les trains trop pressés et le temps qui passe

l’hiver n’a jamais été si doux sans parvenir à se décider à pointer le nez de ses degrés son blanc manteau ses lèvres gercées ses mains craquelées

mais sur le quai de gare le monde se sent impuissant s’en veut et ne sait plus contre qui tourner sa colère qu’il ne peut exprimer de tempêtes en inondations

c’est le monde qui prend l’eau et c’est moi qui m’y noie

tu me dis que je suis une cocotte-minute sous pression moi qui n’ai jamais su cuisiner qu’avec mes pieds et m’efforce de faire coller les pâtes car elles sont meilleures comme ça

tu me dis que les métaphores m’échappent et que je suis beaucoup trop à fleur de peau moi qui suis allergique à ces trucs jaunes oranges rouges qui bourgeonnent au printemps

tu me dis qu’il faudrait que je sorte mon rapporteur et délaisse le premier degré mes œillères et mon nombril pour voir un peu plus loin que le bout de mon nez

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde avec cet air paternaliste du tout qui me montre les dents de « c’est pas bien » en « il faudrait » et la marque de sa main sur ma joue beaucoup trop rebondie

ce monde fais ce que je dis pas ce que je fais oui mais y’a pas de mais dis merci à la dame excuse-toi baisse ton froc et souris à monsieur le curé

ce monde qui a perdu son sourire avant moi

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde paternaliste pater noster papaoutai mais tu sais je m’en fous

tu me dis qu’il faudrait que j’encaisse les coups en gardant la tête haute qu’une balle dans la tête si on n’y pense pas ça fait même pas mal en fait

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même avec des seins et un vagin

tu me dis qu’il faudrait que je noie mes cornflakes dans du prozac que je cache ma poitrine sous un ruban adhésif bien trop serré qu’il n’y paraîtrait rien

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même dans le caniveau d’une ruelle isolée non ça serre juste le poing et le plante parfois contre ce macadam qui ne cède pas

mais toi le monde les autres l’enfer et moi on en est tous au même point je crois

à faire cogner nos talons sur les pavés creux de ce monde inanimé

à brandir ce bouclier de certitudes sans y croire vraiment

à se dire que finalement le prozac se digère tellement mieux que le lait

MAIS y’a pas de mais avale-le et tais-toi

ne rien voir ne rien entendre ne rien dire

sois singe, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille

est-on toujours soi sous camisole chimique ? pleure-t-on toujours aussi aigu le sourire qui sonne faux ? pense-t-on encore la larme sèche ?

je pense donc je suis ; le prozac digéré je n’existe déjà plus

tu me dis qu’il faudrait coûte que coûte que je me sorte les doigts du cul que je me file des coups de pied aux fesses que je me couvre de bleus pour tes beaux yeux

tu me dis qu’une fille chouette elle avale sanglote ravale

sa fierté ses rêves et les excréments du monde

qu’une fille c’est chouette ça doit être chouette sourire exhiber ses dents blanches ses couettes de blondinette et sa taille de guêpe

comme Barbie – Barbie qui sourit merde à la plage au ski à la salle de sport en boîte de nuit au lit avec Ken et qui exhibe fièrement son thigh gap

j’ai le thigh gap neurologique et les cuisses qui se touchent beaucoup trop s’enlacent s’entrelacent trépassent derrière de grosses plaques rouges en été

le teint beaucoup trop pâle tu sais j’aurais été une putain de bombe au 16e siècle

chat qui louche maykan alain gagnon francophonietu me dis que – je le veuille ou non – tu feras de mes épaules les plus solides du monde

tu me dis que – pour mon bien donc OSEF – tu verseras

du prozac dans mes cornflakes

quitte à me faire suffoquer pour atteindre le dernier cran de la ceinture

quitte à me ligaturer les trompes la pensée

quitte à les noyer – mes cornflakes

tu me dis que tout ira bien maintenant qu’il ne faut pas que je m’inquiète tant que j’aurai

du prozac dans mes cornflakes

mais tu sais peut-être t’as oublié mais il a toujours été

le matin j’ai toujours été infoutue d’avaler quoi que ce soit

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

14 décembre 2014

Coups de cœur 2014 — Musique

L’année tire à sa fin, et les nombreuses listes ont envahi les journaux, blogues et autres publications sur le web. J’y contribue aujourd’hui en vous offrant quelques coups de cœur musicaux de l’année, sans ordre précis.

L’unique Courtney Barnettchat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Elle a fait sensation tout au long de l’année sur les scènes des festivals du monde entier. Je l’ai vue au festival NXNE de Toronto en juin, où elle a offert trois spectacles en autant de soirs dans la salle exiguë du Silver Dollar Room, attirant plus de gens à chaque spectacle grâce au bouche-à-oreille. Lors du dernier soir, celui auquel j’ai assisté, l’ambiance était folle. Les gens se marchaient sur les pieds, nous étions entassés comme j’ai rarement vu, mais l’atmosphère était électrique, la bonne humeur régnait, et Courtney Barnett était en plein contrôle de son art sur scène. Son style de chant quasi inexpressif, jumelé à son jeu de guitare féroce, offre une expérience unique. Accompagnée de deux musiciens, l’Australienne fait son bonhomme de chemin depuis quelque temps déjà, et devrait nous offrir un réel premier album d’ici peu. Mais en attendant, vous pouvez écouter en ligne son superbe « e.p. » double, A Sea of Split Peas, en cliquant ici.

Les voix enchanteresses de Chic Gamine

Une autre formation que j’ai vue à Toronto en juin dernier, Chic Gamine est née à Winnipeg, mais compte parmi ses membres des gens originaires du Québec. Sur son site web, le groupe se décrit comme un mélange de Motown, de pop française et de rock n’ roll. Je suis allé voir la formation à NXNE sans aucune attente, et ce sont surtout les voix des chanteuses, seules ainsi qu’à l’unisson, qui m’ont gagné immédiatement. Elles possèdent une force de frappe phénoménale, tout en étant à la fois délicates et sensibles. C’est d’une très grande justesse vocalement, la musique est entraînante, c’est rafraîchissant ; je ne saurais tout simplement pas m’en passer. Vous pouvez écouter certaines de leurs chansons en cliquant ici, et je vous invite également à écouter leur récent minialbum de Noël, disponible en écoute ici.

Pink délaisse la pop et forme un duo folk

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLa chanteuse pop Pink a délaissé son style de prédilection le temps d’un album en duo avec Dallas Green, qui évolue sous le nom City and Colour. Le chanteur folk et la jeune interprète se sont renommés simplement You + Me et ont lancé en octobre dernier le disque Rose Ave. Ce disque fut fait avec l’intention d’explorer, de ne pas se limiter, de faire ce que les deux individus avaient envie de faire, tout simplement. Le résultat est une merveilleuse collection de ballades, parfois tristes mais jamais geignardes, toutes des chansons originales sauf une reprise d’un succès de Sade. L’attrait principal est l’interprétation vocale, et la façon dont les deux voix s’entremêlent, s’appuient l’une sur l’autre. Il est possible d’écouter les chansons sur le site officiel du duo. Une réelle – et très belle – surprise !

Une trame sonore aussi cauchemardesque de belle

L’étrange couleur des larmes de ton corps  est un film peu commun,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie déroutant, original, et qui en rebutera plus d’un. Et je vous le conseille fortement ! Il est présentement sur Netflix et sur Blu-Ray/DVD. Mais puisque ceci est une liste de coups de cœur musicaux, c’est de la musique du film dont je veux vous entretenir ici. La trame sonore est composée de pièces tirées de vieux films italiens des années 70 et 80. Le couple de cinéastes derrière le film, Hélène Cattet et Bruno Forzani, a pigé dans le bassin musical du cinéma fantastique qu’il affectionne, et a concocté une tapisserie sonore peu commune pour son propre film. Le résultat, jumelé aux images surréalistes, laisse une forte impression sur le spectateur. Cela provoque des sentiments qui nous habitent encore longtemps après le visionnement. Ce film est puissant, et sa trame sonore y contribue beaucoup. Je ne crois pas qu’une sortie officielle soit prévue pour la trame sonore, mais heureusement un internaute s’est amusé à regrouper sur une même page toutes les plages qui la composent. Cliquez ici, et pénétrez dans un univers sonore étrange et terriblement beau.

Prochaine chronique : coups de cœur cinéma et télévision.

Notice biographiquechat qui louche maykan maykan2 alain gagnon

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

12 décembre 2014

Les édredons font de beaux cercueils

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Crédit photo : deviantart

 

 J’ai la peau qui bout sous tes caresses ardentes

J’ai leur cœur qui frémit sous tes baisers enflammés

Pourtant je me sens esseulée

Malgré que tu sois à mes côtés…

 Tomber amoureux. Nous avons chuté littéralement dans l’abîme, lui et moi. Une tranchée glissante, dont les amants morts ne remonteront jamais, enlisés dans la boue des jours sans lumière. Des nuits sans étoiles. Nous parlons si peu. Nous explorons nos corps oubliés pour découvrir que le soleil de minuit tatoué dans le creux de mes reins est un dernier ciel pour l’Icare qu’il est. Et quand nos têtes percutent les anneaux de saturne, nous brûlons nos ailes de cire pour nous écrouler sur Terre, dans sa chambre, sous ses draps.

 J’ai le souffle court, j’ai peine à respirer

Tes mains autour de ma gorge

Je sens que je vais m’envoler

Tes violences sont un poison

Que mon cœur apprend à pardonner

J’avais tant besoin de me brûler…

 Il croque la pomme jusqu’au cœur et il me crache en plein visage les pépins qui entravent son souffle. Il me dit que je suis de celles que l’on ne rencontre qu’une fois dans une vie, et c’est pourquoi il n’aime pas que d’autres hommes posent les yeux sur moi. J’étais tellement heureuse. Heureuse d’aimer. Je croyais que l’amour, c’était ce coup de foudre qui paralysait mon corps entier devant son sourire enjôleur. Je pensais que c’était ses mots défendus qu’il soufflait dans le creux de mon cou. Mais il n’y eut plus de magie. La foudre a disparu, mais les coups sont restés.

Les bras en croix, je songe au soleil et aux champs de blé à perte de vue. Des champs trop grands pour la gamine que je suis. Des blés qui se balancent dans le vent et j’ai le vertige à regarder la course des nuages. Ils se gonflent de blanc et foncent dans le bleu du ciel comme un troupeau de bisons tourmentés. Je suis déjà là-bas… Je suis déjà là-bas.

 Mon corps sous le tien, abîmé

Je suis celle qui creuse pour s’évader

Les édredons font de beaux cercueils

Quand l’amour tue la femme que tu effeuilles.

 NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

11 décembre 2014

Le meunier, son fils et l’âne…

(Dans toutes les sphères d’activité, on critique facilement les autres.  Façon de se dédouaner de soi.  Lorsque l’on cède à cette faiblesse, on devrait tous relire cette fable de Jean de La Fontaine.  Je le fais fréquemment.)

[…]

J’ai lu dans quelque endroit qu’un Meunier et son fils,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie
L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,
Mais garçon de quinze ans, si j’ai bonne mémoire,
Allaient vendre leur Âne, un certain jour de foire.
Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.

Le premier qui les vit de rire s’éclata.
Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
Le Meunier à ces mots connaît son ignorance ;
Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
L’Âne, qui goûtait fort l’autre façon d’aller,
Se plaint en son patois.  Le Meunier n’en a cure.
Il fait monter son fils, il suit, et d’aventure

Passent trois bons Marchands.  Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s’écria tant qu’il put :
Oh là ! oh ! descendez, que l’on ne vous le dise,
Jeune homme, qui menez Laquais à barbe grise.
C’était à vous de suivre, au vieillard de monter.
– Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.
L’enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte,

Quand trois filles passant, l’une dit : C’est grand ‘honte
Qu’il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
Tandis que ce nigaud, comme un Évêque assis,
Fait le veau sur son Âne, et pense être bien sage.
— Il n’est, dit le Meunier, plus de Veaux à mon âge :
Passez votre chemin, la fille, et m’en croyez.
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L’homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.

Au bout de trente pas, une troisième troupe
Trouve encore à gloser.  L’un dit : Ces gens sont fous,
Le Baudet n’en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
Hé quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
N’ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
Sans doute qu’à la Foire ils vont vendre sa peau.
– Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père.

Essayons toutefois, si par quelque manière
Nous en viendrons à bout.  Ils descendent tous deux.
L’Âne, se prélassant, marche seul devant eux.
Un quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode
Que Baudet aille à l’aise, et Meunier s’incommode ?
Qui de l’âne ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur Âne.

Nicolas au rebours, car, quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
Beau trio de Baudets !  Le Meunier repartit :
Je suis Âne, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;
J’en veux faire à ma tête.  Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en Province ;
Prenez femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement :
Les gens en parleront, n’en doutez nullement.

(Toujours d’actualité, en tous temps et en tous lieux.)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les amours de livres de Falbalapat

Grignoteuse de livres... Des petits partages de lecture entre nous, un peu de musique et quelques artistes en images...

Maillage Exquis

Quand les mots s'enchaînent comme dans un maillage exquis

LE CHAT QUI LOUCHE 2

Arts et littératures de la Francophonie...

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Le blogue de Reynald Du Berger

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