Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

17 avril 2014

Une artiste nommée Terre

  La Terre est magnifique ! Grandiose. Des paysages insolites, des couleurs hallucinantes ! Des tableaux sublimes rio-cano-cristales-river-of-five-colours-columbia-6qui nous émeuvent. Les deux pieds sur Terre, nous regardons, avons le cœur chamboulé. La beauté crée du bonheur à l’intérieur. Je l’ai déjà écrit. David Hume a d’ailleurs souligné que « la beauté des choses existe dans l’esprit de celui qui les contemple. » La beauté est personnelle, et connexe au bonheur. L’âme triste ne reconnaît pas le beau, et la beauté souffle de la lumière dans la tristesse.

La Terre est belle donc. Parce qu’elle est diversifiée, nous surprend. Francis Bacon écrivait : « Toute beauté remarquable a quelque bizarrerie dans ses proportions. » C’est en effet par ces « bizarreries » que la Terre nous éblouit. Si vous avez voyagé, vous avez peut-être admiré la Vague aux Coyotes au Vermillon Cliffs National au Colorado. Ou le Grand Orismatic Spring au parc américain de Yellowstone. Ou encore les terres aux sept couleurs de Chamarel sur l’Île Maurice. Des lieux mythiques parmi tant d’autres, des lieux vénérés pour leur beauté. *

Les pieds bien posés au sol, nous nous extasions. Or, il est rare que nous ayons la chance de voir la Planète bleue du ciel. Bien sûr, nous avons à l’esprit la majesté de la Terre aperçue de l’espace. Le bleu des océans, le brun des continents, le blanc des pôles et des sommets nous fascinent, nous intimident. Un malaise nous envahit, nous nous sentons petits.

TchadD’un peu plus près, la Terre se transforme en artiste, crée des tableaux qui n’ont rien à envier aux Picasso et Michel-Ange de ce monde. Des clichés de ces chefs-d’œuvre regorgent sur le site de l’Agence spatiale européenne, des clichés des Envirosat, Kompsat-2 et autres satellites, des clichés qui révèlent ce que nous savions déjà : la Majesté de la Planète bleue.

Une image vaut mille mots. Je vous propose donc les 15 000 mots en images du portail web du Nouvel Observateur dans une sélection de 15 photos des œuvres inédites de cette artiste brillante, trop souvent négligée, ou méprisée : la Terre.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20131009.OBS0333/grand-format-la-terre-vue-depuis-l-espace.html

 © Jean-Marc Ouellet 2014

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

16 avril 2014

 Trois poèmes sur la nuit alchimique…

1.

La nuit le Serpent s’éveille. Les feux de ses yeux rubis coulent sur nos corps adamantins – et les étoiles roulent slamandredes étincelles dans la mauve noirceur du ciel qui s’éploie.

Nous serons célèbres et anonymes dans l’orgie qui se prépare, mais pour l’instant demeurons quiets et alertes, conscients par inadvertance dans l’aurore d’une nuit sans fin.

Un squelette tient un merle dans sa dextre, et la fille aux sourires d’ombre promet un printemps de santal au faune qui la courtise.

Voici venir l’aurore d’un Serpent. Que les corps s’entremêlent en joie jusqu’à l’excès, toutes souffrances reléguées aux jours fadasses d’un épuisant labeur.

Réveillez-vous !

Maintenant le nombre d’or s’enrobe de son mystère.

Maintenant je retrouve mon visage dans vos faciès multiples qui n’en sont qu’un seul.

 2.

Sais-tu les larmes inavouées des automates ?

Sais-tu le cri sourd d’un inceste que banalisent le plastique, la vitre, le bitume, le béton ?

Sais-tu toute l’horreur, toute la démence qu’emmurent les mots d’un quotidien de mégarde ?

Sais-tu les viols dont nous ne sommes même plus conscients ?

Sur sa terre qui tournoie dans une dimension x, un spectateur nous voit sur son écran de télé.

Au fond rien n’est exceptionnel. Au fond rien n’est terrible.

Le seul scandale est celui de la conscience. Le personnage s’éveille et le comédien se crève les yeux.

 3.

nuit alchimiqueVoici la nuit, la Nigredo, la grande nuit alchimique, mais de cette noirceur matérialisée au creux d’un désuet athanor, nous ne renaîtrons point transmutés, oubliés des Temps et des Sages qui rêvent les durées enfantées du Ciel.

La nuit.

Des guitares électriques tapissent les parois mentales de voix qui palpitent comme les tempes de jeunes vierges à l’approche de l’Ignoble. Il y a longtemps que nous nous sommes oubliés. Nous errons, enfants aux regards aveugles, en des galeries que fustigent les néons. Nous ne savons réellement plus qui nous sommes – mais un seul « Je t’aime » suffirait peut-être à nous délivrer d’un enfer que l’on nomme Oubli.

L’Amour est la réponse.

L’Amour est une prière.

L’Amour est tout. Tout ce qui est est Amour.

Mais nous, sommes-nous ?

La musique qui nous assourdit fracasse le nerf central. Le dégoût nous porte d’un plaisir à l’autre et nous demeurons sans substance.

Bois. Bois et oublie l’Oubli. Ou consens à ta Transfiguration.

Pourquoi toujours choisir le chemin facile de la misère ? Nous n’avons plus de conscience. Nous voyons des objets inertes, agités, à jamais les mêmes et différents…

Il dit, Pourquoi pleurer ? – et l’autre de répondre, Sa mère est morte.

Et moi je dis, Mais elle n’a pas de mère. Nous n’avons de commencement ni de terme, nous qui attendons depuis l’origine sans début dans le narthex de toutes choses.

Et elle ne cesse de pleurer. Cela lui donne une sorte de consistance. Peut-être finirai-je par lui consentir l’existence. Mais nous sommes tous des dieux cruels, nous qui hantons ce bar infini où ne trinquent que les ultimes désespérés.

Nous sommes des débauchés laborieux. Et pourtant nous n’avançons pas sans élégance au milieu des décombres.

Mais qui donc nous montrera le vrai visage de l’homme ?

Des guitares électriques tapissent les parois mentales – et la fille qui n’a pas de ventre pleure une mère inexistante.

Frédéric Gagnon

Notice biographique

Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

14 avril 2014

Sous le soleil d’Opitciwan

Sous le soleil d'Opitciwan

Quand le soleil se pointe à l’horizon, il diffuse sa lumière partout sur son passage : des grandes villes jusqu’au plus secret des jardins. Elle se faufile entre les bâtiments des places publiques, s’introduit dans les ruelles et fait croître les arbres de nos forêts. Illuminant à la fois le visage de tous, dont les enfants, les mendiants, les hommes d’affaires, et réchauffant le sable des plages désertes. La lumière est une source d’énergie universelle.

Il est important de valoriser les lieux de paix où le silence donne accès à notre intériorité. Ce sont des endroits qui alimentent les rêves de plusieurs. Quand on a besoin d’un retour aux sources, de ressentir pleinement ses émotions, il devient essentiel d’étancher cette soif d’évasion. Je connais bien un milieu où il fait bon s’exiler pour se retrouver. Parmi les paradis dont regorge le Québec, on trouve un village de la nation atikamek : Opitciwan. Derrière son lourd passé historique s’étale une vérité : les membres de la communauté autochtone ont de profondes racines et ils évoluent en sol fragilisé.

Personne ne peut nier cette réalité à laquelle ces gens ont été confrontés en 1917 : s’adapter au développement industriel. Un barrage fut construit afin d’assurer l’approvisionnement en eau des centrales hydroélectriques du Saint-Maurice. Cette innovation eut des répercussions majeures sur l’environnement et le mode de vie des Atikamekw. C’est une superficie gigantesque qui fut submergée, forçant les autochtones à délaisser leur milieu et à se déplacer toujours plus loin. Le réservoir Gouin a atteint une superficie de 1789 kilomètres carrés. Les troncs, les branchages, les écorces, les mousses, et autres débris végétaux accumulés partout le long des rives devenues impénétrables, finirent par couler et se décomposer.

Le village d’Opitciwan occupe ces lieux depuis les années 1940. Après toutes ces années, l’homme, la faune et la flore ont retrouvé un certain équilibre. Je pense que la gamme de frustrations jadis ressenties par ce peuple est immense. Le silence, qui les accompagne trop souvent, résulte de l’accumulation de souffrances et de chagrins.
À Opitciwan, c’est à travers la forêt boréale, et en se reflétant dans l’eau du réservoir, que se lève le soleil. En langue atikamek, on nomme ce moment : Petapan. Le soleil sera encore présent demain matin. Aux petites heures, regardons ensemble dans cette direction. La lumière réchauffe tous ceux qui ont froid et qui souhaitent simplement évoluer dans le respect des coutumes, des valeurs et des traditions.

Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estVirginie Tanguay près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de L’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

13 avril 2014

L’autre versant de la montagne…

La montagne m’attendait.  J’aurais pu faire mes bagages.  Partir sans même me retourner.  Mais la montagne m’attendait.DSCN2174

Ses mots à lui avaient tranché

« Je ne sais pas comment te le dire…  Mais depuis quelque temps, j’ai une copine qui, bientôt, viendra s’installer chez moi. »

Et le soir même, me laissant seule dans sa grande maison, il était allé la rejoindre.

« Un de perdu, dix de retrouvés ! »

S’était exclamée une amie en apprenant la nouvelle.  Propos qui se voulaient rassurants, mais qui ne firent qu’exacerber ma peine.  Et, étendue sur mon lit, incapable de trouver le sommeil, j’avais passé la nuit à regarder s’afficher les minutes et les heures au cadran lumineux du radio-réveil.  Puis l’aube était venue.  Et dans la clarté de l’aube, la montagne qui, derrière la maison, m’attendait.

Dans la montagne, point de chemin.  À peine la trace d’un petit sentier.  Qui va en louvoyant à travers la forêt et disparaît au pied des crans*.  Ensuite, il faut grimper.  Et, tant bien que mal, tenter de s’agripper à la pierre tout en cherchant des points d’appui.  Et pendant que j’amorçais péniblement ma montée, mon chien, lui, courait devant.  Loin devant.

J’avais commencé l’ascension, le corps brisé, la tête lourde.  Quand, parvenue à mi-chemin, je sentis se dissiper ma fatigue et s’alléger ma tête.  Sans doute le fait de voir la maison peu à peu s’éloigner puis disparaître dans la vallée n’y était pas étranger.  Car j’atteignis le sommet dans un état second.  Et là, en regardant à mes pieds se dévoiler le paysage, j’eus soudain envie de m’envoler.

Sur le sommet de la montagne, point de chemin.  Pas même la trace d’un petit sentier.  Mais une forêt de conifères, parmi lesquels disséminés, quelques bouleaux et peupliers.  Est-ce l’odeur des épinettes ou le vert tendre des jeunes feuilles toutes baignées dans la lumière de ce précieux matin de mai qui vint à bout de ma raison ?  Car soudain mue par l’obsession de découvrir d’autres points de vue, j’errai là-haut un long moment.  Sans découvrir d’autres points de vue.  Que l’infini de la forêt…  Et pendant que mon chien courait devant.  Loin devant.  Moi, incapable de revenir sur mes pas, je commençais à m’inquiéter.

montagneJ’errai encore un long moment quand, au hasard, je découvris juste à mes pieds un filet d’eau.  Dévalant l’autre versant de la montagne, un petit ruisseau.  Et bientôt dans la forêt au gargouillis de ses eaux et au bruit feutré de mes pas vint s’ajouter dans le lointain le grondement sourd d’un moteur.  D’abord une scie.  Puis plusieurs scies qui, dans un concert improvisé, semblaient se donner la réplique.

Quelques traces sur le sol me menèrent à un abattis.  Arbres tombés, branchailles** et cordes de bois***, j’avançais à tâtons à travers ce fouillis quand un premier bûcheron se tourna vers moi.  Puis un deuxième.  Et un troisième…  L’un après l’autre, saluant mon passage d’un regard, d’un signe de tête, d’un sourire ou de quelques mots gentils.  L’un d’eux prit même la peine d’écarter quelques branches de mon chemin.

Étaient-ils quatre, cinq ou six ?  Sept, huit, neuf ou dix ?  Je ne sais plus.  Mais je me souviens pourtant très bien que c’est le dernier, le tout dernier des bûcherons rencontrés sur mon chemin, qui m’escorta vers la sortie.

 * Cran : rocher à fleur de terre

** Branchailles : branches d’arbres jonchant le sol

*** Corde de bois : amas de bois débité et empilé régulièrement

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àdscn025611 force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Inframental, supramental et Borges, par Alain Gagnon…

12 avril 2014

Dires et redires…

Mon roman Lélie ou La vie horizontale m’inquiète. Parce qu’il laisse pantois et hésitants certains lecteurs des comités result27de lecture ? Non. Par son fond même. Boule anthracite du mal-être. Description d’un cul-de-sac : celui du triomphe apparemment absolu du sous-sol, de l’avoir sur l’être, de l’inframental érigé en absolu, en principe directeur même – esquisse à peine caricaturale de l’anthropophagie néolibérale. Tous ces vices humbles, sans faste ; cette surabondance de l’insignifiance et de « l’insignifiant » qui alourdit les paysages, leste irréparablement les personnages atrophiés qui s’y promènent.

Cet ouvrage est-il l’allié objectif de la lumière du monde ou l’éteindra-t-il un peu plus ? Je le voudrais ce chicot noir qu’on lance sur la braise d’un feu éteint : de partout jaillissent des étincelles, et se rallume la flamme.

Orgueil du créateur qui ne renie aucun de ses enfants, monstres compris ? Attachement de paternité qui m’empêche de noircir le texte et d’appuyer sur Supprimer, de façon à retourner au néant ces électrons qui s’entrechoquent, ces mots mis bout à bout, ces phrases mises bout à bout et qui, comme de lourds nuages gris, pourraient obscurcir la clarté du ciel, cette luminosité que chaque âme recherche en son propre ciel intérieur.

Néant, tu ne nous auras pas, tu n’auras rien de nous, car nous contenons l’illimité que rien ne saurait contenir. Néant, tes tentations sont lourdes parfois, persuasives parfois, mais tu n’auras rien de moi. Chaque partie, qui me compose, retournera à sa source propre, comme il se doit, et continuera à servir en d’autres états de l’Être. Néant, tu n’auras rien qui vaille de moi.

(Le chien de Dieu)

*

Réveil nocturne, après avoir lu Borges. Ces phrases ont surgi, que j’ai griffonnées, hâtif :

Les humains, ces châsses qui sertissent la flamme, et s’ignorent. Yeux tournés vers les ténèbres, une lumière les foudroie et dévore.

Géants fous, ils s’avancent, hurlent, chancellent, cassent et le mobilier, et leur esprit, et leurs os…

Et scintille la flamme.

De leur ignorance, ils ne peuvent même pas nier ce qu’aveugles, ils ne perçoivent.

Les grands textes font surgir ainsi chez le lecteur des éruptions verbales, dont il serait bien en peine de démêler les causes dans son histoire personnelle ou de démontrer les liens avec le texte sous ses yeux. Ces montées de l’abîme (ou ces descentes du supramental) sont plutôt engendrées par l’état d’esprit où nous mènent de tels auteurs.

(Le chien de Dieu)

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L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Nord, cocktails et Sagas, par Alain Gagnon…

10 avril 2014

Dires et redires…

Jean Ray

Jean Ray

Dehors, -30 degrés Celsius. L’assaut du froid ; assiégé par le froid. Tout tourne au ralenti ce matin -dans mon cœur et dans ma tête. Le style s’en ressent. Le Nord, c’est le froid, la glace, les brouillards, les pluies froides et interminables en automne, les alcools forts… Ça donne les Sagas, Kierkegaard et… Jean Ray !

(Le chien de Dieu)

*

Un début de roman, de nouvelle, de récit… (je ne sais trop) m’obsède depuis hier soir :

Entre la rutilance des glaces et le bar, elle trône, championne ès cocktails. Toutes catégories. Ne lui demandez pas un Singapour, un Zombie, un Daiquiri, un Martini, un White Russian, un Black Russian, un Gimmlett, un Pancho Villa (avec ou sans poudre à fusil), un Requiem, un Manhattan…, elle vous regarderait avec mépris. Laissez-la vous observer, laissez-la créer. Selon la bouille du client, elle mélange, agite, combine, pile la glace, mousse, panache et coule, puis pourvoie la fusion qui convient à l’état d’âme du buveur, aux configurations de sa personnalité.

 De ces remugles fictionnels qui hantent et appellent des suites qui ne viennent pas toujours. Des embellies dans la grisaille ou des anomalies dans la trame banale de l’imagination ordinaire.

Psyché, Psyché… Anima, quoi t’anime ? Qui t’anime ? Reine et maîtresse des discours que les doigts cherchent au clavardage matinal. Cette Schéhérazade intérieure se taira-t-elle un jour ? Alors commencerait la véritable tragédie.

Car c’est une drogue, n’en doutez pas. Une folie itérative, ubuesque, bancale souvent, que cette hémorragie de mots qui, auparavant, noircissaient des pages et des pages, et qui, en ces années PC, bleuissent l’écran devant mes yeux qui se plissent, qui auraient besoin de verres correcteurs contre la presbytie – soulagement que je leur refuse pour des raisons obscures…

(Le chien de Dieu)

sheherazade

Schéhérazade

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

9 avril 2014

Référendum pour l’indépendance

Cher Chat,

Ma fille est candidate à la majorité. Elle cumulera très bientôt dix-huit mandats. Confiante, elle pense donc gagner son référendum pour l’indépendance. Mais permettez-moi, le Chat, de prendre le parti d’en rire, car si elle obtient peut-être la souveraineté absolue, elle découvrira rapidement que sa liberté est relative.

fete18 ans

Moi aussi, à l’aube de ma vie adulte, j’ai pensé que je pourrais enfin faire tout ce que je voulais. J’avais l’insouciance qui me démangeait et à l’époque, tandis que le régime familial était assez conservateur, j’aurais même voté mes 18 ans par anticipation pour accélérer la dissolution de mon gouvernement parental et ainsi accéder au pouvoir exécutif plus rapidement.

Mais aujourd’hui, alors que l’éducation est devenue libérale et que les forces d’opposition sont plutôt puissantes, on peut se demander pourquoi les mineurs plébiscitent toujours autant la majorité.

On veut jouir de tous ses droits, mais quand on acquiert enfin l’autonomie tant convoitée, on se rend compte qu’elle vient avec tout un tas de responsabilités qui viennent avec tout un tas d’obligations et on se retrouve sous le joug de sa propre indépendance. Affranchis, mais paradoxalement moins libres.

Ma fille aura bientôt 18 ans et enfin tous les droits, dont celui de choisir sa voix. Se lèvera-t-elle du pied gauche ? Quand on vote par procuration depuis la naissance, n’est-il pas probable que face au recensement des possibles, on angoisse à l’idée d’assumer l’émancipation pour laquelle on a pourtant milité ? N’avez-vous pas eu peur, le Chat, au moment de prendre les décisions indispensables et nécessaires à votre insertion culturelle, professionnelle et sociale ?

Si le dépouillement des tout premiers scrutins fait état pour certains d’un fort taux d’abstention, peu désirent vivre de façon précaire. Et comme il y a peu d’élus, il faut faire campagne. Mais comment est-ce que je deviens « Moi » ? Est-ce que j’ai envie d’être conforme à la majorité ?

Ma fille, à l’aube de l’indépendance, n’est pas insouciante. Saura-t-elle être présidente de conseil de son Trésor, ministre de son développement durable, et ce dans toutes les circonscriptions de sa vie ? Comment se positionnera-t-elle face aux affaires étrangères ? Dans l’isoloir de sa majorité, saura-t-elle faire les bons choix ? Évidemment, il ne s’agit pas de noircir toutes les cases, pouvoir faire des choix, c’est déjà être libre. Mais, on est loin de la vie de bohême quand même.

78030259_oEt puis, après sa majorité civile, à moins qu’elle ne se décide à voter blanc et à se dissocier du quorum traditionnel, viendra la majorité matrimoniale avec son cortège de nouveaux devoirs conjugaux et maternels. Il lui faudra donc adopter quelques motions de censure pour dissoudre la rébellion de sa progéniture, les mêmes peut-être que celles que j’aurais adoptées quelques décennies auparavant. Il ne s’agira plus seulement de vivre en citoyen libre, mais également de former ceux de demain, de subvenir à leurs besoins afin qu’ils deviennent d’honnêtes candidats à la majorité à leur tour. Je n’ai jamais élevé ma fille par obligation, mais j’ai vite compris que j’avais des obligations à son égard.

Je pense avoir voté utile. Ma candidate semble prête à mener à son tour sa propre campagne dans le meilleur des mondes possibles.

Elle aura 18 ans sous peu et curieusement, alors qu’elle entame sa majorité, c’est plutôt sur moi que souffle un nouveau vent de liberté.

Mais, je ne serai pas loin. Libre d’accourir quand bon lui semblera.

Sophie

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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