Billet de Québec, par Jean-Marc-Ouellet…

L’équation du Père Noël

Je l’avoue.  J’ai écrit au Père Noël.  Avec bonheur, et étonnement, je reçois tout juste sa réponse.  Je vous pere-noel-traineau-reines-lunela partage :

Très cher Jean-Marc,

Quel plaisir ce fut de lire ta lettre !  Je l’ai épluchée avec intérêt, et amusement.  Maintenant que l’allégresse de Noël s’apaise, et avant que les innombrables tâches nous mènent au prochain, je prends le temps de te répondre.

Tu es un sceptique, Jean-Marc !  Tu l’as pourtant écrite, cette lettre.  Ton cœur croit donc en moi.  Mais à l’instar de beaucoup d’adultes, tu as des réserves, des doutes.  

Tu as raison.  La science s’est évertuée à prouver mon existence.  Le philosophe Karl Popper a échoué.  L’astronome Carl Sagan aussi.  Attentifs à l’appel de leur cœur, intrépides, d’autres s’y sont ingéniés.  Sans succès.  En 1988, le jeune Vernon P. Templeman a prétendument confirmé l’impossibilité scientifique que j’existe.  Cela le prouve-t-il vraiment ?  Certainement pas.  L’absence de preuves n’écarte pas le fait.

Avec toi, je réviserai maintenant vos objections.

D’abord, sur la base d’un jouet par enfant qui fête Noël, ce qui ne m’empêche pas d’aimer les enfants musulmans, hindous, juifs et bouddhistes, je distribue 300 millions de jouets durant la nuit de Noël.  Oui.  300 millions.  À un kilo et 4 litres de volume en moyenne par jouet, j’emporte avec moi 120 milliards de litres de jouets pour un poids de 300 000 tonnes.  Impossible ! tu t’exclames.  Pas pour moi, Jean-Marc !  Pas pour moi.  Dans mes ateliers, nous renforçons les paquets et, dans le convoi, plaçons les plus lourds en dessous de telle sorte qu’ils ne puissent abîmer les autres.  Avec stratégie, nous les disposons pour qu’à chaque arrêt je puisse rapidement les retrouver.

Tu l’as compris, je ne peux transporter tous ces jouets sur un seul traîneau.  Le convoi en comporte 300 000.  Tes calculs sont exacts.  Tirés par les derniers représentants de rennes d’une race particulière, capable de profiter d’un champ de force qui vous est inconnu, le convoi s’élève dans les airs et voyage à près de la vitesse de la lumière avec à sa tête, Rudolf, ce cher Rudolf, un mutant chez sa race, muni d’un nez rouge, senseur indispensable au convoi.  À cette vitesse, nous sommes loin de la vitesse du son dont tu me parles, et de la vitesse minimale obligatoire de 1290 km/sec, selon tes calculs, soit le Mach 3910.  À notre vitesse, vous ne pouvez nous voir et ce n’est pas les quelque 72 millions de kilomètres que nous parcourons de cheminée en cheminée qui posent problème.

Les prémisses de tes calculs prennent en compte l’incapacité habituelle à voler des rennes communément rencontrés sur Terre et les conditions usuelles qui régissent la physique terrestre.  Ainsi, tu estimes l’accélération de l’attelage à 800 millions de g, une force de 240 milliards de newtons devant être exercée par plus de 2000 millions de rennes.  C’est hautement fantaisiste, évidemment.  Mes rennes n’ont rien à voir avec ceux qui fréquentent vos terres.  Et qui te dit que votre physique s’applique à nos activités ?  Ne présume pas trop vite, mon garçon.

Comme je distribue les jouets sur plusieurs fuseaux horaires, ce n’est pas 12 heures dont je dispose pour effectuer ma tournée, mais bien 31 heures, soit l’équivalent de 762 cheminées à la seconde, ce qui, pour nous, sans me vanter, est une formalité.

J’ai été touché par ton inquiétude à propos de ma chute dans les cheminées.  Présentés comme tu le fais, les chiffres impressionnent.  M’élancer de 2,5 mètres en 250 microsecondes, et freiner, avec une décélération de 8 millions de g, peut sembler risqué.  Or, c’est faire abstraction de mon excellente condition physique, de mon imposante constitution et de mon léger embonpoint qui me protègent au moment de mon atterrissage dans l’âtre.

À propos des cheminées, il est vrai que jadis, elles étaient plus courantes, et plus grandes.  C’était le bon temps !  Mais on s’adapte.  Une faille existe dans chaque demeure.  De plus, tu as raison : je grignote en moyenne 10 g de friandises dans chaque foyer.  Je l’avoue, je suis un peu gourmand.  Il en résulte que j’engraisse un peu durant ma tournée.  Mais je ne gagne pas les 850 tonnes que tu as calculées !  Surtout pas en une seule nuit !  Tu devras revoir tes calculs, jeune homme !

Ta lettre est sévère.  Tu m’accuses même de violer les droits civiques en pénétrant illégalement dans les foyers, ne fussent que quelques millisecondes.  Tu oublies ceci, cher Jean-Marc.  Je ne vais nulle part où l’on ne m’attend pas.  Et là où je vais, on m’espère.  Je suis un invité, pas un intrus.

pnscienceJe ne critiquerai pas ici tes autres raisonnements ou équations incrédules.  Tonrenne_volant2 message est clair.  D’après toi, et ta supposée science, je viole les lois physiques connues, les lois de la zoologie, les lois de la circulation aérienne même.  Eh bien, tu as raison !  Je viole vos lois.  Pour la bonne raison qu’elles n’ont aucun pouvoir sur moi.  J’aime tous les enfants, tous les adultes aussi.  Tes savants calculs, ta science, ne tiennent pas compte du pouvoir de l’Amour, et du mérite d’être sage.  Ils n’expliquent pas les miracles, mon existence et mes dons.  Ils ne font pas le poids.  Pourquoi ?  Je vais te le dire, mon garçon.  Vos équations négligent un élément essentiel : la magie, Jean-Marc !  La magie de Noël !

Je ne peux conclure sans te souhaiter la plus belle des années en ce 2014 qui approche.  Que paix, sérénité et amour abondent.  Sois sage surtout.  Ton espièglerie et tes rêveries te jouent des tours parfois.  Je transmets le même message à tes lecteurs, qui, je n’en doute pas, liront cette lettre.  Je te connais.  Qu’ils se souviennent que le merveilleux ne réside pas dans les équations.  Dans 364 jours, durant la nuit, qu’ils surveillent le ciel, et ouvrent leur cœur.  Un miracle est si vite arrivé.

Ho !  Ho !  Ho !

 Père Noël

 Source : http://oncle.dom.pagesperso-orange.fr/humour/pere_noel/pere_noel.htm

© Jean-Marc Ouellet 2013

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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4 réponses à Billet de Québec, par Jean-Marc-Ouellet…

  1. Eschylle dit :

    Cher Jean-Marc Ouellet,
    Je te soupçonnais depuis de nombreuses années d’être l’un des représentants du père Noël et j’en ai aujourd’hui la preuve formelle : tu es au moins l’un de ses lutins, ces petits deux-pattes qui lui facilitent le travail lors de cette fameuse nuit, en particulier pour pénétrer dans les maisons équipées de radiateurs, de ce chauffage dit central, et qui obligent les intrus que sont, comme tu l’as si bien expliqué (même si bienvenus) les porteurs des cadeaux de Noël.
    Seuls les lutins peuvent se glisser dans les tuyaux et déposer les présents au pied du sapin. Le père Noël, avec son petit bedon, ne peut plus, tu le sais bien, et c’est pourquoi tu n’as pu t’empêcher de rappeler cet état de fait : le vieux bonhomme porte un bidon bedonnant qui le panse en cadence lors de sa descente dans les cheminées, mais qui le bloque dans les canalisations étroites qui mènent à la chaudière ou aux radiateurs. Alors, certes, les leprechauns ouvrent les bouchons avec discrétion, pour se faufiler dans les demeures, mais ce qu’ils font, le père Noël ne peut plus le faire…
    Et je te félicite, Jean-Marc, de cette aide généreuse apportée au Père Noël : il en avait bien besoin.
    Ne t’inquiète pas, je ne le répéterai à aucun autre deux-pattes. Je suis un chat et je tiendrai ma langue. Les ignares me donnent la leur, ceux qui cherchent aussi, Moi, je sais. Et je me tais.
    Profite de la nuit étoilée pour une petite accélération entre les étoiles,
    Fais de beaux rêves !
    Eschylle

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    • Jean-Marc Ouellet dit :

      Cher (ère) Eschylle.

      Malgré toute la perspicacité que tu démontres ici, je ne peux te confirmer quoi que ce soit, secret professionnel oblige. Le Père Noël m’en voudrait de trop en révéler, maintenant qu’il m’a mis au fait de certains de ses secrets. Plusieurs questionnements persistent. J’en suis conscient. Mais pourquoi pas faire confiance au vieux monsieur à la longue barbe blanche et troquer le cartésien pour la magie. C’est tellement plus drôle. Ho! Ho! Ho!
      Oups!

      Jean-Marc

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      • Eschylle dit :

        Et oui, cher Jean-Marc, ce Ho ! Ho ! Ho ! t’a trahi et a révélé ta véritable identité…
        Rassure-toi, je ne le clamerai pas en tous les points du globe : la magie (ainsi que tu l’affirmes si justement) ainsi que l’anonymat doivent être préservés dès l’instant où ils œuvrent pour le bien collectif.
        Pour ma part, comme tu peux le constater, j’avance à visage découvert et n’ai aucune honte à revendiquer mon statut de chat (sans souhaiter que l’on m’élève une statue pour autant). Je peux même dire où j’habite (Pantin, une petite ville de la région parisienne, en France (Paris est la capitale de ce pays à forte tradition révolutionnaire et conservatrice)).
        Ici, la nuit est tombé depuis bien longtemps quand, chez toi, le jour baigne encore les étendues enneigées de ton beau pays, que je ne connais pas mais dont j’ai tant entendu parler…
        Belle fin de journée,
        Eschylle

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        • Jean-Marc Ouellet dit :

          Et maintenant que la nuit couvre nos terres enneigées, voilà que le soleil s’apprête à pointer le bout du rayon sur toute cette histoire, mère de vos traditions.

          Totalement confiant de ta discrétion complice, je te remercie pour tes commentaires !

          Jean-Marc

          J’aime

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