Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

4 février 2015

Fragment des visions d’Érik

 Ce jour d’été, Érik marchait sur les plaines d’Abraham accompagné de son seulchat qui louche maykan alain gagnon francophonie lecteur mp3. Après la mort de mon ami, j’ai découvert parmi ses papiers ce texte proprement mystique que je crois nécessaire de publier dans le Chat qui louche avec l’aimable soutien de son éditeur. Pour le reste, je préfère taire les circonstances étranges dans lesquelles disparut cet homme qui m’était si cher. Je laisse donc la parole à celui qui me manque :

Tout en admirant la nature souveraine, mais relativement domestiquée du Parc des Champs-de-Bataille, j’ai décidé d’écouter l’un de mes morceaux préférés : l’adagio du premier quintette pour piano et quatuor à cordes de Gabriel Fauré. J’ai toujours aimé ce mouvement de l’œuvre du maître français. Mais, ce jour-là, dès les premières mesures, il m’affecta comme jamais. J’entendais dans cette musique une douce mélancolie et l’immense espoir de créatures qui peu à peu s’élèvent vers un monde de lumière qui leur est inconnu, dont elles n’ont que le pressentiment. Il me semblait que le soleil sur l’herbe et dans les feuillages révélait la poussée musicale du règne des végétaux. L’adagio de Fauré disait la vérité d’une volonté de puissance devenue sublime, d’un univers d’êtres qui secrètement tendent vers ce surplus d’existence qu’est leur accomplissement dans la dimension divine du réel. Et je sentais qu’une part de moi, dont je n’avais été qu’à demi conscient, participait à l’œuvre alchimique de la nature. La musique de Fauré faisait apparaître un paysage que je n’avais pas encore vu, celui d’une nature qui de ses transmutations intérieures tire l’Image sacrée qui fut toujours sa vérité latente, l’image d’un monde pacifié, d’une beauté parfaite, dans lequel l’Esprit trouve son juste repos. Je voyais dans l’azur une prémonition d’un temps où enfin tous seront réconciliés, où tout sera justifié – et il me semblait que le moindre brin d’herbe s’efforçait d’être un brin d’herbe parfait afin de rejoindre son principe intelligible, et que chaque feuille de l’arbre était une exaltation de la sève, dont le vert émeraude vibrait d’une lumière surnaturelle – et je sus de manière certaine que toute beauté de la matière était l’expression du sacré, d’un ordre divin suprêmement intelligible – et soudain je connus un bonheur d’une telle intensité, je fus transporté avec tant de force au-delà de moi-même, que je sentis que ce n’était plus moi qui vivais, mais celui qui en moi existe depuis plus longtemps que moi-même, qui est plus ancien que tous les cycles du cosmos, qui est éternel, qui est en moi la vraie présence de l’Esprit, celui contre qui les portes de l’enfer ne prévaudront point. Je ne doutais plus : pendant un instant qui dura une éternité, je sus qu’il y avait un Dieu, Sa présence m’était aussi évidente que celle du soleil sur mon visage. Oui, au-delà de toute croyance, je savais que le Royaume de l’amour, de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniel’intelligence et de la beauté existe ; que Dieu n’est pas dans un quelconque ailleurs, qu’Il est la dimension profonde de notre réalité dans laquelle tout est accompli, parfait, pacifié ; et qu’Il inspire aux hommes leur désir d’élévation. Quelle ferveur j’éprouvai, quelle reconnaissance !   Plus rien ne m’était étranger, le moindre brin d’herbe m’était un frère. Quelle joie infinie je ressentais ! Comme soudain tout était beau, surnaturellement beau ; comme tout était bien. J’avais franchi le miroir, je vivais dans le monde réel, celui de ma propre éternité, de l’éternité de chacun – et même un brin d’herbe dans son principe est éternel. Oui, quelle joie ! À travers ses luttes parfois immondes, malgré toute la médiocrité dont on est trop souvent témoin, la création couve une joie infinie.

            Pendant un moment sans commencement ni fin, qui dura peut-être quelques minutes, j’ai marché dans l’Esprit divin au milieu des arbres des plaines d’Abraham. Pendant un moment, je fus l’égal de Dieu parce que j’étais l’objet de tout Son amour. Pendant un moment, j’ai percé le mystère de ma condition.

Frédéric Gagnon

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)

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Notes de lecture, par Alain Gagnon…

5 janvier 2015

L’effacement du livre…

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Les gens de culture, plus que les autres, s’attachent aux formes. Moins au contenu. Je regarde mes livres. Les bibliothèques forment enceinte, autour de ma table de travail. Nostalgie. Je sais que leurs jours sont comptés. Ils ne pourront résister au numérique.

De la Renaissance à nos jours, le livre a été le principal dépositaire, le véhicule de la culture. Il était source culturelle et objet culturel. Un fétiche pour beaucoup. Qui n’a pas entendu les expressions : « odeur de l’encre », « odeur du livre neuf », « craquement du papier », « texture de la page »… Combien ont possédé des collections de luxe qu’ils n’ont jamais feuilletées ?

On en a oublié le contenu.

Le livre importe par ce qu’il contient. Il n’est que support. Après la pierre, les papyrus, la tablette de cire, les parchemins… Et aujourd’hui, nous en sommes aux fichiers électroniques qui permettent le soulignement, la prise de notes, la possession d’une bibliothèque de grande qualité sur un support équivalent à un paquet de cigarettes – et surtout l’accession des moins fortunés à la propriété d’œuvres et de chefs-d’œuvre. Les contenus ne font plus défaut ; c’est le désir – la soif – qui manque. Notre civilisation tend à racornir la part du transcendant en chacun — c’est-à-dire de ce qui dépasse les formes.

 L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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