Innu aimun/ La parole de l’être humain, un texte de Luc Lavoie…

6 février 2016

Innu aimun/ La parole de l’être humain

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Sous le pied de l’Innu, il y a la Terre mère. Celle qui enfante. Celle qui nourrit. Celle qui donne. Qui guérit. Sous le couvert végétal, entre les sommets escarpés, il y a le monde qui murmure. Un lieu sacré au couvert forestier incrusté de sapins, de bouleaux, d’érables, de lichens ou d’herbes longues. Un sol veiné de rivières gorgées d’une eau vive qui s’engouffre dans des bassins aux contours souvent immenses. À l’intérieur de territoires morcelés, du Nitassinan jusqu’à la toundra du Nord. Sous le pied de l’Innu, il y a la vie qui foisonne. Il y a sa trace incrustée dans la mousse des tourbières.

Dans la main de l’Innu, il y a le Teuehikan. Le tambour qu’il frappe. L’instrument magique duquel il tire le pouvoir — les rêves. Il y a la lance habile qui perfore la ouananiche au fil de l’eau. Il y a le départ du feu qui s’attise entre les pierres. Le repas du soir. Dans la main de l’Innu, il y a celle du patriarche. Témoin et passeur des traditions orales, qui s’inscrivent dans la perpétuation du patrimoine ancestral. Pour la survivance de l’espèce.

Dans l’œil de l’Innu, il y a la brillance du Soleil. Il y a l’éclat de la Lune. Il y a les reflets miroirs sur les lacs tranquilles. Quand les animaux tout près s’y nourrissent. S’y abreuvent. S’y baignent. Il y a encore les étoiles dans le firmament et la profondeur de la nuit. Celle qui emplit l’œil de l’Innu de contes et de légendes.

Dans le souffle de l’Innu, il y a la tempête. Il y a l’orage. Il y a l’hiver rude et la survie dans les montagnes. Il y a Manitou qui chuchote à travers les branches le chemin à suivre. La piste qui s’enfonce dans la forêt boréale. La descente des rapides en canoë. Il y a la fumée purificatrice de l’homme médecine. Il y a la langue vivante. Il y a les pow-wow, grands rassemblements sur les rivages à l’aube où les vagues déferlent. Le long des lacs houleux. Aux sons des chants, aux rythmes des danses et des prières. Il y a le saumon qui remonte à travers le grondement et le tumulte des rivières surgies de gorges et de cavernes profondes. Sources d’eau fraîches qui coulent sauvages, à même les flancs des montagnes. Dans le souffle de l’Innu, il y a aussi le calme de l’existence.

Dans l’âme de l’Innu, il y a le craquement des branches de l’ours en fuite. Il y a la plainte lugubre du loup affamé à la pleine lune et le vol gracieux du faucon dans le ciel rouge de l’été. Il y a l’orignal à l’immense panache, qui, solitaire, fouille les marais en quête de sa pitance. Dans l’âme de l’Innu, il y a l’émerveillement dans le silence. L’amour de la vie au grand air, et bien plus encore.

Dans le sourire de l’Innu, il y a celui de l’enfant qui respecte l’ancêtre. Il y a la chasse, la trappe et la pêche. La cueillette des fruits sauvages. Il y a la guérison par les plantes. Les nuits brumeuses sous le tipi.
Il y a le respect de la nature. Il y a l’immensité. La pureté des territoires.

Dans le cœur de l’Innu, il y a le cercle des jours et des nuits, des saisons, de la vie, de la mort et celui de la course incessante des astres dans les cieux.
Il y avait, il y a et, il y aura…

Luc Lavoie
© Tous droits réservés, 2014

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Billet de l’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

17 mars 2013

Neiges

Tes bottes gisent derrière toi.  Emprisonnées dans la neige.  En chaussettes au milieu du sentier, tu essaies d’avancer puis, désemparé, tu te tournes vers moi.  Tu es encore si petit.  Trop petit pour toute cette neige.

Je te rejoins.  Le temps de récupérer tes bottes, de les enfiler dans tes pieds, de resserrer leurs attaches, et te voilà reparti.  Encore une fois, tu insistes pour marcher devant.  Même au risque de t’enliser, tu refuses de suivre mes traces.  Tu avances sans te soucier de moi, tout à tes découvertes.

Dans la forêt alourdie du trop-plein des neiges tombées, le vent invite à la danse les cimes des épinettes.  Sitôt,  elles s’animent, se secouent, se déhanchent, éparpillant au-dessus de nos têtes une nuée de flocons.  Toi, émerveillé, tu regardes ces étoiles éphémères se poser doucement sur le ciel bleu de ton parka.

Ensuite, tu reprends la route.  Autour de toi il y a tant à découvrir.

Plus loin, nous croisons quelques pistes fraîches.  Ici, un lièvre et un renard ont traversé le sentier avant de s’enfoncer dans les bois.  Tu veux savoir ce que racontent leurs traces.  Où est passé le lièvre et pourquoi il s’est attardé sous les conifères, si le renard l’a suivi, s’il a fini par l’attraper.

Tu as toujours des tas de questions en réserve.

Un coup de vent agite à nouveau les cimes des épinettes.  Tu lèves la tête, fasciné par tous ces flocons qui, traversés par un rayon de soleil, flottent maintenant dans l’air en fine poussière aux éclats cristallins.

Bientôt tu connaîtras les neiges qui tombent en rafales, celles qui nous fouettent le visage et nous forcent à accélérer le pas.  Celles qui, lourdes et collantes, agglutinées en peaux de lièvre, estompent ou voilent le contour des choses.  Celles que le blizzard soulève en tourbillons au milieu des grands champs.  Celles qui, au cœur des tourmentes, ciel et terre confondus, nous inventent un blanc pays où la devise est « Je me perds »…  Toutes ces neiges que, sur le sol, le vent prend plaisir à façonner à sa guise en vagues, dunes et récifs, en collines, vallons et congères.

Tu connaîtras aussi les jours de grand froid, les mains glacées, les joues rougies, les pieds gelés.  Les nuits de février où, transi, on se retire, se replie, se retranche, se recroqueville.  Et peut-être encore des hivers qui s’attardent, s’acharnent, s’entêtent et s’éternisent.

Tu t’es arrêté.  Immobile, tu m’attends.

À l’écart du sentier, une perdrix dans la neige a déployé ses ailes avant de s’envoler.

Tu as grandi.  Si vite que je n’ai pas eu le temps de te raconter dans les mots des nomades le cycle des neiges.  Kun, kun-nipi, kunapui, kun-nipiu, kun-nipiuakamu. Des neiges fondantes aux neiges fondues, des neiges mêlées d’eau aux eaux mêlées de neige.  Toutes ces eaux qui bientôt couleront de la montagne et viendront gorger les ruisseaux et les rivières jusqu’au débordement.

Le temps a passé si vite.  Déjà ta première peine d’amour.

Et moi qui n’ai pas eu le temps de te dire que, passé la crue des eaux, on finit toujours par oublier le souffle rauque de l’hiver.

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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