Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

25 octobre 2014

Ceci entre nous.  Le reste est silence.

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Photo : AL

 Automne 1888

Figées dans leur minéralité, les jambes des arcades sombres se font spectatrices des allées et venues. Des hommes pressés, des étudiants rieurs, des chapeaux, des femmes élégantes en ombres chinoises furtives cavalcadent sur le pavé. La nuit d’automne arrive, le ciel est encore blanc, sali par endroits et la ville semble ouatée, quelque part en dehors du monde, quelque part ailleurs, une sorte de rêve.

Parmi ces silhouettes habituées, habituelles, côtoyant les pigeons qui, après tout, sont des passants comme les autres, il en est une qui se démarque depuis quelque temps. Peu vêtu pour la saison, moustache reconnaissable et regard qui caresse la folie, le philosophe marche pour l’instant à peu près comme les autres. Est-ce la lune pleine ? Est-ce l’âme de la ville qui bouscule les sens ou est-ce une démence, déjà prête à bondir de cet esprit puissant torpilleur de morales ? On l’ignore encore. Un amalgame peut-être. Peut-être un peu tout ça. Peut-être la solitude aussi, choisie et nécessaire. L’homme soudainement s’arrête de marcher – la nuit s’apprête à choir. Sait-il seulement où il se trouve ?

Il considère la rue, la place. Il pense à la musique, à Wagner, à la danse – à Cosima surtout. Il pense à tout ce qui, avec acharnement, l’a constitué, a fait de lui cet être qui rêve d’un surhomme. Il pense à tellement de choses. Dans sa tête une musique existe, née depuis longtemps : elle était déjà là quand il perdait des heures à philologiser. Les notes s’intensifient, Wagner est oublié – haï ou envié. La rue, la place et ses statues : tout cela s’engouffre dans une spirale propre aux gens qui déraillent. Les époques se mêlent sur ce pavé rendu glissant par la moiteur tombante. On pourrait être au Moyen-Âge. On pourrait être dans le futur que cet homme est sûr, diablement sûr, de marquer de ses idées. Ce qu’est la réalité n’est plus vraiment tangible, et la musique… envahissante. Oppressante. Elle lui intime l’ordre de danser. Un frisson féroce. Un incendie. De la lave dans les veines. Le monde. Quel monde ? Il flotte bien au-dessus.

Le philosophe fou, mû par ce souffle neuf, entame alors une subtile chorégraphie. Son corps comme un exutoire, une liberté inédite – oublié le carcan de la condition humaine. Il est Dieu. Dionysos. Il est totale mythologie. Il danse. Un pied pointé, une jambe arquée sur le côté ; les bras se lèvent, ils sont des ailes et l’envol n’est pas loin. Dans sa tête ou sa bouche, des mots, une logorrhée, un babil improbable. Ses jambes encore souples suivent les pieds légers qui glissent sur le sol. Il danse. Pirouette ou entrechat. Opéra ou tragédie. Il danse comme une Willis, jusqu’à la mort peut-être. Musique ou voix d’un enfer intérieur. Ce qu’il fait est déroutant de simplicité : il danse dans la rue. S’il était enfant, rien ne serait plus normal. Mais c’est un homme, comme on dit, dans la force de l’âge, et un homme ainsi fait ne danse pas dans la rue, ce sont les autres qui le prétendent et les autres, à cette heure trop étrange, font tout sauf exister. Combien de temps ? Ah ah ! Le temps ! Des minutes ou des éternités, c’est tout comme ! L’homme danse. Ses paupières ont préféré tomber sur ses yeux brûlants. Il est à l’intérieur de lui-même, seul dans cette drôle de cage d’où la seule évasion est : la danse.

Il plongera par la suite dans une douce asthénie, mais jamais dans l’oubli. On dira qu’il est fou. Qu’importe – il a dansé !

« Je ne me livre depuis, à vrai dire, qu’à des bouffonneries, pour rester maître d’une tension et d’unechat qui louche maykan alain gagnon francophonie vulnérabilité insupportables. Ceci entre nous. Le reste est silence. » Lettre de Nietzsche à Carl Fuchs (dans l’excellente biographie de Nietzsche par Dorian Astor)

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

3 septembre 2014

 Tropique du cancer de Henry Miller

chat qui louche maykan alain gagnon

Henry Miller et Brenda Venus, photographe inconnu

             Dans son Tropique du cancer, Miller dit aimer tout ce qui coule : « les fleuves, les égouts, la lave, le sperme, le sang, la bile, les mots, les phrases. » Or, son roman est à mes yeux un véritable fleuve langagier qui nous entraîne sauvagement tout comme le fait la vie, bien que nous n’en soyons pas toujours conscients, trop occupés, préoccupés par des soucis parfois infrahumains. Miller est un véritable éveilleur de conscience : à travers son roman, c’est le flux cosmique, source de toute mort et de toute créativité, qui nous est révélé. Tout est en mouvement, dirait sans doute Miller, d’accord en cela avec Héraclite, et c’est d’ailleurs ce qui me frappe dans ce texte, le mouvement perpétuel, celui des pensées, parfois fulgurantes, de Miller lui-même, qui marche beaucoup dans Paris où se situe le roman, des corps qui baisent, des corps qui digèrent, et de l’histoire universelle qui, toujours impitoyable, roule les individus dans une sorte de cyclone qui peut facilement sembler absurde. Au sujet du mouvement (et du temps), Miller a d’ailleurs une très belle phrase : « Sur le méridien du temps, il n’y a pas d’injustice ; il n’y a que la poésie du mouvement qui crée l’illusion de la vérité et du drame. » Voilà qui est bien, et bellement, dit. Mais avant de poursuivre, il faudrait peut-être situer cette œuvre de Miller.

            Premier roman publié de l’auteur, Tropique du cancer raconte la vie de bohème que mena à Paris Miller, qui à l’époque souhaitait devenir écrivain. Mais il s’agit de bien plus que d’un livre de souvenirs : Tropique du cancer est tout à la fois un bréviaire de l’inespoir et de l’enthousiasme. On y voit un homme qui connaît la pauvreté la plus abjecte, mais qui a la rage au ventre et qui est bien décidé, coûte que coûte, à vivre et à créer. Il ne faut pas, par ailleurs, négliger la part importante de la sexualité dans ce roman. Miller, qui est constamment affamé, connaît également la faim des corps de femme et les consomme autant qu’il peut. La part du sexe, dans cette œuvre, peut évidemment sembler gratuite, obscène, tout ce qu’on voudra, mais je crois pour ma part qu’il s’agit d’un aspect essentiel du travail millérien. Miller s’explique d’ailleurs très bien lui-même sur le sujet lorsqu’il dit : « Il faut marier les idées à l’action ; s’il n’y a pas de sexe, pas de vitalité en elles, il n’y a pas d’action. » On jurerait que pour Miller, vitaliste né, le sexe est une sorte de principe magnétique qui prête son efficace au monde de l’esprit humain (en quoi il ne serait pas si éloigné d’anciennes doctrines ésotériques excellemment présentées par Evola, entre autres).

            Rien n’est trop trivial, pour ce Miller, ni trop élevé, en quoi il couvre toute la gamme de l’humanité et peut-être même du fait cosmique ; en quoi, en fin de compte, il est complètement humain ou, peut-être, parfaitement inhumain. « Aujourd’hui, je suis fier de dire que je suis inhumain, nous dit Miller, que je n’appartiens ni aux hommes ni aux gouvernements, que je n’ai rien à faire avec les croyances et les principes. Je n’ai rien à faire avec la machinerie grinçante de l’humanité – j’appartiens à la terre ! » La race des inhumains, pour Miller, est celle des grands artistes, des grands créateurs, qui en un sens nietzschéen sont par le fait même des destructeurs. Ces individus doivent « mettre l’univers à sac, tourner tout sens dessus dessous, leurs pieds toujours pataugeant dans le sang et les larmes, leurs mains toujours vides, toujours essayant de saisir, d’agripper l’au-delà, le Dieu hors d’atteinte : massacrant tout à leur portée afin de calmer le monstre qui ronge leurs parties vitales. » Et, un peu plus loin dans le même paragraphe, Miller dit ceci qui me semble profondément vrai : « Et tout ce qui reste en dehors de ce spectacle effrayant, tout ce qui est moins terrifiant, moins épouvantable, moins fou, moins délirant, moins contaminant, n’est pas de l’art. Tout le reste est contrefaçon. Le reste est humain. Le reste appartient à la vie et à l’absence de vie. » De tout ce qui précède, on déduira aisément que Miller n’est pas un grand adepte de l’art conceptuel. « L’esthétique de l’idée produit les pots de fleurs », nous dit le cher homme.

           CVT_Tropique-du-Capricorne_50 Enfin, ce que je vois dans cette œuvre de Miller, c’est un extrême dynamisme du langage, de la pensée, du corps. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, comme disait l’autre – et chaque bombe est une bombe nouvelle et c’est comme un véritable explosif que le père Miller est apparu dans la conscience de bien des lecteurs. J’aimerais, en terminant, ajouter que l’on pourrait facilement établir nombre de correspondances entre Tropique du cancer et l’œuvre du très grand Friedrich Nietzsche. Nietzsche disait en effet que « tous ceux qui créent sont durs » et que tout créateur est un anéantisseur. Il disait, en outre, que l’individualité était l’acquisition la plus récente de l’espèce (c’est pourquoi il nous est si difficile d’être réellement des individus) ; mais individu, Dieu merci, Henry Miller le fut jusqu’au bout.

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            Toutes les citations sont tirées des ouvrages suivants :

 Miller, Henry. Tropique du cancer, Paris : Denoël (coll. Folio), 1978.

(Il vaut la peine de souligner l’excellence de la traduction de Henri Fluchère.)

 Nietzsche, Friedrich. Ainsi parlait Zarathoustra, Paris : Le livre de poche, 1983.

Frédéric Gagnon

 Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnonFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

30 août 2014

L’idole du crépuscule

 img036Liquide ou aérien, tu tournoies, frôlé par le souffle ou touché par la grâce.  Tu tournoies et les lumières de l’autre rive, prises en kaléidoscope par ce nouveau regard que tu ne connaissais pas, se transforment en feu d’artifice silencieux, en étoiles sublimes qui ne veulent qu’une chose : choir dans les eaux du lac pour apaiser leur feu.  Tu montes et l’air plus froid décuple ton ivresse.  Tu ne touches pas le ciel : tu es le ciel.  Tu recouvres le monde avec indifférence, soucieux seulement de ta légèreté.  Tout se déleste de sens, de nécessité, de vie lourde.  La folle spirale dans laquelle tu es pris n’a d’autre sens que l’infini tournoiement aux confins des limbes embués.  Pareil à un cyclone qui se gonfle de puissance au gré de son chemin, tu tournes avec encore plus de force, ivre, tu n’es que ronde au-dessus du lac, au-delà aussi, somptueuse rotation, plus de haut, plus de bas, seulement la virevolte à en perdre la raison.  La raison, tu ne sais plus, tu ignores totalement ce que veut dire le mot.  Les mots.  Les mots se perdent, se vident, et seule la sensation demeure.  Le langage se meurt ; tu ne sais même plus si tu existes – tu n’as, après tout, aucune consistance, aucune parole.  Tu tournoies simplement, emportant dans ta valse endiablée chaque poussière qui traîne, chaque étoile qui luit.  La nuit, finalement, n’a plus grande importance, car il semblerait bien que ta ronde infinie te transforme en lumière.  Si le mot existait encore, s’il avait quelque signification dénuée de limites, tu te prendrais pour Dieu, mouvement tout-puissant qui n’a que faire du monde.  Le monde.  Le monde semble loin, les hommes inexistants ; il n’existe qu’un noir bleuté, profond, épais et froid vers lequel tu t’élèves et ton incroyable feu y propage ses ardeurs.  La nuit devient souvenir, la terre grain de sable et rien n’a d’importance que la perpétuelle danse qui te possède.  Toucher le ciel.  Être le ciel.  Gober l’obscurité.  Extase et plus qu’extase.  Au-delà de tout, du rien, au- delà, au de l’au de, au d, au, a…

  Sentir, surgie du vide, une douleur magistrale transpercer ce qui jusqu’alors n’existait plus.  Ton corps redevient poids, ton corps t’appelle et, des cimes où tu étais, là où le froid glacial devenait pure caresse, son cri déchire le ciel.  Chute vertigineuse.  Souffle coupé.  Immensité de la peur – comme mourir, comme partir.  Souffrance inattendue, aiguë, naître doit ressembler à cela.  Respirer.  Ouvrir la bouche sans savoir qu’elle est bouche.  Sentir le froid sur la peau, sans savoir ce qu’est la peau.  Inspirer sans comprendre.  Expirer.  Le souffle chaud qui s’échappe de tes lèvres se matérialise en une buée légère.  Tes bronches brûlent, souffrent d’exister de nouveau, s’habituent douloureusement, comme ta bouche, comme tout ton être qui semble, par endroits, avoir égaré quelques fonctions vitales.

 Et tes paupières qui se soulèvent pour voir tes mains sortant de la couverture, bleuies par le froid, presque35490 mortes peut-être.  Ton corps.  Tu ressens sa lourdeur, un goût de vie dans ta bouche.  Au sol toujours le livre que tu as laissé tomber.  L’air glacé de la chambre achève de te réveiller, de te faire renaître.  Il va falloir bouger si tu ne veux pas que, demain, le personnel de l’hôtel découvre un fou mort de froid, avec Nietzsche à ses pieds.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

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Libres réflexions sur la condition de l’homme à l’âge de la technique, par Frédéric Gagnon…

14 mai 2014

Chronique des idées et des livres

 Pour Alain, Lucie et Jacob

À Philippe et Simon-Pierre

 

Il m’apparaît que notre condition d’homme à l’âge technique est d’autant plus problématique que notre époque est marquée par une véritable technophilie, voire pis, une néophilie infantile. Or, ce qu’il faut voir, c’est que la technique n’est pas neutre, mais que son développement, central pour notre époque, est lié à un mode de pensée qui devient facilement négateur de ce qui devrait être la réalisation de l’homme. En effet, la pensée technique est une pensée calculante qui réduit le monde à l’objectivité et tout étant, jusqu’à l’homme, en pur objet dont les comportements sont mathématiquement contrôlables et prévisibles. On peut dire qu’avec la pensée technique se voient évacués le mystère lié à notre humanité et le mystère infiniment plus grand de Dieu. Et, faut-il ajouter, cet esprit de la technique se marie fort bien à une économie de marché dans laquelle l’être même est envisagé comme valeur économique, donc comme ce qui est essentiellement calculable. C’est ce qu’avait bien vu le philosophe allemand Martin Heidegger lorsqu’il disait : « Non seulement elle [l’objectivité de la domination technique sur la terre] pose tout étant comme susceptible d’être produit dans le processus de la production, mais encore elle délivre les produits de la production par l’intermédiaire du marché (Markt). L’humanité de l’homme et la choséité des choses se diluent, à l’intérieur du propos délibéré d’une production, dans la valeur mercuriale d’un marché qui non seulement embrasse, comme marché mondial, la terre entière, mais qui […] tient marché dans l’essence même de l’être et fait ainsi venir tout étant au tribunal d’un calcul général […] »

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            Ce même Heidegger croyait que l’État totalitaire était une conséquence nécessaire « du déploiement essentiel de la technique ». En effet, le propre de la technique est ce que l’auteur Ernst Jünger appelait la mobilisation totale. Il y a un plan implicite dans l’évolution de la technique qui veut que toute ressource, humaine ou matérielle, serve la domination de la terre, domination absurde, d’un point de vue supérieur, puisqu’elle est à elle-même sa propre fin.

            Évidemment, on objectera à une telle idée le fait de l’essor des techniques dans les pays dits démocratiques. Mais justement, je me demande si nous ne sommes pas entrés dans un âge de totalitarisme démocratique. Nos régimes seraient démocratiques dans le sens où l’on y élit toujours nos gouvernements, mais totalitaires par leur degré d’enrégimentation des personnes.

            Il serait trop long, ici, d’expliquer en détail ce que j’entends par totalitarisme démocratique. Je me contenterai de décrire quelques signes de notre entrée dans un tel régime.

            Le nivellement que recherchait la dictature du prolétariat est de mieux en mieux réalisé par l’État capitaliste, et cela sans goulag et sans grande répression policière. L’État capitaliste a misé sur « l’organisation de l’opinion publique mondiale et des représentations quotidiennes des hommes » (Heidegger). À coup de vidéoclips, de téléréalité, de publicités, on a si bien domestiqué l’être humain que « celui qui sentira les choses autrement ira volontairement à l’asile d’aliénés » (Nietzsche).

            Je vois par ailleurs dans le retour de l’eugénisme un autre signe que nous vivons dans un totalitarisme démocratique. L’eugénisme est un projet que les nazis, avec leur folie meurtrière, ne surent mener à terme. Mais on ne voit pas assez qu’avec l’avortement sélectif s’instaure à l’âge démocratique un eugénisme volontaire. (On appelle avortement sélectif le fait que des sujets décident d’interrompre la grossesse quand l’enfant à naître montre quelque défaut. On pourrait dire que l’on se débarrasse de l’enfant comme d’un objet qui présente un défaut de manufacture.)

            Enfin, il est à noter que le totalitarisme déteste naturellement tout ce qui est grand en l’homme et qu’il cherche toujours à détruire les authentiques intellectuels, c’est-à-dire ceux qui excellent dans la vie de l’esprit. Aujourd’hui, on enterre sous des masses de divertissement débile la parole des auteurs et des penseurs qui mériteraient d’être écoutés. Il règne véritablement un mépris de l’exception. Heidegger, d’ailleurs, décrivait ainsi le monde moderne en parlant de « la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre ».

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            Mais au fond rien n’est perdu pour celui qui plonge au cœur de l’existence et y rencontre l’Être. On veut nous fragiliser en nous convainquant que loin d’être liés à la transcendance, nous ne sommes que matière. Comme le disait excellemment Ernst Jünger : « Rien de plus facile que d’effrayer celui qui croit tout fini avec l’effacement de son existence transitoire. Les nouveaux trafiquants d’esclaves ne l’ignorent pas : d’où le cas qu’ils font des doctrines matérialistes. »

            Il faut réapprendre sa liberté authentique pour découvrir Dieu et devenir un homme qui ne courbe pas l’échine devant les diktats du moment. Comme le disait Karl Jaspers : « Plus l’homme est vraiment libre, plus il est sûr de Dieu. »

            C’est dans une foi véritable que l’homme trouvera l’assurance de défier le Moloch qui instaure son règne. Or, à long terme, l’homme de foi ne peut que vaincre, car c’est lui, et non le technicien, qui puise dans les ressources véritablement inépuisables du monde et du supra-monde.

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Toutes les citations sont tirées des ouvrages suivants :

Heidegger, Martin. « Pourquoi des poètes ? », dans Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, coll. Idées, 1980.

Heidegger, Martin. Introduction à la métaphysique, Paris, Gallimard, coll. Tel, 1980.

Nietzsche, Friedrich. Ainsi parlait Zarathoustra, Le livre de poche, 1983.

Jünger, Ernst. Traité du rebelle, Paris, coll. Points, 1986.

 Jaspers, Karl. Introduction à la philosophie, Paris, coll. 10/18, 1998.

Notice biographique

Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Chronique de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

28 novembre 2013

Bête pas si bête…

 Selon mon Petit Robert, l’intelligence est « la faculté de connaître, de comprendre.  Elle implique des fonctions mentales capables de concevoir, de rationaliser. » L’intelligence s’oppose à la sensation et à l’intuition, le premier étant lié au concret, le second, à l’intangible.  L’intelligence permet de comprendre son environnement, de s’y adapter.  L’Homme est intelligent.  Du moins, il le devrait.  Son cerveau est hyper-développé, mais comme l’a écrit le journaliste et poète québécois, Georges Raby, « il y a un problème avec le cerveau.  L’intelligence n’est pas nécessairement garantie à la livraison de l’organe ».

Raby n’a pas tort.  Les animaux exploitent, eux aussi, l’organe noble, mais leur capacité de raisonner est limitée.  Ou du moins, sous-estimée.  Quand Chewbaka, mon labrador, m’épie, puis me chipe mon steak sur le comptoir dès que je tourne le dos, son méfait a tout de la préméditation, de l’orchestration, d’un plan machiavélique en marge de l’instinct pour me dérober mon repas.

Depuis l’antiquité, on se questionne sur la capacité des animaux à témoigner une intelligence abstraite en dehors de certaines situations particulières liées au conditionnement ou à l’apprentissage.  Depuis des siècles, les scientifiques savent que l’animal ressent la souffrance et exprime des émotions qui s’apparentent à celles de l’homme (peine, joie, tendresse, affection…).  On doutait cependant qu’il puisse anticiper, se reconnaître lui-même, éprouver le deuil, élaborer des concepts abstraits dans des situations nouvelles, tous des indices d’intelligence.

Puis il y eut Washoe, la femelle chimpanzé, qui, dans les années 1970, fut le premier animal à apprendre le langage des signes, les utilisant, au terme de son apprentissage, pour exprimer une émotion, ou une idée !

Un cas unique ?  Eh bien non !  Encore dans les années 70, le gorille Koko, apprit lui aussi le langage des signes et put, lui aussi, exprimer des émotions et des sentiments.

J’entends certains : « Pas surprenant !  Ce sont des singes !  Nos cousins ! »

Détrompez-vous !  L’intelligence n’est pas exclusive aux mammifères terrestres.  Pensez aux dauphins.  D’autres exemples animaliers ?  Un corbeau use d’un bâton pour atteindre un morceau de viande hors de sa portée.* Une pie tord la tige droite dont elle dispose de telle manière qu’elle l’accroche à l’anse d’un petit seau contenant des larves, seau que la pie remonte et sort d’un tube de verre.  ** Pour s’évader d’une boîte dans laquelle elle est enfermée, une pieuvre évalue avec calme la grandeur d’une ouverture.  *** Un groupe d’abeilles habituées d’entrer dans une enceinte pour y consommer une solution sucrée est soumis à deux stimuli matérialisés par deux images distinctes, l’une exprimant le concept « au-dessus de l’autre » et l’autre « à côté de l’autre ».  Les abeilles ont le choix entre deux orifices, l’un délivrant la solution sucrée et l’autre, une solution amère, qui déplaît aux insectes.  Pour mériter la récompense, la boisson sucrée, les abeilles doivent comprendre les concepts (« au-dessus » ou « à côté »).  Pour éviter toute mémorisation spatiale, la position des images change de manière constante.  Après une trentaine d’essais, les abeilles comprennent, obéissent à l’instruction (« au-dessus » ou « à côté ») et vont directement à la récompense !****

Il semble donc que même les espèces vivantes au cerveau minuscule et rudimentaire peuvent user d’intelligence.  En outre, il semble que l’élaboration de concepts et la manifestation d’une intelligence abstraite soient possibles en l’absence de langage, du moins d’un langage compris par l’humain.

Évidemment, l’Homme est choyé.  Il est intelligent.  Très intelligent.  Tellement intelligent, qu’on peut se questionner sur les raisons de cette attribution spéciale d’une intelligence si supérieure.  Qu’avait-il fait pour mériter cela ?

Marc Twain écrivait : « Le fait que l’homme distingue le bien et le mal prouve sa supériorité intellectuelle par rapport à toute autre créature ; mais le fait qu’il puisse mal agir prouve l’infériorité de son esprit. » L’intelligence est-elle si importante ?  Le philosophe français Henri Bergson écrivait : « Il y a des choses que l’intelligence seule est capable de chercher, mais que, par elle-même, elle ne trouvera jamais.  Ces choses, l’instinct seul les trouverait ; mais il ne les cherchera jamais. » Observez le comportement humain.  Est-il toujours sensé ou comme le suggère Jorge Luis Borges « notre intelligence n’est-elle là que pour fournir des raisons à ce que notre volonté ou notre instinct veulent ? » Ou pour justifier nos bêtises.  À quoi sert vraiment l’intelligence à celui qui n’est ni sensible, ni compatissant, ni généreux ?  L’acteur Adam Scott affirmait : « L’intelligence a beaucoup moins d’applications pratiques que vous pensez. » Elle n’est pas tout.  L’instinct la dépasse en universalité, et sans doute, en importance.  « Parmi toutes les variétés d’intelligence découvertes jusqu’à présent, l’instinct est, de toutes, la plus intelligente », commentait Friedrich Wilhelm Nietzsche.

L’intelligence est donc accessoire à l’intuition, et nullement l’apanage de l’homme, le plus futé des animaux, mais si bête qu’il la croit exclusive.  En fait, l’animal le craint, ce qui atteste de sa propre lucidité.

* http://www.youtube.com/watch? v=wrHHKJQRlr8

**    http://www.dailymotion.com/video/x75rj1_intelligence-de-la-pie_animals

*** http://www.youtube.com/watch?v=PiYU4HocaUQ

**** http://www.rtflash.fr/l-intelligence-abstraite-n-est-plus-propre-l-homme/article

© Jean-Marc Ouellet 2013

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dires et redires… par Alain Gagnon…

1 avril 2012

Coleridge et Mallarmé…

Une anecdote sur Coleridge. Un jour de rencontre scolaire subventionnée, je fais mention de mon admiration pour ce poète. Le professeur – pour faire l’intéressant ? – se tourne vers moi et énonce : « Il était opiomane. » J’attends la suite. Il se tait et s’attend à ce que je continue mon laïus. Je ne me fâche pas souvent contre mes semblables. Je souris plutôt, reconnaissant chez eux les travers qui sont miens. Ce jour-là fut l’exception. Je me mis à apostropher le prof : « Et Baudelaire ? Ivrogne, érotomane et toxicomane. Et London ? Alcoolique jusqu’à la moelle. Idem pour Hemingway. Et Dostoïevski ? Joueur invétéré… » Et je continuai cette litanie des faiblesses paralittéraires un bon quinze minutes en forçant sur la dépravation des maîtres. Le pauvre type m’implorait presque, tendait les paumes en signe d’apaisement. Les étudiants se tordaient. J’en suis même venu à inclure dans ma péroraison des peintres comme Modigliani et Toulouse-Lautrec… Pourquoi cette rage injustifiée ? Je me le suis souvent demandé. Tentative d’explication : cet empressement bébête et automatique à ânonner sur les travers de personnalité, lorsque l’on mentionne les noms de gens qui ont atteint une certaine notoriété dans les domaines des arts plastiques, du théâtre ou des lettres, m’horripile. A-t-on ce réflexe pour un Prix Nobel de physique ou de mathématiques avec qui il est impossible de tenir une conversation sensée après dix-sept heures parce qu’il est saoul comme la botte ? Pour un économiste de renom pédophile ?  (Le chien de Dieu)

*

Éventail de Mademoiselle Mallarmé

Mallarmé, Écrits sur l’art. Il aurait mieux valu qu’il s’en tienne à la poésie, à son Coup de dés… Lorsque l’on fait de la matière réfléchissant sur elle-même le nec plus ultra de l’art, on en arrive à glorifier les tables, les lampes… et à définir les arts décoratifs comme étant les créateurs de ces objets de la dernière liturgie. Dernier homme de Nietzsche, qui décore les ombrelles des femmes du monde de ses vers et correspond avec les marquises sur les patrons de corsage ! Il se veut – comme artiste – aristocrate. Il n’est souvent que snob, vide et fat. Le gossip lui convient.  (Le chien de Dieu)


Chronique des idées et des livres par Frédéric Gagnon…

25 octobre 2011

Prolégomènes à une pensée de la Nuit…

La tortue de Zénon...

On ne trahirait pas trop le point de vue nietzschéen si l’on disait que pour une large part la tradition philosophique de l’Europe participa à la domestication de l’animal humain en cherchant à soumettre la vie au concept (une telle opinion trouverait sans doute un complément, voire un approfondissement, dans les idées de Heidegger sur le rôle de la métaphysique dans l’apparition de l’âge technique).  Déjà Zénon d’Élée niait le mouvement, ce qui revient peut-être à nier la vie.  Puis Socrate, « homme théorique », d’après le jeune Nietzsche, voulut que les hommes obéissent à des concepts moraux dont la définition résulterait d’échanges dialectiques ; Platon voulut que l’activité de l’intelligence soit ordonnée à un monde d’Idées ; et Aristote, avec tout un appareil logique, détermina ce qu’on appela par la suite raison et activité rationnelle (un auteur aussi tardif que Kant disait accepter en bloc l’Organon du Stagirite).  Évidemment, résumer la philosophie grecque comme je viens de le faire est excessivement schématique.  Un lecteur pourrait m’objecter que Socrate écoutait son démon, que Platon était tout autant poète que logicien et qu’on ne saurait réduire la théorie des Idées à un étroit rationalisme qui ne chercherait qu’à dominer la vie.  Je devrais, jusqu’à un certain point, m’incliner devant un tel lecteur, mais je maintiendrais qu’il y a tout de même quelque chose de vrai dans le point de vue de Nietzsche dans la mesure où l’idée qu’on s’est longtemps faite de la raison fut d’abord élaborée par Platon et Aristote ; que les conceptions de ces deux géants pouvaient facilement accoucher d’une version affadie, dégradée, de la vie rationnelle, d’autant plus que leurs concepts, contrairement, sans doute, à ceux de cet Héraclite que l’on disait obscur, pouvaient facilement s’intégrer à un enseignement scolaire et donc être récupérés par les pouvoirs.  Je pourrais ajouter qu’il y avait dans le platonisme ambiguïté dès l’origine : d’une part, Platon valorisait le « délire » poétique ; d’autre part, il excluait la poésie de sa République idéale au nom d’arguments pour le moins discutables – et c’est justement la logique qu’impliquent ces arguments qui le plus souvent triompha par la suite, si bien qu’un philosophe (Jaspers, je crois) put affirmer que toute la philosophie occidentale n’est qu’un commentaire de Platon (la lecture d’un Descartes ou d’un Kant semble confirmer cette opinion).  Or, dans ce contexte, il m’apparaît clairement que le fait majeur de la modernité n’est pas le concept de lutte des classes ou encore le scientisme, mais quelque chose qui bouleverse plus profondément la civilisation européenne et son idée toujours plus étroite de la rationalité, soit l’irruption de l’irrationnel dans la pensée allemande.  Je pense, bien sûr, à Schopenhauer et à Nietzsche, mais également à Schelling, ce merveilleux esprit trop longtemps négligé.  Dans un ouvrage que Heidegger commenta excellemment, les Recherches philosophiques sur l’essence de la liberté humaine, Schelling ne fit rien de moins que d’introduire l’irrationnel dans la métaphysique en introduisant sa possibilité  en Dieu  (c’est là, sans doute, un concept contradictoire du Créateur, mais comme le savait Héraclite, la contradiction est au cœur même d’une conception supérieure du réel).  D’après Schelling, le vouloir, en Dieu, tend à mener, dans la nature et plus spécialement dans l’homme, une vie autonome capable de s’opposer à l’idéalité de Dieu.  Arthur Schopenhauer, quant à lui, faisait l’économie du divin  en expliquant que le principe du monde, des forces naturelles, des êtres vivants et même des Idées, que Schopenhauer empruntait à Platon dans un détournement de sens, que le principe, donc, de toute manifestation était une pulsion aveugle qu’il nommait volonté.  La volonté, chez Schopenhauer, était essentiellement vouloir-être, vouloir-vivre ; Nietzsche ferait un pas de plus en disant que le monde vu de l’intérieur est volonté de puissance, c’est-à-dire vouloir-être-plus, ce qui explique sans doute que la vie devait évoluer vers des formes toujours plus complexes et que l’homme n’est qu’un pont menant au surhomme.  Remarquez qu’il y a quelque chose d’intéressant et de mystérieux dans la pensée allemande, quelque chose dont il faudrait examiner les causes, ce fait que l’irruption de l’irrationnel

Schelling

s’exprime dans le concept de volonté alors que l’idéal des Anciens était plutôt l’homme d’une volonté réfléchie, ce qui semble indiquer que chez ces derniers la volonté, opposée au désir, était étroitement liée à la raison.  Toujours est-il qu’un certain irrationalisme était inévitable dans le développement de la pensée.  En effet, la philosophie fait problème dans la mesure où son concept de raison implique l’ordre, l’harmonie, la proportion, toutes notions opposées en un sens à la vie, qui est violence, brutalité dans tous ces niveaux d’organisation, et opposées à l’homme dont la vision du monde fut le plus souvent une vision mythique.  Il nous faut admettre que la plus grande part du réel (du réel même de l’homme) est le contraire d’un ordre rationnel ; et pourtant on nous a dit que seule la raison comprendrait vraiment la réalité (ce qui impliquerait que le réel est rationnel).  Par rapport aux conceptions d’une vulgate qui s’est élaborée au cours de nombreux siècles, la vie, la vie en l’homme, et tout le cosmos représentent une nuit de la raison.  C’est de cette idée de la Nuit (et d’un rapport d’autant plus nécessaire à la Nuit que nous vivons dans une civilisation technicienne qui n’a retenu du concept de raison que les éléments d’une raison dégradée) dont je traiterai dans ma prochaine chronique.

©Frédéric Gagnon, 23 octobre 2011.

Notice biographique

Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.


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