Chateaubriand et l’Histoire…, par Alain Gagnon

17 février 2016

Notes de lecture…

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La misère de l’homme ne consiste pas seulement dans la faiblesse de sa raison, l’inquiétude de son esprit, le trouble de son cœur ; elle se voit encore dans un certain fond ridicule des affaires humaines. Les révolutions surtout découvrent cette insuffisance de notre nature : si vous les considérez dans l’ensemble, elles sont imposantes ; si vous pénétrez dans le détail, vous apercevez tant d’ineptie et de bassesse, tant d’hommes renommés qui n’étaient rien, tant de choses dites l’œuvre du génie qui furent l’œuvre du hasard, que vous êtes également étonné et de la grandeur des conséquences et de la petitesse des causes. (Chateaubriand, Pensées, réflexions et maximes)

Devant les événements historiques, qui sont les fruits d’une certaine complexité, les historiens sont un peu comme l’humain étendu sur le gazon qui scrute un ciel étoilé en août. Il choisit et relie des points photogènes, ce qui lui permet de dessiner des formes à l’infini : formes animales, formes humaines, chariot, casserole, oiseaux géants… Dans le champ voisin, un autre homme, couché dans l’herbe, dégagera d’autres dessins ; il en associera les mêmes points, mais de façon différente. Lequel est dans le vrai ? Les deux, et aucun.

Ici, au Québec, dans un temps rapproché tout de même, nous avons connu la Révolution tranquille. Déjà, des images diverses et parfois divergentes en ressortent. De même pour les temps de la putative Grande Noirceur. De même pour la Conquête britannique. Imaginez un peu ce qui arrive lorsque nous reculons plus loin dans le temps ou lorsque l’on fait référence à des conjonctures impliquant plus d’acteurs et de causes : la Chute de l’Empire romain, la Révolution française, la Révolution russe… De la foule des personnages et des faits insignifiants — lorsqu’isolés —, selon leurs préjugés idéologiques ou de tempérament, les historiens trouveront tous les matériaux nécessaires à l’élaboration des paysages historiques qui leur conviennent.

De là toutes ces versions de l’Histoire, des plus orthodoxes aux plus révisionnistes.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Actuelles et inactuelles : Démocratie et Etty Hillesum, par Alain Gagnon…

1 mai 2015

Avril 2015

Démocratie

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Etty Hillesum

Être citoyen devrait se mériter chez nous. La démocratie est le régime qui exige le plus de ses membres. Si elle est saine,  on y a plus de devoirs que de droits.

En dictature, l’assujetti n’a qu’à se laisser mener, et voir à ses intérêts particuliers, tout en évitant les comportements ou énoncés d’opinion qui pourraient aller à l’encontre des visées du tyran ou du groupe dominant.

La démocratie réclame davantage. Le citoyen doit savoir lire, écrire, compter ; il doit s’informer, connaître son histoire politique, celle de ses institutions, leur fonctionnement… De façon à élire des représentants capables de légiférer adéquatement ; et de façon à surveiller efficacement ces mêmes élus dans l’exercice de leurs responsabilités.

On demande sans cesse des droits. Qui parle des devoirs ? Personne, ou presque – électoralement peu rentable. C’est ce qui mène nos régimes à la dissolution lente, dans les faux lendemains espérés d’une démagogie somnifère.

Pour pagayer un canoë de quatre mètres, on exige un permis. Pour l’obtenir, vous avez dû démontrer des capacités minimales. Pour devenir électeur ? La naissance sur le bon territoire suffit. Écoutez les vox pop. Ottawa y devient la capitale des USA ; Obama, le premier ministre du Canada ; et j’en passe, et des meilleures…

Le vote du plus ignare annule le vote du citoyen responsable qui a pris soin de se cultiver, de s’informer, de réfléchir. Je ne crois pas au proverbe : Vox populi, vox Dei. (La voix du peuple est la voix de Dieu.)

*

Etty Hillesum

Hier, à la SRC, on ânonnait : « On a beaucoup tué au XXe siècle. »

On a toujours tué. Si on a moins tué dans les siècles précédents, c’est qu’on n’avait pas encore les moyens techniques d’aujourd’hui.

Le mal est là, rampant, dans toute l’histoire humaine. Guerres, pillages, génocides et massacres résument la fresque de nos traces sur cette planète. Et pourtant… Et pourtant, ça et là, un Jakob Boehme, un Jésus, une Etty Hillesum… ; des événements, comme ces fraternisations spontanées entre ennemis lors de conflits guerriers, nous laissent croire que, sous la cendre des siècles, couve le feu de l’espérance.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

22 août 2013

Le fils à qui… ?

— Ah, les jeunes !  Dans notre temps…

Vous avez déjà entendu cela.  Mes grands-parents l’ont signifié à ma mère et mon père, mes parents me l’ont ensuite lancé, comme je l’ai fait à mes enfants.  Sans doute qu’Adam  le chuchotait à Ève quand il évoquait Caïn et Abel.  Les générations se suivent, les parents élèvent leurs enfants selon leurs idéaux, leur vision du futur, leurs succès, leurs propres échecs.  Parce qu’ils les aiment, leur veulent un bel avenir.  « Chaque génération se croit plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante. », écrivait George Orwell.  Alors les enfants font à leur tête, apprennent, puis imposent leurs radotages à leurs descendants.  Comme si la vie était un cristal au lustre invariable.

Un proverbe africain affirme que l’on est davantage le fils de son époque que de son père.  L’enfant deviendra sa propre réalité, bâtie sur sa génétique exclusive, l’éducation qu’il aura reçue, les principes moraux qu’il aura retenus et, très souvent, sous l’influence de son entourage.  On n’est donc pas totalement le fils à son père ni la fille à sa mère.  Mes parents avaient la radio, j’avais la télévision, mes enfants ont depuis toujours l’ordinateur, internet, le cellulaire.  Mes petits-enfants manipuleront un hologramme, voyageront dans une automobile volante, passeront peut-être leurs vacances sur Mars.  Dans ces circonstances, comment imaginer que nos générations puissent se ressembler ?  Et il y a l’évolution.  Elle nous a réservé un cerveau fabuleux, qui requiert du temps pour toucher son plein potentiel.  Des études l’ont démontré.  En moyenne, le « câblage » de la substance blanche – la gaine des neurones qui assurent une conduction fiable des influx nerveux – n’atteint pas sa maturité avant l’âge de 20 ans *.  En revanche, dès la puberté, les ovaires et les testicules s’éveillent, s’affolent, imbibent de leurs hormones les neurones liés aux émotions, activant chez l’ado le besoin de s’affirmer, d’explorer l’au-delà des limites familières et d’assurer son appartenance au groupe.  Un décalage se crée entre la maturation hormonale liée au goût du risque et la maturation du cerveau, lieu de la raison.  Ainsi, avant la vingtaine, le jeune ne réalise pas tout à fait ce qu’il fait, ou ce qu’il veut.  Il est préoccupé, les adultes ne le comprennent pas.

Nous y passons tous.  Puis vieillissons.  L’homme de chair reste le même, les vieilles modes deviennent archaïques, bonnes pour les musées.  Les nouvelles générations se moquent des anciennes, ne conçoivent pas la vie de l’ancien temps.  Enfant, je n’imaginais pas une maison sans toilette.  Aujourd’hui, mes ados se figurent mal vivre sans guichets automatiques, sans ordinateurs, sans téléphones intelligents.  Alors que le genre humain profite de millénaires de sagesse, convaincu que son époque diffère des autres, que les leçons du passé ne s’appliquent pas à la sienne, chacun expérimente.  Et commet les mêmes erreurs.  Dans Politique, Jacques Bainville écrivait : « Les générations sont solidaires à travers le temps et à travers les sottises. »

L’Histoire est donc inutile.  Le fossé qui sépare les générations est dans la nature de l’Homme.  Pas par méchanceté, ni par négligence, ni par inconscience.  Non !  D’abord, dans l’espoir d’un monde différent, meilleur, parfait, en créant autrement l’avenir, puisque les vieilles recettes ont failli.  Chaque génération se révolte donc contre ses pères.  Et comme les générations ne communiquent guère entre elles, elles s’apprivoisent mal.  Les vieux ont du mal à gouverner les jeunes, ces derniers ne se reconnaissent pas dans les vieilles méthodes.  Résultat : intolérance, rébellion, évolution.

Nous, les vieux, devrions dire comme Oscar Wilde : « La nouvelle génération est épouvantable.  J’aimerais tellement en faire partie. » Hélas, certains nostalgiques compulsifs croient que l’Humanité s’affaiblit de génération en génération.  Balivernes !  Les temps changent, c’est incontournable.  Les atrocités se multiplient, je suis le premier à les dénoncer.  Or, pendant que la population mondiale décuple, le nombre absolu en bêtises ne suit pas la danse.  En proportion, il est donc permis d’espérer.

L’espoir, je le répète, réside dans la jeunesse.  Son sens critique, son énergie, son innocence et son courage sont notre salut.  Appuyons nos jeunes, comprenons et pardonnons leurs étourderies, si semblables aux nôtres de jadis, d’aujourd’hui encore.  Soyons tolérants à leur endroit, faisons-leur confiance.  Et surtout, donnons-leur du temps.  Ils vieilliront.

« Nos enfants nous sont prêtés », disait ma sage et bien-aimée mère.  Nos filles, nos garçons ne nous appartiennent pas.  Ils relèvent de l’Histoire.  Un jour, leur périple sera évalué.  Pas par nous.  Comme eux coupables de gaucheries de jeunesse, parents imparfaits, nous sommes mauvais juges.  Les générations futures statueront, nous saluerons peut-être au passage ou se moqueront.  Impuissants, nous, les vieux, pérenniserons la poussière.

* J.N.Giedd et coll., “Brain Development During Childhood and Adolescence : a Longitudinal MRI Study””, in “Nature Neuroscience”, 1999

© Jean-Marc Ouellet 2013

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet grandit dans le Bas-du-Fleuve. Médecin-anesthésiologiste depuis 25 ans, il pratique à Québec. Féru de sciences et de littérature, de janvier 2011 à décembre 2012, il a tenu une chronique bimensuelle dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche. En avril 2011, il publie son premier roman,  L’homme des jours oubliés, aux Éditions de la Grenouillère, puis un article, Les guerriers, dans le numéro 134 de la revue MoebiusChroniques d’un seigneur silencieux, son second roman, paraît en décembre 2012 aux Éditions du Chat Qui Louche.  En août 2013, il reprend sa chronique bimensuelle au magazine Le Chat Qui Louche.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

19 août 2013

Voyage à l’île aux Couleuvres

Cette étendue de terre sauvage baigne dans les eaux du lac Saint-Jean.  Un paradis exilé qui garde les vestiges d’un passé lointain.  Une forteresse naturelle, que blindent de hautes vagues, qui l’encerclent en tout temps.  Lorsque l’une d’elles s’échoue, une autre, souvent plus puissante, prend le relais.  L’île est à proximité d’un monde moderne, mais le temps l’a épargnée.  Son visage est resté semblable à ce qu’il était il y a des décennies.  L’exotisme qu’elle dégage nous permet de voyager par l’imaginaire.  Là-bas, loin du bruit des moteurs, le son qui domine est celui des vagues qui roulent sur les sables de la plage.

 En quête de découvertes, mes pieds foulent le rivage.  Je me sens privilégiée d’être en ce lieu magique.  Il y a ici des trésors oubliés que mes yeux se plaisent à contempler et mes mains à caresser.  J’admire un corail fossilisé et me remémore ce que je sais de cette île, ce joyau du patrimoine.  Celle qui porte le nom d’île aux Couleuvres aurait pu aussi bien se nommer l’île des Mauvais Esprits.

                 Il y a longtemps, les Amérindiens qui vivaient sur les berges du lac Saint-Jean avaient demandé à un missionnaire de chasser les couleuvres des environs.  Pour plusieurs, la vue de ces reptiles indiquait la présence de mauvais esprits.  Ce serpent non venimeux inspirait la duperie et les tentations de la chair.  Certains Amérindiens les considéraient comme de petits diables malfaisants.  L’attitude sournoise de ces bêtes au  regard froid et à la peau écailleuse les répugnait.  D’autres, moins sévères, voyaient en cet animal la sagesse et la capacité d’innover.  Le missionnaire acquiesça à la demande et captura des dizaines de spécimens qu’il déménagea sur cette île propice à leur survie par sa flore et sa faune.  Elles s’y reproduisirent jusqu’à recouvrir ce territoire.  Bannies d’une terre, elles devinrent les reines de leur lieu d’exil.

  La fonte des glaciers, à la fin de la dernière glaciation, donna naissance à la mer de Laflamme.  L’eau y était salée, car ce bras de mer était relié au fleuve Saint-Laurent.  Puis, lentement, l’étendue se retira pour former le lac Saint-Jean, un lac d’eau douce alimenté par d’importantes rivières.  Des plantes et des poissons marins se sont adaptés.  L’île aux Couleuvres a conservé l’empreinte de ces transformations, car elle héberge encore des plantes de cette époque, dont le « pois maritime ».  On y retrouve aussi « l’astragale du Labrador » qui se fait beau sur les berges dorées.  En 1870, lors du Grand Feu, ce végétal, comme bien d’autres, a été la proie des flammes dans notre région.  Mais l’île aux Couleuvres, épargnée de la conflagration, a permis de sauvegarder cette espèce rare qui provient du Grand Nord.

 Je savoure ces précieux moments sur l’île.  Je me demande ce qu’il en adviendra.  Accroupie devant une talle de fleurs menacées, je n’ose les cueillir, car elles s’épanouissent et je ne veux pas les tuer.  L’amour que l’on porte aux êtres vivants ne doit pas nécessairement se traduire  par leur possession.  On peut également les regarder vivre, les admirer et en être heureux.

Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)



Dires et redires, par Alain Gagnon…

27 juin 2013

Intentions et conséquences…

L’univers social est d’une telle complexité que la prévision relève souvent plus de l’art des augures que de la raison. Les actions les plus simples se déploient en ramifications d’effets et de sous-effets qui se transforment à leur tour en causes, pour engendrer des réverbérations bien au-delà du prévisible et du contrôlable. Combien de décisions familiales, prises dans la générosité, ont des effets contraires à ceux recherchés ? En politique, combien de généreuses réformes ont donné, par euphémisme, des fruits douteux ? Examinons nos propres vies. Chaque soir nous présente un tableau désolant : nos intentions déformées en résultats de nos actes. Si nous avons à rendre compte, vaudra beaucoup mieux être jugés sur nos intentions que sur les conséquences imprévisibles et déroutantes de nos décisions. Ce dicton ancien, L’enfer est pavé de bonnes intentions, on pourrait en renverser le sens, et lui faire dire son contraire : Seules nos intentions offrent des chances de salut — et de salubrité spirituelle et morale.

Car si l’on dit l’humain responsable — et s’il ne l’est pas, inutile d’ergoter sur l’éthique —, il ne peut être responsable, en bien ou en mal, que de ce qui dépend de lui. Les conséquences de ses actes lui échappent presque totalement ; il ne peut donc en être imputable. Toutefois, il est relativement maître de ses intentions ; on peut donc le juger sur la qualité de ces dernières. En aval, les conséquences appartiennent à l’Esprit, à Dieu, à l’Histoire qui, par le tamis du temps, est la grande conservatrice de ce qui vaut.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

5 février 2013

 Effervescence à Val-Jalbert…

  Val-Jalbert.  Un joyau, ce village entre le lac et les montagnes.  Le site d’une beauté remarquable faisait rêver.   La rivière Ouiatchouan et ce panorama spectaculaire du haut des chutes.  On s’enthousiasmait pour le moulin à pâte de bois qui allait assurer l’aisance des colons.

    Bientôt, on soulignera l’arrivée du premier curé et ce dernier bénira solennellement le moulin.  Les invités seront nombreux, dont, entres autres, les prêtres de chaque paroisse du Lac-Saint-Jean.

     Après la messe, les paroissiens avaient l’habitude de se réunir sur le parvis de l’église pour jaser.  Le curé de l’époque, Mgr Couture, était un de ces hommes qui sèment sur leur chemin de l’amour et de l’espoir.  Il était de bons conseils.  Ses réactions spontanées étaient parfois amusantes : ces quelques anecdotes en témoignent.

     Lors d’une messe, il écourta ses prières à cause de la froidure.  Les fidèles agenouillés frissonnaient.  Le souffle de chacun figeait ces mots dans l’air : « Y fait fret ! ».  Après la cérémonie, un gentil monsieur, coffre d’outils à la main, s’offrit pour réparer le chauffage à mazout.  Heureux, le curé l’absout de ses péchés sans même le faire passer par le confessionnal !

      Un jour de printemps, le barrage du lac des Commissaires céda.  L’inondation menaçait l’hôtel, le sous-sol de l’église et certaines maisons.  Les habitants demandèrent à Mgr Couture d’intervenir.  Ce dernier sortit une croix de sa poche et implora Dieu de les épargner.  Les yeux rivés au ciel, il entama une procession près de la rivière.  Le niveau de l’eau se mit à redescendre.  Était-ce le fruit du hasard ?

      Le bonheur quotidien s’installait dans les maisons campagnardes.  Les femmes, debout bien avant le chant du coq, nourrissaient les animaux de ferme et ramassaient les œufs.  Elles préparaient les enfants pour l’école et enfournaient le pain de ménage qui en cuisant dispersait un arôme alléchant.

       Val-Jalbert vivait au rythme du moulin.  Le soir tombé, les amants épuisés, à la chandelle, se retrouvaient au creux du même lit.  Sereins, ils bâtissaient ensemble un monde et regardaient dans la même direction pour un avenir meilleur.

       Au début de la cérémonie d’inauguration, dans une allégorie mémorable, la cloche de l’église et le murmure de la chute s’harmonisèrent aux discours.  Plusieurs représentants des villages voisins étaient de la fête, dont ceux de Saint-Prime, Péribonka et Mashteuiatsh.   Tout cela annonçait une ère nouvelle.

         Les enfants avaient cueilli les plus belles fleurs sauvages, avant d’entamer une ronde.  C’était magnifique !  S’en dégageait un sentiment d’unité, d’appartenance : tous voulaient entrer dans la danse !

          Val-Jalbert de l’époque : une effervescence de bonheur, au rythme de la famille universelle !


Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvre  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Billet de Québec, par Jean-Marc Ouellet…

3 novembre 2012

Vous, mes frères

 Récemment, la vie m’a conduit dans les vieux pays, les plus anciens pays, là où l’éphémère de l’existence frappe de plein fouet et nous rappelle la précarité, la banalité presque, de notre passage.  Des millénaires de gloires et d’hommeries nous invitent à présager de l’après nous.  Tant d’histoire en deux semaines.  Les Pyramides, Éphèse, l’Acropole, Rome et son Colisée.  Autant de merveilles de l’humanité du Bien et du Mal.  Et quelques réflexions.

Trop pour un peu

En Égypte, au Caire, pas de manifestation.  Pourtant, à notre départ de la maison, à la télé, à la une des journaux, les drapeaux américains brulaient, là où McDonald, PFK et On the run participent à l’économie locale.   À Athènes, le calme, des gens accueillants.  Les manifestants des actualités ?  Nulle part.  L’œil du cyclone.  Ils attendaient la venue de la chancelière Merkel.  Nous venions de partir.  À la télé, les mêmes endroits, si calmes durant notre séjour, envahis par les slogans et les casseurs.  Des milliers de protestataires, ou des dizaines.

La caméra cristallise l’événement, en amplifie l’impact.  Sur un écran, quelques centaines de gens paraissent des milliers.  Et la madame nouvelle suggère que des millions manifestent, fracassent des vitrines, brulent un drapeau.  Notre conclusion : tout un peuple en colère.  À tort.  Rares les printemps arabes, les vrais.  Plus fréquents les « printemps érable », diffusés à travers le monde, pour le pouvoir d’une minorité sur la majorité souvent silencieuse.  La perfidie de l’image.

Éloge de la personne

Dans ce monde de conflits et de guerres, des miracles.  Sur le bateau, des Italiens, des Anglais, des Canadiens (Albertains, Ontariens, Québécois…), des Américains (du Nord, du Sud), des Russes, des Français, des Belges, des Chinois, des Mexicains, des Grecques, des Allemands…  Des Blancs, des Noirs, des Jaunes.  Tous cohabitent, se parlent !  Entre gens de même origine, bien sûr, et entre peuples distincts.  Mêmes espérances, mêmes inquiétudes, mêmes « Oh ! », mêmes « Bof ! ».  Les conflits n’existent plus.  Une même aventure.  On se parle anglais, langue universelle, qu’on le veuille ou non. ─ En Israël, l’hébreu, une langue « morte », est la langue officielle.  Et chacun doit maîtriser deux langues étrangères à la fin de ses études secondaires.  Il n’y a pas que la distance qui nous sépare.  – Donc, là-bas, des miracles.  Un Juif discute et rit avec un Allemand.  Un Américain trinque avec un Russe.  Le guide israélien fait équipe avec le guide palestinien.  Au pied du Mur des Lamentations, des chrétiens (arméniens, orthodoxes, catholiques), des musulmans, des juifs, vivent la même soif de transcendance, prient le même Dieu.

Pourquoi deux étrangers aux convictions différentes, issus de contrées en conflit, en guerre parfois, placés l’un en face de l’autre, fraternisent-ils en paix, communient-ils dans l’aventure ?  Comment une masse d’individualités sereines devient-elle une bête belliqueuse ?

Le bien et le mal habitent l’homme.  Dans l’individualité, dans l’intimité, le bon s’exprime, reconnait le bon.  L’être est son propre témoin, son seul juge.  Mais le bien est timide, et le mal aime la masse, là où l’individualité perd son sens, et le contrôle.  Le mal est contagieux.  D’un à l’autre, il broie le bon, le repousse aux confins de l’âme, parfois de génération en génération.  Or, une fois seul, l’homme revient à sa petitesse, à lui-même.  L’humilité reprend la place, et le bon ressuscite, enfin libre.  Dans l’aventure, l’homme est seul.  Il ne tue pas celui qui lui dit bonjour.  Dans l’adversité commune, l’autre est soutien, l’ennemi est allié.

Parfois, o insanité, je rêve d’une invasion extra-terrestre, où la guerre aurait un sens, où les hommes seraient frères dans une humanité liguée contre son annihilation, échappant à son suicide.

© Jean-Marc Ouellet 2012

Notice biographique

Jean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

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