Histoire, éducation, sondages… Alain Gagnon

17 février 2017

Actuelles et inactuelles alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Finalité de l’histoire — La pensée néolibérale m’horripile. L’humain n’est pas une ressource parmi d’autres, dont peuvent disposer les organisations, fussent-elles publiques ou privées. Il est la fin de l’économie et de l’histoire. C’est pour lui que banques, industries et toutes institutions existent — ou devraient exister.

Éducation — On a permis à une bureaucratie centralisatrice de spolier les parents et les instances locales de leurs droits de regard sur l’éducation ; et on a laissé des apprentis sorciers à diplômes, inféodés à des idéologies plus ou moins confuses, effectuer réforme après réforme et, par ce faire, abrutir trois générations de Québécois. On a privé les jeunes des richesses éthico-culturelles de leur passé et on les a laissés nus, sans habiletés ni goût pour la réflexion, dans une société où 50 % des citoyens sont des analphabètes fonctionnels, malgré les milliards que les contribuables y engouffrent.
Nous, les baby-boomers, sommes coupables de ce crime culturel.

Perte de monopole — Les communautés intello-médiatiques des métropoles sont bouche bée. Leurs sondages, prévisions et prédictions en période électorale ne fonctionnent plus. Québec, Canada, France, USA… les mêmes ébahissements de leur part. On y nage dans la confusion.
Les médias officiels et traditionnels (télé, radio, papier…) ont perdu le monopole qu’ils exerçaient sur les masses votantes. Les blogues, bulletins électroniques, Facebook, Twitter et autres rejetons d’Internet, s’adressent aux électeurs avec une intermédiarité restreinte. Journalistes d’opinion et autres commentateurs patentés sont devenus des influenceurs de second ordre, même s’ils s’essaient à reproduire leurs écrits orthodoxes sur les plateformes numériques.
Dans le même ordre d’idée, les téléphones mobiles ont rendu incrédibles et caducs nos rassurants, mais dépassés, sondages d’opinion.

Marche en hiver — Les skieurs glissent, les marcheurs se parlent, gesticulent et se regardent. Tous se hâtent sous les conifères chargés de blanc.
Qui prendra la peine de s’arrêter, de se pencher pour lire cette neige où s’inscrivent les événements, parfois les drames, de la nuit ? Fuites, captures ou balades pour fins de nutrition.

L’auteur : Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale(2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique(Triptyque, 2005), Les versets du pluriel(Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan,Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux(MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

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Textes sacrés, nature et Braque, par Alain Gagnon…

8 décembre 2015

Actuelles et inactuelles…

Les textes sacrés sont souvent des taches de Rorschach, ces images aux formes incertaines que les psychiatreschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec montrent à leurs patients pour faire ressortir les structures de leur personnalité.  Chacun y voit et y puise selon ses propres bibittes ou penchants ; et, dans le cas des textes sacrés, en tire valeurs, attitudes et comportements qui lui conviennent.

*

Dans un réseau social, quelqu’un souhaite que l’école reconnecte l’enfant à la Nature.

De quelle nature parle-t-on ici ?  Physique ?  Végétale ?  Animale ?  Mentale ?  Spirituelle ?  L’humain appartient à l’ensemble.  Si l’on veut sa vie réussie, il faut préparer le jeune à vivre et progresser à l’intérieur de toutes ces catégories.

*

Il y a peu, je terminais l’écriture d’un recueil de nouvelles fantastiques (Gloomy Sunday ou Le récit de Tasha Bonte).  J’y ai rédigé une brève introduction où j’exprime exactement ce que Marc Pasterger a lui-même écrit en préface de son ouvrage inexplicable, mais vraies, lu hier soir.  Coïncidence ?  Synchronicité ?

Mon texte :

En automne progresse le noir, progresse la nuit.  Le brumeux et le flou augmentent ; le mystérieux et l’insolite sortent des sous-bois et des sous-sols et se montrent à la lumière rare des jours gris.

Même si les heures lumineuses se tassent, si le royaume de l’obscur s’étend, il serait abusif de croire qu’il en résulte pour l’esprit affaiblissement et engourdissement.  Des ténèbres jaillit le clair ; et le regard inversé de l’humain peut profiter des jours sombres pour s’adonner à l’introspection, puiser en lui-même des intuitions fulgurantes ou quiètes qui lui ouvriront sur le réel des portes qu’il croyait jusque-là inexistantes.

Les récits que l’on tire de cet état d’esprit ont ce côté orbiculaire – in-finalisé – de plusieurs légendes innues ou inuites.  Le plafonnier n’éclaire pas tous les recoins de la pièce.  Les solutions totales des Maigret et des Sherlock Holmes en sont absentes.  La magie du clair-obscur survit à la dernière ligne du texte.  Le règne du non-dit et de l’indicible perdure, sans faste, mais assurément.  (Le récit de Tasha Bonte)

Et ma lecture d’hier :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecRien ne me plaît davantage qu’un fait avéré laissant patauger l’homme de ce début de troisième millénaire nanti d’un savoir minuscule et d’une culture très parcellaire.  J’adore les histoires n’arborant pas une fin en béton sans discussion possible.  Je raffole des récits — authentiques — laissant la porte grande ouverte à l’imaginaire, à l’existence d’un autre monde, parallèle, invisible, différent, meilleur ou moins bon, et même un peu de tout ça à la fois !  (Marc Pasterger)

Ces textes me ramènent en mémoire une citation de Braque :  « Je ne cherche pas la finition, je tends vers l’infinition. »

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


Poésie, lois et Socrate…, par Alain Gagnon…

1 septembre 2015

Actuelles et inactuelles…
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La poésie affirme, montre ; elle ne démontre pas, ni ne prêche.  Elle ne s’explique pas – ne se justifie pas.  D’autres formes existent pour ces discours nécessaires.

Les poètes chantent, et c’est leur force.

*

L’authenticité – qui est respect de soi – exige force et volonté.  Ces vertus s’apprennent beaucoup par l’admiration.  La littérature d’Homère offrait, entre autres, Ulysse comme modèle.  À quels modèles ont droit les jeunes du Québec ?

*

L’art comporte son côté yin et son côté yang.  Une partie surtout passive – qui reçoit le travail d’un autre ; et une partie active – qui l’a créé.

Le spectateur accueille la dramaturgie ou la fiction écrite tout en la réinterprétant.  Celui qui a choisi la forme est le créateur.  Il a choisi celle qu’il croyait convenir à son propos ou à son talent.  Les spectateurs, lecteurs, auditeurs choisissent aussi leurs formes.  En préférant un mode d’expression à un autre, un auteur à un autre, le roman à la nouvelle, etc.

Chacun trouve la forme qui lui sied.  Pour créer ou recevoir.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecRelecture de l’ouvrage de Diogène Laërce sur la vie de philosophes antiques.  Il rapporte cette parole de Solon, législateur d’Athènes et l’un des Sept Sages :  « Les lois ressemblent à des toiles d’araignées :  si un insecte faible y tombe, il est enveloppé ; un plus fort les brise et s’échappe. »

Peut-on trouver plus actuel ?  Les techniques se démodent, mais les jugements sur les comportements humains et les faits sociaux modifient leur vocabulaire, mais ne se démodent pas.

Toujours chez Diogène, cette citation d’un philosophe sur le langage :        « Myson disait que ce n’est pas dans les mots qu’il faut chercher l’intelligence des choses, mais dans les choses celle des mots, parce que les mots sont subordonnés aux choses, et non les choses, aux mots. »

Et cette autre citation sur Socrate, qui engendre des réflexions pour une vie sur l’art :  « Socrate s’étonnait de ce que les statuaires fissent tous leurs efforts pour façonner la pierre à l’image de la nature, et se donnassent si peu de peine pour ne pas ressembler eux-mêmes à la pierre. »

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

27 février 2015

Jeu de société 

Cher Chat,

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie On dit que la vérité sort de la bouche des enfants.  En effet, mes enfants ne me mentent jamais.  Ils bullshitent*.

D’entrée de jeu, laissez-moi étaler leurs cartes sur table.  J’ai un brelan d’as en la matière, même si mon dernier-né me dame le pion avec encore plus d’adresse que ses deux aînés.

Pour bien comprendre l’enjeu de la chronique du jour, passons tous par la case départ afin d’en saisir le jeu de clés.  Ça vous prend donc un faux jeton qui soit apte à piper les dés avec efficacité.  La pige est chanceuse chez moi.  Dans le jeu de cette famille, demandez le benjamin !  Il touche sa bille pour obtenir presque tout ce qu’il veut.  Voici donc comment, dernièrement, mon fils a mis tous les atouts dans sa game pour se faire offrir un nouveau bâton de hockey.

Certes, le filou peut toujours jouer franc-jeu, sa bille de clown suffisant parfois à me mettre échec et mat, mais quand il tient vraiment à gagner, il choisit la feinte.  Il sait qu’il ne mise pas bien haut avec un mensonge repérable de ce type : « mon bâton est cassé ! » et préfère alors abattre, sans préambule, son joker : « j’ai été désigné capitaine de mon équipe, il me faut un nouveau bâton ».  Bingo !  Je me couche.  Et pourtant, ça, c’est de l’argument bullshit.

Le mensonge n’est qu’une partie de cache-cache.  Il s’agit de planquer la vérité.  C’est un jeu de piste élémentaire puisque le menteur est limité par ce point de référence qu’il doit respecter pour pouvoir en dire le contraire.  Les règles sont simples et il est facile de voir clair dans ce p’tit jeu-là.  C’est le jeu de dames par excellence quand, par coquetterie, elles disent « non », mais pensent « oui ».  Il n’y a que les as de pique pour croire au jeu de l’oie blanche.

La bullshit* est plus insidieuse, car le joueur ne se soucie pas de la vérité.  Il ne s’évertue pas à dire ce qui est faux.  Il tire, il pointe, mais ne cherche pas à dégommer le cochonnet, il veut juste foutre la merde dans le champ de boules.  Bullshit !  Les jeux sont faits quand rien ne va plus.  Ce que je veux dire par là, le Chat, c’est que le bullshiteur  avance n’importe quel pion qui puisse manipuler l’opinion ou l’attitude de ceux à qui il s’adresse, en jouant sur un tas de croyances qui ne sont pas forcément fausses, mais qui ne servent en rien la thèse défendue.  Mon fils est bien capitaine de son équipe, mais pourquoi diable un nouveau capitaine aurait-il besoin d’un nouveau bâton ?  La bullshit est donc un jeu d’esprit qui biaise la réalité en misant sur des sous-entendus pour arriver à ses fins.  Il faut donc beaucoup plus de créativité pour bullshiter que pour mentir.  La bullshit n’est vraiment pas un jeu d’enfant.  Alors, pourquoi mon fils ne joue-t-il pas à des jeux de son âge ?

Tout simplement parce qu’on est plus tolérant avec le bullshiteur qu’avec le menteur qui, quand il est débusqué, se retrouve automatiquement hors-jeu.  Le jeu du mensonge n’en vaut plus la chandelle et c’est risquer une sanction que de perpétuer ce manège quand l’époque est complètement vendue à la bullshit.  En effet, la bullshit, omniprésente, autant dans le monde de la politique que du marketing, est aujourd’hui un jeu de société qui, bien que s’élaborant sans accorder la moindre attention à la vérité, a carte blanche et permet, sans même qu’on demande à voir le dessous de la carte, de promouvoir une image, une idée ou un produit.

Eh oui, ça fout les jetons, mais on continue sciemment de perdre nos billes dans ces jeux de hasard.  Pourtant, la recherche de la vérité est le fondement de la société.  Nous n’avons jamais autant su qu’aujourd’hui et le savoir collectif s’accroit de façon exponentielle.  Se peut-il qu’on se mette à bullshiter parce que, plus informés que jamais, on ne veuille pas passer pour un p’tit joueur qui n’est pas capable de miser à la hauteur du pot ?  La bullshit est-elle née de cette conviction propre aux démocraties qu’il est de la responsabilité du citoyen d’avoir une opinion sur tout ?

C’est ainsi qu’on préfère sauver la mise en jouant à la roulette russe.  Beaucoup se piquent ainsi au jeu, et ces spécialistes de tout et de rien qui font monter leurs enchères sur le net en bluffant et dont les avis sont lus et partagés, sont de véritables bombes intellectuelles.  On ne les élimine pas du jeu pour autant.

Alors qu’on devrait chercher à comprendre, à essayer d’avoir toutes les cartes bien en main, pourquoi se laisse-t-on bluffer par un programme politique, par une crème antirides, par une automobile écoénergétique ?  Et pourquoi bullshitons-nous en retour ?  Vous, le Chat, n’avez-vous jamais donné votre avis sur une question à laquelle vous ne connaissiez rien ou peu ?

Plutôt que de construire des châteaux de cartes en Espagne, la société a pris l’habitudechat qui louche maykan alain gagnon francophonie d’éviter les casse-tête quotidiens en bullshitant.  Pas étonnant que nos enfants abusent des mêmes jeux de stratégie et y excellent.  Belote, rebelote et dix de der, mon fils a 5 bâtons de hockey !

Sophie

*Bullshit : anglicisme dont la traduction littérale est merde de taureau.  L’équivalent français pourrait être baratin, foutaise, pipeau, salades.

* De l’art de dire des conneries (titre original : On bullshit) est un essai très sérieux écrit par le philosophe américain Harry Frankfurt et qui a nourri cette chronique.

  Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

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Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

8 mai 2013

Chants de bataille…

Cher Vieux Matou,

Vos petits sont grands aujourd’hui.  Peut-être ont-ils quitté le camp de base.  Peut-être se sont-ils eux-mêmes engagés volontairement au sein d’une autre famille afin que vous puissiez tranquillement battre en retraite.  Pour ma part, je me suis enrôlée dans l’enfanterie il y a à peine dix-sept ans.  Vous comprendrez, le Chat, qu’il est encore bien trop tôt pour déserter.  Impossible de tirer au flanc.  Dans ma ligne de mère, j’ai inévitablement mes enfants en point de mire.  Je suis en zone occupée.

Vous conviendrez, capitaine, ô mon capitaine, que la responsabilité est carabinée puisqu’il est de mon devoir de mener mes troupes à la libération.  Or, la formation d’un bon petit soldat peut s’avérer pour ses parents un vrai parcours du combattant.  S’il s’agit de faire flèche de tout bois, les forces d’intervention éducatives sont assez diversifiées.  Il se trouve que ma propre légion étant étrangère (je suis la mère française d’enfants québécois), je peux profiter de deux forces alliées pour mettre sur pied mon propre gouvernement provisoire.  En effet, l’issue du combat n’est pas la même de part et d’autre de l’Atlantique.  Quand en France, les parents sont surtout soucieux de la réussite de leurs enfants, les parents québécois, eux, se soucient avant tout de leur bonheur.  L’offensive semble ferme d’un côté et sensible de l’autre.  Alors quelle est la meilleure campagne, selon vous, cher Chat, pour obtenir son bâton de maréchal ?

Au Québec, la nouvelle recrue est au centre des préoccupations.  La vigie parentale est au garde-à-vous.  On organise sa vie à bâtons rompus autour de l’aspirant jusqu’à parfois s’oublier soi-même.  L’enfant n’est jamais un boulet pour ses géniteurs même si d’autres en feraient volontiers de la chair à canon.  Nul besoin de signer d’armistice, on préfère éviter les conflits sans opposer de résistance.  On se contente d’élever quelques lignes Maginot sans agir véritablement, de crainte de brimer la créativité du troufion en herbe.

En France, c’est un tout autre chant de bataille.  L’implication parentale ne se mesurant pas à la précipitation, on s’évite rapidement les quarts de nuit en obligeant le nourrisson à attendre.  À deux mois, après s’être égosillé sans obtenir sa ration, il n’a donc d’autres choix que de se plier aux règles de l’armée de Taire.  On tire d’ailleurs volontiers à boulets rouges sur ceux qui n’apprennent pas rapidement la patience à leurs enfants.  La politesse est également un fer-de-lance et le petit Français sait pertinemment qu’une capitulation n’est possible qu’après un défilé en bonne et due forme de petits mots magiques : « bonjour, au revoir, s’il vous plaît, merci ».  Son homologue nord-américain, quant à lui, franc-tireur, fera irruption dans le frigo du voisin pour boire à même la pinte de lait, avant de prendre la poudre d’escampette sans piper mot et sans que personne ne l’ait dans le collimateur.

Et si en exemptant ce petit soldat de règles de politesse, on le privait de l’apprentissage de l’empathie ?  Quelqu’un lui a-t-il dit qu’il n’était pas seul au monde ?

En France, non seulement, on milite pour garder un certain pouvoir décisionnel sur les permissions à accorder, mais aussi pour une vie compartimentée.  Il y a un temps pour les grands et un temps pour les petits.  Quand, avant le barbecue, le commandant en chef prend l’apéro avec son épouse sur sa terrasse, les fantassins sont priés d’aller vivre leur vie ailleurs, attitude à la limite de la maltraitance au Québec où les parents ne conçoivent pas de cultiver leur jardin sans leur progéniture.  Et pourtant, ils finissent régulièrement tués par ballons sans sommation, l’apéro étanchant la soif du gazon.

En France, comme au Québec, on veut ce qu’il y a de mieux pour nos enfants afin qu’au moment de passer l’arme à gauche, nous soyons rassurés sur leurs moyens de survie, de défense et d’attaque.  Qui est plus susceptible de recevoir la médaille du mérite ?  Celui qui pense réussite, performance, encadrement ?  Ou celui qui pense tout simplement bonheur ?

Car voilà, « quand les talons claquent, l’esprit se vide », disait le maréchal Lyautey.  Trop de règles ne finissent-elles pas par nuire à l’autonomie ?  À lui imposer toutes ces grandes manœuvres, l’enfance ne perd-elle pas un peu de cette insouciance qui invite à la riposte ?  À la bombarder de nos attentes, ne risque-t-on pas plutôt de lui tailler des croupières ?

Alors, faut-il, à l’inverse, être partisan sans concessions de l’expression des enfants ?  À ne pas vouloir assumer le rôle du méchant ou de l’adversaire, à ne jamais les contraindre à la frustration, n’encourageons-nous pas la loi du moindre effort ?  En faisant fi de l’apprentissage de certains codes sociaux, ne contribuons-nous pas à l’individualisme ambiant ?

Pour chacun de mes flos*, je veux être une armée de mères.  Entre fermeté et sensibilité.  Ils sont jeunes, mes mercenaires, et je reste encore le théâtre de leurs opérations terrestres, mais quand vient le salut aux couleurs, c’est toujours le drapeau blanc que nous hissons.  Ensemble.

À la guerre comme à la guerre !

Sophie

* flo vient de l’anglais fellow.  Un flo est un enfant au Québec.

Notice biographique

Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.

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Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

3 mai 2012

Fidélisés à l’os et insoumis magnifiques

On pourrait facilement réduire ce qui se passe actuellement au Québec à deux colonnes de chiffres. Il suffirait d’inscrire à gauche ce que coûterait au Trésor public la gratuité totale des études supérieures : en pourcentage, moins de 1 % des dépenses de l’état (calculs effectués par un chercheur de l’Institut de Recherche et d’informations socioéconomiques — IRIS — et publiés dans le Devoir de fin de semaine). En face, à droite, ce que coûte l’évasion fiscale à tous les états du monde : 18 % du Produit Intérieur Brut (PIB) de la planète entière, ce qui veut dire que dans certains pays, c’est moins, dans d’autres, plus. Avec ce qu’on apprend tous les jours du Québec libéral et néo-libéral, lucide et mafieux, il serait fort étonnant que nous soyons dans les plus bas.  Au fait, ce pourcentage de 18 % a été calculé par une dangereuse officine gauchiste : la Banque Mondiale. Celle-là même qui met un soin jaloux à étrangler les états pour les faire rentrer de force dans la nasse néolibérale.

Sur la deuxième ligne de cette colonne, on ajouterait, toujours à gauche, les 200 000 personnes de tous âges qui marchaient le 22 avril dernier dans les rues de Montréal et à droite, les 2 000 000, de tous âges également, que l’idolâtrie et le culte de la chansonnette la plus insignifiante rivaient à Star Académie, le même jour. Tout est là et tout est dit.

 Parlons du coin droit d’abord, celui qui prétend dire le réel quand il ne repose que sur du vent idéologique intéressé.

L’appel d’un destin préfabriqué

Ici, l’on n’entend qu’un bruit de tiroir-caisse sous le noble discours de responsabilisation, de prise en mains de son propre destin : investis dans ton avenir, le jeune, tu te dois bien ça. Si tu crois que ça en vaut la peine, tu n’auras pas de scrupule à payer pour le bel avenir que tout cela va te donner. L’éducation, oublie ça, l’ouverture et le renforcement de ton esprit, tu rigoles ? C’est un job que l’on va te donner les moyens d’obtenir. Ta cervelle, ne t’en fais pas, on la formate pour l’industrie et le commerce, comme l’a publiquement déclaré le recteur d’une de nos plus grandes universités que la pudeur m’interdit de nommer ici. D’ailleurs, ton intelligence, ta sensibilité, qu’est-ce que tu pourrais bien en faire d’autre que du fric, hein, je te le demande ? Tu vois bien ? Si tu veux consommer — et que diable pourrait-on désirer d’autre de sa vie ? — commence par consommer des cours et accepte de payer, fût-ce à crédit, on te fait confiance, on sait que désormais, toi non plus, tu ne sortiras pas sans elle, ta carte. Tu seras bientôt encarté, comme autrefois les prostituées françaises, encarté crédit, encarté rat dans le beau gros fromage de la dépense forcenée, à tout va, jusqu’à plus soif, jusqu’à plus de planète, plus de père, mère, amis, plus rien que toi et après toi, le déluge, hors de toi, point de salut. Une conscience sociale ? Comment ? Tu n’es pas au courant ? Notre grande prêtresse Thatcher l’a dit : « there is no such thing as society ». Tous les journaux ou presque, toutes les télés ou presque, toutes les radios, poubelles ou non, répètent jusqu’à la nausée ce mantra du réel, de la vraie vie, du destin magnifique du rat bouffeur de tout et qui est seul au monde, dans son labyrinthe sans société. Et dis-toi bien, le jeune, qu’une université doit être concurrentielle, donc la plus chère possible, pour pouvoir attirer les meilleurs profs qui sont évidemment les plus chers, et les cerveaux les plus brillants, comme George Walker Bush à qui la prestigieuse Yale a décerné un diplôme : ça, c’est une référence, non ?

Maintenant, faisons un peu les comptes en comparant rapidement les deux colonnes : d’où vient que les grandes compagnies, si on leur formate des cerveaux, neurones et soumission en mains, non seulement investissent si peu dans les coûts de dressage, mais surtout n’aient rien de plus pressé que de soustraire le maximum d’argent de la poche de celui — l’état que, paraît-il, nous sommes — qui paie tout ça ? Et, tant qu’à y être, pourquoi l’état, puisqu’il n’est plus question de former des esprits et des cœurs, mais plutôt des serviteurs zélés dont les capacités seront volontairement réduites pour mieux servir le système, ses machines et ses possesseurs, pourquoi l’état ne se retire-t-il pas carrément de cette gabegie ?

Mais l’état libéral ne se soucie que de se prémunir contre les abus des pauvres, alors que dix mille Bougon fraudant l’aide sociale ne coûteront jamais à l’état ce qu’un seul financier lui soutire, ce qu’un seul mafieux bien placé lui pompe, ce qu’une compagnie sans état d’âme ni patrie lui pille. Ce n’est tout de même pas ceux qui vivent de l’aide sociale qui partent avec la caisse après avoir reçu de généreuses subventions pour installer des usines qu’ils pourront fermer facilement trois ou quatre ans plus tard, sans qu’on leur demande rien.

La course du rat et l’appétit du veau

Les étudiants, avec courage, intelligence et modération, font appel à ce qui reste, justement, d’intelligence dans le cerveau lavé du consommateur. Ils en appellent à une autre société, une autre vie que cet enfer doré, cette nullité béate qu’on nous impose au nom d’un réalisme qui n’est que propagande éhontée, idéologie sournoise et cynique, piège à cons, tout simplement.

Les étudiants refusent de laisser réduire le sens de leur vie à une course de rat dans le labyrinthe aveugle des besoins inutiles et des désirs débiles ; un labyrinthe où rebondit sur toutes les parois le son des innombrables moteurs dont est fait notre bonheur de peuple vroum vroum, de la tondeuse au ski-doo, du 4 X 4 à la scie électrique, du pick-up à la moto marine et du presse-jus à la souffleuse à neige ; un labyrinthe dont les murs scintillent des signaux pavloviens, en forme de pixels et bits, qui, du Giga au Tera, régissent notre imaginaire dans la folie des sons et des images à n’en plus finir. Signaux qui, surtout, par l’accélération étourdissante qu’ils imposent à notre vie, nous abrutissent au point de nous livrer sans défenses à toutes les idolâtries du showbizz, toutes les résignations du monde tel qu’on nous fait croire qu’il est, toutes les démissions que les cartes de crédit où gît désormais notre âme rendent faciles et même inévitables.

Hélas pour ces jeunes magnifiques qui représentent pourtant une lumière dans notre avenir, un souffle dans notre asphyxie, le veau contemporain, fidélisé jusqu’au trognon, par toutes sortes de campagnes, à toutes sortes de dépendances stupides, ne fait jamais que changer de pacage, du centre d’achat à la plage du Sud, et des téléréalités au gros rire du Québec. Et il vote pour celui qui le laissera ruminer en paix.

Vous êtes pas tannés de roter votre bière en gang, bande de caves ?

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).

Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.

Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.

Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.

 


Réductionnisme et laïcisme : Abécédaire…(55)

13 août 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Réductionnisme — C’est un miroir brisé que la société présente au citoyen.  Un miroir qui le tronque ou, au mieux, le segmente : le refuse comme totalité.  La liberté de culte et la séparation des Églises et de l’État nous honorent.  (Et il nous faut aussi respecter ceux qui considèrent l’homme comme un agrégat temporaire et accidentel de conscience, de pulsions et de souvenirs.)  Je me hérisse toutefois, lorsque, sous prétexte de respect des libertés individuelles, on bâillonne tout le monde, on empêche chacun d’exprimer la dimension essentielle de son être.

À titre d’exemple : cette école où une enseignante du primaire arrête un enfant qui s’apprête à raconter l’histoire des Rois Mages : ce récit pourrait heurter les sensibilités non chrétiennes de certains élèves.  (Et Les contes des mille et une nuits !)  Une histoire est une histoire ; et les enfants les apprécient.  Et s’ils sont d’une autre culture, ils l’apprécieront davantage car elle sera nouvelle pour eux.

Ces scrupules laïques cachent une haine : la haine de soi, la haine de toute transcendance, les cornes du réductionnisme niveleur.  La société plurielle, c’est tout le contraire du bâillonnement : l’acceptation des différences, non leur occultation.

Lorsque le credo réductionniste doit choisir entre plusieurs voies incertaines, entre plusieurs attitudes incertaines dans la conduite des affaires humaines, il choisit immanquablement le plus petit dénominateur commun pour délimiter son projet – ce qui accorde le moins d’envergure possible à la personne.

Tout cela donne une société très drabbe.


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