Juillet-août, un texte de Pierre Raphaël Pelletier…

Juillet-aoûtalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

— Allô, Jules. Ça fait un bout que je t’ai pas parlé dans le nez. Je rigole en disant ça. Inquiète-toi pas Jules, je vais pas te chicaner. Au contraire, je te félicite. Comme ça, t’as reçu une bourse du Conseil des arts ? Du moins, c’est ce que t’as marmotté hier sur mon répondeur.
— Moi, je t’ai laissé un message ?
— T’étais saoul, cher ami.
— Moi. Jamais !
— Combien t’as reçu finalement ?
— 7 500 piastres.
— Tant mieux ! Ça tombe bien. Tu vas pouvoir donner suite à ta dernière exposition de photos. Me donnerais-tu une copie de ton projet ? J’vais m’essayer cette année.
— Y’a pas de problème. C’est facile à faire. Y demandent pas de budget détaillé. Tu donnes juste le montant que t’as besoin. Pis à part ça, y’a des p’tites affaires comme ton cv pis des copies de ton travail.
— En tout cas, Jules, je suis très heureux pour toi.
— Ouen. J’vais pouvoir retravailler des choses que j’aimais pas dans ma dernière exposition.
J’pense pas que le monde a aimé ça ben, ben.
— Laisse-les parler, Jules.
— T’as tout ce qu’il faut pour foncer. Mais dieu de bœuf, arrête de te poncer à l’alcool !
De tous les cafés en ville, j’en fréquente trois. Le café l’Étoile Verte, le café Archimède et Le Hibou.

Aux heures où j’y vais, qui sont très variables, je peux y lire et écrire des heures durant, sans qu’employés ou habitués de la place ne m’importunent. C’est fort apprécié, car comme plusieurs, pour bien travailler, je ne dois pas me sortir de mon biotope. Petite note historique à l’attention des besogneux de l’écriture et des déviants, le philosophe Diogène prévenait les indésirables qui se présentaient à lui de ne point troubler ses « cycles mentaux ».

Au parc Strathcona

Dans les parcs qui font partie de mon paysage, je préfère ne pas lire ni écrire. Pourquoi le ferais-je ? À le faire, je me priverais à tout coup des riches conversations que j’ai avec les oiseaux, les écureuils et les arbres, honorables sentinelles du parc. De plus, je ne saurais entendre la musique du vent, qui sait « jouer du feuillage » comme un virtuose du piano.

De tous les parcs qui existent dans la région de la capitale nationale, le parc Strathcona a toute ma préférence. Je le fréquentais déjà lors de mes études à l’université.

À ce temps-ci de l’année, le niveau de la rivière qui longe le parc a considérablement baissé, laissant à découvert, pour notre plus grand plaisir, de larges surfaces pierreuses, plateformes aux activités d’au moins une vingtaine d’espèces d’oiseaux.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecChaque fois que je me rends au parc Strathcona, à une demi-heure de marche de chez moi, je prends place sur un des bancs face à la rivière, d’où je peux observer aisément les canards, les goélands, les bernaches et autres palmipèdes à plumage phosphorescent qui, s’ils ne se prélassent pas au soleil, passent leur temps à se laisser glisser sur l’eau ou à traquer insectes aquatiques, écrevisses et alevins argentés se cachant sous les algues empourprées et sous les roches de la grève.

Me sont particulièrement sympathiques les carouges à épaulettes. Bien en vue sur les hautes tiges des joncs, ils protègent leurs oisillons, proies faciles pour les corneilles.

Plus rare comme spectacle, ce rougeoyant rat musqué que je ne vis qu’une seule fois à la brunante. Il se déplaçait très rapidement à travers la végétation en bordure de la voie aménagée pour les piétons, quelques instants avant qu’il ne disparaisse dans les eaux noirâtres de la rivière.
« Pourquoi y a-t-il des mésanges bleues de par le monde ? Je n’en sais rien, mais je me réjouis de leur existence […] », écrivait Rosa Luxembourg de sa prison.

Moi aussi heureux, comme je le suis à m’ébaudir au parc entouré de tous ces oiseaux et petits mammifères, nous tous fragiles vivants, dans l’insondable lumière du moment.

(Extraits de : Pierre Raphaël Pelletier, Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés, Éditions David, 2012.)

L’auteuralain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

À la fois poète, romancier, essayiste et artiste visuel,Pierre Raphaël Pelletier a publié une vingtaine de livres touchant différents genres et réalisé plus d’une trentaine d’expositions (solos ou en groupe) de sculptures, de peintures ou de dessins. Il s’est aussi fait connaître par son implication dans un éventail d’organismes artistiques et culturels de la Francophonie canadienne comme l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, dont il est l’un des membres fondateurs.

Vers la fin des années 1970, Pierre Raphaël, après une maîtrise en philosophie, tient diverses chroniques sur les arts visuels à la radio de Radio-Canada et pour le journal Le Droit. Entre 1977 et 1982, il est responsable des secteurs de l’animation culturelle et du Centre des femmes et Étudiant-e-s étrangers-ères de l’Université d’Ottawa. C’est à partir de cette époque qu’il réalise plusieurs études et recherches sur la situation des arts et de la culture en Ontario, notamment Étude sur les arts visuels en Ontario français (1976) et Étude des centres culturels en Ontario (1979). Jusqu’à la fin des années 1990, il aura aussi écrit des articles parus dans des revues, comme Le Sabord, Éducation et francophonie et Liaison.

Parmi ses publications, notons le recueil de poésie L’œil de la lumière(L’Interligne, 2007) pour lequel il remporte, en 2008, le Prix Trillium, le roman Il faut crier l’injure (Le Nordir, 1998), qui lui permet de gagner le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen et le Prix du livre d’Ottawa-Carleton en 1999. Il est également l’auteur du récit Entre l’étreinte de la rue et la fièvre des cafés (David, 2012) et de l’essai Pour une culture de l’injure (Le Nordir, 1999) écrit en collaboration avec Herménégilde Chiasson. (Éd. David)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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