666 mots, un balbutiement de Sophie Torris…

666 mots

Cher Chat,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le ciel vous a envoyé sur ma terre comme une tentation, une invitation à me vautrer dans des paradis artificiels de mots. Depuis, j’ai le diable de l’inspiration à mes trousses et, chaque mois, j’exorcise mes démons sur vos pages. Après quatre ans de confessionnal, mon verbe se fait cher. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai l’esprit saint, mais mon enfer est bel et bien pavé de bonnes citations, riche compost sur lequel des pèlerins peuvent dorénavant méditer. Soyez donc béni, Chat, puisque c’est sur votre mur que j’ai bâti mon Église.
Certes, mes écrits sont loin d’être paroles d’Évangile, mais avouez que, sans être pieux, ils vous ont souvent rivé le clou. Ne croyez pas cependant que l’écriture est un miracle. On ne multiplie pas le vain. Quand un ange passe, il faut remuer ciel et terre pour prétendre à la résurrection.

J’ai cru à la genèse de bien des projets, mais, bien souvent, les dix plaies de la flémingite éloignent de la Terre promise et on en oublie les commandements. Non, la création ne se fait pas en sept jours ! Et puis, on n’est jamais à l’abri d’une faute originelle. C’est justement après avoir goûté au fruit de la reconnaissance que j’ai su que j’étais nue.

En effet, ce n’est pas tout que de gagner une auréole, encore faut-il la garder et c’est une diable d’affaire que de rester prophète en son pays. Les traversées du désert sont fréquentes suite à un succès. Personne n’a les clés du paradis, mais la gloire goûte le ciel et les louanges en sont le laissez-passer. Alors, on ne peut plus décevoir. Et voilà que l’enfer, c’est les autres ! Je ne connais, ni d’Ève ni d’Adam, la plupart de mes lecteurs et, même s’ils s’en lavent les mains, je ne conçois déjà plus mon retour qu’en fille prodigue.

Ève n’avait pas de nombril, j’en ai un. La réussite est un baume pour l’égo, je ne peux plus laisser ma feuille de vigne, vierge, ni mon Éden en jachère. C’est le serpent qui se mord la queue ! À la lumière de mes anciens testaments, je ne peux qu’en écrire de nouveaux. J’ai la dent dure, je veux avoir la côte ! Je réponds à l’Apple, mais ai-je vraiment la vocation ? Amenez-moi un cageot que je croque toutes les pommes et que j’enfante des mots dans la douleur ! L’écriture est un long sacerdoce, mais c’est ainsi que mon royaume se leste à nouveau de lettres et que je m’élÈve.

Et que le diable m’emporte si ma langue fourche ! Il faut, de toutes les façons, que je l’aie au corps puisque j’en suis son avocate. Et c’est le 444e mot de cette chronique ! Juste ciel, c’est à croire qu’un bon petit diable profite réellement des malheurs de Sophie et de mon inclination pour la polémique ! Je ne serai jamais une petite fille modèle, n’en déplaise à la comtesse. C’est qu’il faut être possédé pour nouer ce genre de pacte irrémédiable avec l’écriture, et ce, sans gage d’immortalité. Faust n’a rendu célèbre que Goethe, non ?
Alors, est-ce parce que le diable me tire par la queue que je multiplie les sauts d’ange ou est-ce tout simplement pour ne pas garder l’église au milieu du village que je cherche dans toutes les querelles de clocher, un plan d’enfer ?
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecL’écriture recommence toujours par un chaos originel dans lequel il faut sans cesse replonger. Ça prend un minimum de foi pour croire en l’invisible. Je suis une Tour de Babel, et je tente le diable à chaque fois en essayant de traduire l’étrange qui croît en moi. Et le diable finit toujours par sortir de sa boîte.

J’ai beau parfois souffler comme un bœuf, je suis têtue comme un âne. Je continuerai donc de crécher ici. Je suis née sous votre bonne étoile. Et si le Diable Vauvert m’appelle parfois, je n’entrevois point de salut hors de votre Église. Dois-je y voir l’œuvre du malin que vous êtes ?

Ainsi soit-il !

Sophie

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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3 Responses to 666 mots, un balbutiement de Sophie Torris…

  1. Lily Bouchard dit :

    666mots de Sophie Torris m’a beaucoup intéressée par sa forme et son contenu. On sent le souffre ,le diable d’écrivain là-dedans. Bravo , Lily Bouchard

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  2. Sophie Torris dit :

    Seigneur Lily! Tu flattes mon orgueil! Je souris aux anges!

    J’aime

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