Sire, un texte de Denis Ramsay…

Sire

— Sire, le peuple est dans la rue ! chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

— Ah oui ?  Et notre sécurité ?

— Assurée par la garde nationale.

— Et la troisième division ?

— À vos ordres !

— Alors ?

— Je voulais vous annoncer que le peuple est mécontent de vos politiques économiques…

— Ah oui ?

— Oui, Sire.

Le commando était prêt.  Ils étaient prêts aussi, les membres du commando :  Hervé (Her), Brigitte (Bri), Nestor (Nes) et Djangord (Dan).  Ils voulaient faire sauter le poste de police, qui servait également de poste de commandement aux forces armées.  La foule vibrait, était fébrile, en colère.  Elle avait faim.  Leur niveau de vie avait dramatiquement baissé l’année précédente, passant du troisième au cent vingt-troisième rang mondial, avant le Rwanda…  La politique ultra libérale envers les capitaux, et les capitaux seulement, avait labouré le terrain pour la guerre civile.  La foule n’approuvait pas une société sans salaire minimum !

Quelques radicaux, et un commando.  Ils étaient dans le petit camion, petits dans le camion.  Chacun avait sa veste C-4, avec détonateur au bout des manches.  Ils mourraient ce soir ; ils le savaient.  Ils allaient tuer aussi.  La foule allait affronter l’armée.  Eux tentaient simplement de réduire les forces répressives avant l’affrontement.

— Sire, le peuple est dans la rue !

— Ah oui ?  Et notre sécurité ?

— Assurée par la garde nationale.

— Et la troisième division ?

— À vos ordres !

— Alors ?

— Oui ?

— Faites-la venir.

— Ici ?  Dans la capitale ?

— Et la deuxième aussi.

— La deuxième contrôle le secteur sept, où ont débuté les troubles.

— Ah oui !  Les troubles…

La foule était agressive, arrachait les parcomètres et tout ce qui formulait une interdiction.  Elle réclamait, exigeait, ne demandait pas, ne mendiait pas.  Quelqu’un cria RÉ-VO-LU-TION et la foule reprit le cri.  Évaluation :  500 000 personnes…

— Sire, le peuple est dans la rue !

— Ah oui ?  Et notre sécurité ?

— Assurée par la garde nationale.

— Et la troisième division ?

— Arrivée, elle prend position autour du palais.

— Bien.  D’autres problèmes ?

— Le ministre de l’Intérieur désire vous voir.

— Le sinistre de l’intérieur ?  Pourquoi ?

— Quatre bombes viennent de sauter au quartier général de la garde nationale.  Les troubles…

— Les troubles ?  Ah !  Oui.

La foule arrivait dans les jardins du palais.  Derrière les buissons, les tireurs d’élite de la troisième division.  Ils n’avaient pour l’instant que des balles de plastique.  La foule piétinait les plates-bandes du pouvoir, égorgeait les œillets.  Première salve.

— Sire, le peuple est dans la rue.

— Je sais, mon cher ministre.  On me l’a déjà dit.

— Que devons-nous faire ?

— Prendre un verre et laisser votre ministère s’en occuper.  Vous vouliez tant ce pouvoir.  Vous l’avez maintenant et ne m’incommodez plus avec les troubles, sauf quand ils seront finis.  À moins que vous ne soyez pas compétent…  Voici justement le ministre de la Famine !

Les épiceries étaient pillées, les restaurants, réquisitionnés.  Cantines populaires !  Les tambours reprirent le rythme des tambours de guerre amérindiens.

Pam-pam-pam pamp Pamp-pamp-pamp pamp.

Le rythme habitait toute la scène.  Une direction.  Une invasion.  La troisième division attendait la manifestation, baïonnette au fusil.  Il ne restait plus d’équipement antiémeute inutilisé.

— Sire, le peuple est dans les jardins.

— Il est las de la rue ?  Et notre sécurité ?

— Encore assurée.  Mais nous avons prévu vous évacuer.

— Comme un déchet ?  l’interrompit de façon stridente le président.

— Votre présence attire les foules.

— Merci.  Je le savais.  Où est la sortie ?

— Par l’arrière.

— Comme un voleur…

Le palais vide fut pris d’assaut malgré quelques éventrés.  Les cadavres étaient portés à l’intérieur en procession.  La foule se disciplinait comme un rouleau compresseur.  Le commandant de la troisième division attendait l’ordre de tirer à vraie balle, mais le pouvoir se sauvait.  Il avait déjà perdu trois hommes tués à coups de pied.  Avoir des missiles téléguidés avec une précision de 92 % et se faire battre à coups de pied !  Il n’y aurait pas de médailles dans cette sale guerre.

— Sire, le peuple est dans le palais.

— Si je leur parlais, ils comprendraient.

— Je ne crois pas, Sire, c’est du peuple qu’il s’agit.

— Il s’enfuit ! scanda la rumeur.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecLe mouvement de foule s’élargit tout d’un coup et certains courraient déjà vers l’arrière de l’imposant édifice.  Il s’enfuit.  Un hélicoptère attendait.  Et les soldats avaient de vraies balles.  Première Salve.  La foule portait de nouveaux morts, mais avançait toujours.  L’hélicoptère s’envola, le pouvoir à son bord.

L’appareil survola la scène.

— Mais qu’est-ce qu’ils veulent à la fin ?

— Votre peau, je crois, Sire…

Notice biographique 

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieL’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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