Henry David Thoreau : Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

Walden ou La vie dans les bois (extrait)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMieux que l’amour, l’argent, la gloire, donnez-moi la vérité. Je me suis assis à une table où nourriture et vin riches étaient en abondance, et le service obséquieux, mais où n’étaient ni sincérité, ni vérité ; et c’est affamé que j’ai quitté l’inhospitalière maison. L’hospitalité était aussi froide que les glaces. Je songeai que point n’était besoin de glace pour congeler celles-ci. On me dit l’âge du vin et le renom de la récolte ; mais je pensai à un vin plus vieux, un plus nouveau, et plus pur, d’une récolte plus fameuse, qu’ils ne possédaient pas, et ne pouvaient acheter. Le style, la maison et les jardins, et le « festin » ne sont de rien pour moi. Je rendis visite au roi, mais il me fit attendre dans son antichambre, et se conduisit comme quelqu’un désormais incapable d’hospitalité. Il était en mon voisinage un homme qui habitait un arbre creux. Ses façons étaient véritablement royales. J’eusse mieux fait en allant lui rendre visite.

Combien de temps resterons-nous assis sous nos portiques à pratiquer des vertus oisives et moisies, que n’importe quel travail rendrait impertinentes ? Comme si l’on devait, commençant la journée avec longanimité, louer un homme pour sarcler ses pommes de terre ; et dans l’après-midi, s’en aller pratiquer l’humilité et la charité chrétiennes avec une bonté étudiée ! Songez à l’orgueil de la Chine et à la satisfaction béate des humains. Cette génération-ci incline un peu à se féliciter d’être la dernière d’une illustre lignée ; et à Boston, Londres, Paris, Rome, pensant à sa lointaine origine, elle parle de son progrès dans l’art, la science et la littérature avec complaisance. N’y a-t-il pas les Archives des Sociétés Philosophiques, et les Panégyriques publics des Grands Hommes ! C’est le brave Adam en contemplation devant sa propre vertu. « Oui, nous avons accompli de hauts faits, et chanté des chants divins, qui jamais ne périront » – c’est-à-dire tant que nous pourrons nous les rappeler. Les Sociétés savantes et les grands hommes d’ Assyrie – où sont-ils ? Quels philosophes et expérimentateurs frais émoulus nous sommes ! Pas un de mes lecteurs qui ait encore vécu toute une vie humaine. Ces mois-ci ne peuvent être que ceux du printemps dans la vie de la race. Si nous avons eu la gale de sept ans, nous n’avons pas encore vu à Concord la cigale de dix-sept ans. Nous connaissons une simple pellicule du globe sur lequel nous vivons. La plupart d’entre nous n’ont pas creusé à six pieds au-dessous de la surface, plus qu’ils n’ont sauté à six pieds au-dessus. Nous ne savons pas où nous sommes. En outre, nous passons presque la moitié de notre temps à dormir à poings fermés. Encore nous estimons-nous sages, et possédons-nous un ordre établi à la surface. Vraiment, nous sommes de profonds penseurs, nous sommes d’ambitieux esprits ! Lorsque là debout au-dessus de l’insecte qui rampe dans les aiguilles de pin sur le plancher de la forêt, et s’efforce d’échapper à ma vue, je me demande pourquoi il nourrira ces humbles pensées, et cachera sa tête de moi qui pourrais, peut-être, me montrer son bienfaiteur, en même temps que fournir à sa race quelque consolant avis, je me rappelle le Bienfaiteur plus grand, l’Intelligence plus grande, là debout au-dessus de moi l’insecte humain.

Il se déverse dans le monde un incessant torrent de nouveauté, en dépit de quoi nous souffrons une incroyable torpeur. Qu’il me suffise de mentionner le genre de sermons qu’on écoute encore dans les pays les plus éclairés. Il y a des mots comme joie et douleur, mais ce ne sont que le refrain d’un psaume, chanté d’un accent nasillard, tandis que nous croyons en l’ordinaire et le médiocre. Nous nous imaginons ne pouvoir changer que d’habits. On prétend que l’Empire Britannique est vaste et respectable, et que les États-Unis sont une puissance de première classe. Nous ne croyons pas qu’une marée monte et descend derrière chaque homme, laquelle peut emporter l’Empire Britannique comme un fétu, si jamais il arrivait à cet homme de lui donner abri dans le port de son esprit. Qui sait quelle sorte de cigale de dix-sept ans sortira du sol la prochaine fois ? Le gouvernement du monde où je vis ne fut pas formé, comme celui de Grande-Bretagne, dans une conversation d’après-dîner verre en main.

La vie en nous est comme l’eau en la rivière. Il se peut qu’elle monte cette année pluschat qui louche maykan alain gagnon francophonie haut qu’on n’a jamais vu, et submerge les plateaux desséchés ; il se peut même, celle-ci, être l’année fertile en événements, qui chassera de chez eux tous nos rats musqués. Ce ne fut pas toujours terre sèche là où nous demeurons. J’aperçois tout là-bas à l’intérieur les bords escarpés qu’anciennement le courant baigna, avant que la science commençât à enregistrer ses inondations. Tout le monde connaît l’histoire, qui a fait le tour de la Nouvelle-Angleterre, d’une forte et belle punaise sortie de la rallonge sèche d’une vieille table en bois de pommier ayant occupé soixante années la cuisine d’un fermier, d’abord dans le Connecticut, puis dans le Massachusetts, – issue d’un œuf déposé dans l’arbre vivant nombre d’années plus tôt encore, ainsi qu’il apparut d’après le compte des couches annuelles qui le recouvraient ; qu’on entendit ronger pendant plusieurs semaines pour se faire jour, couvée peut-être par la chaleur d’une fontaine à thé. Qui donc, entendant cela, ne sent réchauffée sa foi en une résurrection et une immortalité ? […]

Je ne dis pas que John ou Jonathan se rendront compte de tout cela ; tel est le caractère de ce demain que le simple laps de temps n’en peut amener l’aurore. La lumière qui nous crève les yeux est ténèbre pour nous. Seul point le jour auquel nous sommes éveillés. Il y a plus de jour à poindre. Le soleil n’est qu’une étoile du matin.

(Traduction par Louis Fabulet)

L’auteur…

Henry David Thoreau, de son vrai nom David Henry Thoreau, est un essayiste, enseignant, philosophe, naturaliste amateur et poète américain, né le 12 juillet 1817 à Concord (Massachusetts), où il est mort le 6 mai 1862.

Son œuvre majeure, Walden ou la vie dans les bois, publiée en 1854, délivre ses réflexions sur une vie simple menée loin de la société, dans les bois et à la suite de sa « révolte solitaire ». Le livre La Désobéissance civile (1849), dans lequel il avance l’idée d’une résistance individuelle à un gouvernement jugé injuste, est considéré comme à l’origine du concept contemporain de « non-violence ».

Opposé à l’esclavagisme toute sa vie, faisant des conférences et militant contre les lois sur les esclaves évadés et capturés, louant le travail des abolitionnistes et surtout de John Brown, Thoreau propose une philosophie de résistance non violente qui influence des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Mohandas Karamchand Gandhi et Martin Luther King.

Les livres, articles, essais, journaux et poésies de Thoreau remplissent vingt volumes. Surnommé le « poète-naturaliste » par son ami William Ellery Channing (1818-1901), Thoreau se veut un observateur attentif de la nature et ce surtout dans ses dernières années durant lesquelles il étudie des phénomènes aussi variés que les saisons, la dispersion des essences d’arbres ou encore la botanique. Les différents mouvements écologistes ou les tenants de la décroissance actuels le considèrent comme l’un des pionniers de l’écologie car il ne cesse de replacer l’homme dans son milieu naturel et appelle à un respect de l’environnement. (Wikipédia)

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One Response to Henry David Thoreau : Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

  1. Sylvie G dit :

    Beau souvenir de lecture

    J’aime

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