Les balbutiements chroniques de Sophie Torris…

Regard sur mon court lettrage*…

Moteur !  L’action se déroule dans mon cœur, vue de la foule et de toi, spectateur.  Grand-angle sur le Bar à Pitons, souschat qui louche maykan alain gagnon francophonie les ampoules, j’ai le make-up qui fond.

Fondu enchainé sur un mot technicolor que ma langue pixélisée déflore.  En post- synchro des rires en riposte.  Ostentatoires tentatives, ainsi, je t’accoste.

Toi, public, duplique tes clacs et tes cliques à chaque réplique.  Attends !  On n’en est encore qu’au générique de mon adaptation cinématographique.

J’voudrais faire un slam pour un cinéma-vérité, mon propre psychodrame.

J’voudrais faire un slam, ma vie en contre-plongée, ouvrez tous vos diaphragmes.

Ce soir en version originale, mon propre festival Regard sur mon court lettrage.  Je m’étale.  T’as la bande-son et la bande-image.  Sans sous-titres et sans doublage.

Toi, tu joueras les figurants et t’applaudiras quand ça sera le temps.  Moi l’actrice, toi complice de mon synopsis.

Attention, on tourne !  Premier clap.  Quand j’étais ti-coune, flash-back.  Film en noir et blanc, un long bivouac avant de devenir grand.

Plan-séquence sur l’adolescence, plan serré sur un peu d’acné, plan plus large sur l’envie de prendre le large.

Plan rapproché sur Hervé, gros plan sur Jean, plan-raccord sur Victor, plan fixe sur Félix, plan américain sur Bastien, plan-poitrine sur Kevin, plan bizarre sur Bernard.

Et puis, sortir du champ.  Parce que tout fout le camp.  Arrêtez tout ce cinéma parce que l’amour, ça n’existe pas.  Faire de mes jours des nuits américaines.  Barbie trouve pas son Ken.  Ça sera jamais mon tour.  Noir sur l’écran de mes jours.  Caméra subjective sur mon cœur à la dérive.  Je ne suis pas un navet, mais ma salle est vide à pleurer.  Je ne suis pas une salope, je veux un seul caméscope.

Coupez !  J’gagnerai jamais un trophée dans un Festival sur le court.  À moins de tenter le cinéma muet, mais je suis troubadour.

Si j’augmente le temps d’exposition à trois minutes trente*, c’est la disqualification.  Faut que je change de festival pour vous offrir un nouveau bal.

J’gagnerais peut-être le prix de la meilleure télésérie ?  Mon court lettrage en deux épisodes, ça s’rait peut-être la bonne méthode.

J’lance la mode du slam en deux temps, pour ne pas couper court à ma profondeur de champ.  Ça prend deux plans-séquences quand on a trop d’éloquence.

Fait que, si tu veux la suite de mon scénario, va falloir voter comme il faut.

Action !  Scène 2 de mon film d’animation.

Deuxième court lettrage, j’ai pris un peu d’âge.  Course poursuite après mon point de fuite.  Pas de préambule, j’rembobine pas la pellicule.  Sachez qu’elle n’est plus vierge, y’est passé du monde dans mon auberge.

Mais, après plusieurs bouts d’essais, Zorro est enfin arrivé.  Casting concluant.  Travelling arrière, travelling avant, travelling arrière traveling avant, travelling arr… Arrêt sur image.  Des ébats fort peu sages qu’on va couper au montage.

Bref, il était cinéphile, j’en suis tombée cinéfolle.  Suis passée à la casserole, et comme il était habile, ma bedaine, figure de style, a choisi l’hyperbole.  Trois fois.  Cinérama en 3 D, une fille, deux gars, trois destins animés.  Ils sont mes cinémas répertoires, mes plus belles victoires.  Mes enfants.  Mon 7e art.

Mes trois têtes d’affiche ne sont plus en friche.  Tandis qu’ils découchent, je regarde leurs vieux rushes.  Faut que je me détache.  Ils quitteront ma crèche.  Je crains qu’ils ne débarquent de mon cinéparc.

Leur vie qui démarre tout en panoramique et la mienne qui a rencart avec son générique.  De fin.  Même si c’est pas demain.

J’ai le demi-siècle qui lorgne ma pastèque.  J’ai l’image argentique qui voit venir sa date fatidique… de péremption.  Ça me prendra bientôt toute une équipe technique… pour faire illusion.  J’ai la vue qui baisse, mais sans mes lorgnons, je ne vois pas mes fesses telles qu’elles sont.  Mes décors resteront naturels et tant pis, si j’ai l’amphore qui se rebelle.

Pas de Botox in extenso, j’aime pas les effets spéciaux.  Pas de collagène en postproduction.  C’est pas mon domaine, la science-fiction.  Peu importe la ride génocide, pourvu que jamais mon folklore ne s’détériore.

Troisième âge, ça rime toujours avec tournage ?  Et même si je tourne plus à 24 images seconde, j’perdrai jamais ma faconde.  Jamais d’apostrophe en voix off.  C’est un mythe éculé que de se croire dépassé.  Et si je ne résiste plus à la loi de la gravité, eh bien, c’est en avant que je pencherai.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieUn slam à un temps, un slam à un temps qui s’offre encore le temps, qui s’offre encore le temps, de s’offrir des tours du côté de l’amour.*

Un slam à deux temps, un slam à deux temps qui s’offre une steadycam, qui s’offre une steadycam pour sonder mon âme et vous tirez des larmes.

Un slam à 1000 temps, un slam à 1000 temps qui s’offre un court lettrage, qui s’offre un court lettrage pour la joie de dire et la joie du partage.  Un slam à 1000 temps, un slam à 1000 temps, c’est le juste temps pour t’offrir un roman, mon champ contre ton champ.

*Chaque année, au mois de mars, le festival Regard sur le court métrage a lieu au Saguenay.

* Comme tout jeu de société, le slam a ses règles.  Les textes proposés ne doivent pas excéder 3 minutes.  Au-delà d’un 10 secondes de grâce, le slameur trop bavard subit une pénalité de ½ point pour chaque 10 secondes excédentaires.

* Sur l’air de La valse à 1000 temps de Jacques Brel

 Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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