Chronique de Milan, par Clémence Tombereau…

 L’anonymat…

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L’anonymat lui sied à merveille. Pas de crainte de tomber sur un de ces indésirables, ces gens qu’il croisait malheureusement trop souvent à Paris, qui lui sautaient dessus pour le solliciter aussitôt, sans intérêt réel pour lui bien sûr, juste désireux qu’il parle d’eux dans une de ses pages, de leur spectacle, de leur livre, de leur nouvelle idée, nouvelle stupidité nécessitant l’appui des médias pour exister vraiment. Il était un peu Dieu et cela était loin, au début, de lui déplaire, avant de l’exaspérer quand le manège devenait quotidien, aboutissant à des formes de fourbes agressions par des personnes qu’il ne connaissait pas, mais qui étaient cousin, frère, neveu, femme, mère, d’un ami, d’un très bon ami à lui. Il avait été surpris de voir à quel point la plupart des gens souhaitaient plus que tout devenir publics, même un peu, même un quart d’heure comme disait Andy, un petit quart d’heure d’éternité, pour lequel on se damnerait, pour éviter l’insupportable mort des anonymes. Quelques lignes, une page dans un hebdomadaire devenaient alors un Graal pour lequel il aurait pu exiger ce qu’il voulait – il s’en gardait. Il prenait même un malin plaisir, par pur esprit de contradiction, à parler de personnes qui ne le sollicitaient jamais. Alors marcher en étant un pur inconnu, un insignifiant, avait sur lui le même effet que la reconnaissance sur d’autres : cela le gonflait de plaisir, le rendait vivant. Chaque pas comme un nouveau souffle, chaque regard sur le monde comme une petite mort, entre l’extase et la disparition.

Dans une petite église, il se recueille sur un banc, sans foi, seulement soucieux de repenser à ceux dont il était proche. Il fera cela tous les jours, pour les protéger, les faire vivre, au moins dans sa tête, oublier celui qu’il était, mais pas ceux qui, à leur manière, se démenaient pour l’aimer. Une pensée pour chacun comme une poupée vaudou, piquée par les aiguillons pernicieux du manque qu’ils creusent en lui. Ces personnes resteront sans prénom, seulement vêtues de ses souvenirs et les mots, trop pudiques pour poser sur ces êtres des sensations qui les rendraient intimes aux potentiels lecteurs, les mots sur ce point se tairont. K. sera bien sûr l’exception confirmant la règle, car, après tout, il se demande encore si ce qu’elle éprouvait pour lui était de l’amour ou une forme d’attachement rassurant, dénué de passion.

Autour de lui, d’autres personnes prient : les églises ici sont plus peuplées qu’en France. Jeunes, vieux, hommes, femmes, étrangers ou locaux, la religion imbibe encore leur vie à la manière d’un alcool familier dans lequel on confit confortablement.

Certains ont des préférences : une femme est agenouillée devant saint Antoine, tandis qu’une autre est contrite sous la Vierge. Les saints et la mère de Jésus sont autant d’amis et on choisit de se tourner vers l’un ou vers l’autre selon le souci qu’on souhaite leur confier – le meilleur ami de tous restant, évidemment, écorché sur sa croix et le visage toujours penché vers nous, Jésus.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge chat qui louche maykan alain gagnonDéclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai (Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.  Récemment, elle a publié Débandade(roman) aux Éditions Philippe Rey.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 

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