Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

Du Prozac dans mes cornflakes…

tu me dis qu’il faudrait que je me libère d’hier n’aie plus peur de demain et jouisse chat qui louche maykan alain gagnon francophonie aujourd’hui

tu me dis qu’il faudrait que j’ignore les tics les tacs trop bruyants de l’horloge de la gare

tu me dis qu’il faudrait que je dise oui que je dise non mais que je dise quelque chose merde et me décide à monter tic oui tac non dans ce train pressé qui n’attendra pas

mais le monde lui-même tu sais a oublié qu’il fallait qu’il fasse un choix une bonne fois pour toutes encore à jamais sans CTRL-Z à portée de main

et déjà le monde a tiré ce trait indélébile sur l’ordre des choses les il faudrait les choix les saisons les trains trop pressés et le temps qui passe

l’hiver n’a jamais été si doux sans parvenir à se décider à pointer le nez de ses degrés son blanc manteau ses lèvres gercées ses mains craquelées

mais sur le quai de gare le monde se sent impuissant s’en veut et ne sait plus contre qui tourner sa colère qu’il ne peut exprimer de tempêtes en inondations

c’est le monde qui prend l’eau et c’est moi qui m’y noie

tu me dis que je suis une cocotte-minute sous pression moi qui n’ai jamais su cuisiner qu’avec mes pieds et m’efforce de faire coller les pâtes car elles sont meilleures comme ça

tu me dis que les métaphores m’échappent et que je suis beaucoup trop à fleur de peau moi qui suis allergique à ces trucs jaunes oranges rouges qui bourgeonnent au printemps

tu me dis qu’il faudrait que je sorte mon rapporteur et délaisse le premier degré mes œillères et mon nombril pour voir un peu plus loin que le bout de mon nez

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde avec cet air paternaliste du tout qui me montre les dents de « c’est pas bien » en « il faudrait » et la marque de sa main sur ma joue beaucoup trop rebondie

ce monde fais ce que je dis pas ce que je fais oui mais y’a pas de mais dis merci à la dame excuse-toi baisse ton froc et souris à monsieur le curé

ce monde qui a perdu son sourire avant moi

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde paternaliste pater noster papaoutai mais tu sais je m’en fous

tu me dis qu’il faudrait que j’encaisse les coups en gardant la tête haute qu’une balle dans la tête si on n’y pense pas ça fait même pas mal en fait

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même avec des seins et un vagin

tu me dis qu’il faudrait que je noie mes cornflakes dans du prozac que je cache ma poitrine sous un ruban adhésif bien trop serré qu’il n’y paraîtrait rien

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même dans le caniveau d’une ruelle isolée non ça serre juste le poing et le plante parfois contre ce macadam qui ne cède pas

mais toi le monde les autres l’enfer et moi on en est tous au même point je crois

à faire cogner nos talons sur les pavés creux de ce monde inanimé

à brandir ce bouclier de certitudes sans y croire vraiment

à se dire que finalement le prozac se digère tellement mieux que le lait

MAIS y’a pas de mais avale-le et tais-toi

ne rien voir ne rien entendre ne rien dire

sois singe, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille

est-on toujours soi sous camisole chimique ? pleure-t-on toujours aussi aigu le sourire qui sonne faux ? pense-t-on encore la larme sèche ?

je pense donc je suis ; le prozac digéré je n’existe déjà plus

tu me dis qu’il faudrait coûte que coûte que je me sorte les doigts du cul que je me file des coups de pied aux fesses que je me couvre de bleus pour tes beaux yeux

tu me dis qu’une fille chouette elle avale sanglote ravale

sa fierté ses rêves et les excréments du monde

qu’une fille c’est chouette ça doit être chouette sourire exhiber ses dents blanches ses couettes de blondinette et sa taille de guêpe

comme Barbie – Barbie qui sourit merde à la plage au ski à la salle de sport en boîte de nuit au lit avec Ken et qui exhibe fièrement son thigh gap

j’ai le thigh gap neurologique et les cuisses qui se touchent beaucoup trop s’enlacent s’entrelacent trépassent derrière de grosses plaques rouges en été

le teint beaucoup trop pâle tu sais j’aurais été une putain de bombe au 16e siècle

chat qui louche maykan alain gagnon francophonietu me dis que – je le veuille ou non – tu feras de mes épaules les plus solides du monde

tu me dis que – pour mon bien donc OSEF – tu verseras

du prozac dans mes cornflakes

quitte à me faire suffoquer pour atteindre le dernier cran de la ceinture

quitte à me ligaturer les trompes la pensée

quitte à les noyer – mes cornflakes

tu me dis que tout ira bien maintenant qu’il ne faut pas que je m’inquiète tant que j’aurai

du prozac dans mes cornflakes

mais tu sais peut-être t’as oublié mais il a toujours été

le matin j’ai toujours été infoutue d’avaler quoi que ce soit

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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