Actuelles et inactuelles, par Alain Gagnon…

Novembre 2014

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Crédit photo : Richard Vroom

 Le maire de Roberval ou comment saccager son propre jardin — Le maire de Roberval vient de démontrer le caractère véridique de cet adage : Tout est dans la manière. Par ses paroles outrées et outrageantes, il a déconsidéré sa cause qui, ma foi, n’était pas dépourvue de raison.

À quelques kilomètres de la municipalité dont il est le premier magistrat, on trouve la bien située réserve amérindienne de Mashteuiatsh. Les Ilnus souhaitent y développer un parc industriel, y construire un centre commercial, etc.

L’argument du maire : étant donné que les Amérindiens jouissent d’exemptions fiscales, la concurrence entre les nouveaux établissements sur réserve et les commerces de sa municipalité (qui vivent sous régime fiscal des Blancs) ne sera pas loyale. Ça se défend. Est-il normal que nous vivions encore au Canada sous des lois qui accordent à l’un et à l’autre des avantages ou désavantages selon leur filiation parentale ?

D’un autre côté, peut-on reprocher aux Ilnus de vouloir développer leur communauté ? Et de le faire à l’intérieur des cadres de la loi qui, malgré eux, les régit ?

Il y avait là un beau débat à tenir, qui probablement n’aura pas lieu. Monsieur le maire, par des paroles inconsidérées, insultantes, a tout saccagé. Ce ne sera pas le premier débat que nous aurons manqué au Québec : souvenons-nous de celui sur l’avortement qui a tourné en fait autour des péripéties peu édifiantes du couple Chantal Daigle/Jean-Guy Tremblay.

*

Note de lecture — Une phrase glanée hier soir dans un ouvrage de Léon Denis :

« La pensée cherche la pensée dans la nuit (…). »

Magnifique. De quoi se tourner et retourner longtemps dans son lit.

*

Chiac — Si j’en crois ce que j’entends, si j’écoute les textes sur mélodies approximatives des vedettes montantes, si je me fie aux suppôts de l’air du temps (TLMP et SRC-Radio, entre autres[1]), demain nous parlerons chiac au Québec – alors que l’on parlera anglais à Paris… Nous avions déjà partiellement échappé au joual, échappera-t-on à cette nouvelle peste ?

Tout ce qui rapetisse réussit ici. Jusqu’où ira cette détestation de soi ?

*

Une maladie québécoise — Le tout à l’État.

On ne peut rien entreprendre ici, rien espérer sans que l’État s’en mêle ou que l’on fasse appel à l’État. Les chat qui louche maykan alain gagnon francophonieorganismes communautaires, qui devraient servir de contrepoids aux visées jacobines (centralisatrices), nous menacent à répétition de cesser d’exister si l’État supprime ou diminue les subventions. Et les entreprises privées ne font pas mieux.

Pendant ce temps, l’État s’engraisse, et nous nous appauvrissons, étouffés sous les exigences d’une machine étatique de plus en plus lourde, qui se nourrit de notre travail.

Et la plus grande pauvreté est d’ordre psychologique : notre dépendance croissante qui engendre l’irresponsabilité. Pays de no fault.

Notes :

[1] Dans les radios-poubelles, on parle mal par méconnaissance de la langue et relâchement ; à la SRC, par conformisme snobinard parfois – regrettable quand on songe à tout ce que l’on doit à cette institution en ce qui a trait à la diffusion de la culture. Quant à moi, je parle mal par nature…

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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